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 [Nimla] Forget It

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Mugen Shôryû
Personnage décédé
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Messages : 695

MessageSujet: [Nimla] Forget It    Mar 28 Juin - 23:20


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Le soir était tombé sur le domaine, et Mugen travaillait encore, enfermé dans son bureau. Farfouillant dans ses papiers, armé de sa tablette lui permettant de lire normalement, il était à mille lieux de penser qu’il allait malencontreusement retomber sur… ça. Une photo oubliée, entre deux piles de dossiers. Qu’est-ce que ça foutait là ? Quand Mugen passa la tablette au-dessus du papier, son cœur sembla s’arrêter de battre.

* Erik… *

Il était là, dans toute sa candeur, son visage encadré de longues mèches que Mugen savaient blondes, un sourire innocent au bout des lèvres. L’Alpha resta bloqué pendant quelques minutes. De longues minutes, qui lui rappelaient l’éternité dans laquelle Erik était désormais condamné. Il sentit son sang déserter son visage, et sa température baisser légèrement. Quand il commença à se sentir vraiment mal, il posa la photo… Avant de la cacher honteusement dans un dossier au hasard.

Sonné, Mugen quitta son bureau et monta jusqu’au salon du 2e étage, visant un canapé moelleux dans lequel il s’affaissa. On aurait dit qu’il avait vu un fantôme. En un sens, c’était le cas.

« Erik… »

Asch entra quelques secondes plus tard, mais cessa toute activité annexe alors qu'il remarquait que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas difficile à voir en même temps : Mugen était pâle comme un linge. Asch, inquiet, s’avança vers le Despranon et vint s'asseoir à côté de lui pour le prendre dans ses bras, et nicher son visage dans son cou. Mugen n'avait pas pour habitude d'avoir des coups de blues, comme ça... Généralement, c'était plutôt la spécialité de Asch.

« Ca va pas ? »

« Si si… ça va… »

La voix désincarnée de Mugen le trahissait : quelque chose n’allait pas, et Asch n’était pas dupe.

« T’es pas très crédible… »

Piqué au vif, Mugen n’eut d’autre réaction que de se renfrogner, s’écartant de l’étreinte d’Asch, devenue soudainement gênante.

« Je m’en fous ! Laisse-moi. »

Asch sursauta presque, très surpris de la réaction du brun, et aussi blessé. Il s’éloigna avant même de se rendre compte que ce n’était peut-être pas ce qu'il aurait dû faire. Il n’était pas vraiment habitué à se faire rejeter ainsi, en fait. De plus, c'était quelque chose qu'il supportait mal, d'une part car il manquait de confiance en lui, d'autre part car il lui avait fallu du temps avant d'être capable de démonstrations d'affection telles qu'il venait d'en faire. Habituellement, il se blindait en râlant ou en gardant une distance formée par la colère ou la mauvaise humeur. Pour Mugen, il avait renoncé à tout ça. Résultat, il s'en prenait plein les dents.

« Mais… »

La réaction de Mugen ne se fit pas vraiment attendre. Il se sentait mal, sans savoir pourquoi, et sans vraiment le vouloir, il rejeta la faute sur Asch.

« J’ai pas envie d’en parler, d’accord ! Tu peux comprendre ça, non ? »

Alors qu’il parlait, il savait qu’il faisait une énorme connerie, mais les mots sortaient tous seuls. Après tout, Asch était bien placé pour savoir que parfois, on n’a pas envie de raconter certains trucs. Avoir revu Erik… Ça lui avait brisé le cœur une deuxième fois. Cependant, c’était le cœur d’Asch qu’il brisait à présent. Asch qui était encore sous le choc, et n'arrivait toujours pas à comprendre la réaction de son amant. Il réagissait trop fort, mais son rejet l'avait vraiment blessé. Le ton sourd de sa voix en témoignait.

« … Comme tu veux… J’essayais pas de t’obliger… »

Gêné, Mugen détourna la tête… Ça ne l’empêchait pas de voir Asch, mais ça lui permettait de se cacher de son regard.

« Désolé… »

Toutes les distances n’avaient pas été effacées entre Mugen et Asch, ce que ce dernier constatait douloureusement. La désillusion était d'autant plus intense qu'il avait pour sa part tout donné. Il n'avait pas imaginé que la donne puisse être encore déséquilibrée. Il avait les boules oui, et ça pouvait se comprendre : il ne savait même pas ce qui mettait le brun dans cet état !

« Je… Non, rien. »

C’était plus facile ainsi : lassé de faire des efforts, Asch s’éloigna de plus en plus, laissant Mugen s’affaisser dans le canapé, apathique. Ce dernier ne répondit rien, se contentant d’avoir l’air déprimé.

« C’est vraiment ce que tu veux ? »

Asch s’était arrêté sur le seuil de la pièce, et observait son amant. Il était inquiet, quand bien même le brun l’avait envoyé balader plusieurs fois. Celui-ci soupira, ne sachant trop quoi dire. Comment pouvait-il expliquer ça ? Asch n’avait aucune idée de la complexité de la situation.

« Au mieux, tu comprendrais pas. Au pire, tu comprendrais mal. »

Erik et Mugen… C’était à la fois ce dont ça avait l’air, et à la fois tout le contraire. Ils avaient été à la fois maître et élève, grand et petit frère, père et fils, amis, amants… sans jamais l’être tout à fait. Pendant des années, ils n’avaient que chaque autre sur qui compter, aussi inséparables et différents que le Soleil et la Lune. Personne d’autre ne pouvait comprendre une telle relation.

Évidemment, ce n’était pas la réponse qu’attendait Asch. Même si en fait, il n’espérait plus en recevoir une vraie. Il était déçu de voir que Mugen ne lui faisait pas confiance. Déçu de constater qu'il avait mal interprété son inquiétude. Même si Mugen n'avait rien voulu lui dire... Asch aurait été prêt à lui apporter un réconfort silencieux, malgré sa frustration. Pourquoi avait-il fallu qu'il l'envoie paître? Qu'il l'accuse d'indiscrétion?

« … quoi ? J'suis con à ce point ? Je t'obligeais pas vraiment à parler... même si je pensais pas que ce genre de truc poserait encore problème... »

Le ton de reproche dans la voix d’Asch informa clairement Mugen qu’il avait encore dit une connerie. Il commençait à cumuler là… Enfin, en même temps… le rouquin venait consoler son homme, et se prenait des vents. C’était compréhensible. Las, Mugen soupira à nouveau :

« T'es pas stupide, c'est pas ce que j'ai voulu dire... mais... c'est compliqué. Même moi j'ai l'impression de pas toujours y voir clair... façon de parler. »

« ... T'as déjà du bol d'y voir clair la plupart du temps, façon de parler. »

Cette réplique d’Asch, sortie toute seule, fit naître une ébauche de sourire sur le visage de Mugen, un fantôme qui s’évanouit quasi-instantanément.

« Oui… tu as raison… Hmpf… Tu te souviens d’Erik ? »

Peut-être Mugen était-il désormais prêt à parler ? Asch lui jeta un regard brillant, légèrement méfiant, que l’aveugle ne voyait pas. Puis il revint s’asseoir sur le canapé, quoiqu’à bonne distance. Erik ? Difficile à oublier, tellement il en savait peu sur lui.

« … Ouais. Je me souviens… »

« Ben voilà. » Mugen ne savait pas trop comment l’expliquer… « C'est comme s'il me poursuivait... je le vois partout. Façon de parler. »

Ou pas…

« …Du genre ? »

« Du genre hantise. Comme un fantôme. »

Erik n’était pas totalement parti, en quelques sortes. Il avait laissé à Mugen des tas de questions sans réponses dont le brun n’avait même pas idée à l’époque. Inquiet, Asch se tourna vers Mugen, n’osant toujours pas l’approcher. Il avait trop peur de se faire jeter à nouveau, un peu comme si les précédents événements avaient entaillé sa confiance. C'était sans doute le cas. Mugen l'avait blessé plus profondément qu'il ne le pensait sans doute.

« … Donc, tu as pas vraiment fait ton deuil. » C’était effectivement l’explication la plus logique.

« Comment je pourrais… ? Tu me rappelles sans cesse Erik. Je sais pas comment dire ça mais... Vous êtes semblables, en étant différents. »

Pas la meilleure façon d’exposer les faits mais bon… Asch écarquilla les yeux, ne s’attendant pas du tout à un tel aveu. Il avait été très loin de penser à quoique ce soit d'aussi tordu.

« ... Que... Hein ? Mais en quoi ? »

Il avait de quoi être abasourdi : Mugen venait de lui dire, à mots couverts, que c’était à cause de lui qu’il n’arrivait pas à faire son deuil. Le cœur d’Asch se serra en entendant ces mots.

« ... Je sais pas... Il y a... quelque chose. Lui aussi, je lui apprenais à gérer sa magie... Et il en avait peur autant que toi de la tienne... »

Mugen avait du mal à parler, ne sachant pas très bien comment exprimer tout ça. Du côté d’Asch, quelques rapprochements commençaient à se faire, doucement. Très doucement. Son esprit refusait de voir la vérité en face, et était de toute façon encore incapable d'imaginer quelque chose d'aussi complexe et malsain.

« Je vois... Désolé... »

L’idée de rappeler quelqu’un à Mugen, même une personne décédée, le gênait affreusement, quoiqu'il ne sut encore dire pourquoi à cet instant même. Ça embarrassait également le brun, qui savait que c’était aussi injuste qu’indécent.

« Pas autant que moi. Vous mettre en parallèle, même sans vous comparer, c'est déjà une insulte. »

« Qu... Comment ça ? »

Asch n'était pas sûr de comprendre. Ni de vouloir comprendre. Il attendait que Mugen le détrompe, et pourtant, plus il parlait, plus le roux sentait son inquiétude grimper. Il n'aimait pas du tout la tournure que prenait cette discussion.

« J'ai trop de respect pour vous mais voilà j'peux pas m'en empêcher... C'est injuste mais desfois je préférerais l'avoir oublié. »

Asch commença sérieusement à prendre peur : jusqu’où Mugen mélangeait-il les personnalités… ?

« ... Mais c'est aussi... ? Tu mélanges jusqu'à quel point ? »

Le brun sentait le malaise planer. Jusque là, il n’avait jamais eu la nette sensation de mélanger quoi que ce soit, mais il s’était peut-être trompé. Lourdement trompé même. Sa première réaction : la colère. Pas contre Asch, bien sûr, qui n’y était pour rien, mais contre lui-même.

« J'en sais rien ! J'ai jamais couché avec lui, ni avec personne d'autre, si c'est ça ta question !!! »

Asch resta sonné sous l’effet du hurlement de son amant, qu'il prit évidemment pour lui, ce qui élargit encore la fissure qui s'était formée. Jamais il n’avait pensé à ça… Et de se faire engueuler alors qu’il n’avait rien fait lui coupait le sifflet. Mugen n’était jamais comme ça d’habitude…

« .......... J'en... doutais pas... »

Évidemment. Ce n’était pas Asch qui avait pensé à ça, mais bien Mugen. Tout seul, comme un grand. Ce dernier enferma son visage dans ses mains, comme pour se cacher.

« Peut-être que j'aurais du... » souffla-t-il.

Asch commença alors à paniquer. Il ne comprenait pas les réactions de Mugen. Il avait l'impression de le voir s'éloigner, lentement. Il avait besoin d'être rassuré alors même que l'aveugle était bien capable de lui fournir ce réconfort à l'heure actuelle. Tous les deux en crise... Aucun pour rattraper l'autre. Comment ne pas faire ce rapprochement dangereux ? Asch lança un bref appel au secours, pour tenter de ramener le brun à lui, alors qu'il se sentait dangereusement vaciller.

« Mugen… »

Mais il ne répondit pas, tremblant sur le canapé, comme agité de soubresauts. Pris au dépourvu, Asch fut incapable de retenir plus longtemps ses inquiétudes. Il fallait qu'il dise un truc... Un truc capable de percer l'abcès.

« ... Tu penses que... tu l'aimais ? »

La question pouvait paraître anodine, mais pas pour Asch, qui avait fait son possible pour l'éviter, mais avait dorénavant une idée bien précise en tête. Mugen eut du mal à formuler sa réponse. Il n’y croyait d’ailleurs pas vraiment.

« ... Je... Je l'aimais... Comme un frère. »

« ... Mais tu fais le rapprochement avec moi, c'est ça ? C'est pour ça que tu t'es intéressé à moi ? »

C’était trop dur pour Mugen d’accepter le fait que c’était peut-être possible. Encore une fois, il préféra rester dans le déni et la colère envers lui-même.

« J'en sais rien !!! » Il lui tourna le dos. « Laisse moi ! Je sais plus rien ! »

Asch eut l’impression de tomber en morceaux. Une fois de plus, il l'avait pris pour lui. Mugen l’envoyait paître pour la troisième fois, alors qu’il n’avait strictement rien fait… Au contraire, il faisait tout pour consoler son amant. L’idée que ce dernier ne s’intéresse à lui que parce qu’il ressemblait à Erik était trop forte, trop plausible… Trop vraie. Blessé, Asch fut incapable d'en supporter plus. Il se leva, l’esprit vide, sentant les larmes couler sur ses joues. Même si Mugen voyait à travers les murs, il préférait se réfugier dans le couloir pour pleurer, ce qu’il fit, prostré contre le mur. En réalité, Mugen était trop dévasté pour utiliser son pouvoir correctement. Autour de lui, ce n’était qu’un amas de couleurs indistinctes, floues.

La nuit était tombée désormais. Asch décida finalement de se relever. Il entra dans la pièce à nouveau, sans trop savoir pourquoi. Toujours sur son canapé, Mugen semblait dormir, bien que son sommeil fût agité. Dépité, le rouquin se colla contre une vitre à moitié gelée qui l’assomma presque – c'était là l'effet recherché. Non loin de là, l’Alpha miaulait en rêvant - ou en cauchemardant plutôt.

« … Asch… »

Incrédule, ce dernier se retourna et s’approcha, pour constater que Mugen ne faisait vraiment pas semblant de dormir.

« … Merde… »

Timidement, il posa sa main sur celle du brun. Aussitôt, la respiration de ce dernier se fit plus lente, plus calme. Un mouvement, et il emprisonnait la main d’Asch dans la sienne, répétant son prénom. C’en fut trop pour celui-ci, qui vint nicher son visage dans son cou, laissant quelques larmes perler. A ce contact, Mugen se réveilla, mais ne dit rien, et vint passer un bras autour d’Asch pour le câliner et le rassurer. Du moins, dans la limite du possible. Ça ne calma pas le rouquin en fait, bien au contraire. Ses nerfs lâchaient, et il continuait de pleurer, plus ou moins silencieusement.

« …Je suis désolé… »

Mugen le serra un peu plus fort, lui caressant les cheveux. Mais Asch n’arrivait pas à se sentir mieux…

« … Je… sais plus quoi penser… »

« Moi non plus… » Il le serra un peu plus encore. « Mais je sais que je t’aime. »

Asch ne doutait pas de la sincérité de Mugen. Il doutait juste de la capacité de ce dernier à analyser ses propres sentiments. Ce que Asch voyait commençait à lui déplaire atrocement. Mugen n'était-il pas en train d'essayer de se convaincre lui-même..?

« Pourquoi tu m'as envoyé chier alors…? C'est moi que t'aimes ou bien c'est juste ce à quoi je te fais penser…? »

Asch tremblait comme une feuille, et Mugen ne savait pas comment exprimer ça…

« Je... je savais pas comment expliquer... j'avais peur... »

Tellement qu’il n’avait pas répondu à la principale question d’Asch, qui sentit son sang se glacer.

« ... J'étais sincère… »

Une façon de dire qu’il ne s’était pas du tout attendu à ce que Mugen l’envoie chier de la sorte, et qu'il avait vraiment tout pris dans les dents. A plusieurs reprises.

« ... Je t'aime toi... Et j'suis désolé pour hier... »

Asch commençait à se sentir mal. Sa confiance était en train de s'envoler, et il n'arrivait pas à la retenir, malgré qu'il fut en train d'essayer ardemment.

« ... Je voudrais te croire... Mais je fais comment, si t'en sais rien toi-même..? »

« Je t'aime c'est la seule chose dont je sois sûr... » La lèvre de Mugen tremblait, comme s’il pleurait.

« …Oui mais pourquoi… »

Cette question… Mugen la détestait. Déjà en temps normal, il n’y avait pas de réponse, alors là…

« ... Pourrais-tu dire pourquoi tu m'aimes... ? »

Le temps d’hésitation d’Asch dénotait bien la stupidité de sa question. Cela dit, le rouquin avait une réponse, lui.

« Non... Mais je sais au moins que c'est pour toi-même... »

« ... Qui te dit que c'est pas pour compenser le fait que tes parents ne se soient jamais soucié de toi....? »

« Mais c'est mes parents, ça a rien à voir... Je pense pas à mon père ni à ma mère quand on est ensemble... »

Un point pour lui.

« ... Je t'en prie, me pose pas une question à laquelle je n'ai pas de réponse... »

Asch sentit alors une boule douloureuse se former dans sa gorge. Le serrant contre lui, Mugen lui murmura :

« Fais-moi confiance… »

Mais le rouquin s’éloignait de lui, au contraire…

« Désolé… »

« …je t’en prie… »

En fait, Asch avait la haine pour plusieurs raisons. Mugen lui demandait de lui faire confiance, et pourtant, si il n'avait pas râlé, il aurait continué de le garder dans l'ignorance... De le rouler dans la farine, dans une illusion trop belle pour être réelle, juste parce qu'il n'était même pas capable de lui dire ces choses, dont ils auraient dû au contraire parler avant tout le reste. Asch se sentait trahi... Même si de la part de Mugen, la trahison avait été involontaire, et qu'il était donc incapable de lui en vouloir au sens premier du terme. Il aurait vraiment voulu mettre au clair tout ça avant que les non-dits deviennent aussi dangereux pour leur relation. C'est donc sur un ton de reproche qu'il continua:

« ... pourquoi tu m'en as pas parlé avant... Tu l'aurais même pas fait, si j'avais pas insisté... »

« Je pensais... Je pensais avoir fait le deuil. Je peux me tromper... »

Soit. Mais alors qu'il allait mal et savait pertinemment pourquoi, il avait fait son possible pour taire ses raisons. L'excuse n'était donc pas vraiment valable.

« Tout à l’heure tu voulais pas m’en parler non plus… »

Mugen commença alors à paniquer : qu’essayait de lui dire Asch !?

« Il y a des choses dont j'ai pas envie de parler ! C'est tout. »

« ... Sauf que ça me concerne aussi ! »

Asch, énervé, chercha à s’extraire de l’étreinte de Mugen. Cela dit, il venait encore de marquer un point.

« Alors j'aimerais qu'on soit calmes pour en parler, ce qui n'est pas le cas… »

Mais le rouquin explosa littéralement. Il lui semblait être resté suffisamment calme jusqu'à présent. La colère était le seul moyen qu'il avait pour se défendre, et il n'y avait pas recouru jusqu'à maintenant, car cela aurait été une solution de facilité. Mais là, trop, c'était trop:

« ... Tu te FOUS de ma gueule? Je t'ai laissé m'envoyer chier QUATRE FOIS de suite et j'ai même pas essayé de m'énerver..! »

Mugen n’eut d’autre réaction que de baisser la tête, penaud. Il s’en voulait… Et même le contact de la main d’Asch dans ses cheveux ne le rassurait pas vraiment.

« Merde… »

Le Despranon craqua totalement. Il se jeta dans les bras d’Asch, tremblant et agité de soubresauts. Il ne lui manquait plus que les yeux pour pleurer… Quant à Asch... Il ne parvenait plus à retenir les sentiments négatifs dangereux qu'il avait tenté de tuer dans l'œuf. Il ne voulait pas voir Mugen de cet œil... Il ne voulait pas recommencer à se méfier, ou même à ressentir cette haine qui avait longtemps côtoyé son affection... Mais c'était trop tard.

« Toi aussi tu comptes m'utiliser..? Dire que je pensais que... »

Asch repensait à tout ce qu’il avait accepté de faire… son estomac se nouait à cette pensée. Mugen, par contre, se sentit profondément choqué.

« ... T'utiliser... mais jamais enfin ! Jamais... ! »

« Qu'est-ce qui te dit que tu le fais pas sans même t'en rendre compte?! De toute façon je voyais pas comment c'était possible... »

« Comment je pourrais utiliser quelqu'un si j'en ai pas conscience.... Et puis tu veux dire quoi par 'comment c'était possible' ... ? »

« Comme d'un.. lot de consolation! Et rien. J'voulais rien dire. Merde. »

En vérité, Asch était incapable de concevoir qu’on pouvait l’aimer pour lui-même… C’était… pitoyable.

« Ca peut sonner bizarre mais tu es l'homme de ma vie... Je ne pourrais pas imaginer ma vie sans toi... T'es tout sauf un lot de consolation... tu es un cadeau... »

Asch ne savait plus s’il devait être ému ou en colère :

« Je comprends plus rien... »

En vérité, Mugen ne comprenait pas grand-chose non plus.

« Je t'aime.... c'est la seule chose que je comprends ! »

Mais malgré que Mugen le lui répétât sans cesse depuis plusieurs minutes déjà, comme pour le lui ancrer dans le crâne, Asch n'était que peu réceptif. Il avait du mal à y croire... Alors que peu de temps encore auparavant, cette information était acquise.

« J'y arrive pas... »

« Il nous faut encore du temps… »

« Je me sens pas bien… »

L’impression que tout n’avait été que mensonges et illusions lui donnait l’envie de vomir. Comment Mugen pouvait-il le retenir ? Il n’osait même pas répondre.

« Excuse moi... »

Asch s’était levé, et s’apprêtait à quitter la pièce. Même s’il pensait que Mugen ne faisait pas exprès, il était à un cheveu de la paranoïa. Le brun quant à lui, ne fit aucun geste : il restait là, attendant qu’on le punisse ou peu importe.

« …putain !... »

Il sortit dans le parc, sans son manteau, espérant que le froid allait l’empêcher de gerber. Le soleil n’était pas encore levé, Mugen le devinait à la température extérieure… Cela dit, s’il sortit lui aussi, ce n’était pas pour se préoccuper de la santé d’Asch, mais pour aller sur la berge de la Nimla, là où il avait répandu les cendres d’Erik.

« …Je te déteste… »

Asch y aurait bien plongé, dans la rivière, mais n'en était pas encore à ce stade de désespoir. Il préfèra juste marcher comme un zombie jusqu’à son appartement. A défaut d’alcool, il se glissa sous la douche, enclenchant seulement le robinet d’eau froide. Prostré sur le sol, il subissait le choc thermique comme pour se geler le cerveau et ankyloser ses pensées.

« JE TE HAIS !!!! T'ES MORT !!! COMMENT TU PEUX ME FAIRE CA.... !? » Il se mit à hurler, faisant inconsciemment rayonner son pouvoir et vit alors Asch dont la température baissait dangereusement. « Non !!! »

Il courut vers lui, ayant trop peur de perdre encore quelqu'un de cher… Un, c’était déjà de trop. Il ignorait, cependant, qu’Asch ne tentait pas de mettre fin à ses jours… Il voulait juste arrêter son flot de pensées, se mettre dans un état second. Et jusque là, il y était bien arrivé.

« Aaaaaaasch !! »

Mugen entra dans son appartement en hurlant comme un damné.

« Asch ne fais pas ça !!!! Asch s’il te plaît… !!! » Il ouvrit la porte de la salle de bains : « Asch… Qu’est-ce que tu fais… ? » On sentait nettement la panique dans sa voix.

Asch se doutait bien que sa température corporelle pouvait faire penser à une tentative de suicide, mais ce n’était pourtant pas le cas. Enfin, allez expliquer ça à Mugen…

« Je... rien... ... j… faire... le vide... »

Évidemment, c’était aussi incompréhensible que ça en avait l’air. Mugen préféra nettement écouter son cœur que les paroles incohérentes d’Asch :

« Mais tu peux mourir... ! Et je t'interdis de crever !!! » Il coupa l’arrivée d’eau, attrapa une serviette et emmitoufla Asch dedans. Le serrant bien fort, il ne put s’empêcher de murmurer : « Ne meurs pas, ne meurs pas... »

Asch craqua et pleura lui aussi - sauf qu’au moins, lui ça se voyait - et articula difficilement :

« J'essayais... pas... »

Peu importe ce qu’il essayait de faire, en fait : Mugen se serra contre lui, lui transmettant un peu de sa chaleur. Il pouvait tomber en syncope n’importe quand désormais. Paniqué, Mugen l’embrassa.

« Je t’aime… »

Mais Asch ne répondit pas au baiser, au contraire. Il émit un gémissement douloureux et tenta de se défaire de l’étreinte de Mugen, en proie à un sentiment de dégoût incontrôlable, venu de nulle part.

« Asch… ? »

Rejeté, le brun avait l’impression que le monde s’écroulait autour de lui. En face de lui, Asch sanglotait, tête baissée.

« Asch… ? Tu ne veux plus de moi… ? »

Ce dernier releva la tête, comprenant à la fois le sens des mots de Mugen et le ton paniqué qu’avait pris sa voix.

« Je... t'aime... Mais... je sais plus... »

En face de lui, Mugen était trop secoué pour réagir normalement.

« .. Tu veux t'en aller... ? Tu vas m'abandonner.... et partir... ? » Il s’affaissa sur le sol, et y resta prostré.

« Je... Non mais... ........ » Quelques secondes de perplexité, puis Asch poussa un hurlement de désespoir qui s'ajoutait à ses pleurs. Il savait qu’il ne pouvait pas vivre sans Mugen, mais sa proximité lui était à l'heure actuelle insupportable. Tout ce qu’il pouvait faire pour le moment, c’était sangloter sans espoir de rémission.

« ... reste avec moi Asch... Reste s'il te plait... Ne me quitte pas.... »

« Je sais pas si je vais y arriver... » Il pleurait d’autant plus qu’il ne pouvait pas supporter d’infliger ça à Mugen… Sauf qu’il l’infligeait quand même.

« ... Je pourrais pas vivre sans toi... »

« Moi non plus... »

Sauf que pour l’instant, il n’arrivait pas à vivre avec… Mugen ne sut quoi répondre. Qu’est-ce qu’il pouvait bien dire ? Du coup, Asch en profita pour tremper sa main dans l’eau froide…

« Arrête ça !!! » Mugen était complètement paniqué, mais le rouquin avait l’air de s’en foutre royalement.

« Nan.... fous moi... la paix avec ça... »

« .... Si je mettais ma main dans le feu, tu me dirais pas d'arrêter ??? »

« ... C'est quand même pas aussi violent! »

« J'préfère encore que tu picoles... »

« Mais y a rien à picoler ici... » grogna Asch.

« Je sais… » Mugen soupira. « Pourquoi tu veux te détruire comme ça... ? »

« ... J'veux juste... arrêter de penser... Je supporte plus... » répondit le rouquin, pris au dépourvu.

« ... Je sais pas quoi te dire... »

« Y a peut-être pas de solution... »

« A quoi ? »

« … A tout. »

En réalité, Asch ne comprenait plus rien à ce qu'il racontait. Il était juste en train de faire un énorme blocage, et était en plus de cela incapable de réfléchir convenablement, faute au froid.

Mugen garda le silence, même quand Asch se leva pour chercher la sortie. Quand ce dernier quitta la pièce, il se remit à pleurer silencieusement, la tête entre les mains. Séparés par quelques cloisons, ils laissèrent passer quelques minutes, chacun dans son coin. Jusqu’à ce qu’Asch revienne sur le seuil de la porte. Mugen savait déjà ce qu’il allait lui dire.

« ... Je... Je vais peut-être... juste quelques jours... J'ai besoin d'être seul... »

« ... non... non... » Il se prit la tête dans les mains.

D’une voix brisée, Asch lui répondit : « ... C'est juste pour quelques jours... »

« Reviens.... Reviens... Promets-le moi... »

« ... Je vais revenir... J'espère juste... que ça ira mieux... » Mais il n’avait rien promis, ce qui n’échappa pas à Mugen.

« ... Asch... »

Incapable d'en supporter plus, pris entre deux flots d'émotions contradictoires, Asch éclata une fois de plus en sanglots. Il culpabilisait à mort. Mais il ne voyait pas d'autre solution.

« Je suis désolé... »

« Pas autant que moi… »

Asch quitta la pièce, laissant Mugen seul, incapable de bouger. C’était la première fois que ça lui arrivait et les circonstances rendaient ça encore plus injuste. Le rouquin alla faire ses affaires. Il n’avait aucune idée de l’endroit où il irait, mais ça ne faisait rien. Il faisait quand même sa valise, sans cesser de pleurer… Il n'avait pas envie de partir. Il se sentait obligé de le faire, comme si il n'avait eu aucune autre solution pour tenter de sauver la situation. Loin de Nimla, peut-être parviendrait-il à réfléchir..? A cesser de ressentir ce dégoût? Cesser de voir Mugen comme un être à deux visages... L'un qu'il aimait, l'autre qui lui semblait aussi acide qu'un poison? Vidé de ses forces, Asch avait fini depuis longtemps de plier bagages, et pourtant, il ne trouvait toujours pas la force de partir. Il entendit les pas précipités de Mugen, qui se ruait à l’extérieur en hurlant.

* Erik… pourquoi !?*







Dernière édition par Mugen Shôryû le Jeu 7 Juil - 17:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mar 28 Juin - 23:22

La bande son était vierge. Le train, insonore. Les vibrations étaient autant de picotements anesthésiques. Asch ne voyait plus rien, les yeux dans le vide et posés sur le siège vide face à lui. Vide. Et rien. De temps en temps, une bouffée de panique le prenait. Comment en étaient-ils arrivés là..? Que foutait-il ici..? Il n'avait qu'une envie... Sauter du train, et rentrer en courant pour s'excuser, éclater en sanglots pour dire qu'il revenait mais... Non. Il ne pouvait pas faire ça. Il en était incapable. Quelque chose brouillait sa vision... Quelque chose de pernicieux s'était infiltré dans son cœur et déversait son poison. Il y avait quelque chose de perverti dans cet amour qu'il avait cru pur... Quelque chose qui le bloquait, et l'empêchait de voir Mugen comme il l'avait toujours vu. C'était insupportable, d'être face à lui, et de savoir que ses réactions, son rejet le blessaient... Et d'être incapable de le rassurer ou même de le consoler. Insupportable d'être face à lui et de voir en lui l'homme qu'il aimait, et quelque part... un étranger, qui l'avait trahi, qui l'utilisait, même inconsciemment. Tous ses mots, toutes ses caresses sonnaient creux. Sa confiance s'était envolée. Il voyait un être double qui tentait de le garder pour préserver un souvenir qui n'était pas lui... Un sentiment qui n'était pas né de lui...

Pour la première fois de sa vie, Asch avait vraiment eu l'impression d'être aimé pour ce qu'il était, dans son essence. Et pour la première fois, il avait éprouvé ce même genre de sentiment pour quelqu'un d'autre, à qui il s'était - difficilement - ouvert, en entier. Il lui avait tout donné. Même ce qu'il s'était juré de ne jamais donner. Apprendre alors qu'il était aimé pour une réminiscence qu'il provoquait... Il était incapable de le supporter. Tout s'effondrait. Rien n'était vrai. Comme si l'illusion s'était brisée. Les lèvres de Mugen s'étaient posées sur les siennes, et leur contact lui avait donné envie de vomir. Il s'en voulait... Tout autant qu'il lui en voulait, et s'en voulait de lui en vouloir. Il aurait voulu pouvoir effacer ce sentiment néfaste qui gâchait tout... Effacer cette complexité qui venait ruiner la seule chose qu'il avait de simple et de belle dans sa vie... Peut-être un temps d'absence suffirait-il? Si Mugen lui manquait suffisamment... Si l'intensité de cette journée ne devenait plus qu'un souvenir faible et incapable d'ébranler ses véritables sentiments...

Le train s'arrêta en gare de Sérégon. Asch releva la tête, absent. Son visage était rouge des pleurs qu'il avait versé. Les passagers l'observaient avec un air gêné, pour la plupart... Qu'est-ce qu'il pouvait s'en foutre? La seule chose qui avait de la valeur venait de tomber en morceaux, et il n'était pas sûr de savoir les recoller. Le jeune homme descendit et prit le chemin de la sortie, son sac sur le bras. Un bref regard vers le panneau... Il cessa d'avancer, et resta immobile, fasciné par ces lettres lumineuses, promesses de contrées plus lointaines encore... Des contrées où il pouvait se perdre, et perdre son identité. Pas Shangyu, évidemment. Un lieu où il n'avait rien. Modula... Il commençait à être tard. Il aurait tout aussi bien pu trouver un hôtel à Sérégon.

"... Et merde..."

Sur un coup de tête, il s'approcha du guichet, et acheta un nouveau billet. Il courut prendre le train qui partait déjà, bientôt. Puis de nouveau le grondement des rails... Et cette absence d'activité qui allait le rendre fou. Il s'éloignait... Il partait loin de tout ce à quoi il tenait. Il voulait avoir l'impression d'être inaccessible un temps. Comme effacé... Inexistant. Après tout, c'était ainsi qu'il se sentait.

Les heures étaient des minutes, ou bien des siècles. Il s'en foutait pas mal, en fait. Tout avait été long et court, et les freins de nouveau le secouèrent. Il se leva, sans but. Une nouvelle gare. Il la quitta, pour s'enfoncer dans les rues sordides de la capitale de métal. Que faisait-il ici..? Où allait-il..? Il devait se loger. L'information monta difficilement à son cerveau. Il était passé devant plusieurs hôtels qui lui paraissaient bien trop riches. Il ne voulait pas risquer de se souvenir. Non... Rien de tout ce luxe à profusion. Il ne le méritait pas. Il s'enfonça dans les rues glauques, croisa des hommes au regard noir que seule sa propre allure empêchaient sans doute d'essayer quoi que ce soit... jusqu'à trouver un motel mité. De toute façon, il n'avait pas emporté beaucoup d'argent. Il entra. La propriétaire était une vieille au sourire édenté. Ses cheveux grisâtres et aussi doux que de la paille étaient noués en couettes puériles qui lui retombaient sur les épaules.

"Bonjour.. Vous avez des chambres?"

"Pour combien de temps mon chou?"

"... Je... sais pas, en fait. Temps indéterminé c'est bon?"

Elle fit une légère moue, puis fit tourner les clés sur son doigt.

"... On a pas beaucoup de clientèle dans le coin. Paie moi une nuit d'avance et c'est ok."

Asch acquiesça en silence, peu désireux de parler. Il sortit l'argent, et attrapa au vol le trousseau qu'on lui jetait. Puis il suivit les instructions données par la patronne et tourna dans plusieurs couloirs au papier peint défraichi, et à la moquette dégarnie. La clé dans la porte coinça légèrement. La poignée avait du jeu. Quoiqu'il en soit, il fut bientôt enfermé dans ce qui allait donc devenir sa chambre... Une espèce de pièce sombre dotée d'une petite fenêtre qui, au travers d'un nuage de crasse jaune, donnait sur la rue. Les murs étaient peints, et des tâches d'humidité décoraient le plafond. Les lieux puaient le renfermé, la poussière, et peut-être même un peu l'alcoolique. Asch posa son sac au pied du lit. Son cerveau bourdonnait. Il s'effondra sur la couverture à peine après avoir posé les clés sur la table de chevet. Comment faire pour ne plus penser? Il ferma les yeux, mais le calme, l'inaction étaient de trop. Pourtant, il ne voulait rien faire... Juste dormir. L'image de Mugen s'imposa à son cerveau. Sa détresse lorsqu'il était parti. Ses suppliques. Et cette sorte d'ambiguïté nouvelle qui empêchait à Asch d'apprécier sa sincérité, qui le bloquait totalement, rendant difficile voire insupportable le moindre contact physique avec son amant... Un gémissement qu'il étouffa contre l'oreiller crasseux... Puis les secousses et les pleurs. Puis plus rien. L'endormissement qui chassait l'abrutissement... Il avait besoin de récupérer.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Ven 8 Juil - 10:50

Jour 1. Matin.

Le soleil se levait doucement alors que Mugen était toujours en train de faire la planche dans sa piscine. Les enfants ne tarderaient pas à être levés, et à faire leurs exercices dans le parc. Oh, il n’y avait aucune chance pour que l’un d’eux tombe sur un Alpha à moitié comateux, baignant tout habillé dans une eau tiède… La piscine était un bâtiment réservé au Despranon. Personne d’autre n’y avait accès. Lentement, il bougea ses bras engourdis, faisant clapoter l’eau près de lui. Eiki et Tuti venaient de sortir du dôjô : ils avaient l’air joyeux. Rebecca les suivait, armée de son bôken, toujours aussi sérieuse. Les autres enfants sortirent également, sous la houlette bienveillante de Jen. Deux d’entre eux manquaient à l’appel. Yoann, qui depuis ses seize ans, était parti tenter sa chance à Séregon, en ouvrant un magasin de farce et attrapes. Kengo, qui a seulement dix ans, jouait déjà le rôle d’agent double. Mugen l’avait désigné lui pour rejoindre les rangs de l’Opale Maudite, en tant qu’otage et informateur. L’Opale, quant à elle, avait envoyé l’une des ses Ombres, Specter. Ce dernier logeait dans le bâtiment ‘hôte’, celui où Asch habitait. Normalement.

Asch était parti. Il n’avait fallu qu’une petite querelle à propos d’Erik, et quelques mots plus hauts que d’autres pour le faire fuir. Mugen s’en voulait à mort… Ca ne faisait que quelques heures, mais il n’avait pas su le retenir, et il se demandait même s’il reviendrait un jour. Alors, même s’il avait vécu une grande partie de sa vie avec lui, même s’il l’avait aimé comme un frère, Mugen détestait Erik. Même s’il était mort, son esprit était encore assez vivace pour semer le trouble dans la vie du Despranon. Et comment Asch pouvait-il rivaliser avec un souvenir ? C’était injuste.

Les minutes passaient lentement, et ce ne fut qu’après une demi-heure qu’il réussit à s’extirper de sa torpeur, et à sortir de l’eau. Le vent qui s’engouffrait par une fenêtre ouverte lui glaça le sang, et il se dépêcha de récupérer une serviette pour s’y emmitoufler. Il ramassa ses lunettes abandonnées sur le bord du bassin, les remit sur son nez, et sortit pour rejoindre son pavillon. Il remarqua qu’on l’avait vu, mais il tenta d’esquiver.

« Mugen !!! »

Il ne répondit pas. Julian, un petit garçon placide de huit ans, tendit la main vers le Despranon, avant de clairement le courser. Intrigué, Allen et Lenna le suivirent… Il n’y avait rien à faire. L’Alpha, toujours trempé et frigorifié, se tourna vers les trois enfants.

« Quoi !? »

Autant dire qu’il n’avait pas franchement l’air affable, et qu’il n’avait pas du tout envie de parler. Surpris, les enfants ne surent quoi dire et gardèrent le silence un moment. Seule Lenna était assez courageuse pour oser prendre la parole.

« On voulait te demander… Tu pourrais venir ce soir au dôjô, on fait une surprise pour Specter. »

Ah oui, le Densetsu. Il était là depuis à peine deux ou trois semaines, et les gamins l’aimaient déjà. Sauf peut-être Revy, qui évidemment n’aimait personne, mis à part peut-être Kengo… qui était parti alors que Specter était arrivé. Alors forcément, elle n’allait pas être joyeuse - déjà qu’elle ne l’était jamais… Enfin, l’annonce de la surprise party pour Specter étonna quand même Mugen. Ce serait impoli de refuser, mais…

« Désolé. J’ai pas la tête à ça en ce moment. »

Les trois bouilles furent instantanément très déçues, et Mugen fut heureux à ce moment là de ne capter que partiellement leurs expressions. C’est alors qu’Allen, avec sa voix joyeuse de crécelle innocente, enfonça un clou qu’il ne pensait même pas exister.

« Asch peut venir non ? C’est un ami à Specter, non ? »

Blam ! Secoué, le Despranon perdit ses couleurs, chose qui n’échappa pas aux enfants. Ces derniers attendaient en se demandant ce qu’il se passait. L’Alpha déglutit et bredouilla rapidement :

« Il… Il ne pourra pas venir non plus… Je… Je dois y aller. »

Cette fois, quand il tourna le dos aux enfants, ces derniers n’essayèrent pas de le rattraper. Mugen se réfugia dans son pavillon, s’y enfermant avec précipitation. Il monta directement jusqu’à la salle de bains, pour se faire couler un énorme bain brûlant. Comme si ça pouvait invoquer Asch… Dépité, il activa son commlink intégré à ses lunettes. Il allait appeler Asch, mais suspendit son geste. Qu’allait-il pouvoir lui dire ? De revenir, tout simplement ? Non… ça ne marcherait pas. Asch ne voulait plus le voir, ni lui parler… Mugen composa alors un autre numéro. On décrocha. Il dit alors d’une voix atone :

« … Professeur ? »

« Mugen… ? Appelle-moi Shawn, je ne cesse de te le répéter… Ca n’a pas l’air d’aller ? »


« Asch est parti… »

Oulà, Shawn devait avoir loupé un épisode… voire même toute une saison… Patient, il resta silencieux. Ce qu’il devait savoir, Mugen le lui dirait tout seul.

« Il m’a abandonné… il… »

La voix chevrotante de l’Alpha ne faisait aucun doute : même s’il en était physiquement incapable, il pleurait. Shawn le connaissait assez pour savoir quand des larmes invisibles lui coulaient le long de la joue.

« Que s’est-il passé ? »

« … Je sais pas… il… Il est jaloux d’Erik… ils se ressemblent tellement… »


Petit à petit, Shawn reconstituait le puzzle. Il n’avait pas beaucoup de talents, mais la psychologie et l’empathie en faisaient partie. Il faisait même souvent des epic win en compréhension. Comme maintenant, par exemple.

« Tu l’aimes ? »

« Oui… et il m’abandonne… comme Erik… »


Shawn esquissa un sourire. Il avait fait exprès de ne pas mentionner le nom de celui à qui il pensait, pour être sûr de savoir qui Mugen aimait vraiment. Ah oui, il n’était censé être au courant des affaires de cœur du Despranon, mais ça ne le choquait pas. Ca ne l’étonnait même pas en fait. Ce qui l’étonnait plus, c’était de se dire qu’entre lui et Erik, il n’ait jamais rien eu de charnel. Pourtant, ça devait être tentant…

« Je sais pas c’que j’dois faire… Je sais même pas où il est… »

« Je crois que je devrais venir. Tu es à Nimla ? »


Mugen hocha la tête, inutilement, avant de murmurer un petit : « Oui. »

« Laisse-moi le temps d’arranger ça, je serais là dans la soirée, ça ira ? Pas de bêtises, d’accord ? »

Encore une fois, le Despranon transformé en enfant pleurnichard hocha la tête et acquiesça timidement. Celui qu’il considérait comme son frère était mort, son amant l’avait abandonné… Mugen fut soulagé de voir que celui qu’il considérait comme son père avait encore du temps et de l’énergie à lui consacrer. Soulagé, il prit congé, et éteignit le dispositif.

Sauf qu’entre temps, il avait oublié que ce soir, c’était la fête en l’honneur de Specter…
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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Ven 8 Juil - 13:13

C'était une sensation étrange. Le calme, au réveil. L'impression d'avoir oublié quelque chose d'extrêmement important. L'impression que quelque chose n'allait pas, sans être capable de se souvenir... Asch ouvrit les yeux, lentement. Ses paupières étaient lourdes, comme si il avait mal dormi. Ses yeux étaient chauds, brûlants. Il se sentait fébrile, sans raison, peut être. Ou peut-être pas. Quelque chose n'allait définitivement pas. Il cligna des yeux, abruti, avant de tourner lentement son regard vide vers le plafond. Un plafond qu'il ne connaissait pas, détruit par l'humidité. Tout lui revint alors, et le peu d'énergie dont il s'était senti disposer le quitta, alors que son corps retombait mollement contre le matelas. La moiteur puante de la pièce le dérangeait. La lueur qui filtrait au travers des volets lui semblait indécente. Comment pouvait-il faire jour..? Comment le temps ne pouvait-il pas s'être arrêté..? Sa tête tournait. Plus rien n'avait d'importance. Le calme surnaturel qui l'avait empli se déchira brutalement, laissant son cœur saignant, comme défoncé par un obus qu'il se serait pris dans la poitrine.

Une nouvelle journée commençait, et Asch n'avait aucune envie de la vivre. Dans cette ville où il n'avait pas sa place, à quoi bon..? Dans cette vie de laquelle il avait - même provisoirement - éjecté Mugen... A quoi bon? Il était incapable de vivre sans lui. Incapable ne serait-ce que de respirer convenablement, ou bien d'envisager sa journée, voire même d'envisager de se lever, et de quitter cette chambre. Pour quoi faire, de toute façon..? L'obsession le rongeait. Et pourtant, il était incapable de faire marche arrière, comme si Nimla et lui même avaient été des sorte d'énormes aimants de même polarité, et donc totalement incompatibles. Dans le silence de la chambre, il avait l'impression d'être tombé en morceaux. A peine s'était-il réveillé qu'il pleurait déjà, en silence, sans penser, l'esprit bourdonnant, et incapable de calmer ses nerfs qui continuaient de faire jouer ses tremblements, ses canaux lacrymaux... Combien de temps passa t-il? Des heures? Quelle importance..? La faim ne semblait pas vouloir le guetter. De là, il perdait tout repère.

Et pourtant, plus le temps passait justement, plus Asch se sentait perdu. La situation lui semblait surréaliste. Pourquoi était-il parti? Pourquoi n'arrivait-il pas à y retourner? Pourquoi restait-il enfermé dans cette foutue chambre à subir, sans rien régler..? Au bout d'un temps, il se tourna sur le côté, alors que ses pleurs devenaient un peu plus intenses. Un couinement lui échappa sans qu'il parvienne à le retenir... Et ce son, né de sa propre gorge, enclencha le mécanisme du craquage nerveux. Quelques secousses tout d'abord... avant qu'il ne se mette à pleurer plus fort. Des sons plaintifs... Et bientôt des sanglots non retenus, dont il ne comprenait même pas l'origine. C'était lui qui était parti... Pourquoi, alors qu'il ne le voulait pas...? Pourquoi était-il ici? C'était absurde... Ça n'avait aucun sens. Les sanglots se transformaient en hurlements de bête blessée, et Asch était toujours incapable d'analyser son propre comportement qui lui semblait en un sens stupide à souhait. La matinée devait déjà être avancée, maintenant...

"Mais... qu'est-ce que je fous..."

Bonne question. Il était sans doute en train de merder... Et il avait l'étrange impression d'être en train de se subir lui-même. Il n'avait jamais été dans un tel état. Jamais dans un état où il agissait au contraire de ce qu'il aurait voulu faire, parce que des passions négatives le transportaient, l'empêchant d'être lui-même, et d'agir intelligemment. Mugen lui manquait déjà atrocement au bout d'une demi-journée d'absence, et pourtant, le dégoût acide continuait d'emplir sa gorge. Ce sentiment cesserait-il jamais de le tourmenter? C'était bien pour essayer de l'évacuer qu'il était parti... Non?

Qu'est-ce que l'aveugle pouvait être en train de faire..? Il ne devait certainement pas aller mieux que lui... A cette idée, Asch se mit à gémir plus fort. Il avait envie de sortir son téléphone et de l'appeler... Il voulait entendre sa voix... Le rassurer... Mais d'un autre côté, il se sentait totalement incapable de le contacter. Sans comprendre, il bloquait. Il voyait la bête à deux têtes... L'une qu'il adorait... L'autre qui le débectait. Il finit bel et bien par cesser de pleurer, faute à l'épuisement. Abruti, il restait les yeux mi-clos, la bouche entrouverte, totalement desséchée. Quelle heure était-il..? Quelle importance...

Il tenta de se lever, et constata que ses jambes le soutenaient à peine. Il avait l'impression d'être hors de la réalité... Son corps bougeait à son insu... Le sentiment de dépersonnalisation était étrange... Il le mena jusqu'à la salle de bain insalubre liée à sa chambre, sans qu'il en ait vraiment conscience. Asch se déshabilla. En théorie, avant de sortir, il fallait se doucher. Mais allait-il vraiment sortir aujourd'hui? Il lui semblait qu'il était en train de s'y obliger... La douche était vraiment basique. Il n'y avait qu'un bouton, sur lequel on devait se contenter d'appuyer, ce qu'il fit sans même réfléchir. Mauvais réflexe. Ne jamais sous-estimer la qualité pourrave des réseaux d'eau chaude d'un motel mal fréquenté.

L'eau se mit à couler instantanément et elle l'attaqua sans qu'il puisse l'éviter. Elle n'avait pas eu le temps de chauffer. Elle était donc glaciale. Le roux émit un hurlement de douleur et recula vivement contre la porte, pour se mettre à l'abri du filet meurtrier. Il tomba en réalité à la renverse, et se retrouva le cul par terre, couvert d'eau froide, tremblant, et à moitié assommé. Il avait l'air pitoyable, et n'était pas encore assez sonné pour ne pas en avoir conscience. Ses nerfs lâchèrent de nouveau. Nouvelle crise de larmes dans le coin de la pièce, alors qu'il se mettait en colère contre la fragilité de son organisme, et contre lui-même. Avant même de s'en rendre compte, il s'était mis à gémir le nom de Mugen, un malheur en remplaçant un autre. Il se sentait faible, ridicule... Entre sa magie de merde et l'absence de l'aveugle, le choc d'avoir appris dans quel artifice il l'avait -même involontairement - emprisonné... Le bilan de la journée allait être lourd. Pourquoi ce désespoir? Il avait dit qu'il allait revenir... Il l'avait dit. Il allait revenir... n'est-ce pas?

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Dim 10 Juil - 22:44

Jour 1. Soirée

Les gamins avaient fait ça bien : la salle principale du dôjô était recouverte de tatamis un peu usés - pour ne pas abîmer le parquet - et ils avaient disposé des tables en U. Les places d’honneur revenaient bien évidemment aux adultes du domaine, c’est-à-dire Jennifer, Specter, Mugen et Asch. La chaise qui lui était destinée et qui resterait vide ce soir là brisait déjà le cœur de l’Alpha, alors qu’il voyait les enfants s’affairer. Déprimé, il resta assis dans le parc, près de l’étang. Les gamins avaient rapidement compris qu’il n’était pas d’humeur, et ils avaient de toute façon du travail qui les attendait.

Specter était là aussi, assis en tailleur, les mains sur les genoux, les yeux dans le vide, le visage totalement absent. Il semblait apprécier le calme du jardin et la fraîcheur de l'eau qui humidifiait l’atmosphère. Une des raisons pour laquelle Mugen avait installé ce genre d’endroit dans le parc. Sans rien dire, l’Alpha resta à observer Specter : il n’avait pas besoin de tourner la tête pour ça, ce qui était plutôt commode.

« ... Les gamins t'emmerdent pas trop ? »

Specter répondit, usant pour une fois de sa voix éraillée et sifflante, mais pas sans musicalité aux oreilles du Despranon.

« C'est une proximité inhabituelle... Mais je ne vois rien de mal à cela. »

« Tant mieux. J'les trouve chiants parfois. »


Mugen retomba provisoirement dans le mutisme. Il avait envie de parler, même s’il savait que Specter n’était pas la meilleure personne pour ça. Ce dernier lui répondit pourtant, esquissant un sourire surréaliste.

« Mais vous leur offrez asile tout de même. Leur compagnie me semble être salvatrice. Ils vous doivent beaucoup. »

Il ne put s’empêcher de penser à Shade, son frère. Mais Mugen eut une toute autre pensée : il se prit la tête dans les mains et répliqua seulement :

« ... Ca les empêche pas de m'en vouloir. Ou de vouloir partir... »

Specter comprenait ce que l’Alpha voulait dire, l’histoire ayant déjà atteint ses oreilles.

« C'est parfois plus compliqué. »

Mais Mugen n’était pas convaincu, et continua à déprimer silencieusement. Les gamins ne tardèrent pas à finir la salle de réception et à venir chercher Specter. Sachant Mugen de bien piètre humeur, ils ne l’embêtèrent pas, lui disant simplement que Shawn était arrivé. Le Despranon soupira, et se redressa sur ses pieds.

La fête fut joyeuse, du moins du point de vue des gamins. Asch était absent, et c’était la seule ombre au tableau - sauf si on compte la gueule de trois mètres de long de Mugen qui y était liée. Eiki offrit au nom de tous les enfants un énorme gâteau à Specter, ainsi que plusieurs lots de vêtements, achetés avec la complicité de Jen, leur gouvernante. Dès qu’ils le purent, Mugen et Shawn s’éclipsèrent. Specter était assez grand pour échapper au Pays Imaginaire tout seul.

L’Alpha offrit le café à son hôte, qui s’était assis sur une chaise de la cuisine. Il était rare que les invités pénètrent à l’intérieur du bâtiment privé de Mugen, mais Shawn était une exception. Son professeur de Maîtrise de la Magie, à une époque où il n’avait pas de pouvoirs. Une époque où il était associal, voire même dangereux pour autrui, et pour lui-même. En lui confiant Erik, pour des raisons d’entraînement magique, Shawn l’avait en quelque sorte sauvé. En venant ici ce soir, il comptait bien réitérer l’exploit.

Shawn était un homme moyen, mince, au visage fin et androgyne. Ses yeux tout comme ses cheveux étaient d’un noir profond, contrastant avec sa chemise à manches bouffantes blanche ornée d’une antique lavallière, maintenue par un camée coûteux, et engoncée dans un pantalon simple noir. Il avait passé par-dessus une veste de taffetas vert épais parsemé de broderies d’argent, très cintrée à la taille et très évasée sur l’arrière. Ce genre de veste était la marque de fabrique de Shawn, que ce soit sur scène ou en ville. Depuis peu, c’était aussi le cas de sa canne, qui ne faisait pas seulement office de déco. Même les gens comme Shawn vieillissaient.

« Mugen, tu devrais l’appeler. »

« Pour lui dire quoi… ? Le supplier de revenir !? Ca ne marchera jamais… ! »


Mugen semblait se battre avec sa tasse de café, un air paniqué sur le visage. Sa main gauche jouait nerveusement avec la chaîne décorative de son baggy noir, ou venait triturer l’ourlet de son t-shirt « Kill me I’m f***ing you ». Pas très intelligent dans ce contexte mais bon.

« Tu n’as pas essayé, tu ne peux pas deviner. »

« Hmpf… Il ne décrocherait pas. »


« Et tu vas l’attendre comme ça ? Sans rien dire… ? Et s’il lui arrivait quelque chose ? Je veux dire, et s’il faisait une bêtise, hein ? Appelle-le. »

« … Fais-le. Il ne connaît pas ton numéro. Il décrochera. »


Mugen donna le numéro d’Asch à Shawn, qui le composa.
Asch était tout ce temps resté dans la douche. Des heures. Incapable de retrouver le peu de motivation qui l'avait amené à quitter son lit et à se déshabiller. Il ne faisait pas très chaud, sa peau était encore humide, et évidemment nu et prostré dans un coin de carrelage froid, il tremblait comme une feuille. Pourquoi s'infligeait-il cette souffrance supplémentaire..? Dur à dire... En un sens, il lui semblait plus facile de rester dans l'inconfort physique. Le confort eut été de trop. Ici, il était à sa place, et il aurait voulu pouvoir s'y fondre, disparaître pour de bon...

Sa bouche était sèche contrairement à ses yeux qui coulaient encore, et il semblait comme... Assommé. Lobotomisé. Ainsi, cela le surprit-il presque de sursauter alors qu'il entendait son téléphone résonner soudain, fort, insupportablement grésillant, car le son se réverbérait dans cette pièce. Il écarquilla les yeux, et fut pris d'une soudaine bouffée de panique. Il aurait pu laisser sonner... Ignorer cet appel... Mais Asch ne contrôla pas son geste. Il avait besoin de savoir. Sinon, ça allait l'obséder.

Il bondit comme un diable au sortir de sa boîte, et se précipita sur les vêtements qui étaient encore par terre. Son téléphone était dans sa poche de pantalon. Il tomba nez à nez avec ce dernier et observa l'écran, hagard. Mais l'appel venait d'un numéro inconnu. Il se remit à trembler... Qui cela pouvait-il être? Mugen... Qui appelait d'ailleurs pour éviter que Asch ne lui raccroche au nez sans même prendre la peine de répondre? Quelqu'un d'autre..? Bordel. Il manqua bien de jeter le téléphone à l'autre bout de la douche... Mais son besoin de parler à quelqu'un, n'importe qui, était trop fort. Il prit l'appel, et colla le téléphone contre son oreille. Plusieurs secondes passèrent, durant lesquelles il ne parvint qu'à laisser sa respiration fébrile passer dans le combiné. Un bon indice, prouvant qu'il n'allait pas fort, limite au point où ça demandait qu'on appelle les secours. Puis il finit par élever la voix, dans à peine plus qu'un souffle. Les sanglots avaient éraillé cette dernière, et elle était aussi tremblante qu'hésitante.

"... Allo?"

Shawn et Mugen attendent, assis à la table de la cuisine... Ca sonne dans le vide. Longtemps. L'Alpha ne peut pas s'empêcher de penser au pire et agite nerveusement ses doigts, tremblant presque. Shawn quant à lui, reste calme, bien qu'inquiet. Et finalement ils eut une réponse.

" Allô... Asch ? Shawn Goenel à l'appareil."

Il n'eut pas l'indécence de lui demander s'il se souvenait de lui... Ce n'était pas la peine de remuer le couteau dans la plaie. Mugen, un temps soulagé d'entendre la voix d'Asch, appréhenda aussitôt sa réaction

... Asch ne s'y était évidemment pas attendu, et son visage se vida intégralement de son sang, tandis qu'il cessait de respirer - ce qui s'entendit, vu qu'il respirait fort, et avait du mal à garder son calme. Il ne mit pas longtemps à faire le rapprochement. Plusieurs émotions contradictoires le transpercèrent alors. La honte. La culpabilité. L'inquiétude... Si Shawn l'appelait... C'est que Mugen avait dû le mettre au courant, et potentiellement que... Non... Non, il n'avait pas fait de connerie hein? Quand même pas??

"Il... Il vous a dit que... Oh non..."

L'image de Haruyuki lui revenait en tête, forcément. Asch se sentait minable. C'était presque comme si il avait pris la place de l'homme qu'il avait tué. Une fois de plus... Encore un autre... Malgré qu'il fut sur le point de se remettre à pleurer et que sa voix fut tremblante, Asch continua. Il avait honte que Shawn prenne la peine de l'appeler... Mais il s'inquiétait trop pour Mugen, et il avait trop besoin d'aide, pour refuser ce bras tendu.

"... Comment est-ce qu'il va?"

L'inquiétude pointait clairement dans sa voix

Mugen ne pensait pas que le fait d'être avec lui gêne Asch... Ou plutôt, le fait qu'il le dise à Shawn. C'était un ancien professeur oui, ça pouvait paraître bizarre - d'autant plus qu'il était le père d'un homme qu'Asch avait tué... Mais sur le coup, ça lui avait paru naturel. Penser qu'il avait fait une bourde en en parlant à Shawn le mit extrêmement mal à l'aise. Par contre, Shawn lui, gardait son calme légendaire.
" Oui, il m'a raconté... il va bien, enfin physiquement... Il s'inquiète énormément pour vous."
Ca on pouvait le dire, il avait même eu peur qu'il se soit donné la mort...

Asch fut soulagé d'apprendre que Mugen allait bien... Physiquement parlant. C'était déjà ça, même si ce qui l'inquiétait dorénavant, c'était plutôt le mental. Evidemment, vu la manière dont Asch était parti comme un voleur - ou presque - après l'avoir rejeté sans réussir à comprendre pourquoi exactement... Il était normal que Mugen soit bouleversé. Et c'était peut-être même nécessaire. Mais Asch s'en voulait quand même... Il soupira et ferma les yeux, encore tremblant, pas loin de la crise de nerfs.

"... Je vais b..."

ll s'arrêta. Même lui se rendait compte qu'il était loin d'être crédible. Et de nouveau sa voix s'emplit de larmes contenues:

"... Nan. Je voulais pas..."

Ses propos allaient finir par manquer de cohérence...

Mugen se retenait de parler à Asch et ça lui coutait énormément... oui, physiquement ça allait, mais dans sa tête c'était un beau bordel. Asch lui manquait énormément... Même Shawn en était bouleversé, même s'il le camouflait avec plus de talent.

" Vous ne vouliez pas... ?"

Shawn répétait, sans rien suggérer : il fallait qu'Asch aille au bout de sa phrase, que Mugen en ait le coeur net... Qu'il sache qu'Asch avait des remords...

Asch retenait la fin de sa phrase, simplement parce qu'il avait trop peur de craquer. Il était au bord des sanglots... Au bord de l'épanchement critique, du pétage de câble téléphonique, et il avait honte... Honte de faire subir ça à un homme qui avait déjà tant perdu par sa faute... Mais il était totalement paumé. Il avait besoin d'aide. Il ne comprenait plus rien. Ses certitudes se mélangeaient et il ne savait plus ce qu'il foutait ici... Il s'accrocha au téléphone comme si c'était là la seule chose qui le raccrochait à la vie, et se prostra plus bas encore contre le mur de salle de bain.

"Je... Je voulais pas... J... Je sais pas ce que je fous ici..."

La phrase de trop. Sa voix se gorgea de pleur, alors qu'il craquait sans pouvoir se retenir. Et les mots de déferler dans sa gorge:

"... Je je... voulais pas partir... Je sais pas pourquoi je l'ai fait... Je veux revenir mais j'y arrive pas... Je sais pas quoi faire..."

Sa voix se brisa, alors qu'il se remettait à sangloter pour la énième fois de la journée.

Mugen se prit la tête dans les mains, tremblant, signe qu'il pleurait. Entendre Asch aussi perdu, et aussi loin... Où d'ailleurs ? Qu'aurait-il pu faire d'autre ? Même Shawn fut ému, et essuya une larme.

" Mugen... vous lui manquez beaucoup. Il... il vous aime sincèrement."

A coté de lui, l'Alpha n'arrivait plus à se retenir... il se mit à hurler d'une voix sanglotante, pour être certain qu'Asch l'entende :

"Reviens... !!! Ou alors dis moi où tu es j'viendrais te chercher !!! Peu importe l'endroit... Asch...."

Shawn fut paniqué. Si Asch se braquait.... ?

Asch laissa retomber sa tête contre le mur. Il ne savait pas ce que Shawn connaissait de Mugen... Il savait juste qu'il en savait beaucoup. Beaucoup plus que lui, même. Sans doute devait-il être au courant des détails... Alors, comment pouvait-il annoncer un truc pareil, avec autant de certitude?

"... Comment vous pouvez le savoir..? Je..." Il ricana, hagard, presque dément dans la douleur "... C'est arrogant de ma part non? Je... Oh..."

Il ne comprenait plus rien, et la voix de Mugen hurlant derrière le téléphone termina de lui détruire les neurones. Déjà blanc, Aschvira cadavérique, et manqua de peu la syncope, alors qu'il murmurait, dans un souffle:

"Mug..."

... Il avait tout entendu..? Asch, loin de se braquer - il était trop en détresse pour ça - poussa un hurlement de désespoir. Il aurait tant voulu l'enlacer, lui dire que c'était terminé, que tout allait bien... Et en même temps... Il n'arrivait plus à parler. Comme si sa présence le bloquait. C'était horrible. Comment pouvait-il bloquer face à Mugen..?

"Je peux pas... Je peux pas revenir pour l'instant... C'est pas sain... J'suis allé trop loin... Je voudrais y arriver... J'arrive pas à le supporter... Je suis désolé..."

Ses pleurs redoublèrent de violence.

"Je suis désolé..."

Shawn ne sut pour une fois que répondre... Non, ce n'était pas arrogant, mais compréhensible... Enfin, il n'eut pas le temps de formuler une réponse que Mugen parla/hurla dans la cuisine. Craignant qu'Asch ne se braque, Shawn retint son souffle... Asch ne disait plus rien... Mugen se demandait même s'il n'allait pas raccrocher, tout simplement... Et finalement, il parla. Mugen ne comprenait toujours pas pourquoi il ne voulait pas revenir... C'était forcément à cause d'Erik mais... que pouvait-il bien y faire ? Il n'y avait pas de solutions... Muet, Mugen laissa Shawn parler .

" Dites nous au moins où vous êtes... "

Mais Mugen, sanglotant non loin de là, ne tarda pas à re-péter un cable.

"Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse, Asch !!! Bordel qu'est-ce que j'dois faire !?! Dis-le moi !!! Tu... il... C'est toi que je veux !!!! Toi !!! Pas un foutu cadavre !!!! "

Shawn écarquilla les yeux : jamais il ne l'avait entendu parler d'Erik ainsi. Sa mort l'avait chamboulé, trop pour qu'il manque de respect... Mais les choses avaient changé et la mort d'Erik était un poids trop important pour Mugen désormais. Il lui en voulait pour sa confusion, et il lui en voulait d'être mort... comment clarifier les choses maintenant ?

" Mugen..." Shawn posa une main sur son bras, que Mugen écarta vivement. il était à la fois fou de rage et de tristesse... Impuissant.

Asch atteignait le paroxysme de son craquage nerveux. Toujours aussi nu, tremblant et pathétique, il sanglotait à s'en déchirer la gorge. Shawn était suffisamment patient pour lui arracher l'information qu'il souhaitait connaître, même si Asch n'était pas encore prêt à la fournir - tête de mule un jour, tête de mule toujours. Il voulait qu'on sâche où il était.. Mais il avait peur qu'on vienne le chercher.

De toute façon, Mugen se mit à hurler, si fort, et pour proférer des propos si violents que Asch en eut le souffle coupé. Il avait presque été convaincu. Presque. Si seulement il avait été certain que Mugen le voulait lui, vivant, pour lui, et pas pour ce qu'il lui rappelait... Si seulement il avait su faire l'accent sur leurs différences plutôt que sur leurs points communs... Mais Asch était à l'heure actuelle incapable de comprendre que là était peut-être la clé du problème. Lui ne voyait pas de solution. Il n'arrivait toujours pas à croire Mugen... et il en était d'autant plus désolé qu'il savait parfaitement que l'aveugle se pensait sincère. Le problème était tellement complexe... En attendant, Asch avait été forcé par cet éclat de voix de retrouver son calme. Encore une fois, il fallait gueuler un grand coup pour qu'il se calme. Même si ce calme n'avait rien de bon... C'était le calme post-tempète... Un calme vide, dévasté... Tout comme sa voix, lorsqu'il parla à nouveau, s'adressant directement à Mugen cette fois:

"... Je sais pas, Mugen... Ca serait tellement plus simple si je savais... C'est pas ta faute... Je t'en veux pas... Pas vraiment... C'est quelque chose de viscéral..."

Il marqua un temps d'arrêt. Il aurait voulu lui dire qu'il l'aimait, mais ça le dérangeait de le faire alors qu'il savait que Shawn tenait le téléphone. Et un long soupir de lui échapper. Aurait-il dû raccrocher? Non... Il n'en avait pas la force. Pas comme ça...

C'en était trop pour Mugen. Il quitta la pièce, en hurlant au passage, et alla se réfugier dans sa chambre pour pleurer : il ne pouvait rien faire et en plus, Asch osait lui dire que ce n'était pas sa faute ? N'y avait-il aucune solution... ? Shawn, désemparé, restait au téléphone... APrès un moment de silence, il articula difficilement :

" Il... il est parti. Je... je ne l'avais jamais vu dans cet état... "

Shawn inspira un grand coup, avant de continuer. Il ne savait pas si ça aiderait, mais ça pouvait expliquer sa présence du moins :

" Si Mugen a connu Erik c'est à cause de moi. Je sais que vous pensez n'être qu'un transfert ou un remplaçant mais... Jamais Mugen n'avait souffert comme ça. C'est vous qu'il aime ça ne fait pas de doute... Il... Au début peut-être... il a pris soin de vous comme il a pris soin d'Erik mais... pour le reste... tout vous oppose... Je..."

il ne savait pas comment exposer les faits mais ce qui était certain, c'est qu'on ne pouvait pas les confondre.

" Ne lui en voulez pas simplement parce qu'il pense que les mages moins doués mériteraient plus d'attention."

Maintenant que le calme était revenu... C'était quand même plus facile de réfléchir, pour Asch il avait entendu Mugen hurler, et de nouveau des larmes silencieuses avaient coulé sur son visage dévasté. Pour le reste, il était immobile, et se sentait... Engourdi. Malgré tout il buvait les paroles de Shawn. Elles venaient d'un homme qui connaissait bien la situation, et qui la voyait avec objectivité. Ses propos étaient de plus prudents, mesurés... Asch n'aurait jamais pu mettre en doute sa parole. Il avait l'impression que le venin dont il était empli échappait progressivement à son corps, comme sortant d'un énorme abcès... Tout n'était pas parti... Mais malgré tout, ça faisait du bien.

"... Je vais essayer de revenir. Je veux vraiment revenir, vous savez. Je crois... Je crois que je pensais que j'avais besoin de distance... Je sais plus... Je sais juste que je veux pas lui en vouloir..."

Il marqua un temps d'arrêt, encore. Il se sentait totalement... lent, mou, comme si il avait été shooté.

"Je... Je suis à Modula..."

Shawn hocha la tête, soulagé qu'Asch se soit calmé, même un peu. Ses paroles étaient encourageantes, même si Shawn se demandait si ce n'était pas une mauvaise idée d'aller le chercher... La force ne réglererait sûrement rien. Silencieux, Shawn pesa ses mots, mais fut pris de vitesse par Asch, qui lui disait qu'il était à Modula. Un sourire éclaira le visage du vieux prof/star de rock.

" Revenez, s'il vous plait. Il vous attend... Je ne lui dirais pas où vous êtes si vous le souhaitez, mais ne le laissez pas comme ça..."

Les larmes continuaient de couler sur le visage de Asch, qui ne les sentait même plus sortir de ses yeux, un peu comme si le flot avait été naturellement ininterrompu. Comment Shawn faisait-il pour être une telle source de réconfort? Peut-être Asch avait-il juste eu besoin de parler... D'être entendu... Et peut-être le fait de parler à quelqu'un d'aussi compréhensif que Shawn rendait-il cela encore plus efficace... Asch ferma les yeux. Il ne parlait plus que dans un marmonnement vague, mais il se sentait mieux...:

"Nan... Dites lui... Il voudrait sans doute le savoir, et je suis pas parti pour lui faire du mal... Ca a juste rien à voir... J'aurais voulu lui parler, si il était pas parti..."

Shawn était soulagé mais aussi un peu gêné... Mugen était parti, sûrement pour s'effondrer dans son lit, inconsolable, et lui restait au téléphone avec son amant. La situation était plutôt incongrue, tout de même... Asch lui donna la permission de lui dire où il était, bien qu'il ne sache pas trop ce que Mugen allait en faire. Squatter Modula jusqu'à ce qu'il le retrouve ? Entous cas, Shawn hocha la tête :

"Je le ferais. Vous êtes à quelle adresse... ? Je pense qu'il viendra vous voir... En fait, il serait capable de prendre la route ce soir même. Vous lui parlerez face à face. C'est toujours mieux qu'au téléphone..."

Moui ça dépendait des situations...

Asch était progressivement en train de passer dans un état... Bizarre. Son cynisme/je m'en foutisme largement enfoui sous tout un tas d'autres choses bien plus récentes prenait la place du grand vide qui venait de se former en lui... Il continuait d'écouter, de répondre, sans même chercher à cacher quoique ce soit...:

"Je sais pas... J'ai pas regardé où j'allais... Je suis dans un motel pourri qui sent la crasse et le foie malade... J'serais pas étonné de trouver un cadavre dans un placard... Ou bien d'attraper une maladie rare dans la douche..."

Evidemment, il n'y pensait pas vraiment... Mais ça décrivait bien l'endroit.

"... Je sais pas si c'est une bonne idée. La dernière fois qu'on s'est parlé en face à face ça a été une véritable catastrophe... Peut-être qu'il vaut mieux attendre..."

Shawn était atterré... Comment Asch avait-il pu en arriver là... ?

" ... Je ne pense pas que ce soit des arguments valables pour l'empêcher de venir... "

Lui dire qu'il était dans un endroit pourri voir dangereux ? Non, c'était pas valable DU TOUT. Mais Asch faisait encore ce qu'il voulait, malheureusement...

" Mugen ne sait pas toujours bien s'exprimer, malgré ce qu'il nous fait croire. Et attendre ne fera qu'aggraver la situation... Je vous en prie... "

Asch ferma les yeux puis soupira douloureusement. Il n'était vraiment pas certain que l'idée soit bonne... Mais de ce qu'il avait entendu, il voulait bien croire que Mugen irait mal tant qu'il ne daignerait pas revenir... Et si il perdait confiance? Déjà que Asch n'avait qu'une confiance limitée en lui-même... Et si il faisait une connerie? Asch n'avait pas réfléchi à tous ces détails...

"....... Pas dans cet endroit. Je veux pas qu'il voie ça..."

Effectivement son état n'était pas glorieux.

"... Je connais pas cette ville et j'ai rien sur moi... Mais si vous me donnez un point de rendez-vous.."

Asch marqua un temps d'arrêt - une fois de plus. Puis il rajouta, presque timidement, ce qui faisait bizarre venant de lui. Il répugnait à demander une faveur à un homme qui en théorie aurait dû le détester.

"... Mais vous viendriez?"

Asch n'avait aucune confiance en ses compétences de diplomate, ni en celles de Mugen. Aucun des deux ne supporterait que ça dégénère. Asch sentait... Qu'ils avaient besoin d'un arbitre. Au cas où.

Shawn comprenait qu'Asch ne veuille pas que Mugen le 'voit' dans cet état... C'était normal. D'ailleurs, dans une autre situation, Shawn aurait bien blagué sur le 'voit'... Mais bon. C'était pas le moment. De plus, Asch ignorait tout de Modula... Il leur faudra un point de rdv... Hmm... Shawn réfléchissait quand Asch le coupa. Il voulait qu'il vienne ?

" Si vous le souhaitez."

C'est comme si il avait que ça à faire en fait... Il n'était plus professeur depuis longtemps, et il n'avait pas de tournée prévue. Il pouvait bien faire un voyage à Modula pour aider son vieil élève.

" ... Je ne connais pas bien Modula moi même, hélas... Disons... à la gare ? "

Ce serait plus simple pour tout le monde...

" Nous arriverons quand vous le souhaitez."

Asch soupira, à la fois inquiet et soulagé. La solution était-elle si proche? A portée de main? Il voulait y croire... Et comme il était incapable de le réfléchir, il était presque capable de le faire. Cela dit, ça faisait un moment qu'il traînait à poil dans la salle de bain, trempé. Un éternuement lui échappa.

"... Merci. Je suis désolé de vous demander ça mais... C'est juste qu'on est aussi doué l'un que l'autre. J'ai peur que ça se passe mal..."

Il ne savait pas vraiment ce qui pourrait arriver... Mais il avait confiance en lui et Mugen pour être capables de tout foutre en l'air pour rien. Il renifla. Il se rendait compte qu'il se sentait mal et étrangement chaud, maintenant qu'il y pensait... Pas très étonnant en fait, vu la journée qu'il avait passé.

"Ok pour la gare... Je pense que je saurai y retourner... Sinon, je sais pas. Je pense que je peux y être d'ici deux heures..."

Shawn eut un sursaut d'inquiétude en entendant Asch éternuer... Il ne faisait aucun doute qu'il était dans une salle de bains mais le reste de la situation lui échappait. Pour en revenir au rdv, Asch avait raison. Autant avoir un médiateur quand les deux parties préféraient se hurler et se taper dessus...

" Ce n'est rien. Je pense que ça ira mieux si je suis là en effet..."

Shawn chercha alors un point de rdv... que dire de la gare, par exemple ? C'était un bon endroit, celui où tout le monde devrait passer. Par contre, dans deux heures...

" Il nous faudra le temps d'arriver à Modula, c'est tout."

Et ça, Shawn ne savait vraiment pas combien de temps ça pourrait prendre...

Asch soupira et ferma les yeux, pour acquiescer inutilement. Si Shawn comprenait sa demande, alors a priori... Ca devrait aller. Du moins l'espérait-il. L'idée de sa présence le rassurait et lui donnait de meilleurs espoirs. Asch serait sans doute à la gare avant eux... Mais c'était pas grave. Au contraire, peut-être.

"J'y serai. De toute façon... Faut que je sorte d'ici..."

Cette pièce était en train de lui donner envie de gerber. Il fallait qu'il change d'air.

Shawn hocha la tête même si Asch ne pouvait pas le voir.

" D'accord. Je vais prévenir Mugen. Nous serons là dès que possible. A toute à l'heure."

Shawn raccrocha, et grimpa aussi vite que sa jambe lui permettait les étages. Pourquoi tant d’escaliers… ? Il trouva Mugen effondré dans son lit, la tête dans l’oreiller. Gêné, Shawn resta à l’entrée, sachant que le Despranon pouvait le voir.

« Mugen. Nous devons y aller. Asch a accepté de te voir, il nous attend dans deux heures à la gare de Modula. »

Abasourdi, Mugen sortit son visage misérable des draps, et hésita à demander à Shawn si c’était une blague. Puis, il se souvint de qui était Shawn. Il était forcément sérieux, il ne savait pas être autrement…

« … Je… Merci… Est-ce que tu peux… ? »

« Hmm ? Conduire ? Bien sûr. Ce sera plus simple de prendre une voiture de toute façon. Allons-y. »


Mugen eut un temps d’arrêt, ce qui inquiéta Shawn. Ce dernier s’avança un peu plus et demanda :

« Qu’y a-t-il ? »

« Je devrais changer de t-shirt… Non ? »


Shawn rit doucement. Il haussa également les épaules, élégamment, comme s’il jouait avec sa canne.

« Peut-être que ce serait mieux oui. Mets une chemise. Pour une fois. »

Juste le temps d’enfiler une chemise - rouge foncé - et Mugen était parti, Shawn sur ses talons. A vrai dire, il était tellement pressé de retrouver Asch qu’il hésita à porter Shawn dans ses bras pour aller plus vite… Mais il ne posa pas la question, sachant que le pauvre Goenel allait se sentir vexé. De toute façon, ils n’y seraient pas dans deux heures, il leur faudrait bien plus de temps… Alors quelques minutes de plus ou de moins…

« Merci Shawn. Vraiment. »

Le chanteur agita la main avec élégance, comme pour montrer que ce n’était rien. C’était normal pour lui. C’était ça le pire.
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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Lun 11 Juil - 0:44

Ca avait été... Rapide. Le coup de fil achevé, Asch avait fermé les yeux, entre inquiétude et soulagement. Il n'était pas certain que tout soit terminé pour lui, mais la présence de Shawn lors de l'entrevue à venir le rassurait, quand bien même il aurait dû se sentir mal plutôt qu'autre chose en la présence de cet homme, père d'une de ses victimes... Il était resté environ dix minutes dans cette position, fatigué, incapable de se redresser, alors que ses nerfs lâchaient totalement. Puis... Il s'était relevé lentement, pour constater qu'il tenait à peine sur ses jambes. Son nez coulait... Il avait mal à la tête, et il pensait bien avoir ce qui correspondait à de la fièvre pour lui - son corps devait donc chauffer à quelque chose comme 45°C. Évidemment ça ne le rendait pas vraiment patraque car il était capable de chauffer bien plus que ça... Mais ça expliquait pourquoi il se sentait si mal. Il avait attrapé froid.

Il avait rangé ses affaires dans son sac à la va vite. Ne disposant d'aucun sèche-cheveux ni d'aucun rasoir, il était passé sur les détails - de toute façon il était déjà malade, et devait avoir le visage trop rouge et trop gonflé pour ne pas avoir l'air piteux. Couvert de quatre pull - plutôt que trois d'habitude - il était enfin sorti de la chambre pour aller prévenir la propriétaire qu'il ne restait finalement pas. La vieille sorcière lui fit même l'honneur de paraître inquiète. Il fallait vraiment qu'il ait l'air d'un macchabée...

"... D'accord. Je reprends vos clés. ... Mais ça va?"

"... Ouais, ouais... J'ai glissé dans la douche c'est rien..."

... Pas très crédible, comme excuse, mais la vieille leva les sourcils et acquiesça simplement pour montrer qu'elle avait compris. Même si en fait, elle n'avait sans doute rien compris. Comment aurait-elle pu dans telle situation?

Il était donc sorti, son sac sur l'épaule, et prêt à rentrer sans vraiment se sentir entièrement prêt. Il essayait de ne pas penser pour le moment... Il ne se souvenait plus vraiment du chemin qu'il avait pris en venant. Fort heureusement son sens de l'orientation n'étant pas trop pourri, il parvint à retrouver le centre-ville, puis la gare. Le tout en une heure quarante cinq. Il avait mis deux heures trente à arriver, finalement... Mais il doutait que cela ait une grande importance.

Asch aurait pu aller s'asseoir. Il se sentait trop tendu. Il préféra aller marcher du côté du parking - là où les voitures arrivaient vraisemblablement. Il savait qu'il allait sans doute devoir encore attendre des heures, mais il avait la bougeotte. Ses doigts trituraient nerveusement les lanières de son sac, et le bord de ses poches. Progressivement, ses peurs revenaient. C'était trop facile... Trop immédiat... Même si cette hargne en lui s'était presque effacée grâce à la participation de Shawn... N'allait-elle pas revenir en force quand il verrait Mugen? Allait-il être capable de le toucher? N'allait-il pas avoir une malencontreuse réaction de rejet, qui serait aussi involontaire que néfaste..?

Il prit son visage dans sa main, et cessa d'avancer, pour passer ses doigts contre la peau fatiguée - et rugueuse, car il n'avait pas vraiment eu l'occasion de s'occuper des détails. Il soupira, enfin... Un soupir nerveux, plein d'appréhension. Ses cheveux étaient encore mouillés et séchaient mal... Mugen allait encore criser. Cette pensée lui arracha un bref sourire, et lui mit un peu de baume au cœur - de quoi lui redonner espoir. Dans un contexte pareil, qu'il chope (encore plus) la crève ou pas... C'était vraiment le dernier de ses soucis. Il espérait juste que l'aveugle serait trop content de le voir pour virer hystérique à cause de son état de santé. Et il était bien content qu'il soit aveugle, en fait, là, pour le coup. Shawn risquait de constater les dégâts d'une journée entière de légumage et de pleurs incessants. Beaucoup de gens se retournaient pour observer Asch, se demandant si ils n'auraient pas mieux fait d'appeler l'hôpital. Rescapé d'un naufrage, il n'aurait pas eu l'air plus en forme, ni mieux attifé.

Asch ne connaissait pas la voiture de Shawn... Mais il avait encore de bons yeux. Beaucoup de temps avait passé, et il ne se sentait toujours pas prêt. Pourtant, l'heure de vérité était arrivée. Il se retourna, le souffle court, alors qu'il apercevait deux silhouettes bien connues approcher, au sein d'un véhicule qui entrait sur le parking. Il eut la soudaine envie de fuir. Mais pour aller où? Et pourquoi? Il allait encore faire du mal à Mugen, se faire du mal à lui-même... Non. Son cœur se mit à battre plus fort, et il manqua de tomber tandis que ses jambes se remettaient à ne plus répondre à l'appel que vaguement. Il baissa les yeux pour regarder le sol, l'air honteux et affolé... Il avait moins l'air d'un type normal que d'un animal en cavale, à l'heure actuelle. Il allait les laisser venir à lui... Car il était incapable d'avoir un comportement correct, tant il avait peur de ses propres réactions.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Lun 11 Juil - 10:53

Le trajet était foutrement long. Mugen ne tenait pas en place, et Shawn avait été dans l’obligation d’appuyer un peu trop sur l’accélérateur, chose qu’il ne faisait pas vraiment en temps normal. Mais les temps n’étaient pas normaux, loin de là. Asch les attendait à Modula, plongé dans le désespoir. Mugen, sur la place passagère avant, ne put s’empêcher de passer en Scout Mode alors même qu’il n’y avait rien à voir aux alentours. Les paysages défilaient, monotones. Puis, vint Modula, enfin. Vu l’heure, le Despranon aurait pu roupiller, ou même essayer mais ce n’était pas la peine. L’effervescence des dernières heures, combinée à son pouvoir difficile à mettre en veille alors qu’on est en mouvement faisait qu’il était condamné à l’insomnie. Il devait voir défiler les heures, jusqu’à ce que la ville ne se profile.

La gare était bien indiquée, et Shawn, malgré sa fatigue, ne se perdit pas en chemin. En même temps, ça faisait longtemps que Mugen avait repéré la silhouette voûtée d’Asch, une allure qui ne lui allait pas du tout. Il avait ensuite guidé le conducteur, bien que ce dernier n’en ait pas réellement eu besoin. Une fois sur le parking, Mugen n’attendit même pas que Shawn s’arrête complètement pour ouvrir la portière et s’élancer au dehors.

« Asch !!! »

Il courut vers lui, trop heureux de le revoir, en plus en relative bonne santé. Il avait de la fièvre, et assez de pulls pour que Mugen puisse les voir, mais il était vivant, c’était le principal. L’Alpha se précipita sur lui, peu soucieux de qui pourrait les surprendre. Sans attendre un instant de plus, il prit Asch dans ses bras et partagea avec lui un baiser digne de figurer dans les gay kisses les plus hot du monde. Mugen attira Asch à lui, plus, toujours plus, passant une main dans ses cheveux encore mouillés. Il ne tilta même pas, trop heureux de voir son amant vivant. Ce baiser quasi-désespéré dura encore de longues minutes, sous les yeux d’un Shawn adossé à la voiture, un sourire légèrement moqueur mais soulagé sur le visage.

« Asch… tu m’as tellement manqué… »

Hahem, ça faisait même pas un jour quand même… Enfin il fallait dire que les circonstances du départ d’Asch étaient spéciales. Mugen s’était légitimement fait du mouron pour lui, et cette journée avait été interminable. Dans la nuit de Modula, il ne pensait qu’à une chose : prendre soin d’Asch, avec encore plus d’attentions, pour que plus jamais il ne veuille partir. Oui, c’était effrayant, même pour Mugen, mais c’était comme ça. Son cœur était dévoré par cette passion, et d’avoir perdu Asch, même pour une journée, l’avait complètement dévasté.

Shawn, non loin, commença à s’approcher doucement. Evidemment, il ne surprit pas Mugen, qui l’avait vu bouger. Ce dernier coupa court au baiser, collant son front à celui d’Asch, ses paumes posées sur ses joues. Il semblait le regarder de ses yeux vides, de ses verres teintés :

« On rentre… ? Tu veux bien… ? »

Aussi étrange que cela puisse paraître, il s’agissait bien d’une supplique : ça briserait le cœur de laisser Asch ici, mais il ne voulait plus le forcer à quoi que ce soit. Derrière lui, Shawn s’était suffisamment approché pour poser une main sur l’épaule du rouquin.

« Je suis content que tu ailles bien. »

Une chose si évidente, si triviale mais tellement importante qu’il n’y avait que lui pour la dire. Mugen n’y avait pas pensé : ça se lisait assez clairement sur son visage de toute façon. Vivement qu’ils puissent rentrer oui…
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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Lun 11 Juil - 12:21

Asch leva finalement les yeux, alors qu'il entendait la portière de la voiture claquer. L'instant sembla irréel. Il cessa de respirer alors que, apeuré, il observait Mugen. Mugen, qui venait de hurler son nom, et s'approchait de lui en courant, sans lui laisser le temps d'analyser les sensations et les sentiments qu'il éprouvait à le revoir de nouveau après... Même pas vingt-quatre heures de séparation, oui. Mais les dernières heures avaient été un tel calvaire... Son désespoir avait été tel qu'il avait l'impression d'avoir passé un mois entier en enfer. Il écarquilla les yeux. Si on l'observait, ne serait-ce qu'un peu, on pouvait aisément remarquer que l'effroi déformait son visage. C'était comme il avait dit: viscéral. Comme un vieux traumatisme qui remontait à la surface et lui bouffait l'existence. Qu'allait-il se passer lorsque Mugen le toucherait..? Il avait tellement peur d'avoir une réaction inadaptée... De le repousser.. De se mettre à hurler... Il avait l'impression d'être sur le point de devenir cinglé et de perdre totalement le contrôle de son corps. Si Shawn n'était pas intervenu, c'est sans doute ce qui serait arrivé au moment où Mugen l'enlaça. Mais heureusement, Shawn avait parlé, et permis à Asch de retrouver un soupçon d'équilibre mental.

Ca ne l'empêcha pas d'avoir l'impression de se faire percuter, autant physiquement que mentalement, lorsque Mugen arriva jusqu'à lui et le prit dans ses bras. L'espace d'un bref instant sa peur se transforma en panique - surtout lorsque Mugen vint chercher ses lèvres pour l'embrasser - mais fort heureusement, ce sentiment néfaste qui l'avait forcé à fuir ne vint pas gâcher la joie des retrouvailles. Tout d'abord un peu retenu, l'air de vaguement rechigner... Asch se rendit compte que l'horreur morbide qui les séparait - au moins dans sa tête - n'était plus là. La tension quitta son corps, alors qu'il plaçait timidement ses mains sur les épaules de Mugen... Puis qu'une vague de joie, de soulagement, et de passion l'emportait. Il passa ses bras autour de son cou, et l'embrassa avec plus de fougue encore que Mugen n'avait commencé, presque à l'en faire reculer d'un pas, en fait. Il passait la main dans ses cheveux, avide de ce contact qu'il avait eu peur de ne plus jamais être capable d'apprécier. Il avait eu tellement peur... Il en tremblait encore, comme une feuille, alors même qu'il continuait à embrasser l'aveugle désespérément. L'expression "à corps perdu" n'avait jamais été aussi vraie.

Et le pire, c'est qu'ils étaient en public. Voire même... Gravement en public. Il y avait du passage: c'était une gare. Asch en temps normal n'aurait jamais accepté s'assumer son homosexualité aussi ouvertement... Mais les circonstances étaient tellement spéciales qu'il était en train de faire son coming-out sans même s'en rendre compte, en fait. Si la tête de Mugen n'était pas excessivement connue... Ce n'était pas le cas de la sienne. Il avait longuement fait la une des journaux, et sa chevelure rouge pétante n'aidait vraiment pas à le rendre plus discret. D'ici deux trois jours, plus personnes n'ignorerait que Asch était de ce bord là... On pouvait compter sur la rumeur pour se propager. Voire même sur certains journalistes suicidaires pour tenter de publier l'article.

Enfin, le baiser cessa, et Mugen posa son front contre celui de Asch, qui gardait ses bras fermement plaqués dans son dos. Quant à Mugen, il avait ses mains posées sur ses joues, et ce contact le rassurait. Asch l'observait d'un regard qu'on ne lui voyait pas souvent: hésitant, peu confiant. L'émotion faisait briller ses prunelles turquoises, et rendait fébrile sa respiration. Sa gorge était bloquée. Il avait l'impression d'être incapable de s'exprimer. Mais il n'avait pas besoin de le dire pour que cela soit très clair: Mugen lui avait atrocement manqué à lui aussi. Tellement qu'il avait failli en perdre la raison, et tout ça en l'espace d'une seule journée. Il décida de résumer la situation en deux mots, dans un murmure à peine audible:

"C'était horrible..."

Puis le brun lui demanda de revenir. Asch n'était pas encore certain que tout soit définitivement réglé... Mais il était incapable de s'éloigner de Mugen, maintenant. Il lui avait trop manqué. L'idée de le blesser à nouveau lui faisait trop de mal, rien qu'à être évoquée. Il ferma les yeux et soupira légèrement, pour garder le silence, et avaler sa salive. Difficile, de se remettre de ses émotions. Ses mains s'étaient glissées dans la nuque de Mugen, et entouraient délicatement sa mâchoire. Finalement, il acquiesça, pour exprimer son accord. Il ne savait pas trop ce qui se passerait... Mais il voulait rentrer. Il ne voulait plus être seul... Ni dans cet endroit où il n'avait aucun repère.

Il sentit une main se poser sur son épaule, et tourna ses yeux trop expressifs sur Shawn, qu'il devait donc être en train de dévisager avec un air larmoyant au possible. L'intensité de son regard semblait exprimer tout un tas de choses... Tout d'abord la peur qu'il avait eu de perdre la seule chose à laquelle il tenait, le soulagement... Et une gratitude qu'aucun mot ne savait exprimer...

"... Merci."

Le ton de sa voix fatiguée n'exprimait pas le quart de ce qui se passait sur son visage. Par ce simple mot, il remerciait Shawn non seulement pour son commentaire précédent, mais aussi pour sa participation dans l'affaire, son investissement. Asch n'était pas dupe. Sans lui, il aurait sans doute fini par faire une énorme connerie, et par détruire Mugen tout en se détruisant lui-même. La lueur dans ses yeux se figea bientôt, comme prise dans la glace. Asch les détourna, et leur expression honteuse voire coupable voulait tout dire: il ne s'était toujours pas pardonné pour Haruyuki et le reste, et peut-être n'en serait-il jamais capable. La tête lui tournait. La migraine était de plus en plus forte. Il dut retirer sa main du cou de Mugen en toute hâte et la plaquer en poing contre lui, parce que la crève et l'émotion étaient en train de lui faire perdre le contrôle. Il émit un bref gémissement, avant de chanceler, de se laisser retomber, à moitié assommé, contre Mugen. Sa température corporelle grimpait joyeusement et allait à ce rythme atteindre les 55°C dans la minute. Quant à sa main gauche, montée toute seule à quelque chose comme 200°C, elle avait commencé à griller les fibres de son pull. Si il se mettait à pleuvoir, Asch allait produire de la vapeur. Il avait appris à contrôler - en partie - son pouvoir, mais malade et émotionnellement instable, fallait pas non plus trop lui en demander.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mar 12 Juil - 14:18

Mugen se foutait bien qu'ils soient en public ou non. Ses censeurs auront tôt fait d'écarter les curieux qui voudront mettre ça dans le journal. Et il réserve un sort bien pire aux imprudents qui le feront quand même. C'est pourquoi il embrassa Asch sans retenue, sans arrière-pensées aussi pragmatiques, le serrant dans ses bras tellement il lui avait manqué. Un jour de séparation, c'était peu, et ça aurait très bien pu se passer si le rouquin n'avait pas quitté le Domaine de cette façon là.

Derrière eux, Shawn s'était avancé, un léger sourire sur le visage. Il était heureux pour les deux hommes, qui manifestement n'étaient pas bien doués pour tout. Sans lui, tout ceci aurait pris bien plus de temps, et aurait pu se finir de bien pire façon. Quant au reste, ce qu'il ignorait jusqu'à il y a quelques heures, il s'en fichait royalement. Même l'Alpha faisait ce qu'il voulait de son clafoutis, et il pouvait le donner à qui il le souhaitait. Etant lui-même en couple avec un homme depuis de nombreuses années, Shawn n'allait pas s'en trouver choqué. Que ce soit Asch, l'homme qui ait tué son fils en tentant de kidnapper l'Alpha ne le gênait pas non plus. Shawn avait vécu assez de choses dans sa vie pour savoir que parfois, elle n'est ni logique, ni prévisible.

Asch avait l'air terriblement malade et faible. Shawn se garda bien de faire de l'audio-description à Mugen, mais il n'en restait pas moins inquiet. Alors, quand le rouquin avoua que ces dernières vingt-quatre heures avaient été horribles, Shawn le croyait. Mugen aussi, évidemment, parce que c'était aussi son cas. Même si lui, en l'occurrence, n'avait pas tenté de se rendre malade.

« Je suis là... »

Lui répondit Mugen, tout en lui caressant la joue du pouce. Une joue devenue rugueuse... la barbe repoussait vite, c'était vrai... D'une voix qu'il tentait de garder calme, l'Alpha lui demanda s'il voulait revenir au Domaine. Il y était toujours le bienvenu, et cette nuit bien plus qu'il ne l'a jamais été. Même les gamins le réclamaient, et pensaient à lui. Même ceux qui ne l'aimaient pas spécialement... L'absence d'Asch avait creusé un vide au Domaine, là même où certains pensaient qu'il était de trop.

Shawn avait désormais posé une main sur l'épaule d'Asch, murmurant quelques mots réconfortants. C'était vraiment bon qu'Asch soit de retour... Mugen le prit dans ses bras de nouveau, alors que Shawn se dirigeait de nouveau vers la voiture. 'Merci'... il y avait eu bien plus dans ce mot qu'on ne pouvait l'imaginer. Tant et si bien qu'il n'avait pas su y répondre autrement que par un sourire. Lentement, Mugen se décolla de son amant, presque à contrecoeur, et fit un mouvement pour prendre son bagage.

« Allons-y. »

C'est alors qu'Asch lui tomba dans les bras, tout simplement. Il était terriblement fiévreux, et avait du mal à contenir certains flux. Mugen délaissa son bagage pour prendre Asch dans ses bras et l'emmener dans la voiture, à l'arrière, avec lui. Shawn était revenu et avait pris la valise pour la mettre dans le coffre. Prévoyant, ce dernier avait toujours de quoi annihiler un mage en détresse... En vérité, ce n'était pas très légal, ce n'était même pas prévu pour ça à la base, mais Shawn n'en avait aucune autre utilité. Il tendit l'artefact à Mugen :

« Ca évitera les accidents. »

L'Alpha le remercia d'une voix éteinte, et l'actionna une fois bien assis avec la tête d'Asch sur ses genoux. Sa vision vacilla, une ou deux fois, avant de s'éteindre totalement, comme un écran de télévision pendant une coupure de courant. Lui s'en fichait de ne rien voir, mais au moins, Asch serait transportable.

« Je devrais l'emmener à l'hôpital... Non ? »

Shawn haussa les épaules. Il n'en savait rien :

« Peut-être a-t-il juste besoin de repos ? »

Rechignant à le laisser ne serait-ce qu'une minute de plus, Mugen hocha la tête, alors que Shawn prenait la direction de Séregon.
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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mar 12 Juil - 17:16

Oui, il était là maintenant... Et à l'heure actuelle, il l'était entièrement. Quand Asch avait eu l'impression de n'être que le réceptacle de passions qui à la base ne lui étaient pas destinées, il avait aussi eu l'impression que Mugen était à la fois là... et absent. C'était lui et tout à la fois c'était un étranger. Avez-vous déjà été confronté à une personne qu'a détruit la maladie d'Alzheimer, alors que vous la connaissiez avant ce changement dévastateur? C'est un peu comme de se retrouver face à une entité inconnue, à peine humaine. L'être a perdu son identité. Bien que la situation ait été très différente... Asch avait ressenti le même genre d'horreur, face au néant... La même genre d'impression: celle d'avoir face à lui une personne qu'il ne connaissait pas. Là... Il n'avait fallu que peu de mots, et l'avis d'une tierce personne... L'aveugle était revenu. Asch était capable de sentir sa présence, sa chaleur...

Le choc était tel qu'il fut suffisant pour emballer l'organisme fragilisé et malade de Asch, qui après de nombreuses heures passées à attendre l'arrivée de la voiture, faisait presque un malaise alors que Mugen et Shawn n'étaient arrivés que depuis quelques minutes seulement. Il n'avait pas fait exprès de se rendre malade, en fait... On aurait pu le croire, mais pas du tout. Il avait juste été tellement désespéré qu'il s'était complètement oublié, et ne s'était même pas souvenu de la fragilité de son système immunitaire, ni de sa tendance à prendre froid juste parce qu'il était un peu mouillé et pas suffisamment habillé... Le résultat était le même, mais c'était peut-être encore plus pathétique vu sous cet angle. Asch était capable de choper une crève dangereuse juste parce qu'il avait négligé son corps pendant même pas vingt-quatre heures consécutives.

En attendant, Asch entrait dans un état second. La fièvre était doublée d'un vertige intense et d'une envie de vomir qui le pliait en deux. Il sentait son corps chauffer... Et par conséquent, il avait l'impression de sentir l'air du dehors devenir glacial, comme une brise déchaînée contre sa peau. Il eut du mal à comprendre ce qu'il se passait. La terre changeait d'angle... Il se retrouva dans les bras de Mugen. Combien de secondes s'étaient-elles écoulées? L'ombre d'un gémissement lui échappa encore. Il était à moitié assommé.

Ils s'installèrent, et Asch soupira lorsque la portière claqua, le protégeant de l'air du dehors, bien trop frais. Sa tête reposait contre les genoux de Mugen quand ils démarrèrent. Il rajouta sa main droite sur la cuisse de ce dernier, comme cherchant son contact malgré son état... Comme si il lui avait trop manqué pour qu'il puisse se priver de lui maintenant. Quant à sa main gauche, elle restait fermement scellée à sa poitrine, où elle continuait de caraméliser son pull. Mais c'était toujours mieux que de risquer de brûler quelqu'un. Évidemment, Asch n'avait pas imaginé que Shawn et Mugen auraient l'idée d'annihiler sa magie pour le trajet. Une bonne initiative pour tout mage normal... Mais pour Asch, dont la magie était organique, et nécessaire à sa bonne santé... Et sachant que sa santé n'était déjà pas très bonne, là... Ce n'était peut-être pas la chose à faire, même si c'était toujours mieux que de risquer l'accident. Le rouquin maîtrisait cela dit ses pouvoirs mieux qu'avant. Suffisamment pour qu'il ne fût pas trop inquiet à l'heure actuelle. Et pour qu'il émette un grognement de mécontentement quand il sentit ses flux se rétracter à l'intérieur de son corps, gagnant leur foyer, pour disparaître dans un claquement qui lui valurent une secousse, digne d'un spasme d'épileptique. Asch se prostra sur lui-même... Un peu à la manière d'un hérisson. Sans même s'en rendre compte, il avait refermé le bras autour de son ventre comme pour essayer de combler le manque qui venait de se former en lui.

Il était tellement malade qu'il n'essaya pas de parler. C'était moche, ce que pouvait faire une simple grippe sur un organisme magique comme le sien... Le temps passait, et il pensait bien tenir jusqu'au retour à Sérégon... Sauf qu'il avait sous-estimé son besoin de chaleur interne face à la maladie. Progressivement, il se mit à suer à grosses gouttes: des sueurs froides, aussi glaciales que son corps qui pourtant devait bien faire encore dans les 40°C - très grosse fièvre, donc. Sa respiration était douloureuse et saccadée. Son teint devenait blafard au fur et à mesure que le temps passait... Et bientôt, il sut qu'il n'allait pas tenir. Tout son corps lui faisait mal... Il semblait être en train d'essayer d'aspirer quelque chose d'inexistant. Des mécanismes de survie s'enclenchaient. Il suffoquait.

"Arr... Arrêtez... Arrêtez la voiture..."

Son bras fusa soudain pour s'accrocher à la manche de Mugen, alors qu'il gémissait plaintivement - une alarme plutôt éloquente, car Asch était très, TRÈS loin d'être douillet.

"S'il te plait... Enlève ce truc... Vite... Vite... Je vais crever..."

... Si ce n'était pas le cas, du moins en avait-il l'impression, et en donnait-il gravement l'impression aussi. Il avait une mine digne d'un agonisant à qui on aurait été en train de donner l'extrême onction. Et peut-être était-ce risqué de lui redonner sa magie dans un moment pareil mais... C'était vital, là. C'était bien pour ça qu'il avait demandé à ce qu'on arrête la voiture. Il fallait qu'il s'éloigne.. Juste au cas où ça pète lorsque ses pouvoirs reviendraient.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mer 13 Juil - 15:12

Shawn avait démarré, et se dirigeait vers Séregon. A bord de la voiture, Mugen avait actionné un artefact anti-magie pour prévenir un accident... Asch était malade et perdait le contrôle. L'utilisation d'un tel objet était tombé sous le sens, sauf que l'Alpha avait oublié quel effet avait l'absence de magie sur l'organisme aschesque. Le résultat fut simplement effroyable. Mugen ne s'en rendit pas tout de suite compte à cause de sa cécité, mais quand Asch commença à se tortiller sur lui, et à parler d'une voix brisée, il paniqua.

« Asch... ! »

Il lui agrippa la manche avec force, comme s'il allait mourir. Chose qui n'allait pas tarder à arriver en effet, s'il continuait à annihiler la magie alentour. Rapidement, Mugen stoppa l'effet anti-magie de l'artefact, et le lâcha pour venir prendre Asch dans ses bras.

« Désolé... Ca... ça va mieux... ? Asch... »

Mugen lui déposa un baiser sur le front et lui caressa les cheveux. A l'avant, Shawn n'avait montré qu'un seul signe de peur, une lueur dans son regard. Il savait qu'étant conducteur, il ne pouvait pas faire grand-chose. Il n'avait même pas pu arrêter la voiture, et n'en avait pas eu le temps. Toujours aussi placide, il continuait à mener le couple vers Nimla.

« Je vais me dépêcher, histoire que tu puisses rapidement te reposer, Asch. »

Sa voix était calme, comme d'habitude, toujours aussi posée et détachée. Il avait eu peur, c'était certain, mais il avait tenté de ne pas le montrer. Contrairement à Mugen qui paniquait plutôt rapidement quand ça concernait Asch. Il était d'ailleurs penché sur lui, se foutant des flux qui dansaient devant sa tronche, et il couvrait le front de son amant de baisers paniqués.

« Je suis désolé... »

En vérité, il avait presque oublié cette particularité d'Asch d'avoir besoin de sa magie pour vivre. Et il s'en voulait, bien évidemment. Quand il était avec lui, il n'arrêtait pas de faire des conneries et de le mettre en danger... Encore une fois, il avait fait pire que mieux et ne savait pas comment se faire pardonner. Du moins, s'il y avait quelque chose à pardonner. Cette scène arracha quand même un sourire – un peu inquiet certes – à Shawn, qui était à l'avant... Cette fois, il ne se retint pas :

« Ne vous en faites pas pour moi. Le trajet est long... Je sais fermer les yeux et les oreilles. »

Ca, c'était certain. Shawn n'allait pas balancer ce qui se passerait dans la voiture ni à un journal ni à rien du tout. Ce n'était pas ses affaires, et il n'était pas du genre à raconter la vie des autres à des tiers. Et en ce qui le concernait lui... Il n'était aucune gêné par ce genre de choses. Il avait vu bien pire, et il était habitué. En réalité, il aimait ça. Non pas qu'il veuille pousser les jeunes gens à se donner ainsi... Mais en toute franchise, il ne serait pas contre.

Mugen n'y pensait même pas. Asch était trop faible, et tout ce qu'il pouvait lui faire en milieu magique était limité. A cause de la température corporelle insoutenable d'Asch d'une part, et à cause de la vision magique vraiment pas classe et sexy de Mugen d'une autre part. Et oui, la magie n'était pas toujours tip top cool et le couple despranonesque (ou presque) était bien placé pour le savoir. Pourtant, Mugen ne put s'empêcher de laisser courir sa main, décidément trop grisé par le contact... Asch lui avait vraiment mais vraiment manqué.
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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mer 13 Juil - 19:36

Merde... Asch n'avait pas réussi à s'exprimer suffisamment clairement. Qui pouvait-en vouloir à Shawn et Mugen de ne pas deviner ce dont son organisme avait besoin, alors que lui-même avait bien du mal à anticiper les réactions d'un corps totalement instable et imprévisible? Cela dit, le jeune homme paniqua au moment où il sentit sa magie revenir, et où il comprit que Mugen avait désactivé l'artefact avant même de prendre la peine de le sortir de la bagnole, et de rester à distance. Asch poussa un gémissement d'effroi alors que la chaleur montait, comme une bouffée intense. Son corps vidé de ses forces sembla d'un coup s'emplir de cette magie qui lui manquait... Et l'effet était d'ailleurs tel qu'il eut une longue inspiration rauque, comme si il était resté sous l'eau, en apnée, durant tout ce temps. Les flux fusèrent, sortant des foyers pour prendre la direction de ses doigts... Et c'était heureux que plusieurs longues semaines aient passé... Qu'il ait commencé à savoir maîtriser son pouvoir... Sans quoi, une catastrophe serait sans doute arrivée.

Il serra les dents, et ferma le poing gauche. Quant à sa main droite, il la laissa fuser, et les flux balayèrent bientôt la voiture, sortant même de cette dernière pour continuer de balayer l'extérieur telles de longues flammes longilignes. A intervalle régulier, Shawn et Mugen devaient avoir l'impression de sentir une chaleur agréable - pas plus de 40°C - leur balayer le corps, le visage... Asch savait que cette unique sensation ne dérangerait pas le conducteur. Quant à Mugen, il devait en voir de toutes les couleurs, mais comme il n'était pas aux commandes, ça ne provoquerait pas de catastrophe. Son organisme eut tôt fait d'atteindre de nouveau les 55°C. Sa main gauche chauffait à 400°C, et Asch faisait en sorte de la garder éloignée de l'aveugle, en l'enfermant dans son autre main, histoire de contenir un minimum cette chaleur qu'il était le seul à pouvoir supporter. Le brun allait finir par cuire, à ce rythme.

Au moins, la douleur avait baissé d'intensité, et les sueurs froides avaient cessé de couler, quoique Asch se soit remit à trembler, alors que l'atmosphère lui semblait de nouveau glaciale. Il frissonna au contact des lèvres de l'aveugle. Quant au commentaire de Shawn... Asch ne savait pas comment le prendre. Se dépêcher de quoi? L'un des deux avait-il saisi l'urgence de la situation? Tout d'abord, il décida de rassurer Mugen. C'était un peu bizarre comme ordre de priorité... Mais le rouquin ne supportait pas de le voir aussi inquiet, d'autant qu'il sentait la culpabilité à trois kilomètres à la ronde, et c'était nul, parce que même Asch n'aurait pas pu deviner que son corps allait réagir aussi salement à l'absence de magie.

"Arrête... Tu pouvais pas savoir..."

... Il aurait bien aimé déposer un baiser sur sa mâchoire, mais c'était malheureux et frustrant... Il en était bien incapable, là. Il était encore haletant, la tête ballante, incapable de la redresser, ni de bouger d'ailleurs... D'autant plus que toute sa concentration était à l'heure actuelle offerte à sa main gauche, tremblante, et qu'il retenait d'exploser. Son poing frémissait comme un quelconque truc sous pression qui allait bientôt péter... Et en effet, les flux étaient en train d'essayer de forcer le passage. C'était ce qu'ils faisaient toujours, certes... Mais pour le coup ils étaient inhabituellement tumultueux et difficiles à retenir. Asch n'allait pas tenir longtemps.

Asch aurait bien aimé pouvoir tenir compte des paroles amusées de Shawn là, alors même qu'il n'aimait pas vraiment l'idée d'être observé dans ce genre de ... posture. Mais voilà. Malheureusement, ils n'avaient pas - encore - le loisir de s'adonner à ce genre de plaisirs, ce dont Asch, même malade, aurait pu être capable en temps normal. Le danger n'était pas entièrement passé. Le rouquin était trop éreinté pour avoir peur. Trop concentré pour agir autrement qu'en... laissant un énorme soupir lui échapper. Il cala son visage dans le cou de l'aveugle, puis demanda, avec un calme qui était presque surnaturel - et qui témoignait bien de l'effort de self-control que Asch était en train de faire. Le yoga, ça roxe. Pas de souci.

"... Il faut trouver une aire d'autoroute... Quelque chose... N'importe quoi... Mais avec beaucoup d'espace... La bande d'arrêt d'urgence au pire... Si y a un champ derrière... N'importe quoi..."

Bon, d'accord... Il avait commencé à marmonner, psalmodier, comme si il était entré en transe... Mais ça voulait bien dire ce que ça voulait dire: Explosion imminente, veuillez accrocher votre ceinture, et accessoirement vous éloigner pour ne pas mourir.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Jeu 14 Juil - 9:51

Même si Mugen ne pouvait pas savoir, il aurait pu quand même anticiper. Il savait que la magie aschesque lui permettait de vivre, que c'était plus qu'un accessoire, c'était un véritable organe à lui tout seul. Non, l'Alpha avait juste été débile, comme d'habitude. Il avait éteint l'artefact sans même prendre garde à lui ou à Shawn, qui n'avait pas non plus l'air de saisir la dangerosité de la situation. Asch aurait pu les tuer tous les deux, mais d'après ce que Mugen voyait – il voyait maintenant – il retenait ses flux comme il le pouvait. Il s'était amélioré, c'était clair, mais il ne tiendrait pas éternellement. Muet, Mugen releva la tête, et s'adressa à Shawn :

« Il faut s'arrêter... »

Evidemment ! Pourquoi n'y avaient-ils pas pensé plus tôt, bon sang !? Asch était en train de dire la même chose, demandant un champ ou n'importe quel lieu un peu vide dans lequel il pourrait libérer ses flux sans trop de dégâts. Shawn accéléra, sans répondre : à quoi ça servait de parler, hein ? Il trouva rapidement un endroit où s'arrêter : un parking, un bâtiment n'abritant que des toilettes, et des champs juste à côté. De quoi laisser Asch faire un feu d'artifice – uniquement visible par Mugen mais bon...

Mugen ouvrit la portière une fois le véhicule arrêté, et emmena Asch dehors. Comme il le pouvait, évidemment : les températures qu'il voyait ne l'incitait pas à toucher son amant, loin de là. Il allait crâmer s'il approchait ses mains... Encore une fois, il se détesta alors qu'il se rendait compte qu'il était fasciné par ces couleurs qu'il avait tellement pas l'habitude de voir. C'était magnifique... Mais aussi extrêmement dangereux.

Soulevant Asch comme un sac à patates, prenant garde à ne pas être brûlé – bon, son épaule avait un peu souffert mais ce n'était rien – il l'emmena rapidement un peu plus loin, quelques mètres à l'intérieur du champ. Un regard étranger y aurait vu un couple amoureux n'ayant pas envie de rentrer pour s'envoyer en l'air, mais ce n'était pas du tout ça. Du tout : Mugen, une fois Asch posé délicatement sur le sol, s'écarta en vitesse.

« Tiens bon Asch !!! »

C'était le cri du coeur de Mugen, celui qu'il poussa alors qu'il le laissait seul. Il répugnait à faire ça, mais vu les teintes que prenaient les flux d'Asch, valait mieux pas qu'il reste trop près. Il revint vers Shawn, qui était sorti de la voiture. Il ne pouvait pas voir son regard paniqué et inquiet, mais sa posture parlait assez pour lui.

« Désolé... J'aurais du anticiper... »

« C'est rien Shawn... Même les médecins spécialisés n'arrivent pas toujours à anticiper. »

Surtout en ce qui concernait Asch, en fait... Les deux hommes s'appuyèrent sur la voiture, à une bonne cinquantaine de mètres du rouquin, attendant que la crise ne passe. Heureusement que Mugen était là : il était celui qui pouvait savoir, de façon la plus sûre, si la crise était effectivement passée ou non. Le spectacle son et lumière... oui, ça lui rappelait des souvenirs, et pas que des bons... Mais ce rouge, ce noir, sur ce bleu clair froid de la nuit... C'était juste magnifique. Asch était magnifique... Même s'il était dangereux, mortel, il était fascinant. C'était comme si en voyant cela pour la première fois, Mugen était tombé amoureux. C'était peut-être ça, en fait. Asch était tout un autre monde pour l'Alpha, et n'avait vraiment rien en commun avec Erik...

Si seulement il s'en était rendu compte plus tôt... Si seulement il n'avait pas attendu qu'Asch soit dans un tel état... Au final, tout était de sa faute. Ca avait toujours été le cas. Il baissa la tête, posant une main sur la tempe, et vit alors Shawn lui taper paternellement le dos.

« Ca va aller. »

Oui... Il l'espérait, mais il n'en était pas certain. Il l'espérait.
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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Jeu 14 Juil - 12:00

Malgré l'imminence de l'explosion, Asch commença à respirer plus calmement. Mugen avait compris le problème... Maintenant, tout allait bien se passer. C'était peut-être stupide... Mais sa confiance, revenue, et aussi pleine qu'elle l'avait été avant que l'ombre d'Erik ne vienne bien involontairement s'immiscer dans leurs affaires, était telle qu'il n'imaginait pas une seconde que les choses puissent mal tourner. Alors qu'à l'heure actuelle, c'était dans sa main à lui que reposait la vie ou la mort de son amant ainsi que de son mentor, oui, certes... N'allez pas chercher, Asch était dans un état second, on ne pouvait pas non plus lui demander d'être logique.

La voiture s'arrêta. Le rouquin était toujours plongé dans cette sorte de transe étrange, qui lui permettait de tenir ses flux en place, là où quelques semaines auparavant, il aurait tout fait péter depuis longtemps. Un calme intense le possédait, et c'était peut-être ça, la solution... La portière s'ouvrit. Le froid l'assomma dès qu'ils furent sortis, mais il avait l'habitude. Malgré les tremblements involontaires de son corps, il tenait le coup, et faisait son possible pour garder éloigné son poing brûlant de Mugen, qu'il voulait absolument éviter de cramer. Puis il atteint le sol, et un soupir de soulagement lui échappa, alors qu'il ouvrait les yeux, pour observer Mugen s'éloigner, de sa vision brouillée.

Quelques secondes lui furent nécessaires... A force d'efforts, il parvint à se redresser, prostré, sur ses genoux mais tassé car ses muscles refusaient de le porter plus à l'heure actuelle. Il releva difficilement la tête. Là... Il observa Shawn, plutôt que le brun, qui serait incapable de détecter ce vague signe. Asch doutait qu'il puisse voir quoique ce soit à cette distance... Pourtant, il l'observait d'un air calme, bien plus posé qu'il n'aurait dû en être capable. Cette sérénité presque surnaturelle l'étonnait lui le premier... Et pourtant, elle était bel et bien justifiée. Il avait vécu pire, durant sa cure à l'hôpital. Bien pire. Il avait pris l'habitude de sentir ses flux gifler les murs en tous sens... Tant qu'il ne risquait de blesser personne... Il n'avait presque plus peur. Au contraire. L'idée de pouvoir relâcher cette tension perpétuelle le grisait... Il avait besoin d'évacuer un surplus de chaleur évident. Il ne souriait pas. Ça aurait été indécent alors qu'il était face au père d'un homme que les pouvoirs dont il était sur le point de faire la démonstration avaient tué. Il l'observait d'un air vaguement désolé... Puis il ferma les yeux, alors que sa main tremblait tellement fort qu'il savait qu'il ne pourrait plus se retenir que quelques secondes.

Il déplia les doigts lentement... Inspira, expira.... Puis lâcha tout. Les flux s'éjectèrent à pleine vitesse de sa main gauche, et éclatèrent comme des épées tendues dans le ciel, à leur maximum de tension... Pendant quelques secondes, il claquèrent l'air à pleine vitesse, comme des flammes rendues folles par trop de pression retenue. C'était un peu le cas, en fait... Et le résultat sur Asch fut quasiment instantané.

Le jeune homme n'avait pas peur. C'était bien la première fois, d'ailleurs, qu'il parvenait à libérer ses flux sans que le traumatisme le force à se rappeler de l'odeur des corps calcinés, l'horreur de la mort... Non. Ces sentiments néfastes ne le handicapèrent pas à ce moment précis. Sans doute devait on remercier les efforts désespérés de Mugen, le psy, et le yogi qu'on l'avait forcé à aller voir... En attendant, bien involontairement, Asch était en train de révéler sa nature aux spectateurs de cette scène étrange - et qui le restait, qu'ils eurent ou non des yeux. Empli d'une soudaine bouffée d'énergie, Asch se redressa. Évidemment, le trop d'informations des flux l'empêchait de penser. Il était en transe... Il se sentait transporté par cette vague, à vrai dire extrêmement agréable... Pour une rare fois, il était totalement détendu. Il revenait à son état naturel... La sensation était telle qu'il releva la tête, gardant les yeux fermés, et la bouche entrouverte. Un gémissement le guettait. On aurait presque pu penser à autre chose... Et il fallait bien dire que ça n'était pas totalement innocent, puisque l'un de ses foyers de chaleur était effectivement placé un peu trop bas. Notons que cette scène n'était pas tout à fait réservée qu'à la vision de Mugen puisque, là où passaient les extrémités brûlantes des cinq flux source, l'air vacillait, ondulait, trahissant la présence de quelques centaines de degrés de trop. Mais cette scène ne pouvait pas durer éternellement. Les flux s'agitaient - un peu moins vite maintenant. Irrémédiablement, les lianes de deux mains s'enroulèrent... La pression augmenta... Une détonation retentit, emportant avec elle une partie du feuillage d'un arbre, qui prit feu. Plusieurs petites branches tombèrent au sol, l'extrémité calcinée.

Quant à Asch... Il n'avait pas à ce point réussi à travailler sur lui-même. Quand même pas. Paniquant soudain sans prévenir, il émit un rugissement de peur, et se rétracta d'un seul coup. Mains sur la tête, visage dans les genoux. Les flux s'agitèrent plus vite, avec plus de précipitation. Comme si ils avaient réagi à son mal-être soudain. Évidemment, ça ne pardonnait pas. Plusieurs détonations suivirent, tandis que Asch émettait un long gémissement qui trahissait les efforts qu'il mettait à tenter de garder son calme... Les explosions continuaient de l'effrayer. C'était ces explosions intempestives qui l'avaient changé en meurtrier... Il ne comprenait encore qu'à moitié leur fonctionnement. Il respirait trop vite, trop fort, alors qu'il essayait de se calmer. Ses bras, ses jambes... Tout en lui était crispé et tremblant. Et pourtant, au bout de quelques minutes, il parvint à retrouver son sang froid. Lentement... Il éloigna les mains de sa tête. Il les écarta au possible l'une de l'autre, tentant tant bien que mal de séparer les flux des deux mains pour éviter qu'ils ne s'emmêlent. Il avait compris que c'était en partie de là que les pétarades venaient... C'était difficile de diriger autant de flux à la fois... Mais la direction de ses mains les poussaient à rester - à peu près - séparés. Les explosions cessèrent, et Asch se sentit soudain transporté par un espoir nouveau. Il se redressa, de nouveau capable de profiter de cet agréable moment de relâchement. Évidemment... Il allait falloir qu'il parvienne à ranger tout ce bordel dans ses mains, dorénavant.

Il se rappelait vaguement de l'hôpital.... ça commençait par le calme intérieur... La tête vide... L'abstraction complète... Puis il fallait se concentrer sur une liane unique dans le tas de flux gémissants... Il lui fallut bien cinq minutes pour atteindre cet état. Puis, lentement, il prit conscience d'un flux dans sa main droite... Celui qui serait le plus simple à rentrer, dans lequel la tension était la moins forte... C'était comme un long muscle qu'il découvrait et devait activer. Entre deux respirations rendues rauques par l'effort, ses doigts tressaillirent. Pourtant, lentement, tout doucement, le flux commença à rentrer dans sa main. Il lui avait bien fallu cinq nouvelles minutes pour accomplir l'exploit... Puis il se concentra sur un autre flux. Main gauche, cette fois. Lentement mais sûrement, toujours.. Les lianes revenaient à leur emplacement non-naturel mais nécessaire. Il avait tellement pris l'habitude de les retenir, constamment - aussi crispant que ça puisse être d'avoir l'impression d'une constante envie de pisser dans les doigts - que du moment où le flux était à sa place, il devenait plus simple de contrôler les autres. Tant et si bien que le mouvement devint de plus en plus rapide. A la fin, quelques secondes seulement suffisaient. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus que trois flux: celui de l'index de la main droite, ainsi que ceux des auriculaires gauche et droit. D'un coup... Le calme. Asch écarquilla les yeux, car évidemment, cela lui fit un choc. Il lui sembla que ses neurones se connectaient soudain aux trois lianes restantes, comme si la surcharge d'information avait cessé de les en empêcher. Le silence se fit dans sa tête. Les flux se figèrent, soudain, et restèrent étendus, immobiles. Le rouquin semblait être transporté dans un autre monde, loin des perceptions physiques habituelles... Il ne voyait pas les flux. Il les sentait. Il les connaissait. Il savait tout de leur emplacement... Comme omniscient, face à ces extensions d'organisme magique. C'était comme un sixième sens indescriptible... Abasourdi, voire absolument estomaqué, il leva ses mains pour les observer, en proie à une fascination aussi étrange qu'inédite.

Là. Il aurait tout à fait pu finir de ranger ça en vitesse... Mais ce soudain contrôle l'étonnait trop, le grisait trop... C'était un niveau qu'il n'avait encore jamais atteint... Il ne pouvait pas s'empêcher de vouloir... Essayer. Tout d'abord, le mouvement. Le flux de l'index bougea timidement, tressaillant tout d'abord, pour former une courbe la seconde suivante, comme une vague qui se levait dans le ciel. Les deux autres prirent bientôt un mouvement similaire, puis se mirent à tourner autour de Asch selon un mouvement arrondi, parfois sous forme de spirales qui entouraient sa silhouette, trop régulier pour être involontaire. Jusque là, il contrôlait. Les trois flux en même temps ça devenait coton... Pas étonnant qu'il ait toujours été incapable de diriger tout ce bordel quand les dix étaient sortis en même temps. Il sentait la tension du flux source, rempli d'une chaleur dont il ne parvenait pas à se départir... Il tendit la main, le dressant droit devant lui.... Puis forçant sur l'appel de chaleur, sans vraiment savoir ce qu'il fichait. Des instincts naissaient... il les suivait, plongé dans un état second. Et là, même Shawn fut capable de constater très visiblement l'effet de cet effort. L'atmosphère chauffa lentement en un point, jusqu'à atteindre l'incandescence. Une incandescence qui dut réchauffer l'atmosphère jusqu'à Mugen et Shawn, en fait... Vu que la vive et éblouissante lumière - qui força même Asch à boucher ses yeux de son bras droit - n'avait pas été loin d'atteindre le maximum de chaleur que Asch était capable d'émettre. Ça n'avait duré qu'une seconde... Le surplus était vidé. Asch rentra les trois flux en même temps, comme si ces tentacules n'avaient été que des extensions naturelles de ses doigts - ce qu'ils étaient pourtant loin d'être. Son organisme en voulait plus... Mais il était tellement crevé... surpris... Et puis malade aussi... Son expression hallucinée le suivit tandis qu'il s'effondrait par terre, presque au ralenti. Un rire nerveux quoique discret le secoua bientôt. Le calme était revenu... Des larmes de joie silencieuses inondaient son visage sans qu'il puisse les empêcher de couler. Pour la première fois... Il avait réussi à contenir, et même à contrôler cette merde... Lui qui avait cru n'en être jamais capable, commençait à voir poindre l'espoir sous la couche de défaitisme qui le recouvrait.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Lun 18 Juil - 15:55

Mugen avait laissé Asch sur le sol, au milieu d'un champ, non loin d'une aire d'autoroute. Il espérait que l'explosion calorifique de son amant n'allait pas aller assez loin pour crâmer le peu de voitures qui étaient stationnées, et accessoirement, lui-même et Shawn. Mais Asch avait eu des cours accélérés de maîtrise de magie, lors d'une cure de désintoxication à l'Ex-Magie. Mugen avait confiance en lui. Il avait réussi à se maîtriser jusqu'à atteindre un lieu propice, c'était déjà un miracle. Alors, appuyé contre la voiture aux côtés de Shawn Goenel, il attendait de voir.

Le pauvre chanteur et ex-professeur allait être déçu du spectacle. Tout ce qu'il pourrait voir c'était les vagues de chaleur d'Asch, et les plantes qui autour, brûleront sans raison apparente. Mugen allait avoir droit à un vrai feu d'artifice. Asch s'était mis sur ses genoux, et fixa les deux hommes. Shawn, en réalité. Ce dernier avait peut-être une patte un peu fragile, mais il avait encore de bons yeux.

« Il me regarde. Il a l'air calme. »

Mugen était ravi d'avoir de l'audio-description, même si seule la première phrase lui apportait une véritable information. Le calme d'Asch transpirait d'une autre manière : ses gestes étaient mesurés, lents et il ne tremblait pas malgré sa température corporelle vertigineuse. Le pouvoir de Mugen avait clairement zoomé sur son amant, et se focalisait sur lui. Comme quelqu'un de normal qui se concentre sur un point précis de sa vision : ça ne voulait pas dire qu'il avait perdu sa capacité à voir venir les coups de l'arrière. Ca voulait juste dire que c'était devenu flou, imprécis, a contrario d'Asch, qui se détachait sur sa rétine magique comme un acteur devant un écran bleu. L'image était d'ailleurs bien trouvée : ce que voyait vraiment Mugen, c'était une forme rouge sur un fond bleu-nuit-profonde-yeux-jiceyesques.

Puis, des fils de chaleur éclatèrent, comme des sillons sanglants dans une peau sombre. Le contraste était impressionnant, presque aveuglant pour Mugen, qui en perdait presque son échelle couleur/température. Mais hé, c'était magique, alors c'était plus difficile que ça à perdre. N'empêche que du coup, le rouge paraissait plus rouge... cramoisi, carmin, sanglant, cerise mûre, jusqu'à se noircir complètement. Il n'y avait qu'avec Asch que Mugen voyait du noir. C'était presque reposant pour sa vision, si seulement son cerveau ne lui hurlait pas à quelle température folle il fallait monter pour peindre du noir dans son esprit. Les flux jouèrent, chacun ayant sa température propre – et c'était foutrement intéressant, Mugen se demandait si Asch s'en était rendu compte – avant de devenir un peu plus sauvages. Ils eurent raison de quelques branchages. Mugen sentit Shawn trembler près de lui.

Il songeait à Haruyuki, c'était forcé. Cette chaleur douce qu'ils sentaient sur leur peau en étant pourtant si éloignés n'était qu'une petite partie de ce qu'avait du subir Haru avant de mourir. Ce qui soulageait Shawn – et il s'en trouva tellement cynique... - c'était que son fils n'avait pas du souffrir. La chaleur avait due être insoutenable... Infernale même. Il suffisait de voir avec quelle facilité Asch pouvait détruire le décor. Mettez un être humain – ou même un être vivant, autre qu'Asch lui-même – là-dedans, et il s'en resterait vite que des cendres.

Mugen reporta aussitôt son attention sur Asch. Lentement mais sûrement il perdait le contrôle. L'Alpha l'avait su avant que Shawn ne le lui traduise dans ses mots. Il avait aussi entendu le gémissement, mais ça... Dites à quelqu'un que vous êtes aveugle, et il vous parlera en hurlant. Mugen n'en voulait pas à Shawn, il n'en avait pas le loisir. Ce qui se déroulait sous ses particules magiques responsables de son pouvoir était aussi fascinant qu'inquiétant. Asch déclenchait des explosions thermiques. C'était ça qui avait du causer la mort de Haru, en fait. Lentement, Mugen vit les flux s'éloigner, main gauche contre main droite. Ca lui sautait aux yeux : les températures n'avaient rien à voir. Asch avait vraiment hérité d'un pouvoir complexe, ça expliquait pourquoi il avait mis tant de temps à pouvoir ne serait-ce que commencer à le contrôler.

Les explosions cessèrent quand les flux arrêtèrent de se mêler. Asch avait trouvé quel fil couper dans la bombe de sa magie. Maintenant, il tentait de se calmer de nouveau, et focalisait sur ses flux. Avec patience, il les rétracta, un à un. Là, c'était au tour de Mugen de faire de l'audiodescription.

« Il a un flux de chaleur par doigt, et il les rappelle à lui, un à un. »

Mugen était soulagé, et il pensait que c'était la fin de l'épisode fête nationale, mais il ne soupçonnait pas qu'Asch voudrait en profiter pour faire joujou. Il laissa trois de ses flux actifs, et commença à les modeler. Lentement, il les fit tourner en vagues, en spirales autour de lui. Le Despranon était bluffé.

« Waw... »

« Quoi ? »


Shawn ne pouvait pas savoir ce que foutait Asch, même s'il devinait qu'il n'y avait pas de danger imminent, et que le rouquin avait l'air de contrôler la situation. Pour une fois.

« Il fait tournoyer ses flux. Si seulement tu pouvais voir ça Shawn... C'est magnifique. »

Shawn eut un sourire triste : c'était magnifique, mais ça avait quand même tué Haruyuki. Avoir pardonné Asch ne voulait pas dire qu'il ne ressentait plus aucune peine pour son fils. C'aurait été terriblement cruel si ça avait été le cas. Néanmoins, comme Mugen n'avait pas remarqué, il ne dit rien. Il était encore trop gentil pour gâcher l'admiration que l'Alpha avait pour son amant, même si dans un coin de sa tête, Mugen savait que cette beauté était impitoyable.

Un point chauffa jusqu'à la limite de l'explosion. Mugen voyait le flux qui l'alimentait, vit les marbrures colorées qui teintaient l'air... Si sa bouche n'avait pas déjà été entrouverte, aucun doute que là, elle l'aurait été. La chaleur de la nuit – due surtout au pouvoir d'Asch – se renforça et devint étouffante, comme si Shawn et Mugen avait été au plus près de la scène pendant un concert de Rammstein. L'onde de chaleur leur passa sur le visage comme la langue d'un fauve, avant de se rétracter. Avant que tout ne se rétracte. Asch en avait fini pour aujourd'hui. Shawn tourna sa tête vers Mugen, qui hocha la tête :

« Je pense que c'est bon. »

Les deux hommes approchèrent, se précipitant pour aller voir si tout allait bien. Shawn resta en retrait, quand même, prêt à aider si on le lui demandait. Mugen se jeta sur Asch, passant ses bras autour de lui, nichant la tête dans son cou.

« Tu es extraordinaire... Tu peux y arriver, tu vois... ? »

D'un geste d'une tendresse infinie, Mugen passa ses pouces sous les yeux d'Asch, essuyant ses larmes de soulagement. Il en aurait sûrement eu lui-même si 'larmes' faisait encore partie de son vocabulaire. Cette nuit resterait dans leurs mémoires, sûrement plus pour le meilleur que pour le pire. En quelques heures, ils étaient passés du fond du puits au dernier étage du plus haut immeuble du septième ciel. Il n'y avait qu'avec des hommes aussi exceptionnels que Mugen, Asch et Shawn que c'était possible, et c'était ça qui était merveilleux.

Mugen souleva Asch, rapidement aidé par Shawn. Les deux hommes soutinrent le rouquin alors qu'ils repartaient jusqu'à la voiture. A nouveau, l'Alpha aida son amant à s'asseoir sur la banquette arrière, alors que Shawn s'installait à la place du conducteur.

« Attends Shawn... » Ce dernier hocha la tête, et Mugen tourna la sienne vers Asch : « Ca va aller maintenant ? Si t'as besoin de quelque chose, dis-le. »

Mugen lui caressait les cheveux compulsivement, et sa voix était mêlée d'une fierté et d'un amour sans bornes. Ce n'était pas grâce à lui qu'Asch était parvenu à un tel niveau de maîtrise, mais il s'en fichait bien maintenant. Il était fier de son homme, c'était tout ce qui comptait. Il en était tellement fier qu'il en aurait probablement eu une demi-molle.


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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Lun 18 Juil - 17:56

Les larmes continuaient de couler contre son visage. Il se sentait... Heureux. Abasourdi. Il n'était même plus en train de penser au fait que le spectacle ait être pu relativement traumatisant pour Shawn, et c'était sans doute mieux ainsi: Il pouvait réellement profiter d'un moment qui, sans aucun doute à avoir, était une véritable victoire pour lui. Une victoire sur le destin. Sur sa mère. Sur sa physiologie. Sur... Bref. Sur tout ce qui faisait que sa vie gardait quelques côtés merdiques, en fait.

Mugen se jeta sur lui, et autant dire que Asch ne se fit pas prier pour le serrer fort dans ses bras, glisser sa main dans ses cheveux... Et continuer de sangloter de joie, presque hystérique. Tout n'était pas sous contrôle... Mais ça s'en rapprochait. Il était maintenant quasiment certain de ne plus jamais tuer par erreur, ou par accident... Bien entendu, il ne pouvait en être sûr. Mais cet espoir... Celui de cesser d'être une bombe à retardement ambulante un jour, gonflait son cœur, et lui permettait de respirer plus librement qu'il ne l'avait fait depuis... longtemps. Il hocha frénétiquement la tête en signe d'approbation. Oui... Il pouvait y arriver. Il pouvait vraiment y arriver... Il commençait à comprendre. Tout devenait à présent possible...

"... T'as vu ça? J'ai... J'ai pu... J'ai réussi à..."

L'émotion était telle qu'il en perdait ses mots. Évidemment, sa voix n'était gonflée d'aucune fierté. Il n'était pas fier. Juste heureux d'enfin se sentir capable d'arrêter d'être un danger public, prochainement. Quant à l'utilisation du verbe "voir"... Elle pouvait sembler étrange, quand on savait qu'il parlait à Mugen. Et pourtant, elle était totalement justifiée. Asch n'avait pas la capacité de "voir" ses flux à proprement parler... Mais la perception qu'il en avait était telle qu'il se représentait presque les mouvements des lianes de chaleur en images, même si il était incapable de mettre de la couleur sur ces images. C'était un bout d'univers qu'ils n'étaient que deux à pouvoir partager... Comme si, quelque part, c'était le destin qui les avait poussés à se réunir, car leurs pouvoirs étaient complémentaires. Cette complicité surnaturelle était presque palpable. Asch dévorait Mugen des yeux, et continuait de passer la main dans ses cheveux, alors même que l'aveugle séchait ses larmes. L'un des rares sourires de Asch - d'autant plus rare qu'il était véritablement radieux à l'heure actuelle - semblait ne plus vouloir quitter son visage.

Cela dit il était temps d'y aller. Temps de laisser retomber toute cette émotion. Une chose était certaine: les deux derniers jours auraient été remplis. Asch tenait encore à peine sur ses jambes. Sa température corporelle était encore très haute - aux alentours de 48°C. Il se laissa transporter, tentant tant bien que mal de rester debout, et de faire en sorte de ne trop peser sur les deux hommes, pour qui il préférait si possible éviter d'être un fardeau. Finalement, par rapport à l'épreuve que Asch venait de traverser, le trajet retour n'était plus qu'une formalité... Il lui sembla être très rapidement arrivé à la voiture, à l'intérieur de laquelle il se laissa asseoir. Il plongea le crâne en arrière et se laissa un instant aller à respirer amplement... Puis dès que les doigts de l'aveugle furent dans ses cheveux, il laissa retomber sa tête sur son épaule. Il se tourna juste assez pour passer un bras par dessus son corps, et se caler contre lui, le serrer contre lui, plus ou moins. Oh oui maintenant... Le plus gros des problèmes était passé.

"Ça va... Je vais bien maintenant... J'ai juste froid."

Pas étonnant, en vue de sa température corporelle affolante, et de la manière dont il semblait en train d'essayer d'emprunter la chaleur du corps de Mugen en se plaquant à lui - quitte à lui servir de bouillotte, bien involontairement. Puis, de toute façon, il avait toujours froid. Il ferma les yeux, et vint fourrer le nez dans sa mâchoire, avant d'y déposer un léger baiser. Il aurait presque eu envie de plus, mais il était bien trop crevé pour y penser tout seul. D'autant que la proximité de Shawn le gênait, tout de même. Asch n'était pas du genre à trop aimer se donner en "public".

"On peut y aller... Désolé pour le contretemps. "

Sans s'en rendre compte, il avait juste un peu glissé ses doigts sur le ventre de l'aveugle, sous sa chemise. Son organisme cherchait la chaleur à tout prix.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mar 19 Juil - 13:55

Mugen n'en revenait toujours pas. Ce que Asch avait fait tout à l'heure relevait presque du miracle. Lui aurait-on annoncé quelques heures plus tôt qu'il ne l'aurait pas cru, tout simplement. Mais voilà, le spectacle son et lumière était terminé, et le rouquin avait encore besoin de soins. Surtout d'une bonne nuit de sommeil et d'un lit bien chaud. Le problème c'est qu'ils étaient encore bien loin de Séregon, et a fortiori, de Nimla. Mugen l'amena sur la banquette arrière, avec lui, et le câlina pour essayer de le réchauffer.

« Forcément, tu fais encore 48°C... »

Ce n'était pas un reproche bien sûr, seulement une constatation empreinte d'une certaine inquiétude. Mugen le frictionna encore un peu tout en passant une main dans ses cheveux. A l'avant, Shawn démarra, une fois qu'Asch lui ait assuré que tout allait bien désormais. Le trajet allait être long... désespérément long, et connaissant le rouquin, il n'allait pas vraiment tenter de... Ah ? Bah si en fait. Une main se glissa sous la chemise de Mugen, lui caressant la peau. Asch se rendait-il seulement compte de ce qu'il faisait ? L'Alpha en doutait sérieusement. Shawn, quant à lui, s'en fichait. Pire même, son côté obscur intérieur avait envie de voir ça... hahem.

Quelques heures plus tard, laissées à la discrétion des personnes présentes, la voiture atteint enfin Nimla. Autant dire que la nuit commençait déjà à s'éclaircir, vu le temps que ça avait pris. Mugen était fatigué, et Asch devait l'être encore plus. Quant à Shawn, Mugen l'avait bien sûr invité à dormir au Domaine. Pour une fois, une des rares fois d'ailleurs, trois appartements hôtes seraient occupés. Sur quatre c'est un gros score.

Shawn se gara donc dans le domaine, et salua les deux jeunes gens rapidement. Il était tellement épuisé par le voyage, et par ce qu'il s'était passé avant et pendant, qu'il ne s'attarda pas avec Mugen et Asch. De toute façon, ils ne semblaient pas avoir besoin de son aide. Mugen, quant à lui, emmena Asch jusqu'à son appartement, où il entra.

« Tu as faim ? »

Simple question. Mugen crevait la dalle, et c'était bien à cause du fait qu'il avait été éveillé toute la nuit. Sauf qu'en fait... il avait l'habitude. Asch par contre, c'était pas forcément son cas. Peut-être voudrait-il dormir directement, auquel cas l'Alpha allait devoir se passer de macaronis au fromage matinaux... Dommage !

Ah, n'empêche, c'était bon d'être de retour au Domaine, avec Asch. Il l'avait allongé dans son lit, lui laissant le loisir de retirer ou pas ses vêtements. Assis sur le matelas, Mugen sirotait du jus de pomme distraitement. Et de nouveau, avant qu'il ne put s'en empêcher, une certaine tension sexuelle emplit la pièce. Pourtant, avec une telle température corporelle, c'était même pas la peine d'essayer... Mugen posa la bouteille sur la table de chevet, et se pencha sur Asch pour l'embrasser. Il posa ses lèvres sur les siennes avec une infinie tendresse, une lenteur calculée, avant de les décoller délicatement.

« Je crois qu'on devrait dormir... »

Ils n'avaient pas vraiment le choix de toute façon. Mugen se déshabilla, ne gardant que son sous-vêtement, et s'allongea sur les couvertures. Il tendit une main vers Asch, prenant la sienne, et alors que le soleil commençait à se lever au-dessus de Nimla, il murmura :

« Bonne nuit. »
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mer 20 Juil - 13:17

Asch soupira d'aise alors que Mugen le frottait plus ou moins pour tenter de l'aider à se réchauffer. Bon. Il était toujours aussi frigorifié, mais la ou la laine des pulls chauffait, une agréable sensation de chaleur picotait sa peau. Le rouquin eut un léger sourire. Ouais... Il faisait encore 48°C, ce qui en faisait un radiateur ambulant, mais bon... Il était vraiment malade. La perte de contrôle thermique n'en avait été qu'un symptôme.

"Ouais... Ça passera avec la crève ça par contre."

... Puis c'était quand même pas si mal. Il était mieux ici, avec le cerveau pressé comme un citron, des tremblements, une nausée persistante, et Mugen tout contre lui, que seul et en bonne santé dans une chambre d'hôtel sordide. A cette pensée il serra l'aveugle plus fort encore. Ses doigts passèrent sous sa chemise pour aller se nourrir de la chaleur de sa peau. Le reste fut donc laissé à la discrétion de Shawn. Au bout d'un moment, Asch, exténué, finit par s'endormir contre son amant, que même dans le sommeil, il ne daignait pas vouloir lâcher. L'effet Sigmund a de beaux jours devant lui.

Il se réveilla alors que Shawn arrêtait la voiture, et que le moteur cessait de vrombir. Ils sortirent donc tous. Malgré l'intensité des événements du soir, les salutations furent courtes. Ils étaient tous exténués. Ils avaient tous hâte d'aller dormir. Ils auraient le temps de discuter plus tard. Asch suivit donc Mugen, et laissa Shawn à lui-même alors qu'il constatait que, finalement, ils n'avaient pas eu besoin d'un intermédiaire. Les choses étaient-elles réellement tassées ceci dit..? Ils auraient sans doute encore besoin de parler, pour exorciser tout ça une bonne fois pour toutes. Mais pas ici. Pas maintenant. La journée avait été suffisamment difficile, émotionnellement parlant.

Ils entrèrent à l'intérieur. Mugen demanda à Asch si il voulait manger. L'idée aurait été raisonnable... Après tout il n'avait rien avalé depuis la veille. Mais...

"Oh... En théorie, je devrais. Je veux dire... J'ai pas mangé aujourd'hui mais... Ouais. Non. Oublie. Je crois que tout ce qui rentrera ressortira direct, là."

Preuve était faite que Asch savait être d'une élégance infinie. Ils allèrent ensuite dans la chambre, où Asch atterrit sur le lit avec un soupir de soulagement. Tous les muscles de son corps lui faisaient mal, et il avait la tête qui tournait comme si il avait passé toute la nuit à boire... Il eut le réflexe de vouloir retirer ses vêtements... Mais il s'arrêta, alors qu'il se souvenait - haha - qu'il était déjà gelé. Inutile d'en rajouter. Il se contenta d'enlever ses chaussures et de s'emmitoufler sous trois tonnes de draps. Pas assez, d'ailleurs...

"... Dis. Tu pourrais me ramener deux ou trois couvertures supplémentaires si ça te dérange pas..?"

Il en avait un stock dans l'armoire de la chambre, en fait. Ça l'avait fait grincer des dents de devoir prendre cette précaution à l'époque... Mais quand il tombait malade - ce qui arrivait relativement souvent, quand même - il était maintenant content de les avoir. Il ne précisa pas où étaient les couvertures parce que de toute façon... Mugen les voyait. Asch avait généralement tendance à oublier le pouvoir du brun et à donner des informations inutiles à foison, mais là en l'occurrence sa fatigue démentielle l'en avait empêché.

Finalement, Mugen déposa ses lèvres sur les siennes, lentement. Asch vint caresser sa joue brièvement, appréciant cette preuve de tendresse à sa juste valeur, d'autant plus qu'il avait bien failli s'en priver définitivement. Mais l'aveugle avait raison... Il était grand temps de s'abandonner à Morphée. En fait, Asch avait déjà commencé sa "nuit" dans la voiture. Mais il avait encore une putain d'envie de dormir. La maladie l'assommait.

"Ouais je crois aussi..."

Il ajusta le paquet de couvertures sous lequel il se retrouvait engoncé. En réalité, il avait gardé sa main gauche à l'intérieur du paquet de draps pour diffuser une chaleur d'environ 80°C à l'intérieur du pseudo-nid qu'il s'était confectionné sans s'en rendre compte. A croire que en qualité d'hybride, il avait des instincts "animaux" en fonction... Puis il tendit sa main droite - celle qui avait une température "normale" - pour venir prendre celle que Mugen lui offrait. Il glissa ses doigts entre les siens, et eut un léger sourire, aussi tendre qu'involontaire.

"... Tu vas crever de chaud, ici. T'es sûr que ça va aller?"

Il déposa un léger baiser sur les articulations fermées de ses doigts. Avec le tas de couverture qui retenait la chaleur du côté de Asch, normalement, ça allait rester vivable pour Mugen... Ce qui n'empêchait pas le rouquin de craindre de lui tenir trop chaud. Bon ok il avait l'habitude, mais là ça dépassait même leur norme à eux. Asch avait encore plein de trucs à dire... Des excuses à faire... Des mots tendres à prononcer... Mais à l'heure actuelle, le silence était d'or. Il n'était pas temps de le rompre.

"... Bonne nuit."

Le jour pointait, mais qui s'en souciait? Ils étaient de nouveau ensemble. Un météore aurait pu tomber dans le parc que ça n'aurait presque eu aucune importance... Parfois, la notion de temps et d'espace s'avère être très relative.

Asch s'endormit très vite. Il était totalement mort. Sa température corporelle baissa lentement jusqu'à atteindre les 43°C. Au fur et à mesure, il bougeait dans son sommeil... Et s'enfonçait de plus en plus profondément dans ses draps. Tant et si bien qu'il en arriva à se retrouver prostré comme un gosse à l'intérieur des couvertures, trois mèches de cheveux dépassant sur l'oreiller. Vive les réflexes.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mar 2 Aoû - 23:00

Mugen n’avait pu dormir que deux heures à peine. Il était nu, sur les couvertures, mais l’air était étouffant et Asch agissait comme un véritable radiateur. Vous imaginez vous, un four dans un four ? Bah voilà. Oh, la chaleur aurait pu ne pas être un problème si Mugen ne voyait pas en vision thermographique. Ca pulsait du rouge dans tous les sens, chose dont il n’avait pas l’habitude. Les rares fois où il réussissait à dormir longtemps, c’était durant l’hiver, lorsque l’extérieur est d’un bleu sombre agréable. Là… Autant essayer de pioncer dans une discothèque. Du coup, finalement, il se leva, en faisant attention de ne pas le réveiller. Ce n’était pas parce qu’il avait le malheur d’être insomniaque qu’il devait faire payer Asch.

Il s’essuya le front : terrible constat que de sentir qu’il était en nage. Face à la porte de la salle de bains, il hésita, avant de se dire que faire aller la douche sur le coup de 4 ou 5h du mat c’était pas l’idée rêvée. Surtout avec deux hommes épuisés et un malade grave à proximité. Le bâtiment Est était spacieux et confortable mais pas exactement bien isolé, surtout au niveau du son. Mugen prit donc un gros peignoir éponge, qu’il garda dans ses bras jusqu’à atteindre la porte de l’appartement. Une fois dehors, la sueur glacée sur sa peau le convainquit d’enfiler le vêtement. Et il marcha, pensif, à travers le parc, jusqu’à atteindre sans vraiment y penser, le bâtiment Ouest, où se trouvait la piscine. Il aimait y aller pour réfléchir, ou alors pour ne pas réfléchir. Ce matin là, il se demandait quelle solution était la plus appropriée.

Il savait qu’Asch n’en avait pas fini avec Erik, et qu’il allait devoir raconter sa vie dans le détail pour le rassurer. Il n’en avait pas envie, bien sûr, mais il n’avait pas le choix. Sinon, Asch ne comprendrait pas. Mugen soupira, et posa le peignoir sur un transat - ainsi que ses lunettes, avant de se glisser dans l’eau fraîche. Il fit quelques brasses, avant de sombrer dans l’immobilité d’une planche qui dérivait lentement à la surface. De loin, on aurait presque pu dire qu’il était mort. Cet état de demi-conscience remplaçait parfois presque le sommeil. Encore deux heures plus tard, il consentit à en sortir, pour aller chez lui se changer avant que les gamins ne prennent possession du parc. Il n’était pas du genre à se balader à poil devant les enfants, voyez-vous.

Un t-shirt choisit au hasard - étonnamment et heureusement uni, sans inscriptions - et un bermuda plus tard, il était de retour dans l’appartement d’Asch, toujours transformé en cocotte minute. Il était tôt et il n’était sûrement pas encore levé, surtout avec la nuit qu’ils avaient passé, mais Mugen voulait quand même rester près de lui. Rha, ses fringues lui donnaient déjà chaud… Il hésitait entre s’asseoir ou retourner attendre dehors… C’est alors qu’un mouvement tout près de lui attira son attention. Shawn était levé. Il n’était pas du genre à dormir tard le matin, oui, c’était certain. Du coup, Mugen attendit plutôt dehors, guettant la sortie de Shawn pour pouvoir le saluer et le remercier pour la nuit mouvementée qu’ils avaient eue.

Le professeur ne tarda pas à sortir, ses cheveux attachés assez haut sur son crâne, une veste de taffetas rigide surmontée d’un grand col amidonné cachant un pantalon et une chemise somme toute assez classiques.

« Bonjour. »

Shawn lui rendit son salut, non sans un signe de tête.

« Asch n’est pas encore réveillé je suppose… »

Quelque chose dans l’intonation de Shawn fit tiquer Mugen.

« Non. Pourquoi ? »

« J’aimerais bien lui parler. Et à toi aussi. Vous avez beaucoup de choses à vous dire, en fait. »


Bam ! Dans le mille. Ce qu’il pouvait être énervant quand il était comme ça… ! Mugen haussa les épaules, détournant la tête, bougon.

« Ok mais on attend qu’il se réveille ! »

Ce qui, en réalité, n’allait peut-être pas tarder.
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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Mer 3 Aoû - 9:02

Asch ne bougeait plus depuis qu'il s'était roulé en boule sous les couvertures, sa main diffusant une chaleur modérée - pour lui - de façon régulière. Il maîtrisait maintenant suffisamment pour réussir à dormir tout en laissant les flux déverser leur chaleur, selon un thermostat qu'il parvenait à régler même si, contrairement à Mugen, il n'avait aucune idée des températures exactes auxquelles il chauffait.

Il dormait profondément. Rien ni personne n'aurait pu le réveiller à l'heure actuelle - à moins de s'amuser à le secouer comme un prunier. De longues heures passèrent... Ceci dit, la loi de Murphy voulait que son repos soit troublé avant qu'il se soit suffisamment reposé pour bien récupérer. Son crâne lui faisait un mal de chien, et malgré l'endormissement, cette sensation en vint à le déranger. Il fronça les sourcils, grogna, puis commença à se tourner, l'air contrarié. Il ne fallut que peu de temps avant que la couverture ne lâche l'affaire, et qu'il se retrouve à l'air libre. Il frissonna, et se réveilla quasi instantanément, gelé. Il ouvrit les yeux, et se redressa en râlant.

"Rah merde..."

Il se frictionnait les bras et observait la place où s'était trouvé Mugen au moment où il s'était endormi. Évidemment, il ne s'était pas attendu à ce qu'il reste, surtout vu la chaleur démentielle à laquelle il avait dû faire chauffer la pièce dans la nuit. Il passa une main sur son front... Il avait une de ces migraines... Sans compter l'état dans lequel il se sentait être. Il avait dormi avec ses vêtements, et sa précédente douche datait d'il y avait plusieurs jours maintenant... C'était pas vraiment glorieux. Asch détestait cette sensation. Il évita donc de regarder l'heure - il était déjà suffisamment crevé sans rajouter un effet somatique - et prit quelques fringues vite fait avant de se diriger direct dans la salle de bain, de jeter le tout sur la première chaise venue, de se déshabiller en laissant tout en vrac par terre, puis de passer sous la douche après l'avoir ajustée à son maximum de chaleur. Il avait besoin de cette chaleur... et il fallait qu'il la trouve, pas qu'il la produise. Il manquait suffisamment d'énergie comme ça.

Un soupir d'agrément lui échappa tandis qu'une eau bouillante échappait au pommeau de douche, pour finir sur sa tête dans un tonnerre de crépitements et de vapeurs d'eau. L'eau était presque blanche tant elle était chaude. Il passa ses doigts dans ses cheveux, puis resta un instant les deux mains appuyées contre le mur, appréciant cette sensation qui n'avait pas d'équivalent, et qui pour n'importe qui d'autre aurait été une brûlure. Quelques minutes plus tard, il commença à se laver corps et cheveux. Peu désireux de perdre plus de temps que ça, il se rinça tout aussi vite, pour arrêter l'eau - frissonner face à la fraîcheur retrouvée de la pièce - puis sortir de la douche pour choper une serviette et se frictionner avant de finir en glaçon.

Son cerveau commençait progressivement à redevenir fonctionnel... Il pensait à la journée d'hier... A Mugen, et puis à Shawn, sans qui il ne serait pas là. Il se demandait de quoi serait fait ce nouveau jour. Il avait envie de croire que tout était fini et qu'il n'y avait plus à se prendre la tête, mais il avait l'impression que Mugen et lui avaient pris... un raccourci. Qu'ils avaient fui les problèmes plutôt que de les affronter. Il avait une mauvaise impression à ce sujet. Comme si il allait falloir qu'ils s'en occupent avant de laisser de nouveau le poison s'accumuler goutte par goutte puis se déverser sur eux au moment où il s'y seraient le moins attendu. Il soupira alors qu'il se frottait les cheveux avec la serviette pour les sécher. Ça pourrait bien attendre encore un peu, non..? Genre, un autre jour. Quand il ne serait plus malade.

Asch était loin de se douter qu'il n'avait pas été le seul à penser à ça, et que certains semblaient être plus pressés que lui.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Jeu 4 Aoû - 19:43

En effet, ça ne tarda pas. Asch se leva, visiblement de mauvaise humeur… Les couvertures avaient glissé, et en focalisant un peu, Mugen pouvait deviner à son langage corporel qu’il n’était pas exactement en bons termes avec ces dernières. M’enfin, il alla directement dans la salle de bains, et se jeta sous la douche. Le bon moment pour revenir vers Shawn, qui poireautait avec lui.

« Il est levé. On peut y aller. »

Shawn haussa un sourcil, le genre d’expression utile que Mugen avait bien du mal à déchiffrer. Dommage pour lui ! Il ne demanda donc rien à son ancien professeur, et entra dans l’appartement. Ce dernier le suivit, un peu dubitatif, et réalisa avec étonnement que les appartements n’étaient pas tous meublés de la même façon. Et qu’ici, il faisait putainement chaud. Sûrement pour mettre Asch à l’aise… Après tout, c’était chez lui. C’était le minimum que Mugen puisse faire : ne pas l’obliger à porter un pull chez lui.

Un peu mal à l’aise, et presque déjà en nage, Shawn s’assit dans la cuisine, là où Mugen l’avait amené. Ce dernier sortit une boisson fraîche du frigo, et trois verres, qu’il posa sur la table. D’un geste, il annonça à Shawn qu’il allait revenir. En fait, il alla dans le couloir et frappa un coup sur la porte de la salle de bains.

« Asch !? Tu peux venir dès que t’es prêt s’il-te-plaît ? »

C’était assez rare que Mugen soit aussi poli, mais là il fallait au moins ça. Voir Shawn au réveil n’allait sûrement pas emplir Asch de joie… Mais voilà. Il fallait passer par là. Tout n’était pas encore dit, au contraire. Il y avait encore de nombreuses questions entre les deux hommes, dont ils ignoraient parfois l’existence. Shawn était là pour les faire sortir et y trouver des réponses. Dieu… ce mec était le médiateur idéal !

Il avait ça dans le sang. C’était bizarre, mais ça avait toujours été ainsi. Shawn Goenel était quelqu’un d’altruiste, de compréhensif et de très ouvert d’esprit. Il était aussi gentil qu’intelligent, et savait où placer les limites. Il était capable de pardon là où n’importe qui se serait livré à la haine… Même Jesus pardonnerait moins vite que lui ! Non sérieusement, Shawn pourrait monter une religion à lui tout seul, s’il était assez calculateur et vil pour ça. Mais voilà, il était trop bon pour se laisser aller à berner les gens et à diriger leur vie. Régler les conflits à échelle humaine, c’était bien plus gratifiant. Surtout un problème comme Erik.

« Mugen… »

L’Alpha était revenu dans la cuisine, où Shawn le fixait avec un air inquiet que l’aveugle ne voyait pas. Mais sa voix était assez claire sur ce point. Mugen fit une mine étonnée, et répondit seulement :

« Quoi … ? »

« Tu ne devrais pas aller chercher une photo de lui ? Pour… faire les présentations ? »


Mugen resta sans voix, l’air grave. Shawn n’était pas sérieux, si ? Ah bah si… il était toujours sérieux. Il soupira et baissa la tête, avant de demander fébrilement :

« Je suis pas sûr qu’Asch veuille faire connaissance avec un fantôme… »

« Ne pas savoir à quoi il ressemble fait encore plus de lui un fantôme, non ? »


Owned. Mugen soupira à nouveau. Le fait est qu’il n’avait bien sûr pas de photo d’Erik sur lui : qu’aurait-il fait avec ? Mais il savait où en trouver, et sur le net on pouvait en chopper encore qui datait du lycée. Cela dit Shawn n’avait pas épuisé toutes ses réserves. Il eut un petit sourire, et sortit une vieille photo de sa poche, qu’il déplia.

« C’est quoi ? »

« La photo de classe de ta dernière année de lycée. Ca devrait aller. »


Bon choix. Formel, impersonnel, mais assez détaillé pour qu’Asch puisse faire connaissance avec le dit Erik. Et aussi avec le Mugen de l’époque, asocial, haineux, et voyant.
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Jeu 4 Aoû - 22:17

Asch arrêta de bouger instantanément en entendant Mugen frapper contre la porte de la salle de bain, pour lui demander de venir sans prendre le temps de s'occuper des détails. Ça, ça n'était pas courant. Un peu relou aussi, dans le sens où il était encore mal et qu'il serait bien retourné se coucher maintenant que sa migraine était un peu partie... Sa température corporelle avoisinait encore les 42/43°C. Mais bon. Il était quasi certain que quelque chose était en train de se passer (sinon, Mugen ne serait pas venu le déranger, et aurait encore moins donné du "s'il te plait"). Alors il n'allait pas faire de chichi. Il se demandait quoi, quand même... Il n'avait pas pensé une seconde que cela puisse avoir un rapport avec ses propres préoccupations. C'était dire comme il pouvait être rapide à la détente, parfois. Suite à une brève hésitation, il répondit:

"Eeeuh.... Ouais ! J'arrive."

Le ton de sa voix laissait entendre sa perplexité. Pas son anxiété, laquelle était présente mais... enflait progressivement. Les problèmes de la veille étaient encore trop récents. Asch ne se sentait pas prêt à en affronter de nouveaux. Impatient d'en finir, il jeta la serviette et commença à s'habiller à toute vitesse. Tant pis pour le rasage... Ça attendrait, malgré que cela fut contre ses habitudes de laisser autant pousser sa barbe - non pas que ça le dérangeât d'en avoir, mais elle était aussi rouge que ses cheveux. Comprenez quel type de raccourci on peut alors faire, à condition d'être un minimum tordu...

Il enfila un boxer, un jean gris, et un unique t-shirt noir uni, sans manches, sur lequel il ne prit même pas la peine de rajouter des pulls - il n'y avait plus qu'à espérer qu'il n'aurait pas à sortir de l'appartement. Il passa un coup de peigne dans ses cheveux puis rangea très succinctement la salle de bain avant de sortir et de se diriger vers la cuisine, de laquelle provenaient des bruits. Mugen n'était pas seul... Asch commençait à comprendre, en fait. Il sentit son estomac se nouer... Il aurait peut-être eu mieux fait de déjeuner, avant. Bah... tant pis.

Il arriva sur le seuil de la porte, tel quel. Cheveux mouillés, barbe de trois jours, bras nus - pour une rare fois - laissant une vue imparable sur son tatouage ainsi que sur sa musculature, pour qui avait des yeux. Rajoutons les multiples piercings qu'il avait toujours aux oreilles et à l'arcade sourcilière, et on avait le tableau haut en couleur. Asch, en mode ours, et fringué comme il se fringuait avant d'être forcé à porter trois pulls sur lui en permanence. Il tourna les yeux sur Shawn, installé sur une chaise. Comme d'habitude, on lisait comme dans un livre ouvert dans son regard trop expressif. Il était clairement inquiet. Il répugnait même carrément à rester. Mais il était déterminé à le faire, car quoiqu'il allait arriver... Il fallait que ça arrive, et c'était mieux si Shawn était dans le coin. Asch avait eu l'occasion de s'en rendre compte la veille.

"... Bonjour."

Gêné, il passa les yeux de Shawn à Mugen... Mugen à Shawn... Shawn à.. Ahem. Il se racla la gorge et passa une main contre la barbe rouge qu'il avait un peu honte de montrer en fait rétrospectivement. Et de se lancer, alors qu'il ne savait pas trop ce qu'il aurait dû faire:

"... Vous voulez pas aller dans le salon plutôt?"

Ouais parce que bon la cuisine c'était pas tip top quand même... Puis c'était pas là qu'on amenait les invités. Bon. En théorie, il était le dernier à se soucier de ce genre de détails. Mais voilà: dans le salon, il y avait le canapé. Et dans le canapé, on pouvait tenir à plusieurs. Si c'était bien ce que Asch pensait... Il préférait avoir Mugen près de lui. Il se sentait déjà suffisamment mal rien qu'à l'idée de l'évoquer.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Ven 5 Aoû - 12:34

Le réveil devait être bizarre pour Asch ce matin quand même. Mais bon, il devait s’y attendre, non ? Et puis une bonne conversation bien encadrée ne pouvait pas faire de mal. Le mal était déjà fait, de toute façon… Mugen discuta un peu avec Shawn en attendant Asch, qui devait se sécher. L’idée vint au professeur de montrer une photo d’Erik au rouquin, pour qu’il puisse enfin mettre un visage sur un nom. Shawn nourrissait aussi l’espoir secret que les différences physiques flagrantes entre Erik et Asch convaincraient ce dernier que Mugen ne les confondait pas. Même s’il se demandait sérieusement si Mugen ne les confondait effectivement pas. Cet idiot était capable de faire un transfert sans même s’en rendre compte… Et faire la connaissance d’Erik avait véritablement changé sa vie. Tout comme sa relation avec Asch. Ah… C’était difficile de faire cohabiter morts et vivants. Shawn pouvait en témoigner : Khaim, son compagnon, s’était plus difficilement remis de la mort de leur fils. Même si c’était le fils biologique de Shawn… Une histoire compliquée, tragique, mais heureusement, elle appartenait au passé.

Mugen et Shawn furent sortit de leur conversation par Asch, qui venait de sortir de la salle de bains. Pour l’aveugle, il n’y avait rien de bien différent de d’habitude, seulement un duvet sur les joues, qui lui donnait l’impression d’une brume posée sur son visage. Ca aurait pu être étrange pour Mugen, s’il n’avait pas l’habitude de voir des barbus. Les poils rendaient vraiment bizarre avec son mode de vision si particulier. Pour Shawn, au contraire, la vision était tout à fait unique. Plus aucun doute désormais : Asch était un superbe jeune homme fringant, musclé à point. Un vrai régal pour les yeux - ce n’était pas parce qu’on avait déjà commandé que l’on ne pouvait pas regardé le menu, même la chasse gardée de quelqu’un d’autre - même s’il faisait franchement gay. Le genre de gay qu’on appelle pas ‘petit pédé’, sauf si on a des envies de suicide. Gawd damn, Asch était l’idéal masculin de la plupart des amis homo de Shawn, et aussi de ses amies hétéro gay-friendly. Mugen avait vraiment vraiment beaucoup de chance. Mais ce n’était pas tout. Comment oublier ZE truc qui avait attiré le regard de Shawn ? Asch avait les cheveux naturellement rouges oui. Ca, tout le monde le savait - bon peut-être pas que c’était naturel remarque - mais ses poils de barbe aussi étaient rouges ! Pas roux hein, rouges. Un beau rouge pétant, qui lui allait magnifiquement bien. Shawn était prêt à parier que Mugen n’avait aucune idée de la couleur des poils d’Asch… Shawn soupira, et se tourna vers l’Alpha. Il avait envie de lui faire de l’audio-description, mais il ignorait comment Asch le prendrait. Et pour l’instant, ils avaient d’autres choses à discuter que des poils rutilants d’Asch.

Après les salutations de rigueur - auxquelles Shawn répondit, ce dernier les invita à aller dans le salon : oui c’était une bonne idée. Mugen hocha la tête, même s’il n’avait pas vu le regard anxieux d’Asch, il avait deviné à sa voix qu’il préférait gérer les paramètres extérieurs, à défaut de pouvoir gérer le reste. Quant à Shawn, il n’allait pas protester : lui pouvait voir les yeux d’Asch, leur couleur irréelle, tellement claire qu’on y voyait les sentiments de leur propriétaire comme à travers l’eau d’un lagon. Bref, tout ça pour dire que les trois hommes allèrent donc dans le salon, Mugen gardant à l’esprit de prendre le jus de pomme et le soda (et les verres) pour suivra Asch. Shawn se posa dans le fauteuil, laissant le canapé au couple, ce qui était exactement ce que voulait le rouquin, en fait. Tant mieux non ? Il tenait encore la photo chiffonnée, mais maintenant qu’il y pensait, il ne voyait pas vraiment comment aborder le sujet.

« Asch… J’ai pensé que ça pouvait vous intéresser… »

Il sortit la photo, ignorant l’air anxieux de Mugen, qui se grattait le dos nonchalamment. Ouais, c’était la marque de nervosité de l’Alpha, mais il fallait le connaître depuis bien longtemps pour s’en apercevoir. L’image était imprimée sur du papier un peu cheap, comme s’il avait eu l’idée au dernier moment. Elle était pliée mais on voyait quand même bien les visages des gens. Mugen resta en retrait alors que Shawn posait la photo sur la table basse. De une, il n’avait pas sa tablette qui lui permettait de lire, et de deux… il ne savait pas s’il voulait revoir le visage qu’il avait lui à cette époque.

La photo de classe était tout ce qu’il y avait de plus formel. Une trentaine de gamins se tenaient plus ou moins sérieusement près de Shawn, qui avait plus d’une quinzaine d’années de moins. Ce dernier souriait franchement, tout comme la plupart des élèves. Shawn se pencha sur la photo, et pointa du doigt un des garçons.

« Et voici Erik Bishop. »

Il avait envie d’ajouter quelque chose, mais ç’aurait été superflu. Erik était assis, au premier rang, et affichait un sourire énigmatique, rêveur. Ca lui donnait un air un peu naïf. Il avait les cheveux blonds, presque blancs, qui lui tombaient en cascades sur les épaules. Sa peau était blanche, et ses yeux assez bleus pour qu’on puisse se sentir transpercer de leur regard à travers le papier. Un autre regard attirait tout de suite l’attention. Debout, au dernier rang, presque à l’opposé d’Erik, se tenait un garçon au port altier, grand et déjà bien bâti, des prunelles vertes plongées dans une broussaille noire. Il ne souriait pas non. Il regardait l’objectif comme s’il voulait le brûler. Son regard était si intense… si haineux qu’on pouvait presque voir les flammes de sa rage embraser ses prunelles vertes et froides.
Mugen, à 16 ans, quelques mois avant qu’il ne perde la vue.

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Asch Raizer
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Ven 5 Aoû - 16:26

Asch, qui avait autre chose à penser que le fait que sa tenue actuelle améliorait pas mal son charisme, n'imaginait pas une seconde combien Shawn était en train de le mater, en fait. Son apparence physique, communément jugée comme très agréable, n'était pas sa préoccupation première, et sauf quand dans sa tendre jeunesse - olol - il avait tenté de se donner des airs badass qu'il avait ensuite gardé, il n'y avait jamais pris plus garde que ça. Heureusement que le rouquin n'avait aucune idée de ce que pensait Shawn à l'heure actuelle en réalité, sans quoi il aurait été affreusement gêné.

Il invita tout le monde à prendre place dans le salon, plutôt. Il aida Mugen à transporter tout ce qu'il avait déjà sorti jusqu'à la table basse coincée entre le fauteuil et le canapé de cuir noir. Puis il s'installa dans le dit canapé alors que Shawn prenait l'autre place. De la part de l'ancien professeur de Mugen, une autre réaction aurait été étonnante. Asch se doutait qu'il avait suffisamment de tact pour avoir compris qu'il préférait mener cette discussion avec Mugen à côté de lui, qu'il avait besoin de sa présence, de se sentir rassuré pour tenir le coup... Bref. Tout ce que Mugen n'avait pas su faire la première fois qu'ils avaient tenté d'aborder le sujet. Restait à voir si il saurait mieux s'y prendre maintenant... Mais comme Shawn était là a priori, et que Mugen n'était pas en crise comme la première fois - crise que Asch avait été incapable de gérer - les dégâts devraient être amortis.

Gêné, il frotta ses mains l'une contre l'autre, coudes posés sur ses genoux. Il tourna la tête - et un regard anxieux - vers Mugen, qui ne semblait pas vouloir s'approcher. Ça le stressait, quand le brun prenait ce genre de distances... Il savait que c'était parce qu'il était mal à l'aise. Mais ça ne faisait que renforcer son malaise à lui aussi. D'ailleurs, il détourna les yeux, pour paraître d'un coup encore plus angoissé. La respiration légèrement courte, il revint à Shawn, puis se pencha pour regarder la photo qu'il venait de poser sur la table.

Surpris, il écarquilla légèrement les yeux. Évidemment la première chose qu'il remarqua fut la présence de Shawn plus jeune sur la photo, puisque son statut de professeur l'amenait à être un peu à l'écart du reste du groupe. Il parcourut ensuite l'ensemble de la classe... Et sentit son cœur manquer un bond quand il remarqua la présence de Mugen dans un coin. Un Mugen beaucoup plus jeune, et voyant, mais que Asch aurait pu reconnaître entre mille malgré tout. Il l'aimait comme il était, mais c'est vrai que ça lui faisait vraiment plaisir de pouvoir constater visuellement ce à quoi il avait ressemblé avant d'avoir son "accident". Le pire, c'est que ça ne lui faisait même pas bizarre. Asch avait un jour dit à Mugen qu'il n'avait aucun mal à l'imaginer avec des yeux, et c'était la vérité. L'image qu'il avait eu en tête n'avait pas été si loin de la vérité...

Un très léger sourire, tendre et amusé, apparut au coin de sa lèvre. Il en faisait une tête là-dessus! A croire qu'il avait envie de tuer le photoraphe. En fait, ça rappelait beaucoup à Asch sa propre adolescence. Lorsqu'il avait eu cet âge là, il avait dû tirer ce genre de gueule perpétuellement. Et même après en fait... Il s'était certes un peu calmé, mais ce n'était que depuis qu'il était avec Mugen qu'on pouvait constater un réel changement. Il était un peu moins sauvage, un peu plus raisonnable qu'avant. A croire qu'ils étaient faits du même bois... Ça n'aurait d'ailleurs pas été étonnant. Après tout, c'était ce qu'on disait... Qui se ressemble s'assemble.

Asch n'osa faire aucun commentaire devant Shawn et garda donc tout ça pour lui. Il cessa de sourire au moment où le professeur lui pointa du doigt Erik Bishop... Asch aurait dû se douter que ça allait se terminer comme ça. En fait, ça ne l'étonnait même pas. La vague de joie qu'il avait éprouvé à l'idée de découvrir le visage d'un Mugen rajeuni s'était évanouie, pour lui rappeler à quel point il était stressé. Et aussi pour lui rappeler pourquoi ils étaient réunis.

Il resta étonnamment calme. Il y avait quelque chose de blessé dans ses yeux... Mais rien qui ressemble à de l'agressivité, ni à une quelconque forme de rancune. Franchement... Asch pouvait avoir des réactions connes immatures et irréfléchies parfois, mais en vouloir aux morts pour les problèmes des vivants n'en faisait pas partie, quand bien même ça aurait été très compréhensible. Il observait le visage d'Erik, le découvrait, et constatait que physiquement parlant ils étaient à l'opposé l'un de l'autre. Le truc, c'est que le physique ne pesait pas beaucoup dans l'histoire, vu que Mugen n'avait jamais eu l'occasion de "voir" Asch au sens premier du terme. Il se racla la gorge et se gratta derrière l'oreille, mal à l'aise. En fait... Il ne savait pas quoi répondre. Il ne savait même pas ce qu'on attendait de lui... C'était sans doute mieux qu'il puisse mettre un visage sur ce nom mais... et après?

"C'était il y a combien de temps..?"

... La seule question pertinente qui lui était venue. Asch n'osait pas aborder le sujet "Erik" de lui-même. De toute façon, il ne voyait pas comment faire.

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Mugen Shôryû
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MessageSujet: Re: [Nimla] Forget It    Ven 5 Aoû - 20:08

Shawn constata le changement d’attitude d’Asch quand il pointa le visage d’Erik, souriant naïvement au photographe. Un garçon si gentil, si candide, qui avait hérité d’un pouvoir aussi dangereux, mortel… Ca avait toujours ému Shawn. Lui-même n’avait pas connu ça, si ce n’est via sa famille d’abord, puis dans ses cours, mais ça le touchait énormément. Il ne comprenait pas que le Gouvernement reste indifférent face à la détresse de milliers de jeunes et d’adultes désemparés, avec une magie qui pourrait potentiellement faire de gros dégâts. Là-dessus, il était clair qu’Erik et Asch avait un énorme point commun, et que Mugen n’y était pas indifférent - même inconsciemment - mais ils étaient loin d’être seuls. D’ailleurs l’Alpha en avait vu un avant-goût au service de magopathies de l’Hôpital de Séregon. Un patient avec des excroissances osseuses, sûrement sanguinolentes, qui hurlait de douleur alors qu’on lui rabotait le calcium en trop… Il devait sûrement maudire les produits laitiers - qui n’étaient pas ses amis pour la vie non.

Mais revenons à Erik et Asch, qui se regardaient dans les yeux, à travers plusieurs années, à travers la mort elle-même. Le rouquin fut silencieux un moment, tout comme Shawn, qui attendait une question ou deux avant de parler. C’était un instant important pour Asch, sûrement, même s’il ne savait pas bien quoi faire avec. Quant à Mugen, il était toujours physiquement présent, surveillant son amant se pencher sur la photo de Shawn. Il ne savait pas non plus quoi dire, d’autant plus qu’il ne voyait pas ce qu’il y avait à voir. Raison de plus pour se la fermer hein… Puis la question vint. Shawn esquissa un sourire, et répondit d’une voix douce :

« C’était il y a dix-sept ans. Ils avaient seize ans. »

Shawn avait préféré faire le calcul directement, c’était plus simple. A côté d’Asch, Mugen s’agitait, comme s’il avait envie de dire quelque chose, ou qu’il tiltait de quelque chose. Bon, Shawn lui avait bien dit que c’était la photo de sa dernière année de lycée, mais il n’avait pas tout de suite compris que la photo avait été prise lorsqu’il avait seize ans, en septembre. Les dates se mélangeaient, et il n’avait pas tout de suite compris…

« Je voyais encore… Enfin j’avais encore mes yeux alors ! »

Et il pensa directement au fait qu’il n’avait été qu’un sale chieur aigri à cette époque. Qu’il était en pleine crise, et franchement pas facile à vivre… Un sale con, dans tous les sens du terme. Indifférent à tout, au malheur des autres, et aussi au sien. Un mioche haineux, qui ne vivait pour rien d’autre que le maniement de l’épée. Faire connaissance avec Erik - même de façon forcée, merci Shawn - l’avait ouvert sur le monde, mais ne l’avait pas attendri pour autant. Non, pour ça, il a fallu attendre qu’il lui meure dans les bras. Cruelle ironie…

« J’étais un vrai connard à l’époque… Vous pouvez pas le nier. »

Shawn rit doucement. Ouais, l’Alpha n’avait pas tort non… Même lui souriait remarque. Le Mugen du lycée était un beau salaud oui, mais même comme ça, il n’avait pas été irrécupérable. Un peu comme Asch. Là, c’était eux qui avaient des points communs ! Comme quoi… N’empêche, s’ils s’étaient croisés à cette époque, ayant le même âge - donc genre dans un monde parallèle - le monde aurait sûrement explosé. Mais heureusement, à l’époque Mugen ne sortait pas de Séregon, Asch de Shangyu, et quand l’un avait seize ans, l’autre seulement huit. L’Apocalypse avait été évitée !

« T’étais pas un élève facile non. En même temps, je te comprenais. »

Mugen fit sa moue étonnée, celle qu’il arrive à faire sans yeux. Nan mais sérieusement, y’avait du skill là.

« Mon cours devait t’emmerder à mort, vu que t’avais pas développé tes pouvoirs… »

Ah. C’était ça. Mouais, avec le recul, Mugen pensait que ce n’était pas une excuse quand même. Il croisa les bras, tout en se rapprochant d’Asch.

« J’étais quand même un connard. J’veux dire, j’aurais pu au moins aider plutôt que de me la jouer emo… »

Emo emo… c’était vite dit. Il était quand même pas du genre à vous laisser en vie si vous l’aviez traité d’emo à l’époque. Mais voilà, c’était comme ça que Mugen se percevait, avec dix-sept années de plus, et beaucoup de sang sur les mains. C’était clair, il avait beaucoup changé, et avait appris à arrondir les angles pour certains trucs. Et il avait calé que c’était pas en restant seul qu’on pouvait accomplir des choses.
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[Nimla] Forget It

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