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 Une journée (apparemment) ordinaire

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Meena May

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MessageSujet: Une journée (apparemment) ordinaire   Dim 22 Avr - 17:42

Les rues de Modula étaient bondées, comme toujours. Parmi tous ces gens, les pressés, les tranquilles, ceux qui s'intéressent à ce qui les entourent, ceux qui se baladent tout simplement, ceux qui n'utilisent les dédales des rues que pour parvenir à leur destination.

Meena faisait parti de ces derniers. Ayant vécu dans cette ville toute sa vie, elle la connaissait par coeur et marchait sans prêter attention à ce qu'il se passait, le pas silencieux et énergique, l'esprit fixé sur ce qu'elle devrait faire une fois arrivée.

Quelques jours étaient passés depuis sa rencontre avec Fear, l'une de ses collègues du Corpo Celestial, qui l'avait convaincue que son temps à Modula était terminé. La rencontre avait terminé d'une manière bien plus positive que l'on aurait pu le croire, mais avec la certitude qu'il lui fallait devenir nomade. Elle avait tenter d'implanter l'idée dans le crâne de ces parents assez tôt, mais il était clair qu'ils ne semblaient pas très enclins à la laisser partir...

Meena poussa enfin la porte d'entrée du magasin familial des May. Malgré qu'elle approche doucement mais sûrement de la trentaine (inutile de se voiler la face, elle était plus proche des 30 que des 20 maintenant), ses parents semblaient agir comme si elle avait encore 16 ans. Et l'idée que leur unique fille s'éloigne d'eux de plus de ces trois rues séparant le magasin et domaine familial de l'appartement de la rousse ne leur plaisait pas du tout. Cela faisait parti des mauvais côtés d'avoir le sens de la famille...

Le tintement du carillon l'accueillit, signifiant également l'arrivée d'un nouveau client pour la cinquantenaire qui tenait la caisse, et releva donc aussitôt la tête, un sourire se dessinant sur son visage, certes ridé mais toujours agréable.

« Meena ma chérie, tu as encore mis cette horrible robe ?! »

La rousse laissa échapper un soupir, en baissant par réflexe ses yeux clairs sur sa robe grise. Elle pouvait dire ce qu'elle voulait, elle, elle l'aimait bien cette robe. Et puis, franchement, elle avait passé l'âge...

« Bonjour Maman, je vais bien, merci et toi ? Papa est dans le coin ? »

Erika May leva la main d'un geste désinvolte, comme pour signifier que la politesse n'était pas de rigueur, replançant au passage une mèche blonde derrière son oreille, avant de plonger son vert vert dans celui -un peu plus clair- de sa fille. « Il est parti chercher un chargement de Mentare Cube, il ne devrait pas être très long mais tu le connais, toujours à s'arrêter de ci de là pour bavarder... Pourquoi, tu ne veux plus parler à ta propre mère ?! »

Meena leva les yeux au ciel, sans pour autant s'empêcher de sourire. Elle aimait bien sa mère, même si elle était un peu abusive et excentrique sur les bords. Elle était plus calme, moins demandeuse, avant... mais pas mal de choses avaient changé depuis la mort de Maël, à commencer par elle-même.

« Arrête de dire des bêtises pareilles... Je pensais juste qu'il pourrait m'aider à transporter quelques cartons, j'ai fait du tri et il y a des choses que j'aimerai laisser ici... »

Elle avait décidé de garder son appartement à Modula, et de s'en servir comme refuge lorsqu'elle en aurait besoin. Mais en attendant, elle tenait à faire croire au reste du monde qu'elle s'en allait pour de bon, et cela incluait ses parents. Quitte à pousser la mascarade...

Erika secoua la tête. « Meena Myra May, tu ne penses tout de même pas à déménager pour de bon. Non non non, c'est hors de question, Modula est une ville très commode, et tu as déjà tout ce qu'il te faut. A part un mari peut-être. Moi, à ton âge, je...

-Maman, »
l'interrompit aussitôt la jeune femme. Elle s'attendait à un plaidoyer de la sorte, et elle en entendait la dernière partie depuis bientôt cinq ans maintenant. « Justement, j'ai vingt-huit ans, pas treize, et je m'en vais que vous le vouliez ou non. Si je vous ai prévenu, c'était par délicatesse, rien de plus. »

Le ton s'était durci, même Erika pouvait le sentir. Le côté déterminé -voir obstiné- de sa chère et tendre fille aînée refaisait surface, et si elle insistait un peu plus elle finirait par prendre la porte et effectivement partir sans prévenir. Mais il ne fallait pas oublier qu'elle avait dû hériter de ce trait de caractère quelque part...

Cependant, le carillon de l'entrée interrompit la bataille en cours. Les deux May tournèrent rapidement la tête vers la porte, affichant un sourire accueillant de circonstance, et Erika saisit la perche au vol.

« Voudrais-tu t'occuper de la caisse, je vais faire quelques retouches dans les rayons. »

Et sans attendre de réponse (ce n'était pas comme si elle attendait quoi que ce soit autre qu'un acquiescement de toute façon), elle se dirigea vers le fond du magasin, lâchant un « N'hésitez pas si vous avez la moindre question ! » avec un grand sourire à la personne qui venait d'entrer et s'attela aussitôt à la tâche qu'elle s'était donnée, soit vérifier que les produits étaient bien droit et correctement alignés sur l'étagère, tandis que Meena se plaçait derrière la caisse en soupirant, légèrement amusée néanmoins par le côté changeant et maniaco-maniaque de cette personne qu'était sa maternelle.

[HJ : Si tu veux prendre le contrôle du PNJ, c'est avec plaisir ! xD]
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MessageSujet: Re: Une journée (apparemment) ordinaire   Mar 24 Avr - 22:20

Modula. Fin de matinée, une certaine aisance dans les basques.

Il était sorti de l'appartement d'Incandescence. Il fraya son chemin dans le sens inverse de sa venue, il se faufila à travers le quartier Est, sans chercher à se faire remarquer une nouvelle fois. Il traîna derrière lui de longues pensées lancinantes, des questions sans réponses, de nombreux doutes. ça l'accompagnait comme son ombre, le long de ses pas, jusqu'au milieu de la grande ville. Tout au long du chemin, il remarqua plusieurs choses. Le regard des autres, il le remarquait toujours, ils le voyaient comme quelqu'un sorti d'un autre temps, il n'avait rien de technologique sur lui, ses vêtements puaient le vintage. Et pourtant, maintenant qu'il est bien habillé, mis en valeur, on ne le méprisait plus. A la limite, on lui trouvait un air excentrique, avec sa grande taille et sa dégaine lente et inoffensive. Il se sentit accepté, d'une certaine manière. On ne l'évitait plus trop, on l'ignorait presque, ce qui n'était pas désagréable. Il avait fait un petit pas vers la sociabilisation, et ça lui avait rendu d'une belle manière. Il se sentit prêt à avancer de nouveau vers un modèle de personne plus civile. Il se fixa le défi de parler à quelqu'un, de lui-même, sans peur ni appréhension. La tâche semblait difficile.

Il se plaça à une artère importante de la ville. Il y avait beaucoup de personnes, donc beaucoup de tentatives. Il ne se sentait pas le courage de le faire, c'était trop difficile. Étrangement, sa tête bougeait vers les personnes, mais ses pieds refusaient de faire le moindre effort, les bougres. Lorsqu'il ouvrait les lèvres, aucun son n'en sortait, si ce n'est une gorge sèche et vide de paroles. Il resta à tourner en rond un moment, au milieu de tout le monde. Il se sentit abattu, par sa propre faiblesse. Paradoxalement, il sent senti comme l'individu le plus seul au monde, comme lorsqu'il se trouvait dans son bloc de réclusion. Si tout autour de lui était à portée de main des centaines de vies, il sentit comme une barrière invisible se trouver devant lui. Elle était puissante, discriminatoire et injuste. Non adepte d'un masochisme mental utilisé à des fins évolutives, il abandonna l'idée rapidement. Peut-être n'était-il pas prêt, naturellement. Et quelque chose retint d'avantage son attention. Son ventre, lui envoya un message, le corps criait famine. A partir de ce moment, impossible de penser à autre chose. Manger, se faire exploser le ventre, digérer et dormir. Il avait vu des personnes rentrer dans de curieux endroits pour se ravitailler. Ils étaient accompagnés de sacs où en sortaient la nourriture. C'était là-bas qu'il fallait aller, dans ce précieux garde-manger que fréquentait la populace. Il chercha longuement, à travers divers boyaux. Lorsque son corps cria le caractère insupportable de l'attente, il franchit la première porte devant lui, sans savoir si il était bien au bon endroit.

Un léger bruit accompagnait son entrée, il regarda en l'air, il ne comprit pas. Les portes se refermèrent d'elles-mêmes derrière lui, avec de nouveau ce même bruit. Il fut agacé que l'entrée se moque de lui de cette manière, sans s'expliquer, mais ça n'en valait pas la peine. Il regarda ce qu'il y avait devant lui, toutes sortes d'attirail d'objet, de bibelots. En faisant quelques pas devant lui, il se demanda s'il ne s'était pas vulgairement trompé. Il était curieux néanmoins, de l'utilité de chaque chose. A côté de chaque produit se trouvait un nom, probablement celui du sus-nommé spécimen et une série de chiffre étrange. Peut-être était-ce une référence, comme celle qui accompagnait le nom du grand Habe. Si ça n'avait aucun intérêt spécifique, la profusion de toute cette richesse, ça l'attirait, comme la brillance qui attirait certains animaux. Il n'était pas seul, d'autres circulaient et prononçaient des paroles inconnues.

- Oui ! Celui-là, tu le couples avec un accélérateur de particules bivalent, tu peux redéfinir la polymérisation asymétrique des atomes en fissions partielles.

- Oh ça, c'est de la daube, pure et nette. C'est juste faciliter l'utilisation pour ceux qu'ont pas la connaissance de comprendre comment ça marche.
- Laisses tomber, trop cher, j'ai pas l'argent pour cette fantaisie. On va au moins prendre de la bouffe.

Bouffe, manger, bectance, nourriture, ripaille, casse-croûte. Dès lors, il se rappela la raison de sa venue, se sustenter. Il parcourra les rayons avec empressement, bouscula quelques personnes, s'excusa au passage. Son nez, il recevait des messages olfactifs importants. La tambouille n'était plus loin. Il se trouva face à une horde de mets, organisés dans des cagettes, réparties dans une immense carré. Il y avait de toutes les couleurs, de toutes les formes, et tout était frais. Sans se soucier du regard des autres, il attrapa des fruits et en déchira la chair. C'était acide, juteux mais riche en chair. Il commençait à calmer l'ardeur de ses entrailles, quand on l'interrompit. Une femme d'un certain âge, avec un ton doux, mais ferme.

- Hep, bonjour mon bon monsieur, j'espère que vous paierez pour toute la nourriture que vous engloutissez.


Sans vraiment savoir de quoi elle parlait, il répondit d'un timbre hésitant, avec un certain automatisme.

- Euh.. D'acc, d'accord.

Naturellement, il n'avait rien pour payer, si ce n'est ses beaux yeux et son sourire, mais ça n'avait aucune valeur marchande. Il l'ignorait, s'en fichait et l'oublia. Il continua de manger avec un appétit gargantuesque. Il avala comme à son habitude l'équivalent de ce qu'il fallait pour quatre personne, en l'espace d'une dizaine de minute. Après s'être repu comme un goinfre, il réfléchit un moment, pas trop. Il avait parlé à des personnes, sans trop de difficultés. Si l'on y pensait, ce n'était rien. Il était content, nourri et fier de lui. C'était un petit accomplissement, mais bien gratifiant. Il avait une surprise pour lui-même, une idée. Relativement souvent, il avait faim et possédait quelques problèmes pour se procurer de la nourriture. Tout autour de lui, il y avait de larges sacs, et un amas de fruits et légumes. Il suffisait de prendre les sacs, les remplir et partir, aussi simplement. Il se considéra comme un génie, tout le monde n'y aurait peut-être pas penser ! Il mit alors son plan à exécution, en remplissant une demi-douzaine de sacs. Il y avait de quoi nourrir une famille entière pendant une semaine, mais pour lui, c'était ce qu'il fallait. A nouveau, la dame des rayons s'intéressa à lui, lorsqu'elle le vit avec autant de victuailles. Elle semblait plus conciliaire, moins stricte.

- Vous irez voir ma fille avec ça, et vous lui direz que vous avez mangé au moins la moitié de ce que vous portez actuellement. Elle est à la caisse, près de l'entrée.

- Enten-du.

Il se rappela de l'entrée comme de la porte moqueuse, il n'était pas compliqué de retrouver son chemin vers elle à ce moment là. Il avait du mal à avancer, avec tout son chargement. ça devait bien peser une trentaine de kilos, au bout des deux bras. Sur le chemin du retour, tous s'écartèrent de son chemin, avec un regard interloqué. Un géant, avec des courses gigantesques. Il débarqua face à la caisse, il ne savait pas quoi faire, il était penaud et gêné. Alors il tendit tous ses sacs, avec un air d'une personne ignorante.

- Bon-jour. La dame m'a.. m'a.. m'a dit ! De vous donnez, ceci. Et que, j'ai man'man'mangé la moi-moi-moi-moitié de ce que je tiens.

Il se sentit frustré, débile. Malgré que ses habits étaient distingués, sa dialectique ne l'était pas, du tout. Il se sentit rabaissé, d'avoir ses tics de langage. Il avait du mal à parler, et là, il transmettait un message dont il ignorait la signification. Il avait un don pour s'attirer des problèmes.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Une journée (apparemment) ordinaire   Ven 4 Mai - 21:33

Ouvrir les yeux au son strident du réveil. Appuyer de façon précise et encore lente sur le bouton-poussoir et soupirer longuement en se pinçant l'arrête du nez. Se rendre compte qu'on a pas le temps de trainer une minute ou deux au lit. Finalement se redresser et suivre la routine, comme un automate. Comme tous les jours. Comme une ballerine sur un orchestre muet, le pied léger et presque fantomatique, aller à la cuisine et mettre la cafetière en route. Ne pas oublier de mettre le bon dosage -un peu plus fort que la veille pour éviter le jus de chaussette-, puis se diriger vers la salle de bains. Enjamber les seaux de peinture à l'odeur écœurante de bon matin, éviter le bac et la truelle, pousser la porte et se déshabiller machinalement. Frissonner de froid, le pied sur le carrelage glacé, et tirer le rideau. Enfin -oui, enfin-, tourner le robinet et fermer les yeux.

Fermer les yeux. Mais pourquoi ? Et surtout sur quoi ? Sur cette réalité oppressante qu'elle allait devoir affronter, cette masse informe et grise dans laquelle elle allait devoir se fondre pour la journée. Les maux de tête de la veille n'avaient pas disparu, bien qu'ils se soient atténués et il allait bien falloir faire avec. Tant pis. Ce serait un jour de plus dans le brouillard. Un jour de plus où elle bénirait son travail et le fait de rester derrière son comptoir, loin d'un contact humain incessant et désagréable. Kylia laissait l'eau couler sur son front et ses cheveux, espérant peut-être secrètement que sa tête s'allège avec la symphonie du bac à douche à moitié bouché qui se vidait dans un gargouillement presque mélodieux. Encore une chose à rajouter sur la longue liste de la parfaite petite fée du logis. Encore une chose à remettre à la prochaine fois qu'elle y penserait.

Une main sur le visage. Une grande inspiration et il était temps de sortir de la douche. Elle attrapa la serviette, l'enroula autour d'elle, risqua un pas sur le carrelage froid. Puis deux. Puis trois. Puis atteignit le couloir et son plancher réconfortant. Sans surprise, elle reçut un petit coup de tête contre son mollet suivi d'un petit aboiement presque repréhensif. L'heure du repas était déjà un peu passée... Elle avait oublié que Kamiko avait donné l'habitude à son chien de manger aux aurores. De toute façon, il était l'heure du petit-déjeuner. Le temps de passer quelque chose. Le temps de faire disparaître ses bras et ses mains dans la première étoffe qu'elles trouveraient, puis de les laisser ressortir terminer la corvée de toutes les femmes du monde civilisé. Entrechats rapides dans le couloir, précédés par le charmant cliquetis des courtes pattes de son basset contre le bois récemment vernis -attention à ne pas tomber !- et suivis d'un regard à moitié suppliant du ventre affamé qui ne peut recevoir seul sa pitance ni ses matinales gratouilles dorsales.


"Mais oui, Gabriel, tu vas avoir ta gamelle, ne sois pas si pressé."

Dans un étirement léthargique, elle ouvrit la porte du réfrigérateur -véritable coffre fort de banque internationale pour son compagnon à quatre pattes- pour se rendre compte une fois le battant refermé que son planning la libérait pour la journée. Quelle idiote ! Et dire qu'elle avait programmé son réveil machinalement sans vérifier ! L'amère sensation de faire corps avec cette technologie ambiante et programmée, bien loin de la nature humaine et flexible qui devrait être, monta alors à son cœur comme un constat un peu cruel. Serai-je devenue une poupée vide de toute réflexion d'ici quelques années ? Allons, c'est absurde... Ne te blâme pas pour un oubli aussi futile et pense plutôt au temps que tu vas pouvoir utiliser pour faire autre chose. Les murs de la salle à manger ont besoin d'un bon coup de neuf, non ?

Elle posa la boite de nourriture pour chien sur le plan de travail et sortit un plateau. A quoi bon se priver d'un peu d'air frais de bon matin ? Disposant leurs deux repas sur la planchette de bois, elle enjoignit d'un signe de tête son vieil ami à la suivre. A cette heure, la ville serait encore la grande carcasse endormie d'une vieille dame fatiguée et harassée de tant d'activité, torturée par ses propres entrailles. Oui, à cette heure, la ville serait presque belle. Comme toutes les villes aux aurores. Ses deux pieds nus sur la rambarde de la terrasse, elle contemplait le ciel à peine coloré et soupira. Que les rues pouvaient être calmes... Enfin goutter au repos de l'esprit. Un instant l'idée farfelue et pas si stupide de vivre la nuit, quand une bonne partie de la population ne ressent plus grand chose, lui effleura l'esprit. Mais cela ne changerait rien. Il n'existe qu'une tranche horaire infime pendant laquelle les activités cessent complètement ou presque. Pendant laquelle l'être humain semble être programmé pour ne rien faire qui puisse lui nuire. Peut-être que la nature humaine, malgré sa grande bonté antinomique et sa miséricorde presque pince-sans-rire, lui avait octroyé un moment de répit dans ces journées infernales et grouillantes de monde ?

Le bruit d'une baie vitrée que l'on fait glisser sur son rail lui fit baisser les yeux sur l'appartement de l'immeuble d'en face. Il existe des heures de calme tel que les sons les plus anodins parviennent comme ils le devraient sans tout le boucan quotidien. Le silence en devenait un luxe qu'elle se serait payé plus souvent si elle l'avait pu.


"Tiens, regarde, Gabriel. Le voisin que tu n'aimes pas a l'air aussi ravi que toi de profiter du silence." Une plainte presque contrariée monta dans les airs, mais cela n'avait bien sûr rien à voir avec le voisin -au demeurant charmant et presque sain d'esprit. Avec un soupire, elle gratta le dos du vieux basset et ne put s'empêcher de sourire. Sans cette bête, elle se retrouverait bien seule. "Allez, finis ta soupe et on se met au travail."

Elle avait oublié l'heure. A vrai dire, elle s'en moquait. Puisqu'elle n'avait pas prévu avoir un jour de repos, elle n'avait rien prévu. Autant dire qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait. Cependant, la corvée de lessive, de nettoyage et celle des courses finirent par s'imposer. Gabriel l'attendrait couché devant la porte, trop feignant pour faire un si grand tour sur ses petites pattes, et comme à chaque fois il manquerait de la faire tomber dans le couloir à son retour. Peut-être-même que cette fois, elle ne raterait pas un magnifique vol plané en se prenant les pieds dans la bâche en plastique installée au sol le temps que la peinture ne sèche.

Le nez enfoncé dans son foulard sombre, elle parcourut les rues d'un pas rapide, évitant tout contact, quel qu'il soit, avec les autres personnes. Un jour, elle ferait ermite, c'était une certitude. Elle prit la direction du magasin le plus proche, espérant ne pas croiser trop de monde en ce début d'après-midi. Elle priait presque pour que tous soient encore attablés ou déjà en phase de somnolence gracieuse au rythme mélodieux de leur digestion. L'empathique ne put cependant éviter quelques individus sortant en trombe, comme si en achetant l'indispensable paquet de rouleaux de papier toilette et l'irrésistible paquet de cookies à la noix de coco -le dernier qui restait sur l'étagère en haut à gauche au fond du magasin- ils avaient commis un délit notoire, mais elle fut plutôt soulagée d'entendre les pas feutrés de moins de dix paires de chaussures sur le sol impeccablement ciré.

Se permettant le jeu presque subtile de passer dans les rayons quand plus personne ne s'y trouvait, elle finit par ressentir une présence étrange près d'elle. Un homme d'environ son âge se tenait aux rayons des fruits et légumes et mangeait à une vitesse et une gloutonnerie quasi animales. Cela n'avait rien de péjoratif, bien au contraire. Il semblait combler -non sans contentement- une faim pure et dure sans se poser de question, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. En cela et en ce sentiment de joie qu'elle sentait émaner de ce curieux individu, elle avait l'impression de voir un enfant ou bien encore un chien qui trouveraient tous deux aberrant de devoir échanger de la ferraille contre la chose la plus essentielle au monde après l'eau. Dans le fond et si on y réfléchissait bien, ça n'était pas bête pour ne pas dire légitime de penser de la sorte, et pourtant pour vivre en société, on ne pouvait pas faire autrement.

Absorbée par cette aura étrange et reposante -on n'avait pas idée d'être si compliqué et torturé le reste du temps!-, elle fut tirée de ses pensées par la voix de la tenancière qui demandait à ce grand garçon à l'allure étrange d'aller à la caisse. Il avait l'air tellement perdu qu'un instant, Kylia se demanda s'il avait réellement compris ce qu'on lui disait. Et elle sentait que c'était bel et bien le cas. Ne sachant pas s'il était de bon goût d'intervenir, elle préféra terminer ce qu'elle avait à faire et aviser s'il était toujours là quand elle passerait en caisse. Mais tout de même, quelque chose lui donnait l'impression qu'il y avait plus que ce qu'elle avait ressenti jusque là. Se pressant pour être sûre de pouvoir mettre le doigt sur cette sensation dérangeante, elle traversa le magasin le plus discrètement possible. La curiosité est décidément un bien vilain défaut.

L'inconnu fut rapidement en vue. Grand, l'allure dégingandée et le port et le repli sur lui-même d'un enfant pris en faute. Elle en ressentait presque de la culpabilité de le prendre comme une curiosité à étudier, et pourtant une sensation étrange, ténue et pourtant bien là semblait crier sa présence. C'était comme une petite voix qui frappait à une porte lointaine, ensevelie sous une simplicité presque plus saine, au final, et étrangement hors de la nature humaine. Elle sentait sa détresse au point d'en être paniquée elle-même, et pourtant il faudrait sans doute intervenir à un moment ou à un autre. Du moins, elle espérait que ce pauvre garçon tombe sur quelqu'un de suffisamment clément pour qu'elle n'ait pas à le faire. Et dire qu'elle s'était approchée d'aussi près... Maintenant qu'elle avait la chair de poule à force d'angoisser, elle regrettait presque.
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Meena May

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MessageSujet: Re: Une journée (apparemment) ordinaire   Lun 7 Mai - 12:46

Derrière la caisse du magasin, Meena était de retour dans un élément familier. Pas qu'elle se sente mal à l'aise ailleurs, mais quand on avait passé la majorité de sa vie à un endroit, c'était difficile de ne pas éprouver un minimum de réconfort.

Bref, la rousse en était là, debout derrière son plan de travail qu'était la caisse, posant son regard clair un peu partout. Elle appréciait être là, simplement à observer le comportement des gens. Elle avait l'impression de ne plus faire partie de ces fous qui devaient bien avancer le cours de leur journée, mais de les regarder, de les analyser, de voir comment eux traversaient cette épreuve qu'on appelait la vie. Et puis, parfois cela lui permettait aussi de repérer les personnes qui pourraient à un moment lui être utiles.

Ces jeunes qui discutaient près du rayon technologie par exemple. Ils venaient régulièrement depuis bien longtemps, Meena était certaine qu'ils habitaient dans le coin. Et l'un d'eux semblait vraiment calé question physique et technologie appliquée. Voilà qui lui donnait une bonne piste pour un informateur au cas où... A cet âge-là, et surtout après une telle discussion, un peu d'argent permettait de faire avouer beaucoup de choses.

Elle aurait été dans ses mauvais jours, elle aurait sûrement soupiré à la pensée de ce monde uniquement inspiré par l'argent et le pouvoir... Mais il ne fallait pas exagérer, tout idéaliste qu'on puisse être, il fallait un minimum de réalité. Et puis, elle n'allait pas se plaindre. Après tout, cette avarice de l'être humain lui permettait de réaliser son propre travail, et ainsi donner sa maigre participation à l'évolution -elle l'espérait- bénéfique du monde.

Mais non mais non, elle n'était pas une foutue et incorruptible idéaliste voyons...

Il n'y avait pas grand monde dans la boutique. On entrait dans cette période de la journée, entre la fin de la matinée et le début de l'après-midi, où les gens mangeaient tranquillement, chez eux ou ailleurs, mais où faire les courses ou traîner dans les magasins étaient les derniers de leurs soucis. C'est pourquoi Meena put entendre la voix se sa mère s'élever d'un rayon sans la voir. Visiblement, elle faisait une remarque à un client qui avait décider d'allier l'utile à l'agréable : faire ses courses en en mangeant la moitié ! La rousse se fit une petite note mentale, au cas où la personne en question décidait de passer à la caisse sans mentionner ce 'petit écart'. Oui, la confiance dans l'humanité n'était pas une des qualités principales de la jeune femme, malgré son idéalisme. Comme elle le disait plus tôt, l'avidité de l'être humain était bien trop présente pour être ignorée, et il fallait se préparer à la moindre éventualité.

Un client s'avança pour payer ses achats, elle le salua avec un sourire, laissa l'ordinateur ultra-sophistiqué (enfin, plutôt basique pour les années 4500 quand on y pense) scanner et identifier lui-même l'identité des achats. L'avantage de la technologie, qui travaillait d'elle-même, c'était que, quelque part, elle laissait plus de temps aux humains pour se parler... enfin, quand la personne en face de vous n'était pas un de ces vieux grincheux mécontents qui ne savaient rien faire de mieux que se plaindre de tout et de rien.

Néanmoins, Meena se contenta d'hocher la tête avec un sourire aimable. En général, c'est tout ce que les vieux rageux attendent... qu'on les écoute en souriant sans rien dire, qu'on leur donne le montant de leur achats pour qu'ils puissent vous payer en râlant un peu plus encore contre la montée des prix impensable et ces jeunes qui n'étaient plus capables de s'exprimer correctement.

Ah, que la vie était belle !

Heureusement, il y avait aussi des gens plus aimables, moins fatiguants. Comme cet homme qui venait de s'avancer par exemple. Elle ne voyait pas son visage, caché derrière les sacs pleins de provision qu'il lui tendait. Mais au moins, il ne parlait pas de façon désagréable, même s'il semblait très hésitant.

- Bon-jour. La dame m'a.. m'a.. m'a dit ! De vous donnez, ceci. Et que, j'ai man'man'mangé la moi-moi-moi-moitié de ce que je tiens.

« Bonjour ! En effet, je prends ça. » Répondit-elle avec un sourire, bien qu'elle ne soit pas certaine qu'il puisse le voir.

Ah, alors c'était lui... Meena lui prit les sacs pour les poser sur le plan de travail et laisse l'ordinateur les analyser tandis que la rousse pose son regard clair sur le client qui lui faisait face. Un grand blond, bien habillé, qui ne devait pas être beaucoup plus vieux qu'elle si elle regardait son habillement, mais son visage paraissait jeune, et assez compliqué à lire également. Pourtant, il avait l'air assez perdu et... frustré ? Quelque chose du genre. Meena apparenta sa réaction au fait qu'il avait vraisemblablement des problèmes pour s'exprimer, mais ça pouvait arriver à tout le monde non ? Elle n'allait pas insister là-dessus, et se contenta donc de jeter un coup d'oeil sur l'écran qui affichait maintenant les différents produits présents dans les sacs.

« Mhm... Vous avez pas mal de choses différentes là-dedans... Bon, j'vais vous faire un ratio au moins cher, mais par contre, pas un mot à ''la dame'', elle m'en voudrait... »

La rousse lui jette un regard amusé, toujours souriante, et pianote rapidement sur l'écran de l'ordinateur, appliquant les changements adéquats.

« Alors... Ca fera soixante-dix-huit Zens, s'il vous plaît ! Vous voulez un reçu papier ou je vous le transfère sur un OLOcom ? Ou sur un Paddle peut-être ? »

Elle le regardait avec un sourire aimable, attendant une réponse, totalement ignorante que le pauvre ne comprenait certainement pas la réalité de la moitié de ce qu'elle avait dit jusqu'à présent.
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Une journée (apparemment) ordinaire

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