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 C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]

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Faust McRay

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MessageSujet: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Jeu 21 Juin - 11:46

Le trajet aurait pu se passer sans encombres, mais il était vrai qu'avec la présence de Gus, les choses n'allaient pas être des plus simples. Déjà il lui faudrait mettre au clair que les histoires du passé devaient rester entre eux, lance-flamme compris. Surtout depuis qu'il avait quelque peu essayé d'oublier ces souvenirs-là... Il n'était pas fier de ce qu'il avait fait, mais plutôt de ce qu'il était devenu. Il avait changé! Il avait réussi à passer cette barrière de peur de se faire chasser jusqu'à la mort, il s'était échappé après tout. Bon, il était vrai qu'à un détail près, tout allait bien pour lui... Ce détail étant une possible reconnexion entre lui et le Gouvernement à cause d'une affaire d'arme... Il avait quitté Islantis avec l'espoir d'y retourner après deux jours... Chose qui aujourd'hui le menait jusqu'à Mala Muerte pour essayer de sortir du radar du Gouvernement. Il n'avait pas envie de retrouver sa tronche sur un journal, que sa nièce, Eden, apprenne ce qu'il avait fait dans le passé. Elle n'avait pas besoin de savoir, et il était sa seule famille pour le moment, et devait la soutenir.

Alors les voilà, dans le train pour aller jusqu'à la ville commerçante de Triga... A partir de là, ils prendraient la route commerçante, d'où l'importance de Gus dans ce scénario. Bien sûr avec tous ces problèmes était apparue la curieuse Kylia, qui avait trop vu, trop entendu, que Faust avait failli tuer... Puis finalement qui l'emmenait voir sa famille à Mala Muerte. Plus ou moins pas vraiment une sage décision, mais pour sortir du radar, la ville rebelle était idéale. Dans le petit compartiment, Gus avait raconté un peu trop de choses sur le passé de Faust, qui était étroitement lié au sien... Kylia avait, naturellement, tout entendu, du moins ce à quoi elle avait prêté attention... Il leur serait difficile de faire semblant d'être un couple si elle avait vraiment peur de lui! Heureusement elle s'était un peu assoupie, jusqu'à ce que son téléphone sonne. Elle sortit de son sommeil et prit le téléphone; un coup d'oeil à l'écran et elle s'excusa, se levant pour enjamber Faust afin d'atteindre la sortie; au passage elle glissa doucement sa main sur sa barbe mal rasée, le faisant sentir une onde rassurante... L'action surprit quelque peu le barman, mais ne dit rien; le fait qu'ils soient soi-disant un couple était une bonne couverture, et elle ne semblait pas avoir TROP peur de lui... Une fois sortie, Faust se tourna de suite vers Gus qui souriait niaisement.
"Gus j'apprécie ta présence, mais ne dis plus jamais ces choses sur mon passé devant Kylia."
Il parut faussement surprit; il savait très bien mentir, et là faisait bien exprès de ne pas le paraître.
"Pourtant cela n'a pas sembler lui faire plus peur que ça... Elle a des nerfs ta petite-amie."
Plus que tu ne le crois... Se dit-il intérieurement. Il avait été surprit plus d'une fois par sa maîtrise face à la situation... Mais ce n'était pas une raison de la terroriser maintenant...
"Que ce soit le cas ou non, la prochaine fois je ne te le pardonnerais pas."

Il se contenta de s'excuser en souriant. Cela devrait suffire, Gus avait eu peur de lui dans le temps, il pouvait très bien faire en sorte de lui faire peur encore maintenant... Bien que cet homme n'était pas un imbécile, et qu'il saurait bien vite où tracer la ligne. Pendant l'absence de la jeune femme, Faust se demanda ce que lui aurait fait à sa place... Elle avait le flingue, elle aurait pu le tuer, elle aurait pu alerter les autorités, elle aurait pu dire à sa voisine de pallier d'appeler les secours! N'importe qui aurait fait l'une de ces choses dans ces circonstances... Elle, elle l'avait sauvé, hébergé, et maintenant elle l'emmenait voir sa famille comme s'ils étaient bientôt fiancés! L'idée lui parut effrayante mais il essayait néanmoins de trouver des raisons à ces décisions...

Kylia revint alors, et l'esprit de Faust se vida, sachant que si elle pouvait ressentir les émotions autour d'elle, il courait un certain risque. Elle le plaça à nouveau à côté de lui, comme si elle ne savait pas qu'il était un assassin/ mercenaire/ danger public. Oui cette fille avait des nerfs d'acier, surtout après tout ce qu'elle avait subit à cause de lui. Elle exprima ensuite l'envie de dormir... Pourquoi pas après tout, le chemin se ferait plus vite ainsi! Mais ce qu'elle fit mis Faust dans un certain embarras. Elle s'allongea sur la banquette avait sa tête posée sur les genoux du blonds. Bon... Faust était peut-être devenu un peu plus douillet après des années, mais cela ne l'empêcha pas d'être gêné par le contact. Il la connaissait à peine, avait menacé de la tuer, et elle, elle s'allongeait sur lui comme si de rien n'était, comme s'il était son véritable compagnon... Autant dire qu'elle jouait bien le jeu!
Essayant de ne pas y penser, Faust jeta un bref regard à Gus qui les regardait avec un sourire tout à fait inoffensif. Il devait se dire qu'ils étaient mignons ensemble... Quelle pensée désagréable. Quoi qu'il en était après cette semaine ils ne se verraient plus, elle serait libre d'aller voir qui que ce soit, et lui retournerait au bar, comme s'il ne s'était rien passé. Il pensa alors à Eden et Jack... Peut-être devrait-il leur annoncer une absence plus longue que prévu... Il sortit son portable et envoya un mail à Jack.

"A qui écris-tu?" Demanda alors Gus.
"Un ami qui s'occupe de ma nièce pendant mon absence..."
"Ah la petite Eden!"

Faust lui jeta alors un regard incertain.
"Hé! Après ta disparition j'ai essayé de reprendre contact! Tu m'avais toujours parlé d'une certaine nièce, j'ai donc fait quelques recherches... Ne t'en fait pas je n'ai révélé cette information à personne."
Et bien heureusement, sinon Faust lui aurait tranché la gorge. Il ferait ce qu'il faudrait pour protéger la gamine.
"Quel âge a-t-elle?"
"Pas encore neuf ans."

Gus l'observa un moment, son oeil calme et pensif. Il n'y avait rien de menaçant dans son regard, ni de la pitié ou un quelconque sentiment négatif... Il avait même l'air plutôt curieux.
"Comment toi tu as pu retourner à la vie civile... Je me le suis toujours demandé. La plupart préfèrent mourir que de retrouver la normalité... Ou même la plupart meurent avant même de pouvoir y penser! Nous avons tous deux survécu jusque là... Mais de là à dire que je suis devenu un homme sans histoires est un mensonge."

Oui c'était une chose semblable pour Faust... Il avait bien réussi à s'en sortir jusque là, mais le passé fini toujours par rattraper ses proies...
"Je vais être honnête..." Dit alors le blond, incertain de ce qu'il allait dire serait une erreur. "Je ne vais à Mala Muerte que pour sortir du radar du Gouvernement... Je suis allé à Modula pour revoir Djan... Tu te souviens de ce gamin?"
Gus ne souriait plus et hocha gravement la tête.
"Il m'avait fait une promesse il y a longtemps et je suis allé le voir... Il m'a donné cette épée, et le lendemain il y avait des soldats devant son atelier..."
Gus avait l'air bien plus grave qu'avant; il devait savoir quelque chose.
"Dis-moi ce que tu sais."
"Hmm... Comme tu sais je retourne souvent au marché noir de Modula, j'ai des amis là-bas, des gens renseignés... C'est là-bas qu'on m'a dit que tu étais de retour... Je n'ai pas voulu y croire d'abord, mais quand on a retrouvé Djan mort... Le soir même après que tu sois allé le voir... Je t'avoue que je pensais que tu venais régler une dernière affaire..."
Djan était mort?! Faust n'arriva pas à le croire de suite, il dû lire un moment dans les yeux de Gus pour voir qu'il disait la vérité.
"Mais... Djan m'a demandé de revenir, il avait inquiet, et voulait me demander une service... Tu penses que quelqu'un lui en voulait?"
"Faust, je vais être clair et honnête avec toi. L'annonce de ta présence a remué pas mal de couteaux dans des plaies, tu as toujours ta réputation, et tes ennemis ne t'ont pas oublié. Si cette affaire avance bien comme je le pense, quelqu'un a peut-être tué Djan pour faire croire que c'est toi l'assassin. Si c'est bien ça, tu risques de devoir fuir pendant un moment; le gouvernement t'a perdu de vue une fois, ça ne se reproduira plus. Le Gouvernement ne pardonne pas, Faust."

En temps normaux, la peur aurait glissé dans sa peau comme du venin de Skael... Mais en vérité, il n'arriva pas à être effrayé. Trop de choses allaient en sa défaveur, trop de choses qui semblaient comme des coïncidences... D'abord la lettre le mettant en garde, puis après des années Djan avait enfin décidé de forger l'épée, juste quand Faust en avait besoin... Puis le meurtre de Djan, le Gouvernement, maintenant la présence de Gus... Les griffes se refermaient sur lui, comme un complot... Le temps l'avait rendu paranoïaque, mais là, les choses allaient vraiment dans le sens de sa théorie. Qui serait au coeur de cette manipulation? Qui était le maître de jeu dans cette affaire?

Faust avait beaucoup d'ennemis, certes, mais pas vraiment du genre à préparer toute une mascarade pour agir... Le plupart étaient simplement des coupe-gorges à la recherche de gloire, et peu pouvaient être assez intelligents pour ce genre de chose. Si cette personne avait été l'un d'eux, il se serait déjà démarqué, pour faire comprendre que c'était lui et pas un autre... Qui en voulait assez à Faust pour le menacer en restant masqué...?
Gus avait bien vu l'air de profonde réflexion de son ami, on y voyait bien clairement les traces de son passé... Il venait de redevenir très sérieux comme il l'avait été à l'époque... Si le mercenaire se réveillait vraiment à nouveau, qui sait de quoi il serait capable...
"Tu penses vraiment que quelqu'un a manigancé tout ça?"
"Oui. Et cette personne ne va pas avoir une mort paisible."


Le train arriva en gare, le reste du chemin n'avait été que théories et possibilités d'adversaire... Jusque là personne ne correspondait à l'idée de Faust. Lui qui avait tout fait pour oublier le passé, il en avait besoin maintenant, plus que jamais. Il avait essayé de réveiller Kylia doucement, mais ses pensées étaient encore embrumées. Il ne faisait que calculer, calculer... Ne faisant même plus attention à ce qu'il pouvait ressentir... Ce qui n'était pas très loin du rien, du néant émotionnel. Avec son épée et sac sur le dos, il suivit Gus en dehors de la gare, le Dvi Galseau posé sur son épaule. Il n'arrivait pas à se calmer; si quelqu'un lui voulait du mal, il préférait que cette personne se montre vite.

A cause de cela il ne prêta pas grande attention à Kylia, trop enfoui dans ses idées de complot. Il faisait chaud, et Gus leur prêta des vêtements optimaux pour le désert. Les transports les attendaient à la sortie de la gare, mais le temps de charger les marchandises, ils eurent le temps de se balader dans la ville; c'était un lieu réputé pour sa pèche et son commerce, un regroupement de trois villages pour former une agglomération encore sous contrôle du Gouvernement. Mais ici toutes sortes de transactions se faisaient sans être aperçues, et Faust se souvenait vaguement de cette ville. Il avait commencé là pour travailler, protéger les caravanes marchandes. Cet endroit l'aurait rendu nostalgique s'il n'était pas tant en pleine réflexion.

Ils s'étaient baladés dans le marché puis, vingt minutes plus tard, ils montèrent dans les voitures, prêts à traverser le désert.
Vêtu de toile épaisse, Faust avait presque l'air d'un coton tige avec l’auréole de cheveux blancs sur son crâne; le soleil faisait toujours cet effet là.
"Bon Faust, si on rencontre des problèmes, je veux que tu couvres mes arrières!"
Pas besoin de demander, il était prêt à l'action. La voiture démarra et ils étaient en toute. (la voiture c'est une sorte de Jeep). Kylia et Faust étaient à l'arrière pendant qu'un autre type conduisait à côté de Gus. Ce dernier se retourna, tenant son chapeau sur la tête avec le vent : "Monsieur Madame, préparez vous à voyager quelques heures! Nous serons à Mala Muerte avant la nuit tombée!"
"Merci Gus."

Faust se tourna vers Kylia, essayant d'esquisser un sourire mais eu du mal; il ne savait plus quelle aurait été la bonne idée, en l'emmenant avec lui, elle courait plus de risques encore, elle et sa famille... Mais quoi qu'il en était il les protégerait tant qu'il le pouvait, espérant que le trajet se fasse sans encombres.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Lun 25 Juin - 22:31

Elle se réveillait au fil de ses pas, profitant pleinement de cette nouvelle recharge nerveuse dont elle aurait bien besoin, elle le sentait. Comme chaque matin, les présences autour d'elle n'étaient que des fantômes sans importance. Aucune ne lui semblait une attaque, même si la claire absence émotive de son compagnon de route ne devait rien avoir de rassurant. Elle ne préférait même pas en connaître la raison. On ne sait jamais, une horreur de plus au palmarès serait peut-être de trop. Elle avait beau s'être découvert des nerfs plus solides qu'elle ne l'aurait pensé auparavant, elle ne voulait pas trop en tester les limites.
A bien y réfléchir, maintenant qu'elle était reposée, elle devait avouer qu'elle était plus apte à prendre peur que la veille au soir où elle n'avait pas pensé une seule seconde aux conséquences des événements. Et il valait sans doute mieux qu'elle n'y pense pas si elle ne voulait pas le planter ici-même et finir ligotée au fond d'une voiture sans avoir le choix. Autant avoir les mains libres en cas de problèmes, puisqu'ils avaient l'air de surgir de nulle part sans qu'on le leur demande.

Sans chercher à comprendre, son sac sur l'épaule et son chien presque dans ses jambes, Kylia suivait Faust dans le marché en attendant que les voitures soient chargées. Il fallait qu'elle se concentre sur le fait de le suivre, ne pas le quitter des yeux pour ne pas se perdre elle-même. Il semblait trop plongé dans ses pensées pour de toute façon faire attention à elle. C’aurait pu être le moment idéal pour s’enfuir, essayer de trouver quelqu’un d’autre pour se rendre jusqu’à la ville et se réfugier dans sa famille ou bien retourner en courant à la gare, rentrer chez elle, faire changer sa porte et tout raconter à la police. La première solution était arbitrairement stupide, car quitte à se rendre à la première destination prévue, autant le faire sans qu’un assassin de nouveau en service ne soit à ses trousses par peur qu’elle ne finisse par le dénoncer. La deuxième, en revanche, était rationnelle mais surtout à double-tranchant. La police pourrait très bien la soupçonner de complicité et si elle faisait une enquête approfondie, elle tomberait forcément sur des éléments gênants qui l’impliqueraient d’une manière ou d’une autre. S’il n’était pas attrapé par les autorités, ce serait lui qui se chargerait de son cas et il ne serait sans aucun doute pas tendre. Tant pis, elle continuerait sur cette voie jusqu’à ce qu’elle y trouve une issue acceptable.

Elle baissa les yeux pour voir si Gabriel était toujours en train de la suivre malgré la chaleur, et c’est alors qu’elle le vit moins de deux pas derrière elle, une grande main posée sur sa tête. Pour qu’il se montre aussi amical, c’était forcément quelqu’un qu’il connaissait. Et des gens qu’elle connaissait aussi dans le coin, elle savait bien qu’il n’y en avait pas tant non plus. Se retournant complètement, elle s’approcha du jeune homme à la peau matte qui regardait toujours le vieux chien avec un sourire avenant.

"J’aurais dû m’attendre à te croiser ici." C’était lancé avec le sourire, même si elle savait que sa présence ne pourrait faire qu’aggraver la situation si jamais Faust se décidait à revenir sur ses pas pour la retrouver dans le marché. Les yeux noirs d’Azaan se levèrent doucement pour croiser son regard. Son sourire s’élargit. Comme toujours, il prenait l’air du beau garçon voyou plus que sur les bords qui essaie d’attirer le regard de la blanche brebis tout en lui montrant les crocs. "Bonjour, Kylia. Je dois avouer que je suis assez surpris de te voir ici. Je ne m’attendais pas à ce que tu te rendes dans ta famille dans une si mauvaise période sans m’en avoir parlé. Ce n’est pas très prudent, tu sais, il y a beaucoup de personnes malintentionnées à Mala Muerte."
Comme toujours, il lui sortait le numéro de l’homme indispensable, celui au bras duquel il faut s’accrocher sans avoir peur de ce que lui pourrait faire. Après tout, elle savait bien qu’il ne lui ferait pas de mal. Elle avait plusieurs fois pris le train en même temps que lui –c’était d’ailleurs de là qu’ils se connaissaient- et pas une seule fois il n’avait eu de geste déplacé envers elle. Bien qu’il se soit toujours montré d’une insistance lourde et maladroite d’adolescent mal dans sa peau. A croire que les filles lui tombaient toutes cuites dans les bras. Pour sa part, Kylia n’aurait sans doute pas dit non s’il n’avait pas été aussi dangereux de le fréquenter et s’il n’avait pas été aussi peu recommandable sur beaucoup de plans. Même si elle ne doutait pas un instant que ce soit un gentil garçon capable de beaucoup de choses pour une personne aimée. Il avait de toute façon son petit succès avec sa haute taille, sa musculature développée et ses longs cheveux noirs plaqués sur sa tête en fines tresses. Plus d’une avaient sans doute rêver de pouvoir suivre le contour de son menton où il laissait pousser une fine barbe rase mais elle ne s’était jamais laissée corrompre. On se méfie toujours du lion, même s’il fait patte de velours.

"Une si mauvaise période ? Parce que le désert peut être encore plus dangereux que d’ordinaire ?"
"Le gars qu’est avec toi t’a rien dit ?"
Le sourire de la jeune femme s’effaça. Elle n’avait pas besoin qu’il lui explique le sens de ses paroles, elle l’avait très bien saisi. Elle se demandait cependant ce qu’il avait derrière la tête et surtout s’il était là par hasard. De toute évidence, non. Pour l’avoir vue avec Faust, il fallait qu’il l’ait suivie depuis au moins cinq bonnes minutes et il avait sans doute commencé à la gare. Alors, que voulait-il exactement ?
Prenant un air faussement surpris, elle haussa un sourcil, essayant de paraître la plus naturelle possible, peut-être même lui sembler amusée, même si elle avait plus envie de partir en courant que continuer cette conversation qui risquait de se transformer en un nouveau kidnapping, elle le craignait fort.
"Je ne vois pas de quoi tu parles. Je suis venue seule avec mon chien, comme d’habitude."
Et ce qu’elle craignit arriva. Il lui attrapa le coude et l’attira vers lui avec fermeté quoique sans brusquerie et malgré la résistance qu’elle lui opposa, son visage ne fut plus qu’à une dizaine de centimètres du sien. Son regard qui avec elle avait toujours été avenant et joueur se fit pour la première fois presque menaçant. Non, cette fois, il était vraiment sérieux, et toute l’agressivité qu’il contenait lui parvenait tout de même très clairement, à tel point qu’elle sentit un désagréable picotement animer le creux de ses reins. "Ne joue pas à ça avec moi, Kylia. Tu sais très bien de qui et de quoi je parle. Tu n’es pas bête, et on sait bien tous les deux que tu ne suivrais pas un danger public." Il marqua une pause, sans doute bien conscient qu’il devait se montrer trop vindicatif et surtout trop agressif à son encontre. Il reprit, mais cette fois plus bas : "Kylia, je sais que tu me fais pas confiance, mais je te jure que c’est sérieux : casse-toi le plus rapidement possible. Si tu traines encore avec ce mec, tu risques de pas voir du joli et peut-être même d’en subir. T’es pas sa poule, ça je le sais, c’est pas ton genre. Je ne sais pas exactement ce que tu fais avec lui, mais crois-moi, c’est pas du beau monde. J’peux seulement te donner un conseil : saute de la voiture avant que les mecs ne mitraillent. Je leur dirai d’attendre, si tu veux. Ou je te donnerai le signal. Mais si tu te sauves, tu auras une chance de rester en vie. Sa tête est déjà à un bon prix, ce serait dommage que la tienne fasse partie de la prime."
Elle voulut protester, lui dire qu’il se trompait, lui poser des questions, mais il la lâcha et partit presque en courant pour rejoindre une direction inconnue. Elle l’appela, lui demanda d’attendre, mais ne se résolut pas à le suivre. Ce pouvait être encore plus dangereux que suivre un tueur réputé dont la tête était mise à prix et qui peut-être pouvait la protéger du reste des tordus qui trainaient dans les bas-fonds de cette ville rebelle.

Le cœur battant et se rendant compte qu’elle n’avait décidément ni eu une bonne idée ni de la chance, elle décida de retrouver au plus vite son compagnon de mésaventures avant qu’il ne se mette à la chercher et ne traine un peu plus dans ce danger ambiant.

Venait-elle d’avoir une pensée protectrice envers ce qui était tout de même son kidnappeur ? Visiblement. Etait-ce seulement une mauvaise chose de ne pas vouloir sa mort qui l’aurait libérée d’un lourd fardeau ? Peut-être le fait qu’il l’ait épargnée une fois lui donnait l’impression qu’elle lui était redevable, ou tout simplement suivait-elle la volonté de son parrain quelques années plus tôt ? Aucun des deux, elle n’était tout simplement plus capable de savoir pourquoi elle faisait tout ça, ni pourquoi elle ne prenait pas la fuite maintenant qu’elle avait une porte de sortie digne de ce nom et qui pourrait en plus la débarrasser de cette menace. Mais quelque chose au plus profond d’elle lui disait que cet homme ne devait pas mourir. Il était bien sûr hors de question de parler de destin ou de quoique ce soit d’autre. Une simple impression qu’elle avait, quelque chose qu’il portait en lui, lui disait qu’il ne méritait pas un tel sort.

A force de tourner, elle finit par le retrouver et le rejoignit au pas de course, juste à temps pour arriver en même temps que lui à la voiture. Il ne s’était visiblement pas rendu compte de son absence, c’était tant mieux. Elle ne savait pas encore si elle devait le prévenir de cette altercation ou non. Peut-être… Sans doute… Pas tout de suite !
Elle le regarda monter en voiture et le considéra tout à fait différemment. Il ne ressemblait plus à l’homme aux traits tirés qui avait défoncé sa porte d’entrée. Ses cheveux d’un blanc immaculé contrastaient avec sa peau qui pourtant était très claire. Il semblait presque dans son élément, plus sûr de lui, et pourtant, elle pouvait sentir qu’il était sur ses gardes. C’était une toute autre facette de cet homme qu’elle découvrait à l’instant et étrangement, cette facette-là lui donnait plus confiance en ces choix, aussi mauvais furent-ils. Tant pis pour le reste, elle verrait bien.
Elle grimpa à sa suite, en silence, suivant à peine ce qui se dit entre eux.

Elle fixait tantôt la route derrière eux, tantôt Faust en face d’elle, ne sachant pas trop ni quoi dire, ni quoi faire, ne pouvant même pas lui rendre son sourire. Les prévenir avant serait le plus sage, sans doute, et surtout le plus en accord avec la situation dans laquelle elle se trouvait. Oui, si elle leur disait tout, elle ne serait fautive de rien plus tard. Mais le dire reviendrait à avouer qu’elle connaissait l’un des types qui voulaient la tête de Faust, et ça ne serait pas bon pour elle non plus. Peut-être qu’ils s’y prendraient trop tard et qu’il ne se passerait rien ?
Kylia espérait qu’en tous les cas, on ne la prenne pas pour une personne de l’escorte personnelle d’une telle personnalité ou pour une nouvelle de la bande. Mais pour cela, elle pouvait toujours rêver. Si Faust se démarquait bien par son teint pâle et ses cheveux d’un blanc d’argent, Kylia, elle, faisait couleur locale physiquement et bien plus depuis qu’elle portait les vêtements que Gus lui avait gentiment prêté. Elle ne pourrait sans aucun doute jamais renier ses origines de Mala Muerte, et si ça ne la dérangeait pas, elle espérait simplement que, comme elle le soupçonnait, ça ne finisse pas par lui porter préjudice. Heureusement qu’elle vivait à Modula…

Plus de vingt minutes passèrent, le village était déjà loin, presque hors de vue, quand le moteur d’une autre voiture derrière eux se fit entendre. Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre, priant intérieurement que ce ne soit pas ce à quoi elle pensait. Et pourtant, ce fut exactement ce à quoi elle pensait qu’elle vit à une moins d’une trentaine de mètres de leur véhicule. Et m…
Sans savoir si elle faisait bien ou non, elle ouvrit son sac à ses pieds et dégagea la boîte de sa propre arme. Il n’était pas censé savoir qu’elle l’avait prise avec lui, mais tant pis. Elle ne pouvait pas se permettre de les laisser tout faire seule, elle savait certainement mieux se servir de ce genre d’engin qu’eux. Sans doute qu’il aurait des questions à lui poser plus tard. Elle saurait bien y répondre. Il faudrait simplement qu’il la croie. Elle défit les crans de sécurité de la mallette et la laissa ouverte sans pour autant prendre l’arme à l’intérieur, avant de reposer ses yeux vers le véhicule derrière eux, déjà beaucoup plus proche.
De loin, elle distingua parfaitement Azaan se lever, se tenant au siège devant lui, une arme à feu de taille tout à fait respectable à la main. Non. Non ! Non…

"Kylia ! Saute ! Maintenant !"
Mais tais-toi, bon sang ! C’était un coup à ce qu’elle se fasse tuer pour de bon. Et par celui qu’elle cherchait à aider, en prime.

Elle prit son courage à deux mains.
La jeune femme se leva, se tenant d’abord au siège arrière, puis finalement évalua la situation, son arme à la main. Elle n’avait jamais tiré sur personne, elle ne savait pas si elle en avait réellement envie. Pourtant, il fallait bien se débarrasser d’eux et de ceux qui suivront. Elle allait essayer de faire quelque chose pour ceux-là, rapidement. Azaan continuait de l’appeler, de lui dire de se sauver à l’instant, mais elle ne l’entendait plus vraiment. Et quand elle arriva au point où elle n’entendait plus que son cœur qui cognait dans sa poitrine, elle tendit ses bras devant elle lentement, de façon trop lente selon elle, et pourtant, elle ne dut pas mettre tant de temps que cela.
Son arme n’avait rien de bien exceptionnelle d’extérieur, si ce n’était qu’elle l’avait entièrement bidouillée elle-même durant ses pauses déjeuner et une partie de ses surveillances a priori infructueuses. Même si la carapace restait celle d’une arme ordinaire, elle n’en était pas moins plus performante, pour le simple but de l’être. Elle n’avait jamais pensé s’en servir contre quelqu’un, et pourtant...
Non, elle ne pouvait pas tirer sur Azaan. Il ne cherchait qu’à l’aider, à lui éviter le bain de sang… Presque une seconde, elle avait hésité trop longtemps. Avec la rapidité habituelle à laquelle elle pouvait tirer avec une arme à feu –peut-être même un peu plus vite à cause de l’adrénaline, ou bien plus lentement, qui pouvait vraiment savoir ?-, elle visa les deux roues avant du véhicule et le seul point du pare-brise inoccupé par un être vivant. Elle espérait ne pas s’être trompée sur ce dernier point de chute, mais en tout cas la voiture s’arrêta net. Les passagers en furent ballotés, et l’un d’eux se redressa immédiatement sans doute dans l’espoir de l’abattre.

Ce qui se passa ensuite fut complètement hors de sa maitrise. Kylia savait que si cet homme appuyait sur la détente, elle serait sans doute morte ou grièvement blessée. Elle s’était toujours demandée en tant que tireuse amatrice si une fois en face d’une telle situation, elle serait capable d’appuyer sur la détente ou si elle resterait bêtement comme un animal aveuglé par des phares et qui se ferait éjecter lamentablement sur le bas-côté.
Elle eut ce jour-là la réponse.
Le temps que la détonation résonne à ses oreilles, elle vit l’homme partir en arrière, touché à l’épaule –du moins c’était ce qu’elle espérait- sentant une balle siffler à moins d’un mètre de la jeep.
Ses mains se mirent à trembler, et presque par automatisme, elle enclencha la sécurité. Ses jambes devinrent en coton et tremblant de la tête aux pieds, elle eut du mal à se rasseoir, osant à peine croire à ce qu’elle venait de faire.

Dans son dos, Azaan hurlait :
"Kylia ! Saute, bordel ! Ils vont te tuer !" Il continuait, mais elle n’entendit pas la suite, ou plus exactement décida de ne pas l’entendre. Il avait signé son interrogatoire en pensant l’aider.
L’empathique ferma les yeux. Ce qu’elle sentait autour d’elle ne lui disait rien qui vaille, ses mains ne s’arrêtaient pas de trembler tout comme ses lèvres. En faisant bien attention, elle se rendit compte que ses joues étaient traversées par des larmes. Les nerfs qui lâchaient… Misérable imbécile !
Il faudrait pourtant bien qu’elle parle si elle ne voulait pas aggraver la situation.


"Ce ne seront pas les seuls…" Non, c’était trop court, bien trop court ! "Ce type… Ce type m’a dit que la prime avait attiré beaucoup de monde. Il va falloir s’attendre à tomber sur plus organisé et plus dangereux qu’eux. Du moins je ne l’espère pas."
Mais ce qu’elle espérait le plus en cet instant-même, c’était de ne pas être prise pour quelqu’un d’autre. Avec tout ce qui s’était passé, on pouvait y croire et au vu de la pression qu’elle ressentait, ce devait bien être le cas pour au moins une personne dans cette voiture. "Je jure que je n’ai rien à voir avec tout ça." parvint-elle à murmurer malgré l’angoisse.
Elle osa à peine lever les yeux vers Faust, espérant qu’il la croie, sans vraiment grand espoir de réussite. Elle en avait vraiment assez de tout ça.
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Ven 29 Juin - 22:23

[pour comprendre ce poste, il faut écouter ça https://www.youtube.com/watch?v=15JCb6P60Vw&feature=related]

Jusque là tout allait bien. La route était longue mais la présence des ces gens la rendrait plus agréable... Du moins il l'espérait. Faust n'avait jamais aimé les voitures; trop bruyant et encombrant... Les montures animales restaient le plus utile et agréable; les Bottows par exemple, ces immenses créatures servaient très bien au transport de marchandises, et n'avaient pas besoin d'énormément d'eau pour faire les trajets. Certes ils laissaient derrière eux des excrément singulièrement puant, mais bon, telle est faite la nature.

Faust avait réussi à se vider l'esprit, ne pensant plus à toute cette histoire de complot... Cela faisait du bien même; il s'imaginait au bar avec Jack et Eden, la gamine rentrant des cours et venant de suite trouver le chiot, Fenris, au pied du barman. Jack serait là en train de réclamer un verre, vu qu'à ces heures-là, les clients se faisaient rares. Islantis après tout était une ville assez calme, bien que des événements récents avaient prouvé le contraire... Une attaque terroriste sur un bâtiment d'affaires, une autre dans un hôtel... Le monde autour d'eux semblait vraiment tomber en miettes.
Il fut tiré de cette charmante pensée par un cri, et le bruit sourd d'un moteur à plein régime. De suite il regarda derrière eux, et une voiture inconnue se rapprochait dangereusement d'eux. Faust allait se tourner vers Gus pour lui demander une arme quand un cri parvint jusqu'à ses oreilles : "Kylia, saute! Maintenant!"

Immédiatement les mots restèrent coincés dans sa gorge, et toutes sortes de scénario passèrent dans sa tête en un instant. Ce ne fut pas long avant qu'il soit rongé par une rage glaciale... Il allait demander des explications quand la fille sortie une arme de son sac. Serait-elle là pour le tuer au final? Ses pensées étaient totalement embrumées, irrationnelles; il aurait pu prendre la tête de cette gamine maintenant et la tordre, rien ne serait plus simple que de la tuer... Mais contre toute attente, elle se leva, et pointa son arme vers la voiture. De suite le vide se fit à nouveau dans la tête de Faust. La descente d'adrénaline le fit trembler, confus. Gus hurlait presque dans son oreilles, mais il n'entendit rien. Il observa juste cette jeune femme pointer son arme avec une précision extrême; il y avait de l'hésitation, certes, mais lorsqu'elle tira, la voiture derrière fut totalement immobilisée... Mais cela n'empêcha pas qu'elle tire une dernière fois; au loin Faust vit la giclée de sang, sortant probablement non loin de son coeur vu l'effusion.
Tout s'était passé beaucoup trop vite, et Faust observa le moindre mouvement de Kylia; elle tremblait, et les cris venant de derrière eux ne pouvaient pas aider... Il était confus, mais la haine froide demeura. Elle connaissait ces types, et vraisemblablement, ils avaient voulu la sortir des griffes de l'ancien mercenaire... Rapidement elle s'expliqua, mais pas suffisamment pour qu'il ne la croit entièrement. Avec des mots comme un froid mordant, Faust répondit vite.
"Et pourtant tu sembles déjà bien savoir qu'ils allaient venir... Tu penses donc que je peux croire chacun de tes mots?!"
Il n'avait pas vraiment eu le temps de remarquer qu'elle pleurait abondamment, et visiblement elle devait bien ressentir la haine qu'il avait à cet instant envers elle. Il ne voulait pas, ne pouvait pas s'apitoyer sur elle maintenant. Sans hésitation il prit l'arme de Kylia de ses mains tremblantes et la reposa dans la boîte. La voiture ne s'était pas arrêtée un instant, pourtant le temps semblait figé autour d'eux. Gus les regardait, ne sachant pas quoi dire. Faust ne savait plus quoi faire, il ne pouvait plus avoir confiance en qui que ce soit maintenant. Les gens honnêtes autour de lui tombaient comme des mouches... Il se frotta les yeux, la mâchoire serrée, le coeur battant encore sous l'effet de l'adrénaline. Il avait envie de crier, de lui hurler dessus... Mais un fait empêcha tout cela : elle n'avait pas sauté.

C'était l'occasion idéale de fuir... Pourquoi être restée? C'est alors que le Dvi Galseau, qui était resté très discret jusque là, lui mordit le haut de l'oreille. Le mercenaire ne réagit pas, lisant clair comme le jour que l'oiseau à deux têtes voulait qu'il se calme, qu'il ne fasse pas de mal à Kylia. Même le chien était nerveux, il avait peur pour sa maîtresse... Parfois ce fichu pouvoir était plus qu'indésirable. Il respira profondément un instant, ses pensées brouillées par les émotions des deux animaux, puis soupira, plus enragé contre les créatures que contre la fille.
"Tu vas passer le reste du trajet en silence. Gus, quand tu peux, fais arrêter toutes les voitures; on va prendre quelques armes, et déplacer la demoiselle."
Gus ne prit pas longtemps à parler dans son talki-walki pour prévenir d'un arrêt rapide. Une fois les cinq voitures regroupées, Faust descendit du véhicule, traînant Kylia derrière lui, la tenant par le coude. Il en avait marre, tout ce qu'il voulait c'était d'être tranquille, en paix, derrière le fichu comptoir d'un fichu bar, mais NON, il fallait que tous ces gens viennent trouver une récompense pour l'avoir amené aux pieds du Gouvernement. Il ne voulait pas finir sous les coups de quelques soldats pitoyables, il voulait voir Eden grandir, vivre, sans avoir ce nom traîner derrière elle comme un poison... Il ne voulait pas qu'elle sache ce qu'il était, elle ne méritait pas ça.

Soudainement avec une nouvelle volonté faite de fer et de rage bouillante, il jeta Kylia à l'arrière d'un des autres véhicule, où elle était maintenant entourée par diverses marchandises.
"Tu reste là, allongée, tu te tais et tu attends. Compris?!"
Il n'attendit pas qu'elle réponde, ses joues encore trempées. Le chien les avait suivit, et il le mis avec. Il tourna ensuite son attention vers le Dvi Galseau.
"Surveille-la, et reste planqué."
Oui il parlait au piaf, qui devait être la seule créature qui, à force de vivre avec lui, comprenait ce qu'il disait. L'oiseau se posa alors derrière des marchandises, gardant un oeil sur la jeune femme.
Maintenant les choses allaient vraiment devenir sérieuses. Il retourna voir Gus qui lui indiqua où se trouvaient la plupart des armes. Tant mieux, maintenant il avait du choix. Il prit ce qu'il pensa être le plus utile, et retourna à la voiture.
"Dis aux conducteurs de rester serrer, on va avoir de la compagnie."
Du moins en théorie. Mais si sa présence à Triga s'était faite savoir, alors là, véritablement, c'était une évidence que d'autres viendraient tenter leur chance. Il aurait préféré que Gus soit dans une autre voiture, question de sécurité, mais il savait pertinemment que l'autre mercenaire refuserait. Ils étaient donc tous deux à l'arrière du véhicule, Faust avec un sniper pour commencer, Gus avec une longue vue afin de repérer toute approche ennemie.

Ils n'avaient pas fait trois kilomètres que Gus s'écria : "En voilà!"
Oui en effet ils étaient là, leurs voitures produisant des nuages de sable phénoménaux... Ils étaient nombreux sembla-t-il... Eh merde. De suite Faust visa la tête d'un des conducteurs. Avec une précision meurtrière, il tira sur la gâchette; la balle traversa le pare-brise, et du sang éclaboussa le véhicule, qui se renversa sur une des dunes, emmenant avec lui les trois autres passagers. Bon, au moins ils étaient prévenus. Un autre bruit de moteur se fit entendre, de suite, malgré le manque simple d'entraînement, il se plaça à nouveau, bien qu'assez lentement. il lâcha la balle que le véhicule réussi à esquiver, faisant un puissant virage à droite; elle avait raté, mais cela laissa le temps de se préparer à une nouvelle charge. Que voulaient ces hommes-là? Kylia? Ou la tête de Faust? Vraisemblablement ils étaient assez nombreux à participer à cette chasse, et avec cela, la nécessité de partager le prix final... Ou se feraient-ils un combat à mort pour voir qui prendrait l'argent? Les mercenaires étaient prêts à tout, donc tout était possible pour cette situation.

Voyant déjà trois véhicules s'approcher, Faust se tourna vers la voiture contenant Kylia... Cette dernière semblait regarder dans sa direction, était-elle inquiète? Heureuse? Il n'était pas sûr, mais lorsque le frisson d'excitation le parcouru, il oublia de suite la nécessité de s'en inquiéter... Un sourire apparut sur son visage puis il se tourna vers une arme plus lourde... ah la mitraillette perfectionnée... Assez commune sur le marché noir, celle-ci avait déjà été modifiée... L'ancien mercenaire avait l'impression de revivre, et n'importe qui le voyant maintenant dirait qu'il venait de vieillir de vingt ans... Il se leva, se moquant des balles lancées par leurs poursuivants. D'un geste soudainement clair et assuré, il lança une vague de balles, un large sourire marqué sur son visage. L'hystérie le prenait, il voulait voir plus... Plus de sang.
Dans cette première vague il réussi à tuer quatre des hommes, et crever le pneu de l'un des véhicules... Jusque là ils étaient encore avantagés.
"Eh bien voilà que je te retrouve Faust!" Rit Gus à côté, armé maintenant d'un bazooka...
Voyant cela, l'ancien mercenaire se mit à rire plus fort encore. On aurait pu croire que c'était un rire parfaitement humain et honnête, mais il était vraiment dans un état second, prit par l'hystérie et la soif du sang.
"Balance-leur un avant-goût de ce qui les attend s'ils continuent!!"
Gus hocha joyeusement là tête. Pour eux, cela ne semblait être qu'un jeu... Et ils y prenaient parfaitement goût. Le ciel aurait pu devenir vert pomme, ils n'auraient pas remarqué, trop emportés dans leur bulle illusoire... Comme deux enfants ils observèrent le second véhicule exploser sous la force de la rocket. Pour eux à ce moment-là, rien n'était plus beau, pas un feu d'artifice ou une oeuvre d'art... La simple destruction de ces choses en gens les rendait heureux comme des gamins à Noël.
Un cri soudain dans le talki-walki de Gus attira leur attention et yeux brillants.
"Une embuscade droit devant! Nous ne tiendrons pas cet assaut-là!"
Gus se tourna vers Faust, toujours un sourire radiant fixé sur son visage.
"Va à l'avant, cher collègue. A tous les véhicules, rapprochez-vous, Faust va traverser jusqu'à l'avant!"
De suite les voitures ralentirent un peu, se rapprochant doucement. Sans peur ou maladresse, le blond à l'air rajeuni escalada jusqu'au capot de la voiture, regardant le véhicule en face où Kylia était sagement installée. Il prit un peu d'élan et sauta; l'adrénaline l'empêchait de ressentir toute crainte ou haine... Il était heureux, trop peut-être, et n'avait peur de rien. Il atterrit donc sur des marchandises à côté d'elle, et redressa la tête pour demander en toute normalité et banalité : "Hé! Ca va? Pas trop secouée?"
Sans attendre une quelconque réponse il prit la mitraillette dans ses mains et escalada jusqu'au siège avant, où il resta debout, le torse à l'extérieur du véhicule. Il aperçu une voiture approcher sur la dune qui les surplombait; sans hésiter il prit l'arme et envoya une vague de balles rapides successives, qui atteignirent la tête d'un homme puis un pneu... On ne vit plus le véhicule; il avait disparut derrière la dune.

En son coeur Faust réalisa à quel point cette vie lui avait manqué; cette adrénaline... Si pure, si enivrante... Comment avait-il pu vivre sans? A pas rapides il escalada sur le capot de la voiture et sauta sur la suivante. Il décida alors de rester là; pas exactement à la tête du groupe, mais assez bien placé stratégiquement... Il resta à l'arrière du véhicule, tirant sur le regroupement qui se faisait sur les flancs de la caravane commerçante. Tout était rouge dans ses yeux, plus rien n'avait d'importance, pas la vie, pas la mort... Même quand il sentit la douleur d'une balle dans son épaule il ne cessa pas, se mettant soudainement à rire.
Ce rire se répéta quasiment en écho par sa force et sa folie; à cet instant Faust s'était bel et bien perdu, et ne comptait pas se retrouver de sitôt. Tenant toujours son arme malgré son bras blessé, il ne se soucia que d'attaquer les gens qui menaçaient maintenant sa vie et sa liberté.

Dans un élan de courage et de folie, il escalada le toit du véhicule; debout sur la voiture fonçant à toute allure, poursuivie par des mercenaires sans merci, il était très loin de la réalité... Si on lui avait crié de descendre, il n'aurait pas entendu... Aveuglé, emprisonné dans sa propre volonté, il tira sans hésiter, sans réfléchir, sans se douter qu'il se vidait petit à petit de son sang; rien de grave pour le moment, mais qui pourrait à tous moments s'aggraver.
Sur la dizaine de voitures qui les avaient suivit jusque là, il n'en restait peut-être plus que trois, mais d'autres semblaient se rapprocher dangereusement, plus nombreux encore... Ce ne fut pas long avant qu'ils soient à cours de munitions... Il posa donc l'arme à l'intérieur avant d'étendre les bras en croix, se croyant immortel et surpuissant...
"Je suis là si vous me voulez bande de faibles!"

Forcément une voiture se rapprochant sur sa droite n'hésita pas un instant et tira.
Il chuta, souriant toujours. Quel imbécile il avait été; il avait vieilli, et n'était pas prêt à reprendre le mercenariat, autant physiquement que mentalement... Trop embarqué par l'adrénaline... Ce serait donc cela la cause de sa mort?
Alors qu'il tombait dans le néant de son esprit, il repensa à une chose, et une chose seulement...

"Que va faire Eden maintenant?"
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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Dim 1 Juil - 23:46

La rage qui émanait du grand corps à côté d'elle lui donnait l'horrible impression de la saisir à la gorge et de l'empêcher complètement de respirer. A croire qu'il allait la tuer sur le champ. Ses mots ne firent que confirmer cette hypothèse bien peu réjouissante mais qui de toute façon semblait être la seule issue possible à cette situation. Jusque là, elle avait peut-être réussi à reculer l'échéance, mais était-ce vraiment et indéfiniment possible de ne pas mourir quand on est l'otage d'un type aussi dangereux et dont la haine envers le genre humain semblait sans limite ? Kylia comprit alors parfaitement pourquoi elle n'avait jamais été choisie pour travailler dans la garde civile : elle était beaucoup trop compréhensive, beaucoup trop compatissante pour devoir tirer sur quelqu'un s'il le fallait sans avoir de regret. Sans parler de la douleur qui, surtout à forte dose chez l'autre, pouvait parfois se transmettre de façon indésirée directement à la jeune femme, même si la distance était presque la limite de son champ d'action ordinaire. Non, tirer sur quelqu'un n'était pas négociable et pourtant, elle l'avait fait. Mais là n'était plus la question. Elle allait finir par descendre de la voiture...certainement sans vie.

La jeune femme sentit la grande main attraper son arme sans faire de manières et la reposer dans la boite comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Il n'en restait pas moins énervé. Très énervé. Hors de lui, même. Il allait lui arriver quelque chose, elle allait finir ligotée ou donnée en pâture à des truands quelconque, voire servir de bouclier humain. Dans tous les cas, elle finirait dans un sale état, elle en était sûre. Elle devait se taire, c'était déjà une condition qui lui convenait parfaitement, même si rester complètement silencieuse serait assez difficile tant qu'elle essaierait de contenir ses tremblements et ses pleurs. Tant pis, il ferait avec. Ou peut-être pas, dans le fond. S'il la déplaçait, elle avait peur de savoir quelle serait sa prochaine destination ni dans quelle condition elle finirait son voyage -si bien sûr elle le finissait.

Elle n'attendit pas longtemps pour le savoir. Avec brusquerie, il l'attrapa par le coude et la traina littéralement derrière lui, lui laissant à peine le loisir de poser les pieds sur le sable pour marcher. Elle n'avait pas vraiment eu l'occasion de s'en rendre compte auparavant, mais il avait une poigne de fer, impitoyable, un véritable étau sur son bras fin. Pourtant, elle aurait dû s'en douter, elle avait bien vu ses bras quand elle lui avait ôté sa veste quelques heures plus tôt chez elle. Elle n'avait cependant pas pris la peine de relever ces détails. Seule une véritable petite amie ou une fille intéressée aurait pu le noter sur un type qui somme toute restait on ne peut plus banal. Quand on ne regardait pas son histoire...
Ballotée comme une poupée de chiffons, elle finit brutalement dans le fond de l'avant-dernière voiture, au milieu de marchandises non identifiées. Le plus ironique fut qu'il plaça Gabriel avec plus de délicatesse dans la jeep avec elle. Répondre n'aurait servi à rien. Strictement à rien. Elle ne savait pas ce qui se passerait ensuite, elle n'en avait aucune idée mais le fait qu'il la laisse en vie pour l'instant prouvait bien qu'il essaierait de ne pas agir sous le coup de la colère et de la laisser s'expliquer plus tard. Cela lui laissait dans un sens du temps pour préparer son argumentaire, mais quelque chose lui disait qu'elle ne pourrait pas se concentrer dessus. Le Dvi Galseau et son basset restaient avec elle, le vieux chien collé à sa jambe plus dans une attitude de réconfort que sous la peur. Il en avait vu d'autres quand il était encore tout jeune et qu'il faisait des tours de la ville avec Kamiko.

Elle devait rester allongée au fond de la voiture, sans doute pour ne pas montrer qu'elle existait et ainsi rester en vie. Mais les voix qu'elle entendait provenant des talkie-walkie lui faisaient bien comprendre que dans un sens, elle aurait pu tout aussi bien servir à dégager le passage, même si ses nerfs ne tiendraient pas aussi bien que tous ces types autour d'elle. Au moins, elle était fixée : elle ne saurait jamais tenir une arme sans trembler. Pourtant, elle savait bien que d'un point purement technique, elle atteignait largement voire dépassait les capacités de la plupart des anciens tueurs qui trainaient dans la région. Tant pis, ce talent ne profiterait à personne. Tant mieux, peut-être.
Des bruits inquiétants la firent finalement se redresser pour croiser le regard d'un Faust McRay complètement métamorphosé. Et la métamorphose s'opéra presque sous ses yeux. D'un regard presque inquiet, il passa à un sourire juvénile qui lui donna l'impression qu'il était revenu à l'époque de ses vingt ans.
Une époque durant laquelle tu avais peut-être déjà commencé à tenir une arme dans les mêmes conditions, songea-t-elle. L'arme qu'il tenait faisait partie des cauchemars de la plupart des tireurs : lourde, encombrante, imprécise. Elle voyait bien les modifications que l'on y avait opérées, mais elle pouvait le dire sans se tromper il avait eu l'habitude de tenir des armes beaucoup plus lourdes et bien plus encombrantes par le passé. Oui, il avait été un tireur d'exception et il n'avait pas perdu ses qualités. La posture du bras, de la jambe, l'épaule décontractée... Pour le coup, elle n'aurait pas fait mieux. Ne serait-ce que parce qu'elle aurait été incapable d'arroser les passagers des voitures.

Une vague de nausée la prit à la gorge, tapissant sa bouche d'un goût amer ou âpre, elle ne savait même plus. La douleur des blessés et des morts l'assaillait malgré la distance, comme de minuscules aiguilles sur son visage et pourtant c'étaient bien les deux vieux amis et leur jubilation visible face au fait de détruire et d'arracher des vies qui l’écœurait. Pouvait-on vraiment se perdre à ce point ? Ou bien était-ce simplement là une illustration parfaite du sadisme humain ? Oui, c'était bêtement ça. Ce n'était pas la première fois qu'elle observait ce genre de phénomène, mais bien la première avec une telle ampleur. Ce qui l'empêchait peut-être elle de commettre ce genre d'actes -et c'était uniquement ça, elle en était sûre- c'était son empathie. Sa compassion forcée envers tous les êtres humains de la planète lui faisait détester la douleur et l'obligeait à donner satisfaction et bonheur à tout ce qui l'entourait pour elle-même avoir la paix de l'âme et de l'esprit et surtout se coucher le soir sans avoir trop mal à la tête.
Elle entendit le cri dans le talkie-walkie comme les autres. Une embuscade. Il ne manquait plus que ça.
Décidément, Azaan, j'aurais mieux fait de te faire confiance pour cette fois... Il était peut-être temps qu'elle cherche une arme et qu'elle prenne son courage à deux mains. Si elle voulait rester en vie, elle sentait bien qu'elle devrait elle aussi mettre la main à la pâte. Avant qu'elle ne puisse penser à s'adresser au conducteur, elle vit Faust sur le capot de la jeep derrière elle, grand et fier comme un adolescent qui accomplirait sa première mission, qui sauta d'une façon tout à fait leste et naturelle jusque sur les marchandises à côté d'elle. Il était dans son élément. C'était là toute sa vie. Le débordement de joie qu'elle sentait émaner de lui lui semblait bien étrange. Malgré toute la foule d'émotions qui allait et venait autour d'elle, elle sentait bien sa propre peur, son cœur qui battait à tout rompre dans sa poitrine et son irrépressible envie de pleurer. Pourtant, le savoir à côté d'elle pour un moment la rassura. Elle n'était ni dans un cauchemar ni seule sans personne dans ce désert de rage et de sang.
Elle ne sursauta même pas en entendant la mitrailleuse. L'habitude, sans doute. Elle avait actionné tellement d'armes différentes au cours des six dernières années et pourtant elle découvrait aujourd'hui leur finalité avec un haut-le-cœur.

Faust sauta sur la jeep devant celle où elle se trouvait. Il allait sans doute continuer longtemps, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de poursuivants... Ou jusqu'à ce qu'il ne s'écroule lui aussi sous les balles. C'était ce qu'il risquait à s'exposer autant, mais peut-on vraiment conseiller un homme qui en a autant vécu dans une telle situation ? Elle n'était personne pour lui, rien d'autre qu'une otage, elle n'avait rien à lui dire, aucune recommandation à lui faire pour sa survie. Au contraire, elle avait tout intérêt à ce qu'il disparaisse, même si elle n'en avait aucune envie. Et pourtant, depuis le début, elle aurait dû. Elle aurait mieux faire de le laisser endormi sur ce banc se faire arrêter comme n'importe quel drogué du coin.
Une gerbe rouge échappa de son épaule. Ce fut à cet instant précis qu'elle se sentit le courage de l'aider. Ou plutôt qu'elle ne se sentit pas le courage de le regarder mourir. Le conducteur était seul dans cette voiture, une arme et des munitions posées sous le siège avant. En se redressant par-dessus les sacs et les caisses, elle put les apercevoir distinctement. Oui, avec ce genre de fusil, elle pouvait largement venir à bout de quatre voitures et même de plus. Ordonnant sans savoir si ce serait efficace aux animaux de rester dans la jeep, elle se laissa glisser sur le siège passer à côté du conducteur et se saisit de l'arme, vérifiant qu'elle soit bien chargée.

"Alors, poulette, on va faire un carton ?"
Très distingué mais il ne fallait pas en attendre trop. D'un geste de la tête, elle désigna le véhicule devant eux. "J'voudrais lui filer un coup de main." L'homme lui répondit par un clin d’œil et dégaina un revolver standard de sa ceinture. Un instant, elle crut qu'il allait l'abattre, mais il se contenta de lui sourire et de lui désigner d'un geste du menton le capot. "Allez, mam'zelle, saute, j'te couvre."
Et voilà que je travaille en équipe avec un pseudo-trafiquant... Sans trop réfléchir à cette nouvelle condition, elle se glissa souplement sur la carrosserie avant de la jeep et une fois qu'elle eut trouvé son équilibre, elle tira profit de toute la détente sèche qu'elle était capable d'avoir, se rattrapant de justesse au bord de la partie arrière de son nouveau véhicule. Peu glorieux mais sans doute pas mal pour une première. Elle était devenue folle, elle ne voyait plus que cette explication.
Trop occupés à viser Faust, elle avait eu de la chance qu'ils ne fassent pas attention à elle. Kylia défit la lanière qu'elle avait passée par-dessus son épaule et se rappela pour la première fois depuis le début qui elle était.
Ou que vous soyez, pardonnez-moi...

Il était là, sur la toiture de l'espèce de grand pick-up, debout, proie et cible facile pour tous. Quel idiot ! Elle lui hurla de descendre, mais il n'entendait rien, trop ivre. Elle sentait bien de là son état second, mais s'il avait pu le délaisser ne serait-ce qu'un bref instant, cela lui aurait été bien utile pour la suite. A ce stade, il ne faisait n'importe quoi. La simple peur de mourir, elle la sentait au plus profond d'elle-même. Tu n'es plus ce que tu devais être, pauvre fou.
Le voyant sans arme et les bras en croix, elle ne fit ni une ni deux et sauta, une main sur la toiture pour l'attraper par la ceinture et le tirer en arrière. Si une nouvelle balle l'avait atteint, elle sentait surtout qu'elle allait devoir amortir sa chute et prévoyait déjà plusieurs côtes cassées. Finalement, ils atterrirent aussi brutalement l'un que l'autre, protégés sur les côtés par les parois métalliques du pick-up. Profitant de cette situation de supériorité -pour une fois depuis toute cette foutue soirée-, elle le plaqua sur le sol peu confortable du véhicule et se plaça à cheval sur lui, faisant pression sur son torse pour l'empêcher de bouger. Penchée en avant pour ne pas se prendre une balle en pleine tête, elle lâcha sur un ton qui n'admettait aucune réplique : "Maintenant c'est toi qui restes là !"

Sûre -ou pas tellement mais vu le sang qui se dégageait de lui, il n'allait pas trop bouger- qu'il reste tranquille, elle se déplaça contre la paroi métallique, restant en-dessous de cet horizon potentiellement protecteur. Bon sang, c'est qu'ils tiraient comment des sagouins ! A se demander où ils avaient appris...
Les salves n'arrêtaient pas, mais bientôt le bruit caractéristique d'une arme automatique à recharger se fit entendre. Parfait ! Se redressant d'un bond, elle cria au conducteur, espérant qu'au moins un des deux les plus proches d'elle l'entende :
"J'vais les faire sauter, accélère !" Et tant pis s'ils n'avaient pas entendu.
Avec une précision nettement augmentée, elle profita de ce moment de répit pour viser le seul vrai point sensible de toute voiture : le réservoir. Elle se demandait cependant où se trouvait cette horrible chose dans ce char de la mort, mais elle se dit qu'elle n'avait pas vraiment le temps d'y réfléchir. Elle tira une première balle. Manqué. Une deuxième. Touché ! L'effet fut immédiat. La voiture explosa instantanément, provoquant une gerbe de flammes noirâtres impressionnantes. Et dire que c'était elle qui venait de faire ça... Essayant de ne pas y penser, elle jeta un coup d’œil en arrière et vit les deux dernières voitures de la file faire un écart pour éviter l'explosion. Parfait. Le véhicule juste derrière le premier avait littéralement traversé les flammes, s'échouant lamentablement sur les débris métallique, arrachant des crissements sinistres avant d'exploser à son tour, enlisé dans l'incendie. Et de huit. Le dernier avait eu le temps d'esquiver. C'était le moment de recommencer le feu d'artifice. Restant calme malgré l'adrénaline qui palpitait à ses tempes comme un signal d'alarme et l'envie concrète de vomir qu'elle réprima parfaitement, elle se concentra et attendit. Elle attendit peut-être un peu trop. La jeune femme eut juste le temps de faire un demi-pas de côté, sentant deux balles effleurer l'intérieur de son bras droit et son flanc. Deux éraflures d'où s'échappaient de minces filets de sang, mais surtout deux douleurs sourdes qui se diffusaient doucement comme du venin. Son cri de douleur avait été atténué par son cœur qui s'était mis à cogner plus fort. Deux petites éraflures, rien de plus. Mais bien plus si elle n'agissait pas rapidement.
Un nouveau coup de feu se fit entendre et quand elle leva les yeux, ce fut pour voir un des types à l'arrière s'effondrer. Gus ou le conducteur derrière elle avait tiré. C'était le moment. Serrant les dents malgré la douleur, elle tira à nouveau dans le réservoir de ce nouvel enfer ambulant, le dos et les jambes entièrement crispés.

C'était fini, enfin.
Du moins, c'était bien ce qu'elle pensait. Mais ce nouveau convoi de terroristes restait encore assez loin. Préférant s'occuper pour ne pas laisser la tension retomber et s'effondrer comme une pauvre larve, elle s'agenouilla près de l'ancien mercenaire et ôta le lourd habit de toile qui la vêtait. Elle se retrouverait les bras nus sous ce soleil mordant, mais tant pis. Sans rien dire mais le cœur au bords des lèvres et l'esprit embrumé à souhait, elle épongea le sang et le contint dans un bandage improvisé mais serré. Mieux serait fait plus tard. Pour l'heure il fallait se carapater en vitesse et le plus entier possible de préférence.
Tout se mélangeait dans sa tête, dans son corps lui-même. Si elle n'avait pas eu cette fichue capacité à ressentir tout ce que le genre humain pouvait éprouver dans les émotions et sensations en tous genres, elle aurait sans doute eu plus de nerfs et serait plus sereine. Bien qu'elle se doute parfaitement que ce soit avant tout une question de caractère et de tempérament.
Son regard croisa celui de son preneur d'otage. Elle ne parvenait même pas à savoir ce qu'il ressentait en cet instant-même tant ses propres émotions l'envahissaient elle-même. C'était bien la première fois que ça lui arrivait, elle qui s'effaçait toujours devant les autres sans pouvoir faire autrement. C'était peut-être agréable de se sentir enfin exister comme un être vivant à part entière et plus une éponge émotionnelle. Ce regard clair ne lui disait rien, mais pourtant -et elle espérait ne pas se tromper- elle avait comme l'impression de sentir un peu de gratitude émaner de quelque part. A moins que ce ne soit son imagination qui venait de décider de la récompenser de ce travail immonde et ingrat qu'elle venait d'accomplir.


"Huit véhicules en vue, préparez-vous." lança la voix de Gus dans l'espèce de calme qui régnait à présent. Résignée, elle se releva, fusil à la main et attendit, prête à tirer. Son cœur semblait jouer une sarabande infernale dans le seul but de voir quelle serait sa limite avant d'exploser. A ce rythme-là, sous cette chaleur harassante et avec la peur qui lui comprimait l'estomac, elle finirait sans doute par s'évanouir. Les voitures roulaient vite, mais elles ne semblaient pas vraiment faites pour des gangsters. Toutes peintes dans le même rouge cerise orné d'un jaune citron tellement voyants tous deux, elles semblaient plus faire partie d'un convoi de tourisme que d'autre chose. Les personnes à leur bord elles-mêmes étaient trop détendues pour être des tueurs. Bien que toute ruse soit envisageable. Ils approchèrent plus encore, klaxonnant et agitant parfois la main en l'air.
"Ne tirez pas ! Ce sont des civils !"
Plus ils furent près et plus ce fut certain qu'ils n'avaient rien à voir avec la chasse à l'homme qu'ils venaient de subir. Certains en voyant l'état des passagers et des conducteurs du convoi marchand faisaient de grands yeux, se demandant sans doute pourquoi hommes et femme étaient armés jusqu'aux dents et semblaient prêts à leur tirer dessus. De leur petit confort insouciant de touriste moyen, ils devaient sans doute penser que les films de flingues n'étaient qu'une fiction bien loin de la réalité.
Ils s'éloignèrent peu à peu, plus rapides et plus légers en indications de sécurité, sans doute. Après tout, ils avaient été pourchassés par une douzaine, voire une quinzaine de voitures jusque là. Cela faisait près de cinquante voire soixante personnes. Pour une première journée de retour parmi les vivants, c'était malheureusement un excellent palmarès.

"On a eu chaud... Un petit coup d'accélérateur, les gars ! On va pas s'éterniser."
Oui, Gus avait bien raison sur ce coup-là.

Kylia bloqua son arme à l'aide de la sécurité et se laissa tomber à côté de Faust, sentant l'adrénaline retomber lourdement sur ses nerfs fatigués. Elle fronça les sourcils pour s'empêcher d'éclater en sanglots et pourtant elle n'en pouvait plus. Comment une simple rencontrer fortuite en ville pouvait conduire jusque là ? La main sur le bas de son visage et les yeux rivés vers le ciel, elle tenta de se contenir, sentant les picotements de son bras et son flanc s'atténuer malgré leur présence indéniable. Pourquoi mais pourquoi Diable fallait-il que ça lui arrive ? Elle se sentait si faible, si ridiculement stupide... Si seulement elle était assurée que la suite se fasse sans encombre, mais elle n'y croyait pas. Il n'y avait aucune raison pour que tout se passe bien.
Et quand bien même le reste du voyage se passerait dans le calme, elle ne doutait pas un seul instant qu'il aurait une foule de questions à lui poser, questions auxquelles elle ne répondrait sans doute pas de façon satisfaisante. La gorge nouée, elle ferma les yeux et respira longuement dans l'espoir de pouvoir se calmer, mais elle ne fit qu'empirer les choses, ne pouvant pas faire autrement que revenir à la peur de se faire abattre froidement dans le désert. La douleur ambiante et l'odeur du sang lui donnait la nausée, elle sentait le soleil mordre ardemment sa peau, peut-être qu'après tout, elle avait bien le droit de ne pas être aussi forte et de craquer. Dans les mêmes conditions, qui ne l'aurait pas fait ?


[A l'arracheuh ~ S'il faut modif des trucs ou autres, n'hésite pas =D]
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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Mar 3 Juil - 21:40

Tout c'était assombri; sa vision, son ouïe... Il ne savait plus où il était, sauf peut-être pour la douleur qui tenaillait son épaule et le côté de son ventre, ainsi que l'un de ces mollets... La douleur était néanmoins amoindrie par le reste de l'adrénaline qui n'était pas encore tout à fait descendue.

Cependant, bien que petit à petit, il retrouva ses sens. D'abord l'ouïe; il entendait des cris, semblant lointains, puis se rapprochant, devenant de plus en plus fort. La douleur dans le côté de son ventre se renforça légèrement assez soudainement, le réveillant plus vite que prévu... il ouvrit les yeux et vit la jeune femme au-dessus de lui, le couvrant de son léger parfum naturel.. Kylia? Elle était à cheval sur lui et l'empêchait de bouger; pas qu'il en aurait été capable vu sa condition... Il se souvint doucement de ce qu'il avait fait... Et surtout se rappela de l'euphorie qu'il avait ressenti... Quel abruti il avait été. La jeune femme avait fait un point de pression sur sa blessure, laissant sa peau à l'air libre... Epuisé comme il l'était, l'esprit divaguant, il se dit qu'elle était tout de même mignonne cette petite... Et innocente ! La réaction qu'elle avait eu après avoir tiré sur quelqu'un en était la preuve! Elle n'avait vraisemblablement jamais blessé quelqu'un ainsi. Ce qui était normal d'ailleurs, jusque là n'importe quel civile ne pouvait se vanter d'avoir blessé un chasseur de prime, ou même d'avoir la capacité de tenir un flingue! Cette innocence lui rappela Eden, comme lorsqu'il avait failli la tuer... Il était maintenant certain que si elles venaient à se rencontrer, elles s'entendraient à merveille.

Les coups de feu retentirent à côté de lui, soudainement inquiet de ce qui pouvait arriver à la fille. Après tout il était responsable d'elle! C'était bien lui qui l'avait enlevé et mise en danger! Maintenant c'était elle qui l'empêcher de se vider de son sang comme un vulgaire porc... Pourquoi faisait-elle cela pour lui? Elle s'était retirée et tenait une arme avec sûreté. Quel genre d'entraînement avait-elle pu recevoir, une telle capacité à l'arme... Une explosion retenti, faisant soudainement tourner la tête de l'ancien mercenaire. C'était elle qui avait fait ça?

Les choses semblaient revenir au calme autour de lui, mais la perte de sang provoqua une nouvelle vague de calme, sa tête légère comme tout... Il n'avait pas l'habitude de se sentir aussi faible, mais lorsqu'il vit l'ombre de Kylia tomber au-dessus de lui, ses pensées furent soudainement très claires. Il l'avait prise en otage pour ne pas qu'elle parle, et maintenant elle venait de le sauver d'une mort stupide qu'il s'était affligé tout seul... Elle n'avait pas fuit, elle n'avait pas sauté du véhicule pour partir avec l'individu qui l'avait appelé... Faust ne savait toujours pas pourquoi elle avait fait tout cela, étant donné qu'elle avait eu maintes occasions de partir... Il ne savait rien, mais était content qu'elle soit restée, qu'elle ne soit pas une innocente de plus dans son carnet de victimes... Oui il ressentait de la gratitude, et une certaine quantité d'un bonheur simple et rassuré.

Le convoi ne s'arrêta pas, sans doute encore incertains de la sécurité de la zone... La voix de Gus se fit soudainement entendre; huit autres véhicules... Faust ne comprit pas exactement ce qui se passait autour de lui, mais il entendit que c'était une fausse alerte... Rassuré, il laissa sa tête tomber sur le côté, épuisé. Kylia resta à côté, mettant la sécurité sur le fusil dans ses mains. Elle tremblait de tout son corps, semblant se retenir de tout lâcher... Il ne savait pas si elle était blessée mais là, allongée à côté de lui, il l'observa craquer, petit à petit, après la peur, la panique qu'elle avait dû ressentir... Elle avait mis toutes ses forces pour le sauver. Comment ne pas lui en être reconnaissant? Elle pleura, toutes les émotions emmagasinées sortant de son corps sous forme de larmes... N'importe qui aurait lâché dès le départ, mais elle s'était retenue; pour paraître courageuse? Ou simplement par nécessité?

Sentant ses forces lui échapper doucement, Faust étira simplement le bras et posa sa grande main sur le haut du crâne de la jeune femme, caressant ses cheveux, comme il le faisait à Eden quand elle se réveillait après un cauchemar ou une journée éprouvante... Il ne pouvait pas vraiment parler, épuisé, mais il avait envie de lui montrer sa gratitude, sa reconnaissance. De fil en aiguille il se dit que lorsqu'il serait sur pied, il partirait, la libérant de cette stupide prise d'otage. Qu'elle le dénonce ou non, maintenant ça n'avait pas d'importance pour lui... Il avait confiance en elle, que ce soit une bonne chose ou non. Sachant sa condition, il envoya toutes les ondes les plus rassurantes qu'il avait en réserve, tout en essayant tant bien que mal de lui murmurer un "merci". Chose qu'il ne sembla pas réussir, et petit à petit la douleur l'empêcha de bouger, et son esprit sombra.


***
Ouvrant les yeux, Faust perçu quelques voix basses, puis le claquement léger d'une porte. Ouvrant les yeux il vit un plafond couleur sable... Ils seraient donc arrivés à Mala Muerte? Tant mieux remarque... Mais il avait été inconscient une bonne partie du trajet si tel était le cas... Comment allaient les autres...?

Tournant doucement la tête, il vit Kylia, étalée dans un fauteuil... Ah... Elle avait l'air calme, la tête penchée contre le dossier du siège, les jambes sur l'accoudoir, les bras croisés... Vraisemblablement elle dormait profondément, ses cheveux tombant doucement sur ses épaules couvertes d'une couverture. Faust remarqua avec quelle douceur les cheveux contournaient l'oreille pour adopter une forme légèrement ondulée, et comment une ou deux mèches tombaient sur son visage, les yeux paisiblement fermés... Il se dit soudainement que c'était une bonne chose qu'elle était endormie; elle n'aurait pas à savoir ce qu'il ressentait à ce moment-là... Une sorte d'admiration d'un physique agréable; il n'était qu'un homme après tout. Mais il admirait aussi son caractère, comment elle pouvait si tranquillement dormir à deux pas de lui. Certes il avait été blessé, mais elle avait aussi vu de quoi il était capable...

Doucement il s'assit sur le côté du lit, remarquant on torse nu, laissant dévoilés les cicatrices et vieux tatouages... Mais aussi deux larges pansements... Un sur l'épaule, l'autre dans le côté de son ventre. Une fois les deux pieds au sol, il se leva, tenant le second pansement en grimaçant; c'était douloureux, sans oublier que même sa jambe semblait avoir prit un coup... Il tituba quelque peu jusqu'à la porte, puis l'ouvrit un peu; il semblait y avoir de l'agitation au-dehors, et il écouta, sachant que personne ne semblait l'avoir vu pour le moment.
"C'est risqué de garder cet homme ici!" Dit alors une voix avec un fort accent.
"Je sais Nassir, mais laisse-lui juste le temps de se rétablir; personne n'oserait venir le chercher dans ta maison, ne te fais pas de souci."
"Peut-être! Mais je ne veux pas prendre de risques! Nous vivons une époque difficile!"
Sans trop hésiter, Faust passa la porte et la ferma légèrement derrière lui. De suite il avait l'attention des deux personnes présentes dans le salon; apparemment il y en avait d'autres dehors, passant de temps en temps devant la porte vitrée. Bien que légèrement courbé sous la douleur, le blond resta néanmoins imposant par sa stature et son aura, rendant Nassir inconfortable, il le voyait clair comme le jour.
"Ne vous en faites pas, nous ne resterons pas bien longtemps... Je vais vite m'en remettre. Et puis nous avons des gens à aller voir."
Nassir allait ouvrir la bouche quand le Dvi Galseau surgit de sur un meuble; Faust leva légèrement le bras pour qu'il vienne s'y poser. Une fois perché les deux têtes s'approchèrent pour se frotter à ses cheveux. Le blond sentait bien qu'ils étaient très content de le voir, ce qui le rendit moins froid dans ses mots, influencé par les émotions de la créature.
"Nous pouvons même partir maintenant, même si j'aimerais autant ne pas réveiller Kylia."
A cela Gus soupira.
"Elle a eu du courage la petite... Tu sais qu'elle t'a sauvé la peau?"
Oui, oui il avait cru comprendre, mais avait peur de l'admettre à haute voix. Il se contenta donc de hocher simplement la tête. Au beau milieu de ce qui lui échappait totalement, Nassir parut gêné, ce qui le mena à dire : "Vous savez... Vous pouvez rester deux jours tout au plus... Le temps de vous remettre de ce qui vous est arrivé..."
Ce qui leur était arrivé? Il ne savait donc rien sembla-t-il; ni pourquoi Faust était blessé, et pourquoi Gus était venir chercher refuge pour lui ici... Ce n'était pas plus mal, il était trop jeune pour savoir quoi que ce soit de l'ancien mercenaire...
"Nous partirons quand Kylia le décidera; après tout c'est bien à elle que je dois ma vie."
La dette était repayée. Il l'avait épargné, elle l'avait sauvé. C'était juste.

Etirant doucement ses épaules, il se retourna, le Dvi Galseau gueulant un instant sur Nassir, puis retourna son attention vers son maître et ami. Encore fatigué, Faust décida de retourner se reposer... Lorsqu'il ouvrit la porte, il vit Kylia réveillée, assise sur le fauteuil. Avait-elle entendu? Peut-être, cela n'avait pas d'importance. Se tournant à peine il ferma la porte, ne voulant pas que les deux autres soient témoin de ce qu'il allait dire.

"Je ne sais pas comment te remercier de m'avoir sauvé. Tu m'as vu ainsi et je regrette... Cependant je t'assure, et j'en met ma main à couper, que une fois mes blessures guéries, je disparaîtrais de ta vie, tout comme un mauvais rêve."

Il étendit finalement la grande main, sèche à cause de la chaleur. Certes il devait avoir l'air crédible, sans chemise et l'air quelque peu évasif, mais il lui devait bien ça; elle ne méritait pas d'être traînée dans ses affaires personnelles.

"Et je jure que jusqu'à la fin de ce parcours, je ne dirais pas un mot si cela n'est pas désiré.
" Puis, avec un sourire, il ajouta : "J'ai la capacité de fermer ma grande gueule quand il le faut, et je m'excuse à nouveau de t'avoir traité avec irrespect."

La main toujours étendue, il attendit qu'elle accepte ce contrat, qui mettrait fin à leur relation lorsque tous les obstacles étaient écartés.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Mer 4 Juil - 19:58

C'était ridicule après ce qu'elle avait fait de pleurer comme une petite fille. Quand on est pas capable de l'assumer, on ne le fait pas, n'est-ce pas ? Pourtant elle l'avait fait, elle avait tué douze personnes, peut-être même treize, alors que si elle avait sauté de cette foutue voiture, elle n'aurait été responsable de rien. Mais peut-être que lui serait mort...
Qu'est-ce que ça pouvait lui foutre, bon sang !? Il l'avait enlevée, il avait failli la tuer, il l'aurait sans doute fait si elle avait tenté de s'enfuir, mais pourtant elle persistait à croire qu'il ne devait pas mourir. Cela ne justifiait en rien le fait de tuer tel qu'elle venait de le faire. Elle pourrait bien prétexter que c'était pour sa propre survie. Mais pouvait-il le faire sans mauvaise foi ? Il l'avait mise à l'abri, comme on aurait protégé une enfant, l'empêchant ainsi d'être la proie des tireurs voire une nouvelle fois otage, cette fois-ci contre rançon. A trop chercher une raison à ses agissements, elle finirait simplement par devenir folle. Elle avait agi sans réfléchir, s'était trop donnée pour quelqu'un qui ne le lui rendrait pas, une fois de plus.
C'étaient dans ces moments de détresse profonde qu'elle aurait aimé pouvoir de nouveau être une enfant à qui l'on pardonnerait qu'elle se blottisse contre quelqu'un. Mais plus encore, elle aurait aimé que son parrain soit là. Son père aurait été d'un plus grand secours encore, mais à la différence de Kamiko, il n'aurait jamais pu se trouver avec elle ce jour-là, dans cette voiture en route pour Mala Muerte et sa belle-famille tant redoutée. Son parrain ne l'aurait pas embarquée dans une telle histoire non plus, c'était certain, mais il était bien le seul en ce bas monde à la comprendre et à savoir la réconforter.

Puis, comme s'il lui était tombé du ciel, elle sentit une grande main se poser sur sa tête. Exactement comme il l'avait fait seize ans auparavant dans sa voiture en revenant du cimetière. Ses manières parfois brutes, sans paroles, et pourtant plus dotée de tendresse que tous les longs discours que l'on pourrait faire ; oui, ses gestes simples et pleins d'une affection sincère lui manquaient et pourtant cet inconnu qui l'avait menée si loin dans ses retranchements avait les mêmes. Il était même plus doux et plein de bonne volonté que Kamiko, qui se retrouvait la plupart du temps pris de cours face à certaines situations, même s'il n'en montrait rien.
La situation aurait presque pu être risible s'il n'y avait pas eu tous ces cadavres sur leur chemin. Elle était là, allongée près de lui jusqu'à sentir le sang qui s'était échappé de sa blessure au flanc tacher ses vêtements, pleurant comme la gamine qu'elle n'était plus depuis longtemps, se faisant réconforter par un assassin à la retraite et potentiellement moitié mort, qui la remerciait de l'avoir sauvé d'une horde de chasseurs de prime. Une aventure incroyable pour une civile sans histoire. Incroyablement morbide. Et pourtant, son aura rassurante, ses longs doigts dans ses cheveux, son regard à moitié absent et pourtant presque heureux... tout lui donnait l'impression que cet instant justifiait à lui seul les quelques horreurs qu'elle avait commises. Cela n'avait rien de gratifiant, treize vies contre une, et pourtant elle venait de sauver quelqu'un.
Sans pouvoir s'arrêter de pleurer, elle se tourna sur le côté et tendit le bras vers lui pour agripper son haut comme si s'accrocher à lui le garderait éveillé et en vie. Sa bouche s'entrouvrit en un merci presque silencieux, et sans qu'elle ne put faire quoique ce soit, elle vit ses yeux se fermer et sa tête s'incliner légèrement plus. Sentant la panique monter d'un cran à nouveau, elle se redressa sur un coude et l'appela une première fois, les doigts toujours fermé sur l'épaisse toile crème amplement tachée de rouge. Il ne bougea pas, ne réagit pas. Non ! Non, pas ça ! D'un bond douloureux, elle fut à genoux près de lui et continuant de l'appeler de façon de plus en plus pressante et affolée, elle tourna son visage pour le voir de face, sa joue mal rasée pesant lourdement dans le creux de sa main. Elle avait fait face à une horde de chausseurs de prime prêts à la sacrifier pour avoir la tête du grand Faust McRey et la voilà incapable de savoir quoi faire parce que ce grand imbécile venait de perdre connaissance. L'être humain est décidément une bien drôle de bête.


"Qu'est-ce qu'y s'passe, derrière ?" gronda la grosse voix du conducteur.
"Il a perdu connaissance, il a perdu trop de sang." Elle avait la désagréable impression d'être dans un mauvais film dramatico-romantique. Elle se promit de ne plus jamais rire de ces pauvres filles en pleurs devant un quelconque bonhomme en train de se vider de son sang qui les remercie pour une chose ou une autre, fussent-elles de parfaites fictions.
"Il respire encore ?"

Et dire qu'elle n'y avait même pas pensé. Prudemment, elle approcha sa joue des lèvres à peine entrouvertes de l'ancien mercenaire. Comme s'il allait la mordre ou lui tordre le cou... Ce fut le léger souffle chaud et régulier qui s'échappait de son nez qui put commencer à la rassurer. Se redressant, elle réfléchit une seconde de plus avant de poser deux doigts contre sa gorge. Son cœur battait toujours...

"Oui. Et son pouls est assez réguliers." Quel beau diagnostic ! Elle songea en cet instant que plus que jamais au milieu de ces marchands clandestins aguerris, elle devait donner l'impression d'une enfant innocente qui n'a jamais rien vu. Une pauvre cruche, en effet...
"Okay, j'préviens le patron." Elle entendit le grésillement du talkie-walkie, puis le conducteur qui parla plus distinctement pour mieux se faire entendre. "Patron, y a Faust qui vient de nous tomber dans les pommes. Selon la p'tite, il est dans un sale état. Et elle est pas bien vaillante non plus, d'ailleurs..." Un grognement se fit entendre puis une voix répondit dans le lointain grésillement qu'il fallait avoir le pied un peu plus lourd sur l'accélérateur.
Se sentant toujours trembler comme une feuille, la jeune femme replaça doucement le bras droit de Faust contre son flanc blessé et se rallongea à côté de lui. Il valait mieux, dans un sens. La tête lui tournait encore un peu et le soleil n'arrangeait rien d'ici-là. Une ombre passa au-dessus d'elle et avant qu'elle ne puisse bouger la tête, le Dvi Galseau était à côté de l'épaule blessée de l'ancien mercenaire. Elle repensa alors à Gabriel, sans doute mort de peur au fond de la jeep juste derrière eux. Elle verrait bien une fois arrivée à Mala Muerte.

Ils s'arrêtèrent enfin, mais Kylia ne bougea pas tout de suite. Elle attendit au contraire qu'on lui dise qu'elle pouvait se lever. Ils étaient à proximité d'habitations, les bruits autour d'eux en témoignaient. Des enfants devisaient et couraient en grand nombre. Ils ne devaient pas être loin d'une école à l'heure de la récréation de l'après-midi. Il était près de trois heures de l'après-midi, peut-être même plus tard encore. Les portières claquèrent et un grande tape du plat de la main fut donnée dans la paroi du pick-up où elle était encore allongée, plongée dans ses pensées. Avec un sursaut, elle jeta un coup d’œil et vit le visage de Gus à moitié souriant. Il devait vouloir se montrer rassurant dans des conditions qui auraient dû la faire trembler de peur. Elle se redressa lentement et vit le vieil ami de son compagnon de route faire un bon en arrière avec des yeux écarquillés d'étonnement.

"Bon sang, mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? Tu t'es pris une balle au visage ?" Ne comprenant pas vraiment le fondement de sa question ni son air presque effaré, elle porta sa main à sa joue droite, puis à la gauche. Elle ne ressentait pourtant aucune douleur. Sa peau avait par contre un toucher étrange. L'empathique regarda le bout de ses doigts mouchetés de poudre rouge sombre. Du sang séché... "C'est celui de Faust." répondit-elle laconiquement en se redressant, les yeux rivés sur le corps toujours inerte à ses côtés. "Ouais, il est pas beau à voir... T'en fais pas, ici on va pouvoir le soigner. Par contre, toi, tu vas me faire le plaisir de prendre une bonne douche, je crois que tu l'as bien méritée."
Comme une poupée de chiffons à qui on aurait octroyé la capacité de marcher, elle sauta au bas du pick-up et reçut contre toute attente une grande tape dans le dos. On a pas gardé les cochons ensemble, n'en fais pas trop... Sans mot dire, elle laissa les autres approcher du véhicule et faire ce qu'ils avaient à faire. Le conducteur de la jeep où elle avait été jetée plusieurs heures plus tôt vint à sa rencontre, son sac jeté sur son épaule et son basset dans les bras, qui ne tarda pas à sauter à terre et à courir vers sa maitresse, soulagé de la revoir. Kylia s'agenouilla dans le sable pour caresser la tête du vieux chien, soulagée aussi de revoir une bouille familière et accueillante après tout ça. Une main fine et calleuse attrapa son bras avec une étrange douceur, comme pour la relever. "Le chef veut que tu rentres dans la baraque pendant qu'on décharge. Allez, viens."

Le contact de l'eau -même chaude- lui fit un bien fou. Le propriétaire de la maison, un dénommé Nassir, n'avait vu aucun inconvénient à ce qu'elle prenne une douche, plutôt étonné de voir une femme débarquer au milieu de contrebandiers, et surtout avec du sang sur presque toute une moitié de visage. C'était lui-même qui avait montré la salle de bains à la jeune femme, sous les recommandations avisées de Gus qui lui conseilla de ne même pas penser à la reluquer. Si elle avait été réellement la petite amie de Faust, ce dernier aurait pu se féliciter d'avoir un tel ami pour veiller au grain. Mais même une fois récurée des pieds à la tête, même une fois que plus un seul fragment de sang même sec ne se trouvait sur elle -hormis ses blessures, naturellement-, elle avait la sensation d'en être encore couverte. A quoi bon avoir des remords pour des assassins ? Elle jeta un coup d’œil à son reflet mais ne se trouva pas changée. Après tout, même les pires monstres peuvent avoir des visages humains.
On frappa à la porte.

"Kylia, c'est Gus. J'peux entrer ?"
Elle sursauta. Et zut... Vite, il fallait qu'elle passe un haut. "Une petite seconde... Voilà, c'est bon."
Le visage marqué d'une grosse cicatrice fit son apparition dans l'embrasure de la porte, un léger sourire aux lèvres. "Alors, championne, ça va mieux ?" Elle ne répondit pas. Il comprit bien vite la gaffe et détourna les yeux en se grattant la gorge. Le silence plana quelques secondes, puis il reprit, toujours enjoué. "Faust a été soigné, même s'il continue de dormir comme un gros. Y avait pas grande raison de s'inquiéter, c'était impressionnant mais pas très grave. Et quelque chose me dit que toi aussi, t'aurais besoin d'une ou deux compresses, hein ? Tiens." Il avait la délicatesse de lui donner de quoi se soigner elle-même et ne pas lui imposer de le lui faire. Pour deux éraflures, il valait mieux en effet qu'il la laisse faire.

Comme elle ne disait toujours rien, il fit un pas en arrière, dans l'intention sans doute de la laisser.
"Gus, attends."
Le visage reparut dans l'interstice, un peu surpris. Ce n'était pas grand chose, une petite tracasserie qui lui tournait en tête depuis un moment, mais il fallait qu'elle sache, si possible sans poser la question directement au concerné. "Je sais que ça va te paraître étrange comme question mais... Est-ce que Faust a ou a eu des enfants par le passé ?" Les yeux ronds et écarquillés de son interlocuteur lui firent comprendre que soit elle se méprenait totalement, soit il s'attendait à ce qu'en tant que petite amie, elle le sache.
"Bah... C'est-à-dire que... S'il a eu des enfants avec d'anciennes copines, lui-même ne doit pas être au courant. En revanche je sais qu'il élève sa nièce, Eden. Tu as dû en entendre parler, sans doute... Pourquoi cette question ?"
Et voilà, coincée ! Il ne restait plus qu'à mentir, il semblait légèrement soupçonneux.
"Toute à l'heure, il s'est adressée à moi comme à une enfant et m'a appelée Eden, justement. Je voulais en savoir plus, mais j'avais peur d'aborder un sujet sensible. Je ne savais pas qu'il avait une nièce... En fait, on ne sait pas grand chose l'un sur l'autre, comme tu as dû le remarquer."
Un sourire bienveillant se dessina sur le visage de son interlocuteur et elle sentit une pointe d'attendrissement émaner de lui. Et voilà qu'elle passait pour la parfaite petite-amie dévouée. Tant pis, au moins elle était crédible.
"Bah, t'en fais pas. Il finira bien par te dire ce qu'il y a à savoir. Tu lui as largement prouvé aujourd'hui que tu en vaux la peine. Et j'vais te dire, je sais pas si Faust a eu beaucoup de femmes dans sa vie après son accident, mais deux ou trois que j'ai vues quand on bossait ensemble étaient de vraies dindes. Le genre à trainer avec un mercenaire pour faire croire qu'elles sont dangereuses, de vraies femmes fatales. Enfin, j'pense que tu vois tout aussi bien le genre que moi. Et toi... Toi en fait, t'es vraiment dangereuse mais au moins ça lui mettra du plomb dans la cervelle." Elle rit malgré tout et lui aussi, satisfait d'avoir réussi à lui arracher plus qu'un sourire. "Et t'en fais pas pour ses manières un peu bourrines. Il a été surpris mais je suis sûr qu'il regrette. Faut lui pardonner, tu n'as pas la tête d'une tireuse... Enfin, sans vouloir te vexer."
Elle secoua la tête pour lui dire que non, un léger sourire aux lèvres. "Non, ça ne me vexe pas. Au contraire, ça me rassure." Le silence se fit de nouveau. Il se racla la gorge. "Bon, j'vais t'laisser. Si t'as besoin de moi, je suis au salon avec Nassir. Mais tu devrais faire comme ton homme et dormir un peu, tu as l'air morte sur pied." Il lui glissa un clin d’œil puis s'éloigna en refermant la porte derrière lui.

Finalement, elle s'était rendue directement dans la chambre où ils avaient laissé Faust dormir. Au moins avec lui il ne risquait rien puisqu'il avait la décence de rester endormi. Debout près du lit, elle contempla son visage endormi un moment. Il avait l'air tout aussi paisible que dans la voiture, mais son état était nettement moins inquiétant maintenant qu'il n'avait plus de sang partout. Au moins, il allait bien, c'était l'essentiel. Avec un peu de chance, les esprits se calmeraient d'ici la fin de la semaine et il pourrait retrouver la fameuse petite Eden et sa vie de civil ordinaire. Les autres avaient laissé les draps en travers de son ventre, et malgré qu'elle se sente légèrement gênée à l'idée de faire ce qu'elle n'aimerait pas qu'il fasse, ses yeux se baladèrent de cicatrices en tatouages qui clairsemaient sa peau claire. Oui, ça il avait dû avoir une sacrée vie... Et il avait été sacrément amoché. Épaule gauche, flanc droit... Du bout des doigts elle effleura la peau de son bras, puis du dos de la main. Non, décidément, les hommes font de piètres infirmiers. Ayant la désagréable sensation d'avoir un geste trop intime avec lui, elle remonta les draps sur lui. Il avait perdu pas mal de sang, il était normal qu'il ait froid.
Elle-même récupéra une couverture sur un fauteuil à côté du lit et s'en couvrit les épaules et ses bras nus. Dans une pièce voisine, des voix se disputaient presque. Sans doute leur présence n'était désirée nulle part. Pourtant il faudrait bien qu'elle se rende chez ses grands-parents. Elle les préviendrait plus tard, il était encore assez tôt. Dans les quatre heures et demie...
Kylia repensa à ce que lui avait dit Gus à propos de Faust. Une nièce, donc. Il devait certainement s'en occuper depuis plusieurs années, que ce soit lui son tuteur ou simplement pendant des réunions de famille. Son geste ne pouvait pas tromper, il avait l'habitude des enfants. Plutôt d'une enfant. La jeune femme sourit. Elle avait eu doublement raison de se jeter à corps perdu dans une pareille fusillade.
Soulagée d'un poids, elle finit par glisser dans une position plus confortable pour dormir, puis sombrer dans un sommeil profond.


Ce fut le cri du Dvi Galseau qui la réveilla en sursaut.
Se redressant lentement dans le fauteuil, elle découvrit tout en s'asseyant que Faust s'était levé. Elle espérait qu'il ne se sentait pas mal. Elle venait de finir de s'étirer quand elle entendit la porte s'ouvrir et des petites griffes cliqueter sur le sol. Gabriel s'approcha d'elle avant devenir s'affaler à ses pieds, comme il le faisait chez elle, assommé par la chaleur. La voix de l'ancien mercenaire se fit alors entendre, pour une fois sans murmure entre eux. Ce qu'il disait avait quelque chose de rassurant, dans un sens. S'il comptait s'en aller et la laisser en paix, c'était bien qu'il lui faisait suffisamment confiance pour qu'elle ne parle pas. Il était temps... Pourtant cette main tendue, ces promesses de vieux légionnaires, tout ça n'avaient rien à faire là. Il n'y avait que ses excuses qui avaient du sens. Néanmoins, elle était désormais sûre d'une chose : cet homme avait plus que bon fond.
Sans même avoir à réfléchir, elle écarta sa main tendue du dos de la main avec douceur, la poussant d'à peine quelques centimètres.

"Parce que tu comptais vraiment me surveiller jusqu'à la fin de tes jours pour que je ne parle pas ?" La plaisanterie n'avait rien de drôle, mais elle tenta tout de même un sourire. "J'accepte tes excuses, mais je ne vais pas tenter le Diable. Si tu me promets de disparaître de ma vie, je connais ma chance légendaire, dans deux mois je te croiserai en bas de chez moi ou même ailleurs alors autant ne rien se promettre à ce sujet. Et pour ce qui est de parler, tu peux t'exprimer autant que tu veux. Je te rappelle qu'il est assez difficile de me cacher quelque chose, je finirai toujours par être au courant."

La jeune femme se leva puis posa une main un peu hésitante sur son épaule valide. "Tu ferais mieux de te recoucher, on a toute la soirée pour nous rendre dans ma famille." Sans vraiment lui demander son avis, elle l'obligea quelque peu à s'asseoir, avant d'elle-même prendre place à côté de lui, conservant deux bonnes mains de distance avec lui. Un moment de silence passa avant qu'elle ne finisse par dire ce qui lui trottait en tête depuis un moment. "Pour ce qui est de me remercier, en revanche, tu n'en as pas besoin. Dans un sens tu l'as déjà fait tout à l'heure. Et puis, même si tu étais mort, ils nous auraient sans doute massacrés pour pouvoir donner ta tête au gouvernement, dans un sens j'ai aussi sauvé ma peau."
Un sourire étira ses lèvres tandis qu'elle croisait son regard. "Sans parler du fait qu'aucun de ces affreux bonshommes n'aurait tenté de m'approcher même en prétextant me consoler de ta mort. Non, franchement, j'avais bien calculé mon coup !" Elle baissa finalement les yeux sur les plis que les draps faisaient sous ses doigts. "Gus m'a aussi dit, sans doute à tort, qu'il y avait une petite fille qui t'attendait quelque part. Même dans vingt ans, elle aura toujours besoin de toi, alors fais attention, maintenant. Je te rappelle que ce n'est pas aux enfants à surveiller les adultes et que je ne serai pas toujours là pour faire le ménage."
Les yeux violets de Kylia remontèrent sur le visage de son interlocuteur à qui elle sourit légèrement de nouveau. "ça va mieux, sinon ? Tout à l'heure tu étais vraiment dans un sale état."
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Mer 4 Juil - 22:24

Il regarda la jeune femme dans les yeux, dressé sur sa jambe légèrement douloureuse. Il s'attendait à ce qu'elle lui serre la main; n'importe qui l'aurait fait, voulant à tout prix se détacher de ce monstre qui aurait pu si facilement mettre fin aux jours de la jeune femme... Pourtant sa petite rébellion se fit savoir. Doucement et sans méchanceté elle repoussa sa main, la sienne douce et calme. Il n'y avait rien de contradictoire dans le geste, mais Faust eu néanmoins du mal à comprendre son sens... Elle lui fit alors remarquer l'absurdité de ses mots; peut-être sans faire exprès, mais il le ressenti comme tel. En effet en y réfléchissant, il avait eu l'air singulièrement ridicule. Elle continua sur le sujet de sa chance légendaire... Que la promesse de ne jamais se retrouver sur sa route serait difficile à tenir... Si tel était le cas... Il sourit tristement, sa pensée le trahissant: il voulait la recroiser, mais tout en étant invisible à ses yeux... La voir se porter de mieux en mieux, bien que de loin, serait une bonne chose... Car la compromettre à nouveau pourrait lui être fatal. Le temps avait toujours été contre Faust, et le destin cruel, le handicap de son passé en était bien la preuve... Serait-il entré comme prévu dans l'armée, il n'aurait sans doute pas eu autant de problèmes, et serait peut-être déjà un haut gradé responsable... Mais bon, les choses avaient été contre lui, et il considéra enfin, pour la première fois, que sa vie de mercenaire avait sans doute servi à quelque chose...

Aussi absurde que cela paraisse, il se dit l'espace d'un instant que s'il avait vécu dans la normalité toute sa vie, il n'aurait pas croisé le chemin de gens aussi merveilleux les uns que les autres... Djan, Gus, et maintenant Kylia... Qu'aurait-il fait sans Kylia? Essayant de garder cette pensée au plus profond de son être, il se laissa doucement installer sur le bord du lit, et pu profiter du contact de la main de la jeune fille. Ce contact était différent de celui d'Eden, et surtout différent de toutes les femmes qu'il avait pu croiser dans sa vie... Derrière l'innocence et l'hésitation, il ne savait pas ce qu'elle ressentait ou pensait. Vraisemblablement, elle n'était plus spécialement gênée par sa présence, et ils se connaissaient depuis moins d'une semaine! Et après tout ce qu'elle avait pu voir de lui, elle continua, bien qu'avec hésitation, à l'approcher. Au début bien sûr, il avait été gêné du contact qu'elle provoquait pour faire croire qu'ils étaient un couple, comme dans le train avec Gus... Mais... Qu'en était-il maintenant? Lui même ne savait pas vraiment, il avait vu (du moins en étant dans un état lamentable) de quoi elle était capable...

Lorsque la conversation tourna vers Eden, son esprit se vida, son coeur se figea. Eden. Kylia avait dû parler à Gus pendant son repos, et lui, en toute honnêteté, lui avait parlé d'elle, ou du moins donné des indices... Il sentit sa sueur devenir plus froide l'espace d'un instant puis elle fit bien comprendre qu'elle ne serait pas toujours là pour l'aider... Eden dans vingt ans. L'idée le terrifia honnêtement. Et lui-même, dans vingt ans, de quelle manière aurait-il changé? Et la petite, avec une vie normale? Ou encore marquée d'un passé étrange qui l'avait rendue muette et fragile...? Il avait peur de se dire que la petite n'ait pas la vie qu'elle méritait, et cela peut-être à cause de lui... Il s'était fait à la responsabilité, l'éducation du jour pour jour, l'entretien d'une relation saine, la place prise comme étant celle d'un père... Faust n'était pas un père, et n'était sans doute pas fait pour. Pourtant Jack lui faisait souvent remarquer à quel point il en serait un admirable... Il avait du mal à y croire.

Kylia, qui était assise à côté de lui pendant un petit moment, lui fit remarquer son état précédent... A cela il sourit amèrement. Il ne savait pas quoi dire; s'il ouvrait la bouche, cela pourrait être trop, ou peut-être pas assez pour se faire comprendre. Mais il tenta néanmoins le tout pour le tout.
"J'ai été stupide sur ce coup-là, mais ça, tu le sais déjà... Je n'ai pas pensé aux conséquences, et honnêtement j'y pense rarement... Tout comme je n'ai pas pensé aux conséquences de ma présence près de toi; tu aurais pu mourir par ma faute, et pourtant tu m'as sauvé. J'ai décidé de t'embarquer dans cette histoire par pure peur... Peur d'être dévoilé pour quelque chose que je ne suis plus..."

Il se sentit obligé de détourner le regard des yeux violets et fixes de la jeune femme... Il lisait dedans une adhérence douce mais ferme, et une compassion sans limites... Ou peut-être se trompait-il, voyant mal les choses à cause de la perte de sang... Il regarda ses mains, se remémorant combien de gens il avait tué avec...
"J'ai été un monstre, un vrai... Mais maintenant je ne le suis plus... Et pourtant, toutes ces choses qui refont surface..."
Il hésita, sentant son coeur se serrer en admettant sa nature. Il avait peur que le monstre soit toujours là, à le hanter éternellement...
"J'ai peur." Admit-il enfin. "J'ai peur que ces choses remontent à ma famille... A la petite qui m'attend... La plupart des choses que j'ai faites, j'ai tout fait pour les oublier! Mais rien ne fait, ce qui s'est passé ne pourra pas changer, et j'en paierais le prix, pour ne pas qu'Eden ait à le subir... Gus a dû te le dire, te parler d'Eden... C'est ma nièce. Ses deux parents ont disparut, ça fait des années que je m'occupe d'elle... Même quand j'étais le plus faible des handicapés on a mis cette responsabilité sur mes épaules... Sans l'aide de mes amis je n'aurais rien pu faire. Et pour ça, le mercenariat n'a, en rien, pu m'aider; ce que j'ai appris avec ce métier n'est pas utilisable dans la vie courante! Je veux dire, en quoi savoir qu'en tirant dans cette zone de la tête la cervelle explose peut aider à élevé une gamine muette à la santé fragile?"
Il se frotta les yeux, tremblant légèrement. C'était la première fois qu'il admettait de telles choses, et n'en ressentait que du mal, du remors...

"Si j'avais été là pour ma famille quand il le fallait, peut-être que j'aurais pu sauver Eden, son futur... Mais maintenant à cause de moi il n'est plus sûr... Je n'aurais jamais dû retourner à Modula, je n'aurais jamais dû prendre le risque de mettre des vies en danger. Et tout ça pour une blague sans doute! J'ai reçu une lettre d'avertissement, que quelqu'un en voulait à ma vie... Mais je veux dire, maintenant, combien sont après ma tête?"

Il avait envie de cogner un mur, n'ayant ni les larmes pour pleurer, ni la volonté de s'apitoyer davantage.
"J'ai été stupide, mais je dois en supporter la responsabilité. Je ne promet donc pas de réussir totalement à disparaître de ta vie, vu que ma présence semble tâcher tous ceux qui s'en approchent... Mais je peux quand même essayer de t'en libérer un peu quand il le faudra... Avec un peu de chance, la prochaine fois, je n'aurais pas à braquer une arme sur toi; surtout maintenant que je sais de quoi tu es capable!"
Il ne savait pas comment elle allait le prendre, mais il sourit en encouragement. Sentant alors le Dvi Galseau manquant d'attention, il le prit sur sa main et l'étendit pour que Kylia le voit bien.
"Je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de te le présenter... Lui, c'est Sven" Dit-il en indiquant la tête de droite. "Et lui, c'est Tyrion." En indiquant l'autre, il sentit l'oiseau satisfait qu'on parle de lui; pas étonnant venant d'un oiseau si fier et beau!
"Et puisque tu as été honnête avec moi, je le serais aussi. Tu dis être empathique pour les êtres humains; je le suis quelque peu pour les animaux. J'ai compris lors de ma jeunesse que je pouvais dompter n'importe quelle sorte d'animaux, du rat de prairie au Skael... Un ami m'a un jour expliqué qu'il était possible que mon aura contienne une onde invisible pour les humains, mais très visibles pour les animaux... Une sorte d'aimant... C'est pour cela que ton chien m'a suivit dans le marché noir, donc en effet ce n'était pas de ta faute, mais celle de ton chien!"

Dire ça comme ça, il devait avoir l'air ridicule, caressant les têtes de l'oiseau content. Il devait aussi avoir l'air singulièrement lunatique, passant d'un apitoiement pathétique à l'explication joyeuse de son pouvoir. Oui en effet, mais plus vite il oubliait ces pensées négatives, et plus il guérirait vite (enfin ça passait toujours mieux dans la joie et la bonne humeur!)
"C'est aussi grâce à cela que j'ai pu donner un chiot à Eden, pour qu'elle s'occupe de lui... Je me suis rendu compte le jour où je lui ai offert qu'elle comprenait bien mieux ce que moi je vivais en devant l'éduquer et m'occuper d'elle... C'est une gamine intelligente, et n'a même pas encore douze ans! J'ai peur pour la crise d'adolescence, mais il faut bien passer par là, n'est-ce pas?"
Bien sûr c'était une question rhétorique, et il avait quelque peu l'impression d'occuper toute la conversation, mais il savait que tant qu'il parlait, son esprit ne se détournerait pas vers des émotions plus embarrassantes, car il fallait l'admettre, il trouvait la présence de la jeune femme rassurante, déjà parce qu'elle avait réussi à le sauver, et aussi parce qu'elle saurait de suite s'il disait un mensonge... Lui étant tout de même un excellent menteur, elle saurait de suite, et donc il lui fallait être parfaitement honnête... Mais derrière tout ça il avait peur de s'attacher, provoquant un mélange de sentiments contraires : l'envie de la connaître, qu'elle le connaisse, mais aussi cette peur de pouvoir la perdre... Car comme on lui avait tant dit : "Plus on s'accroche, et plus la chute est dure."

Car si en effet il venait à la perdre, comme il était prévu (lorsqu'ils partiraient chacun leur chemin), il sentirait ce même vide que quand son frère avait disparut... Un vide qu'il avait eu du mal à combler, bien que la présence de Jack et Eden ait pu aider... Faust ne pouvait pas se permettre de redevenir une coquille comme autre fois.

"Tu savais que je suis devenu Barman?"
Il sentit quelque peu la surprise venant de son côté, en même temps il devait être difficile d'admettre que cet homme si dangereux se tenait derrière un comptoir à sourire et servir de l'alcool aux gens toute la journée.
"Quand je me suis rétabli de mon accident, j'ai décidé de venir aux services de gens... J'en suis finalement venu à servir les gens! Qui aurait pu imaginer, après toutes les choses que j'ai vécu, qu'une vie simple à nettoyer des verres, servir de l'alcool à des gens et s'occuper de l'éducation d'une petite fille pouvaient être suffisant? Je veux dire... Je n'avais pas l'intention de redevenir comme avant, j'avais raccroché la veste! Et pourtant me voilà..."

Réalisant qu'il en avait beaucoup dit, il rougit un peu, gêné. Il n'avait pas laissé une seconde de répit à la jeune femme... Que devait-elle penser maintenant? Doucement il se leva.
"Désolé... Je... Je dois aller trouver mon épée... J'aurais tout le temps de me reposer plus tard... Peux-tu peut-être récupérer tes affaires? Au plus vite nous partons, et au plus vite nous serons en sécurité dans ta famille!"
Il sortit rapidement, boitant quelque peu, mais se forçant à avoir l'air bien et à l'aise. Une fois sortit il vit que Nassir n'était plus là, et Gus buvait à la table. Voyant Faust arriver il sourit.
"Elle va bien Kylia?"
"Oui... Merci de t'être occupé d'elle Gus."

"Pas de soucis mon vieux, on se connait depuis bien longtemps, et je dois avouer que cette petite est formidable. Tu devrais vraiment t'accrocher à celle-ci mon ami, c'est une espèce rare!"
A cela Faust rit, bien qu'étant nerveux.
"Où est mon épée?"
Gus se leva un instant et sorti la lame enroulée dans le tissu de derrière un canapé.
"Voilà voilà! Comme neuve!"
Il la tendit à Faust qui la prit d'une main hésitante... Tant de problèmes à cause de cette simple épée. Sans regarder dans les yeux de son ami, l'ancien mercenaire dit vite : "Nous allons partir... Je ne peux pas encombrer Nassir plus longtemps, et je ne me sens pas en sécurité ici... Et après tout, vous irez bien mieux sans moi!"
A cela Gus sourit, étirant un bras en direction de Faust. Ce dernier s'avança et l'enlaça fortement (comme un homme!) tapant sur le dos de Gus.
"Peux-tu aider Kylia avec ses affaires?"
"Bien sûr! Une voiture est dehors, je vais vous appeler un conducteur! Un qui aime particulièrement ta copine je dois dire!"
Faust sourit amèrement; ce n'était pas vraiment sa petite amie, mais le fait que quelqu'un d'autre ait des vues sur elle... Il était un peu sur la défensive, égoïstement, et sans doute stupidement, il pensa brièvement : "C'est mon otage, ma protégée!"

Bien sûr il s'efforça de penser que c'était comme lorsqu'il protégeait Eden... Mais bien sûr ce n'était pas exactement le cas. Il chargea donc la voiture, et attendit que la jeune femme sorte de la maison, espérant qu'elle ne soit pas dans tous ses états à cause de lui... Et il avait suffisamment confiance en Gus pour savoir qu'il l'aiderait en cas de problèmes; pour lui-même en revanche, il n'en n'était pas exactement certain. Assit à l'arrière du pick-up, il remarqua une ou deux gouttes de sang, probablement le véhicule n'avait pas été nettoyé correctement; tant pis, ce n'était pas comme si cela allait attirer de l'attention! Ils étaient quand même à Mala Muerte maintenant, ville du sang et des gladiateurs... Levant la tête, il remarqua que le soleil perdait de sa chaleur, et que bientôt la nuit les noierait dans une obscurité solitaire et froide... D'ici là ils seraient chez la famille de Kylia, où toutes sortes de surprises devaient les attendre.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Jeu 5 Juil - 23:58

Elle ne savait pas si ses paroles allaient l'agacer ou au contraire l'apaiser, mais elle avait senti cette légère tristesse, cette raideur quand elle avait parlé de sa nièce... Et comment ne pas noter ce sourire amer ? Elle avait peut-être été maladroite, mais dans le fond, ils ne se connaissaient pas. Comment savoir ce que l'on pouvait dire ou ce qu'il était impossible d'évoquer ? Lui-même n'était pas certain de ne pas la blesser, ou de ne pas remercier une habituée de la fusillade improvisée pour avoir fait quelque chose qui pour elle serait somme toute banale. Même s'il était assez dur de croire qu'elle soit une tueuse dans l'âme. Comme l'avait dit Gus, c'était écrit sur son visage.
Pas une seule fois dans tout ce qu'il dit elle n'ouvrit la bouche pour faire un commentaire. Elle écouta, attentivement. Mais pas avec cette attention polie qu'ont la plupart des personnes en attendant de pouvoir dire la sienne. Non, elle l'écoutait parce que ce qu'au fil de ses mots, elle sentait son aura devenir comme plus légère, moins compacte, plus accessible. Le visuel d'une coquille ou d'une carapace qui se fissure n'est jamais aussi loin de la vérité qu'on ne le pense, mais ce n'était pas vraiment ce que Kylia ressentait vis à vis de ces confidences. Il ne s'ouvrait pas à elle, comme beaucoup de romantiques en quête d'histoires rocambolesques l'auraient pensé. Elle avait bien plus l'impression qu'il démêlait lui-même une partie de ses problèmes, comme la plupart des personnes le font en se confiant à un être extérieur à la situation. Quoiqu'il en soit, elle sentait bien qu'il avait quelque part besoin de son attention et la lui donner ne lui coûtait rien. Strictement rien.

Malgré le fait qu'elle soit bien d'accord avec lui sur le danger qu'il représentait à ses côtés, elle ne put s'empêcher de se sentir coupable. C'était tout de même de sa faute à elle s'il était dans cette situation. Si elle ne l'avait pas suivi comme une pauvre imbécile, jamais il ne se serait fait repérer et il aurait pu rentrer chez lui et retrouver sa nièce. Elle avait vraiment foutu sa vie en l'air, dans un sens.
Son cœur se serra en même temps que le sien quand elle l'entendit se confier sur ce qu'il pensait de lui-même. L'être humain est un monstre, du moins peut-il le devenir à tout instant. Ce don d'empathie lui donnait malheureusement la fâcheuse manie de n'en vouloir à personne et de pardonner à tout le monde, mais elle devait avouer qu'au plus ça allait au moins elle avait envie de se dire que cet homme était véritablement capable du massacre qu'il avait commis plus tôt. Du moins il ne l'était plus. Il avait quelque chose à protéger, il avait peur de disparaître, peur d'être jugé et sans doute peur de se perdre. Sa détresse se tapit au creux de la poitrine de la jeune femme, et plus encore que ses mots, elle sentait ses émotions. Si elle s'était écoutée, si elle avait pu répondre à l'impulsion qui l'assaillait, elle l'aurait serré contre elle et l'aurait rassuré. Cependant, elle ne savait pas quoi lui dire pour l'aider. Alors elle ne bougea pas et le laissa continuer sur sa lancée. Oui, parler serait la meilleure méthode pour lui de se libérer de ce poids.

Il lui rappelait de plus en plus Kamiko. Son parrain aussi avait dû se sentir incapable de s'occuper d'une enfant. Il avait dû avoir du mal à s'imaginer comment faire, à comprendre ce qu'on devait dire, quoi faire quand elle tombait malade, quoi lui dire quand elle était triste... Être parent ne s'improvise pas. Être tuteur après un père non plus. Elle ne savait pas exactement dans quelles conditions la petite était venue sous la tutelle de Faust, mais elle comprenait parfaitement les difficultés qu'il pouvait éprouver face à cette responsabilité. Elle-même en voyant son amie Nell devenir mère presque un an auparavant s'était demandée comment elle avait pu réussir à s'acclimater aussi vite, mais aussi comment elle pouvait faire pour ne pas mourir d'inquiétude à chaque pas de son fils. Avec un passé pareil, même si elle ne pourrait jamais se mettre à sa place, elle pensait bien que c'était difficile d'avoir une haute estime de soi en tant qu'éducateur. Mais pourtant, il l'aimait tellement, il était si soucieux d'elle... Sans aucun doute, il l'élevait depuis suffisamment longtemps pour se sentir comme son père sans même en avoir conscience. Kamiko aussi avait fini par l'être pour Kylia.
Du moins le lui avait-il confié quelques mois plus tôt avant de partir. C'était bien la première fois qu'elle l'avait vu trembler, les larmes aux yeux, comme un homme qui a peur pour sa fille unique. A la différence que son parrain lui avait aussi confié souffrir du fait qu'elle ne soit que sa filleule et qu'il ne resterait pour elle qu'un parrain et pas son père. Oui, la vie est parfois mal faite. En entendant cependant l'ancien mercenaire se confier ainsi, elle comprit qu'il faudrait peut-être un jour qu'elle parle de toutes ces années qu'elle avait passées avec lui à l'ancien détective. Sans lui, elle ne serait sans doute pas dans une situation aussi dangereuse, mais elle n'aurait jamais été aussi heureuse et équilibrée comme elle l'était à ce jour, elle en était certaine. Oui, elle l'appellerait dès qu'elle rentrerait à Modula, et même s'il n'aimait pas parler de tout ça, elle lui exprimerait ce qu'il n'avait jamais voulu entendre pour sans doute ne pas avoir l'air d'un cœur d'artichaut devant celle qu'il se devait de protéger comme un homme, un vrai, comme il disait.

Un léger sourire se dessina sur ses lèvres. S'il pensait vraiment qu'elle pouvait être dangereuse, au moins se tiendrait-il tranquille pendant la semaine à venir. Même si elle ne doutait pas un instant qu'il serait d'agréable compagnie dès lors qu'il s'était confié à elle. Il était désemparé et pourtant il essayait de lui sourire. La jeune femme remarqua les légers plis que creusait son sourire au coin de ses lèvres et les quelques plis au coin de ses yeux. Ce n'était pas encore un vrai sourire, mais il lui allait tellement mieux que le masque de froideur qu'elle avait pu voir sur ce visage. Il se dégageait de lui une assurance mûre et douce, le tout lui conférant un charme qui avait dû en faire craquer plus d'une.
Passant du cop à l'âne, il lui présenta le Dvi Galseau tout fier posé sur sa main. Une bien étrange démarche mais qu'elle accueillit comme un retour forcé de bonne humeur. S'il se sentait mieux en parlant d'animaux, elle n'allait pas le contrarier. Au contraire, au plus il serait calme et apaisé, au moins elle se sentirait oppressée. Avec un sourire plus complice, elle avança avec prudence la main vers les deux têtes de l'oiseau, puis finalement put caresser les plumes au sommet du crâne de chacune d'elle. Au moins il l'acceptait, ce serait plus simple pour la suite du séjour. Tout en l'écoutant parler de sa capacité - étrangement proche de la sienne, le monde est décidément tout petit-, elle continua de flatter du bout des doigts les deux encolures fines et majestueuses. Ainsi donc, les animaux étaient attirés par lui... Si elle l'avait su plus tôt !

Un moment de silence passa dans une sérénité qu'elle ne pensait pas possible avec un ancien mercenaire qui l'avait enlevée en défonçant sa porte d'entrée quelques heures plus tôt, mais cela n'avait rien de désagréable. Bien au contraire. Bien qu'elle devait tout de même avouer cette relative intimité quelque peu gênante. Ils faisaient certes plus ou moins semblant d'être en couple devant les autres, mais seuls tous les deux, ils pouvaient ne pas se parler et ne pas être si proches. Pourtant, c'était presque l'inverse. La suite leur dirait bien ce qu'il se passerait, mais elle devait avouer préférer éviter de s'attacher trop facilement à cet homme. Il avait raison sur un point : le fréquenter restait dangereux et au moins elle resterait avec lui au moins elle courrait de risques.
Son intervention soudaine la surprit. Barman ? Ce n'était pas tant la fonction qui l'étonnait tant, mais plus la singulière familiarité avec laquelle il venait de le déclarer, comme s'ils étaient de vieux amis qui venaient de se retrouver après plusieurs années sans nouvelles.
Elle allait lui parler, essayer de dire quelque chose pour ne pas le décourager ou lui faire penser qu'il l'ennuyait, mais il s'excusa bien vite, rougissant comme un enfant pour partir chercher sa fameuse épée. Elle eut à peine le temps de lui répondre un oui évasif qu'il était déjà sorti, avec quelques difficultés à cause de sa jambe blessée. Quel drôle de phénomène !

La jeune femme se releva et récupéra son sac bien plus léger sans son arme et demanda à son chien de la suivre, une série de petits cliquetis sur ses pas. Quand elle arriva dans le salon, elle croisa le regard de Gus qui s'approcha d'elle avec un sourire, une mallette familière à la main.

"Tiens, je crois que c'est à toi." Le remerciant, elle reprit son arme et la glissa dans son sac de sport. Elle ne savait pas si elle s'en resservirait, mais c'était tout de même un petit bijou de mécanique sur lequel elle avait passé de nombreuses heures. "Et voilà de quoi soigner ton homme. Je sais bien qu'une femme fait toujours plus attention à ce genre de trucs que nous." Il lui glissa un clin d’œil amical, puis posa sa grande main sur son épaule pour la conduire jusqu'au dehors. "Faites bien attention, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Et au plaisir de te revoir. On évitera le sang et la fusillade, la prochaine fois."
Elle rit légèrement plus par politesse, puis s'éloigna en lui adressant un léger signe de la main avant de faire grimper son chien dans la jeep puis monter elle-même derrière Faust.
"Alors, mam'zelle, où c'est qu'on va ?" Le ton presque trop familier lui donna envie de l'envoyer sur les roses mais elle répondit laconiquement en échange. "A la limite du quartier ouest avec le désert. A côté du bar la Sierra." Le coup d’œil indiscret dans le rétroviseur la glaça. Elle n'était pas du genre à repousser les gens, mais elle n'aimait pas les manières trop insistantes de ce genre d'homme. "On rend visite au très sacré clan Guanahani pour demander l'asile ?" Il voulait jouer à ça ? "Non, voyons, j'ai été payée pour tous les éliminer et faire le ménage de tous les témoins, ça se voit pas ?" Il rit comme le pauvre âne qu'il était puis démarra. Au moins il avait compris.

Une dizaine de minutes plus tard, ils furent en vue de la fameuse maison. Mitoyenne avec une espèce de gros rocher qui s'élevait de plus de dix mètres dans le sable, c'était une bâtisse respectable divisée en deux bâtiments composés semblaient-ils de plusieurs petites maisons entassées les unes sur les autres, dans un assemblage parfois astucieux d'escalier. La maison type qui s'était agrandie du mieux qu'elle pouvait en même temps que la famille et qui n'avait au final plus rien de fonctionnel. Un portail à hauteur d'homme recouvert de canisses poussiéreuses cachait avec ses murs une grande cour qui donnait jusqu'au pied du rocher et formait une liaison entre les deux bâtisses. L'empathique attendit cependant que le conducteur s'éloigne. Elle ne voulait pas qu'il puisse voir où elle entrait. Elle était chez elle, tout de même.
Le quartier était calme à cette heure. Il fallait dire que ce n'étaient pas les quelques grandes maisons peuplées de personnes âgées, de familles honnêtes installées là depuis des années et bien peu décidées à quitter ces lieux mal fréquentés qui iraient faire n'importe quoi. Sans hésitation, elle poussa le portail qui ne grinçait plus depuis que son oncle avait dû le graisser. Elle le referma derrière Faust et à peine eût-elle fait trois pas que deux filles d'environ douze et huit ans chacune accoururent sous la lumière jaune des lanternes. La plus petite dépassa la plus grande et lui sauta littéralement dans les bras en l'appelant, ce qui lui fit faire un pas en arrière.

"Bonsoir, Aymara. Tu es bien en forme, dis-moi."
Elle embrassa la petite et sa grande sœur avec un sourire, puis la main toujours posée sur la joue de la plus âgée, elle demanda malgré tout : "Ta mère et grand-mère étaient bien au courant qu'on arrivait aujourd'hui ?" La concernée acquiesça. "Oui, on vous a même attendus pour manger. C'est mamie qui l'a décidé." Kylia se redressa et rit doucement. "Alors si grand-mère l'a dit..." Les prenant chacune par une épaule pour les placer devant elle face à l'ancien mercenaire, la jeune femme présenta les deux petites -toutes deux brunes aux grands yeux noirs avec de longs cheveux bouclés- avec un sourire fier : "Faust, je te présente Lisa et Aymara, mes deux plus jeunes cousines. Les filles, voilà Faust qui va rester avec moi pendant la semaine." Elles dirent un bonjour timide, puis la petite releva la tête avec excitation vers l'empathique. "C'est lui ton amoureux, alors ?" Allez, ça commençait. Elle émit un léger sifflement entre ses dents avec une grimace, comme si on venait de la pincer, puis répondit avec humour : "ça dépend des jours. Il a pas ronflé cette nuit alors ça va, c'est encore mon amoureux." La petite éclata de rire, puis elles partirent en courant pour annoncer leur arrivée.
Relevant ses yeux violets sur le visage de son compagnon de voyage, elle lui adressa un sourire désolé.
"Accroche-toi, ce n'est que le début. Ils sont très nombreux, mais je vais essayer de limiter la casse. Ça va bien se passer."
Tandis qu'ils traversaient la cour, la silhouette de sa grand-mère se dessina dans l'encadrement de la porte ouverte. C'était une femme de taille moyenne, ronde quoique sans complexe à en tirer, qui ne faisait pas ses soixante-six ans. Elle avait été séduisante dans sa jeunesse, c'était certain, mais un caractère en acier trempé se dessinait sur ses traits malgré une féminité débordante. Elle serra sa petite-fille dans ses bras, avant de tendre la main à l'ancien mercenaire. "Je suis soulagée de vous savoir enfin là. Il y a eu du grabuge dans le désert, on se faisait un de ces soucis. Je suis vraiment contente de faire votre connaissance. Kylia nous avait bien caché votre existence, la vilaine. Allez, entrez, vous devez mourir de faim."

A peine eurent-ils mis un pied dans le salon qu'un jeune homme fin et de grande taille vint à la rencontre de Kylia qu'il poussa volontairement de l'épaule avec un sourire de gamin insolent. "C'est pas possible, ça ! A peine arrivée t'es déjà en plein milieu !" Elle leva la main comme si elle allait lui coller un revers et il fit mine de se protéger le visage. "Grand-mère ! Kylia veut me taper, au secours !" La concernée lui décocha un magistral coup de cuillère en bois derrière la tête et rétorqua sur un ton faussement sévère : "Toi, tu laisses ta cousine tranquille sinon c'est la marmite que je te jette à la figure !" La jeune femme et son cousin explosèrent de rire comme deux gamins avant de se serrer dans les bras l'un de l'autre. La maitresse des lieux leva les yeux au ciel en soupirant avant de s'adresser à Faust : "Ne faites pas attention à eux, ce sont deux cas. Ils ont pas dû naitre l'année où on bradait les neurones."

Ils allaient dîner en petit comité pour le soir. Autant dire qu'ils seraient une dizaine à table. Mais il fallait encore le temps que tout soit prêt. Ils n'étaient jamais pressés, heureusement. Joao avait tenu à de suite apporter de l'eau dans des bols pour les animaux. Gabriel se jeta littéralement sur l'écuelle. Le jeune homme se redressa et adressa un sourire presque tendre à sa cousine. Ils avaient le même âge, même s'il faisait un peu plus jeune qu'elle. La mâchoire carrée et les côté du crâne rasé, il avait hérité des cheveux noirs en bataille de son grand-père et de ses épaules massives. Il avait cependant les yeux clairs de sa mère. Kylia et lui étaient les deux seuls petits-enfants de la famille à ne pas avoir les yeux sombres. Comme quoi, les coïncidences sont partout ! "Vous voulez pas que je vous laisse mon studio pour la semaine ? Ça me dérange pas de dormir dans la chambre d'ami. Au moins vous pourriez dormir ensemble." Prenant soin de ne pas se racler la gorge sous la gêne, la jeune femme répondit le plus naturellement possible : "Oh non, t'en fais pas, ça nous arrangera pas de monter dans ton studio. On m'a défoncé ma porte hier soir et en intervenant Faust s'est entre autres claqué un truc. Il dit rien mais il a un peu de mal à marcher, alors les escaliers, on va éviter. En plus ton escalier est super raide, même moi je vais me tuer en descendant." Son interlocuteur leva les yeux au ciel en riant avant de serrer la main à Faust qui était resté en retrait. "Celle-là, j'vous jure ! Mes sincères condoléances, votre vie devait être si paisible sans elle !" Une pantoufle vola depuis la porte ouverte de la cuisine, que le jeune homme esquiva se justesse en se baissant.

Se retenant de rire tandis que le duo comique recommençait, la jeune femme prit presque naturellement et surtout pour débloquer la situation la main du barman dans la sienne et le guida doucement jusqu'à la chambre d'ami au rez-de-chaussée, où elle lâcha précipitamment les doigts de l'homme en détourant les yeux, comme si elle avait commis un impair. Ce n'était pas tant le fait d'avoir tenu sa main, mais plus le fait qu'ils fassent croire qu'ils soient ensemble et qu'il ne s'imagine quoique ce soit. Elle n'était pourtant jamais gênée d'attraper la main de ses amis ou même connaissances en tant normal...
Il y en avait bien une autre, plus grande, à un demi-pallier, mais elle restait celle de ses grands-parents depuis des années. La pièce était simple et surtout entièrement symétrique. Deux armoires et deux lits simples longeaient les murs, tandis qu'en face de la porte trônait une porte-fenêtre qui donnait sur la cour, juchée d'un e petite table de nuit de chaque côté. Se dirigeant vers celui de gauche, l'empathique posa son sac sur les draps fraichement changés.
"Tu peux t'installer à l'aise. Ici, tu seras considéré comme étant chez toi." Elle se laissa tomber assise sur le lit, sentant la fatigue peser à nouveau sur son esprit. "Ils sont un peu envahissants de prime abord, mais il faut leur pardonner. Ils sont toujours tous ensemble... Enfin, j'ai pas vraiment connu ça, je comprends un peu pourquoi ma mère est partie quand elle a pu le faire."

Il se passa un moment avant qu'elle ne se mette en tailleur sur son lit, toujours plongée dans ses pensées. S'il lui avait répondu quelque chose, elle n'avait fait que lui rendre un sourire machinal et songeur. Peut-être qu'elle pouvait lui dire quelque chose en rapport à la discussion qu'ils avaient eue chez Nassir ?
"Par rapport à ce que tu m'as dit tout à l'heure... A propos de ta nièce..." Elle soupira. "Je voulais te dire, il ne faut pas t'en faire autant. Je ne sais pas ce qui est arrivé aux parents de cette petite Eden mais quoiqu'il en soit, aujourd'hui son père c'est toi. Même si elle a un père et qu'elle l'a connu, même si ce père gardera une place dans sa vie pour qu'elle se construise, celui qui l'aide tous les jours, qui la console quand elle est triste, qui lui explique le monde, qui la soigne quand elle est malade et qui l'empêche de faire des cauchemars, c'est toi. Et ça restera toujours toi, toute sa vie, même si elle retrouvait son père. Le plus important pour elle, ce n'est pas ce que tu as été, ni si tu sais tuer quelqu'un. Le plus important pour elle, ce qui comptera le plus dans tous ses jugements, c'est tout ce que tu lui auras donné. Elle t'aimera toujours autant qu'elle t'aime aujourd'hui, et peut-être même que quand tu seras plus vieux et que ce sera ton tour d'avoir besoin d'aide, tu seras surpris de voir qu'elle n'a rien oublié." Elle sentait sa voix trembler légèrement, pourtant elle souriait. "Je te dis ça parce que... Moi aussi j'ai été élevée par un homme qui n'était pas mon père. Mes parents sont morts quand j'avais huit ans, dans un accident de voitures. La famille que tu vois aujourd'hui, je ne l'ai jamais connue. C'est la deuxième fois que je vois ces gens. Ça fait seulement cinq ou six mois que je les ai retrouvés. C'était la volonté de ma mère." Elle baissa les yeux sur ses chevilles mattes et osseuses. "En attendant c'est mon parrain qui s'est occupé de moi. Ça n'a rien eu de facile pour lui. Il s'occupait beaucoup de moi avant, ça il faut le reconnaître, mais du jour au lendemain il m'a eue au quotidien. En plus à cette époque j'étais muette comme une carpe. Je crois que pour le coup il aurait préféré que je sois une vraie pipelette... Ce n'était pas un homme qui était fait pour être père. Le genre froid, dur, qui ne parle jamais et qui est toujours absent de chez lui pour ne pas voir ses problèmes en face. Pendant des années, je me suis dit que j'étais son fardeau, que c'était pour ça qu'il n'était jamais là. Mais maintenant que je prends tout ça avec du recul, je me rends compte qu'il a toujours été là. A tous mes anniversaires, le soir de mon premier rendez-vous, quand j'étais malade... Il m'a fait réviser mes examens de fin d'année, il était encore là quand j'avais besoin de travailler... Ce n'est pas mon père, j'ai connu mon père et il ne remplacera jamais son souvenir. Mais il a été un père."
Elle releva les yeux vers lui, une larme ayant coulé sur sa joue malgré son sourire pourtant radieux. "Ne te décourage pas. Tout ce que tu donneras de toi, elle le verra et le gardera toujours quelque part. Et ce n'est pas parce que tu te fais du souci que tu fais mal les choses. Tous les parents meurent d'inquiétude pour leurs enfants, même d'adoption."
Elle baissa de nouveau les yeux et secoua doucement la tête de droite à gauche : "Et ne crois pas que tu es un monstre. Tu l'étais peut-être par le passé, je ne peux pas le dire, mais un vrai monstre n'est capable ni de compassion ni de tendresse. On voit que tu aimes cette petite, tu éprouves du remords. Ça, c'est humain. Tout à l'heure, avant que tu ne perdes connaissance, tu as su quoi faire alors que c'était pas gagné. Je ne pense pas qu'un monstre en aurait été capable. On change tous avec le temps."

[Bon, c'est un peu à l'arrache... En tout cas, n'hésite pas à te servir des PNJ à ta guise, ça grouille de partout dans la maison o/]
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Sam 7 Juil - 17:40

Le conducteur énerva quelque peu Faust, mais vraisemblablement Kylia savait comment le remettre à sa place. Il ne put s'empêcher de sourire à la réplique. Le voyage se fit sans encombres, mais surtout dans le silence. Faust n'osa pas vraiment dire quoi que ce soit, surtout tant qu'il y avait un témoin dans les parages.
Finalement ils arrivèrent devant une grande bâtisse, divisée en plusieurs parties sembla-t-il, une sorte de maison en patchwork selon lui. Mais au final le rendu donnait tout simplement un immense bâtiment... Combien de gens vivaient là-dedans? Il n'avait même pas demandé à Kylia combien de gens il y aurait... De suite l'idée d'avoir un certain nombre de gens dans la maison le rendit nerveux ; et si quelqu'un de suffisamment âgé le reconnaissait? Il y eut bien une époque où son visage était affiché sur des panneaux, et il doutait fortement que l'on oublie ce genre de choses... Se roulant les épaules dans l'espoir de se détendre, il passa derrière Kylia une fois la voiture partie. Avec les affaires en main, ils entrèrent dans une grande cour... Immédiatement deux petites accoururent et sautèrent dans les bras de la jeune femme... Il avait l'impression que cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu d'enfants, et là il reconnaissait parfaitement les agissements d'Eden...

Kylia se tourna donc vers lui avec les deux petites sous chaque main, et le présenta. Comme tout enfant de cet âge, elles furent légèrement timide à le saluer; comme quoi les étrangers font toujours peur quoi qu'il arrive! Faust les salua donc en retour, mais sans bien lever la voix, car après tout, la forme n'était pas exactement au rendez-vous. Puis il y eut l'affaire de "l'amoureux". Eh bien oui, c'était bien lui qui avait dit qu'elle était sa petite amie, et au final il en faudrait bien payer le prix... Quoi qu'il en soit, malgré la gêne qu'il pouvait voir sur le visage de la jeune femme, elle répondit avec humour, ce qui le rassura, et le fit même sourire. Lui ronfler? Pas qu'il le sache, mais ce genre de commentaire était la bienvenue, et l'aida à se détendre.
Alors que les petites coururent jusqu'à la porte, les deux adultes prirent plus ou moins leur temps pour traverser la grande cour. Faust sentait le Dvi Galseau les survoler, regardant tout ce qui se trouvait au-dessous de lui avec une curiosité sans pareille. La chaleur semblait lui rappeler le désert où il avait fait la rencontre de Faust... Comme quoi, l'oiseau avait une très bonne mémoire. Lorsqu'ils approchèrent de la porte, ils furent accueilli par une femme relativement âgée. Elle avait l'air bien en forme, énergique. Elle leur dit à quel point elle était rassurée de les voir enfin là... Et si elle avait su que ce fameux "grabuge dans le désert" avait été la cause de la présence de Faust, ou même de Kylia, elle aurait sans doute eu du mal à y croire...

Elle n'hésita pas à les pousser quelque peu à l'intérieur, où ils croisèrent un nouveau membre de la famille... Assez surprit, Faust constata que sa coiffure n'était pas loin de celle qu'il avait lors de sa jeunesse, bien que ses cheveux à lui n'aient jamais été sombre. La légère altercation entre Kylia et son cousin lui rappela ses frères, à se chamailler ainsi, bien que ce n'était pas sérieux.
Mais lorsque la grand mère frappa le jeune homme avec la cuillère en bois, rit en gardant une main à son menton, observant les réactions. Puis lorsque la grand-mère lui dit : "Ne faites pas attention à eux, ce sont deux cas. Ils ont pas dû naitre l'année où on bradait les neurones." il explosa tout simplement de rire. Quelle famille!
Il avait imaginé beaucoup de scénarios, mais celui-ci n'en n'avait pas exactement fait parti. Car après tout, il avait oublié ce que c'était d'avoir une famille, avec des membres plus âgés pour charrier les plus jeunes... C'est alors que le Dvi Galseau entra par une fenêtre ouverte pour se poser sur l'épaule de Faust, ce qui attira quelque peu l'attention du petit comité. La grand-mère sourit : "Eh bien il faudra à manger pour tout le monde! Mais c'est encore en cours de préparation. Et puis ne vous inquiétez pas, on ne sera pas nombreux ce soir, juste une dizaine."
Si Faust avait eu quelque chose dans la bouche, il aurait avalé de travers; là il se contenta simplement d'avaler inconfortablement, tout en gardant un sourire figé sur son visage, alors que tout ce qu'il put penser fut "Merde."

La grand-mère partie dans la cuisine et le cousin insista pour servir de l'eau aux animaux de compagnie. Il ramena donc rapidement des bols; l'oiseau à deux têtes se posa à côté du chien et chaque tête bu une gorgée à son tour, donnant un effet plus ou moins comique de danse rythmée. Pendant ce temps-là, le jeune homme leur proposa de prendre son studio... Mais heureusement Kylia fut assez rapide pour trouver une bonne excuse - et puis elle tenait bien la route fallait le dire! En y repensant rapidement, il espéra que la jeune femme n'avait rien de trop précieux chez elle, parce qu'avec la porte dans cet état-là, n'importe qui pouvait y entrer... Mais l'idée sortit assez vite de son esprit quand il serra la main du cousin, ce dernier n'hésitant pas à faire remarquer que ça vie devait être tranquille sans elle... Ce qui était, en soit, plus ou moins vrai, mais maintenant qu'elle était là les choses allaient tout de même un peu mieux qu'avant. Du même coup il vit le jeune homme esquiver une pantoufle, lâchant brusquement la main de l'ancien mercenaire. Il ne put s'empêcher de sourire devant la chaleur de l'atmosphère dont il n'avait vraiment pas l'habitude. Il avait bien remarqué la ressemblance des deux, les mêmes yeux, un caractère héréditaire intéressant, comme les cheveux blancs de Faust dont Eden avait aussi hérité.

Voyant les choses repartir légèrement en gentil chamaillerie, Kylia prit la main de l'ancien mercenaire et le traîna quelque peu en avant. Il ne savait pas vraiment réagir face à ces contacts qui n'étaient, bien sûr, que pour faire croire qu'ils étaient un couple. Elle aurait simplement pu lui dire de venir, et non se forcer à le toucher... Mais dans le mélange de ses émotions il ne savait pas quoi penser. Lorsqu'ils furent seuls elle le lâcha de suite; sans doute était-ce une bonne chose, garder des distances ainsi. Elle le guida jusqu'à ce qui semblait être la chambre d'invités. Il y avait deux lits séparés par un bon écart, au moins si elle arrivait à dormir avec lui dans la même salle, ça irait bien... Posant son sac, la jeune femme n'hésita pas à s'assoir sur le côté du lit. La salle était sobre, mais voir Kylia dedans l'embellissait plus que convenablement... Par réflexe il se frotta les yeux, espérant faire éjecter de la même manière ces pensées qui, en soit, n'étaient pas désirables.
Elle fit remarquer le caractère quelque peu envahissant de la famille, mais en effet quoi de plus normal s'ils vivaient tous sous le même toit... Kylia n'avait donc pas connu cette atmosphère... Pourtant elle se fondait bien dans le groupe, semblant assez bien appartenir à ce genre d'atmosphère... Bien sûr le barman ne voulait pas savoir comment ça se passait lorsqu'il y avait des tensions ou de véritables engueulades...

Sans trop attendre, Faust alla s'assoir sur le lit pour écouter plus tranquillement. Alors sa mère était partie d'ici... Le sujet reparti vers Eden... Peut-être avait-elle raison sur le fait qu'il n'était pas son père... Il s'était longuement demandé ce qu'il était pour sa nièce. Car en effet étant donné qu'elle était incapable de parler, elle disait rarement si elle était heureuse, ou au contraire, malheureuse. Jusque là elle semblait assez contente de sa vie... Si tout n'était pas facile dans leur vie, le travail constant et peu de temps à l'entretient de leur relation, elle n'insistait jamais ou attirait rarement l'attention de son oncle pour qu'il fasse plus ample attention à elle.
Kylia s'ouvrit comme Faust l'avait fait avant, et pour le coup il était content de pouvoir en apprendre plus sur elle, comme ça ils étaient quittes. Elle n'avait donc pas été élevée par ses parents... Morts? Il était triste de l'entendre, mais avec l'avancée des technologiques, c'était fort probable. Faust n'avait pas confiance en la technologie après tout.
Il vit ensuite qu'elle versa une larme... Il ne savait pas exactement quoi faire - c'était elle qui essayait de le rassurer, et c'était elle qui pleurait, d'un oeil peut-être mais tout de même. Peut-être avait-elle quelque chose à se reprocher quant à cette époque-là. D'après elle il n'était pas un monstre... Du regret, du remord... Oui il ressentait tout cela. Peut-être en effet qu'à l'époque il n'y avait rien de cela, mais il avait du mal à croire qu'il avait totalement changé. En effet une partie plus saine de lui avait prit le dessus, mais qu'en était-il des souvenirs?

"Peut-être que tu as raison, peut-être que tu as tort. Je ne saurais qu'avec le temps. Mais je pense néanmoins que le monstre reste là - il fait partie intégrante de moi après tout, c'est plus ou moins inévitable."
C'est alors qu'un cri surgit dans le couloir, puis un rugissement bestial imité par un humain... Ah... Peut-être le cousin qui jouait avec les petites cousines, probablement à leur courir après vu comment le son changeait d'angle. A cela Faust sourit.
"C'est une belle famille que tu as là, j'avoue avoir peur d'en rencontrer plus encore, mais je sais que tu arriveras à me couvrir... Ta grand-mère a du caractère; elle a dû être quelqu'un de féroce dans sa jeunesse! Je n'ai jamais vu de gens aussi vivants... Mes réunions de famille se limitaient souvent à un repas, à des critiques constantes. Mon père n'a jamais été satisfait de ce que nous faisions de nos vies. Il avait connaissance de certaines choses que j'avais fait, bien qu'il n'était pas au courant du pire, et probablement loin de l'imaginer... Mais mes frères comme mes parents nous n'aimions pas ces réunions, puisque quelqu'un avait toujours quelque chose à redire..."
Et il était vrai que c'était plus un massacre qu'autre chose.
"Vivre sous ce toit ne doit pas être facile, et je suis désolé de m'imposer un peu sur toi. Mais j'avais une bonne raison pour dire que tu étais ma petite amie... Gus a beaucoup changé semble-t-il, cependant à l'époque, il était bien plus agressif, surtout quand cela venait aux femmes... Je ne voulais pas me battre contre lui pour qu'il comprenne qu'il ne devait pas t'approcher... Peut-être que si j'avais dit que tu n'étais qu'une bonne amie cela aurait suffit... Mais je ne savais pas quoi faire. Donc je m'excuse si notre disposition présente est gênante..."

C'est alors qu'entra son cousin, son attention totalement tournée vers le Dvi Galseau perché sur son bras; il le caressait sans gêne. En même temps l'oiseau aimait toujours avoir l'attention de son entourage. A les voir ensemble, Faust fut un peu nostalgique...
"N'hésitez pas à rapprocher les lits hein... Mais pas trop de bêtises! Il pourrait y avoir des témoins!"
Faust sourit à moitié, puis ajouta en prenant un coussin : "Non la distance est parfaite, comme ça si je ronfle, elle peut me donner un bon coup d'oreiller!"
Il fit un léger exemple, étendant son bras pour taper le lit à côté avec l'oreiller. A cela il rit un peu, et le Dvi Galseau vint se poser sur l'épaule de Faust. Ce dernier remarqua alors qu'il avait laissé l'épée sur le lit, bien que toujours enroulée... Il lui faudrait un bon endroit pour la cacher quand même, valait mieux que personne ne tombe dessus par accident... Mais gardant son attention sur le jeune homme, il lui fit remarquer qu'il était la bienvenue s'il voulait encore jouer avec l'oiseau - bon d'accord il ne manquait pas de divertissement, vu les événements de ces derniers temps. Mais un peu de simple jeu ne lui ferait pas grand mal. Le chien entra ensuite, et se posa entre les deux lits un moment.

"Ah et mamie dit que le repas est bientôt prêt, donc préparez-vous à voir encore pas mal de gens!"
Ah oui... Quelle joie. L'amertume glissait le long de sa langue comme du venin. Il avait l'habitude de voir beaucoup de gens, mais là, où il n'avait pas sa place, il ne saurait vraiment pas où se mettre. Eh plus l'idée le traversa soudainement : Y avait-il d'autres mages dans sa famille? Si c'était le cas, il était impossible de savoir si sa couverture pour durer. Il l'aurait bien demandé à Kylia si ce n'était pour son cousin qui avait décidé de venir s'assoir avec eux... Joie.

"Sinon Faust, qu'est-ce que tu fais de ta vie?"
"Je suis barman!" Autant dire un peu de vérité après tout.
"Ah! Tu tiens ton propre bar?"
"Non, c'est celui d'un vieil homme, il refuse de le vendre et donc je me charge de tout, avec mon pourcentage, bien sûr."
"Et il est où ce bar? Que je vienne peut-être y boire un verre?"
Faust ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit. Bon, valait mieux qu'il ait l'air crédible... Mais s'il disait qu'il était à Modula, il le chercherait probablement... C'était plus risqué qu'autre chose.
"A Islantis."
Ses yeux s'élargirent.
"Alors comment as-tu rencontré mon encombrante cousine?"
Le barman sourit mais le coeur n'y était pas vraiment. Que pouvait-il dire après tout?
"Eh bien figure-toi que c'était un jour comme un autre au bar, en semaine l'après-midi y'a jamais grand monde, donc j'étais avec un ami qui me tenait compagnie, et d'un coup un chien a surgit par la porte, et est venu courir derrière le comptoir. Deux secondes après, Kylia est apparue à la porte, demandant si on n'avait pas vu un chien... Du coup elle était encore essoufflée alors je lui ai proposé un verre... Elle est restée un moment et on a put faire connaissance."
Il jeta un regard attendrit à Kylia, se méprisant intérieurement pour avoir besoin de faire ça.
"Et puis de fil en aiguille bah on s'est revu à divers occasions, puis nous voilà."
L'histoire, bien que parfaitement fictionnelle, semblait plaire au cousin qui, tout content, lui donna un petit coup dans l'épaule.
"Vous vivez ensemble?"
Hm... Il voulait vraiment tout savoir?
"Pas encore, j'ai pris des vacances pour aller la voir chez elle, mais comme Kylia le disait avant, quelqu'un a défoncé sa porte, j'ai dû intervenir... Eh puis le temps que les réparations soient faites, elle a décidé de venir, car après tout cela faisait un moment qu'elle parlait de revenir tous vous voir."

Ils discutèrent un moment quand une voix raisonna : "Venez manger!"
Faust regarda avec Kylia avec un sourire hésitant... Bon bah... A la bouffe alors!
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Lun 9 Juil - 18:41

La jeune femme ramena ses cheveux en arrière d'une main, en profitant pour essuyer sa joue du dos de cette dernière. Elle se sentait un peu ridicule de s'être confiée ainsi, mais aussi plus légère après avoir dit au moins une première fois avant d'en parler à Kamiko ce qu'elle ressentait vis à vis de lui. Ce n'était jamais facile de parler de ses sentiments, surtout quand il s'agit de personnes à qui l'on tient énormément. C'était bien ironique, d'ailleurs.
Cependant ce qui la dérangea le plus malgré tout les efforts qu'il devait faire pour ne pas qu'elle le sache, c'était cette légère attirance physique qu'avaient souvent les hommes dès qu'une jeune femme était à proximité. Il était suffisamment près pour qu'elle sente la gêne au creux de ses reins, même si elle ne lui en voulait pas le moins du monde. Il était plus que correct. Contrairement à d'autres qui auraient pu profiter de la situation pour tenter leur chance, il conservait une distance respectueuse, ne se permettait aucun sous-entendus et au contraire semblait lui-même gêné par un fait somme toute tout à fait banal. D'autant qu'il s'en était assez vite détourné en portant son attention sur ce qu'elle disait, ce qui était tout à son honneur.

En entendant le timbre rassurant de sa voix s'élever à nouveau dans les airs, elle releva les yeux et lui adressa un léger sourire. Ce qu'il disait n'avait rien de bien réjouissant, mais il avait raison. On ne change jamais complètement, il restait toujours en nous des traces de ce que nous avons été mais le choix nous était libre de laisser ces traces reprendre le dessus ou ne rester que des marques du passé. Et même si elle ne voulait même pas y penser, elle savait que désormais, si elle devait à nouveau tenir une arme et tirer sur quelqu'un, elle le ferait et avec plus de sang froid et d'assurance. Une pensée qui lui donnait des sueurs froides.
Visiblement, lui aussi préféra éviter le sujet et dévia sur sa famille. Oui, c'était une jolie famille à la voir d'extérieur. Mais à vivre de l'intérieur, ce n'était pas toujours ce qu'il y avait de plus réjouissant. Il y avait les a priori, les jugements, le souci de ne pas avoir beaucoup de points communs avec eux dans l'éducation, et surtout l'intolérance masquée sous les sourires et les accueils chaleureux. Kylia échappait à la règle pour une raison complètement arbitraire mais que l'on pouvait tout à fait comprendre : sa famille avait peur qu'elle ne foute le camp. Ils avaient perdu Lluvia près de trente ans plus tôt, qui était partie sans même claquer la porte sans que personne ne s'y attende pour ne jamais revenir. Et pourtant, quand ils lui en avaient parlé une fois que la jeune femme s'était rendue chez ses grands-parents, Lluvia avait toujours été le trésor de son père, le soutien de son petit-frère, le modèle de ses sœurs et une bonne dose de joie de vivre. Toujours calme en apparence, c'était une bout-en-train une fois le milieu familial atteint et elle trouvait toujours quelque chose pour mettre l'ambiance au beau fixe. Et étrangement, Kylia comprenait parfaitement la situation sans l'avoir vécue. Sa mère s'était fatiguée de cette vie toujours à la vue et au su de tous, aux jugements acerbes et aux décisions parfois prises sans le consentement malgré toute la bonne volonté et l'amour qui pouvaient en être à l'origine. Elle avait tenu le coup jusqu'à un certain point avant de s'évanouir dans la nature et faire sa vie comme elle l'entendait. Et dans un sens, elle avait eu raison sur un point : sa famille n'aurait jamais accepté qu'elle vive aussi loin de Mala Muerte avec un étranger. Sa propre tante Syliena, la mère de Joao, avait eu du mal à se faire accepter -bien que sa belle-mère l'ait toujours traité avec égard et affection- parce qu'elle venait d'Islantis et ne ressemblait pas, ou peu, aux filles que l'on pouvait habituellement trouver dans le désert. Pourtant, on avait fini par accepter sa présence sous le toit du très sacré clan Guanahani.
Mais heureusement, Kylia avait l'immense privilège d'être l'oiseau rare que personne n'ose déranger de peur qu'il ne s'envole à jamais.

Il s'excusa enfin sur la situation présente. Il avait beau se justifier sur le mensonge qu'il avait laissé croire à Gus, elle savait très bien qu'elle aurait dû passer par le même type de ruse pour faire passer la pilule d'un étranger dans sa famille. A part dire qu'il était son petite ami, on aurait jamais pu croire qu'un homme de son âge, aussi séduisant et posé, en compagnie d'une jeune femme puisse seulement être un ami, même un très bon ami. Surtout si l'on devait prendre en compte le fait qu'ils auraient tous pensé, à raison, qu'il avait logé chez elle pendant quelques temps. C'était encore la solution la plus crédible et au pire des cas ils passeraient pour un couple un peu original ou très pudique.
Elle allait lui répondre quand Joao entra, sans gêne. Comme d'habitude quand il s'agissait d'elle. Ils avaient le même âge et pourtant, il donnait parfois l'impression d'être un adolescent. Elle savait cependant qu'il savait parfois faire preuve d'une maturité impressionnante... Sauf quand il avait décidé de jouer les sales gosses et de tester quelqu'un. C'était exactement ce qu'il comptait faire avec Faust, elle le sentait dans sa jubilation contemplative, comme le chat qui regarde sa proie se débattre et courir entre ses pattes.
Et il fallait dire que l'ancien mercenaire se débrouillait bien. A sa note d'humour, elle sourit aussi. Le rire lui allait mieux encore que les sourires, c'était tellement surprenant quand on l'avait vu le plus souvent sérieux, voire menaçant. Ça, il avait dû en faire tomber des filles... Et elle se dit avec un frisson désagréable qu'elle les comprenait, chassant immédiatement cette pensée complètement stupide.
La légère vague de panique remonta le long de sa jambe et la fit sortir de ses pensées. Son cousin qui commençait son jeu, le sale gosse. Jeu qu'il était en train de perdre. A croire que le mercenariat entraine l'esprit... Même si une partie de ce qu'il disait était vrai, elle le savait. Son sang-froid l'impressionnait sincèrement, même si elle se doutait qu'il avait dû vivre bien pire dans sa vie. Des cicatrices comme elle en avait aperçue sur son torse n'étaient certainement pas arrivées sans souffrance physique ni morale. Elle ne se permettrait seulement jamais de lui poser une quelconque question là-dessus, puisque de toute façon dans une semaine ils ne seraient plus obligés de se fréquenter.
Son regard attendri la glaça cependant, et pour éviter tout problème de crédibilité, elle baissa les yeux avec un léger sourire un peu forcé qui passerait sans doute pour de la timidité. Après tout, elle aurait bien eu le droit de rougir comme une adolescente si elle l'avait voulu. Elle se sentait de plus en plus mal à l'aise, sans doute à cause de la pression que devait ressentir Faust sous les questions indiscrètes de Joao. Elle en eut presque du mal à décrocher de ses pensées quand son cousin s'adressa à elle.

"Depuis combien de temps tu nous le caches ? Z'étiez pas ensemble quand t'es venue, la première fois, non ?"
Un léger sourire désolé se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle les pinçaient entre elles comme si elle avait quelque chose à se reprocher. "Plus ou moins. Disons que c'était encore trop neuf pour le crier sur tous les toits."
Le jeune homme sourit, un regard malicieux animant son visage. "Mouais, excuse acceptée !"

Il n'eut pas le temps de poser plus de questions, leur grand-mère les appela de la cuisine pour manger. Ouf ! Le jeune homme se leva en s'étirant longuement. La journée avait été longue pour lui... Elle avait cependant toujours quelque chose à dire à l'ancien mercenaire, et puisque l'occasion s'y prêtait, elle allait faire en sorte que Joao quitte la pièce avant eux. Kylia se leva et fit les deux pas qui la séparait de Faust en tendant ses bras vers lui pour les poser sur ses épaules. Elle entendit de vagues protestations comme quoi il y avait des lieux plus appropriés, mais elle fit mine de ne pas écouter et de poser ses lèvres dans le cou du trentenaire alors qu'elle ne l'effleura même pas à la vérité, lui glissant à l'oreille : "Ne t'en fais pas, tout va bien se passer. Je vais prendre le relai."
Elle se détacha rapidement de lui, lui adressa un bref sourire avant de lui demander de la suivre d'un bref signe de tête.

Dans le salon-salle à manger, une bonne partie du comité d'accueil discutait déjà tranquillement. Les conversations cessèrent quand ils les virent, ce qui lui fit l'effet d'une douche froide. Bien, c'était le moment. Elle afficha un sourire en s'approchant de chacun pour la saluer, son oncle Fédérico la serrant dans ses bras avec force et l'embrassant sur la joue comme si elle avait été sa propre fille.
"Comment ça va, ma belle ? Vous avez fait bon voyage ?" Tout en répondant à la question, elle fit le tour des salutations et des bises avant de finalement revenir près de l'ancien mercenaire derrière le dos duquel elle passa la main sans pour autant le toucher. "Je vous présente Faust. Faust, voici Jason, mon grand-père." L'homme à peine plus grand que sa petite-fille avait déjà atteint les soixante-dix ans mais se tenait droit. Il était massif pour sa taille et encore assez mince malgré tout, mais son regard surtout avait gardé l'éclat malicieux de ses jeunes années, comme si le temps n'avait eu aucune emprise sur lui. "Yzaline, ma grand-mère, que tu as déjà vue tout à l'heure. Mon oncle, Fédérico, et sa femme, Syliena." A peine plus jeune que sa mère, le couple avait dans la quarantaine et affichait des sourires chaleureux. C'étaient tous les deux des gens simples, sa tante étant une rareté dans la famille pour ses cheveux châtains clairs et sa silhouette fine et longiligne. La seule à ne pas avoir des cheveux noirs ou pour le moins foncés, et surtout la seule qui aurait pu prétendre sans aucun problème à devenir mannequin même si l'idée ne lui avait effleuré l'esprit. Son fils, à côté d'elle, avait les mêmes yeux verts clairs, même s'il tenait de son grand-père les cheveux courts en bataille et la mâchoire carrée. Elle y venait justement. "Joao, mon cousin. Et Shaya, la mère des deux petites que tu as vues tout à l'heure -elles se ressemblent, n'est-ce pas ?... Et tu as fait le tour du cercle le plus proche de ma famille maternelle."
Ils avaient tous plus ou moins salué le trentenaire avant que la chef de famille ne demande à tous de passer à table, Kylia sentant la méfiance et le regard inquisiteur de son grand-père posé sur l'ancien mercenaire. Elle espérait qu'il n'était au courant de rien.

Heureusement pour elle et son compagnon de mésaventure, ils étaient en bout de table, Faust coincé entre Syliena qui présidait en face de sa belle-mère et Kylia, les deux plus jeunes cousines de la jeune femme mangeant en face du faux couple. L'ambiance dans ce coin-là serait au moins tranquille. Jusqu'à ce que Lisa pose la question de trop...

"Tu as quoi au bras, Kylia ?"
La jeune femme baissa les yeux sur la compresse au creux de son bras droit. Elle ne pouvait pas dire qu'elle s'était faite tirer dessus, ils se seraient trop inquiétés. Il fallait qu'elle trouve quelque chose, quelque chose de si possible suffisamment crédible. "Elle va nous sortir qu'elle nettoyait son arme et que le coup est parti tout seul." plaisanta son oncle. Un peu gênée mais riant tout de même, elle finit par trouver quelque chose qui ne soit pas trop surréaliste. "Non, c'est au boulot, l'autre jour. Tu sais, dans la réserve on a toutes les étagères arrimées au mur, et y en a une qui commençait à pencher dangereusement vers l'allée centrale. Alors bon, quand même comme il y a trois mitrailleuses de trente kilo dessus, on a moyennement eu envie de se les prendre sur la tête. Donc le patron, tout naturellement, me demande de l'aider à remettre des vis pour soutenir le poids... Et bien entendu c'est moi qui me suis retrouvée à tenir l'étagère parce que monsieur a une hernie, donc il peut rien faire. Et comme il avait la flemme de tout mettre par terre le temps qu'on refasse les fixations, bah j'étais en appui sur le carrelage bien ciré avec l'équivalent de cent vingt kilos à bout de bras. Du coup quand ça a été enfin fini, j'ai vu que l'étagère avait commencé à avoir raison de moi." Et le pire dans l'histoire, c'était qu'en dehors de sa blessure, c'était vrai. Une minute entière de souffrances et deux autres d'agacement sagace. "Ah parce que tu es devenue esclave, ça y est ? Félicitations, je suis si heureux pour toi !" lança son oncle avec un sourire un peu amer. Puis il se tourna vers Faust en désignant sa nièce d'un signe de tête. "Faudrait que vous alliez le voir, son patron, lui dire un peu que c'est pas aux jeunes filles de faire des boulots comme ça et qu'il faut lui payer ses heures. Parce qu'au plus le temps passe et au plus il a l'air de l'exploiter, ce vieux cochon."
La jeune femme protesta en lui disant qu'elle aimait son métier et qu'elle ne se laissait pas faire, qu'elle n'avait pas encore besoin de l'intervention de son petit ami pour discuter avec son patron. La discussion finit par dévier sur le pauvre Joao et son chômage technique, ce qui permit de laisser un peu de répit aux faux amoureux. Au moins une bonne chose. Syliena discutait avec son calme et sa douceur naturels, posant des questions polies au barman et s'excusant parfois d'avoir l'air de le gêner. Au moins, avec elle il était tranquille, elle n'était ni contrariante ni possessive et puisqu'elle venait d'Islantis, elle lui posa plus de questions sur la ville qu'ils avaient l'air d'avoir en commun que sur le reste. Kylia discutait avec ses deux cousines, n'écoutant que d'une oreille la conversation paisible de Faust et sa tante.

Puis vint l'heure pour les petites d'aller se coucher, leur mère les accompagnant. Toujours un peu timides face à celui qui pour elles restait un inconnu, elles n'en firent pas moins la bise à l'ancien mercenaire comme à tout le monde autour de la table, sous le regard de l'empathique qui se surprit elle-même à se trouver attendrie. Un instant, elle s'était revue avec Kamiko quand ses parents étaient encore en vie et qu'il venait dîner chez eux. Elle détourna finalement les yeux pour s'adresser à sa grand-mère qui commençait à débarrasser.
"C'était très bon, grand-mère. Tu veux que je t'aide ?"
"Non, non ! Restez assis, tous les deux, vous avez tout le temps de nous aider dans la semaine si ça vous fait plaisir."
Les hommes se levèrent aussi et la jeune femme sentit la présence de son grand-père dans son dos, qui posa ses deux grandes pattes sur ses épaules. "Eh ben t'as pas grossi, toi. Encore un peu et on te voit au travers." Son fils en face sourit d'un air malicieux. "Alors, papa, tu as pas souhaité la bienvenue au copain de ta petite-fille ?" Le concerné éclata de rire comme le gamin qu'il avait été tant d'années auparavant puis répondit avec sérieux, quoiqu'un sourire jusqu'aux oreilles : "Oh non, t'as vu la taille qu'il fait ? Je suis pas fou, à mon âge c'est pas prudent, je vais attendre cette nuit qu'il dorme bien profondément... Et si possible qu'elle dorme aussi, je veux pas finir en passoire." Il se pencha en riant encore et embrassa sa petite-fille sur la joue avant de l'ébouriffer de sa grande main. L'empathique se mit à rire et tenta de le repousser, bien en vain face à sa poigne de fer.
Finalement il la laissa et lui tendit une enveloppe assez épaisse d'abord sans explication, puis arriva à parler de sa voix grave, toujours jovial bien qu'elle sentait la froideur et la méfiance émaner de lui.
"Tiens, ce sont les photos de la dernière fois, je te les ai imprimées. Si tu veux les regarder le temps que j'aide ta grand-mère à faire la vaisselle. J'aimerais te parler après." Et étrangement, elle savait très bien de quoi il comptait lui parler...

Elle fit comme si de rien n'était et ouvrit l'enveloppe pour jeter un coup d’œil aux clichés, plus préoccupée par la conversation que son aïeul comptait avoir avec elle que par les souvenirs de son premier séjour dans cette maison. Une photo arrêta cependant son attention. Joao et elle, lui se tant derrière elle, les bras passés autour de sa cousine et la tête sur son épaule. Oui, il fallait avouer qu'ils se ressemblaient beaucoup tous les deux, ils ne pouvaient pas se renier.
"Elle est vraiment super, celle-là." dit-elle en la montrant à son cousin. Il lui glissa avec un clin d’œil que c'était normal, puisqu'il était dessus. "Pour une fois que je suis sur une photo avec un beau mec." Il y eut une seconde de silence pendant laquelle elle ne comprit pas l'expression surprise de son interlocuteur avant qu'il n'éclate de rire. "Paie ton séjour dans la belle-famille. Mais non, mon chéri, tu n'es pas moche, tu n'es juste pas mon genre."

Elle avait complètement oublié qu'elle était, dans les esprits de tous, la petite amie de Faust. Et tout naturellement -espérant qu'elle ne l'avait pas vexé-, elle se tourna vers lui en posant sa main sur son bras.
"Excuse-moi, je disais pas ça pour toi." Joao rit de plus belle, plié en deux sur sa chaise. Oui, il y avait de quoi rire. "Moi, à sa place, je te ferai la gueule pour trois jours au moins." Riant elle aussi de sa gaffe, elle tenta de reprendre son souffle et essayant de sauver sa crédibilité, elle posa sa main sur la jambe de l'ancien mercenaire. "Je me ferai pardonner après, c'est pas grave. Toute façon, il sait très bien que je ne peux pas lui résister. Je suis faible."
Ils se remettaient à peine de leur fou rire que la jeune femme entendit son grand-père l'appeler et elle tourna la tête pour le voir lui désigner l'extérieur. Et flûte...

Elle se leva et encore devant pas mal de témoins, elle n'eut pas d'autre choix que de jouer encore à la petite fiancée même si elle en avait déjà assez. Et dire que ce n'était que le premier jour... Avec délicatesse pour ne pas lui faire mal, elle passa ses bras autour du cou du barman toujours assis, restant dans son dos et lui envoyant sa gêne sans même pouvoir le maitriser. Rapprochant sa bouche de son oreille, elle chuchota à nouveau. Mieux valait qu'on ne l'entende pas trop, et puis ils se tourneraient sans doute assez vite pour ne pas les déranger.
"Tu peux aller te coucher, j'en ai pour un moment. Si tu en as besoin, je crois que Gus m'a laissé des anti-douleur pour toi. C'est dans un sac en papier sur le dessus de mon sac, tu peux regarder dedans." Dans une impulsion naturelle qu'elle maudit, elle l'embrassa sur la joue avant de s'enfuir comme l'aurait fait une enfant timide, sentant plutôt qu'elle accumulait les erreurs dans une situation qui l'angoissait de plus en plus.

La chaleur qui montait du sol la prit à la gorge. C'était l'une de plus mauvaises heures, quand la nuit n'avait pas encore fait tomber la température suffisamment bas pour que sols et murs se rafraichissent. Son grand-père l'attendait, assis sur l'un des bancs le long du mur. Comme de juste, il s'était mis près de la fenêtre de la chambre d'amis, sans doute dans l'espoir que ce qu'il dirait serait entendu d'un Faust décidé à aller se coucher. Kylia pria pour qu'il ait pris une dose de cheval et qu'il s'endorme avant que le sujet ne devienne brûlant. Elle ne vit pas bien dans la pénombre, mais il lui sembla bien que la fenêtre était entrouverte. Est-ce qu'il aurait poussé le vice jusqu'à l'ouvrir lui-même ou bien le barman avait eu trop chaud et avait décidé d'aérer un peu ?
Elle n'eut pas le temps de s'asseoir que le ton tranchant du vieil homme retentit dans la nuit, quoiqu'à voix basse.

"De qui tu crois te moquer, Kylia ?"
Surprise de sa soudaine agressivité, elle ne comprit pas tout de suite ce qu'il venait de lui dire. "… Pardon ?"
"Ton gars. Tu me prends pour un vieux sénile ou tu pensais vraiment que personne ne reconnaitrait sa tête ? Même ton oncle l'a reconnu." Elle allait protester mais il leva une main pour la faire taire. "Je ne dirai rien et tout le monde se taira aussi. Il n'y a pas de mouchards, ici. D'autant que nous avons tous plus ou moins des choses à nous reprocher, à commencer par moi. Mais je ne me retiendrai de lui tirer une balle dans la tête et le regarder se vider de son sang qu'à une seule condition : jure-moi que tu ne nous as pas menti, que c'est vraiment ton petit ami." Elle se figea un moment, sentant son cœur battre à nouveau de plus en plus fort. Il n'allait pas s'y mettre lui aussi ! "Pourquoi est-ce que j'aurais besoin de te le jurer ? Je pensais que c'était suffisamment voyant."
Un rire méprisant s'échappa du visage marqué par le temps. A quoi jouait-il ? "Voyant ? Laisse-moi rire. Vous ne vous calculez même pas. Je ne l'ai pas vu avoir ni un geste, ni une attention envers toi. Ce type ne t'aime pas, et de toute façon c'est pas le genre de personne qui doit être capable d'aimer qui que ce soit."
"Parce que tu le connais personnellement, peut-être ? Il ne me semble pas que grand-mère et toi vous vous soyez jamais affichés devant qui que ce soit selon les dires. Je ne vois pas en quoi tu peux te permettre de juger quelqu'un que tu ne connais pas. De toute façon si tu le connaissais tu ne dirais pas la même chose." Le pire était que sans aucun doute, oui, il dirait la même chose même en le connaissant, ne serait-ce que parce qu'il n'avait pas envie d'accepter un homme dans le cercle très fermé de sa petite famille.
"Kylia, je n'ai pas besoin de le connaitre pour savoir que ce type n'a rien à faire avec une honnête fille dans ton genre ! Des pourritures dans son genre courent les rues, ici. Et il ne se départage pas d'eux. Tu n'es pas la première minette et tu ne seras pas la dernière. Avec un peu de chance tu auras juste été la plus gentille."
Cette histoire était entièrement fausse, cette discussion n'avait aucun sens -du moins pour elle- et pourtant, elle tenait à lui tenir tête. Elle ne savait même pas pourquoi, c'était ça le pire... "Les gens changent avec le temps. Il a été honnête avec moi dès qu'il a vu que ça devenait sérieux. Il a peut-être commis des erreurs dans sa jeunesse mais il a vieilli, comme tout le monde, et il s'est calmé. Il est rangé, maintenant."
De nouveau le rire sortit de la pénombre. "Justement, il est peut-être un peu trop vieux pour toi. Pour moi ça n'est qu'un pauvre type qui essaie tant bien que mal de flatter son égo en draguant des minettes. Tu penses franchement que c'est parce que tu es son type de femme idéale et qu'il veut finir ses jours avec toi ? Non, c'est juste pour tes beaux yeux et crois-moi, ça n'a rien de flatteur. Quand tu auras pris des rides il en aura déjà trouvé une autre pour te remplacer et toi tu auras perdu ton temps et ta jeunesse. Sans parler des risques que tu coures en rest..."
Sans savoir d'où lui venait le courage de répondre à son grand-père, elle le coupa en plein milieu de sa phrase d'un ton un peu sec : "ça c'est mon problème. Et pour ce que je suis pour lui, seul le temps me le dira. Pour l'instant j'ai envie de lui faire confiance. Et je suis certaine qu'il en a besoin, quoi que tu en penses !"
Un blanc s'installa, empesant l'air entre eux deux. S'il continuait, ça allait tourner à la dispute. Finalement, il soupira longuement. "Bon... Puisque tu sembles déterminée et que je te ne convaincrais pas ce soir, je vais laisser tomber. Mais au premier faux pas de sa part, il le regrettera, je peux te le dire." Sans qu'elle puisse ajouter quoique ce soit, il se leva et enchaina de suite : "Tu devrais aller vous coucher. La journée a dû être longue."

Et on s'étonnait encore du départ de certaines personnes dans la famille...
Effectivement fatiguée, la jeune femme le regarda partir et éteindre la lanterne près de la porte avant de regagner la chambre d'amis par la fenêtre qu'elle poussa doucement, refermant le plus silencieusement possible les volets. Il était hors de question que quelqu'un vienne les déranger demain matin, surtout si l'ancien mercenaire avait besoin de dormir. Et il en aurait bien besoin, de toute façon.
Dans la pénombre, elle ôta son pantalon et posa son sac et tout ce qu'il y avait sur son lit par terre, essayant de ne pas faire de bruit. Et une fois sous les draps et la tête posée sur l'oreiller, elle se sentit déjà mieux. Bien mieux. D'ici peu de temps sans doute, elle dormirait profondément et elle se reposerait enfin réellement de tous les événements depuis cette foutue soirée où elle avait rencontré l'ancien mercenaire.
Son esprit sombra peu à peu, sa tête de plus en plus lourde contre l'oreiller avant qu'elle n'oublie toute sensation, reléguée au fin fond d'un conscient de moins en moins présent.

Puis des images revinrent. C'étaient des flash, comme si le film avait été coupé à plusieurs endroits par de violents coups de ciseaux. Le soleil ardent qui l'éblouissait presque. La cacophonie de détonations. Les cris. Puis elle tomba en arrière et quand elle tenta de se redresser, un poids l'en empêchait. Elle parvint à le pousser sur le côté. Un sursaut d'horreur la prend. Ses mains. Pleines de sang. A côté d'elle un homme -elle savait que c'était son parrain- en sang, lui aussi. Mort, la bouche ouverte. Les yeux comme deux trous noirs dans son visage. Elle essayait d'appeler des personnes à l'aide mais aucun son ne sortit de sa bouche. D'autres mains la saisirent. Elle se débattit. Essaya, du moins. Quelque chose tombait sur son visage. Elle avait la nausée. C'était du sang, encore. Quelqu'un criait, mais elle ne savait pas qui. On l'accusait d'avoir tué des gens. Ce n'était pas vrai, elle n'avait rien fait ! Absolument rien fait... Elle avait de plus en plus de mal à respirer, elle étouffait. Elle toussa, sentit sa gorge se serrer...
Kylia rouvrit les yeux en sursaut, laissant échapper un râle digne d'une rescapée de la noyade. Autour d'elle, tout ne semblait qu'un amas de formes noires indistinctes. Puis ses yeux commencèrent peu à peu à s'accoutumer à l'obscurité...
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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Mer 11 Juil - 23:26

Ils passèrent à table après que Kylia ait à nouveau agit de manière à ce que l'on croit qu'ils étaient ensemble... Forcément il essaya de paraître content, détendu... Mais il lâcha quelque peu l'affaire quand il vint à rencontrer le reste de la famille... Du moins, le petit bout de famille. Il était tellement tendu qu'il n'osa pas octroyer un mot. Ce ne fut que lorsqu'il serra la main du grand-père qu'il sentit une froideur reconnaissable... L'homme sembla regarder au travers de lui, avec un air différent de celui qu'on pourrait prévoir... Qui avait été cet homme dans le passé?

Il lui lâcha la main, puis les yeux; ce qui fut une sorte d'action rassurante. Au moins il était tranquille maintenant... On lui présenta ensuite correctement le cousin né de la même année que Kylia, Joao, un jeune homme très agréable et vif. Puis la mère des deux petites. Il les salua avec respect, ensuite on lui présenta le reste. Il fut poussé à s'assoir non loin du bout de la table; au début lui et Kylia étaient certainement le centre d'attention de toutes les discussions, puis on passa enfin à autre chose... Ce qui fut en soit... Pas si bien.

Ils s'aperçurent de la blessure de Kylia, qui inventa rapidement une excuse... Mais quand elle parla de son lieu de travail...? Faust ne put s'empêcher de retenir sa surprise. Dans quel genre d'endroit travaillait-elle?! Un stand de tire? Cela expliquait en effet pas mal de choses, mais s'il avait su... On demanda ensuite à Faust de parler avec le patron de la jeune femme... Euh... Il aurait pu en effet, et donc répondit d'un sourire avant que Kylia ne réponde pour lui, que ce n'était pas une nécessité... Oui enfin quand même! Il ne fallait pas qu'elle soit menée en esclavage non plus! Une fois de plus il pensa avec un sourire "c'est mon otage."

Ce ne fut pas long avant que l'attention tombe sur les autres jeunes de la famille, dont Joao, qui semblait dans une situation quelque peu délicate... Ca arrivait à tout le monde. Ensuite l'attention de la tante de Kylia se tourna à nouveau vers Faust, pour lui demander des choses à propos de son bar; vraisemblablement le jeune cousin leur avait déjà mis au jus de son travail. Cette femme elle aussi venait d'Islantis, et apparemment le pays lui manquait un peu.
"Dans quel bar travaillez-vous?"
"Au Crâne de Phénix, un peu ironique dans la ville de l'eau, mais bon, ce n'est pas moi qui ait choisi le nom."
"Et votre famille, vit-elle à Islantis?"
A cela Faust sourit très légèrement. De suite la jeune femme s'excusa de le gêner.
"C'est pas grave, c'est juste que ma relation avec ma famille n'a pas été des meilleures ces dernières années... A vrai dire je n'ai pas vraiment de nouvelles. C'est aussi pour ça que voir tant de gens réunis me surprend un peu, je ne suis pas à l'aise avec trop de foules en général, mais voir la facilité avec laquelle on m'intègre, je ne suis pas inquiet!"
Elle sourit, posant d'autres questions sur Islantis, s'il connaissait le restaurant "le Lasso". Il dit que oui, se souvenant assez bien de l'endroit; il y avait mangé avec Eden quelques jours avant son départ pour lui expliquer tranquillement qu'il partait quelques jours... Elle n'avait fait que sourire en hochant la tête, puis lui avait tenu la main en encouragement.
"Vous pensez emménager avec Kylia?"
Faust rit légèrement, décidant de prendre une réponse avec de l'humour.
"Je ne déciderais jamais sans une longue conversation avec la madame... Elle reste la maîtresse de maison, et me connaissant je ne serais pas nécessairement facile à vivre non plus... Eh puis comme dirait l'autre, je ronfle moi, et pas tout le monde ne supporte de vivre ça tous les jours!"
A cela elle rit doucement. Pourquoi dès qu'on parlait de ronflements tout le monde riait? C'était quelque chose qui lui échappa légèrement, mais ne l'empêcha pas de rire avec elle.

Lorsque la grand-mère se leva pour débarrasser la table, Kylia et Faust se levèrent presque en coeur pour se proposer d'aider... Mais elle insista sur le fait qu'ils avaient tout leur temps plus tard. Le grand-père de Kylia passa alors derrière elle avec un oeil critique, et Faust vit très bien le léger regard en coin qu'il lui jeta pendant qu'il inspectait sa petite fille. Essayant de ne pas trop lire dans l'altercation, il regarda les deux grand-parents aller dans la cuisine après que Jason ait laissé une enveloppe dans les mains de sa petite fille. Elle l'ouvrit et sortit des photos, que Faust était assez curieux de voir. Il se plaça donc discrètement derrière la jeune femme, suffisamment éloigné pour ne pas la déranger. Il regarda les photos passer, vraisemblablement prises dans la maison... L'ancien mercenaire sourit doucement en les voyant, la jeune femme semblait vraiment bien sur chacune des images.

Elle lâcha alors un commentaire sur ce qui était probablement la meilleure photo du lot... Une seconde s'écoula le temps que Faust remarque l'erreur de Kylia... Ahem. C'était pas exactement méchant ou quoi que ce soit, mais vu leur semblant de circonstance, ce n'était peut-être pas des plus intelligent. Mais elle rattrapa tant bien que mal le coup, et le barman força un rire qui, de l'extérieur, pouvait paraître parfaitement honnête. Pour continuer la mascarade, elle continua à l'enlacer gentiment, comme le ferait un couple, et lui se força à rester quasiment neutre, souriant comme le ferait une machine sachant comment agir dans quelles circonstances. Elle lui proposa d'aller se coucher le temps qu'elle parle avec son grand-père... C'était peut-être une bonne idée. Ils avaient bien mangé, et un peu de tranquillité ne serait pas de refus.

La jeune femme partit donc, et Faust s'excusa, sous prétexte que la journée avait été longue. Il boitilla jusqu'à la chambre avant de fermer la porte derrière lui.


***
Avec la chaleur devenant quelque peu étouffante dans la chambre, Faust, dès son entrée dans la salle, alla ouvrir la fenêtre. Un très légère brise semblait passer par là... C'était bien plus agréable comme ça! Ensuite il se tourna vers l'épée encore sur le lit. Il allait la mettre sous le lit, mais une fois la lame en main, s'assit sur le côté du lit... Doucement il retira le tissu pour caresser la lame... A ce moment-là son esprit était un grand vide, un grand silence... Il ne pensa à rien, juste à la fraîcheur de la lame, le toucher lisse... C'était la seule chose qui lui paraissait importance à cet instant-là.
C'est alors que, contre toute attente, des voix s'élevèrent. Au début elles lui parurent distantes, puis, reconnaissant le timbre de voix de Kylia, redressa la tête, ne retirant pas la main de l'épée. Vraisemblablement elle parlait avec quelqu'un d'âgé... Il ne mit pas longtemps à reconnaître la voix du grand-père. Sa pensée encore vague il mit un moment avant de comprendre ce que voulait vraiment dire le vieillard... Si les mots n'avaient pas été suffisants pour le rendre creux, il ajouta un ton méprisant, agressif, sournois. Cet homme savait ce qu'il disait, et en était persuadé.

A cet instant précis, Faust aurait voulu passer la tête par la fenêtre et dire que non, ce n'était pas comme ça... Mais en soit, cela ne le regardait pas, même s'il était le sujet de la conversation. La menace de lui tirer une balle dans la tête le fit sourire amèrement. Pourquoi ne s'était-il pas couché directement? Là il entendait des choses qu'il aurait préféré de pas savoir... Cet homme disait que Faust était incapable d'aimer... Qu'en savait-il? Il n'avait pas essayé de toucher ou s'approcher de Kylia pour qu'elle ait de l'espace et ne soit pas gênée par sa présence... Si les circonstances avaient été différentes, peut-être aurait-il agit différemment... Et comment dire qu'il n'aimait pas Kylia? Ils n'avaient toujours que voulu jouer le jeu, pas s'impliquer pour de vrai, sachant qu'ils ne se reverraient peut-être jamais. Oui si les circonstances avaient été normales, il aurait pu clairement montrer ce qu'il ressentait. Dans tout ça, le barman trouva que le pire était que la jeune femme le défendait. Elle n'avait aucune raison de faire ça, donc c'était vraiment sa propre volonté.

Il ferma donc les yeux, laissant les mots passer par ses oreilles sans vraiment les capter pour le moment. Il ne voulait pas entendre cela; il aurait pu fermer la fenêtre, mais ils l'auraient entendu, et donc su qu'il écoutait... La chambre parut de plus en plus sombre, fraîche, vide... En effet Kylia l'avait bien embellie, et maintenant, à l'écouter défendre l'honneur d'un vieux mercenaire... Toute cette histoire avait été une mauvaise idée.

La conversation fut close après une touche amère... Sachant que cette affaire touchait pour le moment à sa fin, Faust s'était allongé un instant, faisant croire qu'il dormait. Avec un peu de chance ses émotions étaient encore trop neutres pour qu'elle puisse les sentir... Une fois passée par la fenêtre, elle alla de suite s'allonger en silence... Faust resta immobile jusqu'à ce qu'il sente qu'elle était endormie, puis se leva. Il ne savait plus quoi faire. Rester, ou partir? Quelles conséquences pouvaient avoir chacunes de ces décisions? S'il partait, il serait en danger, et il le savait très bien. S'il restait, serait-il capable de continuer à faire semblant, sous les yeux mécontents d'un grand-père vraisemblablement bien au courant de sa nature? Et puis il n'était pas le seul! Même s'il avait affirmé qu'ils ne diraient rien, quelle en était la garantie? Leur parole d'honneur?
Un sourire amère ne quitta pas son visage. Au plus il y pensait, et plus il sentait la nécessité de partir pour de bon, quitter la vie de Kylia, la libérer de sa présence au plus vite... Cette fois-ci c'était décidé. Il prit les quelques affaires qui lui restaient, retira le tissu autour de l'épée et la prise sur le dos. Il n'avait qu'à sortir par la fenêtre, et le portail ne semblait pas verrouillé; au pire il passerait par-dessus le mur...

Il attacha l'épée sur son dos, et ouvrit la fenêtre. Une brise légère lui caressait le visage. Il inspira un grand coup avant de se retourner. L'air était encore chaud et la lune avait fait son apparition... Elle plongeait la salle dans une lueur pâle et froide... Se tournant pour regarder Kylia encore endormie, il vit son ombre propagée sur elle, la noyant dans une obscurité incertaine... C'était un peu une image de leur relation en soit... Vague et incertaine. Mais il ne pouvait l'étouffer plus, au risque de la mettre dans une situation des plus embarrassantes.

Il n'aimait pas non plus l'idée de partir comme un voleur, mais une pulsion le guidait, et il voulait quitter cet endroit à tout prix. Pas le temps de laisser un message ou un mot quelconque. Il était déjà debout sur le bord de la fenêtre qu'il entendit des bruits peu rassurants, comme si quelqu'un s'étouffait. De suite il était à nouveau dans la chambre, et chevet de Kylia. Elle toussait, mais tout semblait se passer dans son rêve... Elle se débattit légèrement, pleine de spasmes peu rassurants, sa voix sortant par acoups, comme si quelqu'un ou quelque chose l'étranglait. Sans penser à de quelconques conséquences, Faust prit les bras de la jeune fille quand il se rendit compte qu'elle commençait à essayer de se griffer la peau. Qu'avait-elle donc? Il espérait que ce n'était qu'un rêve, pas une crise quelconque. Il avait peur, que si c'était bien le cas, qu'elle souffrirait... Peut-être quelqu'un de la famille pouvait-il aider? Mais si quelqu'un venait, ils sauraient qu'il était en train de partir... Après tout n'était-ce pas ce qu'ils voulaient? Du moins c'était certain pour le grand-père.

Ne sachant donc pas quoi faire, appela à l'aide. Il était certain que cela réveillerait quelques uns de la famille... Avec un peu de chance, ceux qui voulaient qu'il parte... Faust allait se relever quand elle se mise à convulser, sa tête menaçant de frapper la table de chevet avec de puissants spasmes. De suite Faust avait ses bras autour de sa tête, une de ses grandes mains tenant légèrement son cou, l'autre l'arrière de la tête, la tenant contre son épaule, murmurant comme il le pouvait des mots rassurants. Au début cela sembla la calmer légèrement... Mais la porte s'ouvrit alors, et d'un instant à l'autre, Faust était dos au mur, les bras levés face à la menace d'un révolver... En effet le grand-père était là, placé bien entre Kylia et lui. La grand-mère accourue tenir la jeune femme pour l'empêcher de tomber de son lit. Le barman regardait souvent si la jeune brune allait mieux, pour le moment elle ne semblait pas calmée, encore convulsant... Était-elle prise de terreurs nocturnes? L'ancien mercenaire ne savait pas gérer ce genre de choses, n'ayant jamais eu besoin de soins particuliers pour qui que ce soit mis à part Eden...

Debout devant lui, le grand-père le menaçait d'un regard froid.
"Qu'est-ce que tu lui as fait?" Accusa-t-il de suite. Oui forcément, de son point de vue, toute était la faute d'un ancien mercenaire venu s'immiscer dans les affaires de sa bien aimée petite fille...
"Je n'ai rien fait. J'allais partir quand elle s'est mise à convulser."
Le vieil homme à l'oeil vif regarda vers la fenêtre où toutes ses affaires étaient posées; s'assurant de la vérité, il réclama une explication.
"Et où allais-tu à cette heure-ci? Faire un petit trafic avec tes amis assassins?"
Ce fut au tour de la grand-mère de protester : "Du calme mi amor, laisse-le s'expliquer."
Faust ne ressentit que de la gratitude pour la vieille femme, car sous sa voix insistante, Jason baissa quelque peu son arme... Bien que la gardant dans les mains au cas-où il essayerait de l'attaquer... Chose qu'il n'oserait jamais, et surtout pas maintenant.
"Je partais pour de bon. Vous aviez raison de la prévenir contre moi, je ne peux rien lui apporter de bien, et elle ne sera sans doute jamais aimée comme elle le mérite... Tout cela n'a été qu'une erreur que j'ai causé, et donc pour le bien de tous, autant pour elle, cette famille ou moi, je comptais disparaître."

Le grand-père regarda droit dans ses yeux, sombres et fixes... Faust aurait pu dire que ces yeux ressemblaient étrangement à ceux de son propre père... Mécontent, inquiet pour sa famille, et parfaitement sérieux. Son père l'avait haït un bon moment rien que pour la voie qu'il avait choisi; en même temps, personne n'y gagnait à cette profession, surtout avec la réputation qui les avait tâchée un moment. Cet homme avait raison sur quelques points, mais pas tous. S'il avait eu la chance de pouvoir rester avec Kylia sans risques, il l'aurait fait, et n'aurait pas hésité une seconde à l'aimer, la rendre heureuse, ou même partir si c'était ce qu'elle voulait... Mais c'était clair, noir sur blanc, qu'elle était en danger avec lui. Point final.

Le grand-père baissa son arme avec un rictus sec et amère.
"Prends tes affaires... Et si tu comptes partir, fais-le comme un homme et sors par la porte d'entrée. C'est la dernière fois que je veux entendre parler de toi, ou de n'importe quel homme qui met ma petite fille en danger."
Faust n'avait pas vraiment eu le temps de voir que Kylia avait cessé tout spasme ou convulsion; la salle était devenue silencieuse autour d'eux... Il alla donc prendre ses affaires, et s'approcha de la porte. Se tournant un dernier instant dans la chambre, il remercia la grand-mère, s'excusa, et murmura en direction de la jeune femme.
"Adieu Kylia."

Il sortit dans le couloir la tête devant, courbé, soudainement énervé, contre lui-même et son passé. Rien de tout cela n'aurait dû arriver... Sur le chemin il croisa le cousin, qui le regarda dans les yeux, le jeune homme torse nu, à demi éveillé... Faust passa à côté de lui et murmura rapidement : "Prend soin de Kylia pour moi." Et continua sa route. Une fois dehors une vague de froid le surprit, mais il ne s'arrêta pas, fonçant jusqu'à la porte de la cour... Il la poussa, et disparut, ne jetant pas un seul regard en arrière.



***
Il avait marché pendant ce qui lui semblaient être des heures... Les rues étaient encore bien vivantes et toutes sortes de personnes se baladaient. Et contrairement à ce que l'on disait, bien que Mala Muerte était une ville rebelle, elle était néanmoins calme et vivante, avec une paix à certaines heures, lorsque l'arène était fermée, et les gens repartaient à leurs vies habituelles... Mais en effet à cette heure-ci, pas mal de gens dormaient, pendant que d'autres fumaient tranquillement dans des coins de rues, ou peut-être même sortaient des quelques bars... Faust marchait sans gêne au milieu d'un peu d'agitation dans une ruelle, son épée sur le dos dissuadait qui que ce soit de venir le gêner, et, marchant avec les mains dans les poches, il décida d'aller s'acheter un coup à boire.

Passant par la porte d'un bar, il fut salué par le barman, et reconnu parfaitement la posture et le sourire que lui portait pendant ses heures de travail... Qu'est-ce que ça lui manquait tout ça. Peut-être qu'il était temps de rentrer après tout. Il s'assit au comptoir sans trop hésiter, et commanda une liqueur de Brume.
L'alcool laiteux lui fut servit avec un sourire. Il paya la commande et dégusta doucement. Le Dvi Galseau l'avait quelque peu évité depuis leur départ; forcément il émanait un calme bien peu naturel pour l'ancien mercenaire, et l'oiseau avait bel et bien ressenti l'envie de solitude. C'est alors qu'il reçu une onde d'alerte, venant de dehors... L'oiseau devait être perché pas loin... La porte du bar s'ouvrit, des pas réguliers, militaires... Les voilà enfin... Il fallait avouer qu'ils avaient du toupet d'agir en plein milieu d'une ville rebelle... Mais bon.

Soupirant, il souleva son verre pour regarder le fond. Avec un soupir, il se mit à dire : "C'est tout de même amusant comme alcool... Et dire que ça vient d'une espèce de cactus bizarre... Je dois dire que ça va me manquer."
Il tourna ses yeux vers la porte... Et y vit un visage auquel il ne s'attendait pas... Il souriait tristement, le casque militaire de l'uniforme sous le bras... L'homme s'avança, et s'assit au bar avec un soupir.
"Je prendrais pareil que lui... Alors comment tu vas, mon petit frère?"

Faust resta figé. Si le monde aurait prit fin à cet instant là, il n'aurait même pas été surprit.
"Sven...?"
L'homme aux cheveux blancs sourit en levant le verre à ses lèvres. Il avait vieillit, autant que Faust, si ce n'est peut-être pas de la même manière. Ils se ressemblaient encore plus qu'avant , tous deux avec une coupe légèrement militaire, l'un par obligation, l'autre par habitude... L'homme sourit, ses dents luisant à la faible lumière. Il n'arriva pas à le reconnaître... Que faisait-il ici, en temps que militaire?
"Tu sais, tu n'aurais pas dû revenir ici, petit frère. J'ai fait lâcher l'affaire il y a quelques temps... Et voilà que tu veux raviver la flamme de ta dangereuse jeunesse..."
"Mais... Je n'ai..." Murmura Faust, encore sous le choc.
"Je sais petit frère, je sais... Mais tu dois aussi savoir que cette fois-ci, tu as franchi la ligne du non retour... Ca l'attriste de devoir en venir ça là... Ton choix à été fait... Adieu, petit frère."
Faust n'eut pas le temps de réagir qu'il sentit ses yeux se fermer, sous les yeux quelque peu paniqués du barman derrière le comptoir.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]   Lun 16 Juil - 21:44

Quand elle rouvrit les yeux, sa grand-mère était penchée sur elle et remettait ses cheveux en arrière sur son front en sueur, murmurant des mots qu'elle n'entendait pas. Derrière elle, son grand-père menaçait Faust d'une arme. Si elle avait su... Si elle pouvait seulement parler. Ne serait-ce que dire un mot...
Elle revenait peu à peu de cet état second et étranger, comme si elle reprenait lentement possession de son propre corps. Une forte nausée la prit à la gorge, comme si elle s'était trouvée sur un bateau en pleine tempête. Pourtant, elle était toujours dans la chambre d'amis chez ses grands-parents, dans le calme de la nuit de Mala Muerte et sa chaleur étouffante. Les sensations revenaient doucement, éliminant peu à peu la peur, l'adrénaline et la douleur.
Depuis combien de temps cela ne lui était plus arrivé ?
Au moins trois ans...
Elle ne se souvenait même plus pourquoi, mais ce qui était sûr, c'est que cette fois, elle se souviendrait parfaitement de la raison pour laquelle elle avait fait cette sorte de crise. Enfin, si on pouvait vraiment appeler ça comme ça...
C'était plus une espèce d'arrière-goût amer qui remontait du fin fond de son subconscient pour faire ressortir toutes les émotions négatives avant qu'elles ne débordent sur d'autres fonctions. Une espèce de sécurité que son cerveau ne déclenchait jamais au hasard mais toujours sans prévenir. Il lui était arrivé que ce soit en plein milieu de la nuit, parfois quand elle venait à peine de se coucher mais aussi très tôt le matin parfois une minute avant que son réveil ne sonne. Une sorte d'autonomie insupportable de son pouvoir, comme si les effets premiers n'étaient déjà pas suffisants en journée. Mais si ce mécanisme existait, c'était bien pour une raison et elle ne voulait pas connaître les conséquences de sa disparition.

Émergeant d'un cocon d'incompréhension opaque et de silence nébuleux, elle vit l'ancien mercenaire quitter la pièce avec armes et bagages -et pour une fois, l'expression se prêtait à merveille à la situation- pour disparaître dans la nuit. Elle l'imaginait traverser la cour puis retourner à pied vers la maison qu'ils avaient quitté plus tôt ou un autre lieu qu'il connaissait et dans lequel il serait en sécurité. Il disparaitrait et même si tout ce qu'elle avait fait jusque là avait été dans le sens contraire -alors qu'elle n'y avait aucun intérêt si ce n'était garder bonne conscience, et même cette solution-là ne parvenait pas à justifier ses actes insensés mais lui permettait de ne pas trop s'inquiéter pour sa santé mentale-, elle se dit que c'était peut-être une bonne chose qu'il s'en aille ainsi. Et si elle voulait le retrouver -elle se demandait bien pourquoi mais après tout pourquoi pas?-, elle pourrait toujours parvenir à le faire d'une façon ou d'une autre. Oui, lui demander si tout allait bien, s'il avait pu rentrer chez lui sans encombre et retrouver la petite Eden... Personne ne peut se cacher indéfiniment. Mais il était presque certain qu'il ne voudrait jamais la revoir. Elle lui portait bien trop la poisse, il en avait suffisamment eu la preuve en deux jours.

Laissant sa tête retomber sur l'oreiller, elle sentit la main de sa grand-mère passer une nouvelle fois sur son front. Son inquiétude s’immisçait entre ses cheveux comme des filaments électrifiés. D'un geste lent, la jeune femme repoussa cette main et avec un froncement de sourcil, les yeux fermés, elle murmura du bout des lèvres :
"Ce n'est rien. Ça m'arrive de temps en temps, ça va passer."
Près d'elles, la voix de son grand-père maugréa quelque chose avant de finalement sortir une phrase audible. "… L'a mieux valu qu'il dégage de là, il te faisait que du mal. Dieu seul sait ce qu'il était en train de t'faire..."
Un soupir lui échappa malgré elle. Elle était épuisée, elle venait de sortir d'une crise de convulsions, elle avait mal partout et il remettait ça sur le tapis ? "Il était en train de me calmer, grand-père. Il ne m'aurait jamais fait de mal."
Il allait ouvrir la bouche pour protester dans le volcan Yzaline deuxième du nom entra enfin en éruption. Et au vu de l'explosion, cela faisait sans doute un moment que le couplet lui était resté en travers de la gorge. "Ah toi ! Ya basta, eh ! Tu lui fous la paix avec tes histoires ! Qu'à cause de toi elle se retrouve toute seule ! Tu crois que j'ai ramassé quoi en t'épousant, hein ? Tu te crois mieux que lui, peut-être ? Alors maintenant tu sors de cette chambre et je te préviens, c'est pas la peine de venir t'excuser en rampant pour que je vienne dormir avec toi ! Je reste ici avec ma petite-fille !"
Il allait à nouveau protester quand cette fois elle se leva et le sortit manu militari de la chambre d'amis sur le seuil de laquelle Joao fit son apparition, les yeux ronds comme des billes et les cheveux en bataille. Lui non plus n'y comprenait pas grand chose, visiblement... Le chef de famille en jupons le laissa entrer et referma la porte derrière lui, laissant son mari honteux et bouillant de rage dans le salon. La lumière s'éteignit puis le bruit de ses pas s'étouffa jusqu'à sa chambre et ce ne fut qu'à cet instant que la tension qui émanait de sa grand-mère s'apaisa. Ce ne fut pas de trop.

Kylia passa sa main sur son visage, et le visage de son cousin lui fit un miroir un peu étrange.
"Tu sais que Faust s'est barré ?" Elle haussa les épaules. "Je le rappellerai quand je rentrerai. Enfin, s'il veut bien..." Elle sentit une main rugueuse aux longs doigts effilés sur sa joue, les yeux verts bienveillants posés sur elle... Son esprit sembla se vider peu à peu jusqu'à ce qu'elle finisse par se laisser glisser dans l'abîme...
Puis plus rien.


***

Des voix résonnèrent dans la cour. Des bruits de pas, aussi. Le soleil agressa ses yeux au réveil, lui faisant battre des cils. Sa tête lourde comme une chape de plomb lui donna elle aussi du fil à retordre. Elle fit cependant l'effort de se redresser en position assise. Les voix semblaient très animées au dehors. Il se disait des choses qu'elle ne comprenait pas très bien, mais visiblement une nouvelle circulait comme une trainée de poudre dans la maison.
La porte de la chambre s'ouvrit et deux pieds nus s'approchèrent du lit jusqu'à ce qu'un bleu de travail immaculé se pose à côté d'elle. Joao ne dit d'abord rien, les yeux rivés sur le drap, l'air grave. Plus grave que d'habitude. Finalement, il prononça du bout des lèvres ce à quoi elle ne pensait plus et surtout ce qu'elle n'aurait pas voulu envisager. Mais la vie ne nous laisse pas toujours le choix.
"Ils l'ont embarqué cette nuit. Il était dans un bar, entre minuit et une heure du matin." Son cœur manqua un battement. Ce n'était pas possible. Tout ça pour ça ? Et puis qui était ce ils ? Certainement pas des chasseurs de primes. Ils l'auraient tué sans réfléchir. Elle baissa les yeux. Et dire qu'ils auraient pu venir le chercher ici... "Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Tu sais, c'est pas parce qu'il a tué des hommes pour gagner sa vie que je t'aurais jugée. Lui non plus, d'ailleurs. Moi le premier je n'ai pas d'emploi, c'en est comme un autre. Je dois avouer que je t'admire plutôt d'avoir pu dormir à côté d'un type dans son genre..."
"Ce n'est pas mon petit ami."
La sentence lui était venue sans qu'elle ne puisse la retenir.
Il la jaugea du regard un instant, puis lui adressa un sourire un peu triste.
Finalement elle ne tint pas et lui raconta tout.

Quand elle eut fini, le silence plana entre eux longuement.

"Tu as vraiment fait tout ça pour ton preneur d'otage ? Même tenir tête à papy ?"
Elle soupira et haussa les épaules. "Pour grand-père... Disons que je ne sais pas trop si je le défendais vraiment lui. Pour tout t'avouer, c'était plus parce que ses jugements m'agacent. Je sais très bien qu'il n'en pense pas moins de mon père, et je sais aussi que si Faust avait été vraiment été avec moi, ou même n'importe quel homme, c'aurait été la même chose... Pour le reste... Pour le reste je ne sais absolument pas ce qu'il ma pris... J'avais peur et puis tout est allé si vite. Tu sais, il a bon fond. Je veux dire, c'est vraiment un homme bien, mais on commet tous des erreurs dans sa vie. Seulement, je ne voulais pas qu'il meure, alors que j'aurais eu tout intérêt à ce qu'il soit mort."
La main de Joao prit la sienne. Elle crispa ses doigts sur les siens. Avoir tout dit n'était dans le fond pas une mauvaise chose. "Il a eu de la chance de tomber sur toi. C'est pas n'importe quelle fille qui aurait fait ça pour lui. Même une petite amie raide dingue de lui n'en aurait peut-être pas fait autant... Mais tu n'es pas vraiment n'importe quelle fille. Tu es plus inconsciente que toutes celles que j'ai jamais rencontrées. La plus inconsciente de toutes les femmes de cette planète. Mais peut-être aussi la plus gentille qu'il ait rencontrée. Pour ma part je crois qu'il n'y a que ma mère pour te battre, mais ma mère reste un cas à part." Il tenta de rire pour l'encourager, mais ça ne marcha pas. Un silence gêné s'installa.
Elle ne parvenait même pas à déterminer ce qu'elle ressentait, ni définir la situation dans laquelle ils s'étaient trouvés au cours de ces quelques heures -à peine plus d'une journée, dans le fond- qui lui avaient complètement chamboulé sa vie à elle aussi. Après tout, quelqu'un avait pu parler et la désigner comme complice. On pouvait venir la chercher et lui demander des comptes, lui demander de témoigner contre lui en échange de sa liberté... On pouvait même décider de lui coller une balle entre les deux yeux pour venger la bonne douzaine de morts dans le désert. Il y avait tellement de possibilités qui se multipliaient presque plus maintenant qu'il n'était plus là pour imposer son passé comme une garantie de survie. Pourtant, à ces situations elle pensait pouvoir trouver des moyens de s'en sortir seule. Quand on est une anonyme dans la foule, une fille comme tant d'autres dans une ville où toutes les brunes se ressemblent, oui, c'était facile de s'en sortir et d'échapper à la vigilance de quelques gros lourds. Lui, malheureusement, n'avait pas eu cette chance...


"Qu'est-ce' que tu vas faire, maintenant ?"
La voix de son cousin la tira presque un peu trop brutalement de ses pensées. "Je ne sais pas... Qu'est-ce que je peux faire à part rentrer chez moi et reprendre ma vie d'avant. J'ai foutu sa vie en l'air, c'est de ma faute s'ils l'ont retrouvé, je ne peux pas défaire ce qui a été fait."
"Non, mais tu peux le réparer." Il parut réfléchir un instant puis finalement soupira. "C'est vraiment pas mon truc, filer des conseils. Mais je pense qu'il faut que tu fasses ce qui te vient en tête. En y réfléchissant un peu, je ne doute pas que tu sois encore capable de t'enfoncer un peu plus après tout ça. Ou alors il faut que tu en parles avec quelqu'un qui s'y connait un peu plus sur le sujet. J'suis qu'un pauv'type sans histoires, c'est pas moi qui pourrais te dire comment te sortir de là. Ton parrain, peut-être. Il pourra sans doute t'aider."
Un rire amer lui échappa. Kamiko, l'aider ? "Tu parles. Il me tuerait plutôt pour avoir été aussi stupide. Ou alors il essaierait d'aller lui coller lui-même une balle dans la tête pour m'avoir entrainée là-dedans..."
"Ou alors il pensera à ce pauvre type en cage comme un lion qui doit sans doute culpabiliser à ton sujet. Tu sais, même si vous faisiez semblant, je pense pas qu'il s'en fichait que tu sois là ou non. Puis tu lui as sauvé la mise plusieurs fois, t'es plus jeune que lui, plutôt mignonne... ça va être dur pour lui de ne pas te porter un peu d'affection... Voire plus, qui sait ?" Elle leva les yeux au ciel sous le rire de gamin de son cousin. "Je t'en prie, Joao, j'ai vraiment pas la tête à ça... Et non, je n'ai aucune envie de savoir ce qu'il pense. Tout ce que je sais c'est qu'il risque de finir ses jours à Epic Jail par ma faute alors qu'il n'avait rien demandé."
Elle ne lui avait pas parlé d'Eden. Il valait mieux, d'ailleurs. Mais le sort de cette petite la préoccupait plutôt. Qu'est-ce qu'elle aurait fait si Kamiko avait été emprisonné au lieu de pouvoir l'élever ?
Un nouveau soupir s'éleva de la poitrine du jeune homme puis il se leva avant de poser sa main sur son épaule.
"Allez, je vais devoir y aller. Je vais encore me faire dire qu'il n'y a pas de travail pour moi mais un miracle est toujours possible. Je t'emmènerai à la gare dans l'après-midi, si tu veux. Je pense pas que rester ici soit vraiment une bonne idée. Essaie de ne pas trop te triturer les méninges, en attendant."

Elle ne se souvint même pas si elle avait acquiescé ou non. Elle se souvenait simplement avoir entendu les pas s'étouffer sur le plancher du salon, puis la voix de sa grand-mère s'élever dans la cuisine. Combien de temps elle resta assise dans son lit à fixer les draps, allant d'une pensée à l'autre sans pour autant savoir la saisir ni son contenu ni son corps, elle était bien incapable de le dire. Il avait été arrêté. Par sa faute. Peut-être que si elle ne l'avait pas suivi, personne n'aurait fait attention à lui au marché noir. Il n'aurait pas eu à fuir jusqu'à Mala Muerte et se retrouver dans une famille prête à l'égorger pendant son sommeil. A bien y réfléchir, elle n'avait fait qu'aligner les erreurs et c'était bien un coup de chance si elle était encore en vie. Un coup de chance, oui...
Ce mot lui restait en travers, elle ne savait pas pourquoi. Quelque chose lui disait qu'elle finirait par le savoir, mais en même temps, rien n'était moins sûr.
En buvant son café comme une alcoolique dépressive à la table de sa cuisine sous le regard inquiet et peiné de son aïeule, la lumière se fit dans son esprit : elle devait appeler Kamiko. Il allait râler, la traiter d'idiote et sans doute lui dire qu'il ne bougerait pas le petit doigt pour qui que ce soit dans cette affaire, et pourtant elle savait bien qu'il n'y aurait que lui pour lui donner une solution valable.

"Tu sais, je ne t'en voudrais pas si tu pars ce soir. Au contraire, je préférerai que tu n'aies plus à venir ici. Après tout, je n'y ai jamais pensé mais je peux bien me prendre quelques vacances pour venir te voir. Je ne suis pas enchainée à cette maison et je n'ai rien connu d'autre que ce désert. Il est peut-être temps que je fasse comme ma fille et que je prenne mon courage à deux mains..."
Kylia leva les yeux vers le visage de sa grand-mère. Ses yeux sombres se portaient sur la fenêtre. Ses joues à peines ridées et ses lèvres pulpeuses dessinant des jeux d'ombres... Elle semblait triste et pourtant avoir rajeuni de vingt ans. Oui, elle avait dû être une belle femme, dans sa jeunesse. Qui avait sans doute attirer le regard de bien des hommes et attiser la jalousie ardente de son mari. Sauvée par un caractère en acier trempé et pourtant ce matin-là, il sembla à la jeune femme que le masque était tombé.
"J'ai toujours tout fait pour ma famille, tu sais. Je savais que Jason trafiquait à droite à gauche, qu'il avait des aventures avec les premières minettes qui passaient dès qu'il était loin de la maison. Si je ne l'avais pas menacé de partir avec les enfants, il n'aurait sans doute jamais arrêté avant de se faire prendre par les autorités. Nous sommes une belle famille pour les gens qui viennent, mais de l'intérieur je me rends bien compte que nous ne faisons que rafistoler les trous qui se creusent de plus en plus." Ses mains aux ongles longs tremblaient légèrement autour de son bol. "J'ai essayé de comprendre pourquoi ma fille était partie sans même nous dire au revoir... Sans nous laisser un mot... Et hier soir j'ai enfin compris. Ta mère a toujours été compréhensive, tu sais. Moins que toi, mais ça ne l'a pas empêchée de voir la vie qu'on menait toutes entre ma sœur et mes cousines... Passer sa vie auprès de vieux cons, parfois le premier venu parce qu'on avait pas trouvé mieux et qu'il fallait absolument se marier... Je me demande bien d'où nous prenait cette lubie, personne ne nous a obligées à avoir de famille. Et puis, ne rien dire, serrer les dents et rester fidèle au poste. J'avais fait des études, j'aurais pu prétendre à aller à Modula -ou même à Islantis. Mais au lieu de ça, je me suis enchainée à ton grand-père... Je ne regrette rien, il nous aime tous plus que n'importe quel homme l'aurait fait. Mais ta mère a eu raison de partir." Elle croisa son regard et un léger sourire se dessina, creusant sur sa peau une légère fossette. "Tu ne feras pas comme nous, Kylia. Je le sais. Mais suis ta voie et arrête de te mentir à toi-même. Je t'ai entendue parler à Joao, ce matin. Ce n'est pas cet homme que tu veux aider. Ce n'est pas sa vie que tu veux remettre sur pieds. C'est la tienne, ma chérie. Il est peut-être temps que tu réfléchisses à ce que tu veux vraiment et ne plus te contenter de ce que tu fais. Je voulais déjà te le dire la dernière fois, mais je n'avais pas osé."
Ce fut au tour de la main de l'empathique de trembler contre le bois de la table. "Comment veux-tu que je reconstruise ma vie ? J'ai jamais rien fait pour la construire et ce que j'ai fait a profité à une autre. Je sais pas si je pourrai faire autre chose de ma vie... En fait je n'y ai jamais réfléchi..."
"Tu n'es pas encore en état d'y réfléchir. Mais ça viendra. En attendant il faut que tu rentres chez toi et que tu te reposes vraiment. Ici avec toutes les allées et venues, ça n'est pas possible."

***

Finalement, elle avait profité du calme de la matinée et du vide de la maison pour téléphoner à son parrain. Le picotement d'appréhension au creux de ses reins se fit sentir et elle se demanda si elle préférait qu'il décroche ou qu'au contraire il soit loin de son téléphone. Elle tomba sur le répondeur. Tant pis. Il rappellerait plus tard, comme souvent.
La jeune femme posa son téléphone sur les draps, en face de ses chevilles croisées et essaya de s'imaginer ce que vivait Faust à cet instant précis. Elle ne pouvait pas. Qu'est-ce qui lui prenait de vouloir se représenter pareille chose ? Elle n'osait même pas penser à ce qu'il ressentirait. Il devait être abattu et seul... A sa place, elle détesterait cette maudite midinette qui avait prétendu pouvoir le mettre en sécurité dans une ville aussi agitée.
La sonnerie résonna alors et lui fit faire un bond. D'un seul geste elle décrocha et porta le téléphone à son oreille. La voix de son parrain emplit l'espace de son timbre rassurant.

"Ma puce ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu n'es pas au boulot à cette heure ?"
Eh merde ! Elle avait oublié de prévenir son patron... "Non, c'est une longue histoire."
Histoire qui ne fut pas si longue à raconter en fin de compte. Cette fois, elle n’omit aucun détail. Pas même la petite, puisque de toute façon, il l'aurait découvert seul et sans difficulté aucune. On ne pouvait rien lui cacher. Absolument rien.
Comme si elle s'y était attendue, un long silence se fit à l'autre bout de la ligne.
"Kylia... Tu es bien en train de me dire que tu as été prise en otage par un type actuellement sous les verrous et que tu veux que je te file un coup de main pour l'en faire sortir ? Quelqu'un te menace d'une arme ou tu as complètement perdu la tête ?"
Elle s'en doutait. Alors elle ne pourrait rien faire ? Strictement rien ? Elle soupira, au bord du désespoir et de l'inutilité.
"Kylia, je croyais t'avoir pourtant bien dit qu'on ne baisse pas les bras comme ça. T'as fait une connerie, maintenant tu assumes. Je suis à la retraite anticipée, maintenant ! Alors tu vas me dire ce qu'il faut que je fasse et me faire le plaisir d'enfin te remuer les méninges et prendre des initiatives. Tu rentres quand à Modula ?"
Sa voix manqua de se bloquer dans sa gorge. Il était fou, ce n'était pas possible. "Ce soir. J'y serai sans doute dans la nuit."
"Je t'y rejoindrai. Il vaut mieux qu'on n'en parle pas par téléphone. Ça te laisse le temps de réfléchir à tout encore et encore. N'hésite pas à prendre des notes." Elle acquiesça brièvement, se sentant encore plus en panique que s'il l'avait menacée de la tuer de ses propres mains. Dans la précipitation, elle manqua de raccrocher mais la voix bienveillante retentit à nouveau, cette fois peut-être plus tendre qu'il n'aurait voulu le paraître. "Kylia ? Tu peux y arriver. J'ai entièrement confiance en toi et je suis sûr que s'il savait tout ce que tu penses faire pour lui, il serait aussi confiant. Fais bien attention à toi. On se voit demain."
Elle raccrocha et posa son téléphone devant elle, le silence de la pièce lui semblant plus clair et plus fin que du cristal. Les mots de son parrain et de sa grand-mère lui tournaient en tête.
Il fallait qu'elle fasse quelque chose, qu'elle y réfléchisse mais surtout qu'elle pense bien à tout.

Et peu à peu, le mécanisme se mit en route au fin fond de son esprit...
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C'est pas moi, c'est mon chien! SUITE [pv Kylia]

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