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 Tout ça, c'est de la faute des femmes ! [Kylia]

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Wayne Harris



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MessageSujet: Tout ça, c'est de la faute des femmes ! [Kylia]   Lun 17 Oct - 13:34

Il se demandait encore pourquoi il avait accepté de venir ici. Pourquoi, de toutes les villes au monde, de toutes ces métropoles tentaculaires, pourquoi Islantis ? Il était venu pour régler une sale affaire. Un échange de services. Ou plutôt, un service rendu contre une information importante. Il fallait juste faire parler un pauvre type qui n’avait jamais eu affaire à plus fort que lui, et c’était ce qu’Herleif savait faire de mieux. Alors il ne s’était pas gêné. Il aurait pu demander de l’argent. Il aurait dû. Récupérer le pactole, trouver une clinique clandestine à Modula, le genre où on ne pose pas de questions, et se faire soigner. Mais ça n’était pas son genre. Il était de la vieille école. Il connaissait assez bien les ficelles pour savoir qu’il valait mieux demander un retour d’ascenseur plutôt que du fric. Le fric rendait les gens dingues, et le vieux Loup avait déjà assez de dingues à ses trousses. Il n’y a rien de pire que les gens à qui l’on doit de l’argent. Ils sont tellement accrochés à leurs billets qu’ils sont capables de vous traquer pour le restant de vos jours, jusqu’à ce qu’ils récupèrent leurs deniers. Une vraie plaie.

Comme s’il n’avait pas déjà assez d’emmerdes comme ça. C’était un bel accordéon que le Gouvernement lui avait collé au train. Haute trahison, meurtres, tortures, enlèvements, séquestrations, atteinte à la vie d’un haut représentant du Gouvernement, violence, violence avec armes, délit de fuite… il lui arrivait souvent de croiser son propre museau sur un avis de recherche au détour d’une rue de Modula ou de Sérégon. Ils avaient capturé sa plus belle tête de tueur, avec les cernes sous les yeux, la mine patibulaire, le regard glacial, la gueule mal rasée et l’air franchement pas amical. C’était presque un plaisir de se promener dans la rue, sous le nez de tout le monde, sans que personne ne le reconnaisse. Pourtant, ça n’était pas bien difficile. Il s’était laissé pousser la barbe et les cheveux, mais son regard, lui, n’avait pas changé. Tondu ou pas, il avait toujours cette même dégaine d’assassin qui faisait détourner les yeux aux gens un peu trop indiscrets.

Il avait rendu un service, donc. Faire parler deux types ? Rien de plus simple. Deux trouillards, il avait suffi d’amocher un peu le premier, quelques coups de pied là où il fallait pour que ça saigne un peu, et l’autre s’était mis à table sans attendre. Ce qu’il leur arriverait après, ça n’était pas son problème, mais il avait sa petite idée du sort qu’on leur réservait. Il était beau, le Gouvernement. Entre les dirigeants mégalomanes qui se complaisaient dans un anachronisme architectural digne d’une construction de la Renaissance, les troufions froussards qu’il suffisait de violenter un peu pour avoir ce que l’on voulait, les flics corrompus, la police secrète qui faisait disparaître ceux qui avaient la langue un peu trop pendue… il n’y en avait pas un pour racheter l’autre dans tout ce cirque. Il avait essayé de faire changer tout ça, en son temps. Mais à quoi bon s’esquinter à changer une institution confortablement installée depuis plus de cinq cents ans ? Le seul moyen de tout changer, c’était de faire table rase. Une bonne vieille révolution, ça leur apprendrait un peu comment on doit gérer un pays.

Il grommelait dans sa barbe sans vraiment s’en rendre compte, arrachant des regards intrigués aux curieux qui croisaient son chemin. Les clés de sa vieille bécane tintaient dans sa main, tandis que de l’autre, il faisait cliqueter son briquet d’un air absent. Maintenant qu’il avait fait ce qu’il avait à faire, il allait tranquillement rentrer, se terrer au fin fond de sa forêt, et attendre son heure. Et la quinte de toux qui le prit subitement, en plein milieu de la rue, lui confirma que l’heure était proche. Il s’arrêta, s’appuya contre un mur, et attendit que la crise passe. Plus le temps passait, et plus c’était douloureux. Chaque crise était un peu plus violente. C’était comme si on lui arrachait les poumons hors de sa poitrine, à mains nues. Et il ne pouvait rien y faire, à part attendre que ça passe. Il reprit lentement son souffle, torcha son visage maculé de sang d’un revers de la main, et se laissa glisser contre le mur, à même le sol, le temps de retrouver la force de tenir debout et de se traîner jusqu’à sa moto.

Bref, c’était encore une charmante journée qui se profilait à l’horizon.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Tout ça, c'est de la faute des femmes ! [Kylia]   Mer 19 Oct - 20:34

Kylia commençait à se lasser d'aller de droite et de gauche pour le compte du stand de tir. Ce n'était certes pas mal de pouvoir voir du pays, rencontrer de nouvelles personnes ; mais constamment voyager seule, a fortiori lorsque l'on est une femme, devient vite lassant sur tous les plans. Depuis qu'elle prenait les transports et se retrouvait à marcher seule dans les rues dans des endroits parfois inconnus, c'était presque toujours le même tableau qui se répétait. Le matin une masse maussade et grise encore endormie, happée par la routine écrasante des grandes villes ; à toute heure les regards en biais peu discrets, les sourires en coin et les remarques aux terrasses des cafés ; le soir une frange de la population malade et abrutie par l'alcool et le reste. Une caricature froide et pourtant vraie que l'on peut voir à peu près n'importe où parce que l'homme reste toujours homme, quoiqu'il fasse. Ce n'étaient pas les mêmes lieux, ni les mêmes conditions, mais irrémédiablement les mêmes gestes, la même façon de faire. Malgré les âges et les évolutions, certains comportements ne changent pas parce que ce sont des travers profonds de la nature humaine. On ne peut ni les reprocher ni s'en plaindre sans être soi-même un peu de mauvaise foi, car au fond de nous-mêmes nous en avons au moins un de semblable, mais il ne se traduit pas de la même manière, se nuance subtilement ou reste enfoui dans nos pensées les plus intimes.

La jeune femme ne prétendait pas connaitre l'homme dans sa globalité. Cependant dans sa courte vie, elle estimait avoir suffisamment vu les émotions humaines pour pouvoir se permettre d'être plus cynique. Enfin, si l'on pouvait qualifier l'empathique de cynique. Lassée serait le mot le plus approprié. En tous les cas, elle ne se reconnaissait pas dans ce pessimisme, et c'était sans aucun doute dû à sa mauvaise journée et à la fatigue. Pour commencer, elle n'aimait pas Islantis. Cette immense bulle sous-marine lui donnait une impression de claustrophobie et cela allait de paire avec sa sensation que toutes les émotions rebondissaient sur cette immense paroi. Au moins, sur la terre, elles pouvaient s'envoler dans les airs. En ce lieu si fermé, tout y semblait enfermé et ne jamais en sortir. Le résultat était un mal de crâne plus fort que d'ordinaire pour seulement six heures du soir.

Elle passa les portes du bâtiment avec soulagement. Elle allait pouvoir rentrer à son hôtel et se changer. Pour une fois, elle aurait vraiment préféré qu'on lui laisse la responsabilité du stand de tir. Un séminaire sur les nouvelles normes de sécurité dans les salles d'entrainement au tir à l'arme à feu en stand ordinaire ou en salle de simulation. Comme si c'était de son ressort. Le gérant avait tellement insisté qu'elle avait fini par y croire, mais pire que tout, dans ce genre d'exposé de lois avec une pseudo formation qui consiste simplement à revoir les bases évidentes des premiers secours et des consignes de sécurité en cas de risque majeur -au cas où se trouver dans le même bâtiment qu'une dizaine d'hommes armés n'en soit pas déjà un-, une tenue correcte est exigée. Et par tenue correcte, on entend bien sûr un savant mélange de composants assez éloignés de ce que portait d'ordinaire la jeune femme. Et c'était diablement inconfortable. Encore les chaussures, passons. Elle avait réussi à réinvestir celles qu'elle portait d'ordinaire. Mais le reste... Avait-on idée de faire porter des tailleurs à des femmes ? Surtout des jupes ? Kylia se sentait ridicule et en même temps elle n'avait pas vraiment eu le choix. Elle avait l'impression d'être une employée des pompes funèbres, toute en noir avec ses cheveux lâchés sur ses épaules et ses lunettes sur le nez. Une parfaite bureaucrate, l'intellect en moins.

La jeune femme parcourait les rues à grandes enjambées et jeta un coup d’œil à sa montre. Six heures et quart. Parfait, elle n'arriverait pas trop tard à son hôtel et elle pourrait enfin s'isoler. Pourtant avertie d'avance par la présence palpable d'un individu, elle s'y heurta, le temps de lever les yeux et s'excusa de façon laconique. Les petites gens pressées des grandes villes et leur sale manie d'aller partout au pas de course sans vouloir ni regarder devant soi ni dévier de leur route. A croire qu'ils se pensaient soit invincibles soit capables de travers les corps quels qu'ils soient. S'étant arrêtée dans ce flot continu et irrégulier, elle sentit alors plus précisément cette vague de dégout qui venait de l'extérieur et envahissait toute la partie droite de son corps. Il n'y avait pourtant pas d'odeur nauséabonde ou quelque chose qui de prime abord puisse justifier une telle réaction de répulsion. Alors elle fit attention aux remarques de personnes qui passaient près d'elle. "Regarde-moi ce type, disait l'une d'entre elles. Je sais pas ce qu'il a mais on accélère le mouvement." Et mue par la curiosité, la jeune femme poussa son champ de sensation à peine plus loin et ce qu'elle ressentit lui fit de suite tourner la tête. Quelqu'un se sentait mal. Très mal, même. Elle était en train de rêver. Un homme était en train de littéralement cracher ses poumons dans la rue et personne ne faisait rien ? Mais quelle honte ! C'était bien le propre de l'humain moderne. Répondre au plus vite à un message envoyé sur son téléphone mais laisser mourir une personne sur un bord de trottoir sans même lui jeter un regard compatissant sinon de dégout. Mais enfin, c'est indécent ! Na-t-on pas idée d'aller mourir plus loin au lieu d'offrir un spectacle aussi navrant à tous les cœurs sensibles qui passent à cet endroit précis ?

Sans se soucier le moins du monde de l'apparence quelque peu inquiétante de l'inconnu, Kylia s'en approcha, ressentant de façon plus pénétrante sa douleur physique et sa détresse. On ne pouvait peut-être pas dire que c'était de la détresse à proprement parler. A bien analyser, cela ressemblait plus à un sentiment d'impuissance. Enfin, c'était le mot qu'elle aurait mis sur cette sensation si elle l'avait ressentie. Elle n'avait cependant pas assez d'éléments en main pour pouvoir l'affirmer. La jeune femme s'arrêta quand elle fut en mesure de pouvoir poser sa main sur son bras, mais elle se contenta de la laisser planer au-dessus pour ne pas qu'il se sente agressé. Elle pencha légèrement la tête pour croiser son regard. Il n'allait vraiment pas bien, en plus de le voir, elle le sentait. Et pour finir, il avait du sang sur le visage. Retenant une petite grimace, elle se concentra sur le plus important : lui apporter de l'aide.

"Tout va bien, monsieur ? Vous voulez que j'appelle les urgences ? Quelqu'un pour venir vous chercher ?" dit-elle avec une douceur mal assurée. Rapidement, elle ouvrit son sac à main et en sortit un paquet de mouchoirs en papier duquel elle en tira un. "Tenez."
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