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 [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)

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Stray

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MessageSujet: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Dim 11 Mar - 16:06

Le monde n’est qu’une immense boule dans les doigts d’un souffleur de verre. Une boule, remplie de brumes de couleur éphémères. Et les brumes de couleur, comme les gens, jamais, ne se mélangent. Mais si on soufflait, dans cette boule-monde, un seul grain de poussière, suspendu ; il se confondrait dans une brume, si bien qu’il ne serait plus grain. C’est ça, l’harmonie.

Sérégon, Sirastan, était un étrange confus de couleurs étrangères. En longeant la grande rue, vers le Panthéon, un chevauchement d’édifices traditionnels, immenses boîtes de verre et de tuiles posées sur le sol gauche comme des funambules ; et d’autres bâtiments plus récents, étroits couloirs de métal empilés les uns sur les autres. Aucune espèce de cohérence dans cette ville, coincée entre deux millénaires. Elle aurait pu être le tapis de jeu de quelque enfant de géant.
Dans l’allée des ateliers, quand l’on se noyait dans les pellicules du soleil de midi, pas grand-monde, sinon le déplacement monotone des transporters. En voilà un, justement, qui passait en soulevant d’épais nuages de poussière noire. Les parents seuls derrière les vitres perméables des salons de thé, les fabricants dans leurs ateliers ; un enchevêtrement d’odeurs flottait dans l’air lourd - sciure de bois, ciment, feuilles roulées, poudre d’amande. Carte postale d’une mégapole idéalisée des années 4500.

Dnni s’en fichait, évidemment. Se moquait de l’inconnu bain de lumière, des journaux porteurs de fausses bonnes nouvelles, de l’architecture en général. Des rubans de givre dans les mains, calé contre la banquette unique du transporter comme une fragile poupée de glace ; l’air troublé de l’insomniaque hypnotisé qui courait après des rêves fuyants. Ignorant la course qui l’amenait aux mains mendiantes du Pouvoir. Dans sa tête, entre les mailles des songes et celles de la réalité confuse, des ombres faisaient la guerre à des visages intrusifs - qu’il reconnaîtra, plus tard, comme étant ceux des Gla|Api.

Ni criminel ni tête, ni fantôme ni vampire ; seulement un gamin égaré.

Le transporter s’engagea paresseusement dans une artère plus étroite. La navette n’aurait pas pu passer sans s’être soulevé ; la rue n’était qu’un pont à la vénitienne, encadrée de rideaux d’eau. Pour la maigre escorte - deux spectres de jeune femme et une hideuse chaîne de chair brûlée - ; bien qu’aucun n’avait espéré avoir quelque indigène de ce pays de glace à « nettoyer », la mission était d’une inespérée simplicité. Sur la banquette opposée, Breton Blebfold, soldat gradé du premier escadron ; réfléchissait, la tête rentrée dans ses larges épaules de métal. La docilité de leur prisonnier leur faisait se demander si ce n’était pas une enveloppe vide qu’ils ramenaient. Ça ne serait pas pratique ...

La navette s’arrêta brusquement. Un balancier d’avant en arrière, avant d’essayer de se stabiliser sous les poids mouvants des soldats. Holly et Mary, les deux soldates, l’une comme le reflet de l’autre, se levèrent violemment des sièges conducteurs. Breton, plus placide, se leva pour voir pourquoi cet arrêt soudain. Même si son pas disait clairement qu’il suffisait de rentrer dans le tas. Des ombres venues barrer le passage, et semblant les provoquer. Pourquoi pas. Ses filles étaient prêtes à leur mettre du plomb dans la cervelle, au propre comme au figuré.

Dans la tête de Dnni, ces branlements ne collaient plus ; il ne devait pas y avoir de terre mouvante sous la neige. Réveil de gueule de bois. Essayant de regagner ses sens vacillants.

La vue. Fixant un point du décor - si on pouvait appeler comme tel, la plaque grisâtre et sans odeur, droit devant lui -, dégageant des brumes de ses yeux encore endormis. Rien de familier dans ce qui apparaissait comme une énorme muraille. Où était-il ? Où était Daeir ? Mais qu’est-ce que c’était que ce bordel ? L’ouïe. Il captait des bruits derrière lui, plus - des pas lourds, le sifflement de ses poumons, la glissade paresseuse du vent - ou moins - le crépitement d’étincelles d’une fabrique, le coulissement d’un canon - connus. Il y avait des voix, aussi, mais dont il n’arrivait pas à percevoir le dialogue ; sinon, des notes étrangères qui auraient fait se crisper un musicien, selon lui. Le toucher. Ses doigts enlacèrent le banc froid ; et en se relevant, il se rendit compte à quel point son corps était paralysé, anormalement chaud. Comme le monde était anormalement chaleureux. Comme si on l’avait glissé dans un bain de pâte à brûler. Il essaya de s’étirer. Il retomba en arrière. Le transporter trembla imperceptiblement sur son tapis d’air.

Netirem gla me ?

Dehors, Breton et ses associées se mirent à la vue des gêneurs. Immédiatement, les deux gueules de canon d’Holly et Mary se levèrent d’un même geste menaçant face à eux ; entre elles, leur supérieur semblait plus pacifique, quoique cynique. Ce n’était pas son travail de mettre de côté des civils avec des opinions politiques légèrement étroites. Ou de les faire supprimer. Il avait juste envie de rentrer chez lui et de passer à une affaire moins originale.

« Vous seriez assez aimables de laisser passer cette navette du Gouvernement ... Il serait regrettable ... » - si sa mâchoire métallique avait été grossièrement capable de sourire, il l’aurait fait - « ... de devoir en venir à la force. »

Dnni essaya à nouveau de s’extirper de l’angle étroit, retomba contre la paroi métallique de la navette. Il se sentait mal. Et ça ne lui plaisait pas. Il ramassa ses souvenirs confus. Un sale type, la peau de son visage, recouverte de bulles fondues, avec des étincelles dans les doigts ; qui l’emportait loin de chez lui sous le bras comme n’importe quel bagage. C’est là qu’il commença un peu à paniquer. Il se releva brutalement, faisant à nouveau trembler la navette. Dit comme ça, la coquille d’acier apparut immédiatement comme les quatre murs de prison.

Brusquement, il se jeta sur la porte. Il ne voulait pas rester ici. Il voulait sortir, espérer trouver devant lui la campagne gelée, les figures familières des volcans ; et ne surtout pas rester dans cette maison de fer. Le mécanisme automatique, naturellement, refusa de le laisser passer. Alors il cria.

« Lete Me Elirii ! »

Qu’on le laisse sortir ! Que quelqu’un l’entende !

« Lete Me ! »

Que quelqu’un l’aide ...

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Machi Kuragi

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Sam 24 Mar - 17:52


Encore une énième journée. Presque ennuyeuse. Assise sur le bord d’une de nombreuses fontaines de Sérégon, elle laissait aller ses pieds dans le liquide limpide, s’abandonnant au son cristallin de l’eau s’écoulant. Pas besoin d’homme, de lit ou d’autre chose pour atteindre ce sommet qui n’avait rien à voir avec le septième ciel du plaisir. C’était plutôt celui du bien-être. Un état second où tout semblait différent. La ville proche s’éloignait, devenait silencieuse, tout comme les rares passages à cette heure matinale. Un havre de paix. Les dernières semaines avaient été plutôt mouvementées, c’était un bref repos avant de mieux repartir. Ils devaient se rencontrer et avancer. Les Datenshi devaient changer la donne. Ces dernières années n’avaient été que missions isolées, sans prendre la peine de se connaître un peu mieux. De parfaits inconnus, qui se disaient pourtant frères et sœurs d’armes. Des changements trop récurrents dans les effectifs n’arrangeaient rien non plus. Les nouveaux, les anciens qui partaient sur un coup de tête, ceux tués trop rapidement. Ils devaient y remédier et montrer à la face de ce monde qui ils étaient réellement. Pas grand-chose pour l’instant, certes. Mais ça viendrait. Et à ce moment là, ça serait spectaculaire.

Mais bref. Le moment n’était pas encore venu. Et avant que ça n’arrive, beaucoup d’autres choses se passeraient sûrement. Jouant avec l’eau quelques minutes, elle ne traina pas trop, remettant ses chaussures pour filer plus loin. Mais elle n’avait pas envie de rentrer. Pas encore. Ce flemmard de Koara l’attendait sûrement dans son petit appartement, cherchant les coins d’ombre pour fuir la chaleur qui gagnait facilement le logement une fois le soleil levé. Détour oblige, elle devrait être de retour d’ici une petit heure, il tiendrait bien d’ici là. Il était intelligent. Et puis… Peut-être qu’il dormait encore. Raison de plus pour traîner encore un peu. A force, certaines zones de Sérégon commençaient à ne plus avoir de secrets pour elle. Mais c’était son but. Changer de zone assez fréquemment, mais s’assurer de la connaître suffisamment. En prévision. C’était toujours mieux de prévenir que de guérir non ? Balade qu’elle aurait sûrement poursuivie si un bruit n’avait pas attiré son attention. Passant la tête par le coin de la rue pour regarder ce qui s’y passait, elle s’étonna de voir un vaisseau passer un simple pont. S’avançant toujours un peu plus loin dans la rue pour s’approcher, elle veilla à ne pas se faire trop voir, préférant toujours rester discrète. Ca avait tout l’air d’être un vaisseau du gouvernement. Vu la petite taille de l’appareil, il ne pouvait pas contenir grand monde. Si cet état des lieux s’était arrêté là, sans doute aurait-elle passé sa route. Rien de bien intéressant dans un convoi de ce genre pour elle.

Mais les voix agressives retenant son attention, elle découvrit les quelques hommes s’opposant au convoi. Pas très malins… Des hommes pour ne pas changer. Ils revendiquaient la navette et son contenu ? Ou recherchaient-ils plutôt un face à face brutal avec le Gouvernement ? Vu les soldats qui sortirent de la masse métallique, ces rebelles auraient sûrement droit à la seconde hypothèse. Deux filles, un homme, à la carrure plutôt impressionnante. Du coup… Aller voir ce qu’ils transportaient devenait intéressant… Sérieusement intéressant même. Passer ce trio de soldat, par contre, bof. La poignée de rebelles sauraient bien s’occuper d’eux s’ils se sentaient d’humeur à s’attaquer au convoi. Faisant demi-tour au pas de courses, elle traversa quelques rues, histoire de s’éloigner un peu. Les cascades qui entouraient le pont sur lequel se trouvait le transporter l’avantageaient énormément. Un point stratégique dont elle allait se servir. Jugeant être suffisamment loin maintenant, elle se dirigea vers la retenue d’eau, qui se transformait plus loin en de multiples petits canaux irrigant la ville. C’était l’heure de piquer une tête ! L’eau était fraîche, mais rien de bien dérangeant pour quelqu’un qui y était habitué. Vu la distance avec le pont, ça ne devrait pas excéder quelques minutes d’apnée. Un peu trop pour Machi qui risquait de se faire repérer si elle reprenait sa respiration au mauvais moment. Et puis… Pourquoi se fatiguer quand on avait une solution de facilité ? Disparaissant sous les flots, elle s’arrangea pour longer le bord opposé au combat qui devait se jouer, préférant la carte de la sureté.

Après quelques minutes, elle arriva à bon port, plus ou moins masquée par les cascades et leur vacarme assourdissant une fois à leurs pieds. Elle avait brisé la bulle d’air qu’elle avait créé histoire de respirer sans fatiguer sous l’eau. Mais celle-ci c’était révélée juste en oxygène. La prochaine fois, il lui faudrait prévoir une plus grande réserve. Les cris faisaient rage de l’autre côté, tout comme les bruits sourds d’arme. Ca n’y allait pas de main morte… Profitant de cette diversion, elle dirigea les flots rampants au sol sur la cabine où devait se trouver le conducteur, prenant toujours soin de rester immergée. Elle n’avait pas lésiné sur la quantité d’eau, histoire d’être sûre qu’elle serait tranquille pour accéder au convoi. Une bonne minute plus tard, elle libéra l’espace, l’eau repartant à travers les circuits et autres compartiments pour mieux tout abîmer. A quelques mètres du véhicule, il était difficile de viser avec précision, autant y aller franchement. Surtout vu la quantité d’eau qu’elle avait à disposition. Soudain, un cri. Résonnant, à travers la coque métallique. Machi n’avait rien capé à ce qui avait été crié. Peut-être à cause de l’eau qui s’était infiltrée dans ses conduits auditifs. Elle repéra le dispositif d’ouverture de la porte, sans doute moins coriace depuis que les commandes avaient pris un bain. S’extirpant de l’eau le plus discrètement possible, elle s’y dirigea, frappant du pommeau de sa lame le capteur. Qui céda après deux assauts répétés.

La porte coulissant sans bruits, elle s’engagea dans le transporter avant de s’immobiliser. Ses yeux immobiles, elle resta interloquée. La petite masse qu’elle regardait n’était autre qu’un enfant ! Les cris venaient de lui ? Extrêmement pâle, presque blanc, tout son être respirait la fraîcheur. Mais il n’avait pas l’air si bien en point que ça. Terrorisé. C’était le mot. Rangeant précipitamment son arme au fourreau, elle la posa par terre, ni trop loin, ni trop près. Histoire de lui montrer qu’elle ne lui voulait pas le moindre mal, mais aussi de pouvoir se défendre si jamais ça se corsait. L’endroit sombre, n’était guère accueillant, tout de métal fait. Rien de bien accommodant pour un enfant. Fixant le visage du jeune garçon, elle lui tendit sa main, lui souriant.

Je ne te veux aucun mal.

Elle ne voulait pas le brusquer, mais elle ne pouvait pas risquer de rester ici trop longtemps, même si dehors, l’affrontement ne semblait pas se tarir. Machi ne savait pas pourquoi le Gouvernement retenait un enfant aussi jeune. Elle n’avait jamais quelqu’un aussi typé physiquement, mais ça ne devait pas être la seule raison. Instinct féminin ou envie d’embêter le Gouvernement en leur enlevant leur prise, prenez ça comme vous voulez. Elle ne voulait pas laisser cet enfant ici.

Tu veux sortir d'ici ?

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Dim 25 Mar - 14:41

Contre toute attente, au bout de sa dixième réplique et quelques martèlements de poings, la porte consentit à lui répondre. Violemment. De l’autre côté, Dnni entendit entre deux ponctuations sévères quelque poignée glissant contre le métal, dans un toc qui résonna dans l’espace vide de la navette. Par mesure de précaution, ne sachant pas quel monstre d’acier se trouvait au-delà des limites de sa prison, il recula ; désorienté et engourdi par une chaleur qu’il trouvait anormale, il se prit les pieds et tomba en arrière. Le toc plus étouffé de son postérieur sur le sol tremblant du transporter. Finalement, la porte coulissa, et s’ouvrit en dévoilant un rideau de lumière d’automne, qu’une ombre parfaite découpait. Le Glaki recula instinctivement - comprenez par là, glissa sur ses talons nus pour traîner son fessier plus près du mur -, plissa les yeux pour les abriter du soleil offensif. A croire que le monde entier lui en voulait, aujourd’hui - peu importe quel jour on était.

Dehors, à l’avant de la navette, ils n’y avaient vu que du feu - c’est le cas de le dire. Le groupe de rebelles, comme des moutons, ne s’étaient pas laissé démonter par la carrure naturellement menaçante de Breton, s’étaient seulement rapprochés les uns des autres en gardant les doigts serrés sur leurs armes d’infortune. Holly et Mary continuaient de les fusiller du regard, les yeux pétillants, voulant passer à un jeu de canons plus littéral. Celui qui semblait être le chef de cette drôle d’équipe, aux allures de manifestation de village, leva le poing en l’air, et les soldats furent mitraillés d’ustensiles de cuisine et de rares balles de revolver. Sans bouger un instant, avec seulement l’arcade sourcilière nue qui se souleva, le cyborg dressa un rideau de feu qui les emporta en un instant. Vague de bangs.

La jeune femme qui s’engagea dans le transporter n’était pas d’une beauté descriptible. Non, vraiment ; Dnni n’avait aucun mot pour définir le vêtement rosé sur ses cheveux, ou son teint pêche - équilibre parfait entre le teint charbon des Gla|Api et ses propres couleurs de craie usée. Et dans sa main, sans aucun doute le plus gros coutelas qu’il n’avait jamais vu. Elle en était d’autant plus intimidante, malgré l’empathie évidente dans ses yeux et ses gestes, et le Glaki ne fit que reculer un peu plus alors qu’elle faisait un autre pas. Elle dût le remarquer aussi, car elle abandonna son arme à ses pieds - ce qui, du point de vue d’un fils de chasseur, était d’une stupidité rare, encore plus quand Dnni ignorait encore ce qui se trouvait derrière le rideau de lumière.

Dehors bis repetita, les revolvers et bruits de broc des rebelles avaient été remplacés par le crépitement des feux de Breton le pyrokinésiste, qui ne laissait pas la migraine naissante altérer ses formes ; et les explosions régulières des canons d’Holly et Mary. Mais le chef ne se laissa pas démonter, et usa de son propre atout magique. Les flammes retombèrent d’un coup, étouffées par un courant d’air. Un maître des vents. Merde. Le soldat majeur se mit immédiatement en retrait, alors que Holly s’avança encore, le visage comme imprimé sur un masque de cire.

La jeune femme se mit à parler. Immédiatement, Dnni se raidit. Parce qu’il ne comprenait pas un mot de ce qu’elle disait, et parce que pour lui, cette langue, non, ce patchwork de sons, grinçaient contre ses tympans. Pas aussi terne que les voix monocordes des autres Gla|Api, mais pour l’oreille du Glaki, ces fausses vagues dans sa voix - voulue rassurante - ressemblaient à des bruits de boîte à musique cassée. Comme si elle sautait délibérément une note sur deux. Heureusement, sa main tendue était un geste compris universellement, et il préféra regarder cette paume ouverte plutôt que les yeux bleus de la demoiselle.

Breton dégaina son arme de poing.

« Mary, retourne surveiller le transporter. »

La soldate resta un bref instant le canon silencieux, à regarder l’air sérieux de son supérieur. Celui-ci ne croyait pas vraiment que l’enfant, dans son état groggy, puisse filer, mais il préférait ne pas prendre de risques inutiles en l’oubliant trop longtemps. Mary échangea un regard à sa jumelle, et elle s’échappa de la bagarre en clopinant doucement, ni égarée ni pressée, son « bras armé » sursautant sur le pavé.

L’autre jeune femme qui nous intéresse continua de parler, et Dnni reconnut cette fois la vague vocale caractéristique d’une question. Mais laquelle ? Que voulait-elle exactement, à lui boucher le passage vers le soleil, comme s’il y avait quelque chose qu’il ne devait pas savoir ? Le Glaki élabora les pires des scénarii pour sa banquise natale, ignorant qu’il était à des milliers de kilomètres de celle-ci, et que le seul scénario possible à Sérégon était que les hommes à la peau brûlée reviennent. Bêtement - comme si elle, elle arriverait à le comprendre ! -, il lui parla en retour. D’une voix hésitante, éraillée, mais c’était déjà ça.

« Tii- ... Tiirem Gla se ... ? Trohiim ... se Uutav me ? »

Mary, en atteignant la navette, ne remarqua pas immédiatement le balancement irrégulier de la navette, et s’apprêtait à retourner soutenir son supérieur, leur père, à Holly et elle ; c’est seulement en s’approchant davantage, histoire de, qu’elle remarqua le capteur pendu bizarrement et la porte coulissante grande ouverte. C’est là que nos deux histoires se rejoignent. La soldate se glissa le plus discrètement possible derrière l’intruse, une autre rebelle très certainement, sans pour autant monter à son tour dans le transporter. Dnni, par contre, face à elles, put immédiatement voir son ombre dévorer un autre pan du rideau de lumière.

« ... Gla tel bag se ? »

Et il ne se gêna pas pour la pointer du dos au-dessus de la tête de la jeune femme, alors que Mary ramenait le canon contre son bras et s’apprêtait à viser. Sans les instructions précises d’un Breton plus pacifiste - autant que peut l’être un soldat du Pouvoir en place -, elle n’avait pas peur de faire du dégât collatéral.

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Machi Kuragi

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Lun 2 Avr - 10:35


Les cascades dans son dos n’en finissaient pas de s’écouler bruyamment, masquant leur discussion. Enfin… discussion, c’était un grand mot. Le petit être pâle qui se tenait face à elle était recroquevillé contre la paroi la plus éloignée. Machi était prête à parier que s’il avait pu s’y fondre pour mieux s’y cacher, il l’aurait fait sans hésiter. Mais là n’était pas la question. Ni l’un ni l’autre n’osait plus bouger. Machi, de peur de l’effrayer, le jeune garçon, de peur tout court. Sa main tendue semblait captiver l’attention de l’enfant, mais en attendant, la situation n’avançait pas. Elle avait beau lui avoir parlé, aucun son n’était venu lui donner réponse. Il n’était pas muet, elle le savait pour l’avoir entendu crier lorsqu’elle était encore dehors. Peut-être tout simplement rendu aphone par la peur. Elle s’était séparée de son arme, elle ne l’avait pas brusqué, n’avait pas haussé la voix… Là, elle ne voyait plus ce qu’elle pouvait faire d’autre. Surtout qu’il ne fallait pas oublier que le temps lui était sérieusement compté et que les problèmes ne tarderaient pas à charger au galop.

Et là, contre toute attente, alors que ses oreilles tentaient de percevoir une quelconque indication de ce qui se passait à l’extérieur, un son. Certes un peu éraillé, comme une voix qui n’avait pas ou avait perdu l’habitude de se faire entendre, de parler. Chevrotante, saccadée. Mais les mots étaient là, posant ce qui ressemblait à une question. En entendant le langage utilisé, elle comprit. Ce n’était pas qu’il avait peur ou qu’il ne voulait pas lui répondre ! C’était juste qu’il ne la comprenait pas. Et elle ne comprenait rien non plus à son charabia… Voilà qui lui facilitait grandement la tâche ! Machi séchait. Elle n’avait jamais rencontré ce genre de problème, le langage utilisé sur le globe ayant été généralisée il y a des années et des années. Ce qui évitait bien des complications, même si certaines régions avaient tenu à conserver leur dialecte d’antan. Mais là, ça ne ressemblait à rien de connu. Et puis… La peau blanche, les cheveux tout aussi pâles… Machi ne savait dire d’où cet enfant pouvait bien sortir, ni pourquoi il intéressait autant le Gouvernement. Son langage ? Ses capacités ? Son physique plutôt hors normes ?

Mais le loup pointa bien plus vite la pointe de son nez qu’elle ne l’aurait cru. Regardant lentement l’endroit où pointait le doigt du gamin qui venait de lui parler, elle ne fut qu’à demi surprise d’apercevoir une masse sombre dans la lumière éclatante du jour. Un découpage de formes qui se voulait plutôt agressif d’ailleurs. Même si la forme se trouvait à plus d’un mètre, Machi n’aimait toujours pas avoir une arme pointée en sa direction. C’était d’un délicat ! Alors qu’elle ne faisait rien d’autre que de discuter avec un gosse… Décidément, le Gouvernement ne reconnaissait plus rien et s’attaquait à tout ce qui le dérangeait… Et il ne lui laissait plus le choix de la passivité ou non. Elle qui était pourtant d’humeur pacifiste aujourd’hui ! Elle ne fit rien qui pourrait effrayer encore plus le garçon, laissant son arme au sol, sans même y jeter un coup d’œil. Si elle voulait que cette histoire se termine au mieux, elle devait d’abord le convaincre de la suivre, malgré les difficultés de communication qui se faufilaient à l’horizon.

Ni une, ni deux, elle érigea un mur aqueux dans l’encadrement de la porte ouverte, remerciant le soldat de ne pas être monté à bord de la navette, ce qui aurait rendu les choses bien plus complexes. Ca promettait de chauffer plus tôt et plus durement que prévu… Ces foutus rebelles n’avaient été capables de tenir tête aux soldats bien longtemps si il était déjà de retour… Quittant des yeux la paroi d’eau qu’elle venait de créer, suffisamment important pour contenir le soldat quelques minutes, elle se retourna doucement vers le garçon et s’en approcha un peu, cherchant un moyen simple et rapide de lui faire comprendre qu’ils ne pouvaient pas traîner ici. Pas avec toutes ces brutes. Ils seraient bien plus en sécurité l’un comme l’autre dehors, loin de cet amas de chair métallique. Mais comment lui faire comprendre ça rapidement ?

Je ne crois pas que tu comprendras un seul mot de ce que je vais te dire. Mais… si on ne part pas maintenant… Si on ne fuit pas, ils vont nous avoir. Euh… Nous… Tuer ?

Raah ! C’était trop compliqué… Et elle n’avait plus beaucoup de temps. Elle ne voyait plus qu’une solution. Heureusement que personne n’était là pour le voir. Aussi méprisable soit-elle dans ce domaine, elle se lança vulgairement dans une expression de la scène mimée, se souvenant que sa main ouverte et tendue l’avait attiré tantôt. Désignant le soldat de l’autre côté du rideau d’eau qui ne restait pas inactif, elle se désigna ensuite, avant de passer un doigt sur sa gorge en signe de mort. Puis elle le désigna lui, s’agitant tant bien que mal pour lui faire comprendre qu’il resterait ici, et serait sans doute prisonnier un long moment. Elle désigna les bancs, l’enveloppe de la navette, le froid qui y régnait ainsi que les ténèbres. Elle aurait aussi aimé lui faire comprendre qu’il servirait probablement de cobaye mais elle en était incapable. Aussi, elle baissa les bras arrêtant de les gesticuler en tout sens. Après ça, elle désigna le soldat, elle-même et sa lame, histoire de lui faire comprendre qu’elle pouvait l’aider à leur échapper. Sans doute ne comprenait-il pas grand-chose à une bonnefemme qui s’agitait en tout sens mais bon… C’était mieux que rien.

Est-ce que tu as compris ? Tu veux sortir ?

Tant que sa barrière était en place, ils ne craignaient pas grand-chose. Mais être enfermée dans cette carcasse sombre ne plaisait pas à Machi qui préférait les endroits vastes, à découvert. Ce n’était pas la première fois qu’elle se découvrait plus angoissée dans des endroits exigus.Il lui fallait de l'espace, de quoi se sentir libre. Son combat contre Tarek le lui avait prouvé. Dans un dernier espoir, elle retendit sa main au garçon, le suppliant presque de se décider rapidement. Sa magie comme ses nerfs ne tiendraient pas indéfiniment.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Lun 2 Avr - 18:30

La jeune femme aux cheveux rosés s’était retournée pour observer sa consœur, ce qui les plaçait visiblement en ennemies. Se plaçait-il comme le troisième élément de cette guerre muette, ou son prétexte, Dnni resta acculé contre la paroi métallique de la navette, dissimulant du mieux qu’il le pouvait le visage entre ses bras. Les mouvements imperceptibles, naturels pour ces femmes, lui étaient totalement étrangers ; et ces signes, comme ils les appelaient, pouvaient très bien le menacer sans qu’il ne le voie. Mary n’attendit pas de telles réflexions internes, armée, le bras tendu. Se délectant un instant silencieux de la vision de la rebelle, étroitement installée dans le transporter, offerte sur un plateau d’argent ... Et d’un coup, un rideau d’eau se dressa entre elles.

Au moins, c’était quelque chose qu’il reconnaissait ! L’eau, mais surtout le mécanisme magique qui faisait qu’elle était dans cet état, pliée à la volonté de la jeune femme. Pour les Glaki, la magie n’était pas l’exception parmi les autres, mais une partie de leur quotidien, discriminateur même ; il aurait été étonnant qu’il n’en reconnaisse pas les manifestations, surtout d’un élément aussi proche que le sien. Dnni s’étira un peu, quittant, un muscle ébranlé après l’autre, sa position fœtale qu’il avait adoptée, pour observer. En d’autres circonstances, ça aurait pu amuser : un soldat du Gouvernement, abandonnant sa rigidité militaire, qui s’acharnait, s’essoufflait, à casser le mur aqueux du poing.

Elle revint vers lui ; et immédiatement, le réflexe d’un chien acculé dans un coin sombre, il se recroquevilla. Comme pris en défaut d’avoir abandonné sa méfiance, juste un instant. Et elle recommença à lui parler, de ses mots âpres de Gla|Api. Mais cette fois, il reconnaissait les sursauts dans sa voix. La nervosité. L’urgence. Et, malgré lui, il devint attentif, pendu à ses lèvres, essayant de comprendre ce qui pouvait tant l’agiter. En vain, évidemment. Elle s’énervait, il restait le regard rivé sur elle avec un air béat, vide, plein d’incompréhension. Et d’un coup ... Elle se mit à faire des mimes.

Back to the action, Breton et Holly dispersaient les premiers rebelles. L’argument canon de la soldate fonctionnait, et les moins audacieux commençaient à se défiler, fuyant dans l’arrière de la ruelle en abandonnant revolvers de broc et autres armes improvisés - avaient-ils vraiment reculé un instant face à un misérable rouleau à pâtisserie ? Il ne restait en avant que trois ou quatre jeunes adultes, qui ne semblaient que se remotiver à chaque échange de coups, et le maître des vents qui posait tant de problèmes à l’offensive du pyrokinésiste. Ce dernier commençait d’ailleurs à s’inquiéter de l’absence de Mary à son côté droit, fidèle à son poste et à ses figures mortes. Ou plutôt, il s’inquiétait de savoir ce qui la retenait ...

Bon, les mimes de la jeune femme étaient un peu agités et confus, mais c’était un langage universel ; et Dnni arrivait à mettre lui-même des mots sur ce qu’elle désignait. Le soldat, derrière le rideau d’eau, qui continuait d’attaquer vaillamment la muraille, inépuisable ; elle-même ; la forme d’un coutelas sous sa gorge - là-dessus, il rentra la tête dans les épaules, peu rassuré. Il ne connaissait ça que trop bien, mais il ne l’envisageait pas aussi facilement, surtout sur la peau de pêche d’une humaine, finalement. Puis elle le désigna, lui ; bêtement, il refit le geste, comme pour confirmer qu’elle parlait bien à la bonne personne. Moi, vous êtes sûre, maîtresse ? Et elle semblait lui ouvrir la voie sur ce qui l’entourait. Il n’avait pas fait attention au décor, et le jeune Glaki redécouvrait donc la prison de métal, les bancs passagers peu familiers, les rares lumières artificielles, éteintes. Et puis elle repartit dans son délire mimique, le soldat, la jeune femme sans nom, l’énorme coutelas qui gisait à terre. Pigé.

Elle lui posa ce qui pouvait être une dernière question, comme une conclusion, et Dnni semblait presque la traduire, en demandant confirmation.

« Gilii me Elirii ? »

Bien sûr que tu peux t’en aller, idiot. La jeune femme lui tendit à nouveau sa main et, bien qu’hésitant, le Glaki ne pouvait pas ignorer l’espèce de supplication muette dans ses yeux. Il ne comprenait pas encore pourquoi le monde extérieur, le monde des Gla|Api comme ils les appelaient avec une certaine ironie, avait décidé s’envahir son espace, ses souvenirs inébranlables de la banquise, de son chez soi ; il ne comprenait pas non plus pourquoi cette fille au teint rosé semblait vouloir l’aider, allant contre l’avis d’une des siennes, qui s’acharnait encore au-dehors à briser sa protection improvisée. Mais il allait devoir mettre ses questions en suspens. Dnni glissa enfin sa main dans la sienne, se releva doucement, et se força même à sourire - un petit sourire faible, fatigué, et sans aucune trace de conviction, mais qui se voulait amical, assuré.

Quant à Mary, elle insistait vaillamment, sa figure d’ordinaire stoïque tordue par l’épuisement et la colère sourde. Breton n’était pas là pour la calmer de sa voix, cette impulsion autoritaire, presque paternelle qu’il dégageait naturellement ; et le petit diable perché sur son épaule, bien agité, n’était que trop ravi de l’encourager à tirer dans le tas, de laisser de la rebelle seulement un puzzle humain effondré sur le parquet.

Dnni refocalisa son attention sur le rideau d’eau, qui commençait à perdre de sa stabilité. Ce qui était, pour lui, une immense toile offerte pour dessiner ses grandes structures de glace. Il tira délicatement la main de la jeune femme, comme un enfant qui chercherait à traîner sa mère dans un magasin. Il voulait l’aider, aussi. Il traçait déjà - dans son esprit - les grandes lignes, qu’il n’avait plus qu’à imprimer dans la planche aqueuse ... C’était un drôle d’exercice, que de se forcer à utiliser son pouvoir. D’habitude, il le laissait aller et venir au fil de ses pensées.

« Vone Gla, na ? »

Il osa faire un pas, pour se mettre en avant de la jeune femme, confirmant ses pulsions d’enfant gâté. Il crut un instant que ses jambes, encore engourdies, allaient le lâcher ; mais elles tinrent bon, ses guiboles.

« Gilii me ? »

Bien sûr, elle n’était pas censée comprendre ce qu’il « pouvait » exactement ; et de toute façon, Dnni pouvait aisément ignorer ses protestations, puisqu’il ne les comprenait pas non plus. Il donna une légère poussée psychique sur le rideau d’eau. Mary ne sentit pas le mur d’eau légèrement frémir, ou si elle le sentit, elle devait s’acharner davantage à le faire tomber ; elle ne recula donc pas quand un étau de glace, forgé comme la gueule d’un loup, vint enlacer sa taille. Elle avait l’air fine, avec son seul bras libre battant l’air furieusement. Le Glaki trembla légèrement, mais son corps tint le choc. Il commençait doucement à en cerner à nouveau les limites.

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Machi Kuragi

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Mar 3 Avr - 11:12

Le contact de la main froide du garçon la fit presque frémir. Machi ne savait pas s’il avait tout compris ou s’il le laissait simplement guider par son instinct, ses impressions. Peut-être que le léger sourire qu’il lui adressa était là pour la rassurer, lui faire comprendre qu’il avait -grosso modo- capté de quoi il retournait. Ca n’avait pas été tâche aisée que de gesticuler dans tous les sens pour tenter d’inculquer le sens qu’elle n’arrivait pas à faire passer dans les mots. Mais il fallait supposer que la menace et l’urgence étaient des choses palpables universellement. Ce qui conforta un peu Machi. Ca lui éviterait de l’embarquer de force ou de se débarrasser des soldats pour ensuite revenir ici, sans aucune certitude qu’il y soit resté ou que le gouvernement n’ait pas appelé des renforts. Ce qui corserait encore plus les choses…

En tout cas, le combat semblait continuer à faire rage dehors. A dire vrai, Machi n’y prêtait pas la moindre attention et préférait surveiller du coin de l’œil la femme qui s’acharnait à vouloir entrer. La barrière tenait bon, mais ça ne durerait pas indéfiniment, rien n’était imperméable. Et puis ce n’était pas le but de s’enfermer dans le transporter pour mieux être transportés vers le Panthéon ou ses quartiers avoisinants. Deux pour le prix d’un ! Sans effort et livrés sur un plateau d’argent en plus ! Que demander de mieux ?

C’était juste après avoir posé une question à laquelle Machi ne pouvait bien évidemment pas répondre, ne comprenant rien, qu’il posa sa main dans la sienne. Ce contact froid, soulageant. Ce garçon qui, en dépit de sa méfiance et de sa peur face à l’inconnu, avait quitté le fond de la navette pour se délier, jusqu’à se tenir devant une Machi presque suppliante. Droite comme un piquet, il la dépassait d’une tête ou deux alors qu’elle était encore accroupie. De près, son teint cireux ressortait encore plus. Mais ce qui la surprenait le plus de ce tableau enfantin, ce n’était pas la blancheur de tout son être ou l’apparente froideur qui s’en dégageait. C’était ces deux billes colorées qui la fixaient. Joyaux verts dans un cerclage pâle. Semblable à l’émeraude la plus pure. Ce n’était pas une couleur commune dont on pouvait se détacher facilement. Mais c’est lui qui imprima la marche à suivre, la tirant par la main pour mieux lui montrer quelque chose. Le suivant docilement, ils se retrouvèrent face à la paroi d’eau, qui subissait encore les assauts acharnés d’une soldate infatigable. Pour le moment du moins. Il lui posa plusieurs fois ce qui ressemblait à une question. Comme il fallait s’y attendre, dans son enchevêtrement de sons incompréhensibles et courts, Machi n’y comprenait rien. Et il n’attendait d’ailleurs pas de réponses. Il passa donc devant elle prudemment, se dirigeant vers la paroi aqueuse. Machi s’attendait à ce qu’il la touche, ou qu’il fasse quelque chose. Mais rien. Rien de visible du moins. Jusqu’à ce qu’une excroissance de glace fonde sur la soldate, emprisonnant son buste dans une entrave glaciale. C’était assez impressionnant pour un petit bout d’homme d’avoir une aussi bonne maîtrise ! Malgré le bel effet, elle ne loupa pas non plus les effets rebonds sur le corps de son utilisateur, sans doute encore bien trop jeune pour encaisser tous les contre coups. Perdant quelques secondes, elle se plaça aux côtés du petit inconnu. Elle se désigna du doigt une nouvelle fois, se présentant. Même s’il n’y avait que peu de chances pour qu’il comprenne.

Moi… Machi. Toi ?

Son doigt se dirigea ensuite vers son thorax, l’invitant aussi à se présenter. Seulement s’il comprenait. Dans le cas contraire ce n’était pas bien grave. Il ne comprendrait pas non plus la moitié des évènements qui suivraient, sans aucun doute. Elle récupéra ensuite son arme qu’elle prit de sa main libre, prenant soin de toujours le garder dans son dos ou suffisamment caché de l’enfant. De son autre main elle garda sa main dans la sienne, pointant comme elle pouvait d’un doigt libre l’étendue glacée devant eux. Il était temps de sortir avant que ça ne chauffe définitivement pour leur matricule ! Tirant l’enfant derrière elle, elle le masqua derrière son propre corps, pendant que sa droite armée se préparait à attaquer. Rompant subitement la plaque bien givrée non sans bruit, elle observa rapidement les alentours, s’assurant qu’elle était la seule soldate des environs. Ne restait plus qu’à prier pour que les autres soient suffisamment retenus par les rebelles. Descendant de la navette, elle ne prit pas la peine de regarder si son coup avait seulement fendu la glace ou s’il avait également touché son adversaire. Elle adressa un sourire à sa nouvelle rencontre du jour, sourire qui se voulait rassurant. Après avoir passé quelques temps dans une cellule aussi sombre et froide, ce n’était sans doute pas évident de sortir au grand soleil, peut-être même dans l’inconnu. Ne sachant pas vraiment s’il la suivrait à l’extérieur de la nacelle ou non, elle resta proche de son ouverture, permettant ainsi au jeune garçon d’y rester caché ou d’en sortir, selon son bon vouloir. Mais si les choses se corsaient, elle ne lui laisserait peut-être plus le choix.

La soldate échouée un peu plus loin s’était déjà relevée et leur faisait de nouveau face, encore prête à en démordre. Tant qu’elle restait seule, ça ne serait pas trop dur à gérer vu la quantité d’eau qu’il y avait autour. Après, si elle avait un quelconque pouvoir antagoniste au sien, ça se corserait. De sa main armée, elle se préparait à toute éventualité. C’était bien la première fois qu’elle devait s’occuper de la survie d’une autre personne durant un combat. Elle n’avait pas le droit à l’erreur.

C’est un nouvel emploi chez vous que d’enlever des enfants ? Ou c’est simplement pour satisfaire la curiosité de vos rats de labo ?

Des reproches pleins de sarcasmes. A chaque fois qu’elle le croisait, le Gouvernement lui dévoilait un nouvel aspect, qui la dégoutait toujours un peu plus. A croire qu’ils en faisaient exprès. De toute façon, elle n’avait pas du être discrète en brisant la glace, les morceaux éparpillés sur le sol craquant au moindre pas. Autant ne pas l’être jusqu’au bout, du moment que les autres soldats étaient occupés ailleurs...

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Mer 4 Avr - 10:32

Dnni n’avait pas habituellement ces fameux frissons quand il usait de son pouvoir. Il ne le poussait jamais aussi loin, aussi vite, et surtout pas avec la conscience d’utiliser de la magie. La jeune femme se rapprocha un peu plus de lui et reprit son astucieuse combinaison de mimes et de parole. A nouveau, elle se pointa du doigt, plus comme si elle voulait se présenter à lui ; et s’il ne comprenait déjà pas les moindres pronoms, les moindres sursauts, les bases de la langue française finalement, il était incapable de distinguer un Machi du reste. Il avait déjà assez de mal à savoir où l’amas de sons incohérents se transformait en mots bien distincts. Donc. Elle avait dit Machi, en se pointant du doigt ; elle devait donc être ce Machi. Mais est-ce que c’était son nom - comme moi, je suis Dnni Sa|Dage - ou le nom de sa race ? Son langage était tellement abstrait que ça pourrait même être les deux ! Puis elle tendit son doigt vers lui. Par réflexe, Dnni recula légèrement, sans pour autant lâcher la main de sa gardienne improvisée. Seul un grognement d’hésitation - universel - sortit de sa bouche.

« Me ? Eh ... »

Machi, si c’était donc son nom, ramassa son immense coutelas. Le jeune Glaki le suivit un instant du regard la lame fragile, avec une curiosité muette ; se contentant de resserrer sa main autour de la sienne quand il disparut dans le dos de la jeune femme. Elle lui pointa au mieux du doigt la carcasse de glace qui avait pris place. La soldate était toujours entravée dans l’étau, et force était de constater qu’elle se battait bien contre l’air, sans pour autant réussir à bouger. Imperceptiblement, Dnni donna une légère poussée psychique sur sa structure, et l’épaule de Mary se figea, la main libre suspendue au-dessus d’elle, comme au couvert du soleil. Si son supérieur la voyait. Se laisser mettre en échec par une seule rebelle qui avait plus des airs de mannequin, et un enfant demeuré.

En parlant de son supérieur. En avant de la ruelle, Breton et Holly géraient toujours les derniers rebelles qui, malgré tout leur acharnement, n’arrivaient pas à porter de coups aux deux gouvernementaux. Et à l’inverse, le duo était mis en difficulté par le maître des vents qui passait par là. Les projectiles retombaient par terre comme de vulgaires cailloux, et les étincelles du pyrokinésiste s’éteignaient presqu’instantanément. Le combat s’était transformé en un duel de regards et de coups portés à blanc. Quand un bang sourd retentit derrière eux. Machi, de sa lame, avait coupé la plaque cristallisée en deux comme un vulgaire rideau de papier. Evidemment, le reste de la structure s’effondra ; et Mary, déséquilibrée, s’écrasa lourdement contre le pavé. Dnni jeta prudemment un œil au-dehors, avec le vain espoir de revoir le décor familier.

Tu parles. Une carte postale abstraite, qui semblait sortie d’une illusion d’optique, avec des ponts qui passaient par-dessus des branches d’eau, des bâtiments cubiques, étroits, recouverts d’un cuivre gris, qui se tenaient en équilibre presqu’instable sur le pavé doré, des bulles de verre remplies de vagues noires et vertes - des serres - ; et le puits de lumière au-dessus des cascades qui encerclaient Sérégon, Sirastan. Du point de vue d’un architecte diplômé, c’était l’alliance de ces fondations antiques et des bâtiments plus modernes, formatés, qui donnait à la ville son charme exotique ; du point de vue de Dnni, pauvre fils de chasseur dans la campagne gelée, c’était un chaos de couleurs sans nom. Machi le précéda bien, descendant de la navette, mais le jeune Glaki relativisa l’inconfort du transporter. Il abandonna sa main et se terra sur le côté de la porte coulissante, la suivant seulement du regard avec des couinements, des sursauts de peur.

Mary se releva, appuyée sur son canon. En parallèle, Breton divisa à nouveau sa petite équipe. La première soldate, s’il n’y avait pas eu de problèmes, serait revenue il y a longtemps, trop heureuse de « casser du rebelle ». Holly se précipita donc en arrière, plus hardie que sa sœur, alors que leur supérieur relança vainement sa vague de flammes face aux civils décimés. Finir la mission, rentrer prendre un café, et au lit, hein. Mary émergea donc entre les fragments de glace fondus. Pire qu’une lionne battue, qui s’enhardissait à chaque fois qu’elle prenait un coup au moral. Comme la pique ouverte de la rebelle. Qu’en savait-elle, exactement ? De quel droit inexprimé se permettait-elle seulement de mettre en doute les intentions du Gouvernement qui les avait enfantées ? Forme rare d’expressivité chez elle, elle s’en mordit la lèvre, pure frustration.

« Et en quoi ça vous regarde ? »

Dnni, acculé derrière la porte coulissante, ne comprenait naturellement rien à leur échange. Au mieux, il en percevait les variations, les aigus, les graves ; et la tension évidente qui en ressortait. Les deux femmes se provoquaient. Et, mieux encore, il ne comprenait pourquoi elles se provoquaient. Si c’était pour lui, il n’arrivait pas à saisir en quoi il avait quelque chose de particulier. Les rares privilèges qu’il avait en tant qu’Adage - en simple fils de chasseur -, il se disait rationnellement qu’il les avait perdus quand Daeir était parti - non, quand Daeir avait dû fuir de son côté. Si c’était une rancœur personnelle, il n’avait pas davantage envie de servir de prétexte. Il voulait juste retourner chez lui, dans un des villages de Glaki, abandonner la chaleur étouffante de cette ville. C’était si compliqué ?

Holly arriva au trot, et aperçut bien vite sa sœur en confrontation orale avec une rebelle. Encore une. Combien y avait-il de ces vers cachés dans le noyau de Sérégon, qui avaient décidé d’émerger aujourd’hui ? Elle s’arrêta en haut de la ruelle, observa juste un instant la situation. Elle adopta la même stratégie que Mary : il semblait inutile de venir la provoquer si ce n’était pas nécessaire. Même si, sans l’impulsion pacifiste de Breton, elle était plus facile qu’elle ; Holly n’hésitait pas trop à viser entre le genou et la tête quand sa tête était gracieusement offerte, à peine sous le couvert de la navette. Elle descendit donc tout en s’armant, le bras levé et prêt à porter sur sa cible.

Elles ne faisaient pas dans la discrétion et Dnni, qui, en bon chien mouillé, se contentait de regarder aux alentours avec l’expression mixée de peur et d’incrédulité, ne manqua pas de voir cette troisième ombre émerger du soleil de midi. Et il avait quand même plus de confiance en la jeune femme qui voulait lui parler, lui tendait sa main en offrande, qu’à celle qui brandissait son canon géant avec une menace sourde. Si Machi manquait d’entendre l’un des pas maladroits d’Holly sur une plaque de glace encore partiellement solide, il fallait au moins qu’elle entende ses cris.

« Machi ! Mmehin ! »

A défaut de comprendre, qu’elle se retourne seulement.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Mer 18 Avr - 11:01


Agglutinés près des canaux irrigant la ville aux Desprànon, les quelques personnages présents venaient d’entrer dans une jouxte verbale, peu intéressante pour quelqu’un qui préférait frapper. La soldate ne semblait pas démordre de ses envies de fracasser quelques os et de récupérer un gamin tout peureux. Gamin qui avait d’ailleurs préféré l’austérité de la navette au grand jour. La seule question qui venait à l’esprit de Machi en le voyant était celle de ses origines : s’il venait ici pour la première fois, normal qu’il n’apprécie pas spécialement de se retrouver face à un décor étranger. Voire hostile. Parce qu’il fallait être honnête : la bonnefemme qui leur faisait face n’avait rien d’accueillant du tout. Déjà que sa tête ne revenait pas à Machi… Il fallait en plus qu’elle lui réponde de manière totalement inutile. En quoi ça la regardait ? Ben… Disons qu’en tant que rebelle, tout ce qui pouvait embêter ou nuire au Gouvernement de près ou de loin, était bon à apprendre. En plus, elle l’avait vouvoyée alors qu’elles avaient à quelques années près le même âge… A moins qu’elle ne la mettait dans le même sac que les autres rebelles qui s’en étaient vraiment pris au Gouvernement, eux. Ce qu’elle ne savait sans doute pas, c’est qu’elle n’avait rien à voir avec l’attaque du convoi et que si le hasard n’avait pas bien fait les choses, elle ne serait sans doute pas là. Et puis, s’intéresser à un enfant, ce n’était pas pardonnable. Peu importe ce qu’ils comptaient lui faire, même si elle doutait fortement qu’ils veuillent simplement jouer avec lui. Son physique, sa langue, ses attitudes, rien ne lui faisait penser à un enfant né en ville. Et sa réaction n’arrangeait rien. Il devait y avoir autre chose qui intéressait fortement le Gouvernement.

Son regard se posant sur la femme lui faisant face, elle ne lui répondit rien, soutenant simplement le regard adverse. Les mots n’étaient pas son fort et elle avait tendance à trop être crue. Et vu l’apparence flagrante au Gouvernement que Mary exposait, mieux valait pour qu’elle la croit avec ces mecs là-bas, ceux qui arrivaient à contenir les autres soldats, plutôt que d’apprendre la vérité. C’était plus facile ainsi. Machi n’avait pas envie de tomber sur des renforts, et encore moins de « croiser le fer » avec des filles préférant l’artillerie lourde de distance. Plus elle restait, plus le temps passait et plus ce genre de configurations risquait d’arriver. La voix du jeune garçon l’appelant, elle se retourna pour le dévisager, savoir ce qu’il voulait, mais aussi pour le reprendre. Machi ! Pas Machin, Mehin ou quoi que ce soit d’autre ! Machi ! C’était pas bien compliqué quand même… Pour la première fois de sa vie elle remercia sa mère de ne pas lui avoir donné un prénom composé ou l’un de ces prénoms à rallonge qu’ont maintenant certains enfants des villes sous prétexte que ça rende plus classe. Foutaises. Mais bref. A la réflexion, peut-être qu’il n’avait pas écorché son prénom, peut-être même qu’il avait voulu la prévenir. Dans le coin de son champ de vision, c’était une autre femme qui venait d’apparaître, décidemment pas très commode elle non plus. A croire que ce gamin représentait un objet rare pour le Gouvernement. Ils pouvaient au moins être un peu plus prêteurs… Il fallait toujours utiliser la force quand ça sortait du chemin qu’ils avaient décidé.

Revenant à ses moutons, Machi se figea, analysant rapidement la situation. Pour tout avouer, ça devenait un peu compliqué. Un canon la mettait en joue, n’ayant pas la moindre idée de ce que pouvait faire la première soldate. Pas grand-chose sûrement, sinon elle l’entendrait. Les innombrables morceaux de glace éparpillés au sol se révélaient d’une bonne aide quand bouger un muscle devenait difficile, surtout pour surveiller les déplacements. Ce n’était pas tellement les armes dont elle se méfiait, mais plutôt de la manière sournoise dont elles allaient vouloir se débarrasser d’elle, tout en évitant de blesser leur proie enfantine. Finalement… Elle était peut-être là la solution… Dans cet enfant autour duquel tout semblait tourner aujourd’hui. Les rues les plus proches se trouvaient seulement à une bonne vingtaine de mètres. Mais bon, connaissant sa piètre capacité à estimer les distances, elle ne s’appuya pas trop sur cette donnée. Levant les mains de manière suffisamment écartée et lente pour ne pas aggraver la situation, elle prôna la non-violence, rengainant délicatement sa lame dans le fourreau situé dans son dos. C’était le meilleur moyen qu’elle avait trouvé pour calmer la situation. Peut-être que ça n’endormirait pas les soupçons de ces deux femmes, mais elle avait au moins tenté d’adoucir le tout. Désormais seule une solution semblait s’offrir à elle : abandonner. Elle avait joué, et la partie se corsait trop rapidement. On approchait de l’échec. Ou pas.

Sans un mot, elle s’affaira à créer deux bulles d’eau autour de chacune des deux femmes armées.

Désolée...

Simple mot prononcé à l'adresse de l'enfant vers lequel elle venait de se retourner, elle l’extirpa de la navette en lui adressant un triste sourire. Elle aurait bien aimé le rassurer, lui expliquer la situation, mais c’était une perte de temps, il n’y comprendrait sûrement rien. Il fallait espérer que le simple mot et l’expression qu’elle affichait suffisent à se faire excuser de ces actes brusques. L’enfant avec elle, elle le garda dans ses bras avant de se mettre à courir vers les rues les plus proches. Vu la rapidité avec laquelle elle avait créé les sphères, celles-ci n’étaient pas bien larges de diamètre. La seule façon d’en sortir était de s’attaquer aux parois de l’intérieur, mais encore fallait-il y penser avant de sombrer dans l’inconscience ou de se noyer. Avec la distance, les bulles éclateraient dès que Machi ne serait plus en capacité de les avoir dans son champ de vision, les soldates ne risquaient donc pas la mort. Pour être sûre de s’en débarrasser définitivement et plus rapidement, Machi aurait aussi pu user d’une toute autre technique, bien plus dévastatrice. Avec l’eau présente, ce n’était pas un problème, loin de là. Mais il n’en aurait sûrement pas été de même de ses capacités physiques et de son état général. Cette technique avait pour grand blâme de la vider littéralement de ses réserves, chose à prohiber actuellement si elle voulait sauver sa peau en plus de celle du garçon. Jetant un vague coup d’œil en arrière, elle tenta de se rassurer et d’éteindre ce pressentiment grandissant. Elle avait déjà parcouru la moitié de la distance séparant la navette des rues - prenant bien soin de partir à contre-sens de l’autre affrontement - et rien ne s’était encore produit. C’était presque trop facile.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Sam 28 Avr - 18:02

Pour être honnête, la situation de ce pan d’escadron - les méchants choisis de notre acte - n’était pas très reluisante, ne faisait pas honneur à ce pourtant inébranlable Gouvernement. Une soldate, assommée, peinait à retrouver son équilibre sur les différentes plaques de glace, flaques, qui jonchaient la rue ; de ce fait, elle et sa jumelle de profession devaient s’y mettre à deux pour défendre la lourde cargaison du transporter - un gamin sauvage mentalement diminué - des rebelles abrutis - une jeune femme légèrement armée qui semblait sortir d’un concours de beauté plus que d’un ghetto. En parallèle, sur le haut de la ruelle, Breton et le dernier des civils se défiaient à grands coups d’impulsions mentales. Laissée seule en attaque, Holly ajustait son canon, visait, descendait tranquillement le pavé, sans se soucier de se faire remarquer par sa nouvelle proie.

Simple configuration qui suffisait pourtant à effrayer Dnni, qui se sentait déjà agressé par le décor ambiant : le soleil vif de midi, les odeurs de café froid et de sciure, les couleurs exotiques des bâtiments et des femelles. Il aurait pu s’enhardir si la seule personne à qui il s’était résigné à accorder sa confiance - une confiance fragile et ponctuelle, mais une confiance quand même - s’était mise en avant de tout ça. Mais rien du tout ! Machi semblait presque se résigner, le long coutelas retournant dans son étui, les mains en avant comme pour se protéger et faire appel. Et le Glaki, en réponse de quoi, se terra un peu plus derrière l’encadrement de la porte coulissante, ne laissant que son ombre s’échapper de la navette. Il ne la vit pas revenir vers lui.

De son côté, Breton mettait en échec le rebelle anonyme. Ce dernier avait beau avoir un avantage élémentaire certain sur le pyrokinésiste, l’expérience et l’endurance lui donnèrent raison, développant de hautes tours de flammes autour des courants aériens. Qu’est-ce qu’ils avaient tous, aujourd’hui ? Entre cette équipe de civils désorganisée qui n’avait rien d’autre à faire de sa pause de deux heures que de bloquer les convois gouvernementaux, et ses deux filles qui s’attardaient, retenues, à la navette ... Mission de reconnaissance, qu’ils disaient. Vous pourrez faire des galipettes ce soir, qu’ils disaient. La tour s’effondrait à peine dans une gerbe d’étincelles, forçant les deux côtés à reculer pour éviter les projections, que Breton dressait déjà une nouvelle vague devant lui.

Bien sûr, Dnni ne comprit pas la dernière injonction de Machi, pas plus que les précédentes. Il ne pouvait se fier qu’aux pics, aux montées et aux retombées de sa voix, particulièrement monotone fallait-il préciser - mais ça semblait être la tare de ce langage en général. Et la chute de celle-ci vers le grave ne lui plaisait pas, mais alors pas du tout. Le ton de celui qui savait qu’il avait fait quelque chose de mal et s’en excusait ... ou qui savait qu’il allait faire quelque chose de mal. Il ne se détacha pas assez vite de son abri pour éviter les bras puissants de la jeune femme. Il resta un instant la tête sur son épaule, sous le coup de la surprise, assez pour voir deux brins de filles, deux jumelles, coincées dans leur bulle ; l’une tâtant prudemment la paroi aqueuse, la seconde tapant du poing avec une faible conviction.

Et Dnni fit la chose la plus censée lorsque la pensée fugitive d’être dans les bras d’un possible agresseur, sans autre chose que vos deux mains et votre tête bien embrumée, vous attaque la cervelle : il cria.

Au moins il cria ponctuellement, puis se replia en position fœtale du mieux qu’il peut, étouffant le son. Pour l’instant, il se contenta de se laisser porter par l’étreinte de Machi dans d’autres ruelles obscures, peu familières, encore plus loin de chez lui. De quelques mètres, certes ; mais pour lui, chaque pas à l’intérieur d’un Sérégon inconnu l’éloignait comme un pas de loup. Breton l’entendit, évidemment, revenu vers la navette ; baladant derrière lui le rebelle menotté, assommé, le côté de la tête brillant de la belle bosse laissée par cette joute. Il constata également ses deux filles emprisonnées dans d’épaisses bulles d’eau comme des personnages dans de vulgaires boules à neige, et la porte coulissante grande ouverte sur la navette vide de tout occupant. Il ne fallait pas sortir d’une grande école pour comprendre ce qui s’était passé : quelqu’un avait délibérément fait intrusion dans le transporter pendant qu’ils avaient tous le dos tourné, et libéré leur otage. Il se précipita donc en direction de ce cri dans le labyrinthe de dalles, laissant sur place navette, rebelle et soldates.

Dans sa position plutôt inconfortable, Dnni se rappela brièvement l’environnement dans lequel on l’avait forcé à évoluer ces dernières minutes. Il se souvint de la rue bordée d’eaux, du rideau liquide que la jeune femme - instantanément repassée au statut d’inconnue - avait dressé devant eux pour se protéger des attaques de sa collègue en noir. Une planche aqueuse ouverte à toutes ses fantaisies mentales. Il ne se concentra pas trop pour la structure suivante ; arrête-toi ! Laisse-moi partir ! Arrête-toi ! furent ses seules instructions pour cette grande explosion d’énergie fugitive nommée magie. Dans la ruelle, Breton ne vit qu’un grand arc de glace barrer le passage à deux ombres dans le midi de Sérégon. Une construction d’une simplicité rare, comparée au loup qui, quelques instants plus tôt, avait surgi, la gueule comme un étau autour de la poitrine de la soldate ; seulement un immense demi-disque. Si la brutalité de cette manifestation magique n’avait pas suffi à déstabiliser la fuite de la jeune femme ; Dnni en profita pour se dégager de la méthode la plus censée lorsque la pensée d’être dans les bras d’un possible agresseur² : il donna de grands coups de poings et de pieds dans l’air.

En arrière, Breton ralentit le pas, s’arrêta un instant. Il avait déjà eu affaire aux pouvoirs cryokinétiques du gamin - de sales petits pouvoirs qui, malgré l’aisance de la démonstration, ne pouvait rien face à sa tempête de flammes -, lors de son extraction ; sauf que cette fois, il ne s’en était pas servi de la même façon. Une manifestation à son avantage : les fuyards, en aucun cas, ne pouvait repartir dans ce sens. Et il s’assurerait bien qu’ils ne partent pas dans le sien non plus. Quelques mètres pour loin, donc, Dnni restait à terre, accroupi entre l’ombre de la jeune femme et la structure qu’il avait lui-même crée ; ce regard vert émeraude perdu dans un rideau de mèches blanches, et les épaules tremblantes.

« Machi. »

Remarquez qu’il y a du progrès, même si l’énonciation de ce qu’il décida d’assimiler par défaut à un prénom était loin d’être engageante ; malgré l’accent, une absence rare de tonalité, seulement une légère vague sonore qui pouvait ressembler à de l’inquiétude. Et quelque part, de la déception. Pourquoi ? Pourquoi l’avait-elle seulement éloigné de ses repères déjà précaires ? Pourquoi, alors qu’il lui accordait un semblant de confiance, l’avait approché, avait prêté attention à son langage et à ses manières ? En de telles circonstances, et aussi aberrant que ça puisse paraître pour les hommes confortables de Sérégon, le peu d’acquis que Dnni avait pu fonder ses dernières minutes s’était effondré en un instant par un geste maladroit. Pourquoi ? Et il l’énonça, bien sûr.

« Iirem ? »

Derrière eux, Breton fit enfin remarquer sa présence. Son ton naturellement supérieur et autoritaire qui aurait pu plier certains esprits à ses ordres. Sa carrure de cyborg, menaçante. Son sourire déstabilisant. Même s’il ne connaissait pas les talents de la rebelle en termes de magie élémentaire, il ne trouvait aucune menace dans la forme fragile et sans arme dressée d’une femme. Dnni recula un peu contre l’arc, mais sans réelle panique cette fois, plus soumis à son instinct primitif. Au point où on en était. Mesdames et messieurs, Breton Blebfold ; pour certains un Gla|Api parmi les autres bronzés, pour d’autres un soldat haut placé du premier escadron.

« Je suis sûr qu’il a apprécié la promenade. Mais il est sous la surveillance du Gouvernement, alors vous serez gré ... »

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Machi Kuragi

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Lun 28 Mai - 13:13

Les choses ne se passant jamais comme prévues, Machi ne fut nullement étonnée de voir les événements tourner rapidement en sa défaveur. Défaveur était un grand mot certes. Les deux soldates emprisonnées ne l’embêtaient plus et seraient sans doute suffisamment assommées du manque d’oxygène pour lui laisser le temps de fuir, loin. A la base, rien n’était prévu. Ce n’était que balade coutumière pour tromper l’ennui. Si elle avait pu prédire qu’un tel capharnaüm habiterait sa journée… Elle serait sûrement restée sous la couette. Mais passons.

L’enfant calé contre son épaule, la lame dans le fourreau. C’est ainsi qu’elle débuta une course rapide vers les ruelles toutes proches de Sérégon. Proches et pourtant presque difficiles à atteindre rapidement. Un cri s’échappa de la masse qu’elle portait, mêlé d’angoisse et de d’inquiétude. A mi-chemin entre l’exaspération et la compassion, elle le regarda se blottir en une boule humaine, devenue muette et inerte. Avec ce cri, même bref, ils étaient certains d’être retrouvés rapidement. A moins que le rebelle de l’air s’était révélé suffisamment fortiche pour retenir le chef du convoi. Mais c’était tellement peu probable. Dnni aurait été un adulte qu’elle l’aurait sûrement frappé pour une telle idiotie. Pourquoi ce geste ? Hormis révéler leur position, il ne lui apportait rien. Et quelques soldas qui se feraient un plaisir de le remettre dans cette cage métallique froide. Elle voulait seulement l’aider. Mais était-il seulement capable de le comprendre ? Même pas sûr.

Trêve de bavardages. Comme pour couper court à la plaidoirie qui se montait dans l’esprit de Machi par rapport à ce gamin inconnu, elle fut stoppée net dans sa course. Son seul réflexe, sa main droite, à qui elle devait une fière chandelle. Plaquée contre la paroi glacée, elle avait pu éviter de s’y écraser bêtement de tout son poids. Pas même une seconde de répit ne lui fut accordée, un coup soudain se faisant ressentir dans ses côtes. L’origine de l’arc de glace ne fit plus aucun doute, ni celle du coup de pied qu’elle venait de se prendre. L’enfant des glaces désormais prostré contre la paroi ne s’en cachait pas. Soupirant pour extérioriser ses envies de colère passagère, elle fixa du regard ses yeux émeraude, son corps frêle et tremblotant, serré en une boule humaine, la touche blanchâtre de ses cheveux se mêlant presque à la glace derrière lui. Qu’il crie passe encore, elle pouvait le comprendre. Qu’il veuille descendre aussi. Qu’il lui barre la route aussi sournoisement, passait encore. Mais qu’il la frappe… Ca commençait à faire beaucoup. Elle ne devait vraiment pas avoir le feeling avec les enfants… Ou alors elle avait une tête à faire peur ? A ce point ?

Irem ? Les injonctions chevrotantes de la voix enfantine se faisant entendre, elle n’y répondit rien. Non pas qu’elle n’en avait pas envie. Elle ne le comprenait pas. Et n’avait plus envie de faire cet effort, surtout quand une voix brusque et cynique s’élevait dans son dos. Mais la promenade n’était pas terminée mon pauvre… Jaugeant du regard l’homme, elle ne manqua pas de remarquer son sourire, presque menaçant. Décidément… Ils n’avaient pas fini de la chercher tous aujourd’hui ?! Elle n’avait rien fait de mal ! Bon… Elle avait profité d’un combat pour s’intéresser à un cargo vivant, et finalement « l’enlever ». Mais ce n’était pas la fin du monde ! Trois contre un… Si ce n’était pas parfaitement inégal ça. C’était même du quatre contre un vu la résistance qu’offrait l’enfant des glaces. D’ailleurs… En y repensant, il était plus impressionnant : Machi n’avait pas vu la moindre trace d’eau dans la rue qu’ils avaient empruntée. Ce qui voulait donc dire qu’il matérialisait la glace par la seule force de son esprit. Pour un gosse de son âge… C’était bluffant. Si encore ce n’était que de simples amas, mais non. Il pouvait aussi leur donner une forme, une empreinte. Et dire qu’elle, du haut de sa vingtaine d’années passée, elle n’avait jamais su matérialiser l’élément aqueux. Problème ? Manque d’entraînement ? Ou simplement différence d’aptitude ? Tous les mages n’étaient pas capables de créer leur élément… Selon elle, du moins. Elle n’avait pas vraiment le temps de se prendre la tête avec ça.

Restant parfaitement immobile entre les deux hommes présents, elle ne chercha pas à ressortir sa lame, ni même à attaquer pour le moment. C’était trop facile de parer une attaque frontale. Surtout pour un gradé du gouvernement. Mieux valait le provoquer un peu.

Je serai gré ? Mais de quoi ? Je n’ai pas la moindre envie de voir un enfant « sous la surveillance du gouvernement ». Tout ça parce qu’il est différent ? Un peu sauvage. Ah et peut-être parce que son pouvoir vous intéresse aussi. Il a du vous donner du fil à retordre, il n’a pas l’air de se laisser attraper aussi facilement.

Ahah ! Comme si on pouvait ordonner à une femme aussi facilement. Il croyait encore au Père Noyel lui ? Il allait vite déchanter. Surtout que Machi n’avait guère l’esprit docile et préférait de très loin jouer avec les limites. Tirant son cou sur la droite, elle ne manqua pas de remarquer le corps du soldat, plus vraiment humain. Il n’avait pas du en voir que des belles… Sa lame ressortant de son fourreau, elle se dirigea rapidement sur lui pour lui asséner quelques coups transverses, y mêlant un coup d’estoc, histoire de tester ses réactions. Sans oublier que pendant son petit temps de blabla, elle avait commencé à faire fondre la paroi créée par l’enfant, agglutinant l’eau en une flaque sous les pieds du soldat. Homme qui devrait se retrouver avec des jambes immobiles quelques secondes, ses chaussures collées au sol. L’inconvénient, c’est qu’en quittant la zone du combat précédant, elle s’était enlevé le gros avantage que le terrain lui offrait. Là, elle était définitivement trop loin pour pouvoir espérer jouer avec de grosses quantités d’eau. A moins que le petit ne se décide à l’aider, auquel cas, elle pourrait se servir de ses « sculptures » pour en récupérer de l’eau… Mais ce n’était pas une entreprise si pratique que ça…

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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Jeu 28 Juin - 9:00

Comme Breton devait s’y attendre - les rebelles avaient cette méchante habitude, inscrite quelque part dans un CV-type -, la dame préféra le provoquer, si bien qu’il baissa un peu sa garde à la perspective d’une joute verbale - son domaine, malgré les apparences. Il la dissocia bien vite, à son intonation assurée, des rebelles qui avaient précédemment attaqué l’avant du convoi ; et là où ces derniers semblaient être aveugles, une fois sûrs de la provenance exacte du transporter, elle était plus décidée à en enlever la cargaison humaine. Le soldat haut-gradé se demanda une fois encore, ignorant de cette petite histoire entre eux, ce que ce gamin avait de si intéressant pour ne pas qu’on lui demande de le supprimer, purement et simplement, comme la majorité des problèmes en travers de l’institution. C’était seulement un enfant - un adolescent - et à ses yeux, presque un animal ; et ce n’est pas comme si le don de cryokinésie était le plus rare, dans les familles de pures mages.

Dnni resta en arrière de la scène, les deux mains plaquées en appui sur la paroi de glace pour essayer de se relever, les épaules secouées de frissons incontrôlés. L’arc qu’il venait de dresser n’était pas la structure la plus simple qu’il n’ait jamais fait, et il ne s’était jamais ordonné de faire des structures aussi grandes ; son corps peinait autant à suivre que son esprit. Il essaya de focaliser son attention sur les deux Gla|Api et le son tordu de leurs voix conjuguées. Entre deux, Machi, dont il reconnaissait le timbre plus aigu, plus envolé, universelle empreinte des jeunes femmes. En avant de la scène, cette beauté de l’inconnu ; la mince chevelure rousse, la peau bronzée brûlée, décousue, la mâchoire d’argent. Son équilibre vacilla un instant en reconnaissant Breton. Il glissa sur une paroi qui perdait de sa rigidité.

Le soldat eut un rire bref. Très mécanique, les deux pans de sa musculature d’acier figés entre eux ; ça ressemblait à l’oreille à une bande-son qui sursautait plus qu’à un rire. Ca, pour ne pas se laisser attraper facilement ! Son naturel avenant revint au galop, et la remarque innocente le plongea dans cette atmosphère particulière des conversations mesurées, persuadé de n’avoir à user que de sa voix contre la belle. Il ne remarqua pas l’éclat d’une lame sortie de son habit.

« Vous n’imaginez même pas. Ca devait être une mission de routine, et la première chose qu’il ait faite, c’est m’arracher les cheveux. Je vous jure. Je crois que mes racines sont mortes mainte-- »

Instinctivement, son bras se dressa en rempart de l’attaque. Un clang sourd au contact de la prothèse de métal. Elle sauta ; et Breton n’eut pas le temps de se rendre compte qu’il n’était plus innervé à son membre de substitution qu’un autre coup transversal le força à reculer dans les flaques. Dans le dos de Dnni, l’arc s’effondrait, définitivement, privé de ses fondations solides. Bon, il s’était peut-être laissé amadouer par la rebelle. Il essaya de reculer encore ; mais ses jambes restèrent entravées dans l’eau. Bon, s’être laissé avoir était plus près de la réalité. Il n’était naturellement pas au courant des pouvoirs de la belle - c’était plus facile d’attribuer ces nouvelles manifestations au gamin, s’il avait été un hydrokinétique à la base et qu’il s’était spécialisé, si l’on peut dire.

Dnni se contenta d’observer d’un air hagard la joute, une part de lui contente d’en être enfin exclu - à priori. Son regard allait de la scène, où Breton s’obstina à se défaire de l’étreinte aqueuse, l’épaule se soulevant vainement en désynchronisation, à ses pieds ; les frissons lui entravaient encore le haut du corps alors que celui-ci essayait de reposer ses limites. Il maugréa pour lui-même un chapelet d’injures typiques - que personne ne comprendrait pour le blâmer d’un tel langage.

Breton se prit une brève seconde de réflexion. Il trouva que, si le gamin était effectivement la cause de son entrave, il lui suffisait de faire tomber sa structure, une fois encore. Il avait toujours l’avantage de l’élément. Et il fit, donc : son dernier bras valide se dressa dans l’air et dessina un cercle grossier, son dos se courbant vers la droite alors que ses pieds restaient en équilibre, toujours plantés sur le pavé. Un rideau de flammes dévora l’arc, s’enroulant autour comme un dragon chinois en diffusant sa paisible chaleur. La coquille de glace craqua dans une explosion d’eau et de fumée ; et Dnni se fit innocemment doucher, un couinement surpris lui échappant.

« Griim ! »

Cette fois, il ne cacha pas sa frustration. Heureusement que Daeir n’était pas là pour l’entendre.

Dans tous les cas, le pavé était à présent noyé, recouvert d’une fine pellicule d’eau fraîche, parfois ramassée en flaques dans les imperfections du dallage. Ca semblait suffisant à Breton, pour le décourager ; si le gamin errant essayait de reformer ses structures à partir de ça, il venait de montrer à nouveau qu’il pouvait les faire tomber, encore et encore, d’un seul mouvement de la main. Le soldat dégaina son arme de poing, plus en menace sûre qu’en véritable attaque. S’il pouvait éviter de ramener plus de rebelles récalcitrants au Gouvernement ...

« Je me répète, mais vous serez gré de nous rendre la cargaison que vous avez dérobé. »

En réponse à un sinon non-dit, le baril de l’arme s’arrêta dans son axe dans un clic décidé - pseudo-preuve qu’il ne craignait pas d’utiliser de son pouvoir de métal.
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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Mer 4 Juil - 15:25


Là, elle l’avait peut-être un peu trop cherché. Non contente de rarement écouter ce qu’on lui disait de faire, Machi aimait à répondre. Ce n’était pas fait exprès. Généralement ça s’échappait de ses lèvres avant même qu’elle ne formule la phrase entière dans sa tête. Elle s’attendait à un énième « de quoi je me mêle » pour avoir osé demander encore une fois pourquoi enlever cet enfant. Sa dernière réplique était tout sauf un engagement à la discussion. Elle avait plutôt pour but de le rabaisser. Ben oui… Un bonhomme de sa carrure face à un enfant un peu plus agile et mesquin, voulant tout sauf se faire attraper, ça pouvait donner des choses tordues. Et vu le mal qu’elle avait eu à approcher Dnni avec de bonnes intentions, elle n’imaginait pas la scène de leur rencontre. Qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle l’entendit commencer à déblatérer sur cette anecdote ! Si elle s’attendait à ça… Un soldat ‘boite de conserve’ bavard ! C’était pas mal dans le genre. Mais pas suffisant pour qu’elle n’en profite pas. Dans le genre fourbe, Machi n’hésitait pas face à ce genre d’hommes. Combattre des femmes la gênait un peu plus, c’était trop différent.Mais les hommes se croyaient souvent supérieurs et trop sûrs de leurs capacités, c’était bien connu. Et c’était bien plus attrayant de briser leur routine et de leur prouver la fausseté de leur croyance. Enfin, pour Machi, ça marchait comme ça.

Sa lame rencontrant pour la première fois l’adversaire, le cliquetis métallique couinant, elle esquissa un rapide sourire en voyant sa prothèse s’extirper de son corps d’origine. Même la prothèse de Tarek n’avait pas sauté aussi facilement ! Il allait peut-être falloir que ce soldat revoit ses fournisseurs… Enchaînant quelques autres coups de taille, Machi fut ravie de voir qu’il venait de tomber dans le « piège ». Les pieds immobilisés pour quelques secondes, c’était le moment idéal pour le blesser sérieusement une fois et tâcher de déguerpir en vitesse. Jetant un rapide coup d’œil sur l’enfant, elle le retrouva collé à sa structure de glace, immobile. Ce n’était pas plus mal, elle n’avait pas à lui courir après. Il n’avait pas non plus fui en la laissant seul face au mastodonte qu’était le soldat. Revenant à son mouton scotché, elle s’apprêtait à esquisser un nouveau coup de sa lame lorsqu’elle s’interrompit : de son bras valide, le soldat venait de dessiner un cercle grossier. N’ayant nulle idée de ce à quoi ça correspondait, Machi préféra jouer la carte de la prudence en reculant légèrement, prenant une distance de sécurité suffisante. La réponse ne se fit pas attendre. Des flammes léchèrent le mur de glace, ensemble ardant qui ressemblait vaguement à un dragon. Le mur de glace qui tenait encore debout jusque là ne fut plus : il s’effrondra sous forme liquide, mêlé de vapeur. Dnni laissa échapper un petit bruit, que Machi ne put comprendre. Elle ne comprenait même pas le geste du soldat d’ailleurs… Sûrement sans le savoir, il lui fournissait son élément. Etant donné qu’elle n’avait plus à réchauffer la glace pour la faire fondre, c’était des économies pour elle. Et en plus de ça, il leur ouvrait une autre voie pour fuir. Il n’était pas très fût fût…

D’un côté, ce n’était pas son problème. Elle avait bien mieux à faire que de se questionner sur le pourquoi du comment de l’action du soldat. Même que là, elle venait d’entendre un cliquetis accompagné de paroles bien moins sympathiques que précédemment. Il s’était déjà lassé de jouer ? Dommage. Malgré l’air presque détaché qui pouvait s’afficher sur son visage, Machi n’en menait pas bien large. Elle n’avait jamais trop bien supporté d’être sous le joug d’une arme à feu. Que ce soit celui d’une lame passe encore. Disons qu’elle en avait plus l’habitude. En fin de compte, elle devait lui rendre « sa marchandise » sans quoi il tirait ? Ce n’était même pas un dilemme ce qu’il lui proposait. Il aurait pu mieux faire. Vu la quantité d’eau présente au sol, elle n’aurait aucun problème à réitérer une quatrième bulle. Qui serait sans doute la dernière. Plus elle les assemblait rapidement et plus large était le diamètre, plus la consommation d’énergie demandée augmentait. Et ce n’était malheureusement pas une technique radine en consommation. Il devrait lui rester assez d’énergie pour se défendre dans le pire des cas.

Allez la chercher vous-même votre « cargaison ».

Les pieds du soldat libérés depuis quelques dizaines de secondes déjà, il n’aurait aucun mal à se déplacer pour aller chercher le gamin. Après… ce n’était pas dit que Dnni veuille retourner dans ce cargo froid et lisse. C’était son choix. Et personnellement, Machi préférait lui offrir la liberté d’une vie inconnue au soleil quitte à l’accueillir chez elle, plutôt que la froideur de la navette et la rigidité des soldats. Attendant patiemment qu’il daigne se déplacer pour récupérer sa marchandise, Machi jeta un discret coup d’œil à Dnni. Elle pouvait toujours s’enfuir avec lui mais si c’était pour qu’il lui refasse le même coup que précédemment, que des soldats rappliquent encore une fois… Elle pouvait toujours lui expliquer rapidement mais elle n’était pas sûre qu’il comprenne grand-chose, et encore moins avec le regard. Il fallait agir.

N’attendant plus la moindre réaction de la part du soldat, elle créa une énième sphère aqueuse autour de lui, plus rapidement que les précédentes en utilisant la totalité de l’eau présente, histoire de l’occuper suffisamment longtemps. Il n’avait pas franchement de chance… Machi doutait fortement que son arme apprécie d’être mouillée de la sorte. Et pour son pouvoir… C’était une toute autre histoire que de créer du feu en étant trempé. Hormis s’il cachait une botte secrète. Si tel était le cas, la jeune femme avait du souci à se faire… Au pire du pire, elle ferait un petit séjour chez le Gouvernement. Mais c'était vraiment bof. Ce n’était pas franchement plaisant comme alternative. Courant vers le jeune homme pâle, elle ne perdit pas de temps, gardant tout de même un œil de biais sur le soldat. Elle s’assura de ne pas toucher Dnni pour ne pas l’effrayer une nouvelle fois. Il n’y avait que deux solutions : soit il venait avec elle, soit il repartait seul. Dans les deux cas, il devrait s’assurer que les soldats soient hors d’état de nuire. Joignant les gestes à la parole, elle se lança, sans doute de manière un peu trop précipitée pour que le jeune garçon puisse tout saisir, mais se forçant à garder une attitude posée. Tout dépendait de son choix.

Tu as deux solutions : soit tu pars seul et je le retiens, soit tu viens avec moi. Je ne crois pas que tu comprennes tout mais il va falloir fuir et vite.



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MessageSujet: Re: [Terminé] Les murs des villes sont les débris des maisons des champs (PV Machi Kuragi)   Sam 28 Juil - 10:20

Breton, à en croire sa légère hésitation dans la tension de son bras, préférait éviter d’user de son arme de poing. D’abord, c’était un travail sale qu’il laissait à la charge de ses filles - dont les canons réduisaient son revolver de service au niveau d’une bombe à serpentins. Ensuite, parce qu’il n’avait pas espéré croiser de rebelles, et il avait déjà d’un prisonnier sur les bras, si ce rebelle-là au moins avait daigné rester à sa place, le nez sur le pavé. Enfin, parce que sa nature masculine, enterrée sous vingt kilos de prothèses d’acier, s’en voudrait de devoir effacer la figure de pêche d’une si jolie demoiselle, aussi corrompue soit-elle, de la surface de la planète. Il la garda en joue avec une patience déjà consommée, avec l’espoir fantôme qu’elle s’en retournait à peu-importe-quelle maison à l’italienne de Sérégon où elle résidait, et oublierait tout l’incident. Il faut bien rêver.

Dnni, plus au bout de la ruelle, observait, et écoutait sans comprendre. Au moins ne pouvait-il pas se sentir offensé d’être comparé à une vulgaire marchandise sans vie. La voix connue et légère, dispersée de Machi, disputait des bulles d’air au timbre gras et sans sursauts d’émotion de cet homme à la peau brûlée, qui dominait ; même si les mots allaient à l’encontre de sa, somme toute primaire, analyse - les gens qui parlent forts sont les mieux placés. La demoiselle lui jeta un bref regard qu’il évita, la dépassa, pour se concentrer sur le front nu du soldat, que la perspective nouvelle lui offrait. Et recula sur ses fesses quand ce front désincarné se rapprocha d’eux.

La proposition de la rebelle semblait honnête. Après tout, plus que cet imperceptible avantage de la parole, Breton tenait la gueule du canon. Il avança donc en leur direction, gardant le bras tendu, l’arme restant braquée sur Machi dans sa menace silencieuse. Il ne vit pas la base de la bulle se former, et avant qu’il n’ait pu à nouveau tirer, sous le coup de la surprise, la balle du revolver rebondit sur la paroi aqueuse. La rebelle se détourna de lui. Son atout ne faisait pas la moindre percée, et il était peu probable que sa pyrokinésie fonctionne, au vu de d’un tel niveau d’humidité. Son cri de stupeur - et de rage - se laissa étouffer dans le peu d’oxygène de sa nouvelle prison. D’accord, d’accord ! Il s’était bien fait avoir.

A l’approche de la demoiselle, Dnni se repoussa encore un peu d’elle. Pensera-t-il plus tard qu’elle avait été, tout ce temps, pure, dénuée d’objectifs égoïstes - à l’inverse de cet homme, le corps comprimé dans la bulle suspendue - ; et qu’il avait été trop idiot de ne pas fermer les yeux un instant sur de nombreux détails qui, pour lui, sortaient de l’ordinaire et qui, pour elle, semblaient si naturels. Mais pour l’instant, la réminiscence de sa brutale approche, l’étau puissant de ses bras sur lui, persistait, trop puissante pour qu’il lui accorde sa confiance. Elle s’était lancée dans de grands gestes d’explications - avec des mots, bien sûr, mais il renonça à se focaliser sur eux ; lui qui mettait un point d’honneur aux intonations, force était de constater qu’il ne pouvait pas interpréter les siennes aussi bien qu’il aurait pu le croire. Il suivait du regard ses doigts, ne comprenant que ce qu’il voulait bien comprendre. Qu’il pouvait partir ?

Le Glaki se releva doucement, une main appuyée sur le genou, et faillit perdre à nouveau son équilibre ; mais à force de volonté, ses jambes tremblantes restèrent ancrées sur le pavé. Il jeta un coup d’œil indiscret derrière l’épaule de Machi, où le haut-soldat Breton, mis en échec par ce qui lui semblait être une simple rebelle du quartier voisin, jouait mollement du poing sur la paroi rebondie de la bulle. Le manque d’oxygène ponctuel à l’intérieur de sa prison aqueuse avait entamé ses forces. Dnni n’y réfléchit pas deux fois ; il fit un premier pas en arrière, lança un dernier regard à la demoiselle à sa hauteur - gardant en mémoire son teint de pêche, sa chevelure couleur-de-fraise, miss « salade de fruits » s’il avait pu utiliser l’expression - et s’enfuit sans se retourner, ses talons nus sur le dallage trempé de cette rue de Sérégon. Il la remerciera plus tard.

Juste au moment où les coups démotivés de Breton sur la bulle eurent raison du sort. Le soldat retomba sur les fesses dans un ouf, suivi de grandes bouffées d’air, air qui manquait à ses poumons hybrides. Sûrement que la rebelle aurait pu profiter de cet instant pour le mettre définitivement hors-course - bien qu’il n’avait plus rien de sa mission, sinon l’autre mago resté au transporter, en guise de consolation - ; aussi resta-t-il les doigts fermés sur la gâchette de son arme de poing, trempée et inefficace mais avec le pouvoir - espérait-il - de faire craindre le grand méchant Gouvernement.

« Pour ... quoi ... » Il inspira à nouveau, expira, provoquant un sifflement du fond de ses entrailles - son poumon mécanique, sans doute, recommençait à peine à fonctionner. Comment formuler la question ... Pour Breton, il était aberrant de venir en aide à un inconnu, et de ce fait s’opposer à l’ordre quasi-divin de l’institution, sans en tirer la moindre satisfaction personnelle. Mais restons simples.

Eloigné des affaires dont il était il y a un instant le centre d’intérêt, Dnni descendait la longue-rue ; il courait, vite, trébuchait, tombait, croisait quelques regards incrédules derrière les vitres des cafés sérégoneais, ne prenait pas le temps d’écarter les pellicules de poussière et de plâtre de ses genoux, et repartait. Imaginant sans doute qu’au bout d’une avenue, la ville ne s’avèrerait être qu’un décor en décor, et qu’il retrouverait les plaines décolorées si familières de la banquise Taavi.

« Pourquoi ... Vous opposer ... au Gouvernement ? » Peut-être que la rebelle ne répondrait pas - et c’était égal, finalement ; cela ne changerait pas les codes militaires depuis trop longtemps implantés dans le cerveau de Breton.
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