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 Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)

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Kylia Miyata

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MessageSujet: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Lun 30 Juil - 21:00

Le scanner passa le long de ses vêtements, lui laissant craindre jusqu'au dernier moment qu'il n'émette le bip fatidique qui l'empêcherait peut-être de passer la porte suivante. Elle avait été prévenue mais elle ne s'attendait pas à tant de protocole pour aller rendre visite à un simple détenu provisoire qui attend un procès. A croire que l'autre imbécile heureux avait encore trouvé un prétexte à deux broutilles bradées pour le prix d'une moitié afin qu'elle soit particulièrement fouillée. Elle avait heureusement prévu le coup. Tout dans le sac, rien sur elle.
Après la troisième vérification, le garde lui rendit ses chaussures et son sac.

"Désolé. Nous n'avons rien trouvé."
Un instant, elle manqua lui demander s'il s'excusait pour ce temps d'attente ridiculement long et cette fouille incroyablement minutieuse pour une civile anonyme ou s'il était réellement désolé de n'avoir rien trouvé de suspect. Dans les prisons aussi y aurait-il un quota de gens louches à ramasser au parloir ? Elle soupira et attrapa ses ballerines d'une main ferme, essayant de répondre avec le plus de bonne volonté possible. "Je vous en prie, ce n'est rien."
"En revanche, veuillez m'excuser mais votre sac devra rester dans le vestiaire. Vous ne pourrez prendre que votre porte-documents et un stylo que nous vous fournirons. Le règlement, vous comprenez..."
"Ne vous en faites pas, je ne suis pas là pour avoir des problèmes."
Sans ménagement et déjà passablement agacée par ce fichu bonhomme qui semblait plus maniaque du règlement qu'une armée de juristes à peine nommés, elle s'assit sur la chaise en face du bureau et se chaussa en se retenant de maugréer. Ce n'était vraiment pas la bonne période pour jouer les benêts, elle ne dormait pas beaucoup la nuit et l'ainé de famille McRay lui menait parfois la vie dure même pour aller acheter le pain. De toute façon, il ne pourrait plus s'amuser à s'approcher d'elle, elle lui avait préparé une superbe surprise et si elle ne pouvait pas régler directement ses comptes, elle avait trouvé une occasion en or de lui faire payer toutes ses mesquineries. Elle aussi avait ses relations, non mais !
"Il va être drôlement content de vous voir. Plus d'un mois sans nouvelles de la défense, ça a dû lui paraître long." Elle ne répondit pas, ce à quoi il pallia en se raclant la gorge de gêne. "Euh... Tenez, voilà votre passe pour sa cellule. Il faudra que vous le montriez au gardien de la zone pour qu'il vous ouvre la porte. Il faudra l'appeler quand vous voudrez sortir."
"Bien entendu. Je vous remercie."
Elle prit son porte-documents sous le bras puis attrapa le stylo et la petite carte de sa main libre avant de passer la première grille et de se diriger vers la loge du gardien de la zone. Elle espérait ne pas s'être trompée de couloir, mais quand bien même ce serait le cas, elle savait d'avance qu'on ne la laisserait pas tourner trois heures. Au plus un lieu est sécurisé au plus il est aisé de s'y faire guider.

Prenant son air le plus assuré, elle traversa le vaste couloir métallisé jusque dans les murs ou ses pas résonnèrent comme si elle avait marché sous une arche de pierre. Il ne fallait pas qu'elle soit hésitante, il fallait qu'on puisse la prendre au sérieux.
Porte-parole de la défense. Ça ne voulait absolument rien dire, mais au moins cela lui permettait de pouvoir approcher Faust sans qu'on ne lui pose trop de question et sans qu'elle ait à justifier sa présence par un quelconque lien encore une fois factice. Il était hors de question de jouer encore une fois à la petite amie ni à la fiancée. Ils ne pourraient jamais prouver qu'ils se connaissaient d'avant, qu'ils avaient parlé ensemble, qu'ils s'étaient vus plusieurs fois et cela ne justifierait jamais le massacre du désert. Une petite amie qui sait tirer au flingue avec un ancien mercenaire maniaque du lance-flammes, on a beau le dire en y mettant une bonne dose de romantisme et de mots d'amour, ça ressemblera toujours voire immanquablement plus à une association de malfaiteurs plutôt qu'à une heureuse rencontre.
Alors autant jouer la carte de la secrétaire du détective privé engagé par la défense. Celle qui a été mise sur le coup depuis le début et dont la présence aux côtés de l'accusé n'a jamais été fortuite. Un mensonge, bien entendu, mais un mensonge tellement plus crédible qu'une fiancée qui n'existait pas la veille de l'assassinat de Djan. La JamesBond Girl restait une idée nettement plus séduisante et une façade tellement plus sérieuse et facile à croire. Et pour cela, il avait presque fallu se déguiser. Pantalon de tailleur -certainement pas les grands pantalons larges qu'elle mettait d'ordinaire, non, il fallait distraire l’œil pour éviter que le cerveau ne se concentre sur les failles ailleurs-, léger décolleté, cheveux attachés... Toute en noir, bien sûr, c'est plus chic, plus crédible. Ses longs cheveux ramenés en queue de cheval devait la rajeunir un peu mais elle avait renoncé à faire quoi que ce soit d'autre. C'était le plus simple et elle n'était pas encore assez assurée pour vraiment enfiler le costume de la parfaite femme de loi ou assistante d'homme de loi, peu importe.
Et le pire était sans doute qu'à force d'être prise plus au sérieux et mieux servie car plus imposante, elle finirait par y prendre goût. Pas complètement, il ne fallait pas non plus rêver.

Elle arriva à la loge du gardien et frappa à la porte, s'armant d'un sourire aimable. Pourvu que celui-ci fût un peu plus vif que le premier ! Et ce fut en effet le cas. Avec rapidité et professionnalisme, il vérifia le passe et attrapa le trousseau de clé plus ou moins traditionnelles avant de l'enjoindre de la suivre avec un sourire. Sans doute que peu de femmes devaient s'aventurer dans ce genre d'établissement et encore moins avoir le droit de visiter les détenus provisoires jusque dans leur cellule. Mais elle avait obtenu une autorisation écrite de la main-même du juge qui s'occuperait du procès afin de pouvoir laisser la défense entrer en contact avec l'accusé. C'était surtout que le juge en question avait vu plus alléchant comme proposition de la part de la jeune femme et à envoyer un petit mercenaire comme des centaines d'autres derrière les verrous il avait préféré donner un coup de pouce monumentale à sa carrière. Comment peut-on hésiter quand quelqu'un vous propose d'être officiellement à l'origine de l'arrestation de deux gros poissons de Mala Muerte et ainsi réduire le tau de criminalité de la zone sans parler d'assurer au gouvernement une meilleure prise sur cette région rebelle ? Du moins, sur le papier cela sonnait à peu près comme ça, mais Kylia ne doutait pas un instant que malgré la reconnaissance qu'aurait le gouvernement envers le juge et ses informateurs -car elle ne comptait en aucun cas que des noms soient divulgués-, il serait toujours difficile voire impossible de contrôler le désert. Tant pis, elle les laisserait se débrouiller. Sa priorité restait faire sortir un innocent d'une panade dans laquelle elle l'avait jeté la tête la première.

L'empathique suivit l'immense gardien dans la galerie inférieure. Elle fut assez surprise de voir qu'il y avait des cellules vides, mais dans le fond elle n'en fut que plus soulagée. Les émotions qui émanaient de certaines d'entre elles lui donnaient froid dans le dos et si elle n'avait pas eu le calme de son guide elle aurait peut-être cédé à la panique.
Des éclats de voix se firent bientôt entendre et elle reconnut une silhouette massive et imposante devant ce qui devait sans aucun doute être la nouvelle chambre trois étoiles de Faust. Ce foutu soldat n'en loupait décidément pas une ! Mais qu'il continue son petit cirque, il ne chanterait plus très longtemps. De toute façon, il devrait quitter les lieux dès lors que le gardien la ferait entrer. Il ne devait y avoir aucun témoin qui soit impliqué dans l'affaire à ce qui se dirait dans la cellule, ordre du juge lui-même. Comme quoi, la méthode de la carotte fonctionne avec tout le monde. Le temps qu'ils arrivent, elle put distinguer Sven McRay, grand et antipathique déblatérant elle ne savait trop quoi à un Faust visiblement pis qu'un lion en cage, semblant bouillonner intérieurement. Cherchait-il à le rendre furieux pour avoir l'avantage dans un avenir proche ? En tous les cas, ils ne pouvaient se renier ni l'un ni l'autre. Un air de famille et les mêmes cheveux blonds, bien que le plus jeune restait plus fin aussi bien dans sa silhouette que dans ses gestes. Si ce n'était leur caractère respectif, elle pouvait dire sans une once de doute que son kidnappeur avait plus de classe et n'avait rien des airs de grosse brute de son frère ainé.
A peine arrivée, elle eut droit au comité d'accueil. Comme de juste.
"Tiens, il ne manquait plus que toi !"
Si elle avait décidé en premier lieu de rester calme, allez savoir pourquoi son sang ne fit qu'un tour et elle peina à réprimer une partie des mots qui lui venaient. "Cela vous dérange-t-il que votre frère ait un semblant de vie sociale en dehors de votre humble et sérénissime personne ?"
"Une visite de courtoisie ? Comme c'est adorable, j'en ai presque la larme à l’œil. Il a bien de la chance d'avoir une gamine pour veiller sur lui."
"Eh bien c'est l'occasion pour vous d'aller pleurer sur votre sort dans les toilettes après la loge, je crains que vous ne deviez évacuer les lieux de suite." Elle avait répondu plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu, mais avait retenu les quelques insultes qui avaient manqué de lui échapper au passage. Encore un peu et elle lui collait sa main dans la figure. Ce qui manqua de se passer quand il tenta d'attraper son bras, sans doute pour essayer de lui démontrer sa force. Geste auquel elle se déroba. Il ne tenta pas un geste de plus. Il n'était plus seul en bas de chez elle, cette fois. Il y avait deux témoins. Deux paires d'yeux de trop.
"Parce que tu crois que je vais partir en plein milieu d'une conversation avec mon frère pour tes beaux yeux ?"
Cette fois, elle se sentit gagner la partie. "Malheureusement je crains que vous ne deviez véritablement partir, monsieur. Mademoiselle ici présente a le droit en tant que représentante de la défense à rester seule avec M. McRay et le juge a stipulé par écrit qu'il ne doit y avoir aucun témoin à leur entretien. Je vais vous demander de bien vouloir regagner la grille à l'entrée de la zone."
Et prends-toi ça ! Il maugréa quelque chose, lança une autre phrase à son frère et finalement s'éloigna non sans jeter un regard noir à la jeune femme qui souriait, presque contente d'elle-même. Ce n'était que la première petite victoire sur cette grosse brute, mais après un mois et demi entier de terreur, elle avait trouvé des armes suffisamment solides pour à la fois le contrer mais aussi contrecarrer tout ce qu'il avait pu entreprendre avant l'arrestation de Faust. Mais pour l'heure, il était furieux et ça l'arrangeait follement !

La grosse voix du gardien se fit à nouveau entendre tandis qu'il s'approchait de la serrure de la cellule.
"McRay, recule vers le fond de la cellule et laisse entrer la demoiselle. Aujourd'hui tu as de la chance, on t'apporte des bonnes nouvelles."
Elle eut envie de lui demander ce qu'il en savait mais elle préféra se taire et attendit qu'on la laisse entrer dans la cage au fauve. A peine fut-elle rentrée qu'on ferma la grille derrière elle, ce qui lui donna la curieuse impression d'être prise au piège. Elle tourna le visage vers le geôlier qui lui adressa un sourire engageant. "Vous avez jusqu'à l'heure du repas, ce qui vous laisse un peu plus de quatre heures. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous m'appelez et je viendrai dès que possible." Elle lui sourit en retour. "Je ne pense pas avoir besoin de quelque chose avant mon départ, je vous remercie." Il rit légèrement en passant sa main derrière sa nuque. "Oh ça ! C'est pas McRay qui vous ferait quelque chose, je lui fais confiance pour ça." Puis le bruit des grosses semelles des chaussures de sécurité s'éloigna pendant que des voix se répondaient sur un ton plus ou moins agressif.
Kylia se tourna enfin vers Faust et put voir distinctement son visage depuis plus d'un mois.

Entre eux se mélangeait sa surprise, son soulagement et sa honte. Il était toujours aussi grand, imposant malgré l'allure négligée de sa barbe et de ses cheveux et sa tenue carcérale. Il était vrai que les détenus n'avaient pas le droit à l'usage des rasoirs ni des ciseaux et au point où il en était, il n'avait pas encore droit à la tonte régulière. Tant mieux, dans un sens. Le regard de l'empathique se détacha difficilement du sien. Elle ne savait pas quoi lui dire maintenant qu'elle était là. Dire qu'elle avait remué ciel et terre pendant plus d'un mois, qu'elle lui avait apporté toutes les démarches pour non seulement limiter la casse mais surtout le blanchir ; elle s'était passé et repassé la scène un millier de fois en tête et pas une seule fois elle n'avait perdu ses mots. Pourtant, une fois en situation, le naturel manquait. Peut-être Kamiko aurait-il dû s'en charger, mais comme il l'avait dit lui-même, il serait plus en confiance si elle venait elle, d'autant qu'elle avait en grande partie échafaudé le plan. Bloquée dans son incapacité à parler, elle finit par lui sourire et réduisit la distance entre eux pour le serrer brièvement dans ses bras. Un geste familier, beaucoup trop mais qui lui permit de lui passer tout aussi brièvement sa joie de le voir sur ses deux pieds et à peu près en état mental d'entendre ce qu'elle avait à lui dire, et au passage à l'apaiser un peu en opposition au malin plaisir qu'avait dû prendre son frère à le faire bouillir. Elle regretta aussitôt ce geste. Elle l'avait sans doute gêné pour rien. Et après tout, qu'étaient-ils l'un pour l'autre si ce n'était un kidnappeur et son otage ?
Elle s'éloigna alors et posa le porte-documents sur la table.

"Tu es un peu plus en forme que ce que j'imaginais. Je suis contente de voir que tu tiens le coup. Ça ne te dérange pas si je m'assois ?" Elle s'exécuta et s'installa face à lui, lui adressant toujours un sourire. "Avant de t'annoncer la quantité de choses qu'il faut que tu saches, comment tu vas ? J'étais tellement mortifiée de savoir qu'à cause de moi tu t'étais fait arrêter. Je suis vraiment désolée pour tout ça."


Dernière édition par Kylia Miyata le Jeu 2 Aoû - 11:39, édité 1 fois
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Mar 31 Juil - 0:31

Un mois et demi. Si déjà au bout d'une semaine Faust avait abandonné tout espoir de sortir libre de cet endroit, alors la présence si étrange et envahissante de son frère eu un tout autre effet.

Il était venu après quelques jours... Après son arrestation, Faust n'avait eu aucune nouvelle, donc avait été bien incertain de la réalité de la chose. L'aurait-on piégé? Si cet individu n'était pas réellement son frère? Et puis ça n'avait pas de sens, Sven était bien trop fragile pour rejoindre l'armée, il aurait été refusé pour les mêmes raisons que son cadet... Alors pourquoi... Après quelques jours, était-il apparut à nouveau?
Il avait quelque peu grossi, ses muscles développés, et ses attributs secondaires améliorés. Son regard était plus sombre, ses yeux obscures et autant dire tout de suite qu'aux yeux de l'ancien mercenaire, il n'était rien d'autre qu'un étranger. Mais il était bien là, de son sang, des même parents. Comment avait-il pu tant changer?

Avant l'arrivée de son frère, Faust était resté assit au sol, dos au mur de cette petite cellule sombre et humide. Les autres prisonniers en attente, peu nombreux, discutaient peu et aimaient bien oublier qu'il y avait d'autres gens dans la même situation qu'eux. Par exemple, au bout du couloir vers la porte, l'un des prisonniers aimait rire. Oui oui, rire. Rire si fort que les flaques elles-même semblaient s'agiter... Ce n'était pas un rire forcé, juste naturel! Mais il glissait sous la peau comme un serpent, rendant Faust nerveux, irrités, voire violent. Bien sûr il s'était efforcé à rester calme... Cependant après trois jours de rire agaçant et fort, il s'était jeté contre la grille en hurlant au diable.
Il avait bien cru avoir perdu la raison, même le gardien ne l'avait pas vraiment reconnu à ce moment-là, et Dieu merci il fut rapidement emmené devant la justice, pour finalement se faire emmener pour de bon en prison. Le barman ne savait pas ce que cet homme avait fait, mais après tout, pour se retrouver ici, personne ne pouvait être parfaitement innocent.
Après son départ, le couloir cellulaire était bien plus calme, et Faust retrouva son silence, ses pensées. Il eut le temps de passer tout en revue; ce qu'il avait fait, ce qui aurait pu faire, ce qu'il aurait dû faire. Il y avait beaucoup de possibilités dans la troisième catégorie, et l'idée le rongea nuit et jour... Jusqu'à ce que, comme une apparition hallucinée, Sven arriva devant la grille solide... Le garde les laissa, et l'aîné s'assit devant la cellule sur un tabouret à trois pieds, et regarda Faust avec un sourire. Difficile de dire ce qu'il reflétait; ce n'était pas un sourire honnête, ni même faux... Il était juste... Dénué d'émotions, de sens...

"Alors petit frère... Comment ça fait de se retrouver ici, entre quatre murs, piégé?"
Faust, qui à ce moment-là était assit sur la banquette, leva juste doucement la tête, les épaules courbées, l'air grave. Son frère avait l'air... Satisfait, chose qui l'énerva au plus haut point, mais il n'osa rien répondre.
"C'est pourtant la première fois que tu te retrouves ici, n'est-ce pas? Dommage après tout... Mais c'est de ta propre faute, et tu le sais."
Immobile, Faust se contenta de le regarder. Etait-il vraiment son frère? Comment avait-il pu surpasser faiblesses et maladies? Voyant que son frère ne comptait pas lui répondre, il soupira en se levant, repoussant le tabouret vers sa place d'origine. Droit comme une perche, sa taille imposante était la seule chose que l'on pouvait vraiment reconnaître de lui... Il s'appuya contre la grille et soupira plus fort encore.
"Dommage que tu ne veuilles pas me parler... On a pourtant tant de choses à se dire, petit frère... Mais bon si après tout tu n'es pas prêt... D'ailleurs je compte revenir de temps en temps, faire bien attention que tu sois en bonne santé jusqu'au procès; après tout ce serait bête que tu sois déjà mort avant que l'on ne te condamne à perpétuité..."
A cela Faust eu un rictus narquois et, se levant doucement, comme un lion qui a repéré une proie, il fit face à son frère au travers de la grille. L'aîné n'était pas bien plus grand que lui, mais leur physique était devenu bien différent... Faust ne reconnaissait plus ce jeune homme vers lequel il avait levé les yeux, cet individu qui était devenu un modèle de vérité et sincérité... Le visage qu'il voyait maintenant devant le sien était vide, sombre, rien d'honnête ou pur... Le Sven de sa jeunesse avait complètement disparut.
Sans effacer le sourire de son visage, Faust siffla entre ses dents : "Ca serait bien bête en effet, mais le pire serait que tu sois mort avant le procès... Vu que tu as tant envie de me voir enfermé à vie."
A cela Sven rit de façon rauque, gutturale.
"Que tu es naïf petit frère... Et au fait! J'ai oublié de te le dire avant... Mais on a trouvé ta petite amie."
De suite, le visage de Faust se vida de tout son sang; devant la pâleur soudaine, Sven sourit cruellement et se tourna vers la sortie en murmurant : "Kylia, c'est ça?"
Ce fut bien assez pour que l'ancien mercenaire s'agrippe à la grille en grognant : "Où est-elle?!"
"Ah? Elle t'intéresserait donc vraiment? Alors nous avons vraiment les même goût, cher petit frère... Elle sera peut-être en sécurité si elle ne fait pas de bêtise... Si toi non plus d'ailleurs."
Il marcha vers la porte, et Faust dans un élan de rage pure hurla : "Sven reviens ici de suite!"
La seule réponse qu'il eut ne fut qu'un rire.


Il ne revint pas après ça. Et Faust eu le temps de penser à quel point il avait été bête; il n'avait même pas parlé d'Eden... Il devait bien cela à la petite... Mais Sven l'avait cherché, non? Lui ne pouvait pas vraiment être fautif...?
Rongé par les mots de son frère, il s'inquiéta de plus en plus pour la jeune femme... Kylia... Elle devait être en sécurité... Ils n'oseraient pas la toucher, après tout ils l'avaient lui, c'était bien suffisant. Néanmoins les mots collèrent à sa peau... Les même goûts... La pensée même de voir Kylia et Sven côte à côte hérissèrent tous les poils sur sa nuque. Si son frère la touchait ne serait-ce qu'un instant...
La pensée lui échappa soudainement et il se rassit sur la banquette, les yeux sur le plafond. Pourquoi ne pouvait-il pas avoir honte de penser une telle chose? Kylia était un individu à part entière, avec qui elle restait ne le concernait absolument pas. Mais... Sven quoi. Il se secoua la tête puis la posa dans ses mains, sentant la barbe pousser sur ses joues... Ah oui... Bien qu'il en avait vraiment envie, il ne pourrait que se raser juste avant le procès... Mais ça aurait été la moindre des choses de le laisser se couper les cheveux. Enfin bon.

Les jours passèrent, puis les semaines. Ce ne fut pas long avant que Faust devienne nerveux comme un animal en cage, faisant les cent pas, refusant de manger autre chose que la viande peu chère que l'on offrait à chaque repas de midi. Le reste du temps il ne touchait pas au reste, et bientôt le gardien lui donna juste double portion de viande et rien d'autre. C'était en soit une bonne chose que le gardien fasse attention à cela; c'était un homme en soit agréable, pas de ceux corrompus... Ils étaient venus à se faire confiance, et il ne sortait plus le bâton par méfiance lorsque l'ancien mercenaire s'approchait de la grille. Peut-être était-ce une mauvaise chose en soit, il pourrait facilement se faire trahir et blessé... Malgré cette pensée, Faust ne pu se pousser à agir différemment avec lui. Finalement ils discutèrent lorsque le temps des visites était fini, assit devant la grille, Angus, le gardien, se confia un peu à lui. Et puis après tout, personne ne pourrait lui en vouloir, le barman n'avait rien d'un mauvais homme, et il était facile de lui faire confiance.
"Dis Angus..." Murmura Faust un jour alors que la nuit tombait. "Tu as trouvé quelque chose alors?"
Faust lui avait demandé un seul service... Obtenir des informations sur Kylia, où elle était actuellement, et comment elle allait... Si elle était sous surveillance du gouvernement etc... Mais lorsque le gardien soupira en s'ébouriffant les cheveux, il sentit sa force le quitter.
"Je n'ai pas pu avoir accès à ces données, je suis désolé..."
L'ancien mercenaire haussa les épaules, faisant comme si il n'était pas affecté par la nouvelle.
"Mais en revanche, ton frère..."
De suite ses yeux étaient rivés sur le visage d'Angus.
"Il devrait venir dans quelques jours... Et puis il est possible que vous ayez de la visite dans les prochains jours, à propos de ta défense pour le procès."
En effet ça pouvait être une bonne nouvelle, mais au final ne donna pas l'effet escompté, et Angus partit s'occuper d'autre chose.

Tout ce temps qu'il avait passé dans cette cellule, et il commença seulement maintenant à sentir une impatience agaçante... Jusque là il s'était occupé bêtement avec un bout de lacet ou des cartes, mais là, rien ne semblait satisfaire son désir de s'occuper... il en avait assez de voir ces murs, cette banquettes, ces choses sans confort... Et après tout au début, il n'avait fait que bouder dans un coin, désespérant, se demandant ce qu'il allait advenir d'Eden... Mais maintenant il le savait, et était déterminé, il l'aiderait autant qu'il le pouvait, et pour commencer, ne comptait pas aller en prison. Il fallait un plan d'action... Déjà parler sérieusement avec son frère serait un début.
Mais le jour J venu, ce fut un peu plus compliqué.

Les deux nuits précédentes il n'avait pas dormi à cause d'un autre prisonnier qui avait sans cesse le hoquet, le faisant sursauter à chaque fois qu'il pensait que c'était fini. Forcément au réveil, il était d'humeur noire de chez noire... Et lorsque Angus arriva, suivit de Sven, il craqua tout simplement. D'un instant à l'autre, il se jeta contre la grille, le bras passant au travers avec effort; il attrapa le cou de son frère et le tira en avant de toutes ses forces. Surprit sur le coup, Sven ne put rien faire, et lorsqu'il le souleva, serrant toujours plus sa gorge, Faust n'entendit pas les cris du gardien, qui avait sortit son taser et le pointait vers lui de manière menaçante. Ce fut suffisant pour que l'ancien mercenaire laisse son frère toucher le sol de ses pieds. Il se retourna vers l'intérieur de sa cellule et regarda sa main ; depuis quand avait-il la force de soulever son monstre de frère avec un seul bras...? Il resta immobile le temps que l'aîné se relève, et, se tournant à nouveau vers lui, le barman parut assez énervé... Mais voyant son frère se tenir le cou, il ne put s'empêcher de sourire. Voyons s'il allait encore oser l'appeler "cher petit frère" maintenant...
Mais son espoir fut quelque peu brisé par l'intervention d'Angus.
"Faust éloigne-toi de la grille." Menaça-t-il sérieusement.
Bon, d'accord, il avait un peu franchi la ligne... Mais bon. Il obéit, et Sven lui demanda de partir. Une fois seuls, du moins le plus seul possible, l'aîné soupira en croisant les bras.
"T'es en forme dès le matin, c'est dommage considérant où tu vas finir après tout ça... Garde ton énergie pour le résultat du procès, je suis sûr qu'essayer de briser quelques nuques ne ferait même pas empirer ta sentence!"
Bien sûr ce fut à lui de sourire, mais Faust, nullement marqué par la signification de ses mots, commença à marcher d'un mur à l'autre, ses pas lents, larges, les mains derrière le dos. Néanmoins il semblait courbé par la fatigue.
"Alors je m'assurerais bien de briser le tien en premier; sois près de moi quand on nous annonce ce que je vais devoir subir, et je te promet, tu ne pourras plus jamais te lever d'un siège roulant. Et je ferais surtout bien en sorte que tu survives au coup, sinon ça ne serait pas amusant."
"Alors c'est ça qu'on t'a apprit à l'école d'assassin?"
A cela Faust rit.
"Oh oui, ils m'en ont apprit des techniques, probablement les mêmes que l'on t'a apprit ici d'ailleurs!"

C'était un combat de mots, tout simplement. Ils ne pouvaient pas physiquement se blesser, bien qu'ils en avaient tous les deux probablement envie. Ce n'était rien d'autre qu'un combat de coqs. Ce ne fut pas long avant que Faust aille s'assoir sur la banquette, et Sven sur le tabouret à trois pieds. L'atmosphère semblait un peu calmée, la conversation allait pouvoir commencer.
"Qu'est-ce que tu fais dans le gouvernement, Sven?"
Sa voix était un peu moqueuse, mais à la fois sincère.
"Je peux te poser la même question pour ce qui est de ton mercenariat."
"Je l'ai fait parce que je pouvais pas rejoindre l'armée."

"Mais oui! C'est ça! Même moi j'ai réussi. Et ne dis pas que tu es plus faible que moi, j'ai bien vu ta force tout à l'heure... Tu n'as simplement pas fait l'effort suffisant pour entrer, c'est tout. Tu n'as jamais su t'accrocher à un but de toute façon..."
"Et c'est toi qui dis ça?! Après avoir abandonné ta famille? Tu es le pire des hypocrites Sven."
"Ma famille? Tu veux dire un chien de frère qui me suivait partout, et deux parents qui voulaient que je ne fasse que prouver ma supériorité par rapport aux autres? Et toi, petit frère, sais-tu vraiment ce que j'ai vécu?"
"Et ta femme alors? Ton propre enfant!"


Sven avait levé les yeux vers lui à l'annonce, puis s'était mit à rire. Faust resta figé, ne comprenant pas l'éclat soudain. Plus il regardait cet homme, et moins il pouvait dire qu'il le reconnaissait... D'accord après si longtemps il pouvait avoir changé, mais à ce point-là?
"Tu veux parler de cette "Eden"? Quelle rigolade! Elle est autant ma fille que la tienne!"
Confus, les sourcils froncés, le cadet avait envie de s'approcher de son frère, lui tenir le col de la veste et réclamer une explication à la moquerie.
"Que veux-tu dire?"
"Cette gamine n'est pas ma fille. Elle peut l'être biologiquement, je ne la reconnaîtrais jamais comme telle! Car après tout, elle pourrait très bien être la fille de Tyrion... Il a toujours eu un faible pour Maria... Qui dit qu'ils n'ont pas couché ensemble?"
Brûlant d'une rage soudaine Faust se leva, de même pour Sven, qui s'éloigna de la grille avec un rire.
"Ou peut-être qu'elle est à toi! On devrait vérifier tu crois? Ton sperme aurait-il infiltré ma chère femme?"
C'était quoi cette tournure de conversation?! Il s'approcha de la grille de manière menaçante quand Angus revint... Faust se contenta donc de faire les cent pas plus rapidement d'un mur vers l'autre, véritablement comme un animal en cage, prêt à bondir dès que l'occasion se présenterait. Mais lorsqu'il vit avec qui il revenait...
De suite le coeur de Faust rata un battement, et il s'immobilisa, reculant légèrement dans la cellule, incertain de ce qu'il ressentait à ce moment-là. Sven se tourna vers elle et éleva la voix avec une telle facilité... Ils se connaissaient?! De suite une crainte s’empara de lui. Depuis quand? Malgré l'accueil quelque peu malicieuse de l'aîné, la froideur avec laquelle répondit Kylia le rassura... Au moins ils n'étaient pas proches.
Il observa l'altercation avec un calme surhumain, et, lorsque Sven s'apprêta à quitter le couloir, il murmura à l'oreille de son frère : "Je vais te briser, Faust, ce n'est qu'une question de temps."
Les bruits de pas s'éloignèrent doucement, et Angus se tourna vers lui. Il lui demanda de reculer jusqu'au fond de la cellule, ce qu'il fit sans hésiter un instant, et il observa la jeune femme entrer. Elle était vêtue très... Proprement. Pas qu'elle était sale, au contraire! Juste que les vêtements comme ça eh bien... ça faisait vraiment étrange de la voir comme ça.

Et pour diverses raisons, il avait honte devant elle... Sa tenue, sa pilosité abondante et son air de vieux malfrat... Et puis il était bien emprisonné, par sa propre faute. Mais il fallait avouer que la surprise et une once de soulagement masquèrent un peu le reste et, maintenant détendu grâce à la présence de la jeune femme, il attendit que ce soit elle qui parle d'abord...
Chose qui ne vint pas vraiment... A la place après un moment inconfortable de silence, elle fit deux pas pour l'enlacer légèrement. Faust, surprit au contact soudain, n'osa pas vraiment la toucher, de peur de faire quelque chose... Quelque chose qu'il regretterait sans doute. Du même coup il sentit une certaine vague d'émotion... Alors elle se servait de son pouvoir sur lui, pour qu'il se sente mieux? Probablement, il aurait fait pareil. Elle desserra son étreinte et recula, posant un document sur la table. Elle s'assit en face, évoquant son soulagement. Si elle savait à quel point lui l'était, savoir qu'elle semblait en bonne santé, bien qu'il restait l'affaire de Sven...
Lorsqu'elle ouvrit la bouche pour dire que c'était par sa faute qu'il était enfermé... Il se leva d'un coup, probablement un peu plus brusquement et vivement que ce qu'il avait pu faire avant... L'enfermement l'avait rendu nerveux, vif, ce qui n'était probablement pas une bonne chose. Ne regardant pas quel tête elle pouvait faire maintenant, il se tourna légèrement vers le mur, la main couvrant sa bouche et son menton.

"Rien de cela n'est de ta faute." Grogna-t-il, maintenant tendu, irrité. "Et n'insiste pas, tu n'es pas fautive dans l'affaire."
Elle aurait protesté, il aurait sans doute crié pour de bon...
"Jusque là je vais bien." Continua-t-il sans se retourner; parler à un mur était bien plus simple, comme ça il n'aurait pas à observer sa réaction. "J'ai juste envie de sortir d'ici, voir Eden, Jack, et retourner au bar. Toute cette affaire n'a été qu'une grosse connerie. Sven va tout faire pour que je sois enfermé à vie, et je compte pas finir mes jours à Epic Jail, sinon, pour sûr, je vais devenir dingue."
Car en effet cette cellule était vraiment trop étroite, il voulait courir, respirer librement... Chose impossible ici. Il se tourna enfin vers Kylia, mais n'osa pas poser ses yeux sur elle. Doucement, essayant de se calmer, sachant la condition de la jeune femme... Il ne voulait pas qu'elle soit plus inconfortable encore. Il s'accouda à la table et frotta ses sourcils du bout de ses doigts. Il devait avoir l'air d'un gorille albinos comme ça... Il ne savait pas quoi dire ou quoi faire, mais, une fois les mains baissées, posées sur la table, il soupira.
"Je ne sais pas ce que tu fais là... Mais je suis content de te voir."
Il sourit légèrement et la regarda enfin dans les yeux. Le temps sembla se figer à cet instant-là, son esprit devenant vide, toutes émotions le lâchant. Il détourna le regard après ce qui semblait être une éternité et, ne comprenant pas vraiment ce qu'il venait de se passer, il s'ébouriffa les cheveux pendant maintenant de manière épaisse sur son front.
"Excuse-moi... Cette affaire avec Sven c'est juste... Il a dit ne pas reconnaître Eden comme ça fille... Et... Pas que j'ai envie qu'elle parte, mais elle mérite au moins l'attention de son père, et d'avoir le choix de vivre avec lui... Mais maintenant..."
Il se leva à nouveau, une vague nerveuse l'ayant prit, chose qui lui arrivait de plus en plus fréquemment. Il se tourna vers le mur et y resta, les épaules tremblantes, attendant que la petite crise passe... lorsqu'elle ne sembla pas se calmer, il s'assit à nouveau, sentant la nécessité de produire cette action.
"Et euh... c'est quoi ça?" Demanda-t-il en regardant le dossier.
Puisque ses nerfs étaient encore tendus, il se sentit obligé de claquer des doigts, comme un tic, puis de passer la main dans ses cheveux. Qu'est-ce qui lui arrivait?! D'habitude ça ne durait pas... Pourquoi devant Kylia? Avant même qu'elle puisse lui expliquer le document, il se leva à nouveau et se tourna vers le mur.
"Désolé juste... Peux-tu demander un calmant au gardien...? Ca irait mieux après..."
Il n'osa pas se tourner, continuant à claquer nerveusement des doigts.

[maintenant que je regarde, me dis que c'est peut-être un peu trop, mais bon... si y'a quelque chose que je dois changer, dis-moi.]
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Mar 31 Juil - 17:25

Alors qu'elle s'attendait à une discussion plutôt calme, elle eut la mauvaise surprise de se trouver face à un véritable fauve enfermé depuis plus d'un mois. Elle ferait peut-être mieux de se méfier de ses propres mots et des faits et gestes de Faust, en fin de compte. Mais sans doute cette peur n'était pas justifiée. Il fallait tout de même le comprendre : autant de temps entre quatre murs aussi rapprochés avec pour seule compagnie un gardien qui ne peut pas entrer dans la cellule à cause du protocole de sécurité, à moins qu'il n'y ait une quelconque urgence. Même elle pour qui la foule est un fléau n'aurait peut-être pas aussi bien tenu le coup. Elle attendrait qu'il se calme avant de juger son comportement.
Il n'en restait pas moins qu'elle craignait qu'il ne finisse par être plus agressif que prévu selon la manière dont elle amènerait les différents sujets sur le tapis. Après tout, elle ne le connaissait absolument pas, elle pouvait le dire sans se tromper et il lui serait quasiment impossible de distinguer ce qui l'énerverait de suite de ce qui au contraire le soulagerait d'un poids. Il faudrait qu'elle s'arme de patience. Elle-même ne dormait pas beaucoup et vivait dans le stress permanent de ne pas trouver les preuves à temps, de faire avancer les démarches plus vite, d'entamer les négociations à la table du Diable... Sans parler de Sven McRay qui, on pouvait carrément le dire, la harcelait jusqu'en bas de chez elle et parfois même au téléphone pour lui mettre des bâtons dans les roues et sans doute aussi essayer de la ramener dans son camp en lui faisant du gringue. Cela ne marcherait pas, elle n'était ni idiote ni aveugle. Cet homme n'avait plus rien en lui qui lui permettrait de construire quelque chose, or elle avait déjà suffisamment fichu sa vie en l'air comme ça, sans parler de la garantie pour Faust de finir derrière les barreaux si elle acceptait la moindre invitation à dîner et pour Eden un aller simple pour les services sociaux et une vie de plus de gâchée. Et jamais au grand jamais elle ne se serait prostituée quand le chemin le plus honnête et le plus franc restait le plus efficace.

La seule chose qui dans le fond la dérangeait était qu'il ne la regardait pas directement. Est-ce qu'il était si mécontent que ça au final de la voir pour qu'il lui tourne presque le dos ? Ou alors l'enfermement l'empêchait-il de se conduire comme un homme civilisé ? Quelle que soit la raison, elle eut du mal à ne pas se sentir vexée. La jeune femme décida de ne rien en montrer et d'essayer de faire la part des choses. Elle était à cran, certes, mais ce n'était pas une raison pour lui faire payer des efforts qu'elle avait décidé elle-même de faire pour lui et il en avait déjà suffisamment bavé jusque là.
Elle le laissa s'exprimer, dire ce qu'il avait sur le cœur. Oui, elle comprenait parfaitement qu'il puisse se sentir devenir dingue dans un si petit espace quasiment sans fenêtre en plus. De quoi devenir claustrophobe. Pour sûr, le discours que devait lui servir son frère n'arrangeait en rien la situation ni l'état de ses nerfs, ça elle s'en doutait. Il y avait de quoi avoir envie de commettre un meurtre pour de bon. Même si ce ne serait sans doute pas son premier, pensa-t-elle avec amertume. Personne n'est tout blanc ni tout noir, le plus important est ce que l'on est dans l'instant présent. Et ce présent n'avait malheureusement rien de reluisant.
Enfin il lui fit face, bien qu'il semblait fuir son regard. Sa présence le rendait nerveux, elle le voyait bien, mais elle n'y pouvait rien. Peut-être Kamiko aurait-il été plus apte à faire face à un détenu, mais sans doute que face à une femme Faust était plus calme et contenait son agressivité. Kamiko l'aurait fait sortir de ses gonds en moins de cinq minutes, c'était une certitude. Délicatesse et tact n'avaient jamais fait partie du programme. Il finit par s'assoir. C'était déjà un bon début. Ils allaient peut-être pouvoir commencer à discuter plus tranquillement. Du moins l'espérait-elle.
Patiemment, elle attendit qu'il se reprenne, qu'il lui donne le signe qu'ils pouvaient commencer, qu'il était prêt. Ce n'était pas ça qui l'agacerait, elle sentait bien sa confusion, son envie de faire ou de dire quelque chose sans pouvoir se décider. Elle-même n'avait pas su quoi faire en arrivant dans la cellule, après tout.

"Je ne sais pas ce que tu fais là... Mais je suis content de te voir."
Il la fit sourire sans même qu'elle n'ait besoin d'y mettre de la bonne volonté. Au moins une bonne raison d'être venue. Leurs regards s'emmêlèrent et le voyant muet et un peu ailleurs, elle attendit d'abord, profitant elle aussi de cet instant de calme. Oui, elle aussi était contente de le voir. Elle allait le lui dire, allait poser sa main sur son bras mais il réagit un peu vivement comme s'il était en train de s'endormir. Finalement, elle retira sa main et la remit sur l'autre, comme si elle n'avait rien tenté. Complètement perdu. Il était complètement perdu.
A le voir tourner, bouger, déblatérer comme un animal prisonnier qui se cogne aux murs, elle avait envie de l'attraper par les épaules et de le faire assoir de force. Chose qu'elle allait finir par faire si elle ne voulait pas devenir folle elle aussi. Et dire qu'elle pensait que les hommes de son envergure supportaient mieux que les autres ce genre de choses. La preuve était bien que non. Comme quoi, on peut avoir les nerfs pour tuer mais pas ceux de supporter la solitude. C'était complètement contradictoire à bien y réfléchir. Pouvoir supprimer la vie mais ne pas supporter son absence.
Sans savoir quoi faire, elle le regarda trembler, se rassoir, essayer de se concentrer et ne pas y parvenir. Un instant elle se demanda si ce n'était pas sa présence qui le rendait nerveux. Elle espérait que ce n'était pas le cas, sinon il était mal parti. Le temps qu'elle lui explique tout ce qui s'était passé en plus d'un mois... Mais s'il était dans cet état, sans doute qu'elle ne pourrait pas lui en toucher un mot. Puis il se mit à claquer des doigts, de plus en plus nerveux. Non, il n'allait pas lui faire ça ? Elle sentit les muscles entre ses omoplates se crisper. Eh bien si... Elle soupira et le regarda encore tourner en rond et lui tourner le dos sans pouvoir rien faire. Désemparée et peinée de le voir dans cet état, elle en vint presque à regretter les horribles visions du tueur sanguinaire auxquelles elle avait eu droit dans le désert.

Un calmant ? Bien, puisqu'il n'y avait que cette solution... Elle se leva et s'approcha d'une espèce d'interphone placé à côté de la grille. Elle appuya sur l'unique bouton et attendit qu'une voix lui réponde.

"Ne me dites pas qu'il a déjà essayé de vous manger un bras !" Si la situation n'avait pas été ce qu'elle était, elle aurait sans doute ri de bon cœur. Elle ne put que converser une attitude sérieuse et anxieuse.
"Non, pas du tout. Est-ce que vous pourriez amener un calmant ou quelque chose du genre ?"
Un silence de trois secondes lui répondit. "Tout va bien ?"
"Non, pas vraiment. Je crois qu'il est en train de faire une crise de panique. Si vous pouviez faire vite..."
Un nouveau silence. ["Je vois... Malheureusement je n'ai rien dans ma loge, du moins je n'ai pas le droit d'en distribuer sans autorisation de l'infirmerie et je ne veux pas de problème. Je ne pourrai pas arriver avant une petite dizaine de minutes. Je suis vraiment désolé mais si vous pouviez le gérer pendant ce temps. J'essaie de faire au plus vite..."
Dix minutes... Dans quel état serait-il dix minutes plus tard ? Elle soupira. "Je vais faire au mieux. Je vous remercie."
Pourquoi, mais pourquoi Diable fallait-il que les règlementations en tous genres soient toujours un obstacle au bon déroulement des événements en cas de véritable problème ? Quel était le problème à donner un antalgique à un homme qui devient fou enfermé dans une cellule seul avec une jeune femme qui n'a rien d'autre pour se défendre qu'un stylo ? Et encore, elle avait de la chance de savoir au moins qu'il ne lui ferait pas de mal volontairement. Oui, volontairement, c'était bien le mot.
Soupirant une nouvelle fois, elle se retourna vers Faust qui n'avait pas bougé, du moins pas en apparence. Si seulement il pouvait arrêter de claquer des doigts... Elle se doutait bien que c'était nerveux, mais à force elle risquait d'avoir une réaction un peu vive.
Et réaction vive ou non, il fallait bien qu'elle fasse quelque chose.

En quelques enjambées, elle fut près de lui et attrapa fermement l'un de ses poignets pour le tirer vers elle sans brusquerie mais sans lui laisser non plus le choix. Elle n'avait pas peur. Et s'il voulait riposter, qu'il y aille, elle n'était plus à ça près. Sans lui demander son avis, elle le fit assoir sur la chaise qu'elle avait occupée quelques minutes plus tôt et plongea dans toute la force qu'elle avait pour croiser ses doigts avec les siens, le forçant ainsi à ouvrir les mains et l'empêchant de produire le moindre claquement. Elle appuyait au creux de ses paumes avec les siennes, espérant qu'il ne tenterait pas de forcer auquel cas il serait encore capable de lui déboiter les deux pouces.
Ah, ils avaient l'air fin, tous les deux, les mains en l'air ! Un face à face ridicule, mais au moins le silence régnait à nouveau. Elle devait avoir l'air bien sérieuse, mais s'il savait à quel point elle était épuisée, peut-être qu'il aurait compris, lui aussi.
"ça suffit, maintenant. Je veux bien que la captivité te soit dure à supporter, mais ne te conduis pas comme il veut que tu te conduises. Tu es un homme, pas un animal. J'ai travaillé pendant un mois pour t'assurer ta sortie de là, alors maintenant tu vas respirer et te calmer. Je ne vais pas pouvoir rester si tu continues à t'agiter comme ça."
Elle respira longuement. Lui parler comme ça ne servirait à rien. Il continuerait à s'agiter, se sentirait peut-être coupable. Autant dire que c'était complètement inutile. Elle avait peur qu'il n'essaie d'inverser la situation, qu'il ne lui fasse mal sans le vouloir en ne supportant pas une nouvelle prise de contrôle sur lui. Pourtant, elle ne voulait que l'aider. Si seulement Kamiko avait été là...
Non, dans le fond c'était mieux. Il l'aurait plaqué au sol et l'aurait calmé d'une toute autre façon. Elle n'était pas pour la violence. Il souffrait, c'était tout.

Plus désemparée que jamais, elle chercha la deuxième chaise des yeux et la trouva derrière elle. D'un geste du pied, elle la tira jusqu'à elle puis reposa ses yeux sur le visage rongé par une barbe et une chevelure abondantes. Cette fois, elle parla plus bas, avec plus de douceur.
"Écoute, je me doute que ce n'est pas facile. Je sais que ça ne va pas mais s'il te plait, fais un tout petit effort. Dans une dizaine de minutes le gardien sera là. Je vais te lâcher mais tu essaies de rester tranquille, d'accord ?" Lentement, elle lâcha ses mains et s'assit sur la chaise libre, la positionnant tout à côté de celle de Faust, de sorte à être presque en face de lui. Elle respira à fond. Quelle solution moins fatigante avait-elle ?
Aucune.
Un peu hésitante, elle rapprocha les deux mains de l'ancien mercenaire et enserra doucement le bout de ses doigts entre les siens, puis leva sa main libre jusqu'à sa nuque. Baissant les yeux, elle lui fit baisser la tête pour que son front touche le sien.
"Respire et essaie de penser à autre chose. Je vais essayer de faire de mon mieux." Elle était complètement novice dans le domaine de la transmission d'émotions, elle le savait. Parfois elle ne transmettait pas la bonne, elle était même incapable de savoir si ça marchait à tous les coups. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle ne voulait pas récupérer son stress, elle en avait déjà accumulé beaucoup trop et une nouvelle crise nocturne n'était pas souhaitée. Alors tant pis, ce serait la transmission. Elle espérait que cela fonctionnerait comme elle le désirait.
Kylia ferma les yeux et tâcha de se concentrer. Oui, mais sur quoi ? Il y avait tellement de choses, de chemins possibles... Qu'est-ce qui le rendait fou, ici ? Les murs, bien entendu. Alors il fallait qu'elle pense à quelque chose qui apaise. Une plaine, un désert de glaces, une clairière, peu importe ! Son pouce remontait de temps à autre sur la nuque de l'ancien mercenaire puis glissait à nouveau vers ses autres doigts. Elle essaya tant bien que mal de faire baisser la tension qui régnait dans la pièce, et même si elle ne parvenait pas à le calmer, il fallait déjà qu'elle-même soit un peu plus détendue pour lui parler et supporter un nouvel emportement. Elle ne pensa plus à rien, se focalisa seulement sur la décrispation de son dos, de sa mâchoire, sur le soulagement qu'elle avait eu à le voir encore vaillant. Si elle parvenait à l'effet de miroir escompté, elle aurait gagné une partie de la maitrise qui lui servirait sans doute à l'avenir. Mais calmer un adulte restait tout de même un sacré casse-tête.
Quand elle sentit ses épaules se relâcher, elle se dit que même s'il n'était pas prêt à entendre ce qui viendrait, elle pouvait tout de même tenter. Le gardien n'était toujours pas là, mais sans doute qu'il arriverait relativement vite, dès lors.
"Ne pense plus à ce qu'a dit ton frère à propos d'Eden. Tu sais, même si tu veux lui laisser le choix, elle ne l'aura pas. Du moins pas pour vivre avec lui. Elle aura le droit de le voir, mais pendant tout ce temps j'ai pu contacter les services sociaux et voir avec eux ce qu'il adviendrait d'elle. Une amie de mon parrain y travaille et elle a réussi à prendre en charge le dossier. Pour l'instant, ta nièce ne sait rien. Elle n'est même pas au courant que son père est toujours en vie. Ce sera à toi de le lui dire si tu juges que c'est nécessaire." Elle ne savait pas vraiment comment le lui annoncer, et pourtant, il fallait bien qu'il le sache. Elle serra ses doigts sur les siens, appréhendant déjà sa réaction. "Cependant, cette amie a évalué la possibilité que ton frère récupère la petite une fois qu'on a su qu'il était toujours en vie. Juste au cas où notre dossier ne soit pas assez costaud... Il n'y a aucune chance pour qu'il en ait la garde. Il ne l'a jamais connue, ce serait déjà un gros choc pour elle et il n'a jamais eu d'enfant. Si ce n'était que ça, il y aurait eu un temps d'adaptation de prévu, mais... Comment dire... Ton frère a été jugé inapte à s'occuper d'une quelconque personne. Comportement violent, égoïste, il a fait preuve de paranoïa, et maintenant que j'ai déposé une plainte pour harcèlement contre lui, ça n'a rien arrangé à son cas. Crois-moi, ton frère n'obtiendra jamais la garde de sa fille même s'il ne restait que lui pour s'occuper d'elle." Elle soupira. "Je t'expliquerai le reste du problème plus tard, quand tu auras pris ton calmant. Pour l'instant, il faut que tu te mettes en tête qu'elle a un père biologique, mais que son père c'est toi. Et à en juger par ce que tu ressens pour elle, tu es sans doute le meilleur père qu'elle n'aura jamais."
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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Sam 18 Aoû - 11:51

Il ne savait plus quoi faire... Après tout que pouvait-il faire? Sachant pertinemment que s'il rouvrait les yeux, il ne verrait que les murs de la cellule, ces mêmes murs qu'il avait pu observer ce dernier mois. Il en connaissait maintenant chaque défaut, chaque fissure, chaque recoin... Il n'y avait plus rien dans cette cellule pour l'occuper ou le détendre.
Sauf peut-être la présence de Kylia... Mais la pensée ne germa pas dans son esprit. Sans doute y aurait-il fallu qu'il parle plus, essai de converser, se distraire... Cependant son esprit semblait fixé sur l'impossibilité de l'échappatoire. Claquant des doigts des deux mains, alternant gauche et droite dans un rythme plus ou moins régulier, sa respiration était tout de même lourde, rapide, envoyant de nouvelles vagues d'adrénaline...
Comment pouvait-il encore sortir de là après ça? Il grimaça en voulant donner un coup dans le mur, mais décida contre; faire peur à la jeune femme n'était pas la solution. Il se contenta donc de serrer la mâchoire jusqu'à ce qu'il la sente devenir douloureuse.
Kylia avait fait la demande de calmants, et pendant ce temps-là, Faust s'était tourné pour la regarder du coin de l'oeil, ses mains tremblantes, cliquant et claquant sans cesses. Lorsqu'elle se retourna, il avait déjà refait face au mur et, appuyé contre avec le côté de sa main droite, claquant toujours, se rongea les ongles de la main gauche.
Il sentit soudainement les mains de la jeune femme sur ses bras; il aurait cédé au réflexe de donner un bon coup de coude, mais dans l'état actuel des choses se força à rester calme, ne tentant aucun geste brusque. Elle força leurs mains ensemble, et croisa ses doigts dans les siens. Il aurait très bien pu serrer fort, et aurait probablement réussi à lui casser tous les os de la main...
Alors qu'il se prit à penser cela, il baissa le regard vers le sol, n'osant pas voir ses yeux... Pourquoi pensait-il cela? Peut-être pour montrer la vérité à la jeune femme, qu'il n'était pas quelqu'un de sain, et qu'il était capable d'atrocités... Mais elle en avait déjà été témoins, et pourtant la voilà, essayant de l'empêcher de devenir fou. Probablement pour son propre bien, l'empathique devant être aussi stressée que lui par les émotions qu'il émettait actuellement, et le plus calme il serait, le mieux elle se sentirait sans aucun doute. Donc elle avait bien raison de le forcer un peu, vu qu'il ne savait même pas par quel moyen il pourrait réussir à se calmer...
"ça suffit, maintenant. Je veux bien que la captivité te soit dure à supporter, mais ne te conduis pas comme il veut que tu te conduises. Tu es un homme, pas un animal. J'ai travaillé pendant un mois pour t'assurer ta sortie de là, alors maintenant tu vas respirer et te calmer. Je ne vais pas pouvoir rester si tu continues à t'agiter comme ça."
Quoi? Elle avait travaillé pendant que lui était enfermé? Travaillé à le sortir de là? Mais pourquoi?! Pourquoi était-elle si déterminée à l'aider après ce qu'il lui avait fait subir. Confus, gêné par son comportement, il ferma les yeux, essayant de respirer doucement, mais plus il essayait, plus il sentait la tension monter, le voulant faire à nouveau claquer des doigts... Mais bien sûr, l'emprise actuelle de la jeune femme l'en empêchait, et il dû se contenter de se mordre l'intérieur de sa joue, la rongeant doucement sans pour autant essayer de se faire mal; il aurait l'air malin à se mettre à saigner de la bouche pendant qu'elle faisait tout pour l'aider...
Elle prit la chaise pour s'assoir aussi, respirant longuement, essayant sans doute de lui montrer un modèle à suivre. Avant de s'assoir, elle continua : "Écoute, je me doute que ce n'est pas facile. Je sais que ça ne va pas mais s'il te plait, fais un tout petit effort. Dans une dizaine de minutes le gardien sera là. Je vais te lâcher mais tu essaies de rester tranquille, d'accord ?"
Elle lui lâcha doucement les mains, le laissant à la Merci de ce tic nerveux, dont il s'empêcha tant bien que mal à résister. Elle s'assit à côté, puis étendit sa main libre vers la nuque du mercenaire pour le tenir, et par la même occasion croisa à nouveau le bout de ses doigts dans la main de Faust. Elle fit alors en sorte que leur fronts se touchent, puis elle ferma les yeux. Malgré la proximité soudaine, l'ancien mercenaire regarda le visage concentré de la jeune femme, et se prit à l'admirer, son visage paraissait lisse malgré la concentration visible. Il se demanda pourquoi une femme de son cran tenait tant à le sortir de là, après tout ce qu'elle avait vu et vécu... Il ne pouvait qu'admirer ce courage qu'était le sien, le courage d'encore le voir, le toucher, tout ça pour essayer de le calmer... Cette détermination ne lui faisait certainement pas défaut. Il sentit qu'elle caressait doucement son cou, envahit soudainement par une vague de calme...
Il ferma les yeux, écoutant la respiration de Kylia, sa pensée virant doucement, le calme du bar le matin à l'ouverture, l'entrée de quelques gens prenant un café pour bien commencer la journée, l'odeur de tabac froid, les pas d'Eden sur le sol, venant lui faire un câlin avant de partir à l'école... L'entrée de Jack, toujours suivie par une commande absurde d'un alcool fort... Cette atmosphère paisible... Il imagina alors l'entrée de Kylia, comme rentrant de voyage, un sac sur le dos dans cette tenue ample qui lui allait si bien...
La caresse sur son cou l'aida à respirer doucement, et, petit à petit, la tension partie laissant place à un calme posé, silencieux. Tout allait bien, tout allait bien.
"Ne pense plus à ce qu'a dit ton frère à propos d'Eden. Tu sais, même si tu veux lui laisser le choix, elle ne l'aura pas. Du moins pas pour vivre avec lui. Elle aura le droit de le voir, mais pendant tout ce temps j'ai pu contacter les services sociaux et voir avec eux ce qu'il adviendrait d'elle. Une amie de mon parrain y travaille et elle a réussi à prendre en charge le dossier. Pour l'instant, ta nièce ne sait rien. Elle n'est même pas au courant que son père est toujours en vie. Ce sera à toi de le lui dire si tu juges que c'est nécessaire."
Annoncer ça à Eden... Comment allait-il faire? Ce type qu'elle devait imaginer grand courageux et fort, prêt à la recueillir dès qu'ils se retrouveraient... Ce serait le rêve de chaque enfant... Et pourtant, la vérité était tout autre... Qu'arriverait-il à Eden si elle voyait Sven pour ce qu'il était vraiment? Comment une gamine de son âge allait réagir? Elle était déjà faible...
Prit d'une soudaine peur, il essaya de rester calme, mais l'inquiétude logée dans un coin de son esprit était déterminée à s'étendre.
"Cependant, cette amie a évalué la possibilité que ton frère récupère la petite une fois qu'on a su qu'il était toujours en vie. Juste au cas où notre dossier ne soit pas assez costaud... Il n'y a aucune chance pour qu'il en ait la garde. Il ne l'a jamais connue, ce serait déjà un gros choc pour elle et il n'a jamais eu d'enfant. Si ce n'était que ça, il y aurait eu un temps d'adaptation de prévu, mais... Comment dire... Ton frère a été jugé inapte à s'occuper d'une quelconque personne. Comportement violent, égoïste, il a fait preuve de paranoïa, et maintenant que j'ai déposé une plainte pour harcèlement contre lui, ça n'a rien arrangé à son cas. Crois-moi, ton frère n'obtiendra jamais la garde de sa fille même s'il ne restait que lui pour s'occuper d'elle." Elle soupira, laissant à Faust le temps de digérer l'information. Sven la harcelait?! Mais pourquoi? Incapable de réfléchir à la situation, il se sentit bouillonner, mais pensa autrement, voyant tout de même les efforts de Kylia pour qu'il reste calme.
"Je t'expliquerai le reste du problème plus tard, quand tu auras pris ton calmant. Pour l'instant, il faut que tu te mettes en tête qu'elle a un père biologique, mais que son père c'est toi. Et à en juger par ce que tu ressens pour elle, tu es sans doute le meilleur père qu'elle n'aura jamais."

Il resta silencieux un moment, ne sachant plus quoi dire, plus quoi penser... Comment réagirait la petite si elle apprenait la vérité sur son père? Elle était déjà tellement fragile, facilement affectée par toutes les nouvelles possibles... D'ailleurs, savait-elle que Faust était enfermé à l'heure actuelle? Ou Jack avait-il prit soin de masquer la nouvelle? Il avait pu le prévenir par l'intermédiaire d'un téléphone, mais qu'avait-il fait après cela?
Tremblant maintenant des mains, la détresse serrant son estomac de manière fortement douloureuse, son souffle réduit par la pression sur ses nerfs, et bientôt il sentit un léger hoquet venir, et il tenta tant bien que mal de garder le mâchoire serrée, ses épaules se crispant à nouveau, essayant désespérément de ne pas perdre la raison... Mais que pouvait-il faire réellement? Le visage d'Eden apparut dans son esprit, le jour où Maria était venue l'amener à l'ancien mercenaire... Encore dans un siège roulant à l'époque, elle avait parut terrorisée à l'idée de rester avec lui, sans sa mère. Dès son plus jeune âge elle avait réussi à comprendre ce qu'il se passait autour d'elle, et bien sûr les débuts avaient été difficiles. Heureusement elle s'était adaptée, et la condition de Faust une fois améliorée pouvait mieux s'occuper d'elle. Jack avait toujours était le pont qui les reliait, il s'était occupé d'elle le temps que le barman s'arrange, autant pour sa condition physique que son travail. Les temps avaient changé en effet, Eden souriait à nouveau... Mais que serait la nouvelle pour elle? Il avait peur, si peur qu'elle rechute, que maintenant qu'elle était plus âgée, fasse les mauvaises décisions et se blesse...
Ses épaules tremblèrent alors qu'il lâcha la main de Kylia pour la poser sur la nuque de la jeune femme, en miroir de ce qu'elle faisait. Il n'osa pas ouvrir les yeux, sachant que déjà une larme s'était échappée et glissait actuellement sur son cil afin de tomber sur sa joue... Grinçant les dents pour s'empêcher de pleurant davantage, il essaya de respirer doucement, mais son souffle était saccadé, accompagné de légers gémissements gutturaux. Il leva sa deuxième main tremblante pour la joindre avec l'autre sur la nuque de la jeune femme. Elle avait déjà fait tant de choses pour l'aider, et, repenser à tout ce qu'il s'était passé entre eux, il réussi à se calmer suffisamment pour murmurer : "Merci... Merci pour tout ce que tu as fait..."
Mais les mots engendrèrent une nouvelle vague qu'il ne réussi pas à retenir, et bientôt les larmes coulaient à flot. Ses épaules totalement relâchées, il se sentit petit à petit soulagé. Comment de temps cela faisait-il qu'il n'avait pas craqué? Des semaines, des mois, des années même? On lui avait bien dit un jour que pleurer était une bonne manière d'évacuer le stress... Et cette personne avait vraisemblablement raison.
Pleurant toujours, mais tout en étant plus détendu, il tint doucement la tête de Kylia, une main sur chaque côté de son visage, et baissant légèrement. Il posa doucement ses lèvres sur le front de la jeune femme. Il resta un instant qui lui parut comme une éternité. Une éternité silencieuse, calme, où les problèmes étaient lointains... Tout allait bien... Tout allait bien.
Il entendit alors les pas du gardien dans le couloir, et lâcha doucement une de ses mains du visage de Kylia, avançant l'autre vers son oreille, caressant un instant ses cheveux, puis baisa à nouveau son front en murmurant : "Merci."
Puis il se leva, ouvrant les yeux mais n'osant pas la regarder, essuya rapidement ses larmes bien que ses yeux restèrent rougeâtres, et il alla vers la grille. Le gardien arriva, surprit de voir Faust déjà là, paraissant calme.
"Tout va bien?" Demanda-t-il, entre l'inquiétude et le soulagement.
"Oui, merci Angus."
Il lui donna les calmants.
"Si ça se reproduit je les aurais, merci encore."
Le gardien regarda le mercenaire, puis la jeune femme, et décida que sa place n'était probablement pas ici à l'heure actuelle. Il partit assez rapidement, paraissant embarrassé... Cependant probablement pas autant que Faust à cet instant-là. Bon... il venait de pleurer devant elle, ce n'était pas dramatique... Mais il avait tout de même assez profité de leur proximité comme ça... Maintenant, assez rouge, autant à cause des larmes que la gêne, il s'avança vers la table, posa les cachets dessus, et recula sa chaise à une distance... de sécurité peut-être? N'osant toujours pas la regarder dans les yeux, il dit : "Bon eh bien... De quoi à l'air mon dossier jusque là?"
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Lun 3 Sep - 22:09

Elle appréhendait l'impact de ses mots, le poids qu'ils auraient sur son esprit, sur ses épaules... Il lui parut pourtant un moment remonter doucement vers un mieux, qu'il allait se calmer suffisamment pour qu'ils puissent discuter, qu'elle puisse enfin le rassurer sur son sort. Non, elle ne le laisserait pas se faire enfermer aussi injustement. Elle ne laisserait pas une vie qu'elle avait sauvé sans trop savoir pourquoi avec autant d'acharnement dans le désert se désintégrer sous ses yeux sans qu'elle ne bouge le petit doigt pour lui, surtout quand elle pouvait y faire quelque chose. Et quant au pourquoi, elle répondrait sans aucun doute par une autre question : pourquoi laisser disparaître quelqu'un qui vous a enfin fait prendre conscience qu'une vie résignée ne vaut rien ? C'était beaucoup plus long à expliquer, beaucoup plus profond qu'une petite question jetée à la va-vite, mais l'heure n'était pas à ce genre de débat. Il avait bien d'autres choses à penser, bien d'autres choses à entendre qui le réconforteraient davantage que savoir qu'il avait aidé une inconnue maintenant devant lui. A commencer par ce qu'il adviendrait de sa nièce, si elle allait bien, si tout irait pour le mieux...

Ses mains tremblèrent entre ses doigts, et au soulèvement intérieur qui se produisait, elle comprit qu'il ne tarderait pas à craquer. Ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose. Du moins s'il ne se montrait pas violent. Elle savait bien qu'il ne s'attaquerait jamais à elle volontairement, il l'aurait tuée depuis longtemps s'il avait voulu le faire, mais dans pareilles circonstances, ne serait-il pas un trop à bout ? Elle voulait tout de même lui faire confiance, réprimant un mouvement de recul quand elle sentit ses longs doigts fins se poser sur sa propre nuque. Elle savait qu'il aurait pu lui briser le cou d'un seul geste. Elle savait bien aussi qu'il ne le ferait pas.
Kylia releva les yeux vers Faust, distinguant une larme le long de sa joue, déjà partie se perdre dans sa barbe. Il tremblait, semblait avoir pris dix ans en une seconde, comme il en avait perdu seize en massacrant des hommes dans le désert. Cet homme avait bel et bien changé. Il avait gagné son ticket pour la tranquillité, et la jalousie et la mesquinerie de son frère ne pourraient plus rien, que l'empathique fasse quelque chose de plus ou non. De toute façon, l'avocat avait déjà toutes les pièces en main et le juge savait qu'il n'avait aucun intérêt à changer d'avis à la dernière minute. Autant dire qu'il était sûr de sortir à l'issue de son procès, même s'il restait encore un ou deux détails à régler pour que tout soit parfait.

Elle allait essuyer cette larme, le rassurer, lui dire qu'il n'avait pas à s'en faire, sachant bien qu'il allait craquer et que d'un instant à l'autre elle serait sans doute face à un nouveau débordement à contenir. Mais si ce n'étaient que des larmes, mieux valait le laisser les faire s'échapper une bonne fois pour toute. Sa main allait se déplacer lentement pour essuyer sa joue, peut-être même qu'elle prendrait son courage à deux mains et qu'elle déposerait un baiser dans la barbe blonde et abondante, à la lisière de la peau matte à qui le soleil manquait. Lui chuchoter que ce n'était rien, le rassurer et le laisser craquer une bonne fois pour toute, même sur son épaule si cela pouvait l'aider. Le laisser confier et déverser ses angoisses contre son front ou au creux de son bras...
Il fut plus prompt à réagir.
Avant qu'elle n'ait bougé, sa deuxième main se posa elle aussi sur sa nuque et un léger frisson la parcourut. S'il voulait lui retourner la tête, il pouvait dès lors le faire sans effort. Pourtant il ne le ferait pas. Elle savait qu'il se contenterait de laisser ses mains sur sa peau, réchauffant son cou de ses longs doigts fins. Il y avait quelque chose de rassurant et à la fois d'effrayant à sentir ces deux grandes paumes sur elle. Des mains puissantes, expertes pour tuer et pourtant capables de faire patte de velours.
Malgré son débordement imminent, son contact la soulageait d'un poids sans qu'elle puisse expliquer pourquoi. Le fait que pour une fois une personne qui connaissait parfaitement sa capacité ne se reposait pas sur sa compassion naturelle en pensant aller mieux ensuite ? Il ne semblait rien attendre d'elle, plus rien, pas même sa présence, et c'était sans doute pour cela qu'elle avait l'impression pour ne pas dire l'envie d'en faire autant pour lui. Pas de détresse strangulante, ni de complainte silencieusement assourdissante, ni d'espoir assassin... Il remédiait seul à ce qui lui pesait sur le cœur et ne lui demandait pas de le comprendre. Il savait qu'elle le comprenait, qu'elle sentait sa détresse s'infiltrer dans sa peau en même temps qu'un soulagement léger et frais qui apaisait tout ce qui pouvait lui parvenir de négatif. Oui, elle sentait peu à peu se diluer la confusion et la honte, elle sentait que tout s'évaporait. Tout redevient calme après la tempête.

Merci. Merci pour tout ? C'était bête à dire, mais cette petite phrase à elle seule parvint à lui faire oublier ces premières minutes chaotiques. Elle retrouvait l'homme qu'elle avait sauvé dans le désert, mais ce n'était plus son visage qui cette fois allait se couvrir de larmes. Le déluge tomba, inonda cette joue sur laquelle elle avait hésité à poser ses lèvres et finalement elle décida de ne pas bouger, de laisser évacuer seul cet orage intérieur. C'était bien l'une des rares fois où elle ne ressentait aucune panique face à un tel débordement. Au contraire, ces larmes presque trop sincères semblaient la meilleure des solutions, celle qui résoudrait d'une seule traite et sans autre alternative possible cette pression qui émanait de lui. Oui, qu'il pleure si ça pouvait lui faire du bien. Tant pis pour ce qu'elle ressentirait, dans le fond, elle savait bien que sa journée n'était pas finie. Et elle espérait bien lui arracher un sourire avant de le quitter.
Ses grandes paumes glissèrent jusqu'à encadrer son visage et l'une de ses mains rejoignit la peau de son poignet, le pressant avec douceur, son autre main restant sur sa nuque. Et dire que deux mois plus tôt, elle l'aurait repoussé et serait même aller l'enfoncer à son procès si on lui avait demandé de remplir son devoir de citoyenne. Mais quelque chose lui disait en ce jour que ce devoir envers la société, elle l'accomplissait en ne le laissant pas croupir dans une cellule. Le gouvernement ne la décorerait pas, ne la remercierait pas non plus pour remettre un "dangereux individu" en liberté, mais ce n'était pas vraiment ce type de service qu'elle avait l'impression de rendre. Faust avait eu droit à sa seconde chance, mais on ne lui avait pas suffisamment laissé de temps pour en profiter et prouver qu'il la méritait. Si elle pouvait le lui permettre, si elle pouvait y parvenir, alors il serait temps pour elle de se rendre à l'évidence qu'elle n'était pas aussi nulle qu'elle pouvait le penser, qu'elle pouvait elle aussi faire quelque chose pour quelqu'un. Qu'il veuille la revoir ou qu'il décide que leurs chemins ne devaient plus se croiser, là n'était pas la question. Il n'était pas non plus question d'aider toutes les personnes qu'elle croiserait. Non, il était purement et simplement question de faire ce qu'elle pensait juste au moment où elle pouvait encore le faire. C'était aussi sa manière de le remercier. Pour lui avoir fait ouvrir les yeux. Pour lui avoir rappelé que l'on a toujours quelqu'un qui se fait quelque part du souci pour nous. Et surtout, surtout pour lui avoir redonné un sacré coup de fouet.
Kylia ferma les yeux tandis qu'il lui faisait incliner à peine son visage. Ce silence calme, à peine dérangé par des pleures discrètes, ce silence quasi religieux lui donna l'impression que la paix venait d'atteindre la prison entière. Pourtant, elle savait que si elle passait la grille de la cellule, elle se trouverait face à tout un petit bataillon de lions en cage prêts à n'importe quoi pour se passer les nerfs, même sans penser à mal. Seulement, là, tout près de lui, les yeux fermé et son souffle sur sa peau, elle n'avait plus envie de penser à rien. Quelque chose en lui l'apaisait et la rassurait, mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Tant pis, le plus important était ce qu'il en résultait.
Elle allait lui demander s'il se sentait mieux quand ses lèvres touchèrent son front et se pressèrent sur sa peau. Ce geste, trop familier entre eux peut-être, la déstabilisa complètement. Que devait-elle en penser ? Le repousser ou le laisser faire ? Elle ne bougea pas, figée, sentant une vague monter cette fois du fin fond de sa propre poitrine.
Cela faisait déjà quelques années qu'elle était seule. Bientôt quatre ans. C'était fou comme ce genre de petits gestes en apparence anodins pouvait lui manquer. Se lever le matin et sourire sans même se poser la question du pourquoi. Voir une autre paire de chaussures dans l'entrée que la sienne et se dire avec joie qu'il est rentré plus tôt que prévu. Glisser sa main dans la grande paume quasi brûlante en passant dans les rues. Passer un bras autour des hanches pendant qu'un bras se pose sur les épaules. Un baiser échangé au détour d'un couloir alors qu'on a pas vraiment le temps...
Une larme perla sur chaque joue et elle dut résister à l'envie de se jeter contre lui et de se laisser aller à pleurer contre son épaule. Non, quatre ans ce n'était pas la mort. Ce n'était même rien comparé à ce qui l'attendrait lui si elle ne faisait rien et qu'elle se laissait aller à pleurer sur son sort. Quatre ans quand on en a vingt-cinq, ce n'est absolument rien. Elle résista en faisant légèrement glisser sa main vers la naissance de sa mâchoire, son pouce dépassant à peine sur l'épaisse barbe blonde. Il faudrait attendre, que ce soit lui ou un autre, elle avait de toute façon de longues années devant elle pour trouver quelqu'un et vivre comme elle l'entendait.

Elle se rendit cependant compte qu'elle n'éprouvait aucune angoisse face à ce contact physique un peu forcé, contrairement à cette appréhension qui la prenait à la gorge à chaque fois que quelqu'un avançait une main vers elle. Sans doute le fait qu'elle l'ait touché en premier et de son plein gré ? Oui, sans doute, mais quelle que soit la raison elle s'en fichait. Le plus important restait le résultat.
Il détacha ses lèvres de sa peau et sur les siennes se dessina un sourire tandis qu'elle relevait son regard vers son visage déjà plus calme. Elle avait eu raison de ne pas craquer. Il n'avait pas besoin de ça, et bien au contraire il restait la priorité de cette journée. A nouveau il embrassa son front, une main passant à peine sur les cheveux sombres. A nouveau il la remercia puis se leva pour rejoindre le gardien près de la grille. La jeune femme en profita pour essuyer ses joues et se reprendre. Elle attendrait de voir son attitude avant d'adopter celle qui conviendrait peut-être au moment.
Quand il revint vers elle, il semblait à nouveau un peu confus, puis se rassit en prenant une place plus appropriée à la conversation qui suivrait, sans doute dans le but de laisser de côté ce qui venait de se passer. Ses joues rouges témoignaient de sa gêne, mais elle décidé d'ignorer ce détail pour faire comme si de rien n'était, espérant qu'il soit un peu plus à l'aise par la suite.

Se tournant vers la table, elle attrapa le porte-documents et l'ouvrit, comme il le lui avait implicitement demandé.
"Bien, je vais essayer de ne rien oublier, il y a pas mal de choses que tu dois savoir avant ton procès." D'une main, elle attrapa un feuillet relié par un trombone et le fit glisser vers lui. "Tout d'abord, tu as été entièrement disculpé de ton principal chef d'accusation. Pour cela, nous n'avons pas eu trop de mal, à savoir qu'il y a de nombreux témoins visuels -moi comprise- pour confirmer que tu n'étais pas sur les lieux au moment de la mort de Djan. De toute façon, il a été prouvé qu'il a été abattu avec une arme militaire. Autant dire que sur ce point-là, ton frère n'a pas été très malin. Il a certainement dû penser qu'on ne vérifierait pas ce genre de détails. Bref, pour couronner le tout, une voisine a entendu le coup de feu et en se rendant à sa fenêtre a bien vu une patrouille de l'armée dans l'atelier. Bien sûr, je te fais confiance pour garder ces détails pour toi, la partie adverse n'est pas au courant que nous tenons toutes ces preuves. Toujours est-il que cette histoire, tu peux l'oublier, elle sera éliminée en un rien de temps."
Elle jeta un rapide coup d’œil au feuillet suivant, voulant être sûre de ne rien oublier. "Pour ce qui est de ton passé et de la cavalcade dans le désert, là aussi il y a quelques témoins pour t'aider. Enfin, surtout pour la fusillade du désert. Malheureusement, pour ton passé on ne pouvait pas mentir. Tous les témoins ont tenu à garder l'anonymat pour diverses raisons que tu comprendras aisément, mais comme ils sont plus de dix, ça restera tout à fait crédible quand même. Il sera donc clair pour le juge que tu n'as en aucun cas déclenché les hostilités mais que ce n'était que de la légitime défense. Ce sera un point en moins pour la partie adverse et un poids en moins de notre côté." Elle parcourut rapidement une feuille qui se baladait seule et un léger sourire se dessina sur ses lèvres. "Mon parrain a aussi réglé le problème de la prise d'otage. Ça, il faudra bien que tu le retiennes car on risque de longuement te questionner là-dessus. Officiellement, j'ai été envoyée sur ordre de mon parrain en tant qu'employée de son agence pour suivre l'affaire. Nous avons réussi à faire en sorte qu'on pense que Djan nous a envoyé un message de détresse suite à des menaces et qu'il voulait être protégé. Ma présence auprès de toi devient donc volontaire et il n'est plus question de prise d'otage, comme certains l'ont subtilement suggéré. J'étais censée rester auprès de toi pour terminer la tâche que l'on m'avait confiée et ainsi ça justifie aussi le fait que j'ai tiré dans le tas." Elle soupira et se gratta la nuque avant de conclure avec un sourire : "En somme, je suis officiellement un genre de garde du corps à basse rémunération que l'on a envoyé au casse-pipe. Tu pourras décider d'ignorer ces faits ou de dire que je t'en ai parlé, dans tous les cas, c'est du solide malgré le fait que ce soit assez tiré par les cheveux."
Bien, elle venait de lui lâcher un bon paquet d'informations et elle lui laissa le temps d'en digérer la plupart avant de continuer. Ce serait la partie la plus délicate, et elle espérait vraiment qu'il ne lui ferait pas une nouvelle crise d'angoisse. "ça, c'était pour les derniers événements en date. S'il n'y avait eu que ça, tu aurais pu partir sans problème à la fin de ton procès et ton frère aurait sacrément eu l'air d'un con, si tu me permets l'expression. Cependant, pour ton passé on a préféré jouer franc jeu. Nier tout en bloc ne t'aurait pas aidé, et du coup on se retrouve face à un nouveau problème juridique : ils n'ont techniquement pas le droit de te laisser repartir sans te sanctionner. Ça les discréditerait sans parler du fait que ce serait complètement improbable. Après une discussion avec le juge, il nous a proposé une peine légère. Tu en aurais quand même pris pour cinq ans et tu n'as pas cinq ans à perdre. C'est là qu'Eden rentre en jeu. Elle est actuellement sous ta responsabilité, mais aucun papier officiel ne te lie à elle. Sa mère l'a abandonnée, tout bonnement et n'a plus donné signe de vie. Ton frère ne pourra jamais obtenir sa garde et il n'en est pas question. Pour l'instant, elle reste avec ton ami Jack, les services sociaux ont accepté d'attendre l'issue du procès." Elle souffla pour se redonner un peu de courage et pour tenter de trouver ses mots plus facilement. "On a retourné le problème dans tous les sens et comme Maria McRay n'a pas daigné s'occuper d'Eden depuis plus de sept ans , elle est considérée comme pupille de la Nation par défaut. La seule solution pour vous deux serait que tu signes un papier comme quoi tu acceptes d'être son représentant légal mais aussi son tuteur. Comme tu es son oncle, on ne te demande pas de l'adopter, mais dans les textes ça revient au même. Tu es la seule personne vivante de sa famille qui puisse s'en occuper. En signant ce papier, tu obtiendras une sacrée réduction de peine. Pour ne pas dire que tu ne feras pas un jour officiel de prison." Elle marqua une pause, ayant l'étrange impression de marcher sur des œufs. "En signant ce papier, ça veut dire que tu t'engages à t'occuper d'elle, l'élever, subvenir à ses besoins... Bref, continuer ce que tu as toujours fait jusque là. Du coup, comme tu rends plus ou moins un service à la Nation puisque tu assumes de ta poche tous ses frais et que tu leur épargnes une tonne de démarches administratives, ta peine se réduit à te rendre toutes les semaines, puis progressivement tous les mois pendant deux ans au bureau d'un éducateur pénitentiaire qui fera un genre de rapport sur tes actions, ton attitude générale et j'en passe. En faisant ça, il y aura une preuve de ta bonne conduite et surtout de ta bonne foi aux yeux de la loi et ça prouvera que tu as tourné la page et que tu es désormais inoffensif. Il y aura aussi un suivi pour Eden, mais une amie de mon parrain se charge du dossier et tu ne rencontreras aucun souci de ce côté-là."
Elle était arrivée au bout de tout ce qui se dirait au procès. Ça n'avait pas l'air de grand chose, mais il avait fallu entamer de longues négociations, faire jouer des relations, passer des nuits blanches à se triturer les méninges, faire des recherches parfois très poussées et très longues pour une petite information... Plus d'un mois de travail acharné pour jouer contre la mécanique infernale de la justice et de toutes ses procédures. Sven McRay ne serait pas déçu du voyage.
"Maintenant il y a autre chose qu'il faut que tu saches et que surtout tu gardes pour toi. Tu as entendu tous les arguments officiels de ta remise en liberté. Rien qu'avec ça, on était plus ou moins sûrs de pouvoir te faire sortir, mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Nous avons négocié avec le juge. De très longues négociations, mais au moins ça a eu le mérite de t'assurer ta sortie de là. Et personne ne pourra rien contre la décision qui a été prise. Tu seras libéré, point. Nous avons donné le nom de deux très gros trafiquants de Mala Muerte. Le Gouvernement rêve de prendre le contrôle sur cette zone, et la moindre petite chance de pouvoir le faire est à saisir pour eux. En leur donnant toutes les informations concernant ces deux hommes et leur bande, on donne un appât suffisant pour qu'on te foute la paix. Ils n'ont aucun intérêt à garder un ancien employé comme toi sous les verrous s'ils peuvent avoir les gros poissons de la mare. Bien sûr, ça sera vain et je ne doute pas qu'il y en aura d'autres pour leur succéder, mais ça, c'est leur problème. L'essentiel est que le juge pourra se faire mousser auprès du gouvernement. Bien sûr, toutes les sources sont anonymes. Et en cas de revers de médaille, il n'y aura que mon parrain et moi pour peut-être être embêtés mais comme il n'y aura aucune preuve que nous sommes les informateurs, c'est un peu du vent."

Elle soupira longuement et posa son regard dans le sien, un sourire soulagé sur ses lèvres. "Voilà. Voilà à quoi ressemble ton dossier après un mois et demi. J'espère que ça sera suffisamment crédible aux yeux de tous, j'ai peur de ne pas pouvoir faire mieux."
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Ven 21 Sep - 21:31

Elle ne parut pas plus marquée par l'action et sembla même vouloir l'aider en ignorant totalement ce qui venait de se passer; heureusement remarque.

BLABLA (je remplierais plus tard... quand j'aurais la motive, mais là, ça te permettra d'avancer tout de même... VRAIMENT flemme de compléter ce passage maintenant... sorry.)


L'alarme retenti dans le bloc cellulaire; Faust observa la grille de sa cellule s'ouvrir... Que se passait-il? Un incendie? Rien ne signalait un incident de ce genre... Et soudainement un frisson froid parcourut l'échine du barman... Sa cellule n'était pas la seule à s'être ouverte. Par réflexe il se tourna vers Kylia, une perle de sueur glissant de son front. Ces hommes étaient comme lui, et encore, il avait eu le temps de s'humaniser un peu avec le retour de la jeune femme, les autres en revanche... La possibilité qu'ils soient jaloux de la présence du femme était fortement possible... Et avec ça, beaucoup de problèmes.
De suite et sans attendre la moindre hésitation nerveuse, Il prit assez doucement le poignet de Kylia pour la planquer dans un coin de la cellule... Il fallait réfléchir vite, ses camarades étaient déjà dans le couloir, pour le moment encore peu nombreux... Et déjà des cris de singes s'élevèrent en moquerie... Leur meilleure option était de fuir dans le couloir, mais ils bloqueraient sans hésiter le couloir, donc le mieux était, actuellement, de se débarrasser de ces gens, tout pour qu'ils ne touchent pas à Kylia. Crispé, mais pas spécialement nerveux, il se tourna un instant vers la jeune femme : « Les choses vont se corser… A ta place je resterais bien là-derrière, je me charge d’eux. Après tout, tu en as déjà assez fait. »
Le dernier bout il l’avait dit avec le sourire, non par joie, mais par une espèce de détermination résignée, car après tout, il lui devait bien ça. Elle n’avait pas travaillé tout ce temps pour finir violée dans la cellule de l’homme qu’elle essayait de faire sortir ! Non, c’était son devoir de la protéger, elle était SON otage, et aucun individu venant d’ici n’avait le droit de la toucher.
Et ils arrivèrent. Les quelques prisonniers du couloir, sept individus, tatoués, maigres, les yeux exorbitant en voyant la jeune femme en tailleur… Un rire échappa les lèvres de l’un d’eux, et voilà que Faust fut lancé. Il se jeta sur le concerné, et lui dégota un violent coup dans la mâchoire, on pu l’entendre craquer abruptement, l’envoyant valser dans deux de ses camarades derrière lui.
L’ancien mercenaire se redressa de toute sa hauteur, se roulant un instant les épaules comme à son habitude avant un combat à main nue. Il n’était peut-être pas dans la meilleure des formes, mais il restait néanmoins un certain mur imposant de chair et de muscles. Sentant l’adrénaline le faisant trembler, il regarda les prisonniers devant lui d’un air menaçant : « Le premier qui lui touche un cheveux, je lui arrache les oreilles. »
Les prisonniers aidèrent leur camarade légèrement sonné à se remettre sur ses pieds. Ils étaient maintenant un peu moins content que Faust se dresse contre eux, mais ça n’allait pas leur empêcher de tenter leur chance. Deux se jetèrent en avant. A peine avaient-ils fait deux pas dans la cellule qu’il leur prit les deux par le côté opposé de la tête, et les frappa d’un coup sec ensemble. Le bruit que provoqua la collision des deux crânes lui donna un frisson désagréable, mais n’avait pas le temps de s’arrêter ; un autre approcha, et reçu un coup brutal et précis dans le plexus solaire. L’homme tomba immédiatement à côté des deux autres, incapable de respirer, semblant passer par toutes les couleurs possible, le choc à son cœur ayant été brutal.
Il n’attendit pas la charge des autres, et se jeta sur eux ; l’un d’eux asseyant de fuir se reçu un coup juste au dessus de la hanche, ce qui l’envoya s’écrouler d’un coup au sol, ses jambes ne pouvant plus fonctionner à cause du choc.
Le dernier réussi à partir dans le couloir, et n’allait sans doute pas revenir avant un moment… Il se tourna vers Kylia, entouré de gens agonisant… A peine essoufflé, mais pas plus content de ce qu’il venait de faire ; tant quelle était en sécurité, rien n’avait d’importance.
« Allons-nous en d’ici rapidement, il faut te mettre en sécurité, et maintenant. »
Il la laissa enjamber les prisonniers qui ne purent pas vraiment bouger sous la menace imminente d’une lourde et épaisse semelle. L’agitation ne semblait cependant pas calmée… Ce ne semblait pas être un incident unique… Il entendit d’autres cris de victoire dans les couloirs, se rapprochant… Et cette fois-ci, ils n’étaient pas moins d’une dizaine… Mais bien plus vu le tremblement du sol, c’était un troupeau particulièrement nombreux.
Ils n’avaient plus beaucoup de temps. Se tournant vers Kylia, il la regarda dans les yeux, incertain, tendu ; il ne pouvait pas la laisser se faire blesser par des hommes, non, des animaux comme eux. Il n’y avait pas 36 solutions.
Il s’approcha de la grille cellulaire la plus proche, et la ferma. Il testa la solidité, tout en écoutant les cris approcher à grands pas… Elle était sécurisée, même une vingtaine de personnes ne pourraient pas la casser ou la bouger… Parfait. Ca n’allait pas lui plaire, mais ils n’auraient jamais le temps de fuir, il n’y avait pas d’autre choix.
Sans demander son avis, bien qu’elle avait probablement déjà deviné, il la poussa sans forcer jusqu’à une autre cellule, et regarda derrière eux.
« Rentre à l’intérieur. Murmura-t-il, pressé. Ca a peut-être l’air d’une mauvaise idée, mais les barreaux tiendront, ils ne pourront pas ouvrir. »
Il savait que ça avait tout l’air d’une situation sans issue, dès qu’elle serait à l’intérieur, elle serait piégée… Et il savait tout aussi bien qu’elle ne le laisserait jamais rester dehors, et cette fois-ci elle avait sans doute bien raison.
Sachant cela il se décida ; mais un cri venant de derrière lui le força à se tourner. Ils étaient là, si nombreux… Tournés vers eux… Et se jetèrent comme une horde d’animaux affamés. Il n’aurait jamais le temps de rentrer puis fermer la porte.
Regardant un dernier instant Kylia dans les yeux, il la poussa à l’intérieur et ferma la grille. A peine fut-elle verrouillée que l’un des prisonniers plaqua son épaule violemment dans le dos, le poussant contre les barreaux. Si ça continuait ils pourraient l’écraser totalement… Ce n’était pas une option. Usant de toutes ses forces, toute cette rage qu’il avait emmagasiné, il réussi à mettre une distance entre son corps et les barreaux, poussant de toutes ses forces avec un cri de rage. Ils étaient tout autour à présent, beaucoup collés à la grille, essayant d’atteindre la jeune femme ; mais elle devait s’être installée jusqu’au fond de la salle, en sécurité… Du moins il priait pour qu’elle le soit.
Autour de lui les grognements, les griffures, les morsures de ces hommes devenus fous par l’enfermement… Il n’entendait plus rien, comme si une grenade avait explosé à côté de lui… Il n’entendait plus rien, sentant juste qu’on arrachait ses vêtements de tous les côtés, ces hommes assoiffés de sang plantant leurs ongles dans sa chair… Aveuglé par la lumière et la soudaine folie, il hurla si fort qu’il sentit le cri vibrer dans sa cage thoracique. Plus rien n’avait d’importance, comme la course dans le désert… Mais cette fois-ci c’était différent, comme un dernier feu d’artifice, le bouquet final du jour de la fête nationale… S’il allait finir ici, autant en finir en beauté.
Ne pouvant même plus compter le nombre, incapable de faire quoi que ce soit d’autre, il arracha cheveux et cassa des doigts, tout ce qui passait sous sa main… Aveuglé par tous les cris autour de lui, il tint de toutes ses forces sur ses deux pieds. Comment il faisait ? Que lui arrivait-il vraiment ? Il ne le savait pas lui-même, mais il sentait une nouvelle force grandir en lui, un instinct bestial et sauvage, la survie par-dessus tout…
Eux ou moi… Eu ou moi.
Hélas les nombres vinrent et continuèrent à entrer dans le petit couloir, et ce ne fut pas long avant que la douleur et la fatigue l’atteignent… Un coup porté à la tête, un autre derrière le genoux ; il tomba d’abord à genoux, avant de se prendre un coup de genoux brutal en le tenant par les cheveux, son visage tourné vers le plafond, le ciel au-delà des murs… Son regard était vide, son visage ensanglanté, ses cheveux teintés de rouge, son nez cassé, son arcade saignant abondamment. Un coup de poing porté dans la joue l’envoya au sol, à hauteur de tous ces pieds, qui s’en donnèrent à cœur joie de lui porter des coups brutaux… Ni le dos, ni les côtes, ni le ventre ; rien n’était épargné. La douleur grandissait, et pourtant se dissipait…
C’est alors qu’il sentit le genoux posé entre ses omoplates, et quelqu’un lui soulevant la tête… Il essaya d’ouvrir les yeux, mais l’un douloureux à cause du sang qui y était entré. De l’autre, il put apercevoir une silhouette floue à l’intérieur de la cellule… Kylia ? Elle semblait en sécurité, mais impossible de savoir pour sûr…
« On va avoir ta copine, mais tu seras pas là pour regarder le spectacle… »
Avec un rire fort gutural dans son oreille, il sentit la force de ce bras écraser sa tête contre le sol… Une fois, deux fois, trois fois… au bout du troisième il n’entendait plus rien, sentant son corps faiblir, devenir flasque… Une dernière soudaine le réveilla quelque peu ; on venait de marcher sur l’articulation de son bras, donnant un gros coup de talon dans le coude. Il sentit la douleur traverser tout son bras comme un venin brûlant, puis, à bout d’épuisement, lâcha tout.
Avant de perdre connaissance il entendit brièvement les cris, des ordres cette fois-ci… Le bruit de la porte de la cellule s’ouvrant… Non, pas Kylia… Il fallait qu’elle soit en sécurité…
C’est alors qu’une douce main chaude toucha sa joue, comme le toucher d’un ange, d’une créature de l’au-delà, l’appelant à venir… Etait-ce réel ? Une illusion… ? Etait-il, une fois pour toute, en train de mourir ? Il eut envie de sourire à la pensée ; Kylia ne l’avait vraiment vu qu’en train de mourir ou s’évanouir bêtement… Si tout se finissait maintenant elle n’aurait plus à attendre, s’inquiéter inutilement à son chevet… C’était peut-être mieux… Tant qu’elle était en sécurité, elle pourrait protéger Eden, et Jack serait là aussi pour eux… Tout irait bien.
Ne sentant même plus son corps, il se laissa divaguer, ici, là-bas… Passant par l’Enfer et le Néant, il perdit toute notion de corps ou de temps, chutant éternellement dans les abysses sombres de l’inconscient.

Peut-être que cette fois-ci c’était enfin fini.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Dim 14 Oct - 20:21

Elle avait senti une sorte de soulagement, comme si elle était parvenue à le rassurer à force d'arguments rationnels et bien rangés. Comme quoi, l'être humain a beau ne pas avoir de grandes capacités d'ordination, sa quête de l'ordre reste constante. Et qui ne rêve pas de pouvoir maitriser chaque détail de sa vie, ou du moins tous les côtés désagréables et gênants qui peuvent survenir sans prévenir ? L'empathique le comprenait parfaitement et elle n'avait pas besoin qu'on le lui explique. La vie de cet homme avait été fichue en l'air et on venait lui apporter une solution au problème qui semblait simple, claire et absolument millimétrée. Quel accusé n'en aurait pas rêvé ?
Soulagée à son tour de le voir plus apaisé et tranquille, elle allait se lancer à parler d'autre chose pour le détendre, lui permettre de poser d'autres questions qui lui seraient venues sur ce qui s'était passé depuis le temps. Peut-être sur sa nièce, sur son ami Jack ou tout autre événement en rapport ou non avec la situation actuelle. Oui, une conversation ordinaire et posée ne lui ferait pas de mal.
Elle allait ouvrir la bouche, mais le seul son qui retentit à cet instant n'avait rien d'une voix humaine. L'alarme envahissait tout l'espace tandis que toutes les grilles s'ouvraient une à une. Ce ne fut que lorsqu'il attrapa son poignet et qu'il la parqua dans un coin de la cellule qu'elle comprit ce qui se passait. Une vague d'adrénaline monta et s'ajouta à la sienne pour venir frapper contre ses tempes. Elle entendit à peine ce qu'il lui dit, mais sa résignation ne la rassura pas pour autant.

Prise à la gorge par la peur et la confusion, la rage et la haine générales, elle n'eut l'impression de pouvoir respirer à nouveau qu'au moment où les gardiens étaient parvenus à neutraliser cette bande de macaques en furie. Revenant peu à peu à la réalité, elle sentit tous ses sens agiter à nouveau son corps et elle se rendit alors seulement compte qu'elle était prostrée contre le mur du fond, les bras sur la tête et les yeux fermés, tremblante comme une feuille. Autant dire qu'elle faisait peine à voir.
Une grande main se posa sur son épaule. Elle sursauta. Le regard bienveillant du gardien croisa le sien. Il esquissa un sourire avec difficulté, sans doute pour ne pas l'effrayer. Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle comprit qu'il lui parlait. Visiblement lui demandait si elle allait bien. Le nom de Faust se dégagea dans le flot de paroles et elle se redressa comme piquée par une aiguille. Il était juste devant la grille, allongé sur le dos dans un état des plus inquiétants. Sans répondre, elle se leva et s'approcha du corps de son ancien preneur d'otage avec une certaine méfiance mais pas à son encontre. C'était comme si elle avait peur qu'il ne meurt à peine serait-elle près de lui ou pire qu'il soit déjà mort. Mais non, son torse se soulevait légèrement.
Sans se soucier du sang sur le sol, elle s'agenouilla près de lui et sa main trouva sa place sur sa joue dans un geste le plus naturel du monde. Comme si rien n'était plus juste à cet instant précis que cette action si futile soit-elle. Encore une fois elle se retrouvait à s'accrocher à l'espoir qu'il ne parte pas, qu'il n'abandonne pas en si bon chemin. Mais cette fois une question lui déchira la poitrine : pourquoi ? Pourquoi cet espoir insensé et arbitraire ? Peut-être parce que justement, il ne lui demandait rien et que pour une fois elle pouvait être entièrement maitre de ses choix.

Des bruits de pas précipités retentirent derrière elle et une main douce mais ferme la fit reculer. L'équipe médicale de la prison avait fait vite et sans doute au plus pressé. Debout près du gardien, elle fixait le spectacle peu rassurant des intervenants qui tentaient de rester calmes en apparence tandis qu'ils étaient intérieurement en panique. Visiblement jamais ce genre de situation ne s'était produite par le passé, ou alors ils n'y avaient jamais été confrontés. Dans la confusion et l'agitation générales, Kylia ne savait même pas ce qu'elle ressentait. L'effet d'une douche glacée se répandait de sa nuque jusque dans son dos, pourtant une longue trainée chaude collait son pantalon à son mollet. Ce n'était rien, elle avait vu pire. Un homme légèrement plus âgé et sans blouse ni gants s'approcha d'elle, un sourire de circonstance aux lèvres. Sous ses lunettes et son air de ne pas y toucher, elle comprit que ce devait être le psychologue -ou l'un des psychologues et psychiatres- de la prison. Sans poser sa main sur son épaule même s'il mimait l'intention de le faire, il s'enquit de si elle allait bien sans grande conviction intérieure. En même temps, quelle que soit la réponse, il se doutait bien que rien ne pouvait aller en cet instant précis, si ce n'était le fait qu'elle était en vie et entière.
Angus posa sa large main sur son épaule et Kylia leva les yeux vers lui sans grande conviction. Qu'est-ce qu'il allait lui demander ? Elle allait ouvrir la bouche quand elle le vit lui tendre le porte-documents. Quand était-il allé le chercher ?

"Il ne vaut mieux pas que ça tombe entre de mauvaises mains, vous ne croyez pas ?" Sa voix était ferme malgré son amabilité apparente. Il avait raison, ce dossier aurait pu être ramassé par n'importe qui et le camp de l'accusation ne devait en aucun cas pouvoir y avoir accès avant le procès. Qui sait, peut-être que Sven avait décidé de ce plan en pensant que par un heureux hasard personne ne le verrait subtiliser le tout ? Sauf que les départements se verrouillant tous de façon irrémédiable, à moins de se trouver dans le box des gardiens de la section à ce moment-là il est impossible de se balader à sa guise dans des conditions aussi périlleuses. Oui, sur ce coup elle avait eu de la chance que personne ne touche aux papiers qu'elle avait laissés comme une inconsciente sur la table. Le surmenage lui faisait oublier les bases les plus élémentaires.
"Merci." Laconique, morne, mais sincère. En même temps, elle ne pouvait pas dire grand chose de plus. Rapidement, elle jeta un coup d’œil. Il ne manquait aucun feuillet. Un sacré coup de chance.
"Vous devriez l'accompagner à l'hôpital. Ils n'ont rien eu le temps de vous faire, mais on ne sait jamais. Et puis, il sera content de voir que vous êtes là à son réveil. Il se faisait beaucoup de souci pour vous, vous savez ?"
Sans savoir pourquoi, cette information ne lui fit rien sur le coup. N'importe qui s'en serait senti flatté, mais à cette minute précise de sa vie, elle ne savait pas si elle regretterait toute sa vie de s'être autant impliquée dans la vie de cet homme s'il mourrait ou si au contraire elle aurait eu la sensation d'avoir fait quelque chose de juste jusqu'au bout. Et savoir qu'il l'avait cherchée ne faisait que renforcer ce sentiment que les choses n'allaient pas comme elles le devraient ou comme elles l'auraient dû. La situation idéale s'étaient transformée en cauchemar en moins d'une dizaine de minutes.
Toujours enveloppée comme dans un brouillard qui annihilait tout autour d'elle, elle récupéra son sac à l'accueil et passa les portiques de sécurité. Tout était dans une telle pagaille qu'ils ne vérifièrent rien, ou peut-être qu'ils ne l'avaient pas fait par délicatesse après ce qui venait de se passer. Oui, sans doute, ce devait être ça.

Une fois dans l'ambulance, tassée dans un coin, elle eut l'impression que la vie reprenait complètement ses couleurs et ses contours. Elle fixait le corps inanimé et sous oxygène de Faust, toujours un peu désorientée mais surtout coupable de n'avoir rien pu faire pour l'aider. En même temps, qu'aurait-elle pu faire ? Mais elle aurait pu l'attirer avec elle dans la cellule et fermer la grille de l'intérieur. Ils auraient pu être deux à profiter de cette protection. A moins que dans cet acte désespéré, il n'ait voulu en arriver là, en finir avec tout ça... Il se faisait du souci pour elle avant qu'elle ne vienne, c'était pour l'instant la seule explication qu'elle avait. L'un des intervenants médicaux s'assit à côté d'elle avant que l'ambulance ne démarre en trombe. Une véritable cacophonie retentissait au-dehors. Il devait bien y avoir quatre ou cinq sirènes qui remplissaient l'air d'un canon strident. Des gardiens et d'autres détenus avaient dû jouer de malchance. D'après ce qu'elle avait compris dans l'agitation générale, il y avait énormément de blessés légers et une petite dizaine de blessés graves répertoriés pour l'instant. Ils seraient tous transférés à l'hôpital le plus proche, le reste serait sans doute pour plus tard.

"Excusez-moi, je sais que vous avez été un peu secouée mais est-ce que vous pourriez me remplir l'entête de la fiche d'admission ? Avec tout ce chambard, l'administration ne nous a pas communiqué les dossiers, avec vous ça sera plus rapide." Son sourire d'excuse était compréhensible, et en même temps il n'avait pas vraiment le choix. "Oui, bien sûr." Elle récupéra le bloc et le stylo qu'il lui tendait et se concentra malgré les virages négociés n'importe comment. Nom, prénom, date de naissance... Tiens, trente-six ans, déjà. Et dire que quand elle l'avait vu la première fois, elle lui en aurait donné un peu moins. Et ce jour plus que jamais la maturité et le sérieux de ses traits se dessinaient sur son visage impassible. Groupe sanguin. Comme si elle pouvait le savoir... Ville de naissance, numéro de sécurité sociale, état civil... Elle connaissait tous ces détails a priori purement administratifs, et pourtant en se mettant à la place d'une autre, elle se rendait compte à quel point si elle l'avait connu personnellement et pas juridiquement elle aurait eu un mal fou à pouvoir donner ces renseignements. A la place d'une autre elle se serait sans doute sentie désœuvrée et nulle. Comme quoi, les rapports les plus étranges ne sont pas toujours les plus nocifs.
Elle tendit le bloc à l'ambulancier qui lui sourit puis se permit de poser sa main sur la sienne dans un geste rassurant et plein de bonne volonté.
"Ne vous en faites pas, il va s'en sortir. J'en ai vu passer dans des états pires que le sien et ils s'en sont sortis sans problème. C'est un costaud." Oui, elle le savait. Seulement, un costaud peut tenir combien d'assauts ? Et surtout, avait-il vraiment envie de tenir encore le choc ?
Un peu pour s'occuper les mains et sans doute aussi pour se rassurer, elle glissa ses doigts autour de ceux de Faust et caressa sa peau du pouce. Cette grande main qui avait servie à la sauver de biens des tortures. Encore une fois le voilà mis dans de beaux draps par sa faute. Même quand elle essayait de le sortir des problèmes elle l'y replongeait la tête la première. Peut-être qu'elle ferait mieux de s'en aller une fois le procès terminé, de ne plus lui donner aucune nouvelle et que la vie reprenne son cours...

L'empathique n'eut pas le temps d'y réfléchir outre mesure, ils étaient arrivés à destination. Un hôpital à moins de dix minutes en voiture d'une prison, voilà qui était rassurant...
La précipitation et la panique revint, en fort contraste avec l'atmosphère feutrée de l'ambulance malgré la conduite brutale qu'ils avaient dû supporter. On lui demanda de descendre rapidement et sans ménagement. Elle voulut suivre le convoi dans le couloir, mais on l'évinça rapidement en lui demandant de rester dans l'entrée. Elle jeta un coup d’œil à l'horloge murale. Il était à peine deux heures. Elle était arrivée à la prison vers une heure. Moins d'une heure et il était dans cet état. Elle était une vraie catastrophe...
Les minutes passèrent, s'étirèrent tandis qu'elle restait debout dans le hall, posée là un peu au hasard, comme une âme en peine. Elle ne savait pas si elle devait rester là ou au contraire se rendre dans la salle d'attente. Personne ne lui avait donné d'indications à ce sujet, quand une voix retentit dans son dos :

"Mme McRay ? Mme McRay, c'est bien vous ? Bien, ne vous en faites pas, il a été pris en charge, il est actuellement en salle d'opération. Il y en a pour un bon moment, il a subi beaucoup de blessures mais le médecin en charge de l'intervention a dit que ce n'était pas aussi grave qu'il n'y paraît. Bien, mon chou, venez avec moi, je vais vous amener à la chambre qui lui sera assignée. Il n'y aura personne d'autre, au vu des circonstances, vous serez tranquille en attendant son réveil."
Kylia avait eu beau répondre non à la question de l'infirmière, cette dernière avait décidé de rester sur son idée première. Tant pis, si elle continuait à le croire sans doute que l'empathique pourrait aller et venir plus facilement. Ce qui la rassurait était surtout de savoir qu'elle pourrait être seule dans une pièce, enfin.

La chambre n'était pas spécialement spacieuse, problème résolu de façon efficace par un pan entier de baies vitrées sur toute une demie-hauteur. Le ciel était nuageux, lourd. Il pleuvrait sans doute avant la fin de la journée, à moins que ça ne soit pour le lendemain.
Une bonne demie-heure passa avant que des bruits de pas ne se fassent entendre jusque près d'elle. L'infirmière était de retour, un gobelet de café fumant à la main.
"Tenez, mon chou, ça vous fera du bien." Kylia la remercia mais s'en mordit intérieurement les doigts presque immédiatement quand elle la vit s'asseoir près d'elle et entamer une longue conversation dans le but premier de sans doute la rassurer et lui faire évacuer le premier stress. Enfin, c'était ce que cette femme essayait de se persuader elle-même car c'était bien plus la curiosité et le calme plat de sa vie qui la motivait à parler plus qu'à poser des questions. Elle eut au moins le mérite de lui faire passer un moment, même si elle aurait préféré rester tranquille.

Une fois qu'elle fut de nouveau seule, elle se permit de faire le point sur ce qui s'était passé à la prison. Il l'avait placée dans un coin de sa cellule, résigné lui-même à faire ce qu'il avait à faire : la protéger. Il n'y était pas obligé, pourtant il l'avait accompli comme une obligation. Ou peut-être pas tant que ça, au final. Se remémorer uniquement ces événements-là de façon isolée n'était pas une bonne chose en soi. Il y avait eu ces gestes doux, ces deux baisers quelques minutes avant. Ça ne semblait pas grand chose en apparence et pourtant ils constituaient à eux seuls des signes probants qu'elle n'était pas une simple obligation pour lui. Il s'était débarrassé de ces hommes d'une façon plus brutale encore que s'il avait eu une arme. Il avait bien plus de force qu'elle n'avait pu le soupçonner, pourtant elle avait vu de bien belles démonstrations dans le désert.
Elle avait enjambé les corps vautrés au sol avec hésitation. Maintenant qu'elle y repensait elle se rappelait exactement son cœur battre à tout rompre, l'adrénaline lui monter tellement à la tête qu'elle se sentait sur le point de s'évanouir. Elle tremblait légèrement, une envie folle de se jeter dans ses bras pour s'y sentir enfin en sécurité, avoir l'impression que plus rien ne pouvait l'atteindre, mais ce n'était pas le moment. Elle devait être folle de ressentir un tel besoin à son propos. Après tout, il était largement en mesure de la tuer comme il avait tué des dizaines d'hommes dans son passé.
Comme une poupée de chiffons, elle ne suivait pas vraiment ce qu'il voulait faire. Elle savait simplement qu'il réfléchissait, que toute son énergie était déployée à ça, à ce souci qu'il se faisait et une fois qu'elle avait tout assemblé, il s'était fait du souci pour elle. Quand il l'avait poussée dans la cellule pour l'enfermer, elle n'avait pas compris ce qui se passait sur le coup, trop affolée par les cris et l'explosion littérale de passions inquiétantes autour d'eux. Elle aurait tout donné pour se réveiller en sursaut et se rendre compte qu'elle était en retard pour n'importe quoi. Si elle avait pu comprendre son regard sur le coup, elle l'aurait attiré à elle d'un coup sec et ils auraient pu rester à l'abri tous les deux en attendant l'arrivée des gardiens. Mais elle n'avait pas eu assez de réflexes sur le coup.
Et une fois la grille fermée, le cauchemar. Kylia n'avait jamais vu quelqu'un déployer autant de forces ni d'énergie pour elle, et elle ne savait pas si elle s'en sentait flattée. Quand elle avait compris ce qui se passait -une bonne demie-seconde trop tard-, elle s'était jetée contre les barreaux en essayant désespérément d'activer le mécanisme pour les rouvrir, mais bien sûr de l'intérieur c'était impossible. L'un des prisonniers avait attrapé son bras pour la plaquer contre la grille et elle demeurait incapable d'expliquer comment son épaule n'avait pas cédé. Elle se souvenait s'être débattue immédiatement, et à force de contorsionner son bras elle put le libérer et se dégager de la prise qu'une autre main tentait d'avoir sur elle. Reculer avait été la seule solution et dans l'incapacité de contrôler ses tremblements, elle avait dû abandonner l'idée de faire quoique ce soit pour aider Faust. Un véritable lion parmi les hyènes. De véritables haut-le-cœur la saisirent tandis qu'elle reculait. Tant de haine, de brutalité... Un asile de fous n'aurait pas été pire. Il était tombé au sol, ils continuaient à le frapper violemment...
Et puis, elle ne se souvenait plus de rien. Elle n'avait pas pu en regarder d'avantage.

Un médecin vint la voir deux heures après son arrivée. Il avait un mal fou à savoir comment aborder le sujet, elle le ressentait. Debout face à elle dans la chambre, il se tordait les doigts, balbutiant des débuts de phrases confus.

"Le... L'intervention a été un peu plus longue que je ne le pensais. En fait il y avait des blessures plus graves qu'à première vue, nous avons dû redoubler d'efforts. Mais ne vous en faites pas, Mme McRay, votre mari est hors de danger, il est en salle de réveil. Cependant, je dois vous prévenir qu'il risque d'avoir quelques séquelles d'un autre genre quand il sera pleinement réveillé. Peut-être une légère amnésie ou des troubles psychiques. Il faudra que vous soyez patiente et que vous ne le brusquiez pas trop, mais je pense que je peux vous faire confiance là-dessus."
Il semblait embarrassé d'être là, de s'acquitter de cette tâche et pourtant c'était bien son rôle. Le genre d'intellectuel brillant qui préfère rester dans son travail et ses recherches plutôt que se retrouver en plein milieu d'une situation délicate.
"Au... Au vu des circonstances, je demanderai à ce qu'on vous laisse dormir ici pour cette nuit. Je pense qu'il aura besoin de vous à son réveil et puis vous n'avez peut-être pas envie de le laisser seul. Mais si vous préférez rentrer chez vous, je le comprendrai. Ne voyez là aucune obligation."
"Non, ne vous en faites pas. Je vais rester ici cette nuit pour m'assurer que tout va bien."
Il parut soulagé, soupira puis finalement lui adressa un sourire. "Bien. Les infirmières le feront remonter d'ici un moment, pour l'instant nous vérifions qu'il soit entièrement stabilisé avant de le bouger. S'il y avait le moindre problème, appelez-moi."

Et en effet, Faust arriva encore endormi un quart d'heure plus tard. Elle dut sortir de la chambre le temps qu'ils l'installent, puis elle put à nouveau entrer. Kamiko l'avait contactée pour en savoir plus, elle l'avait rassuré, elle pouvait maintenant pleinement se reposer. Ce n'était pas de trop. Il se passa un long moment pendant lequel elle ne sut pas quoi faire, sa chaise près du lit où ils avaient menotté l'ancien mercenaire -comme si dans son état il pouvait vraiment envisager de s'échapper- puis finalement la fatigue prit le dessus. Elle ne voulait pas s'endormir, si elle faisait une nouvelle crise en plein hôpital, elle était bonne pour une série d'examens en tous genres. Pourtant, sa tête se faisait de plus en plus lourde. Finalement elle s'endormit, la tête posée sur le lit à côté de la main libre du blessé qu'elle ne tenait plus qu'à moitié dans la sienne. Et elle s'étonnerait encore le lendemain qu'on l'appelle Mme McRay...
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Mar 16 Oct - 16:16

"Tu es d'un faible." Vint une voix moqueuse dans son oreille.
Il essaya brièvement d'ouvrir les yeux, et y trouva d'ailleurs une étrange facilité... Une fois ses paupières soulevées, il regarda autour de lui, comme perdu, confus. Il était en vie... Du moins il en avait l'impression. Autour de lui apparut un paysage, le fond sonore et visuel. Et petit à petit il perçut des silhouettes lui passant à côté, soupirant d'exaspération par sa présence gênante en plein milieu du passage... Il reconnu sans mal le lieu où il se trouvait par la voix qui s'éleva. La voix qui annonçait les trains à la gare.
Toujours confus, il regarda autour de lui, et la voix moqueuse reprit.
"Je savais que tu te retrouverais ici, d'une manière ou d'une autre."
Faust se tourna d'un coup pour voir le visage de son frère... Tyrion. Il avait gardé l'apparence jeune de ses souvenirs, ses cheveux plus blancs que neige, ses yeux verts.
"Qu'est-ce que tu fais là?"
Le jeune homme sourit en s'accoudant à une barrière, ne regardant pas le barman dans les yeux.
"Tu devrais t'écarter." Dit-il, gardant ses yeux sur le plafond. "Sinon ces gens vont vraiment s'énerver."
En effet, se tournant, Faust vit des gens essayant de se faufiler à côté de lui... Comprenant qu'il bloquait le passage, il vint s'installer auprès du jeune homme.
"Qu'est-ce que tu fais là, Tyrion?"
"J'ai vu que tu étais dans le coin... Alors j'ai décidé de venir te passer un petit coucou."
Surtout pour se moquer de lui oui... Cette situation n'avait aucun sens, et Faust n'eut aucun souvenir d'être revenu à la gare. D'ailleurs il ne se souvint pas grand chose. Il savait qu'il était venu ici il y a un moment déjà... Il avait été avec quelqu'un, mais qui?
"Ne réfléchis pas trop au passé, ça va vraiment te pourrir l'ambiance."
Ambiance? De quoi parlait-il donc? Faust se redressa alors pour faire face à son frère, déterminé à avoir une réponse.
"Que fais-tu là? Et en quoi je ne devrais pas me souvenir de ce qui m'est arrivé?!"
Dans un élan de rage, il s'était approché nez à nez avec son frère et le soulevait maintenant par le col. Les gens autour ne prêtèrent nullement intention à ce qu'il se passait entre eux... Chose que Faust remarqua assez rapidement, s'étant attendu à ce que l'on vienne l'empêcher de faire du mal à son frère. Il compris plus ou moins rapidement que ce n'était pas la vérité... Cet endroit ne pouvait être réel, ces gens avaient à peine des visages pour être reconnus, tous se ressemblaient, même la voix annonçant les trains répétait constamment la même chose... Il lâcha alors Tyrion, regardant sa main.
"Je délire totalement... Où suis-je vraiment?"
A cela son frère rit fort, si fort que même quelques visages curieux se tournèrent vers lui.
"Regarde un peu autour de toi... Tu pense que tout ceci est réel? Il est vrai que je ne suis pas sûr qu'il soit mieux que tu te souviennes de ce qui t'est arrivé, parfois passer un moment devant un mensonge permet de remettre des choses au clair."
"Et qu'ai-je à mettre au clair?"
A cela Tyrion, cette petite tête blanche, se redressa, haussa les épaules, et disparut dans la foule.

Faust su que le suivre serait inutile, que cet endroit n'était que l'ombre de lui-même, un souvenir... Alors, les mains dans les poches, il marcha à pas lents dans la direction opposée, essayant, les sourcils froncés, de se souvenir. Il était venu presque en panique, cherchant à fuir la ville... Modula, c'est ça? Oui il avait rencontré un problème... Mais ne se souvint pas duquel. Alors il continua à marcher, et entendit à plusieurs reprises deux voix se répétant, plus il marchait, plus les mots devinrent audibles.
"Pardon lieutenant! Je ne savais pas..."
"C'est pas grave petit, j'essayais de voyager incognito, mais la sécurité est bonne ici... Bon travail, je peux partir maintenant?"
Il tourna alors sa tête à droite pour voir trois individus regroupés... Un soldat, lui-même, et une silhouette encore sombre et difficile à cerner.
Il s'arrêta pour regarder l'action... Il se souvenait brièvement de cette scène. Avant de pouvoir monter dans le train, une patrouille avait trouvé curieux qu'il se trimballe avec un objet immense à forme douteuse sur le dos... Forcément on l'avait contrôlé... Mais qui avait été avec lui à cet instant-là? Soudainement agacé par le fait qu'il ne se souvenait même plus de son visage, il approcha du souvenir recréé, et attrapa la silhouette par le bras.
Elle se tourna soudainement, et, comme un battement d'ailes, la scène autour d'eux changea radicalement; le sol fut remplacé par de l'herbe fleurie, et le plafond par un ciel vaste bleu avec quelques nuages cotonneux pour varier le paysage. La silhouette obscure était devenue celle claire et visible d'une femme aux cheveux sombres... Mais ses yeux... Le violet pâle sincère et déterminé... De suite ce visage apporta une vague de souvenirs... Si forts, qu'il se sentit chuter, comme si un trou venait de se creuser dans le sol, il lâcha son bras et tomba...
Comment avait-il pu l'oublier...? Oublier Kylia?


***
Faust ouvrit faiblement les yeux, pour être quasiment immédiatement aveuglé. Il fut rapide à comprendre qu'il ne voyait que d'un seul oeil, et encore, mis à part une vague de brillance douloureuse, il n'avait pas pu voir les contours de quoi que ce soit. Décidant de s'y prendre doucement, il ouvrit, petit à petit et à plusieurs reprises les yeux, sentant les deux bouger, mais voyant uniquement d'un seul...
La première chose qu'il put véritablement voir fut le mur en face de son lit... Un tableau y était affiché, bien qu'encore flou, il put voir les contours sombres d'un oiseau... Une peinture vraisemblablement très simple, mais belle... Surtout au réveil après on ne sait quel incident. Car bien que le visage de Kylia demeurait gravé sur sa rétine, la suite des événements était tout aussi obscure que la situation à première vue. Il était dans un lit d'hôpital, pas de doute; l'odeur, la couleur des murs, la forme de la fenêtre... Tout menait à croire que c'était bel et bien le cas.
Le second détail fut son incapacité à pouvoir bouger les bras, les mains... Peut-être les poignets à la limite, mais la douleur était telle qu'il n'osait pas encore s'y risquer. Lorsqu'il put enfin voir plus clairement, il s'aperçut qu'il était menotté au lit. Des menottes? En voilà une surprise. Peut-être que la douleur n'avait pas été la cause de ce manque de mouvements. Alors qu'il se força, bien que douloureusement, à tourner la tête, il vit, non loin de sa main, la tête posée sur ses bras, endormie, les cheveux sombres de cette jeune femme dont le visage restait éternellement gravé dans sa mémoire. Kylia... Que faisait-elle là? Il ne pouvait pas vraiment la réveiller, et de quel droit pouvait-il le faire de toute façon? Il ne savait plus pourquoi il était dans cette posture pénible, mais elle était bien là pour une raison, non? Et elle avait dû s'inquiéter, comme toujours... Enfin, il supposait, pourtant un vague souvenir lui rappela bien qu'elle était peut-être venue à s'attacher à lui. Et inversement, de ça il était certain. Et puis il sentait cette gratitude loger dans un coin de son esprit, cette envie de la prendre dans ses bras, la remercier mille fois, jusqu'à ce qu'elle en oublie la parole. Une image bête, certes, mais réelle.

Alors qu'il allait essayer de se redresser, la porte s'ouvrit. Encore incapable d'avoir un quelconque réflexe, il put voir les contours d'une bonne petite femme habillée en blanc... Elle approcha, et sembla voir qu'il était enfin éveillé. De suite elle vint rapidement prendre sa température, et vérifier son état général...
"Comment vous sentez-vous?" Murmura-t-elle suffisamment doucement pour ne pas réveiller Kylia.
"J'ai vu mieux... Mais pourquoi suis-je ici?"
A cela elle parut un peu gênée.
"Vous avez pris un sacré coup sur la tête, les choses vous reviendront en temps voulu..."
Elle prit alors un air attendrit en posant les yeux sur la tête endormie de Kylia.
"Vous avez vraiment de la chance d'avoir une femme aussi attentionnée... Elle a veillée si longtemps à votre chevet... C'est toujours mieux de ne pas être seul à son réveil, pas vrai?"
Faust hocha un instant la tête, essayant de masquer sa confusion. La petite bonne femme quitta la salle, et l'ancien mercenaire pu laisser libre cours à son expression confuse; sourcils froncés, yeux bas et concentrés... Il repassa les mots de cette infirmière dans sa tête.
"Avoir une femme aussi intentionnée?" Répéta-il doucement. "J'ai une femme, moi?"
Il baissa les yeux vers Kylia, qui bougea un instant dans son sommeil. Il garda ses yeux sur elle bien quelques minutes, toujours perdu... Kylia... Sa femme? Autant l'idée ne lui parut pas repoussante, autant il n'arriva pas à y croire... Pourtant... Avec l'affection qu'il lui portait, cela était possible, non? Par réflexe il regarda sa main gauche; aucune bague n'y était logée, et il n'y avait pas la moindre trace d'une présence passée d'un anneau... Non, ce ne pouvait pas être possible; il aurait tenu à avoir une alliance si jamais il avait été marié. Et autant il essaya de vérifier si Kylia n'en portait pas, autant son manque de vision dans son oeil gauche rendit la tâche difficile. Il finit par abandonner, s'affalant à nouveau dans le lit. Bon... Il n'y avait plus qu'à attendre que Kylia se réveille pour qu'elle lui explique, parce que là, c'était encore très flou.

Ce qui, plus ou moins à son grand désespoir, ne fut pas long. Elle finit par se redresser, se frottant les yeux d'une manière commune à tous les êtres humains, et dressa la tête. A peine eut-elle vu qu'il était réveillé, il leva sa main pour l'empêcher, gentiment, de parler. Bien qu'il ne savait pas ce qu'elle s'apprêtait à dire, ou si d'ailleurs elle allait dire quoi que ce soit, il compta la rassurer dès le départ...
"Je vais bien... Ne... Ne t'inquiète pas."
Il ne voulait pas qu'elle s'inquiète, qu'elle lui pose trop de questions alors que sa tête, sembla-t-il, n'était même pas encore à la bonne place.
"J'ai juste... Un peu de mal... A me souvenir de ce qu'il s'est passé."
Il n'avait pas forcément envie qu'elle lui dise de suite, car, ne sachant pas ce qu'il avait fait, cela pouvait très bien être entièrement de sa faute. Il aurait parut stupide en réalisant qu'il était coupable de ce qui lui était arrivé... Bien sûr il saurait en temps voulu, mais assez honnêtement, il n'était pas pressé. Ne sachant plus où mettre ses mains (qui naturellement étaient à l'heure actuelle inutilisables), sentant les yeux de la jeune femme sur lui; qu'ils soient critiques ou simplement inquiets, il ne savait pas, mais il avait peur de soudainement faire un geste brusque et l'effrayer, ou même s'effrayer lui-même en agissant de manière étrange. Car s'ils étaient bels et bien mariés, ça aurait été normal qu'il caresse doucement le côté de son visage avec un sourire attendrit (il le visualisa effectivement très bien). En revanche s'ils ne l'étaient pas, il aurait tout bonnement l'air stupide voire ridicule, et l'humiliation et la gêne se verraient très vite sur son visage, malgré sa condition! Alors il se contenta de fermer un instant les yeux, ne pas essayer de trop bouger les bras ou forcer les menottes, et testa son oeil aveugle, comme si celui-ci allait miraculeusement guérir... Ou pas.
Toujours confus par l'incertitude de leur relation, officialisée ou non, il ne su pas exactement quoi dire ensuite. Etait-ce trop rapide de lui demander directement : "Sommes-nous mariés?" S'il le faisait, tout serait mis au clair, et il pourrait enfin savoir comment se comporter... Mais restait la question de l'embarras total face au ridicule de ses mots.

Oui Faust n'avait rien d'autre à faire que de penser à leur relation, et non se questionner à propos de ce qui lui était arrivé... Pour la simple et bonne raison qu'il se sentait assez bien, et que la douleur, si ignorée, était moins forte. Dans ces cas-là autant penser à des choses plus joyeuses, non?
Alors qu'il baissa les yeux vers sa tenue d'hôpital, il regarda à nouveau les menottes qui le tenaient au lit... Cela pourrait très bien éclaircir le fait qu'il était peut-être coupable de ses propres blessures, et encore un fugitif... Enfin, c'était ce qui lui semblait. Ne voulant plus y penser, il s'enfonça un peu dans le coussin, et soupira. C'est alors qu'il se sentit rire légèrement.

"J'ai le nez qui me gratte."
Dit-il.

Ecoutant sa propre voix paraître abominablement ridicule, il se redressa, sentant ses oreilles devenir rouge. Il n'osa pas regarder Kylia, qui pouvait peut-être être en train de se bouffer de rire, ou le regarder de manière exaspérée ou incrédule. Il préféra ne pas le savoir... Et, peut-être maintenant qu'il était déjà rouge, se demanda s'il devait peut-être lui poser la question... Alors il prit son courage à deux mains, et baissa la voix.

"Ne le prend pas mal mais... Dis-moi franchement... Mes souvenirs sont complètement flous et..." Il inspira un grand coup. "Sommes-nous mariés?"

Son visage devint immédiatement totalement écarlate, les yeux évitant à tout prix de la regarder. Il regretta de suite sa question, mais il était trop tard pour la retirer.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Ven 19 Oct - 21:15

La tête de plus en plus lourde, elle s'était endormie profondément, d'un sommeil sans rêve. Une bonne chose dans le fond. Elle ne ferait pas de crise en plein hôpital. La dernière fois qu'elle y avait un séjour à cause de ce curieux mécanisme psychique, elle se souvenait avoir vécu un enfer de quatre jours complets sans pouvoir être entendue de qui que ce soit. Ses amis avaient pensé bien faire en l'emmenant aux urgences, incapables de savoir quoi faire face à un genre de crise d'épilepsie qui ne s'arrêtait pas et pour laquelle il n'y avait pas de remède. Quatre jours d'examens infructueux pour apprendre qu'elle devrait sans doute vivre avec ce problème et s'en accommoder. Elle était au courant depuis bien longtemps, mais puisqu'il leur avait fallu quatre jours pour en arriver à cette conclusion...
Plongée dans ce repos bien mérité, elle n'entendit rien de ce qui se passait dans la pièce, même si de vagues bribes de conversation lui parvenaient du fin fond de son subconscient. Une voix masculine, grave et rassurante, puis une voix féminine aux intonations douçâtres, rompue à l'exercice périlleux d'annoncer le plus difficile comme le plus facile à entendre. Elle ne savait pas ce qu'ils disaient, mais le ton lui signifiait bien que ce n'était rien de grave. Elle n'avait pas besoin d'émerger, aussi son cerveau lui laissa encore de longues minutes de ce sommeil réparateur dont elle avait eu bien besoin suite à cette journée complètement hors normes. Les muscles de son dos parfaitement relâchés et la nuque à peine endolorie, le périple se poursuivait à pas de loup dans les bras de Morphée.

Doucement, elle s'éveilla, d'abord enveloppée par la chaleur rassurante et l'ambiance feutrée de l'hôpital, puis ouvrit les yeux en battant lentement des cils. Un soupire fatigué lui échappa, et malgré les longues heures de ce sommeil profond ce fut avec lourdeur qu'elle sentit son buste répondre à sa volonté de se relever. La base de sa nuque fut la première, comme si un marionnettiste tirait une ficelle qui partait de sa nuque. Kylia referma les yeux, les frotta doucement en déroulant ses épaules, une légère tension émanant de la présence à ses côtés. Elle tourna alors la tête vers Faust et lui sourit avec douceur, se surprenant à spontanément être heureuse de croiser son regard. Toujours enveloppée dans sa torpeur, elle s'apprêtait à lui adresser un quelconque salut matinal, encore incapable de formuler une idée plus poussée. Et puis, sans doute qu'il avait besoin de temps pour émerger à son tour. Après le lourd traumatisme qu'il venait de vivre, il avait bien droit à un peu de répit.
Il ne lui laissa pas même le temps de lui dire bonjour, réclamant le silence d'une main sans autorité. Sa voix rompit le silence tamisé des lieux, hésitante, légèrement rauque, mais toujours rassurante. Sa confusion lui parvenait par bribes, mais de bon matin elle était suffisamment en forme pour qu'elle ne l'atteigne pas. Il devait s'être réveillé depuis peu. Au vu de la luminosité faiblarde qui émanait du couloir et de la lampe de chevet allumée, il devait être tôt. Très tôt. Les premiers rayons du soleil teintaient à peine le ciel de gris à travers les volets vénitiens. Il devait être à peine six heures, six heures et demie au plus tard.
Il ne voulait pas qu'elle s'inquiète, même s'il lui avouait ne pas se souvenir de tout. C'était normal, le médecin l'avait prévu et surtout l'avait prévenue. Elle s'y était de toute façon attendue. Le contraire aurait été surprenant voire inquiétant. L'empathique hésitait à lui raconter tout par le menu ou au contraire lui laisser le temps de se souvenir de lui-même. A vrai dire, elle n'avait aucune idée de ce qui était le mieux pour lui, mais sans doute qu'il valait mieux attendre qu'il ne pose des questions de lui-même, qu'il cherche à savoir et non qu'elle l'oblige à se souvenir. D'une certaine manière elle aurait pu l'influencer sur le cours des événements. Il était donc préférable de ne rien dire et d'attendre. Autant ne pas le brusquer, lui laisser remettre de l'ordre dans ses idées avant de lui en proposer de nouvelles.

Elle sentait bien qu'il avait envie de lui poser une question, que quelque chose le tracassait, mais elle sentait aussi qu'il n'osait pas lui demander. Le doute régissait ce moment de façon irrémédiable et elle ne pouvait rien y faire. Le seul point positif de cette préoccupation étrange était bien qu'il ne se focalisait pas sur sa douleur alors reléguée au second plan. Maintenant, restait à trouver ce qui lui occupait l'esprit à ce point. Il y avait plusieurs solutions possibles. Eden arrivait en tête, Sven n'était pas mal placé non plus, ce qui s'était passé était en effet une priorité, mais une multitude d'autres choses pouvaient aussi rentrer dans le classement.
Le nez qui gratte ?
Non, ce n'était pas vraiment ce qui le gênait, elle le comprit et ne put réprimer un sourire amusé, sans moquerie. On a jamais fini d'être surpris par les réactions humaines, même quand on est capable de lire les émotions et de les anticiper. Visiblement il n'était pas prêt de poser sa question, mais ce n'était peut-être qu'un détail, après tout. Elle était par contre dès lors sûre que ça la concernait. Il était plus gêné encore et ne pouvait pas la regarder. L'infirmière aurait-elle persisté dans son erreur ? A moins que la situation ne soit pour lui trop ambigüe ? Il faudrait pourtant bien qu'un jour il se décide à poser cette question qui lui brûlait les lèvres. Il ouvrit à nouveau les lèvres et...

Oui, l'infirmière avait encore fait des siennes. Ce n'était pas bien grave, juste un petit malentendu bien facile à rétablir. Restait maintenant à savoir comment le lui dire. Avec tact, certes, mais elle ne savait pas ce qu'il espérerait comme réponse. Il était en tous les cas gêné de poser sa question. A se demander ce qu'il craignait le plus, une réponse positive ou une réponse négative. Sans doute qu'il avait peur de la froisser et dans le fond, il aurait pu avoir de quoi s'en faire. Elle s'imaginait dans une toute autre situation. Si elle avait été sa femme, elle aurait été blessée qu'il ne se souvienne pas de leur mariage et qu'il doute en quelque sorte de leur union. Et vu qu'elle n'était rien sur ce plan-là pour lui, elle aurait pu le prendre comme une intention un peu déplacée. Mais l'innocence de sa question et la difficulté de la situation ne lui permettaient en aucun cas de mal le prendre.
De nouveau son regard se posa sur lui et elle put voir son visage rouge comme un enfant honteux. Et dire qu'il avait bientôt quarante ans... Sans bouger de sa chaise, elle se pencha légèrement en avant pour tenter de croiser son regard.
"C'est une demande déguisée ?" glissa-t-elle sur un ton taquin.
Kylia laissa planer le silence un moment, se doutant bien qu'il ne s'en sentirait pas plus à l'aise, mais au moins elle aurait essayé de détendre l'atmosphère.
Finalement, elle décida d'être plus explicite.

"Ne t'en fais pas, je ne le prends pas mal. Nous ne sommes pas mariés. En fait, nous ne sommes pour l'instant pas grand chose l'un pour l'autre... Enfin, pas de la manière dont ils ont pris la chose à l'hôpital. Je n'ai pas démenti, c'était plus simple pour moi pour rester ici." Ne sachant pas jusqu'où remontaient ses souvenirs, elle décida de prendre une légère avance sur sa réflexion. "J'ai... Je t'avais suivi jusque dans le marché noir de Modula. Tu as empêché un dealer de me faire du mal et à force de menaces et autres problèmes, on... Je ne sais pas si on peut parler de prise d'otage, je t'ai suivi plus ou moins contre mon gré et on s'est retrouvés à Mala Muerte. Là-bas, les choses se sont compliquées et ton frère t'a retrouvé. J'étais avec toi avant que tu n'arrives ici. Je..." Est-ce qu'elle pouvait vraiment parler de ça ? S'il ne s'en rappelait pas, elle n'avait pas le droit de lui recréer la mémoire d'une façon aussi artificielle. Et pourtant, il avait bien droit à des remerciements. "Tu m'as sauvée de bien des tortures, hier. Tu m'as peut-être même sauvé la vie, qui sait ? Avec tous les tordus qui nous entouraient..." Avec douceur, elle entoura sa main de ses doigts et les serra sur les siens. "Sans toi, je n'ose pas imaginer ce qui se serait passé."

Il se passa un moment de creux pendant lequel elle ne savait pas si sa réponse le satisferait ou s'il aurait préféré qu'elle en dise moins ou plus. Ce n'était pas vraiment ce qu'on pouvait appeler une situation confortable, mais il fallait bien en passer par là. "Je ne sais pas s'il existe un mot pour qualifier la relation qu'on a. Il faut dire que c'est la première fois qu'on est dans un lieu où il ne peut rien arriver de... trop dangereux."
De nouveau elle laissa un silence s'installer entre eux. Il ne fallait pas le souler de paroles, lui laisser le temps d'assimiler les choses, de faire le lien entre les événements. A sa place, elle serait complètement perdue. Sans doute qu'elle n'aurait pas aimé que l'on parle trop. C'était pour cette raison qu'elle essayait de poser le maximum de silences. Pour qu'il ait le temps de ne pas s'affoler ni de s'agacer. C'était tellement dur de réussir à nuancer son propos, de savoir si elle allait trop loin ou non dans ce qu'elle disait, si elle prenait trop d'avance, si elle n'allait pas le braquer...
Finalement, elle décida de tout recentrer sur lui-même, au moins elle pourrait l'aider à partir de ses propres ressentis, ce qui serait déjà une valeur plus sûre, un pari moins risqué. Lentement et sans lâcher sa main, elle se releva de sa chaise puis lissa le drap du plat de sa main libre. Elle essayait de calculer si elle le pouvait, mais en effet elle avait bien la place de s'asseoir, ce qu'elle fit sans tarder, un doux sourire toujours accroché aux lèvres et cette fois ses deux mains autour des doigts de Faust. Ce n'était pas un excès de compassion, ni une attitude vouée à lui donner plus confiance. Elle le faisait sans trop savoir pourquoi, et peut-être au fond parce qu'elle avait envie d'être plus près de lui. Après tout, il n'avait jamais répugné à être près d'elle, pourquoi le serait-il en ce jour ? D'une vois moins forte et plus posée, elle reprit :

"Je sais que c'est encore un peu tôt, mais dis-moi de quoi tu te souviens. S'il y a des choses importantes que tu as oubliées, je pourrai te les rappeler et si tu as d'autres questions, je pourrai essayer d'y répondre un peu mieux."
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Sam 7 Juin - 20:33

[Après tant de temps d'absence, Faust sort de son intense réflexion...]

Il avait l'impression de voguer, encore confus. Il était menotté, certes, mais pourquoi? Il lui restait encore à recouvrir ce qu'il semblait avoir oublié, parce clairement, il manquait quelque chose, vraiment. Il repensa à son... Hallucination? Tyrion avait été là... Mais pourquoi? Il n'avait pas pensé à son frère depuis si longtemps, pourquoi soudainement était-il apparut?
Comment avait-il eu le temps de penser à cela? C'était certainement plus facile de penser à cela que de se souvenir des mots de Kylia, qui avaient déclenché une bien mauvaise sensation... Enfin, mauvaise, chacun sa notion.

"C'est une demande déguisée?"

S'il n'avait pas été entièrement écarlate avant, alors à présent il l'était sur tout le visage, et certainement jusqu'aux pieds! Mais il tenta tant bien que mal de masquer son stress soudain - ce n'était pas une question inquiétante, au contraire... Et malgré le fait qu'il essayait de ne pas laisser le sentiment l'envahir, il savait pertinemment qu'elle le sentirait tout de même. Maintenant qu'il la regardait, il voyait qu'elle avait l'air très fatigué, et quelque chose lui disait qu'elle avait dû subir quelque chose de traumatique, mais il était incapable de dire quoi... Encore un souvenir manquant...

Elle lui expliqua que non, ils n'étaient pas mariés. Qu'elle ne l'avait pas nié pour pouvoir avoir plus de facilité à rester... Quelque part, la nouvelle provoqua un mélange d'émotions qu'il tenta de cacher ; elle n'avait pas à sentir le moindre doute en lui, cela ne l'amènerait à rien, mais il ne pu s'empêcher de le ressentir néanmoins.
Elle énuméra leurs premiers souvenirs, dont il se souvenait relativement bien... Tout en ressentant un mélange de soulagement, de peine... Et était-ce de la déception? Oui il fallait le croire. Il lui prit l'envie de sourire lorsqu'il comprit d'où venait le soulagement : s'ils l'avaient été, il avait envie de se souvenir et de vivre tous ces instants qui avaient menés à une quelconque union, voir le moindre moment d'attachement, le moindre sourire. Il voulait se souvenir de tout, mais cela ne s'était jamais produit, et il aurait l'occasion de... Il fronça les sourcils un fragment d'une seconde. Qu'est-ce qu'il pensait au juste? Et pourquoi pensait-il cela? Peut-être que le "En fait, nous ne sommes pour l'instant pas grand chose l'un pour l'autre..."
Ses sentiments étaient-ils juste confus ou souhaitait-il vraiment que Kylia ait une place plus importante dans sa vie? Il secoua légèrement la tête, mouvement que l'on pourrait interpréter comme de la confusion, chose qu'il ressentait, mais pas par rapport à ses souvenirs. Il décida de se concentrer sur la conversation tant que la jeune femme aux superbes yeux était là, et pouvait certainement percevoir le moindre de ses sentiments - il préférait les garder pour lui jusqu'à ce que les événements soient clarifiés.

Mala Muerte? Il ne se souvenait pas spécialement de ce qui était arrivé... Son frère? Tyrion était donc encore en vie! Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas vu! Mais en quoi les choses s'étaient-elles compliquées? Un frisson lui parcouru l'échine lorsqu'elle lui dit qu'il lui avait sauvé la vie... Il ne se souvenait pas des événements, mais il y avait clairement quelque chose en lui qui reconnaissait ses émotions à ce moment-là... Il avait été si enragé... Et terrifié. Kylia avait véritablement été en danger, et il avait fallu la protéger. Maintenant il n'était pas si inquiété par sa condition actuelle. Il était en mauvais état pour une bonne raison, elle était en sécurité, certainement très secouée. Il eut envie de lui prendre la main, mais menotté ainsi... Il garda son regard sur la couverture qui le recouvrait, digérant les informations qui lui étaient données au compte goutte. Ce n'était pas plus mal, puisque quelque part, même s'il ne se souvenait pas intégralement des événements, il avait un vague ressenti des émotions qu'il avait eu dans ces moments-là, et c'était déjà un bon début - il pouvait distinguer quel vécu avait été positif ou négatif.
Alors c'était vraiment la première fois qu'ils étaient en sécurité ensemble? Il avait envie de rire, avec ironie bien sûr. En sécurité? Avec lui? Il avait beau se souvenir de peu, il savait qu'il n'avait pas fait grand chose de bon.

Elle est en sécurité parce que je suis menotté à un lit d'hôpital, rien de plus. Pensa-t-il froidement.

Il lui sembla alors s'être déjà fait la réflexion, que c'était à cause de lui qu'elle était constamment en danger, mais il était encore incertain de ce qui avait vraiment provoqué ses blessures. Un combat, ça avait le mérite d'être clair : il reconnaissait cette douleur aux côtes, ventre, poings aussi à en voir leur état... Il n'avait pas vraiment envie de savoir l'ampleur des dégâts, mais il le saurait bien assez tôt une fois debout sur ses jambes. Il espérait tout de même que l'aveuglement de son oeil n'était pas permanent...

La brume suggéra alors de dire ce dont il se souvenait, et des questions éventuelles dont il cherchait les réponses. En effet... Mais par où commencer.
"Je..." Commença-t-il, légèrement incertain. "Je me souviens de t'avoir pris en otage."
Il fallait dire les choses telles qu'elles étaient, cela avait été le cas, bien qu'il le regrettait fort maintenant. Il la regarda alors dans les yeux, purement sincère et presque suppliant.
"Je tiens vraiment à m'en excuser, Kylia, je n'aurais jamais dû faire une telle chose, t'amener dans mes affaires alors que tu n'avais rien à voir... Je t'ai peut-être sauvé à un moment, mais ça aurait dû s'arrêter là. Je t'ai mis en danger, il n'y a aucun doute... J'ai beau ne pas me souvenir de grand chose... Tu as parlé de Mala Muerte, mais je ne me souviens pas de..."

Il cligna des yeux, et son oeil s'illumina. La course poursuite dans le désert... Il avait complètement pété un plomb, ce qui avait failli lui coûter la vie. Son regard se fixa alors sur elle, et il sourit nerveusement.

"Tu m'as sauvé aussi, dans le désert... Mes souvenirs s'arrêtent là, et tout ce que j'ai pu faire après ça ne peut repayer une telle chose. Je ne suis qu'un aimant à problèmes, et visiblement je t'ai encore entraîné dans un gros merdier. Je n'ai même pas envie de savoir à quel point je t'ai remis en danger..."

Même si c'étiat tout ce qu'il méritait après tout... Il baissa les yeux vers ses mains bandées et serra ses poings. L'action produit une vague douleur le long de ses avant-bras, mais cela n'avait aucune importance. Il serra la mâchoire mais pensa autrement que de ne la faire souffrir davantage en la faisant ressentir ses émotions.

"A vrai dire je n'ai qu'une question... Est-ce que toi ça va?"

Il avait envie de savoir où était Tyrion, si il allait bien, mais il savait qu'il le saurait tôt ou tard, et Kylia était devenue une priorité. Il n'avait qu'une envie, non deux, qui étaient en conflit. L'une voulait qu'il ait les mains libres de mouvement pour la prendre dans ses bras, lui jurer qu'elle ne serait plus jamais en danger... L'autre de lui hurler de partir, de rester loin de lui... Quitte à lui dire qu'il la détestait, qu'il ne voulait plus jamais la revoir, mentir, pour la garder en sécurité.
Quel égoïste il était... Il soupira en allongeant sa tête sur l'oreiller, la regardant néanmoins du coin de l'oeil.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Ven 20 Juin - 15:04

Elle ressentait bien toutes ces émotions confuses en lui, et pourtant elle ne voulait pas se permettre elle-même de lui montrer qu'il amenait plus de doutes encore dans son esprit déjà pas mal secoué par les évènements passés. Alors peut-être qu'effectivement, elle ne faisait pas tout cela pour rien d'autre que pour se persuader elle-même qu'elle pouvait être autre chose qu'un petit robot content de son existence parfaitement monotone et symétrique ? Oui, peut-être en effet qu'au hasard des ces réjouissances macabres, ils avaient trouvé un chemin l'un vers l'autre et qu'elle ne voulait pas l'admettre plus par peur de se tromper que par réelle crainte de se retrouver face à une vérité qu'elle n'osait imaginer. Peut-être bien, oui, peut-être bien qu'elle avait fait tout ça pour une raison plus absurde encore que celle qui l'avait déjà poussée à faire ce qu'elle avait fait dans le désert. Se battre pour sa survie au milieu des sauvages est une chose. Dire que l'on veut réparer une chose qui n'engage effectivement qu'à moitié sa responsabilité en est une autre. Est-ce qu'elle avait tant peur que ça de ne plus le voir ? Pourtant, même en se démenant, elle prenait le risque qu'il ne lui dise de partir par la suite, jugeant qu'elle en avait trop fait ou encore qu'elle ne faisait que lui porter la poisse. C'était une situation qu'elle avait connue quatre ans auparavant, des choses dures à entendre, plus dures encore à vivre, mais cette fois, elle ne redoutait pas qu'il les lui disent, si un jour il les lui disait. Elle ressentait au fond d'elle comme un besoin d'acte gratuit, et elle savait aussi par ailleurs que ce qu'elle avait entrepris ne profiterait pas qu'à une seule personne. Rien ne l'assurait en revanche que ça finisse par lui profiter à elle aussi.

Un nouveau tiraillement prit place alors et se développa d'une façon qu'elle aurait aimée éviter. Le naturel avait toujours été de mise entre eux, du moins depuis qu'il avait compris qu'il pouvait parfaitement lui faire confiance et elle ne voulait pas que ces nouvelles données ne faussent la donne. S'il se rendait compte qu'elle calculait ce qu'elle faisait à son encontre, les choses ne pourraient devenir que plus difficiles, et pour le faire sortir de prison et pour s'adresser à lui sur d'autres plans. Après tout ce qui s'était passé, elle ne devait plus se demander s'il serait gêné si elle lui tenait la main ou non. La réponse était oui, de toute manière. Le tout était qu'il ne devienne pas plus vindicatif sur le plan de leur passé commun. Les évènements avaient certes été particulièrement violents, et il n'avait pas toujours été très tendre à son encontre, mais justement, violent envers elle, il ne l'avait jamais été. Au contraire, à partir du moment où il avait compris qu'il avait une alliée et non un danger auprès de lui, il s'était toujours montré plein de bonne volonté, bienveillant, voire même, qui sait ?, plein de gratitude. C'était bien là qu'avait débuté cette étrange relation entre eux, où eux-mêmes ne savaient pas trop comment se positionner ni quoi penser, mais qui pourtant avaient l'air d'attendre la réponse ou un signe de l'autre pour se prononcer sur l'affaire, même si l'ancien mercenaire paraissait beaucoup plus réservé sur la situation que ne l'était la jeune femme. Et en cela, elle ne savait pas si elle ne se trompait pas sur ce qu'il se passait réellement. Peut-être était-il gêné et doutait parce qu'il avait simplement envie de la voir disparaître de sa vie ? Avait-il déjà quelqu'un qui n'aurait été mentionné nulle part, ou tout simplement une pensée paternaliste pour cette jeune femme onze ans plus jeune que lui ?

Elle préféra bannir ses propres doutes de son esprit et les laisser pour des temps plus réjouis et moins incertains pour son avenir. Il n'était pour l'instant ni en était physique ni mental de se ronger la cervelle sur des questions aussi futiles. Sortir. Retrouver sa nièce, son comptoir. Être reconnu comme un citoyen ordinaire. C'étaient déjà des considérations bien plus importantes et plus à l'ordre du jour. Et le brouillard qui voilait dès lors ses souvenirs ne l'aiderait pas vraiment à se défendre s'il devait subir un interrogatoire serré lors de sa procédure. Tout aurait été tellement plus simple s'il recouvrait immédiatement la mémoire, mais au fond d'elle, Kylia savait qu'elle ne pouvait pas se permettre d'insister. Tout ce qu'elle pourrait lui raconter seraient ses souvenirs à elle, de son point de vue et il ne lui resterait qu'à les assimiler en oubliant peut-être pour certaines choses complètement ses intentions et ses ressentis. Autant dire que s'il devait broder et se contredire voire ne pas être capable de répondre du tout, rien ne serait une solution correcte pour le discréditer une fois que l'accusation aurait fait son travail.
Kylia ne put cependant réprimer un soupir en l'entendant parler de ce dont il se souvenait. Pourquoi s'obstinait-il donc à vouloir porter sur lui l'entière culpabilité d'une situation dans laquelle elle s'était jetée à bras le corps ? Elle était presque triste qu'il ait l'air à ce point de ne pas croire en ses propres capacités, en son propre courage et son propre cœur qui avaient fait preuve ces dernières semaines d'une force qu'elle n'aurait pas pensé pouvoir émaner d'une personne que son propre petit monde essayait de briser. Pire encore, elle avait l'impression qu'indirectement, il lui reprochait d'autant lui accorder d'importance, comme s'il se sentait éminemment redevable. Rares étaient ceux qui acceptaient une main tendue comme une chose naturelle. Plus rares encore étaient ceux qui parvenaient à simplement en ressentir de la gratitude et comprendre que certaines choses dans la vie n'attendent aucun retour. Elle avait l'imposante sensation de se trouver face au mur du second cas.
Est-ce que tout lui dire ne serait pas plus simple ?

Elle fronça les sourcils en sentant la vague de douleur émaner de ses poings serrés et posa instinctivement sa main sur le plus proche, comme si ce simple geste pouvait le soulager, alors qu'il n'en était rien. Elle venait de perdre une occasion d'ouvrir la bouche, et finalement se demanda si elle aurait le courage de lui parler. Il faudrait bien, pourtant... Un jour, un jour où ses préoccupations seraient autres. Un jour où ça ne débarquerait pas comme un cheveu sur la soupe.

Un jour où pour une fois, quelqu'un lui posait sincèrement cette question pourtant si simple.

La jeune femme le considéra une fraction de seconde qui lui parut une éternité, entre surprise et reconnaissance. Finalement, elle sourit. Simplement, sincèrement. Puis serra légèrement ses doigts sur ceux blessés de l'ancien mercenaire. Elle répondit avec douceur, plus bas qu'elle ne l'aurait voulu.

"Oui. Je ne te cache pas que je suis très fatiguée, mais le moral, ça va."

Presque pour se donner du courage, elle s'assit sur le bord du lit, prenant alors la main de Faust entre les deux siennes, même s'il ne pouvait pas vraiment agir. Le plus important était qu'il comprenne qu'il ne devait plus se torturer à propos du passé. Pas à son propos. A celui de personne, d'ailleurs. La seule chose qui devait le préoccuper, c'était l'avenir. Le sien, celui d'Eden. Et ça serait déjà un beau programme. Comment la petite fille serait à son retour, Est-ce qu'elle aurait besoin d'aide pour l'école, est-ce qu'elle aurait retrouvé la parole. Son nouveau perchoir lui permettant de parfaitement voir le visage de l'ancien mercenaire, elle le fixait tant qu'elle le pouvait dans les yeux. Les mots n'avaient jamais été son fort. Ce n'était pas pour rien qu'elle n'avait pas parlé pendant huit ans. Pourtant, il y avait des fois où ils semblaient précieux et nécessaires.

"Pour tout t'avouer, ça va beaucoup mieux. Je sais que tu ne veux pas le croire, ou peut-être même l'entendre, mais je crois que tu n'as pas bien compris à quel point tu m'as aidée. Et jusqu'à preuve du contraire, pour cette fois c'est moi qui ai décidé de me mettre dans cette situation. Personne ne m'a mis un revolver sur la tempe." Elle passa rapidement sa langue sur ses lèvres qu'elle avait l'impression d'avoir de plus en plus sèches. "Ma vie a complètement changé, aujourd'hui. En bien, je veux dire. Voir quelqu'un d'aussi déterminé à se battre pour sa vie, pour sa famille, je crois que ça m'a mis du plomb dans la cervelle. La plupart des personnes qui me connaissent depuis longtemps pourraient te le dire, ces quatre dernières années je m'étais beaucoup laissée aller. Mais en te voyant, j'ai compris qu'on ne pouvait pas passé sa vie résigné dans un coin et attendre que les choses passent. Si on veut quelque chose, il faut se battre."

Cette fois, elle baissa les yeux, se sentant presque à nu à lui parler de choses qu'elle aurait préféré garder pour elle. "Je... Je ne sais pas si tu te souviens juste avant que tu ne partes de chez mes grands-parents ? Quand j'ai fait cette sorte de crise ? C'était la première fois que quelqu'un avait trouvé la solution. Je veux dire, une vraie solution. Ce n'était pas la première fois que ça m'arrivait, et ça m'arrivera sans doute encore, mais quand il y a des témoins les gens prennent peur, et ça empire souvent de façon vraiment impressionnante. Voire même dangereuse pour moi. Par contre, toi, tu as fait ce qu'il fallait. Tu aurais pu partir sans te poser de question parce que je n'étais rien pour toi, mais tu es resté. C'était gratuit, tu l'as fait parce qu'il fallait le faire... De la même manière que je reste aujourd'hui." Ses yeux retrouvèrent plus ou moins facilement le regard si profond de Faust, et elle lui adressa un nouveau sourire, plus timide mais non moins sincère. "Tout ça pour te dire que oui, je suis fatiguée, je ne l'ai sans doute jamais autant été de ma vie, je dors quatre heures par nuit en moyenne, je n'ai jamais été aussi stressée et ensevelie par le travail, mais que mes amis ne m'ont pas trouvée aussi souriante et de bonne humeur depuis longtemps. Comme quoi, je dois être un peu dérangée, moi aussi. Mais aider quelqu'un qui le mérite m'aide à voir que je ne suis pas aussi inutile et aussi nulle que j'ai toujours pensé l'être jusque là."

Machinalement ses doigts couraient lentement le long de ceux de l'ancien mercenaire, les caressant le plus doucement possible pour ne pas réveiller de petites écorchures. Elle ne savait pas ce qu'il pensait, et elle préférait ne pas le savoir. Depuis ces mésaventures périlleuses dans le désert, elle s'était rendu compte que sa capacité de résistance s'était nettement développée. Elle n'était pas devenue insensible, mais elle parvenait à créer une nette distance entre ce que les gens ressentaient et ce qu'elle ressentait elle-même, si bien qu'elle n'avait plus cette désagréable impression de vivre par procuration et de se laisser envahir par les émotions impolies des personnes qu'elle croisait au cours d'une journée. Cela ne l'empêchait pas d'être parfois encore déstabilisée, mais n'était-ce pas le propre de l'humain ?
Tandis qu'elle détaillait ce visage presque entièrement transformé, rongé par une barbe en bataille et toutes sortes de marques, elle ne sentit pas son sourire s'élargir légèrement. La jeune femme posa doucement sa main sur la joue de son interlocuteur, effleurant à peine une légère coupure, se rappelant avec une amertume toute aussi légère à quel point il s'était battu pour elle. Le regard légèrement ailleurs, elle reprit la parole, ne parvenant pas à se décider si c'était pour elle ou pour lui.

"J'aurais dû avoir plus de réflexes et t’entraîner avec moi dans la cellule. Après ce que j'ai fait dans le désert, je n'aurais même pas dû hésiter. Je n'avais encore jamais vu quelqu'un se démener autant pour ma sécurité. Ni se soucier autant de moi alors que sortir de prison devrait être une priorité."

Elle faisait clairement référence à cette confidence qu'elle ne savait qualifier qu'Angus lui avait faite avant qu'elle ne parte avec Faust pour l'hôpital. Elle aurait certes pu donner signe de vie avant que le dossier ne soit complet, mais elle avait préféré ne pas jouer les oiseaux de mauvaise augure ni se retrouver en position de se faire sortir d'entrée. Cependant savoir qu'il l'avait cherchée ou du moins à savoir si elle allait bien la laissait dans le flou le plus complet. Pourquoi ?
Elle ferma les yeux puis se pencha doucement vers lui, apposant sans appuyer sa tempe contre celle de son protégé, sa pommette à peine contre celle peut-être douloureuse du pauvre prisonnier. Elle inspira profondément, puis murmura comme il l'avait fait quelques heures plus tôt :
"Merci. Merci pour tout."
Il se passa un moment pendant lequel Kylia resta sans bouger, en suspension appuyée sur un coude au-dessus de lui, le côté de son visage à peine contre celui du trentenaire, sa main toujours autour de la grande patte qui aurait pu quelques heures plus tôt aussi lui broyer les os, le reste du corps évitant de faire pression sur d'éventuelles zones de douleur. Un souffle légèrement chaud venait effleurer de façon régulière son oreille. Seule une odeur plutôt désagréable de désinfectant venait troubler cet instant, mais ce n'était rien comparé à celle du sang qu'elle avait connu bien plus forte encore.
Un moment de calme peut-être mal venu, mais qui lui fit cependant un bien fou. Ce n'était pas du luxe.

Elle ne se décida à le lâcher que lorsque son téléphone laissé négligemment sur la table de chevet se mit à sonner.
Un coup d’œil à l'heure affichée. 7:03. La journée commençait décidément bien tôt.
"Terminée, la sieste !" lâcha-t-elle entre amusement et agacement tandis qu'elle décrochait sans regarder qui appelait, dès lors assise bien droite et les doigts relâchés sur les phalanges de l'hospitalisé. Son expression changea du tout au tout, passant de la surprise à la joie, un large sourire aux lèvres. "Tu vas bien ?... Oh ben nous, ça va comme ça peut, mais ça aurait pu être pire... Oui, il est réveillé, tu veux que je te le passe ?... Euh..." Elle jeta un coup d’œil vers l'ancien mercenaire qu'elle avait délaissé un peu pour fixer la fenêtre histoire de se concentrer sur la conversation, qui prenait une tournure réjouissante. "Ouais, c'est pas gagné mais je pense que je peux faire quelque chose. En tous les cas c'est une bonne idée. Une excellente idée, même... A quelle heure, tu dis ?... Pas de souci, je t'envoie Kamiko... Mais si ! Il viendra vous chercher à la gare... Enfin, Jack ! On peut bien faire ça pour vous, non ?... Vous avez déjà vu avec la sécurité ?... Okay, rappelle-moi que vous me devez TOUS une boite de somnifères." acheva-t-elle en riant. Il se passa encore quelques secondes de silence de son côté pendant lesquelles elle écouta Jack, puis l'appel se termina sur un "à tout à l'heure" qui laissait sans doute présager au concerné qu'il allait voir de la visite, et pas n'importe laquelle.
Le téléphone posé sa cuisse, elle bascula légèrement la tête en arrière, les yeux fermés et soupira longuement. La journée allait s'annoncer longue. Il était déjà très tôt, elle n'avait pas eu l'occasion de se changer ni de prendre une douche, elle n'avait pas mangé depuis la veille, mais ce serait bien mineur une fois qu'elle regagnerait sa chambre d'hôtel le soir-même. Elle rouvrit les yeux et jeta un regard en coin à son infortuné sauveur de la veille, à qui elle adressa un léger sourire.

"Et toi, tu me dois au moins un vrai sourire avant la fin de la journée. Je ne sais pas ce que je ferai si tu ne le fais pas... mais je ne te laisse pas le choix. De toute façon, tu ne l'auras pas vraiment. Ta nièce et Jack arrivent."
Un clin d’œil, puis elle se leva du lit pour faire quelques pas en direction de la fenêtre, fouillant dans son téléphone à la recherche d'un numéro bien particulier.

Loin d'être à l'aise avec les appels, elle n'avait au cours du dernier mois pas vraiment eu le choix. Il fallait bien l'avouer, ce n'était pas sa tasse de thé, mais c'était bien pratique. Et surtout, elle était toujours bien tombée jusque là, elle n'était tombée que sur des gens sympathiques et compétents, chose qui lui semblait parfois complètement surréaliste. L'échange avec Kamiko fut de courte durée, raison pour laquelle il passa en priorité. Le message n'avait de toute façon rien de compliqué : il fallait aller chercher Eden et Jack à la gare. Il lui proposa de rapidement passer à l'hôpital lui apporter des affaires propres, idée qu'elle ne put repousser après un rapide coup d’œil à la jambe de son pantalon presque cartonnée et légèrement luisante suite a l'important flot de sang qu'elle avait involontairement épongé. Ne pas attirer l'attention de la petite sur des détails inutiles, surtout pour une première rencontre, ce n'était pas une mauvaise initiative. La priorité devait rester son oncle, surtout après presque deux mois d'absence. Moins de deux minutes avec son parrain cependant, et elle raccrocha pour reprendre sa liste de contact dans laquelle elle sélectionna l'un des responsables de la sécurité pénitentiaire qui avait sans doute déjà envoyé ses hommes sur le coup. Là non plus, ce ne fut pas long. Il lui demanda tout de même si elle allait bien et s'il ne lui était rien arrivé, chose à laquelle elle répondit avec une pointe d'humour :
"Non, ne vous en faites pas, je n'ai rien. J'avais le meilleur garde du corps, avec moi. Je crois que je vais l'engager pour les vingt prochaines années."
Elle apprit aussi que Jack avait directement fait une demande de visite à l'hôpital une fois qu'il avait appris ce qui s'était passé, et leurs cartes d'accès étaient déjà prêtes. Elles leur seraient délivrées dans le hall. Une équipe de quatre hommes en complète armure viendrait. Un dans le couloir, un devant la porte, deux dans la chambre. D'ordinaire deux auraient suffi, mais suite aux évènements et à sa propre plainte contre Sven, la sécurité était renforcée autour d'eux, surtout avec la présence de deux civils qui n'avaient rien demandé. Beaucoup d'informations à digérer d'un coup, mais rien de bien compliqué.

De nouvelles recommandations, et elle put raccrocher. Enfin.
Elle se tourna à nouveau vers Faust qu'elle avait laissé silencieux pendant ce temps, puis s'étira longuement, les deux bras vers le haut, puis toucha le sol en soufflant longuement avant de se redresser et taper doucement dans ses mains comme pour tourner une page.

"Allez, on a à peu près deux heures avant qu'ils n'arrivent. Je vais te demander un petit déjeuner et me chercher un café. Après on avisera."
Elle posa son téléphone sur la table de chevet, serra un instant ses doigts sur le bras de l'ancien mercenaire, puis sortit d'un pas léger jusque dans le couloir, à la recherche d'un infirmier. Elle négocia de lui rapporter le plateau elle-même, ce qui ne fut pas possible au vu des circonstances. Il était menotté au lit, il ne pouvait pas manger lui-même ou alors il fallait une autorisation pour détacher au moins une main, mais ils ne l'avaient pas encore. Même quand elle voulait bien faire, il y avait toujours des obstacles complètement stupides. Comme si dans son état, il serait capable de sauvagement sauter sur ce qu'ils croyaient être sa femme et la défigurer ? Le monde était décidément bien étrange. Elle opta pour lui ramener un deuxième café, quitte à le faire boire elle-même, mais il était hors de question qu'il reste l'estomac vide pour les visites. Ou du moins involontairement.

De retour, elle s'excusa et expliqua rapidement la situation au mercenaire, lui demandant s'il voulait tout de même boire ou s'il préférait attendre. L'aider ne le dérangeait pas plus que ça, mais elle préférait éviter tout incident diplomatique. De retour sur la chaise près du lit de Faust, elle était tournée vers lui, son verre en carton entre les mains, pensive. Il faudrait qu'elle déploie encore pas mal d'énergie, mais elle pensait déjà à la fin de cette journée. Si déjà elle se passait un peu d'eau sur la figure, ça ne lui ferait pas de mal. Kamiko ne devrait pas tarder à arriver avec des affaires pour qu'elle se change. Jack et Eden arriverait un peu plus d'une heure et demie plus tard... La sécurité dans un peu plus d'une heure... Après, elle ne savait pas encore, mais c'était déjà un bon programme pour une simple matinée. Au bout d'un moment de silence entre eux, elle décida finalement de rouvrir la bouche, le regard toujours dans le vague :
"On pourrait peut-être essayer de te tailler la barbe, qu'est-ce que tu en penses ? Ça fera un peu moins homme des bois pour Eden ?"

Sans vraiment attendre sa réponse et plus pour se sortir de sa torpeur, elle lui intima gentiment de ne pas bouger -comme s'il aurait vraiment pu le faire malgré toute la bonne ou mauvaise volonté du monde- et l'informa qu'elle allait chercher de quoi faire, que ça ne lui prendrait pas beaucoup de temps. Hors de la chambre, elle se sentit comme passer d'un vertige à un autre, comme si ces quatre murs et les émotions qu'ils renfermaient ne pouvaient pas l'aider à s'évader de ces couloirs pleins de tristesses, de maladies et de morts. Bon sang, il faudrait qu'elle prenne un bon bol d'air frais avant la fin de la journée si elle ne voulait pas exploser ! Elle s'en voulait presque de donner l'impression de le fuir, alors qu'elle ressentait une sorte de besoin inexplicable de retourner auprès de lui au plus vite pour échapper à toutes ces émotions qui commençaient à l'assaillir, alors même que quelques minutes plus tôt tout allait bien. Il devait y avoir quelque chose de nouveau dans ces couloirs, quelque chose qui venait juste de se produire et qui avait provoqué quelques vagues dans les étages. Ou alors elle était simplement en train de délirer. Pas le temps d'y réfléchir. Il attendait et mieux valait ne pas trop faire traîner les choses. A moins qu'il en ait assez de la voir ? Qui sait, peut-être que dès lors qu'elle aurait remis un pied dans la chambre, il lui demanderait de repartir vite ? Elle n'y croyait pas et préféra chasser cette idée de son esprit avant qu'elle ne fasse son bout de chemin et ne fausse la donne.

Récolter les ciseaux fut plus facile qu'elle ne le pensa en premier lieu. Elle avait assuré faire les choses elle-même, qu'il ne les aurait pas en main, et surtout ils avaient suffisamment confiance en la présumée épouse d'un taulard pour qu'elle ne lui fasse pas de mal, surtout si elle avait l'air de prendre autant soin de lui après qu'il ait manqué de mourir littéralement éclaté sur le sol par ses codétenus. Non, il n'y avait aucune raison de s'en faire à bien y réfléchir, et le personnel hospitalier ne semblait pas aussi inquiet à son sujet qu'il ne l'était à propos d'autres détenus gravement blessés qui leur donnaient vraisemblablement du fil à retordre. Comme dirait Kamiko : ne jamais sous-estimer son potentiel, et encore moins celui des autres, pour les meilleures choses comme pour les pires. L'aide-soignant lui avait donné deux grandes protections de papiers sombres, de ceux que l'on utilise en chirurgie, pour ne pas laisser tomber le surplus sur le lit ni sur les pansements. Kylia le remercia chaleureusement et se mordit presque la langue de se dire qu'elle n'y avait pas pensé. C'était son métier, après tout, il avait l'habitude et les codes d'hygiène en tête.
Elle dut passer pour un bien drôle d'oiseau auprès des gens qui allaient et venaient dans les couloirs, se réfugiant presque brusquement dans la chambre, prise entre l'envie de retrouver son calme et la peur de se faire prendre une paire de ciseaux à ongles à la main. Comme si cela pouvait constituer un crime. Ou comme si quelqu'un pouvait ne pas croire en sa bonne foi. Elle devait un peu reprendre confiance en elle, ce ne serait sans doute pas du luxe. Fermant la porte sur les bruits feutrés, elle adressa un nouveau sourire au barman, puis alla piocher ses lunettes dans son sac, oubliant presque toutes les idées négatives qui lui avaient assailli l'esprit d'un battement de cils. Il y avait des choses que l'on ne pouvait pas s'expliquer, comme l'effet que peuvent avoir certaines personnes sur vos états d'âme.

La jeune femme vint se rasseoir sur le bord du lit puis chaussa ses lunettes, avant de reposer son regard clair sur Faust, un sourire détendu aux lèvres. Il se passa quelques secondes de silence, puis légèrement amusée, elle décida de le rompre :
"ça casse quelques mythes, n'est-ce pas ?" Elle parlait évidemment de ses lunettes, qui si elles lui allaient n'en restaient pas moins un élément nouveau pour l'ancien mercenaire. C'était uniquement pour voir de près, car de loin -et il en avait eu une belle démonstration- elle n'en avait absolument pas besoin. Et puis, les grosses montures noires ne lui donnaient pas en règle général un air très sage, mais avec son tailleur noir, elles devaient au contraire lui donner un air sévère. Elle plaça l'une des deux protections en papier sur le torse du barman, le plus en-dessous de son menton possible. L'avantage était que ça allait les occuper pendant un petit moment. Il faudrait juste que ça ne dure pas trop longtemps.
"Allez, je vais essayer de faire de mon mieux. Ne bouge pas trop, ce serait dommage que je te rate." Un rapide clin d’œil, puis, comme si elle avait honte de ce geste, elle se mit de suite au travail, se concentrant du mieux qu'elle pouvait, ne sachant pas vraiment par où ni quoi commencer, pourtant elle n'avait qu'un seul vrai geste à faire, couper, et une seule chose à couper, la barbe. Le plus délicatement possible, elle lissa une petite mèche entre ses doigts et la raccourcit d'une bonne longueur. Le résultat ne se voyait pas vraiment, il faudrait encore quelques coups de ciseaux avant que ça ne soit vraiment visible. Bien, il fallait enclencher la vitesse supérieure si elle ne voulait pas que ça prenne trois heures non plus !
Alors qu'elle faisait tomber mèches après mèches dans le plus grand silence, une impression étrange l'envahit sans pour autant l'agresser. Une sorte de gêne qui n'en était pas vraiment une. C'était vraiment... étrange. A la fois c'était un geste tout à fait naturel puisqu'elle s'était mis en tête de l'aider, mais quelque part la situation relevait du surnaturel entre eux. Après tout ce qu'ils avaient vu -volontairement ou non- et tout le stress qu'ils avaient accumulé, ce moment de calme et presque d'intimité n'avait rien à faire entre eux, et pourtant ils étaient bien en train de le vivre. Finalement elle ne savait pas si ça n'était pas hors de propos, si elle n'était pas en train de commettre un impair, pourtant il n'avait pas protesté. Kylia essayait de se concentrer sur sa tâche pour ne pas ressentir ses émotions, et elle préférait en effet ne pas trop savoir ni deviner ce qu'il pensait. Tant qu'il ne disait rien, en fait, mieux valait ne pas trop se poser de questions. Elle aurait bien le temps de penser à tout cela quand il serait tiré d'affaire.

Une petite vingtaine de minutes passa avant qu'elle n'obtienne satisfaction avec son propre travail. Elle ne se savait pas l'âme d'une perfectionniste pour ce genre de choses, à croire que de s'occuper de quelqu'un d'autre pouvait vous donner des qualités que vous n'aviez pas avant. En même temps, il fallait bien que la petite Eden n'ait pas une mauvaise image de son oncle avant qu'il ne soit libéré. Elle avait neuf ans, elle comprendrait bien plus de choses qu'elle ne voudrait bien le dire, alors autant ne pas noircir le tableau ni en rajouter une couche. Sans parler du fait qu'il se sentirait sans doute mieux aux yeux de la petite s'il était plus présentable. Elle donna le dernier coup de ciseaux et la jeune femme pencha légèrement la tête d'un côté, puis de l'autre pour apprécier le résultat. Oui, c'était mieux. Beaucoup mieux. Elle avait coupé au plus court, à moins d'un centimètre pour qu'il donne l'impression de l'avoir entretenue à cette longueur exprès, même si ce n'était pas absolument parfait. Elle était agent de contrôle dans un stand de tir, pas barbier, après tout ! Son regard glissa sur le contour de la mâchoire maintenant bien dégagée et elle se retint d'y passer la main, se disant à la fois que ça n'était pas une bonne idée et surtout que ça n'était pas convenable. Notez qu'une fusillade dans un désert avec un inconnu l'est déjà beaucoup plus qu'apprécier le physique du susdit inconnu.

"Eh ben il est beau, tonton, avec une barbe bien coupée !" C'était dit sans insistance, juste pour l'information, pour le rassurer sur la suite, sur ce que penserait Eden. Encore une fois ce n'était peut-être pas de mise entre eux.

Elle se releva, replia le grand morceau de papier avec précaution, essayant de ne pas trop croiser son regard, de repousser les émotions qui planaient dans la pièce. Elle préférait ne pas savoir si elle avait fait une gaffe ou si au contraire tout allait bien. La poubelle de la salle de bains accueillit les papiers, l'eau nettoya la lame des ciseaux puis ses mains, et elle prit un petit moment avant de refaire son apparition dans la chambre. Elle espérait que le reste de la journée serait plus serein, surtout après le passage de Jack et la petite, et qu'elle pourrait moins marcher sur des œufs. Tout ceci risquait d'être long et pénible, mais surtout très long.
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Dim 17 Aoû - 16:27


Dans les yeux pensifs de Kylia, il ne savait pas ce qu’il lisait. Il y avait quelque chose d’étrange dedans, qu’il ne reconnaissait pas exactement. A cet instant il aurait quand même voulu savoir ce qu’elle pensait, ou simplement ressentait. Il n’avait pas envie de la scruter pour chercher des réponses qu’il savait ne seraient pas visibles… La question avait pourtant été simple, en théorie surtout. Qu’y avait-il qu’elle ne disait pas ? Un frisson lui parcouru l’échine mais il garda néanmoins un faciès calme ; chose qui, après tout, n’était pas très difficile à faire. Malgré le fait qu’il venait de se réveiller, il était épuisé, sans compter la douleur qui semblait remonter de temps en temps dans son dos puis dans ses bras. Il était tout de même curieux de savoir quelle était l’étendue des dégâts… Cependant son esprit était passé sur la priorité de l’instant : il était en vie, et Kylia était là, essayant sans doute de trouver un moyen de répondre sans qu’il s’en inquiète plus ensuite…

Le temps tournait au ralenti alors qu’il la regardait ; son visage agréablement lisse, ses yeux de couleur améthyste sous cette lumière, ses cheveux sombres un peu en bazar à l’heure actuelle. Quand il la regardait là, il retrouvait cette jeune femme qu’il avait menacé sur le banc du parc lors de leur première rencontre, au même instant il avait halluciné et vu Eden à sa place… Peut-être était-ce pour cela qu’il était revenu la voir au final. Après tout elle l’avait hébergé alors qu’il était tombé dans les pommes ; suite à la menace qui plus est ! Elle était une personne innocente, comme il en existait trop peu de nos jours.

Il était déchiré entre deux images : Kylia comme elle avait toujours été avant son apparition dans sa vie, toujours à travailler au stand de tir, à porter des cartons trop lourds pour une jeune femme de sa taille… Toujours avec son vieux chien, vivant une vie banale et tranquille, sans la hantise d’un danger pouvant se loger à chaque coin de rue. Dans cette image elle n’avait pas l’air malheureuse, et clairement elle était plus en forme, en meilleure santé… Alors que lorsqu’il la regardait là, assise sur ce siège à côté de son lit, il voyait la petite ride typique de l’inquiétude se former entre ses sourcils, il y avait des cernes sous ses yeux, elle était pâle et son état global laissait à désirer… Se pourrait-il vraiment qu’un de ces jours elle n’aie pas l’allure de quelqu’un qui va s’écrouler sous le stress et la fatigue ?
La deuxième image allait bien dans ce sens là… Kylia en train de ramener Eden de l’école, une aubaine pour la petite qui n’avait jamais eu de modèle féminin à suivre, personne à qui se confier en dehors de Faust et Jack… Kylia près de lui quand il était enseveli sous la paperasse, à le soutenir moralement…
Il secoua intérieurement la tête ; ce n’était pas comme s’ils avaient l’intention de se marier, et il était fort probable que l’idée de déménager à Islantis pour travailler dans un vieux bar était loin d’être dans sa liste de priorités. Elle était encore jeune après tout, la vie devant elle… Peut-être serait-il bon qu’elle se trouve un petit ami digne de ce nom-là ? Il sourit vaguement à l’idée ; il serait tellement protecteur envers elle, après tout ce qui s’était passé, qu’il regarderait certainement tout ce qu’il y avait à savoir sur le prochain prétendant… Ce serait un enfer à vivre pour elle, à toujours devoir supporter ses commentaires, comme un vieux qui dit constamment « non il est trop jeune. Trop gros. Trop sale. Trop cruel. Trop de choses sur son casier judiciaire. » Pff. Il pouvait parler lui, son casier ne tirait pas bonne mine, et il y avait le temps pour que tout dégénère plus loin encore. Déjà, il était menotté. Et ça, ce n’est jamais un bon début de relation.

Il l’écouta sans commentaire lorsqu’elle avoua être fatiguée. Le moral ça va ? Il se retint de dire quoi que ce soit. C’est alors qu’elle vint s’assoir sur le bord du lit, prenant doucement sa main dans les siennes. Il était un peu surprit du contact, mais n’avait aucunement l’intention de la rejeter. Son touché était soulageant, reposant, c’était une chose agréable. Il en profita pour serrer la main sous sa paume sans forcer. Il sentit du même coup un léger étirement dans son poignet. Aie. Il n’en fit rien, et plongea aussitôt ses yeux dans les siens. Les prunelles violettes luisaient avec sincérité, comme si elle choisissait ses mots, ou voulait transmettre par un regard sa pensée. Une fois de plus il ne savait pas ce qu’elle pensait, mais la détermination dans ses yeux lui disait qu’il allait bientôt le savoir.

Elle ouvrit alors la bouche, et un flot en sortit. Ce n’était pas désagréable de l’entendre parler, au contraire. A l’écouter, il fallait croire que c’était quelque chose qu’elle tenait à dire depuis un moment, et il ne pu que se taire. Lui, l’avoir sauvé ? Il aurait pu commenter en disant que non, il lui avait pourri sa vie… Mais elle expliqua qu’après avoir vu comment il se battait pour ses convictions, cela lui avait mit du plomb dans la cervelle – expression à laquelle il ne pu se retenir de serrer la mâchoire. Grâce à lui elle avait compris qu’il fallait se battre si l’on voulait quelque chose… Il y aurait certainement eu un meilleur moyen pour qu’elle s’en aperçoive, sans être en danger ou avec un canon de flingue sur la tempe.

Parler de cela sembla la gêner un peu, ses joues prirent une teinte très légèrement plus rouge, et elle baissa les yeux. Elle évoqua un moment… Une crise ? Faust fronça les sourcils et quelque chose revint. La famille de Kylia. Oui, une grand-mère au caractère fort et un grand-père protecteur, qui avait viré le barman de la maison, et pour bonne cause après tout, il avait juste voulu protéger sa petite fille… La nuit de son départ, il allait partir sans un mot, les laisser tranquilles, eux et surtout Kylia… Mais l’empathique avait commencé à spasmer dangereusement. Qu’avait-il fait à ce moment-là ? Il l’avait empêché de se cogner à la table de chevet, ça oui, mais ensuite ? Cela ne pouvait pas être grand-chose quand même, mais certes, il aurait pu partir… Cependant, ancien mercenaire ou non, il n’aurait pas pu la laisser souffrante seule comme cela.
Partant de là elle expliqua la raison de sa présence. D’une certaine façon, l’explication le tracassa. Il l’avait peut-être aidé cinq minutes, mais cela n’expliquait pas pourquoi elle était restée si longt…

Puis il se souvint. Il était parti de la grande maison à Mala Muerte sur ordre du grand-père, sa présence devenant trop gênante… Il était allé dans un bar, et là il avait été retrouvé, non par Tyrion, mais Sven. Cependant ce n’était pas le grand frère qu’il avait connu, le changement avait été clair, vu que c’était lui qui l’avait embarqué dans le fourgon, puis fait emprisonner pour des crimes qui n’étaient pas entièrement de sa faute… Le regard de Faust s’assombri mais il tenta de le masquer pour ne pas causer d’inconfort à Kylia, elle ne méritait pas ça.
Il s’en sortit mieux lorsqu’il la regarda dans les yeux, les siens doux, souriant avec une timidité adorable qui l’aurait fait se placer entre elle et n’importe quelle arme. Elle disait le fond de sa pensée, et cette ouverture ne la rendait pas moins attachante. Pourquoi fallait-il qu’il ait un tel passé, pourquoi avait-il fallu que les événements le rattrapent ? Plus il la regardait, plus il se sentait déchiré, confus, indécis. Il voulait la protéger, mais la garder loin de lui à la fois, ce serait la seule façon de la protéger, mais Faust lui-même ne tiendrait jamais sans sa présence stable et rassurante à côté. Après tout, cela pourrait changer, non ? Il n’aimait pas que ses propres sentiments refassent surface, ils le rendaient vulnérable, il avait peur pour elle, et cela la mettait plus en danger encore. Il bouillonna à nouveau en repensant à Sven, qui avait tout fait pour pourrir la vie de la jeune femme pendant qu’elle travaillait sur son dossier de défense.

Heureusement qu’elle se mise à lui caresser doucement la main, chose qui le calma de suite. Elle le faisait avec une telle attention… Néanmoins il regarda leurs mains, et caressa le côté de l’une avec le pouce. Ce n’était pas facile, puisque la douleur traversait ses doigts en un éclair, mais il la passa outre pour profiter de cet instant avec elle. Il avait envie de rire. Ils s’étaient connus tellement brusquement, en moins d’une semaine elle avait été plus en péril que n’importe qui dans son entourage, et en plus au final elle avait fini par le guider chez sa famille, qui l’avait bien accueilli. Si on regarde comment tout aurait pu se dérouler... A partir de quand sentait-il cette nécessité de la protéger ? Au début cela avait été parce qu’elle était sa responsabilité au fond, son otage… Il n’était plus comme avant, et sa conscience le creusait quand même, et ensuite ? Comment en était-il venu à l’admirer tant, à vouloir passer du temps avec elle, à l’écouter parler de sa voix douce.

Dérangée, elle ? Il sourit à cela. Certes. La majorité des gens aurait essayé de partir en courant, fuir la prise d’otage, hurler à l’aide, faire quelque chose… Elle, elle était restée. Et puis même après son départ elle s’était battue pour qu’il n’aille pas en prison… Cela dit il ne se souvenait toujours pas pourquoi il était menotté au lit. Il avait bien dû être en prison ? Ou en attente d’un procès ? Quelque chose comme ça, mais alors que s’était-il passé pour qu’il finisse à l’hôpital ?
Jetant un regard à la dérobée vers ses mains, il regarda ses blessures ; quelques bandages, des éraflures sur les phalanges, des douleurs dans les articulations… A les regarder, cela avait certainement été un combat à mains nues, et pas des moindres !
Et ensuite tout devin plus clair. Elle posa doucement sa main sur la joue creuse de Faust, où il sentit les doigts passer sur la barbe devenue fort imposante. Il ne pu s’empêcher de fermer les yeux un instant. Ce confort… Il n’avait pas vraiment réalisé depuis combien de temps il n’avait pas réellement eu un contact humain. C’est alors qu’elle leva faiblement la voix, et de suite il la regardait, une once d’inquiétude le prenant. Les yeux de la jeune femme étaient dans le vague, et son air général relativement peiné.

"J'aurais dû avoir plus de réflexes et t’entraîner avec moi dans la cellule. Après ce que j'ai fait dans le désert, je n'aurais même pas dû hésiter. Je n'avais encore jamais vu quelqu'un se démener autant pour ma sécurité. Ni se soucier autant de moi alors que sortir de prison devrait être une priorité."

Alors il était blessé parce qu’il avait aidé Kylia. Il sourit. Valait mieux cela que n’importe quelle autre raison futile. Et pour ce qui était des réflexes, s’il se fiait bien à son intuition, elle avait certainement été incapable de réagir d’une quelconque façon, son pouvoir d’empathie ayant prit le dessus… Dieu seul savait de quelle situation il l’avait tiré, mais ça ne pouvait pas être du joli-joli vu les blessures qu’il portait à présent. Il avait envie de lui dire, de lui faire comprendre que quelque soit la priorité selon elle, pour lui, ce serait toujours SA sécurité plus que tout. Mais il n’arrivait pas à le dire à haute voix ; cela aurait pu l’inquiéter, la faire s’éloigner, la faire penser qu’il était déjà bien trop attaché à elle alors que les sentiments n’étaient pas réciproques.
Elle avait toujours été calme, polie quand il s’agissait d’une situation comme celle-ci, en tête à tête, posée, avec des familiarités qu’il avait du mal à se permettre au risque de la voir partir en courant… Mais alors que pensait-elle vis-à-vis de lui au juste ? Une connaissance ? Bien trop familière pour que ce soit le cas. Un ami ? C’était une possibilité, mais il n’arrivait pas à voir cette relation comme telle, ses sentiments étant bien trop clairs de son côté pour s’imaginer ça. Il expira doucement ; cette pensée n’était pas bonne à avoir… Où était le bouton off de ses sentiments ?

C’est alors que, avec la plus grande délicatesse du monde, elle s’avança pour placer le côté de son visage sur sa tempe. Son cœur accéléra de quelques battements, qu’il tenta de camoufler, tant bien que mal cela dit. Elle inspira profondément alors qu’il sentit son souffle léger contre son oreille et ses cheveux. De si près il pouvait sentir son parfum naturel. Doux, un peu musqué, légèrement fruité… Un mix olfactif qui le fit sourire légèrement. Heureusement qu’il était menotté, sinon il l’aurait prit dans ses bras et tenu jusqu’à ce qu’elle se batte pour qu’il la lâche.
Saleté d’émotions.

Puis elle murmura de solennels remerciements. Il avait envie de soupirer, de lui dire que s’il y avait quelqu’un à remercier, c’était bien elle. Qui d’autre l’aurait soutenu jusqu’au bout après de tels événements, qui se serait accroché à cet espoir de le retrouver en liberté alors qu’il l’avait menacé dès leur première rencontre ?
La proximité n’était pas désagréable, au contraire, mais il savait que s’il avait eu les mains libres, il aurait eu la pulsion de les passer dans ses cheveux, de se poser au creux de son cou pour humer plus facilement cette odeur si agréable qui se dégageait d’elle. La pensée dérapa quelque peu… Il était un homme après tout, mais il avait envie qu’elle soit heureuse, et qu’il ait fait partie des raisons à cela.

Tout fut silencieux pendant un moment, durant lequel il garda les yeux fermés pour écouter le souffle de Kylia. Le rythme l’endormit un peu alors qu’il fit en sorte de le miroiter, mais il tenait à rester éveillé pour profiter du rare instant de paix. Parlant de rare, le téléphone se mit à sonner, et la brune se redressa, disant que la sieste était terminée. Il sourit un peu nerveusement – ouais, dommage. Vraiment. Elle relâcha sa main qu’il laissa partir avec une certaine hésitation. C’était certainement important, alors il ne tenait pas à espionner la conversation…
Cependant il ne put s’empêcher d’écouter d’une oreille alors qu’il vit son visage s’illuminer de joie. Il serra un peu la mâchoire. Avait-elle déjà sourit ainsi en sa présence ? Qui était au téléphone au juste ?

Probablement quelqu’un qu’elle aime bien, ça te regarde pas mon vieux. Pensa-t-il froidement.

Elle avait le droit de côtoyer qui elle voulait après tout… Puis il remarqua qu’on parlait de lui. Réveillé, le passer au téléphone, tout ça. Maintenant il était vraiment curieux, et un peu soulagé au passage, bien qu’il ne l’aurait jamais admit. Les chercher à la gare ? Jack ?! De suite son cœur se souleva. Depuis combien de temps ne l’avait-il pas vu ? L’image de son vieil ami apparut en mémoire. Maintenant il était vraiment soulagé. Faust sourit alors qu’elle dit qu’ils lui devaient tous une boîte de somnifères. Eh oui, avec quatre heures de sommeil par nuit, et même peut-être moins ces derniers temps visiblement, ils lui devaient bien ça. C’était quelque peu amusant de voir qu’ils étaient en contact, et en bons termes apparemment… Peut-être que cela aurait été tendu de les présenter après le procès…

Jack, voici la jeune femme que j’ai prit en otage, qui a failli mourir par ma faute et qui a quand même décidé de me défendre envers et contre tout.

L’appel dura quelques secondes encore, puis elle raccrocha. Une fois cela fait, elle pencha la tête en arrière, yeux clos. Elle soupira longuement. Il la fixa du coin de l’œil, ne voulant pas qu’elle se sente observée. Après quelques secondes elle tourna les yeux vers lui, un peu à la dérobée alors qu’un sourire doux s’afficha sur son visage.

"Et toi, tu me dois au moins un vrai sourire avant la fin de la journée. Je ne sais pas ce que je ferai si tu ne le fais pas... mais je ne te laisse pas le choix. De toute façon, tu ne l'auras pas vraiment. Ta nièce et Jack arrivent."

Eden. Il posa bien la tête dans l’oreiller et regarda le plafond. Malgré l’humour du début de la phrase, il ne put s’amener à sourire. Pauvre petite. Que devait-elle penser ? Elle était au courant, c’était certain. L’ancien mercenaire remarqua à peine le clin d’œil de Kylia, qui aurait pu interpréter son expression pour de la fatigue… C’en était, mais une fatigue lourde, déprimée. Il n’avait pas revu la gamine depuis trop longtemps, et avec tous les événements, il n’était pas sûr de vouloir se montrer à elle… Pas maintenant, pas alors qu’il était menotté à un lit d’hôpital, ayant l’air d’un vieux tueur en série blessé.

Kylia se leva et alla vers la fenêtre alors que Faust sombra dans la nostalgie. Il n’eut même pas le courage de suivre la conversation, seulement un mot par-ci, par-là. Gare, vêtements… Le blessé ferma les yeux, mais à chaque fois le visage d’Eden faisait surface. Eden pleurant, terrifiée, tenant Fenris, le petit louveteau dans les mains en le fixant avec des yeux larges… Comme la première fois qu’elle l’avait vu en fait. Il avait été à l’entrée du vieil appartement miteux, dans son fauteuil roulant, l’air pâle et mort… Jack était entré, tenant la petite. A peine le pas de la porte passé, son regard s’était figé sur lui, ses yeux n’avaient montrés que de la terreur. Vivre avec lui, quitter sa mère et la sécurité de son foyer pour rester avec un pauvre handicapé incapable de se faire une tasse de café tout seul. Elle avait été jeune, et pourtant la situation lui avait été très claire. Il avait envie de se cacher sous ses larges mains, se frotter les yeux jusqu’à ce qu’il ne voit rien pendant un petit moment. Malgré la douleur qui l’avait prit, il essaya de penser à autre chose, ne pas faire penser à Kylia qu’il avait mal quelque part ; aucune raison pour elle de s’inquiéter.

Un phrase passa alors par ses oreilles : "Non, ne vous en faites pas, je n'ai rien. J'avais le meilleur garde du corps, avec moi. Je crois que je vais l'engager pour les vingt prochaines années."

Il ne savait pas à qui elle parlait, mais vraisemblablement elle voulait rassurer la personne. Les mots tournèrent en rond dans sa tête pendant un petit moment, et il y songea longuement ensuite. Bien que cela était dit avec humour, il préférait réfléchir à cela que de penser à l’arrivée imminente de Jack et Eden. Il s’était juré qu’il se protègerait jamais plus personne, mais cela ne tenait que pour les gens malsains, paranos, mauvais. Kylia, c’était une toute autre affaire. Cela dit il se voyait mal en temps que présence neutre à ses côtés ; il tenait trop à elle pour ça.

Il fut tiré de la pensée alors que la jeune femme se tourna vers lui en s’étirant, les deux bras au maximum de leur hauteur, puis, de manière souple, toucha le sol, respirant profondément. Il admira avec un amusement discret. Il n’avait pas vraiment eu l’occasion de la voir agir normalement, humainement, paisiblement, en dehors de cette courte soirée dans la maison de sa famille. D’un geste fluide elle se redressa et tapa ses mains, et elle lui annonça qu’ils avaient deux heures devant eux. Elle sortit après lui avoir serré doucement le bras, certainement un signe d’encouragement, pour se chercher un café et un déjeuné ; l’idée n’étant pas mauvaise, il se voyait mal voir ses amis alors qu’il avait déjà l’air pâle comme un mort… Profitant de la solitude, il regarda l’étendue des dégâts sur son corps.

Il roula doucement les épaules : aie. Il étira un peu ses poignets en faisant les mouvements circulaires (que permettaient un peu les menottes) : aie. Bon, ça, ce n’était certainement pas le dernier de ses soucis, mais il regarda néanmoins toutes les plaies apparentes sur ses bras. La tenue d’hôpital se mise à gratter au même moment. Ugh, cette tenue lui rappelait vraiment de mauvais souvenirs, mais il ignora ce fait et essaya de bouger ses jambes.

Au même instant Kylia revint, s’excusant et expliquant qu’ils n’avaient pas encore eu l’autorisation de le détacher, pas même une main… Bon, un café ferait l’affaire pour le moment, mais cela ne pourrait pas durer éternellement ! Il avait le nez qui grattait bon sang !

« Je prendrai volontiers un café dans quelques minutes, le temps de me réveiller encore un peu – je ne sais pas comment le prendra mon estomac étant vide comme ça ! »

Il était content qu’elle soit là, il ne pouvait dire le contraire, et une fois assise à nouveau sur la chaise près de lui, il avait envie de la remercier, de dire vraiment ce qu’il pensait au fin fond de lui… Mais aucun mot ne sortit, et il garda les yeux rivés sur le drap qui le recouvrait. Il avait envie d’oublier qu’il était menotté, de faire abstraction de la situation… Difficile lorsqu’on ressent des douleurs arrivant en vague le traversant de part et d’autre toutes les deux secondes… Et cette incapacité à se gratter le nez ! Il pourrait toujours improviser en se frottant sur la barre de lit la plus accessible, mais il se voyait mal se courber pour le faire dans l’état actuel de son corps. Il n’avait pas envie de se faire plus de mal que nécessaire alors il prit son mal en patience.

Après un silence Kylia proposa de lui tailler la barbe. Il la regarda, ses yeux pourpres étaient dans le vague, pensifs… Il sourit faiblement après la réflexion d’homme des bois – il ne savait pas à quoi il ressemblait à l’heure actuelle, mais ce ne devait pas être du joli-joli. Certes Eden serait quand même plus rassurée en le voyant de façon « normale », sans les cernes, la barbe et les menottes… Il pouvait déjà faire avancer ça pour la barbe.

Il allait dire que cela était une excellente idée quand elle s’activa même sans rien lui demander. Il aurait sourit s’il n’avait pas vu tant de nervosité dans le geste. Intérieurement il soupira – cette retrouvaille avec Jack et Eden ne devait pas seulement le stresser lui… Kylia avait organisé tout ça, c’était normal qu’elle soit tendue. Elle lui signala de ne pas bouger (geste fort ironique) et sortit. Il sourit tout de même à ce geste anodin, et pourtant inutile pour cette situation. Elle n’avait pas vraiment la tête sur les épaules, mais il se demanda s’il ne pouvait pas faire quelque chose pour la soulager de ça. Cette fois-ci il soupira extérieurement et ferma les yeux quelques secondes, essayant de se vider l’esprit. Comment pouvait-il aider Kylia à faire quoi que ce soit quand il était menotté sur un lit, hein ? Et il n’était pas bon avec les mots non plus, alors globalement ce n’était pas gagné.

Son esprit divagua un moment, puis la porte s’ouvrit et Kylia réapparut. Etait-elle plus rouge que d’habitude ? Ses yeux étaient-ils plus sauvages qu’avant ? Quoi qu’il en était elle avait l’air moins bien qu’à sa sortie. S’était-il passé quelque chose dans les couloirs ? Sans qu’il ait le temps de poser la question, la jeune femme vint s’assoir au bord du lit, mit des lunettes, et le regarda avec un nouveau calme. Il regarda dans ses yeux avec un certain amusement qu’il ne put retenir – il ne l’avait jamais vu avec ces lunettes, et c’était certainement quelque chose qu’il n’avait pas imaginé sur son nez ! Il hocha la tête quand elle dit que cela cassait quelques mythes. Eh oui, c’était assez clair, mais cela lui allait bien, il allait juste lui falloir du temps pour s’y habituer – du moins si jamais il sortait de toutes ces situations pénibles comme la prison, par exemple…
Elle plaça alors des protections en papier sur son torse, qu’il ne comprit pas vraiment à quoi elles servaient d’abord. Puis la voyant sortir les ciseaux compris que c’était pour éviter toute chute gênante de poils barbiens.

"Allez, je vais essayer de faire de mon mieux. Ne bouge pas trop, ce serait dommage que je te rate."

Il fit comme elle demanda après avoir sourit brièvement à son clin d’œil. Il était tellement facile de suivre ses paroles, surtout quand elle était armée de ces petits ciseaux quasiment ridicules si on essayait de les voir comme une arme potentielle. Cela lui rappelait son dernier trajet aérien, où on avait confisqué son minuscule coupe-ongle parce qu’ils étaient considérés comme une arme potentielle… La paranoïa de ces compagnies ne cessaient jamais de l’impressionner. Comme s’il fallait un coupe-ongle pour détourner un avion. S’il avait fallu le faire un jour, Faust se serait servit de ses poings, et des petites bouteilles qu’ils vendaient contenant des alcools forts. Quitte à avoir l’air ridicule, autant le faire avec style. Un coupe-ongle, non mais quelle idée.

Sa pensée se détourna rapidement de ce vague rêve éveillé quand il tourna les yeux vers le regard concentré de Kylia, qui, avec une minutie adorable, coupait sa barbe. Elle n’avait pas besoin de fournir tant d’efforts juste pour lui couper la barbe, avec de tels ciseaux le résultat ne serait jamais celui escompté… Un bon rasoir en revanche, ce serait autre chose. Mais il n’avait pas l’intention d’estomper son enthousiasme, et la laissa faire. Pendant tout le long il essaya de ne pas la regarder, mais à chaque fois ses yeux viraient vers elle, et restaient sur son visage quelques secondes de trop avant de considérer cela malpoli et donc il les détourna à nouveau vers le plafond. Il essaya de penser positivement, de se dire que tout irait bien avec Jack, et surtout Eden. La petite était bien plus forte qu’il ne le pensait, de cela il était certain, elle avait grandi dans des conditions pas du tout évidentes, et elle s’en était bien sortie, cette gamine était faite de plus de courage que n’importe qui de son âge… Mais ce n’était pas une raison pour qu’elle subisse la visite. Il fallait qu’il soit fort, qu’il ait l’air positif pour qu’elle sache que tout allait bien… Il se râcla une fois la gorge en espérant que cela ferait partir le goût amère qui venait de s’y loger.
Ce ne fut pas le cas alors ses yeux se tournèrent à nouveau vers Kylia, et le goût disparut. Ce petit cycle dura une vingtaine de minutes, où elle tourna une dernière fois sa tête pour couper un poil qui semblait avoir esquivé l’attaque au mini-ciseau. Elle contempla le résultat, chose qui rendit Faust un peu plus nerveux que nécessaire, et il était sûr que ses oreilles avaient rougies.

"Eh ben il est beau, tonton, avec une barbe bien coupée !" constata-t-elle.

Puis, sans jamais croiser son regard, elle replia la protection en papier et alla la jeter. Ce détail le froissa. Pourquoi ne pas le regarder dans les yeux ? Avait-elle senti l’émotion qu’il ressentait en la regardant ? Avait-elle comprit comment il la considérait, et trouvait cela indécent ? Il se sentit comme coincé – coincé avec un sentiment qui ne serait jamais accepté, et devoir continuer à vivre avec tout le long de leur travail ensemble pour l’empêcher d’aller en prison. Mais l’idée même de ne plus la revoir après le tortura. Et si elle revenait souvent voir comment allaient les choses au bar, ce serait peut-être même pire, de la voir et de savoir qu’il ne pourrait jamais la tenir dans ses bras, et lui dire qu’il voulait qu’elle reste… Il profita de l’absence de la jeune femme pour respirer un grand coup, ravaler ses émotions et ignorer les larmes qui semblaient avoir commencé à couvrir ses yeux. Heureusement que rien n’en n’était sorti, sinon il aurait certainement à s’expliquer, et il n’était pas prêt à cela. Alors il respira longuement, et quand elle réapparut, il avait un air parfaitement tranquille et solennel, si ce n’est, à son grand désespoir, involontairement triste.

« Merci beaucoup Kylia, je ne sais pas ce que je serais devenu sans toi. »

Vas-y, dis-en plus et tu vas chialer vieil homme. Pensa-t-il amèrement. Sors les violons et rends-toi ridicule une bonne fois pour toute qu’on en finisse.

« J’aurais sans aucun doute encore l’allure d’un vieux clochard, c’est déjà une chose. Sourit-il. Mais tu devrais te reposer un peu, et j’ai l’impression d’être prêt, barbe rasée et tout ça. Toi tu as certainement autre chose à faire que de me surveiller jusqu’à ce qu’ils arrivent. De plus je crois que le café était un peu prématuré, je ferai bien une petite sieste. »

Et je serai plus rassuré quand tu n’auras pas l’air prête à t’effondrer. Pensa-t-il, peiné.

Pour souligner ses mots, il bailla et garda l’œil mi-clos.

« Réveille-moi juste quand ils arrivent, et tout ira bien. »


***

Il ne se souvenait pas de s’être endormi, et lorsqu’il se réveilla enfin, il vit une silhouette à la fenêtre. Il cru y voir Kylia, et demanda alors : « Kylia ? »

Soudainement la porte s’ouvrit et le visage de la jeune femme apparut – de suite il regarda vers la fenêtre, et la silhouette avait disparut. Il fronça un sourcil puis entendit d’autres pas entrer dans la salle – c’est alors qu’il vit la petite être d’Eden, avec ses cheveux si familièrement blanc.
De suite il dressa les bras par réflexe – ah, on avait détaché l’une des menottes. La gamine courut et sauta dans ses bras, genoux sur le lit. Il la tint contre lui fort, et sentit les larmes glisser de ses yeux clos. Toutes ses inquiétudes disparurent alors qu’il respirait le parfum naturel de la gamine. Cela faisait si longtemps qu’il ne l’avait pas vu… Elle s’écarta alors pour le regarder – elle aussi pleurait, alors il tint le côté de son visage, reniflant un peu.

« T’as grandi toi. Dit-il faiblement. T’as pas le droit de grandir quand je suis pas là. »

Elle sourit, ses yeux clairs luisants, et elle tomba dans ses bras une fois de plus. Faust regarda alors au-delà de son épaule et vit Jack encore debout devant la porte. Le barman étendit son bras pour que son meilleur ami vienne la serrer.

« Ca fait du bien de te voir, Jack. »

Jack ne dit rien, ce qui lui parut étrange. Il y avait quelque chose dans ses yeux qu’il ne reconnu pas. Peut-être avait-il prit l’enfermement de Faust un peu plus dur qu’il ne l’avait pensé ? Il indiqua à Kylia de fermer la porte et ouvrit sa veste – une créature en sortie, au plumage clair comme le désert de Mala Muerte, et aux deux têtes qui se dressaient fièrement côte à côte. La créature s’élança dans les airs une fois l’occasion donnée, et vint se poser sur la barre latérale du lit de Faust.

« Sven, Tyrion… Murmura-t-il. »

Eden se redressa et Jack lui passa le louveteau qui apparut aussi de la veste de Jack. Elle le prit dans ses mains et le présenta à Faust. Il avait drôlement grandit lui aussi, et vint renifler l’ancien mercenaire, bien qu’il savait pertinemment que son aura était unique pour les animaux, et que ce reniflage n’était qu’un signe de reconnaissance. Faust caressa sa tête en murmurant : « Eh bien Fenris, tu vas bientôt pouvoir servir de monture à ma petite nièce hein ? »

L’animal se contenta de remuer la queue, n’ayant sans doute rien compris, mais appréciant l’aura amusée et rassurante du barman. Il aurait voulu avoir les deux mains libres, car il avait l’impression de ne pas avoir assez de main pour toucher tout le monde, et avoir véritablement l’impression, non, la certitude qu’ils étaient tous ça. Alors il caressa les cheveux lisses d’Eden, qui ne put s’empêcher de retomber à nouveau dans ses bras. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il eu l’occasion de regarder Kylia, qui, peut-être ayant la sensation d’être hors de place, était restée vers la porte. Il lui lança un hochement de tête en guise de remerciement, et ferma les yeux pour tenir Eden contre lui, pleurant de joie.

Rien n’aurait pu le rendre heureux que d’être là avec tous ces gens, et malgré sa situation délicate, il arrivait à voir une issue possible, une issue positive qui était maintenant plus qu’une utopie.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Dim 21 Sep - 13:35

La confusion de sentiments qui se faisait dans cette pièce avait quelque chose de parfaitement nouveau et fatiguant pour elle. Elle ne savait pas si cela venait de lui, de son propre pouvoir d'empathie ou si cela venait de sa capacité à mettre ses émotions en retrait pour lui laisser de la place à elle, mais c'était bien la première fois que Kylia sentait une telle lutte entre des émotions externes et internes et elle ne savait plus où donner de la tête. Elle ressentait presque le besoin de se laisser tomber assise et de pleurer, la main enfouie dans sa main ou dans celle de Faust, de laisser échapper la pression et de tout lui dire, car après tout, que pouvait-il bien savoir de ce qu'elle ressentait, elle ? Elle se voyait parfaitement se glisser contre lui, le visage dans son cou et l'épaule calée entre le bras et le torse de l'ancien mercenaire ; pleurer jusqu'à ce que sa tête soit légère, légère et surtout vide et libérée de toutes ces contradictions et non-dits. Elle savait qu'il ne dirait rien si elle cherchait à soulager son esprit sur son épaule, qu'il la laisserait faire et qu'il serait prêt à donner un peu pour qu'elle se sente mieux. Tout comme il l'avait fait dans le désert quand elle s'était effondrée avant qu'il ne s'évanouisse. Comme il l'avait défendue à la prison, gratuitement, sans arrière-pensée. Parce qu'il fallait le faire et qu'apparemment ça ne coûte rien. Encore qu'il avait fini dans un bien sale état, cette fois. Comme la dernière fois, d'ailleurs. Non, cette fois c'était pire, bien pire. Et cette fois il l'avait véritablement pour la sauver, quitte à y laisser sa peau.

Elle s'en voulait, elle s'en voulait vraiment d'être d'un coup un peu brusque, un peu froide avec lui alors qu'elle sentait comme un appel qui lui était adressé -à moins que ça ne soit ses propres émotions qui la trahissaient et lui faisaient croire des choses bien loin de la réalité ? Peut-être qu'elle ferait mieux de tout lui dire. Peut-être que ce n'était pas qu'une impression et que ce qu'elle ressentait par vagues floues émanant du barman était bien réel. Peut-être que tout lui dire, même si elle restait encore un peu évasive sur son propre ressenti ; oui, peut-être que tout lui dire pourrait les soulager tous les deux ? Ou le faire fuir, le faire douter, -ou pire !- le faire rire. Il n'avait jamais évoqué de compagne, ses amis comme Gus et Jack n'avaient pas non plus fait mention d'une personne auprès de lui, mais il pouvait toujours en subsister une, cachée, une qui serait convoitée depuis un moment ou depuis peu, mais qui ne serait pas elle et toute proche de ce fameux bar à Islantis. Ce pouvait être une femme qu'il croisait tous les jours, ou plus rarement. Une femme qui d'un coup aurait pris l'habitude de prendre son café régulièrement pour le simple plaisir de le voir ; plaisir partagé et attendu, qui pouvait être le rendez-vous attendu de la journée. Tout cela était possible, tout cela pouvait arriver, mais qui aurait pu savoir à part lui qu'elle existait, qu'elle était bien là, quelque part dans son esprit, et la contacter pour la prévenir ? On aurait tout aussi bien pu ne rien lui dire, lui cacher toute la vérité pour qu'elle ne se doute pas un instant qu'il fut un ancien mercenaire, qu'il avait encore fait disparaître quelques personnes pour sa propre survie et celle d'une jeune femme -sans doute plus jeune- un peu stupide qui s'était mise sur sa route et l'avait plongé plus profondément dans les emmerdes. Oui, peut-être qu'on les cachait l'une à l'autre pour empêcher le conflit, pour empêcher que Faust ne perde un oiseau rare qu'il avait mis du temps à apprivoiser et qu'il avait peur de faire fuir. Elle se représentait parfaitement le genre de femme que cela pouvait être. Une jolie blonde avec quelques reflets roux, le cheveux légèrement en bataille quoique toujours impeccable. Un air doux au visage, un sourire charmeur, toujours bien maquillée, juste ce qu'il faut. La trentaine, peut-être même un peu moins, séduisante et féminine jusqu'au bout des ongles. Une femme comme beaucoup d'hommes en convoiteraient. Une femme qui aurait choisi cet homme sans se douter une seconde de son passé, du sang sur ses mains, parce que tout simplement, il savait attirer la confiance des autres, se mettre en retrait, écouter et dire ce qu'il fallait en retour, faire preuve d'autorité quand il le fallait.

Il le fallait. Il fallait vraiment qu'elle arrête.
Reprendre ses esprits, ne plus penser à tout ça. Rien de tout cela ne pouvait être rêvé tant qu'il ne sortait pas de là, tant qu'il ne pouvait pas retrouver son bar, sa nièce et ses habitudes. Il la remercia cependant encore une fois. Que serait-il devenu sans elle ?
Tu serais sans doute de retour derrière ton comptoir depuis bien longtemps, et sans le souci à propos de la santé d'une idiote en prime.
Il fallait vraiment qu'elle arrête. Il fallait vraiment qu'elle arrête de se rabaisser. Elle le savait, elle valait bien plus que ce qu'elle ne le pensait, mais elle devait encore se le prouver. Et tant qu'il ne serait pas dehors, elle ne pourrait pas se dire qu'elle avait accompli quelque chose dans sa vie. Pourtant, il y avait bien quelques petites choses à noter, mais toutes sans importance à ses yeux.
Il rejetait presque tout en bloc de ce qu'elle avait proposé, du moins avait-elle l'impression que c'était le cas alors qu'il parlait d'un simple café. Tout ça sous prétexte qu'elle avait l'air fatiguée. Si seulement il savait.
Il fallait vraiment qu'elle arrête. Oui, il fallait vraiment qu'elle arrête de faire fonctionner son cerveau.

Elle aurait bien volontiers elle aussi fait une sieste avant l'arrivée de Jack et d'Eden, et tandis qu'elle se disait que ça ne serait pas une si mauvaise idée, elle se rendit compte que même si elle l'avait voulu de tout son être, elle n'aurait pas pu. Il lui restait encore tellement de choses à faire avant qu'ils n'arrivent, avant qu'ils ne repartent. Si, elle aurait sans doute l'après-midi pour dormir un peu, peut-être à sa chambre d'hôtel à moins que l'hôpital ne lui fournisse un lit de camp, mais elle devrait sans doute laisser un peu d'espace à Faust. Après tout, elle était là depuis son réveil, il préférait peut-être un peu d'intimité. D'autant qu'ils ne se connaissaient pas tant que ça, sa présence n'était légitimée que par le fait qu'elle avait organisé sa défense, rien de plus. Et puis, il avait besoin de repos, tout simplement.
Et tout ira bien.
Est-ce qu'il avait dit cela pour elle ou pour lui-même ? D'ordinaire, elle n'aurait jamais relevé ces mots, elle se serait dit qu'il essayait d'être gentil, ou qu'il était lui-même particulièrement angoissé par le fait de revoir sa nièce dans un tel état. Mais étrangement, cette fin de phrase lui restait en travers, comme s'il avait fait exprès de placer cette pique, alors qu'il n'y avait bien qu'elle qui semblait être dérangée par des paroles aussi anodines. Qu'est-ce qu'elle avait oublié de faire depuis presque vingt-quatre heures, déjà ? Ah oui, sortir. Depuis qu'elle était entrée dans la prison, elle n'avait plus passé plus de deux minutes à l'extérieur, deux minutes qui remontaient au moment où ils avaient chargé Faust dans l'ambulance. Oui, il faudrait qu'elle sorte. Être enfermée dans son propre appartement ne lui avait jamais posé trop de problèmes, encore que Kylia faisait partie de ces gens qui sortaient tout de même au moins une fois dans la journée même sans chien à promener. Mais cet hôpital grouillait de vie, et pas des plus joyeuses, le tout derrière une simple porte qui était loin d'être hermétique. Et elle n'avait que très peu dormi. Ça aussi, il faudrait y remédier. Seulement, elle doutait de sa capacité à se réveiller si elle décidait de véritablement rattraper autant de stress et de fatigue accumulés. Il le faudrait bien, pourtant. Le concours qu'elle s'était mis en tête de passer tombait dans moins de deux mois, et elle devait être prête, fraîche et dispose pour ne pas se louper et devoir attendre une nouvelle année pour retenter. Ce ne serait pas la mer à boire dans tous les cas, mais elle ne savait pas comment elle prendrait un nouvel échec. Sans parler du fait qu'elle ne devrait pas non plus faire rater l'issue du procès, car cet échec serait autrement plus grave. Il n'aurait pas nécessairement de seconde chance, même si tout avait été calculé pour qu'il n'ait pas besoin d'une seconde chance pour sortir. Il fallait juste prier pour que rien d'autre n'arrive, et surtout rien qui ne provoque de nouveaux changements. Même si pour le coup, son état, bien que regrettable et regretté, pouvait être une nouvelle assurance de sortie. Il y avait eu suffisamment de témoins pour l'avoir vu démontrer qu'il était humain, bien plus qu'humain contrairement à ce que son frère avait voulu démontrer. Tiens, elle l'avait presque oublié, celui-là...

Si le cerveau avait la capacité de respirer de lui-même, le sien serait sans doute au bord de l'asphyxie, à deux doigts de la réanimation pour être parvenu à enchaîner autant d'idées dans la même pensée. Elle était vraiment, mais vraiment épuisée pour ne pas réussir à conserver un moment de calme. C'était le problème avec sa capacité. Contrairement à la majeure partie des gens qui au plus la fatigue monte sont incapables de réfléchir ou de réagir, Kylia se retrouvait avec un tel brouhaha intérieur à gérer que tout en elle semblait survolté et pompait encore de l'énergie, entraînant ainsi un cercle vicieux jusqu'à ce que le cerveau n'enclenche lui-même la sécurité qui n'était vraiment, mais vraiment pas souhaitée. D'une parce qu'il s'en serait sans doute inquiété, même s'il dormait ou semblait le faire ; de deux parce que le personnel infirmier s'en serait inquiété et lui en aurait parlé, ce qui reviendrait sans doute à fusionner les deux raisons en une seule. Et puis, tout simplement, c'était tout de même pénible quand ça faisait son apparition, même si c'était un mal pour un bien largement plus bénéfique. Il fallait juste qu'elle soit seule, que personne ne soit dans la pièce avec elle pour réagir si elle ne voulait pas que ça empire. Ce n'était pas Faust, les mains liées, qui pourrait faire quelque chose, et il aurait de toute façon bien d'autres choses à penser. Elle regarda l'ancien mercenaire à qui elle n'avait rien eu le temps de répondre. Il semblait paisible, véritablement endormi. Quand les émotions n'étaient plus que diffuses, le corps et l'esprit étaient en sommeil, elle avait l'habitude. Bien, puisqu'il dormait, autant en profiter pour arranger les derniers détails sans le laisser véritablement seul.

Elle se permit d'abord de s'asseoir à nouveau sur la chaise, la déplaçant un peu pour ne pas être trop proche du lit, sans faire de bruit. Kamiko ne tarderait plus à passer, et après ça les choses iraient déjà beaucoup plus vite. Elle n'aurait pas dit non contre quelques glaçons pour les apposer sur sa nuque et son front, mais elle devrait sans doute faire sans pendant encore un petit moment. Elle ne savait pas si ça l'aurait véritablement soulagé vis à vis de son pouvoir, mais sans doute la fatigue nerveuse en aurait pris un petit coup. Elle devrait faire sans ce regain d'énergie absolument artificiel mais ô combien réconfortant. Après tout, elle avait déjà fait le plus gros pour la journée, s'il n'y avait pas de mauvaises surprises, elle aurait de quoi se reposer dans les prochains jours. Malgré les procédures, les témoignages, les coups de fil et négociations supplémentaires pour le procès. Malgré les bâtons que Sven leur mettrait dans les roues... Mieux valait ne pas y penser de suite et se concentrer sur la priorité du jour : Eden et Jack. Ce serait à la fois beaucoup plus joyeux et beaucoup plus constructif. Et bien que Faust lui paraissait réticent, ça ne pourrait lui être que bénéfique. Après cette rencontre, il aurait l'impression d'avoir complètement rechargé les batteries. Certaines personnes vous redonnent la pêche et la force de continuer, et elle comptait bien que cette visite lui procure cet effet. Après tout, quel effet négatif pouvait apporter la présence d'une enfant que l'on aime comme si elle était la nôtre ? Elle les laisserait peut-être seuls un moment tous les trois. Elle risquait de les gêner en tant qu'étrangère à leur cercle quasi-familial, même si elle savait parfaitement se faire oublier quand il le fallait. Sa présence pouvait déranger la petite, autant ne pas l'empêcher de pleinement s'exprimer malgré son mutisme. Kylia se rappela sa propre enfance, son adolescence plongées dans le plus grand silence. Parce qu'elle ne trouvait plus d'utilité dans les mots, qu'elle ne voyait plus l'utilité d'avoir sa propre voix. Les adultes trouvaient ou pensaient tellement bien trouver ses émotions à sa place, à quoi bon s'acharner à parler ? Et puis, quand elle aurait voulu reprendre, sa voix était trop faible, et jamais elle n'aurait avoué qu'elle ne pouvait plus parler, qu'elle ne savait plus articuler les sons. Il avait fallu attendre l'arrivée de Nell, que celle-ci la pousse pour qu'elle réussisse. Elle ne voulait pas faire la même erreur que les adultes avec Eden. Elle ne voulait pas lui prêter des sentiments qui n'étaient pas les siens, même si ironiquement, pour Kylia il était impossible de se tromper là-dessus. Il ne faudrait cependant pas qu'elle profite de cet avantage pour parler à sa place et ainsi l'écraser. Elle était beaucoup plus importante qu'elle ne l'était elle-même, et il fallait lui laisser sa place, lui donner l'occasion de faire comme elle le souhaitait. Oui, elle les laisserait sans doute un moment, irait prendre l'air pour les laisser parler librement.

Elle fut tirée de ses pensées par un son étouffé contre la porte. Elle tourna la tête vers la porte pour voir son parrain entrer, d'abord relativement prudemment -sans doute la peur de ne pas avoir frappé à la bonne porte-, puis d'une façon bien plus assurée avant de les enfermer de nouveau. Il n'eut pas besoin qu'elle lui fasse signe pour lui faire comprendre qu'il ne fallait pas parler trop fort. La rencontre entre les deux risquaient d'être assez tumultueuse, alors autant éviter que cela ne soit juste avant les réjouissances. Kamiko ne saurait tenir sa langue, et Faust n'était pas en véritable position de se défendre. Autant laisser le détective tester cet inconnu quand ce dernier serait remis et dans une situation plus confortable aussi bien physiquement que moralement. Chaque chose en son temps. Sans attendre, elle se leva pour récupérer ce qu'il lui avait apporté et le vit vérifier l'heure à sa montre. Oui, il devait aller les chercher à la gare, et autant ne pas être en retard, surtout avec Sven qui traînait quelque part en ville. Elle n'osait espérer qu'il soit interrogé pour avoir été présent sur les lieux d'un drame peu de temps avant que celui-ci ne commence et surtout de ne pas être sorti avant que celui-ci n'ait débuté. Surtout après avoir reçu une plainte pour harcèlement par une jeune femme qu'il n'avait a priori aucune raison de harceler ni de menacer. Après, il fallait prendre en compte qu'il faisait partie du gouvernement et que, comme beaucoup de personnes qui en formaient les armées, il n'était pas très sain, certes, mais tellement bien protégé ! A voir quel serait l'intérêt principal cette fois : protéger un revanchard adepte du linge sale familial et des complots contre les civils ou espérer faire tomber une des organisations de Mala Muerte ? Le juge avait déjà tranché, et il fallait espérer que le gouvernement serait une fois de plus enclin à trahir l'un des leurs.


"Il n'est pas en trop mauvais état ?"
La question était presque mignonne. Il faisait quelques efforts pour ne pas se montrer trop dur, même s'il savait que lui-même n'avait pu se résigner à le livrer aux requins et le laisser crever comme un rat. Comme quoi, cet homme avait sur les gens un bien étrange pouvoir. Cela venait tout simplement et sans doute du fait qu'il n'avait pas un mauvais fond, et que bien au contraire, il avait fait les mauvais choix et joué de malchance. Mais en aucun cas on ne pouvait dire que c'était un mauvais homme.
Elle haussa les épaules.

"Disons que ça aurait pu être pire, comme ça aurait pu être mieux. Heureusement qu'il est solide."
"Oui, ça aurait été dommage pour la petite. Elle aurait fini n'importe où."
Alors c'était ça ? Elle n'irait certainement pas blâmer son parrain pour une raison qui la motivait elle aussi en partie, mais il n'avait jamais énoncé un quelconque indice sur les raisons pour lesquelles il l'aidait avec autant de ferveur -presque plus que pour la faire réviser, c'était presque un comble ! C'était toujours une bonne chose à savoir. Même si elle avait une confiance sans borne dans son parrain et son expertise, elle n'était pas véritablement certaine de ce qu'il pourrait faire à une personne qu'il estimait dangereuse pour sa sécurité, quand bien même elle s'était montrée catégorique sur pas mal de choses. Le tout restait de ne pas les laisser seuls tous les deux dans la même pièce et en état de tenir une conversation pleine et entière. Elle ne saurait dire lequel des deux se ferait rabrouer le premier, mais à être honnête, elle ne préférait pas le savoir.

Kylia récupéra les affaires dans le sac plastifié qu'il lui avait apportées de sa chambre d'hôtel, le remerciant et lui demandant d'attendre quelques minutes au passage. Si elle s'était trouvée seule avec un Faust endormi, elle n'aurait pas fait de chichis, mais l'agitation même légère que la nouvelle arrivée avait provoqué pouvait très bien le tirer de son repos, et autant ne pas tenter le diable. Voilà qu'elle le comparait avec le diable, maintenant... Se glissant dans la minuscule salle de bains de la chambre, elle se changea rapidement, ne préférant pas faire attendre son parrain qui avait encore un aller-retour à faire, et si possible sans être en retard à la gare. Les choses devaient être tellement floues et compliquées pour Eden et Jack qui restaient en retrait, loin de l'agitation de la réalité. Faire confiance à des inconnus qu'ils n'avaient jusque là entendus que par téléphone, se rendre sur place pour voir un Faust à l'hôpital après être resté derrière les barreaux sans visite organisée. Deux mois sans le voir et tant de changements, tant d'incertitudes. Car après tout, aucun des deux n'avait idée de ce qu'il s'était passé entre temps, de ce que Kylia et Kamiko avaient fait pendant ces deux mois, et pour Faust et pour Eden. Ils n'en connaissaient certainement ni les enjeux, ni les détails, et si c'était une bonne protection contre l'extérieur, l'empathique se doutait que de l'intérieur, ce devait être quasi insoutenable à vivre. Des doutes, des incertitudes, des angoisses, le tout qui alimentait un stress que cette visite ne pourrait pas apaiser longtemps. Surtout en voyant l'état dans lequel était le barman. N'importe qui ne l'ayant pas vu pendant un petit moment se ferait un souci monstre malgré des paroles rassurantes de médecins en voyant les hématomes et autres blessures même superficielles qui couvraient déjà les parties visibles de son corps. Pour tout avouer, Kylia ne voulait même pas savoir les détails de tout ce qu'il avait, bien trop anxieuse d'apprendre que l'une des blessures était beaucoup plus grave qu'il n'y paraissait.

Son parrain avait paré au plus pressé et n'avait pas forcément pris ce qui lui aurait convenu le mieux, mais l'heure n'était ni à la coquetterie ni aux considérations esthétiques, et de toute façon sa garde-robe restait toujours parfaitement confortable. Dans l'urgence et la joie des retrouvailles, personne ne ferait attention à sa tenue alors autant ne pas s'attarder sur le fait de faire une bonne impression visuelle. Elle passa son caleçon puis la robe courte un peu ample dont elle resserra le cordon sur les hanches, puis ouvrit le robinet d'eau froide pour se passer un peu d'eau sur le visage et la nuque, sentant un certain soulagement et avec lui, une envie de pleurer de fatigue monter. Il ne fallait pas relâcher la pression. C'était même la dernière chose à faire. Si elle craquait maintenant, elle allait tout faire tomber à l'eau, et pour Eden, ce ne serait pas une bonne chose. Il fallait que l'attention reste focalisée sur elle. Après tout, c'était bien elle la priorité de cette journée.
La jeune femme s'appuya un moment sur le lavabo, les deux bras tendus, le regard porté sur son reflet dans le miroir. La lumière extrêmement forte et blanche du petit néon au-dessus lui donnait un teint plus blafard encore et marquait ses cernes d'une façon peu flatteuse. Une petite cure de sommeil ne lui ferait sans doute pas de mal, en effet. Peut-être que si Jack et Eden passaient l'après-midi avec lui, elle pourrait laisser Faust à leurs bons soins et retourner à l'hôtel faire une bonne sieste. Elle devrait sans doute attendre un bon moment avant d'en savoir plus, même si un mauvais pressentiment rien qu'à l'évocation intérieure de cette solution lui disait que ce n'était peut-être pas à faire. Ce n'était peut-être qu'un effet de la fatigue qui l'empêchait de réfléchir, mais quelque chose lui disait qu'avec les évènements très récents, les laisser seuls n'était pas une bonne chose. Bien entendu, Kamiko pourrait prendre la relève aisément, mais elle sentait d'avance un sentiment de culpabilité lui monter au cœur, comme si quelque part elle était redevable envers cette petite fille à qui elle avait enlevé son oncle d'une manière certes détournée et involontaire, mais bien réelle. Kylia se demanda alors comment elle aurait réagi à son âge si son parrain s'était retrouvé dans la même situation et qu'il avait fallu faire confiance à une parfaite inconnue pour l'aider à se sortir de là. Surtout une inconnue qu'il n'avait jamais évoquée, que même une autre personne proche de lui ne connaissait pas et qui pouvait d'ailleurs se méfier de cette personne, à juste titre, d'ailleurs. Elle se souvint alors de certaines soirées, longues, trop longues parfois, où elle attendait le détective, ou du moins d'entendre le bruit de la clé dans la serrure, de la porte sur ses gonds, puis des grosses semelles sur le sol de l'entrée. Très vite, elle avait dû s'y habituer, il avait des obligations qui parfois lui demandaient de la laisser seule, même si ça ne l'arrangeait pas. Ce n'était ni dur ni cruel à vivre, c'était comme ça. Kylia avait toujours été de ces personnes qui enduraient les situations sans rien dire -et pour cause, elle était encore muette à l'époque !-, ne se plaignaient pas quand elles n'en voyaient pas l'utilité. Ce n'était pas pour ne pas la voir qu'il partait en vadrouille de nuit, c'était pour gagner leur pain et payer ses études, être le meilleur tuteur possible. D'ailleurs, il avait toujours été là pour les moments importants, c'était bien tout ce qu'il y avait à retenir. Le reste faisait partie d'une routine qui s'était installée au fil des années et qui encore à ce jour se réinstallerait s'ils devaient à nouveau vivre ensemble.

Elle se regardait dans les yeux, avec l'impression de ne presque pas reconnaître ce reflet qu'elle avait pourtant bien vu la veille au matin avant de partir pour la prison. En quoi elle se trouvait différente, elle n'aurait pas su le dire, et sans doute que rien n'avait changé ni dans son regard ni dans sa physionomie. Elle était sans doute plus fatiguée encore que la veille, et il n'y avait rien à chercher d'autre. Non, elle n'arrivait pas à se mettre à la place de cette petite, à imaginer ce qu'elle aurait ressenti. Elle le saurait bien assez vite, dans tous les cas, mais pour la première fois de sa vie elle ressentit une frustration terrible en s'avouant qu'elle ne pourrait sans doute jamais comprendre ses sentiments. Bien sûr, elle les ressentirait, comme pour n'importe quel être vivant, mais la compréhension restait un stade au-dessus du banal constat qu'elle pourrait faire dès la première seconde qu'elle serait à proximité d'Eden. C'était bien d'ailleurs le seul problème de l'empathie : devoir deviner les raisons sans pouvoir les demander au risque d'être impolie. L'impatience de la voir, de les voir enfin ne devait pas être étrangère à ça.
Elle se redressa en inspirant longuement, remit ses lunettes qu'elle avait posées sur la petite tablette au-dessus du lavabo et retourna dans la chambre toujours plongée dans le calme le plus profond. Faust dormait toujours, ce qui était plutôt une bonne chose. Avec tous ces évènements sans parler de la tension accumulée en prison, il en avait bien besoin. Ce petit séjour à l'hôpital n'était pas du luxe, même si tout le monde s'en serait bien passé, à commencé par lui. Oui, elle lui portait décidément bien la poisse.

Kamiko repartit, la laissant seule avec l'ancien mercenaire, l'appréhension de voir les deux visiteurs la saisissant de plus en plus à l'estomac. Il fallait qu'elle se focalise sur autre chose, qu'elle ne s'arrête pas à des idées négatives mais qu'elle pense au contraire à ce qu'il y aurait de positif dans cette journée. Faust avait l'air d'aller un peu mieux que ce qu'il aurait pu paraître en sortant du bloc. Il n'avait pas mal réagi en apprenant que sa nièce allait venir, et au contraire semblait plutôt content quoique préoccupé. La petite et Jack allaient arriver avec Kamiko et seraient sans doute contents de le voir aussi. Tout le monde serait content et oublierait l'espace d'un instant que la situation du barman n'avait rien d'enviable. Lui-même oublierait sans doute pas mal de choses en les voyant. Oui, ce serait une belle journée, surtout pour lui, alors il ne fallait pas d'avance baisser les bras et se laisser submerger par les inconvénients et la paranoïa.

Les choses allèrent plus vite que prévu, et l'équipe de la sécurité arriva bien en avance afin de vérifier toute anomalie suspecte et préparer les opérations. C'était beaucoup de protocole pour peu de choses, mais elle n'allait certainement pas se plaindre des précautions employées pour protéger une personne qui lui était devenue chère et ses proches. Les deux groupes de deux agents furent formés et ceux chargés de surveiller l'entrée de la chambre en firent le tour afin de s'assurer que rien ne pourrait venir d'ailleurs, selon leurs termes. Elle n'osa pas leur signaler que s'il devait y avoir une attaque sur l'ancien mercenaire, les concernés auraient largement eu le temps de le tuer dix fois pendant que l'empathique dormait ou encore pendant ses pérégrinations dans les couloirs sans parler des méthodes longue distance qu'elle avait la chance de ne pas connaître. Après tout, ils savaient ce qu'ils faisaient, du moins le supposait-elle. Elle se rappela alors que Faust était menotté au lit, et qu'il aurait sans doute aimé avoir au moins une main libre pendant cette visite. Les négociations furent courtes, efficaces, mais la réponse pour les deux mains libres fut catégorique : non. C'était tout de même un détenu, il y avait un minimum de règles à suivre, même si pour une petite fille qui retrouve son tuteur, ils voulaient bien faire un effort. Leur délicatesse la surprit, leurs mouvements ne parvenant même pas à faire sourciller l'ancien mercenaire qui dormait encore profondément.
Il se passa encore un long moment pendant lequel les quatre agents discutaient dans le couloir des dernières modalités pendant que Kylia restait face à la fenêtre, les bras croisés sous sa poitrine, scrutant la route pour repérer la voiture qu'avait louée Kamiko quand ils étaient arrivés à Sérégon. Elle pourrait sans doute attendre encore longtemps, il fallait tout de même compter un bon aller-retour plus une attente plus ou moins longue à la gare. Même si à ce jour beaucoup de choses étaient mises en œuvre pour qu'il n'y ait pas de retard sur ce genre de transports, il persistait toujours des aléas que l'on ne pouvait pas contrôler. Elle espérait que la venue d'Eden n'était pas parvenue aux oreilles de Sven, même s'il n'avait aucun droit d'accéder au dossier de Faust et des allées et venues le concernant, il leur était impossible de s'assurer qu'il n'y aurait aucune fuite. D'un autre côté, elle voyait mal ce qu'il pourrait faire pour nuire à la petite sans nuire à sa propre image déjà bien salie, surtout avec Jack et Kamiko pour jouer les gardes du corps. Et puis, même s'il avait l'air de jouer les vautours à toujours être là quand il ne le fallait pas, il avait tout de même des responsabilités à assumer et sans doute qu'il devait se trouver à l'heure qu'il était dans un bureau ou n'importe où ailleurs sur le terrain. Après tout, quand il venait s'en prendre à elle, ne le faisait-il pas le soir ou très tôt le matin, mais toujours à des horaires qui ne concernaient pas son temps de travail ? Mieux valait ne plus penser à lui pour l'instant, il se manifesterait bien assez tôt.
Le temps passait au ralenti. De temps à autre, elle retournait près du lit pour voir si le barman dormait toujours, n'osant pas le toucher pour le réveiller trop tôt. Elle ne voulait pas qu'il soit déçu de ne pas voir Eden alors qu'elle l'avait tiré de son sommeil, même involontairement. Et puis, s'ils arrivaient et qu'ils la prenait en flagrant délit, elle ne voulait pas qu'Eden se fasse des idées. Jack pourrait sans doute comprendre, Kamiko nettement moins, mais en tant qu'hommes adultes, ils comprendraient les sentiments dans cette foutue nuance qui régit le monde adulte, celle que quoiqu'il arrive, on ne pouvait pas se permettre d'oser les choses, même les plus belles ou les plus agréables avec les autres, parce qu'il faut bien respecter leur consentement. Et aussi peut-être parce qu'elle avait peur, tout simplement. Peur qu'il ne finisse par abuser un peu de sa gentillesse, même si le peu qu'elle avait vu du barman lui avait depuis un moment prouvé qu'il n'était pas homme à profiter de la situation. Qu'elle était regrettée, cette période bénie de l'enfance où l'on fait les choses comme on les sent avant que les adultes nous apprennent à les voir avec la notice des interdictions et recommandations qui se déroule en marge de la situation !

Enfin, la voiture parut. Et il était bien décidé à les déposer devant avant d'aller se garer. Il fallait faire vite. Du moins, ne pas trop les faire attendre. Autant leur laisser jusqu'au bout l'impression que tout avait été parfaitement organisé pour ne pas augmenter leurs inquiétudes. En quelques enjambées, elle revint près du barman encore endormi, et se pencha vers lui, une main posée sur ses cheveux et ses lèvres près de son oreille.

"Il est temps de se réveiller. Eden et Jack sont là. Je vais les chercher en bas, je reviens."
Un murmure, mais qui peut-être le tirerait déjà de son sommeil. Au pire, elle le réveillerait en remontant. On ne peut pas tout faire en même temps ! Ses doigts glissèrent doucement dans ses cheveux, puis elle se redressa et, refermant soigneusement la porte derrière, elle descendit les étages d'un pas rapide mais mesuré pour n'alerter personne. Le personnel hospitalier avait déjà suffisamment de choses à régler comme ça ! Elle se rappela à la dernière minute qu'elle ne devait pas avoir les cheveux trop en ordre, et tandis qu'elle descendait les escaliers, elle passait ses doigts entre les mèches, butant parfois sur des nœuds en se retenant de pester et surtout de glisser sur les marches certes pourvues d'anti-dérapant mais dévalées sans démêlant. Un coup à arriver en bas en roulant, mais cette nouvelle montée d'adrénaline ne lui avait pas remis les idées en place. En même temps, elle était en train de se préparer à accueillir la famille de son preneur d'otage comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, elle ne pouvait nier que de base certaines choses n'étaient pas à leur place. A chacun ses problèmes, comme dirait l'autre.
Elle déboula presque dans le couloir peu avant l'entrée et marqua un temps d'arrêt un peu brutal, à la fois pour reprendre son souffle et ses esprits. Il ne fallait pas paraître affolée, ne pas leur donner l'impression que quelque chose allait mal. Et puis, c'était tout de même la première fois qu'ils se rencontraient, elle se devait de faire bonne impression. Évidemment, c'était maintenant que ce genre d'inquiétudes lui venait à l'esprit ! Ah, pour sûr, dans une entrée d'hôpital, il n'y aurait pas d'autre sujet d'attention qui leur éviterait d'avoir le réflexe parfaitement humain de la détailler rapidement des pieds à la tête. Il fallait qu'elle se calme, qu'elle n'arrive pas échevelée et les vêtements de travers, car après tout, elle était censée être le pilier de la défense, la personne qui avait fait en sorte que la sortie de Faust soit assurée, elle devait inspirer confiance. L'ancien mercenaire devait avoir une vision quelque peu influencée par leur passé commun certes bref mais intense, mais son ami et sa nièce, eux, auraient droit à une version bien plus allégée et beaucoup moins indulgente de la réalité. Si elle ne paraissait pas sérieuse, bien des choses pourraient être compromises, même si Jack l'avait longuement eue au téléphone pendant ces presque deux mois. Elle vérifia que son caleçon descendait bien jusqu'à mi-mollet, que les deux jambes arrivaient à peu près au même niveau, que sa robe ne remontait pas trop au niveau des cuisses, qu'elle ne tombait pas trop au niveau des épaules, se demanda si le gris perle ne jurerait pas avec le noir en se rappelant par la suite que ce genre de questionnements était parfaitement inutile. Elle lissa ses cheveux de chaque côté de son visage, les rejeta en arrière et fit une raie sur le côté improvisée pour avoir l'air un peu plus à son avantage malgré les cernes... Le tout sans glace, mais ce n'était certainement pas le moment de devenir perfectionniste sur son apparence, ce qui n'avait de toute façon jamais été le cas.
Elle se redressa, roula un peu des épaules pour avoir la sensation de s'être détendue et souffla longuement. C'était parti.

Kylia n'eut pas de mal à repérer Jack et Eden dans l'entrée. Elle ne connaissait certes le visage ni de l'un ni de l'autre, mais leurs mines un peu perdues et surtout les deux colosses en tenue d'agents de sécurité militarisés de chaque côté ne les laissaient pas passer incognito. Et puis, la petite ressemblait tellement à Faust ! Pas dans les traits, bien sûr, elle avait un véritable petit visage de poupée de porcelaine, avec de grands yeux bleus profonds ourlés de longs cils. Oui, ce même bleu que le barman, mais avec un air plus meurtri et à la fois plus léger. Et ces cheveux d'un blond presque blanc... Cette petite était, il fallait le dire, magnifique. Un véritable petit ange. Et elle ne pensait pas ça parce que c'était la nièce de Faust ! (Enfin, si, un peu...)
Pourquoi s'était-elle arrêtée comme une idiote en plein milieu du passage ? Elle se vit un instant passer à côté d'eux et ne rien dire, sortir et rester dehors jusqu'à la fin de la visite, mais elle se surprit à les approcher naturellement, un sourire aux lèvres et se présenter comme si elle avait fait ça toute sa vie. Il y a des moments que l'on est destiné à vivre, et à croire que celui-ci n'échappait pas à certaines règles étranges qui veulent que même quand vous êtes stressé et loin d'être à l'aise, vous parvenez à vous trouver parfaitement naturel. Ce fut le cas. Jack lui parut un peu surpris, il ne devait sans doute pas s'attendre à voir une femme aussi jeune. Eden fut comme elle le pouvait, sans voix et un peu bouleversée, mais elle reconnut une timidité polie commune à beaucoup de petites filles de son âge. Elle était adorable, mais l'empathique ne se permit aucun geste familier ou affectueux envers elle, elles ne se connaissaient pas assez pour se permettre d'envahir son espace vital. Sans parler du fait qu'elle devait être impatiente de voir son oncle, qui lui aussi l'attendait, et -la jeune femme l'espérait-, l'attendait éveillé. Ce serait un peu la surprise, mais dans tous les cas, ça n'en serait pas une mauvaise, juste un léger changement d'organisation. Une fois quelques formules de politesse échangées, Kylia se permit de proposer aux agents de sécurité d'accompagner elle-même les deux visiteurs jusqu'à la chambre sans qu'ils n'aient à changer leur ronde, et conduisit la petite famille jusqu'aux ascenseurs.
Elle ne savait pas quoi dire. C'était un peu délicat, car les prévenir sur l'état de Faust serait un peu redondant et ne ferait qu'augmenter la pression, mais d'un autre côté, à part leur redemander si le voyage avait été agréable, elle n'avait rien d'autre à leur demander. Une fois dans la large cabine, seuls, Jack soupira longuement, disant qu'il mourrait de chaud. Elle n'avait pas osé se faire la remarque en son for intérieur, mais maintenant qu'elle y regardait de plus près, il portait en effet un manteau qui lui paraissait un peu trop chaud pour la saison et surtout il lui paraissait avoir une morphologie plutôt particulière, mais après tout il existait bien toutes sortes de défauts physiques. Puis le manteau bougea et il lui intima de... se tenir tranquille ? Son air incrédule dut le forcer à se justifier, et quand il lui expliqua que le dvi galseau de Faust et le chiot d'Eden se trouvaient bien cachés sous son manteau pour ne pas se faire pincer, elle éclata tout simplement de rire. C'était à la fois sincère et nerveux. Elle s'excusa une première fois, essayant de se calmer, mais le fou rire reprit de plus belle, et elle ne sut pas si son pouvoir agissait de lui-même, mais elle sentit que quelque chose s'était dégelé entre eux. Bon sang, ce que ça faisait du bien de rire. Tout simplement. Jack finit par l'accompagner lui aussi, de façon moins incontrôlable certes, mais sincère lui aussi.

"Excusez-moi, ce sont les nerfs. Avec toutes ces histoires, je craque un peu !"
Elle était parfaitement excusée, bien entendu, et ils s'engagèrent une fois les lourdes portes automatiques ouvertes dans le couloir qui menait à la chambre du barman.

La porte s'ouvrit, et elle se dépêcha presque de dégager le passage. Le moment était enfin arrivé.
Ce fut une seconde, une fraction de seconde, même, mais une tension palpable monta, quelque chose explosa dans l'air, quelque chose de parfaitement et purement délectable à ressentir, et elle en était le seul témoin non visuel. Voir cette expression sur le visage de Faust lui rappela ce pourquoi elle était là, ce pourquoi elle s'était battue et débattue pour lui redonner sa liberté. Parce qu'il n'était pas le monstre qu'une autre aurait pu voir. Parce qu'il y avait quelqu'un en ce bas monde qui lui portait un amour si fort et qui avait besoin de son contact, de ses bras pour vivre et survivre. Un sourire se dessina sur ses lèvres en les voyant s'étreindre, puis elle ferma les yeux un instant sous l'effet bénéfique de ces bonnes ondes, belles et vives, qui donnaient un nouveau jour à la pièce, comme si le soleil s'était levé une deuxième fois. Oui, il y avait des fois où être empathique avait ses avantages. Vraiment.
Kylia resta près de la porte, observant la scène non sans partager, littéralement, leur joie. Comment résister ? Bien sûr, leurs larmes ne manquaient pas de la contaminer en partie, mais l'amour qui se dégageait de ces deux êtres supplantait tout le reste. Il pourrait lui dire tout ce qu'il voudrait, absolument tout, cette enfant était et resterait à jamais la sienne. Dans son cœur, et dans celui d'Eden. Celui qui devrait lui tenir la main chaque fois qu'il le faudrait, ce serait lui, et pas un autre. Parce qu'un père pardonne tout et n'abandonne jamais.

La jeune femme ne pouvait pas le nier, le voir ainsi lui faisait du bien. Naturel, plein de nouveaux espoirs, oublieux des soucis. Après tout, elle ne savait de sa vie que des bribes racontées par d'autres ou par lui-même, et cette nouveauté n'était pas déplaisante à vivre. Même si bien sûr, elle n'en restait qu'un témoin discret, une sentinelle qui veillait à ce que cet équilibre ne soit pas brisé, mais qui n'avait pas sa place dans une relation profondément installée. Qui lui avait dit qu'elle avait une place à se faire, après tout ? Rien ni personne.
Jack était resté en retrait et ne participait pas entièrement à la gaieté de ces retrouvailles, il ne pouvait pas le lui cacher. Elle devait le reconnaître, le cœur n'y était qu'en partie et sa capacité la forçait un peu à se sentir mieux en leur présence, ce qui n'était dans le fond pas une mauvaise chose. Mieux valait ne pas trop creuser la question, quelque part elle ne préférait pas savoir les raisons de l'ami du barman pour se montrer un peu plus... sceptique ? Dans la situation, il fallait faire le choix d'être optimiste, du moins c'était bien ce qu'elle devait faire si elle ne voulait pas tomber dans le piège du désemparement. Lui pouvait se permettre de remettre les pendules à l'heure s'il le fallait ou de se sentir plus inquiet. En tant que pilier momentané, l'empathique devait se montrer confiante, et si possible l'être.
Il s'avança finalement et juste après qu'elle ait fermé la porte sur les deux agents, se libéra de son fardeau qui fit naître une nouvelle source d'étonnement et de joie. Cette visite était décidément la meilleure chose qui pouvait arriver. Toujours à part, elle les regardait, tous ensemble, une famille un peu disparate, un peu bancale mais soudée et pleine de vie. Il était bien entouré, très bien entouré. Se sentir aimé ne lui ferait que le plus grand bien et lui redonnerait de l'espoir. Oui, il guérirait sans doute plus vite, ou du moins voudrait être au meilleur de sa forme le plus rapidement possible, et il y parviendrait, elle en était sûre. A force elle finissait par croire qu'il était l'homme de tous les possibles, celui qui parviendrait toujours par une pirouette à s'évader des situations les plus houleuses telle un magicien s'échappe de sa cage de verre, même les mains liées, même attaché par les pieds, en apnée. Même si comme tous les magiciens, il y avait parfois une assistante, cachée ou non, qui l'aidait à faire quelques tours de passe-passe.
Debout près de la porte, les bras croisés dans le dos, elle les regardait sans savoir quoi dire ni quoi faire, un peu émue et gênée d'être là, comme une intruse tombée au mauvais moment. Elle répondit à ce hochement de tête par un sourire sincère, le regard radouci et la mine plus détendue. Si tout ce bonheur pouvait se transmettre, l'espace d'une minute, au monde entier, que sa tête serait apaisée ! Il ferma les yeux et elle perdit contact avec ce regard qui avait bien changé. Oui, elle était de trop. Sans se démonter ni se sentir exclue et meurtrie, elle posa sa main sur la poignée et parla doucement, pour ne pas trop couper l'enjouement de ces retrouvailles.

"Je vais vous laisser un moment. Je vais prendre un peu l'air et voir ce qu'on peut faire pour ce midi."
Un clin d’œil rapide, elle récupéra son sac à main et elle repartit vers les méandres aux odeurs médicamenteuses du centre hospitalier.

Son parrain l'arrêta dans l'entrée, un peu surpris et presque amusé de se rendre compte qu'elle ne l'avait absolument pas vu. Louper une telle carcasse, il fallait bien être dans ses pensées pour le faire.

"Tu veux qu'on aille marcher un peu ?"
C'était, comme toujours, une bonne idée. Ce n'était pas le meilleur des tuteurs, il était parfois un peu brut de décoffrage, pas toujours très adroit avec les mots ou les gestes, il fallait le reconnaître, mais quand il s'agissait de prendre des initiatives pour arranger une situation, il était le champion ! Et l'air de l'extérieur, frais ou non, ne pourrait lui faire que du bien. Ils avaient trois bonnes heures devant eux pour s'occuper de l'intendance du repas, ils avaient largement le temps de faire un tour sans se presser. Et ce ne fut pas du luxe.

Si d'abord elle avait commencé à marcher d'un bon pas, plutôt contente d'être à l'air libre, dans un espace bien ouvert et surtout sans contact humain permanent, quelque chose tournait et retournait dans sa tête, quelque chose qui ne l'avait plus tracassée depuis longtemps. Charly, un de ses amis, le lui avait dit moins d'un an auparavant : certaines choses ne s'oublient pas de suite, et quand on s'y attend le moins ces blessures nous rappellent à l'ordre. Au contraire, elles revenaient parfois nous hanter quand on en aurait le moins besoin. Et l'image de Jason, ce fameux matin où elle avait bien cru qu'elle allait lui taper la tête contre le plat de la table, lui revenait, presque trop clairement. Le reste, aussi. Certes, sa relation avec lui n'avait jamais été brillante, quand elle y repensait. Plutôt insipide, même. Ils étaient tout de même restés quatre ans ensemble, ce qui n'était pas rien. Ses amis lui avaient souvent, voire toujours répété qu'il n'était pas fait pour elle et qu'elle serait cent fois mieux et plus épanouie seule. Il fallait le dire, Jason était gentil... Et c'était tout. Certes, la rancœur y était pour beaucoup dans son jugement depuis le temps, mais jamais elle n'avait eu la sensation de partager quelque chose. Il n'était pas sportif, n'avait pas un sens de l'humour aigu, aimait et n'aimait pas tellement à la fois tout ce qui pouvait être culturel, se laissait absolument guidé par le courant... Oui, à bien y réfléchir, elle avait eu plus de communauté d'esprit avec Faust en deux jours passés avec lui pourtant en tant que moitié d'otage qu'en quatre ans avec l'autre. C'était tout dire ! Mais plus que ce regret d'une relation complètement factice, c'était bien plus la douleur de se sentir une moins que rien, inutile une fois qu'elle avait appris la vérité. Il l'avait quittée pour la copine de Charly. Forcément, une grande bombe perchée sur talons aiguilles et roulée dans des robes bustier, c'était déjà un niveau de superficialité de plus qu'une gymnaste un peu baba-cool. La claque avait été quelque peu des plus surprenantes, et pour son ami de collège et pour elle. La cerise sur le gâteau ? Ils étaient toujours ensemble, les deux amoureux fous, mariés et bientôt parents. De quoi se remettre en question de A à Z. Nell lui avait souvent répété qu'elle n'était pas la bonne, que ce genre de choses reste avant tout une histoire de bonne personne et pas de durée. Il n'y avait qu'à voir Freid et sa femme, divorcés, déchirés, prêts à s'égorger dès qu'ils se croisaient dans la rue. Oui, c'était certes une bonne chose de ne pas s'être emballée comme lui, mais en même temps elle était bien la dernière de ses amis à ne pas avoir construit quelque chose avec quelqu'un. Peut-être que son don d'empathie y était pour beaucoup, après tout, ce n'était pas le genre de détails que l'on a envie de raconter au premier venu. On ne savait jamais quel genre de réaction les gens pouvaient avoir, surtout dans des temps où l'anti-magie se faisait parfois bien sentir. Sentir d'avance les intentions des autres, ou encore les sentiments parfois déplacés à son encontre... Elle avait essayé d'accepter certains rendez-vous, mais l'empathie gâchait en grande partie le charme de l'inattendu, car oui, elle savait à peu près tout à l'avance. En cela, Faust avait une avance considérable : on ne savait jamais ce qui allait arriver avec lui ! Même si parfois, cet effet de surprise n'était pas désiré et qu'au contraire, tout le monde préférerait que les choses se passent comme prévu. On prend de l'habitude dans tout, même dans les choses les plus insolites !
Finalement, elle se sentait peut-être plus blessée par la situation qu'elle n'avait pu le sentir au départ. C'était parfois un cadeau de sentir les émotions des autres plus fortes que les siennes. Le souci restait toujours l'après, quand elle se triturait les méninges alors qu'elle ne le faisait pas souvent. Du moins avant. Est-ce que finalement ça ne la dérangeait pas de se sentir complètement exclue de cette relation ? Est-ce qu'elle n'enviait pas cette situation plus qu'elle ne voulait se l'avouer ? N'y avait-il rien de répréhensible dans le fait de vouloir entrer dans la vie de quelqu'un qu'elle connaissait si peu et qui pourtant lui paraissait plus proche d'elle que presque toutes les personnes qu'elle connaissait ? Il y avait chez cet homme un elle ne savait trop quoi qui l'attirait, qui lui donnait confiance, qui lui disait qu'elle pouvait lui donner sans avoir peur, et en même temps leur passé plutôt tumultueux lui rappelait qu'ils ne se connaissaient pas assez pour qu'elle puisse se fier à cet instinct. C'était peut-être prématuré pour se prononcer, pas de son côté du moins, mais mieux valait savoir ce que pensait l'ancien barman avant de se lancer à corps perdu dans une relation où les sentiments pouvaient ne pas être réciproques. Et s'il se sentait obligé de lui être redevable et de dire oui ? Pire, et s'il n'en avait tout simplement rien à faire ? Si seulement il pouvait lire en elle, tout serait plus simple, tellement plus simple. La meilleure solution restait d'attendre, de le laisser profiter de ses retrouvailles avec sa nièce et ne pas l'embêter avec des considérations inutiles et déplacées. Si elle en valait la peine à ses yeux, elle en avait eu plusieurs aperçus, il ne la laisserait pas s'échapper sans se battre un peu, cette fois au sens figuré. Et si c'était le cas, il n'aurait pas besoin de se battre bien longtemps.


"Il faudrait peut-être lui prévoir du rechange, à l'autre. Il va pas passer sa vie en chemise d'hôpital, surtout vu sa taille, ça serait indécent."
Kylia s'arrêta net, et regarda son parrain qui marchait toujours, les deux sourcils haussés, prise entre la surprise et l'amusement. Une nouvelle fois, elle éclata de rire. Kamiko, le roi du pragmatisme. Il rit avec elle, s'étonnant à moitié en râlant qu'elle puisse rire à ce point d'une remarque tout à fait légitime, et elle le savait bien, il n'avait pas tort. Elle fronça les sourcils, prit un air légèrement renfrogné et d'une voix forcée pour être plus rauque, imita son tuteur :
"Je lui filerai bien quelques affaires à cette majorette, mais c'est qu'il en faudrait deux comme lui pour les remplir !"
Ils éclatèrent à nouveau de rire. Oui, ils se connaissaient par cœur. Peut-être plus que s'ils avaient été vraiment liés par le sang.
En marchant, ils arrivèrent près d'une boutique où la jeune femme en profita pour prendre en effet de quoi éviter à Faust de se promener avec une simple chemise d'hôpital sur le dos, envoyant des messages qu'elle espérait gardés discrets à Jack pour savoir quelle taille de vêtements faisait l'ancien barman. Quand on n'a pas le compas dans l’œil, on fait ce que l'on peut ! Elle se sentait presque gênée de le faire, comme si quelque chose d'officiel se marquait alors qu'il n'y avait strictement rien d'autre qu'un détail trivial derrière cet achat. Surtout pour ce genre d'achat. Pantalon de survêtement, t-shirts blancs, caleçons, chaussettes. Pas vraiment le style qu'elle lui avait connu, mais pour une convalescence, ce serait sans aucun doute plus confortable. Elle demanda de faire enlever toutes les étiquettes, elle ne voulait pas qu'il se sente encore une fois de plus redevable, surtout d'une chose aussi futile que n'importe quelle amie aurait pu faire sans même réfléchir. De toute façon, elle savait qu'il ne réagirait pas mal, alors tant pis pour ce qu'il pourrait bien penser !

Sur le chemin du retour, ils s'organisèrent pour le repas, où s'installer, qui irait acheter de quoi manger pour eux quatre, à moins que l'hôpital ne voit aucune objection à ce que Faust ne mange pas leur sempiternel plateau repas dont il n'avait encore jamais vu la couleur. Ce genre de choses devraient aisément pouvoir se négocier, ils n'auraient qu'à argumenter un peu sur le bien être du patient, et d'autres détails contre lesquels ils ne pourraient pas s'élever longtemps. Le tout serait de ne pas aller à l'encontre des recommandations des médecins, et le tour serait joué ! Ils avaient assez de bras cassés à recoudre pour laisser un taulard tranquille. Les tables réservées au déjeuner du personnel derrière la haie du parking devraient faire l'affaire, même si bien sûr le cadre ne serait pas idéal, il y aurait quand même quelques améliorations et ne plus être entre quatre murs ne ferait sans doute pas de mal à Faust.
Kamiko lui signala qu'il allait jeter un coup d’œil sur le net pour voir ce que les enseignes de restauration à emporter les plus proches proposaient, le tout depuis la voiture, et ils se séparèrent dans le hall... où elle ne put pas faire trois pas de plus avant qu'on ne l’interpelle.
Sans savoir pourquoi, son cœur manqua un battement.
Quelque chose n'allait pas. Elle le sentait. Et ce n'était pas l'embarras du chirurgien qui lui faisait penser ça, ce qui était encore plus mauvais signe.
Il s'approcha et lui demanda s'il pouvait lui parler quelques minutes au sujet de Faust. Elle s'entendit répondre oui alors qu'elle savait d'avance qu'elle ne voulait pas entendre ce qu'il avait à lui dire.

"Je suis désolé de ne pas vous l'avoir signalé hier, mais nous avons rencontré quelques lésions au niveau du bassin et du système nerveux dans ses jambes. Ce n'est a priori rien de grave, et ça peut sans doute très bien se soigner aujourd'hui si l'on n'attend pas trop, mais il va falloir qu'il se déplace en fauteuil roulant."
Elle sentit comme une vague en elle qui s'écroulait, comme si son moi métaphysique venait de s'évanouir lourdement sur le sol alors qu'elle restait parfaitement droite et peut-être plus froide que ce qu'il aurait espéré. Elle ne savait juste plus si elle devait s'effondrer en pleurant pour soulager ses nerfs ou prendre cette nouvelle claque comme l'impulsion d'un ressort pour tenir encore et ne pas tout lâcher tout de suite. Il prenait des pincettes. Si l'on n'attend pas trop. Ce genre d'opération pouvait retarder le procès et empêcher tout ce qu'elle avait mis en œuvre de se réaliser comme prévu. Et en même temps, elle ne pouvait pas lui ôter ses jambes pour le faire sortir de prison. Ce serait en quitter une pour en retrouver une autre, même si peu de gens en meurent. Non, il devait lui dresser un portrait plus noir de la situation pour simplement lui faire peur, pour qu'ils ne refusent pas une nouvelle opération, voilà tout. Ils en discuteraient tranquillement ce soir, quand Eden serait repartie, ou le lendemain.
Comme elle ne répondait toujours pas, il se permit de rajouter :

"Je compte aller lui en parler tout de suite, lui expliquer la situation. Il faut qu'il comprenne que dans l'état des chos..."
"Non !"
Il se coupa, plutôt surpris. La petite femme douce et polie avait atteint ses limites, et tant pis s'il trouvait qu'elle lui parlait sèchement. Il allait apprendre que l'on ne peut pas toujours avoir raison, même avec de gros diplômes.
"Maintenant, vous n'allez nulle part et il est hors de question que vous lui expliquiez quoi que ce soit dans les douze heures qui suivent. Je serai catégorique là-dessus. Vous parlez d'un homme qui est enfermé depuis presque deux mois, qui n'a pas vu sa famille pendant tout ce temps et qui est en train de retrouver sa nièce. De toute façon, la situation est ce qu'elle est, non ? Elle ne va pas empirer dans la seconde si vous ne dîtes rien ?"
Surpris, il fit non de la tête. Elle soupira et reprit.
"J'aurais voulu pouvoir le faire manger dehors, si c'était possible. Sur les tables, entre les deux blocs." Elle leva la main pour le couper dans son élan. "Je sais qu'il va avoir besoin d'un fauteuil roulant pour s'y rendre, mais peut-être que pour l'instant nous pourrions tous les deux passer un accord et lui dire qu'il est tout simplement trop faible pour s'y rendre sur ses deux pieds et que pendant quelques jours, il en aura besoin pour se déplacer. Rien ne vous empêchera ce soir de lui dire que vous avez trouvé autre chose et que c'est plus grave que vous ne le pensiez. Ou dîtes-lui que je vous ai menacé si vous préférez garder votre étique, croyez-moi, ça ne l'étonnera pas."
Elle reprit son chemin, elle ne voulait pas entendre ses protestations.
"Mme McRay !"
Sans arrêter sa route, elle se retourna. Non, tant pis pour ce qu'il penserait.
"Pour la énième fois, je ne suis pas Mme McRay. Pensez à consulter un ORL, je crois que vous en avez quelques très bons au deuxième étage."
Et elle le laissa là, plus surpris encore et pas très sûr de ce qu'il devait faire. Elle sentait sa vague de panique heurter ses chevilles, mais ce n'était plus son problème. Elle avait une tâche à accomplir, et elle ne laisserait personne gâcher cette journée.

Dans l'ascenseur, les paroles du médecin tournèrent en boucle dans son esprit tandis qu'elle voyait les numéros des étages s'allumer lentement, chacun leur tour. Elle soupira. Un fauteuil roulant. Comment allait-il le prendre ?
Elle ne connaissait rien de son passé, elle ne savait même pas comment il réagirait, même pour une histoire d'antalgiques qui l'ensuquaient quelque peu. Comment prendrait-il le fait de se retrouver dans une position de faiblesse plus grande encore, devant sa nièce, un ami et deux inconnus ? Finalement, allongé dans un lit restait plus banal, supposait qu'on ne pouvait pas bouger pour l'instant. Le fauteuil pouvait installer une durée plus indéterminée dans la tête des témoins et de celui qui le vit... Elle allait devoir user de tout l'humour et de toute la bonne humeur possible pour ne pas le laisser sombrer à nouveau dans le désespoir. Oui, elle pouvait encore éviter que ça ne se transforme en drame.
Elle s'appuya d'une main contre la paroi métallique et ferma les yeux. Il lui faudrait encore du courage, elle ne devait pas flancher. Pour lui, pour Eden. Pour elle-même aussi. Les yeux fermés, les jambes fébriles, elle ravala ses larmes et inspira profondément. Elle aurait tout le temps de relâcher ses nerfs quand elle serait seule dans sa chambre d'hôtel. Elle aurait tout le temps de redevenir faible quand plus personne ne serait là pour la voir.

Sourire. Dos droit. Épaules détendues. Regard confiant.
Tout était prêt.
Elle abaissa la poignée de la porte et entra avant de la refermer rapidement pour que personne ne remarque la présence des animaux dans la pièce. Elle avait oublié de prévenir Jack. Et flûte ! Elle aurait le temps de le faire, glissé entre deux informations pour faire plus naturel.
Kylia n'eut pas besoin de beaucoup se forcer pour sourire plus largement à la vue de Faust. Sans attendre, elle s'approcha doucement et déposa sur la table de nuit le sac avec les vêtements et à ses pieds son sac à main.

"J'ai vu que Jack avait oublié de t'apporter quelques affaires, et Kamiko a pensé que tu serais plus à l'aise avec des vrais vêtements et plus cette chemise qui gratte. Ça ne sera pas non plus le sommet de l'élégance mais on a fait ce qu'on a pu !"
Essayant de ne gêner personne, elle s'assit derrière la petite, près des jambes de l'ancien mercenaire et tendit sa main pour la poser sur son bras toujours menotté, caressant presque instinctivement sa peau de son pouce. Comment amener les choses ?
"On a pensé qu'on pourrait manger tous ensemble dehors, il y a des tables sur la pelouse entre les deux bâtiments. Ça empêchera que l'on reste toute la journée enfermés et puis nos compagnons à plumes et à poils n'auraient pas besoin de se cacher." Elle se tourna vers Jack. "Il faudra peut-être que tu les redescendes en premier, d'ailleurs, comme ça personne ne fera attention à toi et tu n'auras pas d'ennuis."
Ses yeux revinrent sur l'ancien mercenaire. Faust, si seulement je pouvais te serrer dans mes bras et te dire la vérité en te promettant que je suis désolée...
Mais non, elle ne devait pas. Pas devant la petite. Elle aurait tout le temps d'en parler avec lui plus tard.
"Par contre, les médecins m'ont dit que tu étais encore trop faible et un peu trop shooté pour marcher tout seul. Pendant quelques jours, il va falloir que tu te déplaces en fauteuil, le temps que tout ça..." Elle posa sa main sur l'une de ses cuisses à travers le drap. "…reprenne des forces. Tu as subi un gros choc, ils ne veulent pas prendre le risque que tu t'effondres au bout de trois pas et ne te blesses autre part. Mais ils sont d'accord pour que tu ailles prendre l'air, toi aussi. Tu l'as bien mérité."
Oui, rester dans la douceur, ne pas le brusquer, même si sa manière de parler plutôt concise pouvait faire office de guillotine. Le double-tranchant du franc parler, même si pour le coup, elle ne lui avait dit qu'une partie de la vérité, et pas la plus difficile à avaler.
Vite, changer de sujet ! Faire avancer les choses ! Ne pas lui laisser le temps d'y penser. Peut-être que dans un contexte plus joyeux, il aurait plus de facilité à accepter les choses.

"Tu veux que je demande à un infirmier de venir t'aider à t'habiller ? Ce sera plus confortable pour toi si on doit descendre."
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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Dim 5 Oct - 15:10

Il regarda Kylia partir avec un certain remord. Ce n’était pas comme si elle faisait partie de la famille, mais sa présence lui était agréable, et ne pas l’avoir en vue signifiait qu’il ne savait pas ce qui pourrait lui arriver en son absence. Remarque vieux con, tout ce qui lui est arrivé est à cause de toi – toute seule, elle n’est qu’une jeune femme sans soucis, qui n’est pas recherchée pour meurtre et menacée par de la famille. Au contraire, sa famille avait été ultra protectrice, si bien que Faust avait dû partir prématurément. Il repensa alors à leur escapade dans le désert… Elle n’était peut-être pas recherchée pour meurtre, mais elle avait tué quelqu’un néanmoins. Il ne lui avait jamais vraiment demandé comment elle allait avec ça sur sa conscience… Elle était si fragile après tout, et son pouvoir avait rendu l’action de tirer sur la gâchette d’autant plus difficile.
Il fronça les sourcils en fermant les yeux et posa un baiser sur la tête d’Eden, qui était serrée contre lui au possible, comme si elle ne voulait plus jamais le lâcher. Il avait de la peine pour la petite – si jeune et pourtant elle avait tant eu à vivre émotionnellement. Il n’osait même pas imaginer comment elle avait prit l’annonce de son enfermement… Son cœur se serra à l’idée mais il la repoussa en levant les yeux vers Jack. Il ne savait pas quoi dire ; son ami semblait distant, et d’une mauvaise façon, comme s’il avait déjà une mauvaise nouvelle à lui annoncer. Son ami, lisant dans son regard une certaine crainte vint s’assoir dans le siège devant lui.
« Comment tu te sens ? Demanda-t-il. »
C’était une question tellement anodine… Faust sourit sincèrement.
« Mieux depuis que vous êtes là. »
Jack hocha la tête avec un sourire fragile. Il avait l’air fatigué, ses yeux soulignés de cernes sombres, et ses yeux normalement vifs lui parurent morts. Il était mal rasé, gris, décoiffé… Globalement mal entretenu. Même la chemise sous son grand manteau était légèrement ouverte, sans cravate contrairement à son habitude lorsqu’il sortait. Faust le contempla discrètement, et Jack sourit, un peu gêné.
« Me regarde pas comme ça… Rien n’a été facile pour qui que ce soit.
-Je suis tellement désolé… Je me suis vraiment mis dans le pétrin cette fois-ci, et vous avec moi. »
Jack secoua la tête, ses cheveux châtains tombant devant ses yeux. « Ce n’est pas comme si l’apparition de Sven était quelque chose qu’on aurait pu prévoir. »
Faust grimaça au nom, et regarda Eden, de peur qu’elle le regarde avec ces yeux pleins de questions – il lui avait dit qui était son père, il y a longtemps, et elle devait reconnaître le nom… Mais elle ne bougea pas d’un pouce, son souffle toujours régulier.
« Elle dort, Faust. Et c’est bien la première fois depuis qu’on a apprit que tu étais à l’hôpital. J’ai tout fait pour lui dire calmement, il fallait qu’elle le sache. »
Le barman hocha la tête – il avait raison, bien sûr, mais quelque chose dans la conversation avait attiré son attention.
« Kylia t’a parlé de Sven ? »
De suite son ami parut gêné et secoua la tête en se grattant la nuque. Il ne regarda pas Faust dans les yeux durant son silence, qui dura une bonne dizaine de secondes ; une éternité pour l’ancien mercenaire, surtout pour un sujet si sensible.
« Il m’a contacté. Enfin… Il a essayé de joindre Eden.
-Quoi ?!
»
Il dû s’empêcher de crier, de peur de réveiller la petite. Le dvi galseau, sentant le changement soudain d’aura, s’envola pour se poser sur une machine voisine avec une sorte de couinement nerveux. Faust ne détourna pas le regard pour le voir, restant entièrement fixé sur Jack. L’air devint soudainement glacial. Voilà pourquoi il était resté à l’écart, voilà pourquoi il avait parut si distant. Dans l’instant il aurait voulu la présence de Kylia pour entendre ça, et connaître son opinion juridique sur le sujet. Bien sûr Sven avait le droit de parler à Eden, étant son père… Mais n’y avait-il pas une sorte de restriction en attendant le procès, ou quelque chose comme ça ? C’était un coup bas, surtout pour Sven. Il serra les dents : non, pas un coup bas, pas pour ce nouveau Sven. Il était devenu aussi traitre qu’un serpent, sans loyauté, sans arrière pensée décente, sans la moindre considération pour leur passé ensemble.
« Il a envoyé des lettres… J’ai pu les lui cacher… Il en a envoyé tellement, je n’ai pu m’empêcher d’en ouvrir une…
-Qu’est-ce qu’il disait ?
-Pas des mots… Une photo.
»
Il chercha alors quelque chose dans la poche intérieure de son manteau et sortit un morceau de papier plié. Il l’ouvrit et montra le contenu au barman. Une photo prenant la taille entière de la feuille, une photo de lui, allongé sur le sol dans un bain de sang. Une photo prise de… Lorsqu’il venait de se faire tabasser et pire par les autres prisonniers. Le souvenir lui revint douloureusement – il avait poussé Kylia dans la cellule, fermé la porte, et combattu. Cette photo datait d’après le combat, lorsque les secours étaient arrivés. Qui avait prit la photo ? Et comment était-elle tombée entre les mains de Sven ?
« Tu es sûr que c’est Sven qui a envoyé ça ? »
Jack approcha la feuille pour qu’il voit de plus près et indiqua en bas à droite, une signature, comme sur une œuvre d’art. Sven, avec un petit cœur à côté. Faust serra les poings mais essaya de ne pas s’énerver plus que cela. Eden avait été épargnée ça au moins. Quant à Sven… Il était devenu complètement fou, il n’y avait aucune autre explication. Que lui avait fait le gouvernement au juste ?! Un lavage entier de cerveau ?! Le louveteau se réveilla alors, inquiété par l’aura menaçante – il remua sous le bras d’Eden, ce qui réveilla la petite. De suite Faust se détendit, ayant apprit à contrôler son aura, et surtout l’apparence de ses émotions. La petite dressa la tête et lui sourit. Ce sourire tellement honnête, innocent… Il lui rappela le premier sourire sincère de Kylia… Une révélation après tant de tourments. Apparemment avoir Faust comme première vision au réveille la rendait la fille la plus heureuse au monde. Il lui répondit avec un sourire, le sien infectieux. Mais il n’oublia pas l’amertume derrière la découverte de la photo, que Jack avait vite rangé. Le barman comptait bien le lui récupérer plus tard, pour nourrir sa volonté de réussir ce procès qui lui coûterait la liberté en cas d’échec. Passer sa vie en prison, Epic Jail… Combien de temps Eden aurait-elle la patience de venir lui rendre visite ? Non, il ne devait pas penser comme ça. Pense au moment présent, profite, et donne-lui l’espoir qu’il lui faut pour aller mieux, pour se sentir en sécurité. Il caressa ses cheveux lisses, regardant dans ces yeux si larges et innocents, encore inconscients des horreurs dont regorgeait le monde. Il ne voulait pas qu’elle grandisse, qu’elle souffre comme lui avait souffert. Elle méritait de grandir en sécurité, entourée de gens qui l’aimaient… Tout comme Kylia. En réalité il ne savait rien de son passé, de son vécu. Il savait peu de choses en réalité, sauf les choses qu’il avait apprit durant son séjour chez sa famille à Mala Muerte. Sa mère était partie de là-bas, sans rien dire… Il lui semblait avoir entendu qu’elle avait été élevée par son parrain, le fameux Kamiko, qui allait certainement vouloir sa peau après tout ça… Mais il l’avait aidé, sans doute pas pour son propre bien, mais parce que Kylia lui avait demandé. Pourquoi… Pourquoi Kylia s’acharnait-elle à le protéger et le sortir de cette situation ?
Puis la pensée vint le plus naturel du monde : Eden. Elle avait vécu le même genre de situation qu’elle, en quelques sortes. Elle se voyait dans la petite, et se reconnaissait dans cette crainte d’être seule, sans parent… Kylia avait eu Kamiko. Eden aurait bien Jack. Mais combien de temps tiendrait-il le rythme ? Il n’était pas de sa famille, et même l’adoption serait difficile, de cela il était certain, pas quand son père biologique rôdait encore dans les parages. Père biologique. Il sourit amèrement intérieurement, regardant Eden prendre sa main et la serrer dans la sienne, la tenant contre son menton. Il avait tellement envie d’avoir les mains libres pour la tenir contre lui, et ne jamais, plus jamais la lâcher.
Il posa sa tête contre le sommet du crâne de la petite et murmura : « Quand tout sera terminé, on rentrera à la maison… Et si tu veux après on partira en vacances, d’accord ? »
Elle hocha la tête, il le sentait dans le creux de sa joue, alors que ses cheveux se frottaient contre. Il n’avait pas envie de lui donner d’espoir futile, pour être déçue ensuite, mais elle avait besoin de cet espoir, même si la réalité serait d’autant plus dure plus tard. Mais il avait confiance en Kylia, et s’il se passait quoi que ce soit, il voulait qu’elle puisse aider la petite, aider à subvenir à tous ses besoins… Elle allait avoir besoin de tout le soutient du monde. Il retint une larme, mais son visage se changea en grimace de douleur que seul Jack pu voir. Ce n’était pas une douleur physique, mais une telle douleur empathique… Il pouvait seulement imaginer la souffrance que subirait Eden en cas d’échec, mais il la ressentait avec d’autant plus de puissance qu’elle était sa petite, sa gamine, sa fille. S’il avait eu des enfants, ils les auraient traité comme elle. Elle était de son sang, et elle était sa responsabilité. Comment ignorer une telle chose, une chose si naturelle en fin de compte. De la même manière qu’il se sentait responsable pour Kylia. Certes elle n’était pas une sœur ou fille, ou même sa copine en fin de compte… Mais il l’avait entraîné dans ce pétrin, et il était responsable de sa sécurité, comme celle de tous ceux qu’il avait croisé en chemin. Si la famille de la jeune fille venait à subir les conséquences de sa présence parmi eux, bien qu’il savait qu’ils auraient bien les moyens d’en sortir, il était aussi responsable de ça.
T’es vraiment idiot mon vieux… Pensa-t-il amèrement. Tu ne peux pas porter le fardeau du monde sur tes épaules alors que tu ne peux même pas prendre la responsabilité de ta nièce.

Oui mais il faut bien commencer quelque part.

Et autant commencer avec le sourire. Il se battrait, jusqu’au bout, même s’il y perdait des membres (bien qui doutait que cela arrive, un procès n’était pas un combat à mort.) Il regarda dans la direction de Jack qui semblait l’avoir vu passer par à peu près toutes les émotions possible, rien qu’à le regarder… Maintenant il lisait cette détermination dans ses yeux, comme ce jour où il avait décidé de prendre le bar, commencer de zéro, et se refaire une vie, une vie pour lui, pour Eden, pour tous ceux qui voulaient suivre. Servir les autres était inoffensif, même s’il fallait parfois persuader des clients de cesser leurs conneries et aller de l’avant au lieu de se lamenter sur un bar comme lui l’avait fait auparavant. Il avait eu ce regard quand ils avaient conclus l’affaire avec le vieil homme. Il avait prit le bar, et il ne comptait pas le lâcher. Ironiquement maintenant c’était LA barre qui le tenait, et avec l’approche du procès si tout se passait comme prévu, il serait devant elle bien assez vite. Mais il fallait faire confiance, à Kamiko, et surtout à Kylia, sans qui il ne serait rien, une annonce dans le journal. Recherché pour l’assassinat de Djan, qu’il n’avait jamais commit.
Maintenant qu’il y réfléchissait, il n’avait jamais su qui était derrière cela. Pas son frère tout de même ! Il n’avait certainement pas été au courant de sa réapparition dans le monde sous-terrain, bien que momentanément, et organisé l’assassinat aussi vite. Non, il y avait autre chose… Il soupira intérieurement – il devait vraiment se soucier pour rien, Djan avait vécu toute sa vie dans le monde sous-terrain, et n’importe qui de ses rivaux ou ennemis auraient pu commettre le meurtre. Mais avoir un coupable l’aurait aidé dans sa démarche pour passer ce procès sans encombres.

C’est alors que la porte s’ouvrit ; Jack se tourna pour regarder, suivit de Faust qui dû dresser la tête. Kylia. Il sourit à son entrée alors qu’elle vint poser un sac sur la table de nuit. Ah, des vêtements ? Décidément cette femme était vraiment bonne à marier. Ressaisi-toi mon vieux, elle est trop jeune pour toi, et regarde ce que tu lui as fait subir jusque là. Mais il ne pu s’empêcher de regarder comment une mèche de cheveux vint se glisser doucement sur sa pommette, juste sous ses iris améthystes. Il regarda sa silhouette élégante bien que fragile alors qu’elle s’assise sur le lit derrière Eden, qui s’était redressée légèrement puis réinstallée sur le torse de l’ancien mercenaire pour aussi regarder la jeune femme. Comment la regardait-elle ? Avec curiosité ? Avec familiarité ? Avec reconnaissance ? Il aurait voulu savoir, savoir comment la petite se sentait près d’elle, au cas-où le pire n’arrive.
Puis avec une aise quasiment naturelle, elle s’étendit pour poser sa main sur son avant-bras, d’une manière agréable mais tout aussi étrange, surtout une telle familiarité avec Jack et Eden à côté ? Elle avait quelque chose à lui dire, il le sentait. Même le dvi galseau sembla-t-il, puisqu’il vint se percher sur la barre derrière la tête du barman.
Elle proposa de manger dehors. Très bien, bonne suggestion. Toutes ces odeurs aseptisées… Il ne voulait pas vraiment s’y habituer, et un peu d’air ne ferait de mal à personne… Surtout pour les animaux, qui avaient dû rester dans le manteau de Jack un temps respectable. Elle se tourna avec un sourire vers Jack – il était chaleureux, mais il y avait quelque chose dedans, une nervosité. Ou peut-être qu’il devenait simplement paranoïaque. Quand cela en venait à Kylia, il pensait souvent pouvoir la lire, comprendre ce qu’elle pensait, mais en général elle le surprenait donc il avait toutes les chances d’avoir tort. Bref elle lui suggéra de descendre en premier, une bonne suggestion elle aussi.
Puis elle tourna ses yeux luisants vers lui. Il y avait quelque chose dans ces yeux… Ce regard plein de peine, ou de gêne, ou d’angoisse. Quoi qu’il en était elle n’aimait pas ce qu’elle allait lui dire ensuite.

"Par contre, les médecins m'ont dit que tu étais encore trop faible et un peu trop shooté pour marcher tout seul. Pendant quelques jours, il va falloir que tu te déplaces en fauteuil, le temps que tout ça..."

Il avait sentit Eden trembler au mot. Lui-même détourna immédiatement le regard vers le drap où Kylia venait de poser sa main. Il ne sentit pas le toucher. Incapable de cligner des yeux, son cœur s’arrêta, et il n’entendit pas la suite. Tout venait de s’éteindre. Toutes les lumières, toutes les sorties, tout l’espoir, toutes les portes pour sortir d’ici venaient de se fermer. Le fauteuil. Du coin de son œil il le vit, présent mais invisible. Ce fauteuil qui n’allait jamais le lâcher, installé, immobile au milieu de la pièce. Il n’y avait plus personne dans la salle, juste lui devant ce fauteuil. Il observa l’objet, anodin, et pourtant semeur de destruction. Il était comme inondé dans une pluie de lumière, comme un spot de spectacle, l’attendant pour son dernier show. Seul au milieu de l’arène, lui contre ce fauteuil, il n’avait aucun espoir. L’objet à roues le narguait, immobile et silencieux, c’était autant une provocation que n’importe quelle parole. Il aurait beau essayer de le détruire, il en serait incapable, puisqu’à présent il rampait par terre, incapable de tenir sur ses jambes. Il n’y avait plus qu’à fuir. Dans son arène mentale il rampa pour s’éloigner, fuir ce fauteuil. Mais le bruit des roulettes grinçantes le suivit, comme un rire dans une église close, pleine d’échos et de résonnance. Paniqué il rampa de plus en plus vite, enfonçant ses ongles dans la terre qui vite devint de la boue sous le poids de ses larmes qui ne cessèrent pas. Puis il l’entendit, juste derrière lui, et il ne sentit rien lorsque le fauteuil, lourd comme un camion, vint réduire ses jambes en miettes, l’empêchant d’avancer davantage. Il enfonça ses ongles dans la boue, essayant d’agripper quelque chose, n’importe quoi aurait suffit… Mais la boue ne lui donnait rien, et il sentit le poids l’enfoncer, le noyer dans cette mer de terre et de larmes.
« Faust ? Vint une voix. »
Il dressa la tête, soudainement à nouveau dans l’hôpital. La première chose qu’il vit fut le regard horrifié d’Eden alors qu’elle s’était agrippée à sa tenue. Elle n’avait pas vu l’arène, mais elle avait vu le regard, ce même regard que ses yeux aveugles avaient porté lorsque Jack l’avait amenée à l’appartement. Il se rendit compte que tout le monde le regardait, et qu’il avait mal aux mains. Jetant un coup d’œil à la dérobée, il vit que ses poings étaient serrés au point où ses phalanges étaient blanches.
Puis il sentit la larme glisser sur son visage… Il n’avait pas envie de regarder Jack, ou Kylia, les yeux d’Eden avaient suffit. Il fallait qu’il se ressaisisse. Pas devant Eden, pas devant la petite, elle ne méritait pas ça. Puis Jack prit les devants, répondant à une question que la jeune femme avait dû poser.
« Je vais l’aider à se changer, ça sera pas la première fois. Dit-il avec une certaine tension. Eden, pourquoi tu ne vas pas aider Kylia à choisir ce qu’on va manger, hein ? Et il nous faudra la clé pour la menotte… »
La petite regarda Jack, puis Faust, qui se força à sourire. Il avait l’impression de lui mentir avec ce sourire, mais elle ne devait pas savoir la vérité, elle ne devait pas voir sa souffrance, ce n’était pas à elle de la partager, c’était Sven. Heureusement que Kylia l’escorta dehors avec suffisamment de vitesse, soit pour la petite, ou même elle-même… Avait-elle ressenti son chao personnel ? Il ne lui souhaitait pas… Personne ne devait souffrir de cela, sauf Sven. Et maintenant qu’il était seul avec Jack, il pouvait laisser les émotions l’envahir. La haine. Tant de haine, contre rien, contre tout, contre les médecins, contre Sven, contre le procès, contre le rejet qu’il avait subit toute sa vie, contre le contrebandier qu’il avait dû protéger, contre sa famille qui l’avait abandonné : Tyrion, Maya… Sven. Sven allait souffrir pour cet affront. Le remettre dans ce fauteuil c’était comme l’enterrer, c’était un échec.
« Faust… Murmura Jack, voyant le visage de Faust crispé de haine, son corps courbé en avant, son bras restreint par la menotte. Tu l’as entendu, ce n’est que temporaire…
-IL M’A REFOUTU DANS UN PUTAIN DE FAUTEUIL ! Hurla-t-il, bien plus fort qu’il ne l’avait voulu. »
Jack recula dans son siège, terrifié en voyant son ami ainsi. Il espéra soudainement qu’Eden et Kylia avaient déjà passé la porte de l’ascenseur, sinon elles auraient tout entendu… Il agrippa les cheveux qui maintenant descendaient légèrement sur son front. Il les tenait si fortement qu’il avait l’impression de les arracher, son scalp avec. Il aurait tant voulu que ce soit le cas. Disparaître, ne jamais avoir existé, ne jamais ressentir cette humiliation, cette solitude, cette souffrance, ces regards persécuteurs… Il avait envie de mourir.
Non. Eden. Pense à Eden. Tu peux pas la laisser toute seule aux griffes de Sven. Elle est ta responsabilité, tu te souviens ? Une personne à la fois… Commence donc par Eden. Si tu ne vis pas pour toi, vis au moins pour elle. Eden… Innocente petite Eden. Comment pouvait-il penser à mourir quand elle l’attendait, quand elle avait besoin de son soutient ? Il ferma les yeux, relâcha ses cheveux lentement. Il regarda Jack, mais ne reconnu pas le regard que son ami lui jetait. Il avait peur… C’était la première fois qu’il le regardait comme ça : il avait peur, peur de lui, de sa réaction, de son hostilité, de sa haine. Depuis quand arrivait-il à lire aussi bien les émotions ? Décidément la présence de Kylia avait déteint sur lui… En quelques sortes. Parlant de pouvoirs, il regarda autour de la salle pour voir le dvi galseau perché sur le bord de la fenêtre, l’endroit le plus loin de Faust possible. Son aura avait été du poison il y a quelques instants, pas de doute…
« Sven, Tyrion… Murmura-t-il en étendant le bras. »
L’oiseau, content du changement soudain, s’envola pour se poser sur son bras libre et frotta ses têtes contre la sienne.
« Désolé… »
Il se tourna vers Jack qui s’était légèrement détendu ; mais il n’oublierait jamais son regard à cet instant-là, ce regard qu’on a face à un inconnu fort potentiellement dangereux et violent. Kylia avait eu ce regard-là aussi, une fois ou deux… Mais Jack, depuis le temps qu’ils se connaissaient… C’était la fois de trop.
« Je suis vraiment… Commença-t-il faiblement.
-Ne t’excuse pas. Soupira Jack, soulagé qu’il ait reprit un peu conscience. Mais comme disait Kylia, c’est temporaire, juste le temps que tu te reposes. Tu verras après ça, le fauteuil tu ne le reverras jamais. »
Il avait envie d’accepter ce fait, mais encore et toujours, comme un fantôme à présent, le fauteuil le hantait au coin de sa vision, toujours sous son spot lumineux, attendant qu’il tombe pour l’écraser une fois de plus. Et la prochaine fois, tu ne te relèveras pas, il semblait dire. Il ignora les autres fantômes des souvenirs qui semblaient l’entourer, et sourit légèrement en regardant Jack. Il y en avait deux. Deux Jacks, identiques, sauf que l’un était plus jeune, mal rasé avec l’allure d’un délinquant… Le second celui du présent, souriant, rassuré. Le premier, le jeune, du passé, avait de la peine, de la pitié, et de la honte dans ses yeux. Comment pouvait-on tomber aussi bas, devenir aussi faible ? L’ancien Jack semblait se moquer de lui en réalité, mais Faust savait que ce n’était qu’un mensonge. Jack l’avait soutenu jusqu’au bout, et encore maintenant il l’aidait… Depuis que Faust avait tiré sur son pull, aveugle et pitoyable dans son fauteuil roulant, le suppliant de l’aider.

Le Dvi Galseau eu le réflexe avant eux et se jeta dans le manteau de Jack, et une seconde après un infirmier entra  avec un des gardes du corps, voyant que tout s’était calmé ; du moins Faust le supposait, il avait gueulé bien fort – il avait la clé bien sûr, et Faust ne pourrait pas avoir les mains libres sans surveillance… Il avait envie de rire. Fuir, en fauteuil roulant ? Ils devaient être cons quand même. Jack avait vite fermé le manteau pour cacher l’oiseau ; inutile de s’attirer des problèmes maintenant. Il tenta tant bien que mal d’oublier le garde du corps dans le coin de la salle vers la porte alors qu’il supervisait son changement vestimentaire. Faust allait commenter sur les sympathiques vêtements quand l’infirmier revint avec un fauteuil roulant. Le voir là, c’était du concret, et immédiatement il avait oublié si la chemise était à carreaux ou rayée, et n’aurait su répondre si on le lui demandait. Rien n’était dans son champ de vision sauf le fauteuil. Immobile, un objet pourtant presque banal… Mais le siège le provoquait, et son cœur se mit à battre d’autant plus vite qu’il vit une menotte apparaître sur le repose-bras.
« Faust ? Vint la voix de Jack dans son esprit. »
Il dressa la tête, et remarqua que la menotte ne s’était pas mise toute seule, mais que le garde du corps venait de le faire… Qu’est-ce qu’il lui arrivait ? Devenait-il fou ? Il essaya de ne pas suivre cette idée, et sourit à son ami.
« Pardon, j’étais perdu dans mes pensées… On y va ? Dit-il avec un peu trop d’enthousiasme. »
Tout se passa au ralenti alors qu’on le souleva pour le mettre dans le fauteuil – ses pieds touchèrent le sol mais il ne les sentit pas. On le posa avec délicatesse… Mais cela ne résultat qu’en l’angoissant plus. C’était comme si on le mettait dans une chaise électrique… Lentement, mais sûrement, le préparant à une exécution prochaine. Il sentit la menotte froide autour de son poignet, comme une lanière en cuir pour le maintenir en place. On plaça aussi des cales sur ses pieds pour ne pas que ses jambes subissent trop les mouvements du fauteuil – encore autre chose qui le maintenait attacher. Jack cru bien faire et essuya la sueur qui venait de paraître sur le front de l’ancien mercenaire… Comme l’éponge mouillée que l’on met entre la peau et le casque métallique pour que l’électricité traverse directement jusqu’au cerveau. La chaise le tenait maintenant, il était prisonnier. On lui mit même une ceinture, s’il n’y avait pas quoi que ce soit de plus inutile à faire. Il avait envie de leur rire au nez et dire que c’était bon, ils pouvaient mettre le jus maintenant. Mais il se retint, ne voulant dévoiler à personne ce qu’il ressentait.
Jack le poussa pour sortir de la chambre, suivit de près par le garde du corps. Garde de qui ? Contre quoi exactement ? Il n’était pas sûr. Sven était peut-être un vicelard, mais si quelque chose lui arrivait maintenant, la défense aurait d’autant plus de raison de le garder en sécurité, et non le jeter en prison… Du moins il l’espérait, et surtout il espérait que son frère ne tenterait rien de stupide dans l’immédiat.
On lui jeta des regards étranges en passant. Ouais désolé pour la menotte, je suis un serial killer, faites pas attention à moi. Ah et avec un peu de chance personne ne pouvait lire ses pensées non plus. Jack, étant encore un peu tendu, murmura dans son oreille : « Elle est quand même bien mignonne ta représentante pour la défense... »
S’il avait voulu faire sourire le barman, alors c’était réussi. Bien sûr sans une touche d’amertume après ce qu’il s’était passé après première évocation du mot fauteuil, mais il espérait qu’elle allait bien.
« Je te le fais pas dire. Sourit-il en retour.
-Et je sais pas ce que tu as fait pour avoir une telle loyauté de sa part… »
Je l’ai pris en otage. Normal quoi.
« Et puis elle te fait sourire, c’est toujours bon signe. »
Bon sang, Jack n’allait pas commencer à jouer les entremetteuses ? Il rit à cela et tapota la main de son ami qui se trouvait sur la poignée derrière lui.
« Va pas chercher, je suis trop vieux pour ces conneries.
-Tu sais que les hommes ne perdent jamais la capacité d’utiliser leur…
-Si tu vas parler d’un organe sexuel, c’est vraiment pas le moment, merdeux.
»
Jack sourit fièrement. Faust avait retrouvé de son énergie. Bien que dans un fauteuil, il était bien entouré. Tout irait bien, vu que ce n’était que temporaire !

Il se laissa pousser dans les couloirs, les ascenseurs, ignorant les regards des passants et personnels hospitaliers. Tout allait bien, tout allait bien se passer. Il avait retrouvé un semblant de bonne humeur, mais se trouva anxieux à l’idée de devoir faire face à Eden à nouveau. Cependant il ne pouvait pas laisser les choses telles quelles. Il allait lui montrer qu’il allait bien, qu’il était en confiance, et que les médecins avaient très certainement raison. Et puis Kylia ne lui mentirait jamais sur ce genre de choses ; elle était honnête, et en ça il avait confiance. Le trajet parut interminable, et finalement il décida de juste laisser ses bras sur les repose-bras et laisser pendre sa tête en arrière. En fait, la présence de Jack, maintenant détendu, était si infectieuse qu’il ne pu s’empêcher de jouer le malade, bavant aux coins des lèvres. Jack rit en le regardant.
« T’es vraiment qu’un gamin dans ta tête toi… Je retire ce que j’ai pu penser, Kylia n’est pas à ton niveau, et se lasserait vite de toi. »
Il tira la langue mais quelque part les mots de son ami lui pincèrent le cœur, de manière aussi agréable que déplaisante. Jack avait un point de vue extérieur, et avait bien comprit comment il agissait autour de la jeune femme… Mais si c’était visible à ce point-là, ne s’en serait-elle pas rendue compte elle aussi ? Peut-être qu’elle voulait lui montrer gentiment que ses sentiments n’étaient pas retournés, et qu’il fallait qu’il lâche l’affaire. La seule raison pour laquelle elle l’avait touché en présence de Jack et Eden était pour lui annoncer la nouvelle du fauteuil, mais seulement pour le soutenir, pour dire qu’elle était là pour l’aider à traverser l’impasse… En amie, certainement.
Son humeur sombre était revenue le temps qu’ils arrivent à l’extérieur, où trois personnes les attendaient. Kylia, Eden, et un type à l’allure pas du tout commode… Il avait bien quelques années devant le barman, et malgré les lunettes de soleil rondes, Faust était sûr qu’il percevait le regard critique et menaçant de l’homme. L’ancien mercenaire ne tenta pas de le détailler plus que cela, de crainte de s’attirer les foudres de l’homme qui, s’il n’était pas une sorte de tueur à gages, devait être Kamiko. Même assit dans son fauteuil il paraissait immense, ses longs cheveux blancs rappelant la couleur de celle de la famille McRay. Son visage était purement et simplement sévère, et le fit penser à l’allure de quelqu’un qui venait de croquer dans un citron particulièrement acide. Il hocha néanmoins la tête dans sa direction, histoire de dire bonjour sans parler – il n’était pas sûr de pouvoir trouver sa voix en présence de ce type, surtout pour lui adresser la première fois la parole. Bonjour je suis celui qui a kidnappé votre… Votre filleule, qui a malencontreusement assassiné quelqu’un par ma faute et qui globalement est dans la merde à cause de mon frère psychopathe. Enchanté, moi c’est Faust. Il détourna le regard vers les autres, essayant de cacher sa nervosité. Il se tourna alors vers Eden, s’attendant à un sourire et à quelque chose de rassurant… En lieu de cela elle resta assise, tête basse. Voir cela le peina au plus haut point. Avait-elle peur ? Avait-elle, dans sa tête, fait un lien entre la dernière fois où il avait été en fauteuil, où elle avait dû subir ses humeurs, ses jurons, son inattention… ? Oui, certainement… Elle l’avait entendu crier tout à l’heure, et de cela il était certain. Du même coup Faust essaya de ne pas regarder Kylia, camouflant sa honte sous un sourire léger.
« Hé gamine, viens-là. Dit-il avec une voix douce en étendant sa main libre. »
Son visage s’éclaircit alors qu’elle se leva pour venir près de lui ; elle garda du moins ses distances. Il lui attrapa gentiment la main et sourit largement. Il devait qu’elle lui réponde avec ce même sourire, montrer à ce Kamiko (à qui il devait à peu près tout) qu’il était capable d’être le mentor de la petite, qu’il était digne de la garder. Pourquoi il tenait à cela ? Il n’était pas sûr, cela lui paraissait naturel. Mais après réflexion à quoi bon ? S’il n’agissait pas lui-même naturellement, comment pouvait-il s’attendre à ce que l’on lui fasse confiance ?
« Alors, qu’est-ce que tu m’as choisi à manger ? »
Elle sourit de toutes ses dents et lui indiqua la table. Jack le poussa jusqu’à l’endroit le plus propice pour le fauteuil roulant et devant lui apparut une barquette en carton pleine de frites, avec un gros burger à côté. Il se tourna et ébouriffa les cheveux de la petite qui grimaça de joie, son petit nez retroussé rougissant.
« C’est bon pour garder la ligne ça ! Rit Jack en s’installant de l’autre côté de Faust. Ils étaient maintenant disposés de telle façon : Faust et Kamiko à l’opposée en bout de table, Kylia à côté de son parrain, Eden ensuite, et Jack en face. [si c’est compréhensible du moins, sinon nawak au pire]
Le barman sourit au commentaire mais n’ajouta rien, sentant le regard pesant de Kamiko sur lui. Ce type était vraiment quelque chose ; en un regard il donnait l’impression de pouvoir lire dans ses pensées – comme s’il connaissait déjà ses plus sombres secrets. Remarque, peut-être qu’il en savait déjà un paquet, vu que Kylia était déjà au courant d’un certain nombre à cause de Gus. Il lui sembla cependant percevoir un regard que la jeune femme lui jeta, presque pour dire : « maintenant n’est pas le moment » ou alors l’avait-il imaginé ? Quoi qu’il en était, après cela le parrain de la jeune brune cessa de le fusiller du regard, sans pour autant lever les yeux de temps en temps vers lui.
Eden était assise, se balançant d’un côté à l’autre en regardant tout le monde un à un, comme si elle attendait quelque chose. Faust sourit à cela – une habitude qu’elle n’avait pas perdu tiens.
« C’est bon, Eden, tu peux te jeter sur la bouffe voracement. Sourit l’ancien mercenaire. »
A cela, comme si on avait retiré une laisse à son cou, elle se jeta sur son burger avec un sourire purement carnassier. Tiens, il n’avait jamais vu ce regard-là. Il la contempla en silence, sans pouvoir empêcher un sourire attentionné de s’afficher sur son visage. Elle grandissait tellement vite, et plus le temps avançait, plus sa personnalité s’affirmait. Quel genre de personne serait-elle dans un an ? deux ? cinq ? Il n’avait pas envie d’y penser, cela lui faisait peur, mais c’était l’écoulement normal des choses, et ça, il n’y pouvait rien. Un jour elle serait indépendante, et aurait sa propre vie… Loin des tourments de celle de son oncle avec un peu de chance. Non, Eden était une bonne petite, depuis toujours. Ce n’était pas comme si ce genre de comportement et rébellion pouvait venir d’un coup. Il y avait eu des signes pour Faust – une rébellion juvénile des plus violentes pour lui et sa famille. Il avait cessé l’école trop tôt, désintéressé et las de l’éducation qu’on lui forçait sur les bras.
Eden n’était pas comme ça : elle était bonne élève, attentive, calme, douce… Un véritable petit ange. Qui pourrait penser autrement d’elle. Bon, ça et elle avait un estomac d’acier. La voyant manger avec un tel sourire, il lui ébouriffa la tête en riant.
« Eh bien, tu avais plus faim que moi on dirait ! »
Jack avait profité du calme pour faire sortir les animaux de sa veste, et le Dvi Galseau venait de faire un tour au-dessus de leur tête et se posa alors sur l’épaule du barman. Il donna une frite à chacune des têtes, qui se chamaillèrent un instant, puis reprirent leur calme pour manger en silence.
Puis la sombre réalité revint l’enfoncer, et une sombre humeur l’écrasa sans prévenir. Non, non, redresse-toi, n’y pense pas. Mange, profite, ris avec tout le monde, aller.
Il se força a garder la tête haute, mais sentit néanmoins un poids sur lui, comme si une main ferme tentait de l’écraser dans son assiette. Il évita de regarder Kylia. Pitié qu’elle ne le sente pas… Mais sans pouvoir se retenir son regard balaya un peu vite la table, hélas il n’eut pas le temps de reconnaître l’émotion qui s’y logeait. Après tout elle pouvait tout aussi bien camoufler sa souffrance interne comme lui le tentait. Alors il voulu paraître détendu, et mâcha une frite. C’était une texture auquel on se faisait, même si la première bouchée lui parue un peu salée. La seconde allait mieux, puis la suivante, puis la suivante. Il vint à apprécier le repas, mais surtout parce qu’il se sentait bien entouré. Manger lui avait redonné des forces, mais pas suffisamment pour suivre les conversations activement. Il n’avait même pas remarqué si quelqu’un avait prit la parole quand Jack répondit quelque chose qui fit rire Eden. Faust sourit, ne voulant pas paraître hors de place. Il ne savait pas de quoi il s’agissait, mais le sourire de la gamine était infectieux après tout.

Tout le long du repas, Faust essaya de ne pas paraître gêné ou abattu, chose difficile à faire quand il a l’impression d’être cloué dans un fauteuil roulant. Il n’arrivait même pas à bouger les jambes, bien qu’il les sentait. Du moins il espérait qu’il les sentait réellement – on lui avait déjà parlé de membre fantôme, qu’on avait encore l’impression d’avoir alors qu’ils n’étaient plus là. Un jeune homme était venu au bar une fois pour confesser après quelques verres qu’il avait touché les fesses à maintes filles, sans qu’elles s’en rendent compte… Et il avait un bras en moins, jusqu’au milieu du biceps. Le barman l’avait regardé sceptiquement – peut-être avait-il été trop ivre, mais il avait eu l’air si certain… C’était toujours possible.
Bref la question le travailla quelques temps, durant lequel il mangea par automatisme, sans pour autant avoir la réalisation qu’il était en train de le faire. On pouvait lui pardonner cette absence, car après tout, il s’était fait tabasser le jour précédent, quoi de plus normal qu’il ne se soit pas encore entièrement remit.

Le temps s’écoula vite, très vite, et il profita de ses moments de clarté pour prendre Eden sur ses genoux, la garder près de lui, utiliser la moindre seconde de bonheur pour la transformer en bon souvenir, qui la marquera elle autant que lui. Mais vint l’heure du départ, et malgré le peu de temps passé ensemble, Eden s’endormie au creux du cou de son oncle, qui la tint là jusqu’à ce que Jack dise qu’il était l’heure de partir. Faust se laissa pousser jusqu’à la chambre et confia Eden à son ami, puis hocha brièvement la tête en direction de Kamiko pour le remercier. Il n’osait pas encore ouvrir la bouche pour lui parler, de peur de dire quelque chose de trop, et il semblait être le genre d’homme qui préférait les gestes aux mots après tout. Jack tint l’épaule de son ami fermement, et lui glissa discrètement la photo dans la poche intérieure de son veston alors que Kylia parlait à son parrain, certainement pour demander s’il revenait après ou quelque chose comme ça. Faust n’était pas prêt à lui faire face, mais il allait bien falloir le faire… Il avait déjà fait ses adieux aux animaux, qui étaient déjà retournés dans la veste de Jack.
Faust regarda le lit d’hôpital avec une certaine peine. Combien de temps allait-il encore être ici ? Combien de temps avant le procès ? Il espéra soudainement que l’incident n’avait pas retardé la date, et après tout, Kylia lui avait bien dit que tout allait bien. Il n’y avait aucune raison pour lui de s’inquiéter : il retrouverait tranquillement l’usage de ses jambes, avec du temps et du repos. Il pouvait subir ça quelques temps, tant que cela ne durait pas une éternité.
Il se laissa hisser dans le lit par les infirmiers, et fut re-menotté d’une main sur l’armature. Il soupira, posant sa tête dans l’oreiller. Kylia échangea un mot avec le garde du corps et ferma la porte. Faust sourit et tenta de la regarder. Il n’avait pas envie qu’elle soit mal à l’aise, et ne voulait pas lui montrer des émotions qu’elle rejetterait, mais il fallait qu’il la remercie, ce n’était que grâce à elle que cette réunion avait été possible.

« Ecoute Kylia… Je tenais vraiment à te remercier pour ce que tu as fait… J’osais pas trop le dire devant Kamiko ; j’avais l’impression que dès que j’essayais d’ouvrir la bouche pour te parler, il me regardait de travers… Il tient beaucoup à toi, ça a le mérite d’être clair. »
Il regarda le mur en face de son lit avec un soupire.
« J’espère qu’après tout ça je pourrais protéger Eden comme ça… Elle a tellement besoin d’un environnement stable… Mais elle est plus forte qu’il n’y paraît, et j’espère qu’un jour elle trouvera la parole. Ce n’est qu’une question de temps je suppose… Mais quoi qu’il en soit, je n’aurais jamais pu la revoir si tu n’avais pas été là… Et pour cela je te remercie, vraiment. »
Il se gratta les yeux avec la paume de sa main libre et sourit, bien que nerveusement.
« Si tout part en steak je l’aurais au moins vu une dernière fois. »

Cela semblait comme des mots fort terminaux contrairement à ce qu’il voulait dire, mais maintenant qu’ils étaient énoncés, échappés dans la salle, il savait que c’était comme cela qu’il le ressentait. Si jamais ils échouaient au procès, Eden aurait passé du bon temps avec son oncle, au moins une dernière fois. Il ne voulait pas qu’elle le visite en prison ; il préférait qu’elle se souvienne de lui alors qu’il était encore dans une certaine liberté…
« Mais bon… Kamiko va-t-il revenir ? Je tiens quand même à le remercier aussi, même si j’ai l’impression qu’il va m’arracher les yeux dès que j’ouvre la bouche. »
Il sourit, mais son cœur n’y était pas. Il n’avait pas envie de penser de façon négative, mais avec le fauteuil présent dans le coin de son œil, il se sentait prit au pièges, coincé entre deux inévitabilités.

Il dressa les yeux vers Kylia et étendit la main vers elle, comme pour lui signifier d’approcher.
« Je crois pas que j’y serais arrivé sans toi. »
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Sam 11 Oct - 14:28

Si Kylia avait eu le choix, elle n'aurait pas fait cette annonce elle-même, mais non seulement elle avait peur d'une gaffe des médecins plus que du reste du personnel hospitalier, elle se sentait surtout comme redevable. Ne pas lui dire serait pire qu'une trahison, même si elle lui mentait. Elle lui devait bien ça, surtout après ce qu'il avait fait pour elle dans la prison. D'autant plus que c'était en grande partie de sa faute. Elle essayait de se concentrer sur les mots et pas sur ce qu'elle ressentait au-dehors, pourtant quand elle avait terminé de parler, malgré un sang froid apparent, elle sentait un trouble intérieur puissant, comme si une main essayait de l'attirer au fond d'elle-même, de la perdre de façon irrémédiable. Comme un nouveau vertige. Mais elle devait résister. Elle ne devait pas céder à la panique ni à la douleur qui la poignardait droit au cœur. Elle ne devait ni s'évanouir ni craquer, surtout pas maintenant. Elle devait résister, pour lui, pour Eden, pour Jack. Rester leur pilier, l'élément que l'on ne peut pas faire bouger sur ce bateau qui commençait à prendre de plus en plus dans la tempête. Non, pour eux tous, elle devait donner l'impression d'être imprenable, de ne jamais ciller. Mais prendre les chaussures de Kamiko dans cette situation devenait difficile, et ce de plus en plus. Le manque d'habitude, sans doute. Après tout, elle avait toujours connu son parrain dur et froid d'apparence, mais à son âge peut-être était-il un autre homme. Elle aurait tant aimé avoir son père à ce jour près d'elle pour en apprendre plus sur cet homme qui avait tout fait pour elle pour prendre une place, enfiler des chaussures qui pour lui aussi étaient bien trop grandes. Pourtant il y était parvenu. Parce que parfois la force nous vient d'on ne sait où. Ou parce que l'on trouve le moment opportun pour craquer, loin des regards concernés, pour ne jamais perdre cette image. Dans le cas de Kamiko, il existait une autre hypothèse qui consistait à croire que rien ne l'atteignait, et il fallait bien le dire, elle y croyait volontiers. Même si avec le temps, elle avait compris que ce n'était véritablement le cas. La seule chose contre laquelle elle devait lutter, c'était son don d'empathie qui la rendait plus faible que les autres dans les situations les plus difficiles, qui l'empêchait parfois d'y voir clair. La méthode Faust avait certes été brutale pour lui apprendre à compartimenter ces émotions, ces situations, mais elle parvenait à peu près à s'en sortir. Le tout était de ne pas céder. Jamais. Malgré ce trouble, elle voulait croire que la journée ne serait pas si terrible, et qu'elle tiendrait jusqu'au bout.
Le visage d'Eden lui fit comprendre qu'elle n'avait pas saisi tout ce que signifiait pour eux cette histoire de fauteuil. Elle avait pensé qu'il s'agirait surtout d'une question de virilité, de force remise en cause, pourtant elle venait de voir que non. Après tout, que connaissait-elle d'eux, de leur passé commun, des orages qu'ils avaient traversé et de la peine que cela leur avait procuré ? Rien. Absolument rien. Elle n'était qu'une inconnue impétueuse et prétentieuse qui s'était glissée dans cette affaire, immiscée dans la vie d'un homme qui n'avait rien demandé et qui croyait pouvoir le sortir de prison alors qu'elle ne connaissait de lui que ce que la justice elle-même connaissait. Pourtant, elle était persuadée, au fond d'elle, que si elle était bien aussi bas que cela, elle le connaissait un peu mieux, du moins autrement que sur sa vie, que ce qu'elle pouvait bien montrer en apparence. Elle ne savait pas l'essentiel, là était bien le problème. Personne n'avait jamais évoqué ce fait peut-être parce que justement, aucun d'entre eux ne voulait en entendre parler. Parce que ce devait être une chose terrible dont ils voulaient tous se débarrasser à jamais, que ça soit matériellement ou au sein de leurs souvenirs. Oui, quelque chose de terrible avait dû arriver autour de ce fauteuil, pas de ce fauteuil en particuliers, mais elle comprenait bien que ce n'était pas la première fois qu'on devait l'y mettre, lui qui paraissait pourtant posséder une force au-dessus de la moyenne pour sa taille et sa corpulence. Comme les apparences sont parfois trompeuses...
Sans pouvoir s'en détacher, elle fixait ce joli petit visage marqué par une expression de terreur, tremblant plus encore intérieurement que ce qu'elle pouvait voir de l'extérieur. Bon sang, ce qu'elle maudissait son empathie ! Ce qu'elle maudissait cette foutue soirée où elle l'avait suivi, maudissait Sven et ses psychoses, se maudissait pour avoir cru qu'elle avait la carrure pour le faire ! Elle était à deux doigts de l'abandon, sentant comme un fil invisible qui lui permettait de tenir sur le point de lâcher. La tension qui l'avait tenue jusque là commençait à montrer son nouveau tranchant, presque avec fierté, malheureusement avec beaucoup de mesquinerie. Elle entendait comme une petite voix à son oreille lui chantonner qu'elle n'était qu'une incapable, qu'elle avait voulu jouer avec le feu et qu'elle allait se brûler plus que les doigts. Elle avait envie de lui hurler de se taire, de crier pour que tout s'arrête autour d'elle, que les différentes personnes cessent de ressentir quelque chose autre que de la surprise. Mais elle ne bougea pas, se contentant de contempler son échec.

Une voix la tira de cet état second. Ses yeux tombèrent immanquablement sur ce poing serré, cette tension extraordinaire de rage qui s'échappait de l'ancien mercenaire. La dernière fois qu'elle avait ressenti une telle chose émaner de lui, c'était après l'intervention d'Azaan dans le désert. Elle avait été terrorisée, mille fois désolée, mais pis encore, elle avait bien cru ce jour-là qu'il aurait été capable de la tuer et qu'il allait le faire. Elle l'avait appris à ses dépens, Faust était un homme que ses passions rongeaient parfois de trop, capable du meilleur comme du pire. C'était ce qu'il y avait sans doute de plus beau chez lui comme c'était la plus belle chose qu'il y avait chez les gens de Mala Muerte. Tout pour la famille, garder son honneur, même dans les armes et le sang. Même si dans le cas de Faust, il aurait bien aimé ne pas avoir à y remettre les mains. Ses émotions et ses instincts l'avaient guidé dans une bien belle pagaille, mais qui sait ce que cela aurait pu devenir s'il n'avait pas décidé de prendre en compte cette menace envoyée -elle en était dès lors quasiment sûre- sans doute par son frère qui avait voulu l'attirer dans ce piège savamment comploté. Les personnes passionnées sont capables du pire comme du meilleur. Et comme tout homme de passions, il y avait des fois où il fallait le rappeler à l'ordre, le ramener à la réalité. Chose qu'elle ne se serait jamais permis, avec ou sans Jack dans la pièce.
La scène sous ses yeux avait quelque chose d'une vision de l'enfer. Cet homme à l'air épuisé, avec quelques hématomes, les veines des bras gonflées, tendu comme pour s'extirper de ce lit d'hôpital, de ces menottes, une petite fille horrifiée agrippée à sa chemise comme si la mort allait les frapper là, à l'instant. La crainte de Jack lui sautait de même à la gorge, et elle le savait dès lors que cette nuit, elle ne couperait pas aux spasmes. Tant pis, c'était le prix à payer pour avoir changé cette journée en cauchemar le temps d'une phrase. Pour ne pas savoir prendre les bonnes décisions au bon moment. Bien plus peinée de voir ce qu'elle avait provoqué que d'imaginer le barman dans un fauteuil, elle se rendait compte que son inquiétude pouvait passer pour autre chose s'il était suffisamment mal pour ne plus voir que ce qu'il voulait bien. Elle fut soulagée de voir qu'il ne regarda pas dans sa direction. Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle le trouverait faible, diminué, ou n'importe quoi d'autre qui correspondrait à une image dégradante. Au contraire, elle ne voyait là qu'une nécessité, un passage obligé pour pouvoir se déplacer un temps, reposer ce qu'il y avait à reposer et de façon plus intéressée, une issue plus rapide encore pour faire sortir l'ancien mercenaire de prison. Certes, elle n'était pas pour jouer avec la misère des gens, mais l'urgence de l'opération pouvait précipiter le procès et couper en plein l'élan de ce cher Sven et de ceux qui voudraient s'opposer à l'ancien mercenaire. Si ce malheur pouvait accélérer les choses pour au contraire les arranger plus vite, alors il ne faudrait pas hésiter. Même si parler de ce genre de choses  serait sans doute un peu plus compliqué étant donné la réaction qu'un simple mot avait provoqué.

Jack voulait éloigner Eden, Faust se forçait à sourire, elle se devait de revenir à la réalité, de réagir, elle aussi. Abaissant son regard sur la petite, elle lui adressa un sourire protecteur puis lui tendit la main. La réaction ne fut pas aussi rapide qu'elle l'aurait espéré, mais elle ne comptait pas la faire sortir de force. Elle était grande, elle comprenait qu'il fallait sortir de là, même si les adultes essayaient de maquiller la situation et qu'elle devait parfaitement le voir. C'était un jeu convenu, les uns savaient que les autres sentaient le mensonge, mais les uns comme les autres ne diraient rien, parce que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Leur sortie ne prit pas longtemps. Eden comme Kylia ne devait pas avoir envie de rester au milieu, car l'une comme l'autre sentait que quelque chose allait éclater. L'une pour connaître le concerné, l'autre par intuition fortuite. Elles eurent beau marcher vite dans le couloir, les allées et venues du personnel hospitalier ainsi que des patients valides et familles bloquaient parfois leur progression, si bien que oui, elles entendirent parfaitement le cri plein de rage et de désespoir de l'ancien mercenaire.
Si l'empathique avait encore des questions au sujet de la présence d'un fauteuil par le passé, ses doutes étaient effacés. On pouvait difficilement faire plus clair. Elle aurait cependant aimé l'apprendre d'une autre manière. Comprendre pourquoi une telle peur, une telle panique autour de ce souvenir. Certes, elle pouvait toujours en parler avec Jack, mais ce serait mal venu, encore plus qu'en parler avec Eden. Pourtant il faudrait bien pour essayer d'éliminer toutes ces émotions négatives qui se bousculaient fortement dans un si petit corps. Comment pouvait-on être si jeune et déjà porter en soi une si grande souffrance ? Kylia n'avait pas ce qu'on aurait pu appeler une enfance parfaitement heureuse, pourtant elle avait toujours eu en elle une espèce de conscience que les choses se passaient au mieux malgré les apparences. Pas que la mort de ses parents ne l'avait jamais peinée, mais elle aurait pu finir en des mains inconnues, loin de tout espace familier. Elle aurait pu tomber sur quelqu'un qui ne lui aurait pas assuré cette stabilité. Ses parents l'avaient aimé, n'avaient pas eu le choix, Kamiko l'avait aimé à son tour, et ce sans encombre. Il était difficile d'avoir une histoire plus idéale avec des éléments à la base peu enclins à si bien se mélanger. Dans le cas de la famille McRay, c'était déjà un peu plus compliqué.
Sans trop s'en rendre compte, la jeune femme appuya d'une façon presque compulsive sur le bouton d'appel de l'ascenseur, voulant fuir au plus vite cet endroit plein d'inquiétudes et de questions qui ne se posaient pas suite à ce cri. Les activités reprirent presque aussitôt, de manière plus feutrée, comme si tous avaient peur qu'une bête sauvage ne sorte d'un coup de la chambre si jamais les bruits du couloir venaient à l'énerver de trop. Le temps que les portes s'ouvrent, tout était redevenu à la normale à l'étage, et avant même qu'elle n'invite la petite à entrer dans l'ascenseur, elle vit la petite tête blonde passer rapidement le seuil, et elle comprit qu'il valait mieux la suivre sans tarder et vite refermer les portes avant qu'une autre catastrophe du genre n'arrive. Ce ne fut qu'une fois enfermées dans cette boite de conserve géante que l'empathique se rendit compte que la petite pleurait. Silencieusement, le plus discrètement possible, mais aussi le plus sincèrement du monde. Oui, il devait y avoir quelque chose de bien plus grave, quelque chose qu'elle ne saisissait pas dans cette histoire de fauteuil. Questionner la petite ne serait qu'une erreur de plus dans cette journée déjà pas mal décorée en la matière, autant ne pas en rajouter. Faust ne serait sans doute pas en joie, mieux valait que sa nièce ne soit pas non plus complètement accablée tout le reste de la journée. C'était leur journée. Et encore une fois elle devrait tout faire pour que ça soit le cas. Il fallait simplement qu'elle prenne aussi appui sur les aides qu'elle pouvait recevoir de la part de Jack et de Kamiko. L'un comme l'autre pourraient gérer certains rapports humains le temps de régler d'autres détails. Le temps de reprendre son souffle émotionnellement parlant.


"Viens là, chérie." dit-elle simplement, en attirant d'une main et par l'épaule Eden contre elle. C'était déplacé, trop familier, mais c'était sans doute nécessaire. Il fallait qu'elle se libère d'un poids, elle pouvait le faire, elle ne la jugerait pas. Kylia aussi avait envie de pleurer, de fatigue, d'énervement, de désemparement, mais elle ne le fit pas. Elle n'avait pas le droit. Sa souffrance n'était rien comparée à celle de cette enfant. Et pour elle, pour lui laisser la place d'aller mieux, elle devait attendre. Nul besoin de serrer les dents ou de garder rancœur. Simplement d'être là et de comprendre, en silence. Le bruit de la machinerie se faisait entendre, sifflement discret qui ronflait à peine, tandis que l'une contre l'autre, elles attendaient que l'orage passe, sans rien dire.

Une fois à l'extérieur de l'hôpital, les choses devinrent plus facile. La situation ne changea pas vraiment pour la petite, qui restait encore passablement secouée, mais surtout pour l'empathique qui avait déjà le champ plus libre dès lors que les murs n'enfermaient plus les ondes diverses et variées mais surtout négatives des couloirs des bâtiments. Ce serait plus facile pour se concentrer sur la petite et lui laisser la possibilité de s'exprimer, de se calmer et de repartir sur une base un peu meilleure.
"On va prendre la voiture, je suis garée par là. Tu sais déjà ce que tu voudrais manger ?" Bien entendu, elle n'eut aucune véritable réponse. Un petit hochement de tête pour dire que oui, elle la suivait, mais pas vraiment satisfaction. A quoi s'attendait-elle ? A parler tranquillement avec une petite qui la voyait pour la première fois et qui venait de subir un très gros choc ? Elle se rappela alors du mutisme d'Eden. Faust lui en avait parlé. Se pourrait-il qu'elle sache parler le langage des signes ? Le barman n'y avait jamais fait allusion, et lui-même ne semblait pas en savoir grand chose, mais encore une fois, elle ne pouvait pas le certifier. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'il s'adressait à elle à haute voix, de façon tout à fait ordinaire. Sans doute que le côté taciturne de Kamiko les avaient au contraire poussés à parler presque exclusivement en signant durant l'enfance de Kylia -il leur arrivait même encore souvent de le faire quand ils étaient entourés de monde et qu'ils ne voulaient pas être compris-, mais elle se doutait que ce ne devait pas être le cas de Faust qui en plus d'avoir la parlotte si on le comparait à Kamiko devait avoir un grand espoir dans le fait que la petite se remette à parler un jour. C'était peut-être une différence fondamentale entre eux deux : son parrain n'avait jamais rien exigé d'elle et l'avait toujours responsabilisée sur ses choix, pas parce qu'il s'en fichait mais parce qu'il ne devait tout simplement pas savoir comment s'y prendre. Alors plutôt que faire une bourde, il avait dû vouloir laisser les choses se faire, d'autant qu'avoir une enfant bavarde à la maison ne devait pas trop être sa tasse de thé. Il fallait le dire, elle regrettait parfois ces matins au réveil, encore embrumés dans les limbes du sommeil, où ils conversaient autour de leur café sans jamais faire un bruit, respectant l'espace de l'autre mais aussi le calme environnant de bon matin. Ce devait sans doute être loin de la relation qu'avait Eden avec Faust, et ce serait loin de leur réalité quand elle aurait atteint l'âge de Kylia. Faust était un père, Kamiko un tuteur.
Elles arrivèrent à la voiture où Kamiko était retourné attendre pour ne pas troubler les retrouvailles dans la chambre, et sans doute aussi pour être prêt à repartir s'il fallait aller chercher à manger. Elle reconnaissait bien là son pragmatisme et ses habitudes para-militaires. Toujours être là où l'on s'attend à nous trouver. Un léger sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme. C'était bel et bien lui, son pilier dans toute cette histoire. Une main toujours sur l'épaule de la petite blonde, elle ouvrit la portière côté passager et voulut la faire monter avant que son parrain ne barre le passage d'une main ferme. Il désigna d'un signe de tête la banquette arrière, et elle comprit le message.
T'as une sale tête et elle aussi. JE conduis. Il y ait des choses que l'on discute pas. La quasi-totalité de ce que disait Kamiko en faisait partie.

La voiture venait de démarrer, et le temps qu'ils sortent du parking, il faudrait bien obtenir une réponse de la part de la petite. S'il y avait bien une chose qui risquait de poser problème, c'était de trouver un menu qui conviendrait à tous, l'avantage de laisser l'enfant choisir était que par défaut, personne ne râlerait. Malgré la ceinture de sécurité, l'empathique se tourna légèrement vers la nièce du barman et lui redemanda ce qu'elle pensait qui ferait plaisir à son oncle pour le midi. Cette fois-ci, elle parvint à obtenir une réaction derrière les yeux rougis, puis une réponse... signée. Elle haussa un sourcil et automatiquement lui demanda : Tu connais le langage des signes ? Réponse affirmative. Ton oncle le sait ? … Hésitation... Négatif.
Voilà qui allait poser problème...
Il y avait donc des choses que Faust ne devrait pas savoir, et si elle lui en faisait part c'est qu'elle lui faisait en partie confiance, du moins suffisamment pour la croire suffisamment intelligente de base pour comprendre le langage des signes. Car après tout, elle aurait très bien pu tomber sur quelqu'un qui n'en connaissait pas un geste. Le pire restait tout de même qu'elle n'en paraissait absolument pas surprise. Peut-être qu'un jour elles en viendraient à discuter de tout ça toutes les deux et qu'elle parviendrait peut-être à l'aider à mieux apprécier sa situation. Peut-être. Et certainement pas ce jour-là.

Pourquoi il ne le sait pas ? … Parce que je ne lui ai pas dit. … Il ne sait pas le parler ? Je ne sais pas. Alors pourquoi tu ne lui as pas dit ? … Parce que je ne veux pas répondre à ses questions. … Il te pose quoi, comme questions ? Il veut savoir comment ça se passe à l'école, ou si j'ai des copines. Et ça t'ennuie qu'il te pose ces questions ? Oui … Pourquoi ? Il réagit mal quand tu lui parles ? Je ne lui parle jamais. Je ne veux pas qu'il pense que... Qu'il pense que quoi ? Qu'il me juge. … ça lui arrive souvent de le faire ? Non. Jamais. Je ne sais pas trop...
Encore plus compliqué que ce qu'elle avait pu penser au départ. Leur relation n'avait rien d'idyllique, pour le coup, sa vie avec Kamiko avait été bien plus apaisée. Cette petite se posait bien trop de questions et sans doute que Faust devait en faire de même. Voilà qui mériterait sans doute quelques éclaircissements des deux côtés, cependant elle ne pouvait pas se permettre de lui donner quelque conseil que ce soit, comme elle n'en donnerait pas au barman.
Je ne lui dirai rien. Le langage des signes, ça sera notre secret, d'accord ? Oui, d'accord. Ça ne te dérange pas de me parler ? … Non. Mais je ne sais pas quoi dire. Pas grave, je suis très curieuse, je vais te faire parler ! Première esquisse de sourire. Pourquoi tu as eu peur, tout à l'heure ? Est-ce que ton oncle crie souvent, comme ça ? Non, jamais. Alors pourquoi tu avais peur ? … Si tu ne veux pas le dire, ce n'est pas grave. … Avant il est resté longtemps en fauteuil. Il n'y voyait pas bien et n'entendait pas bien non plus. Il n'était pas vraiment capable de s'occuper de moi. En fait, j'avais un peu peur. Peur de quoi ? … Peur qu'il ne m'aime pas, ou qu'il m'oublie. Mais maintenant je sais que ce n'est pas vrai. Je ne veux pas qu'il retourne dans le fauteuil. Je ne veux vraiment pas ! … Je sais, je comprends. Tu n'as pas envie que tout recommence ? Non. Je suis seule depuis qu'il est parti. Jack est là, mais il me manque. Je veux qu'il revienne. S'il retourne dans le fauteuil il ne pourra pas revenir, et il ne pourra pas s'occuper de moi. Qu'est-ce que je vais devenir ?
Aouch ! Il allait falloir vite calmer le jeu avant qu'elle ne se remette à pleurer et que le drame ne devienne réalité.
Cette fois c'est différent. Il ne va pas rester longtemps dans le fauteuil, les médecins ont dit qu'ils allaient pouvoir l'opérer. Et puis maintenant, il t'aime vraiment, il tient à toi, il ne voudra pas t'abandonner. Tu sais qu'il souffre beaucoup d'être loin de toi ? … Moi aussi. Il va revenir vite ? … Aussi vite que possible, je fais tout ce que je peux pour que ça soit le cas. Alors tu n'es pas vraiment son amoureuse ? … Non, non. On se connaît peu. Douloureux et pourtant vrai. Vite, changer de sujet. Tu dis que tu as peur que les gens te jugent ? … Oui. Pourquoi ? Il y a plein de raisons pour juger quelqu'un. Ouah... Tu m'as eue ! Ça arrive, même aux meilleurs. Quand est-ce qu'on va lui réparer les jambes? … Je ne sais pas encore. Pour l'instant il pense que c'est de la fatigue. J'ai menti parce que je ne savais pas comment vous réagiriez, tous les trois. Ça sera aussi notre secret ? … Oui. Mais je lui dirai ce soir, je te le promets. Je te promets aussi de te le ramener entier. Vous serez à nouveau tous les deux ensemble dans peu de temps, mais il faudra encore un peu de patience. Qui lui a fait tout ça?
Que dire ? Que dire à une enfant qui avait déjà connu des visions marquantes ? Une partie de la vérité, tout simplement. Ne pas enlever le héros de son imaginaire, car après tout, c'était bien ce qu'il avait été la veille.
Des gens méchants, ils me voulaient du mal. Ton oncle m'a défendue. Pourquoi ? … Je ne sais pas. Il faudra lui demander. Mais un autre jour, pour le moment il veut profiter de te voir. … Je suis contente aussi d'avoir pu venir pour le voir.
Ces gestes étaient les plus beaux gestes qu'un enfant puissent faire à son père, et il n'était là ni pour les voir, ni pour les comprendre. Ils étaient, l'ancien détective et elle, les seuls témoins de ces mots qu'ils ne verraient ni n'entendraient peut-être pas avant longtemps. Et il ne pourrait pas le savoir, parce que c'était leur secret, à toutes les deux.

La conversation prit rapidement un autre tournant, surtout quand il fallut en venir au choix des repas en eux-mêmes. Kylia donna la responsabilité à Eden de choisir pour Faut et Jack, ce qu'elle fit avec sérieux et application, d'une façon parfaitement adorable. Cette enfant avait décidément quelque chose d'exceptionnel. Comme toute personne qui aurait quelque chose à raconter mais qui préfère le garder pour soi. Cette fragilité qui pouvait la caractériser à ce jour serait sa force d'ici quelques années, et pas n'importe laquelle. Leurs histoires étaient certes similaires, mais elle n'avait rien en commun. Sans doute l'empathie l'avait toujours mise en retrait par rapport aux autres, mais Kylia n'avait pas l'aisance d'Eden à aller vers les autres, ni même à vouloir apparaître comme un être existant. La nièce de Faust ne se mettait pas en avant, loin de là, mais elle ne cherchait pas à s'effacer complètement, ce qui avait été au contraire presque une philosophie de vie chez l'empathique. Rencontrer Nell avait été comme une révélation, un second souffle qui lui avait tiré la tête hors de l'eau et sortie du cercle vicieux qui la faisait être prise de moins en moins en considération par les adultes qui l'entouraient. Puisqu'elle ne parlait pas et ne semblait pas vouloir exprimer quoi que ce soit, pourquoi lui demander son avis ? Non, Eden avait une présence. On ne pouvait pas l'oublier quand elle était là, et elle avait d'ailleurs une maîtrise d'elle-même des plus surprenantes. C'était sans doute ce qui la démarquait tant de la plupart des enfants de son âge.
Quand ils furent de retour autour de la table entre les deux blocs sur la pelouse entretenue de façon intermittente, Faust et Jack n'étaient pas encore là. Sans rien dire pour ne pas éveiller une nouvelle angoisse chez la petite, l'empathique ne dit rien, mais n'en pensait pas moins. Tout ce qu'elle espérait, c'est que les choses s'étaient calmées et qu'il allait bien. Si la principale difficulté de la journée lui avait paru être Eden, elle se rendit compte qu'il n'en était rien dès lors qu'elle avait réussi à établir une communication. Le barman au contraire commençait en revanche à devenir moins gérable et son cas plus préoccupant, mais elle lui devait bien un peu de compassion sur les jours qui allaient venir. Il n'était pas vraiment en état de réagir de façon rationnelle à toutes les informations balancées comme on le pouvait et la fatigue nerveuse ne l'aidait pas véritablement à réfléchir non plus, et donc à prendre du recul. S'il n'avait pas joué les héros, qui sait dans quel état elle se serait retrouvée ? Alors, oui, elle pouvait bien faire preuve d'encore plus de patience et de compassion à son égard, ce ne serait pas un si gros effort comparé à ce qu'elle se sentait prête à faire pour lui. Dire qu'il avait fallu attendre un homme qui la prenne en otage pour qu'elle se sente autant impliquée dans la vie. Un bien étrange syndrome qui s'était manifesté dans une situation plutôt étrange et avec une personne non moins particulière. Car après tout, Faust n'était pas ou du moins plus le voyou qu'il avait été. Et surtout, il avait bon fond. Ce qui n'expliquait certes pas entièrement son attachement pour le barman, ou du moins ne justifiait pas qu'elle se soit autant impliquée dans ses affaires, même si elle pensait bien faire là une chose juste.


"Tu m'aides à choisir les emplacements de tout le monde ?"
Encore une fois, Eden s'y mit avec joie, choisissant avec soin une place plus pratique pour que son oncle puisse accéder à la table. Contre toute attente pour Kylia, elle eut sa place à côté de la petite, et malheureusement Kamiko se retrouverait en face de Faust. Il faudrait le surveiller de près, mais elle savait qu'il n'irait pas très loin en matière d'assassinat par le regard. Du moins l'espérait-elle. Au pire, elle le rappellerait à l'ordre. Ce ne serait de toute façon pas la première fois qu'elle le ferait, ni la dernière, malheureusement.
S'installant volontiers en attendant, la jeune femme remarqua presque immanquablement la mine dépitée de la petite une fois qu'il n'y avait plus rien à faire. Le cercle vicieux de l'inactivité était en train de faire effet, et elle se doutait qu'il allait devoir faire avec, elle ne pourrait pas faire changer son humeur en un battement de cils. Elle posa alors son bras derrière les épaules de la petite blonde, se voulant rassurante.

"Tout va bien se passer. Laisse-lui le temps d'encaisser le coup, lui aussi a été très choqué."
Elle ne savait pas quelle effet ses paroles auraient, mais elle espérait bien qu'elle les comprendrait. Qu'elle les assimile serait encore une autre chose, mais on ne pouvait pas tout exiger de personnes en situation de crise familiale. Le toute était d'éviter un nouveau débordement. Et pour cela, elle priait pour qu'aucun médecin ne se mette en travers de la route de l'ancien mercenaire pour lui expliquer qu'elle lui avait menti sur son cas. Elle voulait le lui dire, elle, et que personne ne la mette en tort. Il fallait espérer que le repas se passe au mieux, c'était tout ce qui était possible.

Elle ne tarda pas à avoir un semblant de réponse, quand enfin ils virent les deux retardataires arriver sur la pelouse dégarnie de l'hôpital. Ce n'était certes pas un extérieure idéal, mais c'était toujours mieux qu'une chambre d'hôpital qu'il verrait à longueur de journée pendant encore un petit moment. Il était d'humeur légèrement sombre, encore que d'apparence calmé et presque détendu. Jack semblait plus soulagé d'un poids, sans doute que leur discussion les avait conduits à un semblant de paix pour le reste de la journée. Il n'aurait plus manqué que ce genre de détail -qui n'en était pas vraiment un pour Faust- ne vienne perturber des retrouvailles bien méritées. Cependant, elle faisait confiance à cet instinct protecteur et cet amour paternel qui animaient le barman pour revoir sa liste des priorités et y placer Eden en tête de liste ! Kylia ne bougea pas, préféra rester discrète au cours d'une situation qui pouvait être tendue, voire même changer du tout au tout l'espace d'un geste ou d'une parole malheureuse. Il ne fallait pas non plus que Kamiko intervienne, pour quelque motif que ce soit, même si elle savait par expérience qu'un regard de sa part était bien plus éloquent qu'un long discours, même très convaincant. Assis, il en imposait déjà moins, ce qui n'était pas une mauvaise chose dans la mesure où il avait une fâcheuse tendance à s'imposer par sa taille -et aussi grâce à son âge, maintenant- comme un vieux réflexe du passé qui lui avait bien servi dans sa carrière... mais plus tellement dans sa vie privée actuelle !
L'empathique observait les deux représentants de la famille McRay, un peu dans une impasse. Elle aurait pu prendre la parole, mais ç'aurait été fausser le mécanisme, forcer les choses et finalement être déplacé. Autant faire ce qu'elle savait faire de mieux : garder le silence. Le face à face avec Kamiko avait dû quelque peu déstabiliser Faust, mais il ne fallait pas qu'il se laisse abattre par un air un peu austère, il n'avait encore rien vu en la matière -et c'était peu de le dire ! La peine finit par envahir l'ancien mercenaire, et il ne fallut pas longtemps à la jeune femme pour imaginer d'où cela pouvait venir.
C'était fou comme une parole, même d'apparence abrupte, pouvait tout changer. D'extérieur, il pouvait paraître brut, rude, mais pour la petite il n'en était rien. Kylia le savait par expérience, elle n'avait pas eu le tuteur le plus fin du monde dans ses choix de mots, bien qu'il soit resté toujours extrêmement attentionné à son encontre. Il n'y avait pas besoin de belles phrases ampoulées ni de termes savamment tendres pour que l'on se comprenne, que l'on comprenne les intentions de l'autre. Et c'étaient bien les intentions de Faust qui comptait pour sa nièce en cet instant précis. Savoir qu'elle était sa priorité, qu'il l'aimerait quoiqu'il arrive, et que ce n'était pas une affaire, même aussi grave et complexe, qui allait les séparer sans qu'il ne fasse quelque chose pour se retrouver de nouveau avec elle. Ils étaient véritablement beaux à voir, tous les deux. C'était à la fois d'un naturel et d'une simplicité reposants. Une pause bénie dans les événements tumultueux d'une journée qui était encore loin d'être terminée. Cette visite faisait décidément du bien à l'ancien mercenaire, qui en avait bien besoin depuis le temps qu'il était enfermé et presque sans nouvelles, surtout sans véritable contact humain. Certes, elle était là depuis la veille, mais restant une inconnue, sa présence n'était encore pas suffisante pour l'aider à aller mieux.
Elle sentit le regard de Jack sur elle, puis discrètement, elle se retourna légèrement vers Kamiko à qui elle adressa une esquisse de sourire, plus par gêne que par réelle envie, et il ne s'en formalisa absolument pas. Après tout, au sein de ce petit rassemblement ils faisaient figure d'intrus, pour ne pas dire de pièces rapportées, la gêne ne pouvait être qu'au rendez-vous de leur côté. Même si par ailleurs, tous faisaient l'effort commun de considérer la situation comme parfaitement naturelle, ce qui aurait pu être le cas dans d'autres circonstances. Mais dans d'autres circonstances, elle n'aurait peut-être jamais rencontré Faust, ou les choses se seraient passées de façon tellement différentes qu'ils n'en seraient jamais arrivés là. Et si ça avait été une autre, à sa place ? S'il avait pris une autre fille en otage, une autre étourdie qui l'avait suivi ? Quelque chose lui disait que c'était impossible, qu'il n'y avait bien qu'elle pour se mettre dans une situation aussi saugrenue. Mais si ça avait été une autre, justement... Serait-il aussi attiré par cette autre femme ? Est-ce qu'il y aurait cette ambiguïté entre eux s'ils s'étaient rencontrés autrement, de façon plus standard ? Est-ce qu'elle aurait seulement fait attention à lui ? La réponse était quelque part oui, il ressemblait beaucoup à Steve, un ami de ses parents, et oui, par simple souvenir, elle l'aurait vu. Mais lui aurait-elle parlé ? Déjà, que serait-elle allée faire à Islantis ? Pour du travail, éventuellement. Elle ne serait pas forcément tombée sur son bar, ou alors par le plus pur des hasards. Et qu'aurait-elle fait, alors ?

Elle se serait peut-être assise au comptoir et lui aurait commandé un café. Il lui aurait peut-être -sans doute- sourit brièvement et aurait fait son travail rapidement, avec habitude. Il ne ferait pas attention à quelqu'un qui commande un simple café ; après tout, qu'est-ce qu'une personne qui prend un café seule dans un bar ? Une personne sans doute insipide, solitaire, pas assez sociable pour avoir des collègues de travail, ou alors simplement de passage : une personne sans histoire mais sans doute à problèmes. Comme tout le monde, elle aurait pu lui raconter sa vie, lui confier son malheur comme le ferait un pilier de comptoir. Mais étant une femme, elle aurait plus de retenue. On se confie à une autre femme, pas à un homme inconnu. Par convention, non, elle ne lui aurait rien dit. Alors elle ne lui aurait pas parlé, elle se serait contenté de payer son café, de le remercier, il aurait répondu machinalement, rendu la monnaie et ils se seraient quittés sans s'être vus, sans savoir la valeur de l'un ni de l'autre, sans même s'être vraiment rendu compte de la présence l'un de l'autre. Une histoire triste, banale, sans début ni fin. Une histoire qui n'aurait jamais pu en devenir une.
Alors peut-être qu'elle serait rentrée dans le bar, et que dans le silence, la minuscule tasse de café entre les mains, un peu rêveuse, elle entendrait sa voix lui demander si tout va bien, simplement pour savoir de façon détournée si la température du café lui convenait, et, en relevant les yeux vers lui, elle lui retournerait sa question. Il serait peu probable que la suite ne devienne une conversation, ou alors très courte, sur des banalités, mais au moins elle aurait marqué sa mémoire, serait devenue plus intéressante, moins engloutie dans la masse des clients indifférents à son sort. Mais peut-être qu'il s'en serait fichu, peut-être que ça ne serait jamais allé plus loin. Elle serait repartie, avec un sourire, il lui aurait sans doute souri à son tour, puis ils ne se seraient jamais revus.
Quelles que pouvaient être les options, finalement, cette rencontre certes peu conventionnelle et surtout violente n'était-elle pas la meilleure solution, celle qui avait la meilleure issue ? Parfois, il y avait du bon à tirer de mauvaises situations. Plus rarement, il y avait des merveilles à tirer de situations véritablement apocalyptiques. Elle ne saurait ce qu'il y avait à retirer de sa situation que lorsqu'elle lui aurait annoncé qu'elle lui avait menti pour ses jambes.

Le repas se déroula relativement dans le calme, même si la jeune femme, à peine tirée de ses pensées par la voix de l'ancien mercenaire, avait dû reprendre son parrain qui n'avait pas l'air de vouloir lâcher le barman du regard. Mange, lui glissa-t-elle en langage des signes, un regard plus que significatif en tant qu'appel de phare. Elle se doutait qu'il n'était pas ravi de déjeuner en compagnie d'un ancien garde du corps privé adepte du lance-flammes et accessoirement kidnappeur de jeunes femmes dans les rues de Modula, mais il pouvait tout de même faire l'effort pour la petite. Ce qu'il finit par faire, se contentant, comme sa filleule, de manger en silence. De toute façon, l'un comme l'autre n'avait rien à dire, alors autant ne pas la ramener pour rien. Cela ne les empêcha pas de participer à la conversation, jetant de temps à autre des regards pour vérifier l'état de leur grand malade, espérant que son estomac supporte la nourriture mais aussi qu'il ne leur fasse pas un malaise en plein milieu de la visite. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver. Le plus rassurant restait tout de même de voir qu'Eden mangeait de bon appétit, -peut-être un peu trop !- mais sans doute que le stress des derniers jours ne lui avait pas laissé grand loisir de se nourrir convenablement et selon les paroles de son oncle, elle était aussi un peu coutumière du fait ! Ce n'était en aucun cas une mauvaise chose, mieux valait apprécier le fait de manger, le contraire serait se retrouver avec l'obligation à vie de faire quelque chose que l'on déteste sous le prétexte légèrement prioritaire d'en avoir besoin pour vivre et faire d'autres choses. Au moins, de ce côté-là Faust serait tranquille !
Jack resta un moment silencieux, contemplant Eden avec un léger sourire, ménageant sans doute ses effets pour une petite plaisanterie :
"Tu es bien la première personne que je dois autant apprécier un repas à l'hôpital !"
Ils rirent tous de bon cœur, ou du moins sourirent. Oui, finalement ils avaient presque réussi à transformer cette visite a priori de mauvaise augure en un bon moment. L'empathique sourit presque pour elle-même, puis retourna à son propre carton repas.

Ils débarrassèrent, allèrent jeter les cartons, gobelets et serviettes, puis se lavèrent les mains à une minuscule fontaine à eau qui semblait plus être faite pour se laver les pieds qu'autre chose, mais de l'eau reste de l'eau. Du moins, Kamiko et elle. La jeune femme avait fait distribution de lingettes et savon sans eaux pour les autres, préférant tout simplement les laisser véritablement ensemble sans intrus pour le moment. Leur compagnie ne les dérangeait pas, mais la jeune femme commençait à avoir de sacrés maux de tête et son parrain ne préférait pas la laisser toute seule. Il n'avait peut-être pas tort. Elle n'allait pas s'évanouir, là n'était pas la question, mais sa présence l'empêchait de craquer. Surtout dans un moment où tout le monde semblait plutôt content, il aurait été vraiment mal venu de le faire.

"Allez, c'est bientôt fini. Elle est cuite, la puce."
Kylia jeta un coup d’œil à Faust qui tenait Eden sur ses genoux, voyant en effet la petite sombrer peu à peu dans un sommeil qu'elle imaginait profond et paisible. En effet, il n'allait pas falloir tarder à s'éclipser. L'horaire du train de retour y serait sans doute pour quelque chose, mais peut-être que Faust aussi aurait besoin d'une bonne sieste. Ils avaient encore le temps de voir.
Ce ne fut qu'alors qu'elle se rappela son mensonge, et dans sa tête comme un petit diable qui sautait autour de ses oreilles pour lui chanter qu'elle était foutue.

Le petit cortège remonta tranquillement, sans que personne ne fasse véritablement attention à eux. Quelques aides soignants et infirmiers leur adressèrent des sourires ou parfois des regards attendris en voyant la petite couchée contre l'ancien mercenaire, le minois réfugié dans son cou. Oui, ils étaient mignons, tous les deux. Fermant la marche de sorte à ne pas gêner les mouvements des autres personnes, l'ancien tandem détective/apprentie avançait en silence, l'un comme l'autre un peu mal à l'aise. Il ne lui avait pas fallu grand effort pour suivre la conversation dans la voiture, juste en jetant un coup d’œil de temps à autre dans le rétroviseur. Il savait lui aussi qu'elle avait menti. Et il savait lui aussi qu'elle allait lui dire la vérité avant que la nuit ne tombe. Cependant, il savait peut-être bien plus qu'elle ce qu'elle allait endurer à l'avance que l'inverse. Et il se doutait bien qu'il allait devoir remettre quelques points sur les I avant de repartir lui-même pour l'hôtel.
Il y eut les au revoir, à l'intention de Faust, à son intention, elle échangea quelques informations avec son parrain. Il reviendrait pour s'assurer que la nouvelle avait été bien prise, puis pour voir si l'un d'eux restait sur place ou s'ils rentraient tous les deux. Le garde du corps, un jeune homme adorablement discret, lança un regard protecteur à la petite dans les bras de Jack puis adressa un sourire professionnel à la jeune femme.

"Vous pouvez partir dès que votre journée se termine. Je ne pense pas qu'il y ait de problème dans un hôpital de base aussi surveillé, surtout en pleine nuit." Il allait protester, puis se rappela qu'en effet, il avait des horaires précis, lui rappela qu'il pouvait l'appeler s'il y avait besoin, et ce jusqu'à dix-neuf heures, puis retourna dans le couloir avec son collègue avant qu'elle ne ferme la porte sur tout ce petit monde.
Il ne l'avait sans doute pas perçu, mais le simple de fait de refermer cette porte lui avait fait manquer un battement. Bon sang, c'était le moment. Si seulement elle avait le choix...
Elle ne l'avait pas. Alors elle lui fit face, comme si de rien n'était. Les mauvaises nouvelles arriveraient bien assez tôt. Beaucoup trop tôt...

Oui. Oui, Kamiko tenait beaucoup à elle, à peu près autant que Faust à Eden, c'était évident, mais pourquoi tant de remerciements ? Pourquoi se fatiguer, dans moins de dix minutes il la détesterait et la jetterait au-dehors de sa chambre ? Ces paroles lui faisaient peut-être encore plus mal que ce qu'elles auraient pu lui faire plaisir.
Je l'aurais au moins vue une dernière fois.
Elle ferma les yeux et sentit qu'il allait véritablement la faire pleurer. Pourquoi est-ce qu'il disait ça ? Est-ce qu'il n'avait pas confiance en elle ? Y avait-il quelque chose qu'elle ne savait pas ? Les gens doutaient souvent d'elle, pourtant elle savait être bien plus fiable que n'importe qui d'autre quand elle le voulait. Seulement elle ne pouvait lui adresser aucun reproche, pas avec le mensonge qu'elle avait à lui dévoiler. Même si c'était pour une bonne cause.
Elle rouvrit les yeux et vit le regard de Faust posé sur elle. Il ne fallait pas qu'il remarque ses yeux embrumé, mais c'était un peu tard pour s'en inquiéter. Elle vit sa main étendue vers elle et le prit comme une invitation à ne pas rester avec ce poids. Tant pis pour ce qu'il dirait. Un instant, elle se rendit compte avec honte qu'elle était plutôt rassurée de le savoir encore une main attachée. Comme s'il était encore possible qu'il essaie de l'étrangler...
Un sourire sans grande conviction aux lèvres, sans aucun effort pour cacher que ça n'allait pas, elle s'assit sur le bord du lit comme elle l'avait fait plus tôt, mais ne prit pas sa main. Le toucher serait sans doute la plus mauvaise chose à faire dès lors qu'il saurait.


"Ne fais pas attention à Kamiko, il fait cet effet-là à tout le monde."
Elle ferma à nouveau les yeux et déglutit péniblement. C'était le moment de lui dire.
"Je suis sincèrement désolée pour ce que j'ai fait, Faust. Vraiment désolée. Je ne l'aurais pas fait s'il n'y avait pas eu Eden et Jack. Mais je voulais que tu n'y penses pas, que tu sois vraiment avec eux. Je ne savais pas que c'était si terrible pour vous trois."
Elle retrouva ses yeux, les siens embués de larmes. Ce qu'elle pouvait détester pleurer devant lui. Elle se sentait faible, elle se sentait mal.
"Il va falloir une opération pour tes jambes. Rien de grave, mais ça ne reviendra pas tout seul."
Elle se retenait, mais si elle avait pu, elle aurait fondu en larmes. La tête basse, le regard détourné, les yeux fermés, elle serra ses doigts sur le drap.
"Je suis vraiment désolée."



Elle s'attendait à des cris, des injures, à ce qu'il lui demande de foutre le camp, qu'il lui dise qu'il ne veuille plus jamais la revoir. Au lieu de cela, elle ne fit face... à rien. Un vide abyssale, une absence totale d'émotion. Une absence qui semblait l'aspirer jusqu'au plus profond d'elle-même, la tirer vers un vertige contre lequel elle ne pourrait peut-être pas lutter longtemps. Un vertige inquiétant, qui signifiait peut-être que c'était l'information de trop et qui ne présageait rien de bon, absolument rien. Elle voulait s'assurer que ce n'était pas si catastrophique, qu'il n'était pas en train de définitivement perdre connaissance. La chose à ne jamais faire dans ces moments-là, toucher une personne, s'exposer encore plus. Mais ce n'était pas qu'une personne, c'était Faust. Il n'avait pas eu peur de s'exposer dangereusement pour elle, elle n'avait pas le droit de le laisser comme ça. Elle posa sa main sur son bras, l'appela doucement. Le vide était toujours là, la guettait, semblait lui dire qu'elle allait regretter cette foutue journée, qu'elle allait la regretter à vie !
Et elle regretta son geste.
Il revient à lui, peu à peu, et monta alors une sensation de trahison. Oui, elle était traître, elle lui avait menti, pour une bonne cause, certes, mais elle lui avait fait croire en un espoir impensable, à des années lumières de la vérité ! Si seulement, si seulement il pouvait savoir à quel point elle était désolée, si elle pouvait lui partager sa souffrance ne serait-ce qu'une seconde. Mais elle ne pouvait pas. Elle était trop faible pour le faire, et il n'avait qu'une seule chose à faire, qu'un seul droit à exercer, celui de la prendre pour la pire des vipères que ce foutu monde ait connu, la pire garce qu'il n'ait jamais rencontré dans sa vie. La pire déception qui n'avait jamais croisé sa route... Sa main tremblait sur sa peau qui lui paraissait désagréable chaude, brûlante alors qu'il ne devait en être rien. Elle se détestait. Elle se détestait de lui infliger autant de peine, de tristesse. Elle non plus ne comprenait pas comment elle avait pu lui faire ça, comment elle avait pu avoir la cruauté de lui faire à une chimère, une chose à laquelle lui-même n'avait pas semblé croire sur le moment, pris par ce souvenir décidément trop douloureux d'un fauteuil qui tenait plus de la prison mentale que de l'aide physique.
Bon sang, ce qu'elle pouvait avoir mal. La douleur empathique d'ordinaire purement psychique devenait une véritable douleur physique, comme si quelqu'un lui envoyait des décharges électriques de plus en plus fortes dans tout le corps. Et cette personne, c'était bien lui. Il fallait qu'elle enlève sa main, mais elle n'y parvenait pas, sentant déjà son cerveau partir et ne plus répondre à son subconscient. Elle était entièrement et pleinement hors d'elle, au sens propre. Pourvu que rien d'autre n'arrive. Je t'en prie, Faust, ait pitié de moi ne serait-ce que dix secondes. Elle ne savait absolument pas ce qui pourrait se passer à partir de maintenant.
La haine, la rage. Non, non ! Pitié ! Elle s'en voulait déjà assez, elle pouvait le jurer, mais pas de rejet, pas ça, pas maintenant. Pas quand elle était épuisée, pas quand elle ne pouvait plus lutter, plus se défendre...

Sa main lâcha presque mécaniquement le bras de l'ancien mercenaire, mais ses émotions étaient trop fortes, elle ne pouvait plus rien faire contre. C'était comme si son cerveau avait atteint un nouveau stade dans l'empathie, comme s'il était dès lors impossible de s'extraire d'une réalité toute en ondes qui la dévoraient de l'intérieur, l'empêchaient d'exister jusqu'à ne plus devenir qu'une poupée de chair, vide de toute émotion et vie personnelle propre. Une poupée qui servirait plus à rien, incapable de communiquer, de revenir à la réalité. Elle sentait tous ses signes vitaux littéralement exploser, comme si une vanne, non, la vanne, la seule vanne de sécurité de son corps venait de sauter. Si seulement elle n'était pas aussi fatiguée, si seulement elle n'avait pas accumulé autant de stress, de montées d'adrénaline, si elle n'avait pas du jouer ce rôle trop dur pour elle... Sans savoir comment, elle s'était levée mais à peine avait-elle fait un pas guidé par un vertige incroyable, elle s'était effondrée, un genou à terre et hurla de douleur. Longuement. Tremblante comme une feuille. Elle ne parvenait même pas à discerner sa propre voix dans le bourdonnement incessant de son cerveau dans ses oreilles. C'était trop. Trop. Beaucoup trop.
La porte s'ouvrit sans qu'elle ne sache si c'était vrai ou non. En un éclair, les chaussures de sécurité entrèrent dans son champ de vision et une grande main la rejetait légèrement en arrière. Elle comprenait dans cette panique naissante une idée bienveillante, mais c'était déjà trop tard. Elle ne reprit que peu ses esprits, pour simplement comprendre que malgré la tenue épaisse du garde du corps, il était sur le point de faire un malaise, sans doute lié au stress qu'elle sentit monter en flèche dans ce grand corps qu'elle n'identifiait plus que par émotions. Non ! Surtout pas, il ne manquait plus que ça !
Sans savoir comment, elle se releva, marcha péniblement comme si on lui avait ouvert le buste, en titubant, courbée et la respiration difficile. Sans prendre en compte personne, elle écrasa littéralement le bouton d'appel des infirmiers avant d'hurler à nouveau, sans doute à cause de la présence trop proche de l'ancien mercenaire. Cette fois ses pieds s'agitèrent tous seuls, s'éloignèrent mais elle tomba à nouveau, plus lourdement, la tête entre ses mains. Tout tournait autour d'elle, comme si elle était entrée dans une nouvelle dimension, un nouvel accès de conscience auquel on ne pouvait pas survivre. Des formes de couleurs inouïes bougeaient comme des rapaces, à une vitesse incroyable, tournaient autour d'elle, prêts à fondre, mais pourtant ne l'attaquaient pas. Ils étaient là, comme pour lui demander de l'attention.
Ne nous oublie pas ! Regarde, nous sommes là ! Moi aussi je suis là ! Moi aussi ! Aide-moi, aide-moi à m'échapper de là, on est trop à l'étroit, ici !
La grande forme sombre se rapprocha, mais elle ne la voyait que derrière un filtre de fantômes qui continuaient de tourner, tourner de plus en plus vite. Aide-nous ! Aide-nous à sortir de là ! Elle entendit une voix grave, lointaine comme si elle était sous l'eau, qui résonnait un peu. La voix hurla, criant des choses qui ressemblaient à des à l'aide, mais elle n'en était pas trop sûre. Tout ce qu'elle voyait, tout ce qu'elle entendait, c'étaient ces petits fantômes d'ondes négatifs aux couleurs extraordinairement belles qui semblaient vouloir s'emparer d'elle tandis qu'elle essayait de reprendre conscience comme elle le pouvait, la tête contre le carrelage froid du sol. Elle sentait son corps trembler, de peur mais aussi de fatigue et de froid. Elle avait la sensation que ses fantômes à elle la quittaient peu à peu, que bientôt elle ne serait plus rien qu'un autre petit fantôme parmi tant d'autres qui hantaient ces couloirs.
Une armée de personnes encore plus anxieuse arriva à grandes enjambées. Les yeux maintenant tournés vers le plafond, le dos contre le sol froid, elle vit un dôme d'une beauté rare au-dessus de sa tête. Oui, l'émotion humaine devait être belle, vue d'ici. Elle y serait bien restée si elle ne souffrait pas autant. Ce monde était si beau par rapport à celui qu'elle avait toujours connu. C'était peut-être pour ça qu'elle n'avait jamais été tellement ancrée dans ce monde, d'ailleurs. Parce qu'elle en connaissait tellement plus joli, qui aurait changé la face de celui dans lequel elle évoluait quotidiennement si tout le monde avait pu le voir comme elle le voyait. Mais bon sang, cette douleur ! Comment pouvait-on souffrir autant et survivre ? C'était peut-être pour ça que les personnes autour d'elle, dont elle distinguait à peine les visages flous, s'affolaient. Ils lui parlaient, lui posaient des questions vives, et elle aurait bien aimé pouvoir leur répondre. Si seulement elle comprenait un traître mot de ce qu'ils disaient, si seulement elle pouvait reprendre possession de son corps. Mais c'était trop tard, sans doute. Une vive douleur se planta dans son bras et l'espace d'un dixième de seconde de conscience, elle comprit que la douleur venait de ses muscles crispés, son corps tendu au maximum, peut-être à la limite des possibilités. Certes, elle avait été un sacré paquet de muscles à une époque, certes elle en avait encore un bon paquet, mais pouvait-on véritablement atteindre ce niveau de crispation ?
Elle n'eut pas la réponse, sentant son esprit sombrer, peu à peu, lourdement. Bientôt tout fut noir. Tiens, les couleurs avaient arrêté de tourner. Le monde avait arrêté d'exister.
C'était peut-être à ça que ressemblait la fin ? Si c'était ça, il n'y avait pas de quoi avoir peur.
Et s'il n'y avait pas de quoi avoir peur, elle ne pourrait jamais le dire aux autres.
Comme tous les autres avant elle.
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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Sam 11 Oct - 14:29

Je te l'avais dit que c'était bien trop. Bien trop. Oui, mais c'était pour Eden. Est-ce que tu crois que personne n'aurait rien fait pour moi dans son cas ? Personne. Personne n'aurait fait ça. Alors pourquoi je l'ai fait ? Parce que tu n'es pas tout le monde. Comment ça ? Tu crois franchement que dans un monde entièrement peuplé d'empathiques il y aurait autant de misère et de conneries de faites ? Tu es bien naïve ! Ne sois pas si dur. Oui, tu as raison, il doit bien y avoir encore quelques fous comme toi pour rendre le monde plus joli, mais commencez à prévoir une réserve, vous êtes bientôt en voie de disparition. Ce que tu peux être cynique ! Tu es cynique, ma vieille ! C'est juste que tu l'as oublié avec le temps. Tu es devenue une loque, heureusement que tu as commencé à te bouger le cul mais tu auras mis le temps ! Je ne te permets pas de me parler sur ce ton ! Ah ben tu vois, quand tu veux ?

C'était quoi, ça, tout à l'heure ? Quoi ça ? Bah ça, toutes ces couleurs, ces choses  qui bougeaient ! Ah, ça ? C'est rien, c'est que tu vois tout le temps. Euh... ? Bah si, moi je le vois ! Sinon tu ne serais pas empathique, cocotte. Alors tu veux dire que ces choses existent ? Bah oui, tu n'es pas encore folle au point d'avoir des hallus. Si les hommes étaient hallucinogènes à ce point, y aurait plus de dealers dans les rues, juste des pervers en grands manteaux. T'as vraiment une vision bizarre des choses... Oui, mais je ne sais pas si tu sais, je ne suis pas la partie la plus recommandable de ton esprit. Tu veux dire que je discute avec moi-même comme si je prenais le thé avec Nell ? Non, non, je suis le Saint Esprit, je suis venu te passer un petit coucou avant le Jugement Dernier. T'es mal placée avec tes treize morts et ton presque tué par empathie inversé, tu sais ? Pffff ! Arrête, t'as vraiment un humour tordu ! Ouais, mais je t'ai fait rire ! Sérieusement, je peux être comme ça ? Non, non, je te rassure. Je suis vraiment une partie de ton subconscient. Alors pourquoi je peux te parler comme ça ? Parce que t'as craqué ? Mais pourquoi juste une partie, alors ? Parce que les humains sont tous capables d'empathie. Je veux dire, vraiment tous. Mais dans ton cas, la magie s'est logée dans une zone particulière de ton cerveau et l'empathie s'est sur-développée. Chez beaucoup de tueurs, c'est l'inverse, la zone d'empathie n'existe quasiment pas ou est muselée. Depuis quand je sais tout ça sur la psychologie des psychopathes ? Depuis que t'en fréquentes un ? … Vraiment ? Mais non, banane ! Tu te rappelles pas ton cours de psychologie psychiatrie je sais pas trop quoi sur le développement de l'enfant, les pathologies et le dégénérescences neuronales ? Tu veux dire que j'ai compris ce cours ? Eh oui ! Comme quoi, tu n'es pas si stupide !

Qu'est-ce que je dois faire avec Faust ? Tu n'as pas de récipient assez grand pour le cacher et le jeter à la mer. Non, mais je veux dire, vraiment ? Tu crois qu'il m'en veut encore ? T'en vouloir de quoi ? De ne pas lui avoir encore montré tes seins ? … Bordel, tu es vraiment, mais vraiment pas recommandable ! Oh ça va ! Reconnais que tu dirais pas non non plus à ce qu'il t'enlève tes vêtements. Hum. Ouais, non, pas dans une chambre d'hôpital. Oui, je reconnais, c'est un peu crade. Ça serait gênant. Mais tu reconnais que tu ne dirais pas non. De toute façon tu fais partie de mon inconscient, tu sais plus de choses que moi sur mes propres désirs. Évidemment, patate ! Tu t'amuses à les brimer ! Depuis quand c'est blâmable de désirer un homme ? Ça le devient quand celui-ci t'as pris en otage et s'est retrouvé en prison ? … Là tu me fais de la peine. Tu m'as infligé tout ça pour enfin te rendre compte que tu fais une connerie selon le bon sens commun ? Le... quoi ? Je savais que tu ne connaissais pas cette chose, arrête de te foutre de ma gueule ! C'est pas agréable, tu sais ? Oui, je le sais, je te subis depuis un petit moment, maintenant. Et en plus ça a l'esprit de vengeance ? Mais quelle saleté ! J'ai été à bonne école ! Oui, bon, ça va !

Et sinon, je fais quoi avec Faust ? Je ne sais pas, qu'est-ce que tu as envie de faire ? Justement, je ne le sais pas, alors consulte tes copines de l'inconscient, faites une réunion tupperware et dis-moi ce qu'il en est ! Une réunion tupperware dans ton cerveau... Je suppose qu'il ne faudra pas qu'on laisse de miettes, ça va vraiment endommager ta partie consciente. Qui l'est déjà assez, on va peut-être essayer de ne pas te laisser trop de séquelles. … Tu as fini avec tes sarcasmes ? Oui.
Bon, alors je fais quoi ? Épouse-le. … T'as vraiment des idées bizarres, tu le sais, ça ? Oui, mais je suis ton inconscient. On ne me demande pas d'être rationnel. Ni même logique, d'ailleurs. Enfin, pas selon les règles que les humains ont établies. Mais selon ce que vois, moi, oui, je suis logique. Tu sais que je t'aime bien ? Oui, malheureusement tu ne peux pas m'épouser, je n'ai pas de corps. … Oublie ce que j'ai dit. C'est pas gentil ! Je n'ai jamais dit que j'étais gentille ! Non, tu n'as pas besoin de le dire, je le sais. Tu l'es. Trop. Beaucoup trop. Mais c'est ça qui fait ton charme.

Et si on y retournait, maintenant ? Oui, mais comment ? Ne t'en fais pas. Je suis peut-être ton inconscient, mais il y a des chemins que je suis le seul à connaître. Allons retrouver ton monde.


Elle rouvrit les yeux et tomba sur les visages crispés puis bientôt soulagés de ce qui semblaient être trois deux infirmières et un médecin. Il se passa quelques secondes de silence tendu pendant lequel ils l'observèrent, puis rirent presque en la voyant tenter de se redresser. Une petite main ferme appuya sur son plexus, et elle grimaça en ressentant une légère douleur. Un léger bip se faisait entendre, et elle remarqua à peine le petit boîtier au bout de son index relié à un petit appareil pas plus gros qu'un réveil qui semblait mesurer son rythme cardiaque.
"Restez tranquille encore un moment, chérie. On vous amène un lit, vous y serez plus confortable."
Une grande silhouette toute en sombre sauf un t-shirt blanc immaculé entra dans la pièce, ce qui semblait un lit pliant à la main. C'était le garde du corps qui semblait s'être pris quelques sueurs froides. Il sembla soulagé de la voir à nouveau consciente, et quelque part un peu gêné.
"Mais enfin ! Vous n'allez pas la mettre là-dessus ! Pas après ça !" s'exclama la même infirmière.
"Ils m'ont dit qu'il ne restait plus que ça..." Il était encore plus gêné, évidemment.
Attrapant d'une main encore un peu absente le bras de l'infirmière, Kylia répondit d'une voix légèrement rauque.

"Ne vous en faites pas, je suis tellement fatiguée, je pourrais dormir n'importe où. Juste, arrêtez de m'appuyer sur la cage thoracique, ça fait mal."
L'équipe médicale éclata à nouveau de rire, puis se mit en mouvement pour l'installer. Le lit de camp fut installé près de la fenêtre, contre le mur et avec facilité le médecin et l'employé de sécurité la soulevèrent pour la poser dessus.
"Il va falloir vous remplumer un peu, vous êtes trop légère pour me faire mal au dos, c'est mauvais signe !" plaisanta le médecin.
"Qu'es-ce qu'il s'est passé, exactement ?"
Son sourire déserta pour être remplacé par un légèrement plus professionnel, puis il posa un genou à terre, un bras posé sur le montant métallique pour être à sa hauteur. A son calme et sa facilité de communication, elle l'imaginait plus habitué aux urgences ou tout simplement plus impliqué dans son travail, moins clinique, c'était le cas de le dire.
"Vous avez une capacité spéciale, n'est-ce pas ?"
Question piège... Pour sa propre santé, elle ne pouvait pas lui mentir.
"Oui, j'ai un don d'empathie."
Sa tête la lança à nouveau.
"Bien. Ne parlez pas trop tout de suite, vous allez vous fatiguer. Vous avez pris un sacré coup. Je pense que vous avez accumulé trop de fatigue et de stress, et votre cerveau a mal réagi à des informations extérieures peut-être un peu vives. Une simple douleur venant d'une autre personne vous aurez fait le même effet." Ils savaient très bien tous les deux que c'était faux. "Vous avez fait un genre de montée d'adrénaline, mais pas vraiment la bonne. Vous avez failli faire un arrêt cardiaque. On a dû vous faire une piqûre pour au moins calmer votre cœur, mais vous devez vous reposer, vraiment. Pendant au moins une ou deux journées et après ne pas reprendre le même rythme. En attendant, cette nuit je vous garde ici au cas où une nouvelle crise ne refasse surface."
"Comment ça, j'ai failli ?"
"Disons que grâce à notre ami ici présent, (il désigna le garde du corps) nous sommes arrivés à temps. D'ailleurs, il a failli nous tomber dans les pommes en vous touchant, vous n'êtes pas une faible femme sans défense !"
Un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
"Oui, souriez un peu. Voilà qui est mieux. Nous allons vous laisser. Ne vous levez pas tout de suite, allez éventuellement vous prendre un café, faites ce que vous voulez mais rien qui ne soit source de stress ou qui vous empêche de vous reposer. Je vais vous débarrasser de ce petit bip, d'ailleurs, sinon vous allez me maudire."
Avec délicatesse, il ôta le boîtier au bout de son doigt puis se redressa en récupérant la machine encore posée au sol. Avant de partir, il s'approcha de quelques pas du lit de l'ancien mercenaire et s'adressa à lui, toujours aussi calmement.
"S'il y a le moindre souci, pour vous ou pour elle, vous appelez immédiatement. Après, si vous voulez vous en débarrasser, vous savez sur quel bouton ne pas appuyer !" Une blague sans doute de mauvais goût, mais surtout faite pour détendre l'atmosphère.

Ils sortirent tous, et le médecin adressa un mot à quelqu'un qui attendait au-dehors. La silhouette de Kamiko fit son apparition dans la chambre, l'air plus inquiet que contrarié. Il avait ôté ses lunettes, ses yeux d'un gris acier entièrement inexpressifs rivés sur elle. Calmement, il ferma la porte et prit la chaise pour l'approcher de son lit, ne faisant nullement attention à Faust. A dire vrai, il devait complètement s'en moquer. Il s'installa près d'elle, et posa sa main sur sa tête. Elle s'attendait à ce qu'il parle, mais elle sentit, limpide, tout son être trembler de l'intérieur. Il leva alors sa main libre, et parla de la manière la plus sûre quand il ne parvenait plus à trouver sa voix.

Ça va ? Oui, mieux. Tu n'as pas mal ? Non, pas trop. Il faut que tu dormes. Oui, je sais. Je t'aide à te mettre sur le côté, tu dormiras mieux.
D'une main experte et sans brusquerie, il la saisit et progressivement fit passer tout son corps sur le côté, attendant qu'elle soit parfaitement bien calée et qu'elle ne bouge plus. Ce devait sans doute être la première fois que Faust la verrait utiliser le langage des signes. Il lui poserait sans doute des questions dessus, ou peut-être serait encore dans son mouvement de haine et ne voudrait même plus entendre parler d'elle mais serait obligée de la supporter encore au moins une nuit dans la pièce.
C'est à cause de ce que tu lui as dit ? Oui. La réaction a été violente ? Pas la réaction, les émotions. C'est pareil. Tu veux que je lui parle ? Pourquoi ? Pour qu'il n'essaie même pas de te relancer sur le sujet. S'il le fait, je lui arrache la langue. Tu n'oserais pas ! Oh, il n'aura pas besoin de sa langue pour élever sa nièce, ça lui ferait les pieds... Tu es vraiment antipathique quand tu t'y mets. Je sais, mais ça te fait toujours sourire autant. Allez, dors, ou fais semblant, je vais lui expliquer la vie, à ce petit con.
Elle n'avait pas le choix, il le ferait, de toute façon. Alors autant éviter la gêne. Il caressa ses cheveux, son regard si froid toujours posé sur elle. Elle devait lui faire confiance, il ne ferait rien qu'elle pourrait lui reprocher. Kamiko était dur, certes, mais pas idiot. Et parfois il était bien plus compréhensif que ceux qui prétendaient l'être. Elle ferma les yeux et respira calmement, ne sachant pas vraiment s'il valait mieux s'endormir pour de bon ou écouter vraiment.
Il se passa quelques minutes assez longues pendant lesquelles il resta parfaitement silencieux, elle l'imaginait immobile, imperturbable, puis il releva sans doute les yeux vers l'ancien mercenaire pour prendre la parole.


"Je sais que ça ne doit pas être facile, mais pour un mec de ton cran, j'aurais pensé que tu aurais su te maîtriser un peu plus. Pas pour toi, je dois t'avouer que j'en ai un peu rien à faire de ce que tu peux bien penser de ta condition, mais pour elle. Pour ta nièce, aussi. Parce que sans Kylia, crois-moi, tu auras du mal à la revoir. Et le sans Kylia a bien failli t'arriver."
Des pauses, comme toujours pour bien laisser le temps aux gens de comprendre la gravité de ce qu'il disait, ou du moins les culpabiliser plus.
"Cette gamine est tout ce que j'ai, et j'espère bien que tu comprendras que s'il lui arrivait quelque chose, je n'aurais aucun scrupule à aller en prison pour te le faire payer."
Un peu cru, mais au moins c'était dit.
"Elle a d'autres projets, actuellement. Elle a été virée de son boulot après votre passage dans le désert. Heureusement elle n'a pas eu d'ennuis mais elle prépare un concours assez consistant, alors je te prierai de bien vouloir te rappeler que tu n'es pas seul dans sa vie et qu'avec tout ce qu'elle a fait depuis que tu es prison, tu pourrais la ménager un peu. Tu sais parfaitement qu'il y a des fragilités contre lesquelles elle ne peut pas lutter."
Il se redressa, ôtant sa main des cheveux de la jeune femme, et elle l'entendit clairement se lever.
"Ce genre de choses n'était encore jamais arrivé. J'espère bien que ça n'arrivera plus jamais. Alors ouvre l’œil et agis comme un homme."
Clair, concis, et ne laissant pas une chance de répliquer. Du Kamiko comme elle n'en avait plus entendu depuis longtemps. Il quitta la pièce en fermant la porte, mais elle se doutait qu'il ne tarderait pas à prendre de ses nouvelles en messages, comme toujours.

Il se passa un long moment pendant lequel elle resta sans bouger, silencieuse, plongée en elle-même, toujours un peu perturbée par ce qu'il venait de se passer. Elle avait failli faire un arrêt cardiaque. C'était bien la première fois qu'un problème du genre survenait, et elle espérait elle aussi que ce serait la dernière. C'était assez effrayant, à bien y réfléchir. Alors, elle aurait pu mourir ? C'était horrible à dire, mais oui. Il faudrait vraiment qu'elle apprenne à faire attention par la suite. Surtout pour ce qu'elle pouvait transmettre aux autres. L'agent de sécurité avait peut-être une meilleure constitution mais si cela devait se reproduire avec d'autres, il ne valait mieux pas que ça soit avec une personne ayant déjà des antécédents cardiaques.
Une fois un temps suffisant selon elle passé, elle se redressa doucement dans son lit, passant avec quelques raideurs en position assise. Elle qui était d'ordinaire souple avait l'impression d'avoir pris cinquante ans en dix minutes.

"Ne fais pas attention à lui, il a tendance à être un peu excessif dans certaines situations."
Elle conserva sa position, encore immobile pendant un moment, fixant ses pieds avec la bizarre impression que marcher serait difficile, pour ne pas dire tout sauf une partie de plaisir. Mais tant pis.
Avec une facilité relative, elle se hissa sur ses pieds, la bizarre impression d'être haut par rapport au sol, tout d'un coup. Et pourtant, elle était loin d'être une géante. Avec la sensation que son corps ne pesait plus rien, comme s'il avait été vidé de tout ce qu'il contenait mais en conservait un souvenir douloureux, elle s'avança jusqu'au lit de l'ancien mercenaire et s'y rassit, ne sachant pas vraiment quel accueil elle recevrait. Du peu qu'elle le connaissait, elle savait qu'il ne la jetterait pas, du moins pas méchamment après ce qu'il venait de se passer. Il pouvait être dur, mais il n'en restait pas sans cœur non plus. Dans un état de flottement le plus complet, elle ne parvenait pas à savoir ce qu'il ressentait, mais pour une fois, elle se dit que ça n'était pas plus mal.

"Je suis vraiment désolée de t'avoir infligé ça. Je ne savais même pas que ma capacité pouvait me conduire à ça."
Un léger rire nerveux, sans conviction força le barrage de ses lèvres. Elle devait vraiment lui sembler pitoyable.

Elle ferma à nouveau les yeux, sentant sa tête alourdie par une nouvelle vague de maux. Ce n'était décidément pas son jour de chance.

"Ce que j'ai mal à la tête..."
Doucement, sans lui demander son autorisation mais priant pour que ça ne le dérange pas, elle se glissa sur le côté, changeant peu à peu de sens pour rester vers lui, et laissa son épaule faire sans brusquerie sa place entre le bras et le torse de l'ancien mercenaire, sa tête posée sur son épaule, ses jambes le long des siennes. Une attitude familière, sans aucun doute, mais qu'il ne pourrait pas lui reprocher entièrement. Elle soupira longuement, puis rouvrit les yeux, sentant un certain réconfort à son contact. Elle espérait sincèrement qu'il lui avait pardonné, elle n'avait pas pensé à mal. Un nouveau moment passa pendant lequel elle tritura entre ses doigts le col de son haut, un peu embêtée de la situation même si par ailleurs elle ne voulait pas en bouger. Puis elle se décida.
"Je te sortirai de là et tu seras bientôt sur pieds. Je te le promets."
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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Lun 23 Mar - 22:36

"Ne fais pas attention à Kamiko, il fait cet effet-là à tout le monde."

Il la contempla alors que ses yeux trahissaient une certaine difficulté à prendre la parole. Il dressa un sourcil, ne voulant pas la presser. Il avait bien vu comment elle avait refusé de le toucher, et ne savait pas quoi penser de l’action. Peut-être qu’elle commençait à voir un aspect de lui qui le rendait repoussant… Il attendit, sentant qu’elle préparait vraiment quelque chose. Il avait tellement envie de dresser sa main pour caresser ce visage torturé… Mais quoi qu’il ferait il ne serait jamais la bonne personne pour le faire, et sa tentative de réconfort ne serait qu’un fantôme de sentiment ; il ne voulait pas lui imposer des émotions qu’elle prendrait si longtemps à rejeter, seulement pour trouver la bonne manière de lui dire qu’elle n’était pas intéressée… C’était tellement Kylia de faire ça, il l’imaginait bien, prête à s’effacer pour ne pas qu’il souffre. Ne lui arrivait-il jamais d’être égoïste ?

Mais voilà qu’elle ouvrit la bouche, et que les mots sortirent.

"Je suis sincèrement désolée pour ce que j'ai fait, Faust. Vraiment désolée. Je ne l'aurais pas fait s'il n'y avait pas eu Eden et Jack. Mais je voulais que tu n'y penses pas, que tu sois vraiment avec eux. Je ne savais pas que c'était si terrible pour vous trois."

Il la regarda droit dans les yeux alors que son regard se fixa dans les siens. Il voyait ses yeux pourpre luire d’humidité – ce qu’elle allait lui dire allait lui coûter gros, mais il ne comprit pas de suite de quoi il s’agissait...

"Il va falloir une opération pour tes jambes. Rien de grave, mais ça ne reviendra pas tout seul."

Tout s’éteignit. Comme si quelqu’un avait éteint la lumière. Une vague confusion le prit, comme si l’ampoule cessait soudainement de briller alors qu’il lisait un livre. Puis rien. Rien. Il n’y avait rien autour de lui, pas de bar rassurant et chaleureux, pas de famille encore jeune et soudée, pas de souvenir enfantin de quoi que ce soit… Il n’y avait rien. Pas même le fauteuil. Il n’y avait rien, rien, rien. Il était isolé, il n’y avait que lui et le néant à ses pieds, s’étendant comme un océan au-delà de la falaise dont il était en train de chuter. Rien n’avait de sens, et pourtant, lorsqu’il tendait l’oreille, des échos obscures lui revenaient, un non-dit, toujours le même : « Je t’ai menti. »
L’écho le rendait presque moqueur, dit avec une déformation de la voix de Kylia. Il chutait, dans l’Abysse jusqu’à ce qu’il sente soudainement quelque chose le toucher. La main de la jeune empathique sur son bras. Comme ça maintenant elle le touchait ? Il sentit un sourire d’amertume apparaître sur son visage alors qu’elle appela son nom. Il n’avait même pas entendu ses excuses, il n’avait pas envie. Elle avait menti, elle avait fait exprès… Elle l’avait trahi. Il n’aurait jamais cru la douleur aussi forte. De tout ce qu’il lui était arrivé, de tous les coups qu’il avait prit, de tout ce qu’il avait subit, rien n’était aussi douloureux que maintenant. Il aurait préféré recevoir plus de vingt coup de couteau dans l’instant que de comprendre que oui, vraiment, oui, elle aussi était capable d’une telle trahison.
Comment elle avait pu faire une telle chose ? A nouveau le fauteuil le narguait, illuminé dans le coin de son œil. Mais il l’ignora en dressant son regard directement sur le visage de Kylia. Un regard brûlant qui n’avait d’autre signification que : « Je t’ai fait confiance… Tu vas le regretter. »
Il se reprit l’espace d’un centième de seconde. S’il avait eu les mains libre, lui aurait-il vraiment fait du mal ? Le pire était que oui, c’était possible. Il avait envie de se défaire de ses chaînes, la prendre par le col et lui réclamer une explication, savoir pourquoi elle avait fait une chose pareille, comment elle avait pu le laisser tant espérer. Puis il l’aurait jeté, certainement avec assez de force pour qu’elle tombe, peut-être l’aurait-il frappé avant, il ne pouvait pas savoir, vu qu’il était menotté, et que rien ne pouvait aller au-delà de son imagination.
Mais qu’est-ce qu’il aurait voulu, comme d’autres l’avaient regardé, voir ce regard terrorisé qui regrettait tous ces moments passés ensemble, à essayer de le sortir de là. Non, maintenant il voulait faire du mal, tant pis pour les conséquences. Et pourquoi s’arrêter aux coups ? Il était fort maintenant, plus fort qu’il ne l’avait été, poussé par l’adrénaline et la rage. Il avait envie de sourire, imaginant avec une simplicité monstrueuse la scène alors qu’il l’aurait soulevé du sol et jeté sur le lit. Elle aurait été terrifiée, et il en aurait profité. Il l’imaginait elle menottée, incapable de bouger ses jambes, et lui triomphant, moqueur. Il se voyait arrachant ses vêtements, le faisant avec une lenteur sadique, juste pour que la terreur s’empare d’elle, qu’elle le voit, le vrai lui, comment il était réellement sous toute cette sympathie et ces mensonges. Il la voulait. Il la voulait, là, faible, incapable de le repousser. Puisqu’il fallait se rendre à l’évidence, elle l’aurait repoussé s’il avait demandé gentiment, n’est-ce pas ? Qui disait qu’il avait besoin de son autorisation, hein ? Il était puissant, plus puissant qu’il ne l’avait jamais été… Dans ses yeux elle n’était plus une personne – elle s’était elle-même rabaissée au stade d’objet, sa trahison avait retiré toute l’humanité qu’il pouvait voir en elle.

Il se coupa net dans sa propre pensée quand il l’entendit hurler. Il n’avait même pas calculé qu’elle l’avait lâché et s’était levée, aveuglé par cette soif de vengeance abominable. Il n’avait pas encore assez de recul pour se calmer totalement, mais il savait que ses pensées avaient été au-delà de ce qu’elles auraient dû être… Maintenant qu’elle hurlait, il n’arriva pas à sortir le cri de sa tête, il y avait une telle détresse dedans, et quelque chose de pire, bien pire, comme un hurlement à la mort. Ce cri l’envahi d’une terreur sans fin. Elle n’était plus là, Kylia, la femme qu’il aimait tant, avec ses petits sourires réservés et cette détermination qui faisait luire ses yeux clairs... Elle n’était plus là. Il n’y avait rien de reconnaissable dans ce regard tourné au plafond, ces yeux exorbités de souffrance, ce cri qui était comme un appel à la mort.
Soudainement ce corps, comme celui d’une poupée, se leva sur ses pieds. Cela ne paraissait pas naturel, comme un pantin qui n’obéit qu’à celui qui tient les fils. Elle fit un pas, alors que Faust s’était redressé de panique, criant son nom. Tout était confus.

Le cri venait de monter à une autre échelle alors qu’elle s’écroula au sol, et vite il se rendit compte que ce n’était pas seulement le cri qui venait de changer horriblement. L’atmosphère autour s’était noircie, et la lumière grésilla comme dans un cauchemar. Puis un son parvint à ses oreilles, comme un écho, un bourdonnement, et l’aura de Kylia prit forme… Les yeux de Faust étaient larges alors qu’il devint témoin d’une scène qu’il ne pensait pas possible… Non seulement il y avait comme un nuage sombre autour de Kylia, mais cette vapeur prit la forme de sortes de chauves-souris, tourbillonnant autour de l’empathique. C’était une scène tout droit sortir d’une terreur inexplicable et enfantine, instinctive et troublante. Le tourbillon ne cessait de grandir. Faust le sentit au plus fort, au plus près de la tempête qui se déchaînait dans la chambre. Soudainement il était vidé de toutes émotions positives, tous souvenirs qui pouvaient être chaleureux ; et même s’il avait eu la capacité d’y repenser à l’instant il n’aurait pas pu. Il savait que tout ce qui avait été positif lui était arraché, seconde après seconde, bouffé par les chauves-souris presque translucides, faites de cette vapeur noir qui pouvait rappeler les terreurs des enfants, cette peur de l’obscurité, de l’inconnu…
Il ne comprenait rien, et une peur instinctive lui tenait la poitrine, tout droit sortit de ses gènes animales ; il ressentait le danger, et il voulait s’en échapper. Il recula, terrorisé, criant de peur, faisant tout pour s’éloigner de cette tornade. Il tomba du lit, mais la menotte garda sa main haute sur l’armature, et ses jambes restèrent là, immobiles sur le sol. Il pleurait, mais comme un enfant pleure quand il est certain qu’il y a un monstre dans le placard.
Il n’était plus Faust McRay, il n’était plus humain, il était juste un bout de chair menacé d’extinction. Il n’y avait rien entre lui et la tornade, rien qui pouvait le garder en sécurité… Il pleura pitoyablement, comme un enfant, agrippé aux draps qui étaient tombés du lit avec lui. Les chauves-souris silencieuse devinrent alors des corbeaux, qui eux criaient, et la tornade s’étendit, et les corbeaux volèrent autour de sa tête, riant, se moquant de lui dans sa faiblesse. Il hurla pour que tout s’arrête, il ne voulait pas mourir, il ne voulait pas sentir toutes ses forces se faire aspirer comme ça. Il n’avait plus de souvenirs, plus rien, mais il ne voulait pas disparaître.

Et puis la porte s’ouvrit. Faust n’osa pas bouger, encore agrippé aux draps. Ne voyaient-ils pas ce qu’il se passait ? Ne voyaient-ils pas les corbeaux ?! Ne pouvaient-ils pas les faire disparaître ? Il avait tellement peur… Il ne savait même plus qui il était, où il était, plus rien n’avait d’importance… Il vit par-dessous le lit que quelqu’un était entré, et chuté quasiment aussitôt. Le faible handicapé gémit de peur en tentant désespérément d’arracher la menotte qui le tenait, enfonçant sans s’en rendre compte ses ongles dans sa peau. Il ne sentit pas les picotements de douleur, ni le liquide chaud qui coulait sur son bras vers son coude. Seulement quand le sang coula le long de son dos qu’il ne sentit quelque chose, et se mit à hurler de terreur, croyant que les corbeaux s’en prenaient à lui par l’intérieur de ses vêtements. Il arracha la tenue qu’il portait en hurlant. Mais il n’arriverait jamais à hurler plus fort que la tornade pour noyer l’horrible bruit qui emplissait ses oreilles. Il ne reconnaissait même pas sa propre voix, comme si ce corps n’était pas le sien, comme si on venait de lui arracher toute humanité, et tout ce qui faisait de lui un être à part entière.
Soudainement les corbeaux cessèrent, et il arrêta d’agiter les bras comme pour éloigner un essaim d’abeilles. Paniqué, terrifié, il regarda sous le lit.
De l’autre côté, la tornade s’était calmée, mais reprenait lentement avec une nouvelle ferveur qui le fit se recroqueviller plus fortement encore sur lui-même. Ce n’était plus la même aura terrifiante, envahissante, c’en était une lente, plus sombre, presque invisible. Elle eut pour effet de lui rappeler les pires terreurs de sa vie ; la souffrance lors de son enfance, la douleur du rejet par les militaires, la douleur de la mort de sa mère…
Il pleurnichait, essayant sans conviction d’arracher la menotte (ou sa main dans le cas présent.) Il savait qu’il n’avait pas grandes chances de s’en sortir. Les souvenirs étaient là, et semblaient déterminés à rester.
Puis il sentit un tremblement au travers de l’armature du lit – il regarda à nouveau, et s’aperçu que la tornade avait de nouveau prit forme, mais sans l’obscurité et les formes vaporeuses ; il y avait désormais des couleurs autres que le pourpre qui spiralait autour du corps en son centre. D’où il était il ne pouvait pas voir plus que la moitié de son corps, mais il était encore trop terrifié pour reprendre ses esprits et comprendre que la personne écroulée là était Kylia… Les corbeaux avaient disparut, et petit à petit les couleurs fades disparurent lentement, dansant de plus en plus près d’elle. Faust se sentit délivré de la terreur et lentement sa conscience lui revint. Il se serait inquiété de son poignet s’il n’avait pas compris que Kylia était en danger. Il se jeta sur le lit et cria : « KYLIA !! »
Elle ne réagit pas, et il vit aussitôt le garde allongé près de la porte. Que s’était-il passé ?! Il ne comprenait plus ce qu’il lui était arrivé, et n’en n’avait que le souvenir émotionnel : il était encore très secoué, et toujours aussi perdu dans la compréhension de ce qu’il venait de se passer. Mais la jeune femme était là, et elle était mal.

Il hurla au plus fort : « A l’aide ! Quelqu’un ! A l’aide ! »

Il se souvint aussitôt du hurlement de Kylia, cette terreur inhumaine, cette détresse… Quelqu’un l’avait forcément entendu… Il tenta donc de se rapprocher de la jeune femme, mais impossible à cause de la menotte. La voyant allongée sur le carrelage ainsi, il fut prit de panique. Ce n’avait pas été une crise ordinaire, même lorsqu’il l’avait aidé dans la maison de sa famille à Mala Muerte, cela n’avait jamais été aussi grave ! Et si elle était pire que blessée… ?
Il ne lui fallut pas plus d’une seconde pour réagir. Il appuya de tout son poids sur l’armature du lit et prit son pouce droit dans sa main. Il le pressa contre l’armature et avec un claquement le disloqua. Il cria de douleur mais au lieu de s’apitoyer, il glissa sa main hors de la menotte et se jeta sur le sol et leva Kylia dans ses bras, semblant inconsciente… Mais alors pourquoi avait-elle les yeux ouverts ?

« Kylia ! Cria-t-il en la serrant contre lui. »

Le sang de son poignet tâchait ses vêtements, et l’espace d’un instant il cru que c’était celui de la jeune femme.
Il rappela à l’aide, mais demeura incertain que qui que ce soit ne bouge… Il étendit son bras gauche et appuya à répétition sur le bouton d’appel d’infirmiers. Il reprit Kylia dans ses bras et la berça contre son torse (nu pour l’occasion), tremblant. Ses yeux étaient ouverts dans le vide, et il ne savait pas quoi faire. Il n’était pas médecin, loin de là… Il n’était qu’un destructeur, détruisant tout autour de lui… Il la berça, pleurant faiblement. Il fallait que les secours arrivent vite…
« Kylia, reste avec moi, l’aide arrive… »
Soudainement la porte s’ouvrit, et… Kylia se vit arrachée de ses mains, et on le repoussa, pointant une arme dans sa figure. La sécurité en plus ? Remarque, pas étonnant vu qu’il était toujours vu comme un assassin dangereux…

Son esprit divagua alors que, de force, on le rattacha au lit, plus solidement cette fois-ci.

Peut-être était-ce le traumatisme de cet ensemble d’émotions, de vide, de terreur, de douleur, mais pendant quoi, des secondes, des minutes, des heures peut-être ? Il ne ressentait rien, n’avait plus aucune sensation d’être un être humain, d’avoir vécu des horreurs, d’avoir certainement fait la pire chose de sa vie en imaginant une scène ou il torturait Kylia… Ce n’est que lorsqu’il reprit un peu conscience qu’il se rendit compte à quel point cela avait été une grâce de ne rien ressentir pendant un moment. Il était un monstre…
Il se rendit alors compte qu’on lui parlait. Un homme en blouse… ? Ah oui, le médecin… Il parlait, mais il ne comprit pas le flot de mots. Il sortit une petite lampe et la fit briller dans ses yeux ; il plissa les paupières par réflexe, et cela sembla rassurer le type en question. Il se détourna alors de lui, comme si l’ancien mercenaire n’était que secondaire, pour regarder l’attroupement… D’un coup Faust se redressa et tenta d’appeler le nom de la femme qu’il aimait tant. Mais aucun mot ne sortit. Le médecin, voyant qu’il s’était assit brusquement, l’empêcha d’une main ferme de bouger davantage. Le barman ne savait pas ce qu’il lisait dans ses yeux, mais quelque part il y avait de l’inquiétude, et un certain doute.
C’est alors qu’une infirmière leva la voix, rassurant au passage tous les gens présents, Faust inclus.
Il suivit d’une oreille distraite la petite conversation, et se rallongea sur le lit. Il avait mal au pouce, mais visiblement ce n’était pas une priorité ; de toute façon, tant que Kylia était là il ne dirait rien… Il ne méritait pas qu’on fasse attention à lui après ce qu’il avait pensé d’elle.
Un monstre. Voilà ce qu’il était vraiment. Et quelle idée de… Quoi ? un lit dépliant, dans la même chambre ? Certes ils devaient sans doute avoir besoin de la place ailleurs, mais… Mais… Faust était responsable de ce qui était arrivé à Kylia, il en était persuadé. A penser aux pires horreurs possible, il avait déclenché quelque chose qui avait failli la tuer. Il avait envie de partir de là, en rampant vu qu’il n’avait pas encore retrouvé l’usage de ses jambes… Il fallait qu’il parle à Kylia, qu’il dise que c’était finit, qu’elle ne devait plus venir le voir… Au moins jusqu’au procès. Et certainement après aussi. Elle ne méritait pas de souffrir par sa faute. Il avait failli la tuer bon sang !! Elle comprendrait, et serait peut-être même heureuse de ne plus l’avoir dans ses pattes comme un môme capricieux.

Quand elle fut enfin installée sur le lit, Faust regarda le garde du corps. C’était plutôt de quelqu’un comme ça qu’elle avait besoin, pas un malade du lance-flamme… Il regarda le plafond de la chambre jusqu’à ce que le médecin s’adresse à lui, sortant une pseudo blague pour détendre l’atmosphère. Mais Faust n’était pas d’humeur à rire, loin de là. Il avait de nombreux morts sur la conscience, mais ce qu’il avait fait à la jeune femme, ce qu’il avait failli faire, cela pesait bien plus que toutes les horreurs qu’il avait fait subir à d’autres.

Quelqu’un d’autre entra alors, et Faust se sentit moisir de l’intérieur. Qu’il parle, qu’il l’insulte, qu’il le frappe… C’était tout ce qu’il méritait. Mais à sa surprise, Kamiko l’ignora totalement et alla directement voir la jeune femme. Il regarda la silhouette passer d’un œil distrait et nerveux. Cet homme avait vraiment une présence, et donnait vraiment l’impression à l’ancien mercenaire qu’il n’était qu’un merdeux dans une cour de récrée. Il s’attendit à ce qu’il parle, mais il fit, et même de dos Faust le vit, des gestes… Le langage des signes ? Il regarda, sourcils froncés. Au début il essaya de comprendre, mais abandonna vite. Ce n’était pas comme si cela s’apprenait en regardant juste. Cependant, les voir s’exprimer sans mots, cela lui fit penser à Eden. Pauvre gamine… Peut-être qu’ils pourraient aussi apprendre la langue des signes aussi ? Elle arrivait à communiquer, montrer ce dont elle avait besoin, mais jamais n’avaient-ils eu une conversation. Quand il lui demandait comment ça se passait à l’école, elle haussait juste les épaules. Si elle savait qu’ils pouvaient discuter sans parler, peut-être qu’elle s’ouvrirait à lui comme il le souhaitait tant ? Même après tant d’années sa nièce restait un mystère pour lui, et il voulait vraiment la voir raconter sa journée, quelque soit la manière… Une chose simple, et pourtant impossible jusqu’à maintenant.

Kamiko se redressa alors après avoir soigneusement tourné Kylia sur le côté et se tourna vers Faust. Les mots qui sortirent de sa bouche… Ils ne pouvaient pas plus refléter ce qu’il pensait. Tout ce que Kylia avait fait, la manière dont elle s’était battue pour qu’il puisse voir Jack et Eden… Et comment il la remerciait ?
Il le laissa parler. Que dire de toute façon ? Répondre qu’il le savait, comme un ado turbulent et impétueux ? A quoi bon. Malgré le fait qu’il savait qu’il avait parfaitement raison de lui parler ainsi, cela lui fit tout de même mal. Il le savait, il s’en voulait, mais Kamiko était déterminé à remuer le couteau dans la plaie. Quelque part il avait raison, il ne comprenait pas ce que Faust ressentait pour elle… La « trahison » de la jeune femme n’était rien par rapport à ce qu’il avait pensé, ce qu’il avait provoqué…

"Cette gamine est tout ce que j'ai, et j'espère bien que tu comprendras que s'il lui arrivait quelque chose, je n'aurais aucun scrupule à aller en prison pour te le faire payer."


T’inquiète va. Pensa-t-il amèrement. Je vais sortir de sa vie une fois tout ça fini… Je ne vais plus jamais rien lui imposer, ni ma présence, ni mes horreurs… Elle ne sera plus jamais en sécurité avec moi.

"Elle a d'autres projets, actuellement. Elle a été virée de son boulot après votre passage dans le désert. Heureusement elle n'a pas eu d'ennuis mais elle prépare un concours assez consistant, alors je te prierai de bien vouloir te rappeler que tu n'es pas seul dans sa vie et qu'avec tout ce qu'elle a fait depuis que tu es prison, tu pourrais la ménager un peu. Tu sais parfaitement qu'il y a des fragilités contre lesquelles elle ne peut pas lutter."

Il fut surprit d’apprendre qu’elle avait été virée. Il n’avait même pas pensé à demander comment elle s’en sortait après tout ça, comment elle allait vraiment… Il n’était qu’un abruti égoïste. C’était douloureux de s’en rendre compte maintenant qu’il était tant attaché à elle.
Kamiko se redressa davantage et retira sa main de la tête de Kylia. Faust regarda le visage de la jeune femme un instant, et le souvenir de ce qu’il avait pensé revint plus fort que jamais. Comment avait-il pu… ?
Que cela n’arrive plus jamais ? Il sourit faiblement en coin. Bien sûr que cela n’arriverait plus jamais. Il ne la méritait pas, ni son attention, ni sa confiance. Tout cela était de sa faute. Il était une tumeur, rongeant Kylia jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Heureusement qu’il avait une conscience qu’une tumeur n’avait pas… Au moins il lui restait un côté humain. Agis comme un homme ? Clairement, Kamiko ne savait pas qu’il avait l’intention de couper tous les ponts. Toutes ces souffrances ne servaient à rien, et une personne comme l’empathique ne méritait pas de devoir le subir.

Le parrain de la jeune femme quitta la salle. Le barman aurait pu soupirer, soulagé, mais il ne l’était pas. Tant que Kylia était dans la même pièce, il ne pouvait pas se détendre, ou souffler. Il était épuisé, et n’avait qu’une envie : tomber dans un coma dont il ne se réveillerait jamais. Si seulement.
Le temps parut long dans le silence. S’était-elle endormie ? Elle méritait bien ça, après tout ce qu’il lui avait fait subir. Lui aurait voulu trouver le repos du sommeil, mais comment faire après ça, avec elle dans la même pièce ? Si elle faisait une nouvelle crise ? Faust ne voulait pas empirer son cas, et n’avait peur que d’une chose dans l’instant : qu’elle ne se réveille jamais de son sommeil. Peut-être que cela ne l’avait pas suffisamment percuté avant, mais maintenant qu’il la voyait le visage endormi, le souffle régulier, calme, enfin détendu. Ne plus voir ce corps fragile se dresser avec chaque respiration… L’idée lui parut terrifiante.
Elle ne resta cependant pas longtemps les yeux fermés… Lentement, elle se redressa. Il avait de la peine pour elle, voyant la difficulté avec laquelle elle le faisait. Il avait envie de l’aider, mais il était menotté des deux mains au lit ; heureusement quelque part.

"Ne fais pas attention à lui, il a tendance à être un peu excessif dans certaines situations."

Un peu excessif ? Réaliste plutôt, il fallait se rendre à l’évidence, il avait bien failli la tuer par la pensée… Comment ne pouvait-elle pas savoir cela ? Soudainement elle se dressa sur ses jambes. Il avait envie de l’engueuler, lui dire de ne pas bouger ! Bon sang elle devait se reposer ! Pas faire des choses pareilles dans son état ! Mais elle semblait suffisamment stable, et marcha jusqu'au lit de l’ancien mercenaire. Il avait mal au cœur. Elle était pâle, l’air maladive, et pourtant elle venait auprès de lui. Pourquoi faisait-elle ça ? Pourquoi se donnait-elle tant de mal, en se faisant tant souffrir ? Ne voyait-elle pas, ne comprenait-elle pas qu’il était un danger pour elle, véritable et inconscient ? Une fois de plus ses émotions ne pouvaient se décider. Il avait envie de lui prendre la main, de l’enlacer, de l’embrasser, de la protéger… De l’autre il voulait la repousser, lui crier dessus pour ce qu’elle faisait. Ne se rendait-elle pas compte qu’elle prenait des risques en l’approchant ? Et si la moindre émotion déclenchait pour de bon un arrêt cardiaque ?!
Et là, elle fit la chose la plus typique d’elle : elle s’excusa. Mais bon sang. Elle se faisait du mal toute seule, et pour rien en plus. Une fois de plus il avait envie de lui prendre la main, caresser son visage… Et lui rire au nez. Comment allait-elle comprendre que tout ça ne servait à rien, qu’il n’était qu’une bombe prête à exploser près d’elle, l’emportant avec lui dans le coup !!

Il demeura immobile, silencieux à la regarder. Elle se plaint alors d’un mal de crâne. Il avait envie de lui dire d’aller voir un médecin, mais il savait qu’il ne trouverait pas sa voix… Et sans rien dire, sans prévenir, elle vint s’allonger près de lui. A nouveau ses sentiments étaient mitigés. Que pouvait-il faire ? Pas la virer quand même, elle était plus blessée que lui dans le fond. Il la laissa s’installer sans bouger. Sa tête sur son épaule était chaude ; une sensation agréable si on n’est pas rongé par la honte et le regret… Forcément ces émotions vinrent pourrir le moment qu’il aurait fortement apprécié autrement. Une telle familiarité de sa part, c’était surprenant. Il y avait eu des petits moments : une main étendue vers lui, une caresse, un sourire des plus chaleureux… Elle avait décidé de prendre sa défense en main, alors qu’elle ne lui devait rien. Pourquoi faisait-elle ces choses, réellement ? Par sympathie ? Pitié ? Elle n’avait plus peur de lui comme au début de leur relation, mais pour aller si loin, sans rien demander en retour… Que voulait-elle vraiment ?

Elle sembla prendre un moment pour réfléchir, durant lequel Faust se demanda comment il allait bien pouvoir se sortir de cette situation. Comment lui dire de lâcher l’affaire une fois tout cela terminé ? Et pourquoi ne pas donner le dossier à quelqu’un d’autre ? Inutile de s’impliquer à en crever…
Finalement elle éleva la voix.
"Je te sortirai de là et tu seras bientôt sur pieds. Je te le promets."

Faust resta en silence, un peu con. Elle contredisait exactement ce qu’il voulait qu’elle fasse. Décidément il n’allait rien lui transmettre par la pensée, il allait bien falloir qu’il lui dise clairement les choses… Mais il ne voulait pas la blesser… Comment dire d’arrêter sans paraître ingrat ? Il ferma leva les yeux au plafond, réfléchissant à comment s’y prendre.

« Je n’en doute pas. Dit-il enfin. »

Pas très convainquant comme ton… Il allait falloir faire mieux. Il inspira profondément, choisissant avec attention ses mots.

« Mais tu ne devrais pas trop te bloquer dans cette affaire… Je… C’est moi qui ai provoqué ta crise, inutile de me contredire, je le sais. Depuis que tu es avec moi… »
Comment dire sans qu’elle lui en veuille…
« Tu t’attires trop de problèmes, et ça n’en vaut pas la peine. »

Hm. Pas du tout ingrat tiens. Ou pas. Il ne savait pas comment elle allait prendre ces mots, mais quitte à la perdre, autant que ce soit à fond. Il fallait qu’elle comprenne qu’elle n’était pas en sécurité, qu’il était la racine de tous ses problèmes.

« Tu te fais vraiment du mal, pour rien. Kamiko a raison. Si en plus tu as perdu ton boulot à cause de moi… Inutile d’insister. »

Sa voix était faible, bien que rauque. Il avait envie de pleurer comme un enfant. Dire ces choses… C’était douloureux. Il voulait qu’elle soit bien, en sécurité… Pas comme toutes ses aventures avec lui.

« Quand tout ça est finit tu devrais vraiment te trouver quelqu’un de bien, tu le mérites. Et puis un boulot stable qui te demande pas de porter des cartons trop lourds, hein ? Continua-t-il avec un sourire.»

Il lui tapota un peu l’épaule de sa main menottée, se forçant pour l’atteindre, tournant un peu la tête vers elle, sentant ses cheveux contre sa joue. Il ne voyait pas la tête qu’elle faisait, et heureusement en fin de compte. Peut-être qu’elle attendait qu’il la libère en quelques sortes, qu’il comprenne de lui-même qu’entre eux ça ne marcherait pas. C’était douloureux, mais il le fallait. Il regarda le plafond avec un sourire nerveux, lèvre inférieure tremblante. Il n’avait jamais imaginé autant souffrir à l’idée de perdre quelqu’un comme Kylia, mais c’était nécessaire pour elle, pour sa survie.

« Après tout ça je crois que je vais retourner à Islantis, apprendre le langage des signes avec Eden peut-être ? Je n’avais jamais pensé à ce mode de communication… J’ai juste vu que tu t’en servais avec Kamiko. Ca pourrait toujours aider… »


Il prit une pause. Il avala nerveusement, sentant les larmes flouter sa vue.

« Après le procès, tu devrais prendre plus soin de toi. Et tu pourras dire à Kamiko qu’il ne me reverra plus, comme il le souhaitait ! »


Parler d’une telle chose de façon faussement humoristique… C’était tellement douloureux. Il posa doucement son front sur le sien, un peu comme un enfant fait avec ses parents, puis fronça les sourcils.

« Tu as de la température… Tu devrais peut-être demander un médoc aux médecins. »

Eloigne-la gentiment, tu sais qu’elle veut partir, laisse-la faire en la faisant croire que ça n’a pas d’importance… Il lui tapota à nouveau l’épaule en bougeant un peu, faisant en sorte de volontairement la forcer à se déplacer. C’était douloureux, gênant, embarrassant… Il ne voulait pas la perdre… Mais c’était la perdre de vue, ou la perdre vraiment, définitivement. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle fasse une autre crise tant qu’elle était avec lui, pas vrai ?
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Dim 5 Avr - 23:11

Elle ne se souvenait plus vraiment de ce qui s'était passé pendant cette sorte de crise. Elle revoyait certes des images, elle se doutait au vu des sensations douloureuses qu'elle conservait que ça n'avait pas été agréable, mais de là à en avoir une idée précise, c'était une autre histoire. Elle se dit que c'était préférable. Ce n'était pas de ce genre de choses dont elle avait envie de se rappeler plus tard. Même si dans le fond, il n'y avait pas beaucoup de bons moments dont elle pourrait se rappeler depuis quelques temps. La rencontre avec Faust lui avait été certes très bénéfique -jusqu'à un certain point- dans les faits, c'était tout sauf la meilleure chose qui lui soit arrivé. Pourtant elle était bien, là, contre lui, sans bouger. Elle ne savait pas s'il en allait de même pour lui, tout ce qu'elle espérait c'était que sa tête ne soit pas trop lourde sur l'épaule peut-être blessée de l'ancien mercenaire. Finalement, ce moment parvenait à combler à lui seul ce qu'il venait de se passer. Il n'y avait plus de douleur, plus d'étau autour de ses tempes, plus de stress, plus de fatigue et plus de peurs. Juste sa peau légèrement fraîche contre sa joue, son odeur un peu masquée par celle de désinfectant et leurs respirations à peine troublées et pourtant calmes. Le soulagement de le sentir contre elle, de se sentir bien, en sécurité, comme si le monde n'existait plus. Elle aurait sans doute pu s'endormir, des papillons plein la tête et les poumons. Elle se figurait un tout autre endroit, un tout autre contexte, peut-être une soirée d'été, la fenêtre entrouverte, après la fermeture du bar. Ils auraient échangé une ou deux plaisanteries quelconques, puis ils seraient restés un long moment sans parler, l'un contre l'autre, projetant vaguement d'aller prendre une douche, se lâchant une ou deux vacheries graveleuses sur l'heure tardive et la fatigue, puis ils se décideraient peut-être à se lever. Ou peut-être pas. Elle se rendit compte qu'elle ne savait pas à quoi ressemblait un été à Islantis, ni s'il habitait au-dessus du bar, comme elle l'imaginait, ni même si cela serait possible. Il ne pouvait même pas poser sa main sur elle ou la repousser s'il le voulait, et que ne faisait-elle si ce n'était abuser de la situation pour son propre confort ? Charly lui dirait sans doute, comme une énième preuve de son esprit chevaleresque, qu'un homme n'a pas à refuser de servir d'oreiller à une femme qui vient de subir un gros choc ou une grosse déception, quelle qu'elle soit, quel que soit son âge et quels que soient les sentiments qu'il a pour elle. Des belles phrases que l'on se plaît à dire lorsque l'on n'est pas dans la situation. Mais qu'en était-il de Faust à cet instant précis ? Il était blessé, il avait besoin de soins, il était en état de choc à propos de ses jambes et il se retrouvait avec une menteuse blottie contre lui. Si seulement il savait à quel point il comptait pour elle, à quel point elle préférerait être à sa place et être l'infirme incapable de bouger, peut-être qu'il comprendrait qu'elle n'avait pas fait par méchanceté. Avait-il seulement envie de l'entendre ? Non, tout ce qui comptait à présent, c'était son corps contre le sien, son odeur et sa chaleur rassurantes, son aura si particulière, captivante, et son état de plénitude.
Puis il se mit à parler.

Au ton de sa voix, elle sentait que quelque chose n'allait pas. Elle pensa d'abord qu'il voulait qu'elle bouge, mais il n'avait pas l'air d'en manifester la volonté. Alors elle ne bougea pas, restant à l'exacte même place. Même s'il lui donna une furieuse envie de bondir sur ses pieds et de lui décoller la joue droite en lui frappant la gauche, chose qu'elle ne comptait pas faire, premièrement parce qu'elle ne voulait pas lui faire du mal et deuxièmement et surtout parce qu'elle n'en avait pas les capacités physiques à l'heure actuelle. Elle l'écouta de long en large, se retenant de le couper, de lui dire de se taire. Oui, elle avait pas mal d'ennuis depuis qu'elle le fréquentait mais est-ce que ça ne pouvait pas être pour mieux repartir après, que tout soit mis à plat ? Dans le fond, est-ce que ça n'aurait pas été pire s'ils s'étaient rencontrés de façon tout à fait ordinaire, au détour d'une rue ou d'un café ? Elle n'aurait rien su de sa condition passée, de ses agissements, elle aurait été prise au dépourvu en apprenant qui il était vraiment, et leur relation n'aurait été qu'une suite de déceptions, de méfiances et de disputes ; des « tu m'as mentis ! », des « comment as-tu pu ? », « tu devrais être en taule ! » et pour couronner le tout, le très regrettable « si je ne t'avais pas rencontré ! ». Kylia aussi aurait pu lui faire une liste longue comme le bras de phrases avec Si je ne t'avais pas rencontré.

Si je ne t'avais pas rencontré, je n'en serais pas là. Si je ne t'avais pas rencontré, je n'aurais pas remonté mes manches de si tôt. Si je ne t'avais pas rencontré, je n'aurais pas changé de vie. Si je ne t'avais pas rencontré, j'aurais oublié ce que c'est d'attendre de revoir quelqu'un avec impatience, avec cette impatience. Si je ne t'avais pas rencontré, est-ce que j'existerais avec autant de relief dans la vie de quelqu'un d'autre ? Si je ne t'avais pas rencontré, je n'aurais pas eu de crise, mais est-ce qu'une voiture ne m'aurait pas tuée sur le chemin du retour à la maison ? Si je ne t'avais pas rencontré, je serais encore une dépressive passive.
Définitivement, non, il n'y avait rien de négatif à tirer de leur rencontre, à moins de rester fermement défaitiste. A moins que son mensonge ne l'ait fait changé d'avis à son sujet et qu'il ne lui demande de partir pour cette raison ? Elle le redoutait, pourtant elle devrait affronter sa décision, quelle qu'elle soit. Après tout, que pouvait-elle être dans la vie d'un homme qui avait déjà la plus jolie des priorités à laquelle il se devait de porter la plus complète des attentions ? Non, elle ne pouvait pas se permettre de s'introduire dans sa vie s'il n'en ressentait pas l'envie. Pourtant quelque chose dans sa voix, dans son état lui faisait sentir que ça n'allait pas, qu'il essayait de rester poli, mais pour quelle raison ? Pour lui dire de gentiment déguerpir, qu'elle n'avait rien à faire là ? Il semblait user de tous les arguments possibles pour la faire partir : sa santé, son travail, sa fréquentabilité, son parrain, son avenir, son genre de mecs... Se trouver quelqu'un de bien. Jase lui avait dit la même chose le matin où il l'avait quittée. Elle retint un rire amer à cette expression, et il valait mieux en effet pour lui qu'il ne puisse pas voir son visage. Entre amertume, tristesse et colère. Mais à quoi s'attendait-elle, vraiment ? A ce, que parce qu'elle l'avait aidé, tout serait réciproque ? Elle était minable, tout simplement minable.

Puis quelque chose se fit dans son cerveau, comme une déchirure entre ses mots et sa voix. Se forçait-il à dire quelque chose dans un but qu'elle ne parvenait pas à saisir ? La seule chose qu'elle comprenait, c'était qu'il voulait qu'elle parte. Et sa gêne était palpable.

« Après le procès, tu devrais prendre plus soin de toi. Et tu pourras dire à Kamiko qu’il ne me reverra plus, comme il le souhaitait ! »
Ce fut le coup de poignard, celui qui la sortit de toutes ses suppositions et qui la plongea plus encore dans ses angoisses. Après le procès. Qu'y aurait-il, après le procès ? Elle avait prévu de devenir professeur, mais y parviendrait-elle ? Selon toute vraisemblance, oui. Elle n'était pas bête et elle avait quelques atouts qui intéressaient les autorités. Et puis elle avait bien bûché, elle s'était rendu compte qu'elle aurait même un peu de temps pour se reposer avant les écrits et encore plus avant les oraux. Mais ce n'était que l'aspect le plus concret de ce qu'elle avait imaginé, tout le reste n'était qu'une rêverie qu'elle s'était permise elle ne savait trop pourquoi. Elle obtiendrait sans doute un poste à Islantis, c'était une ville très peu demandée depuis qu'Hydréa et Sérégon avaient besoin d'enseignants. Elle verrait régulièrement Nell et Jensen, Charly se déplacerait plus volontiers pour venir les voir puisqu'elles seraient au même endroit, et tous les cinq, ils passeraient sans doute de bons moments. Oui, tous les cinq. C'était le cas de le dire, elle serait la cinquième roue du carrosse. Et personne pour l'attendre en rentrant chez elle. C'était bien ce qu'il était en train de lui dire : après le procès, moi, je ne serai pas là. Après le procès, je ne voudrai plus te voir. Plus insidieux encore, après le procès, il vaut mieux qu'on ne se voit plus, ça sera mieux pour toi. Une fois de plus, elle sentit monter l'amertume. Il n'y avait rien de pire selon elle pour faire partir quelqu'un de le survaloriser pour lui faire croire qu'on fait quelque chose pour son bien. Non, si une personne est bien avec soi, prétendre que la virer lui fera du bien est le plus gros mensonge que l'on peut proférer pour se rassurer. Oui, quelque part, si l'on n'a pas d'intentions de rester avec elle, il convient en effet de ne pas trop l'encombrer et de laisser la personne vaquer à d'autres fréquentations. Il utilisait en prime l'argument de son parrain, comme un service qu'il rendait. Cette hypocrisie latente ne prenait en aucun cas compte des sentiments qu'elle pouvait avoir envers lui. Puis une toute autre réalité lui sauta aux yeux.
Savait-il seulement ce qu'elle ressentait ?

Elle se repassa le film rapidement dans sa tête, depuis sa visite en prison. Elle l'avait pris dans ses bras, elle l'avait calmé, mais d'un bout à l'autre, elle n'avait cessé d'être professionnelle, d'éviter le contact pour ne pas l'étouffer, pour lui laisser de l'espace. Aurait-il pu prendre ça pour de l'indifférence ou une prise de distance polie ? C'était fort possible, mais cela changeait-il quelque chose aux sentiments qu'il avait lui ? Non, absolument rien, il pouvait être tout aussi gêné par une situation qui semble bancale sans pour autant ressentir la moindre chose pour elle. Et apparemment même la gratitude n'était pas en option. Elle réprima un soupir, serrant les paupières pour ne pas se mettre à pleurer. Ce qu'elle était stupide. Et pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'avoir envie de se serrer plus encore contre lui en sentant son front contre le sien. Elle ne prit pas en compte ses recommandations -pourtant tout à fait bonnes-, elle tenta de faire abstraction de ses gestes, d'y résister, puis d'un geste presque rageur elle dégagea son épaule de sa main et se redressa légèrement sur un coude pour le libérer de son poids et qu'il arrête de gigoter, sans pour autant décoller son front du sien. Au contraire, elle passa sa main libre derrière sa nuque, d'abord, serrant les dents pour ne pas céder à la bouffée de sanglots qui serrait sa poitrine. Puis comprenant qu'elle pouvait appuyer de trop sur son crâne et sentant comme une sorte de résignation, elle fit glisser sa main plus sur le côté du visage grignoté par la barbe qu'elle avait taillée plus tôt dans la journée avant tant d'application.

« Arrête, s'il te plaît. Quoi que tu essaies de faire, je t'en supplie, arrête. »
Elle serra à nouveau les dents, dernière tentative pour ne pas paraître minable devant lui, puis finalement, la fatigue l'emportant, elle craqua.
Rapidement et pour ne pas peser sur lui, elle se décolla légèrement pour poser sa tête sur l'oreiller à côté de celle de Faust, sa main glissant doucement le long de la joue de l'ancien mercenaire pour échouer sur son épaule encore dénudée. Elle ne se rendit compte qu'à peine alors qu'on lui avait enlevé sa chemise, mais elle ne parvint pas à s'en inquiéter. Il fallait qu'elle pleure, elle en avait besoin. A force de rester en suspens, son bras menaçait de se dérober sous elle, et avec ça tout son poids de blesser le barman à qui ça n'aurait pas manqué. Avec difficulté, elle se laissa glisser le long du lit jusqu'à ce que son visage soit à la hauteur de ses côtes contre lesquelles elle appuya son front le plus délicatement possible pour ne pas le déranger. Son contact avait déjà l'air de le gêner, mieux valait ne pas l'incommoder plus.

« Pardon, je suis vraiment pathétique. » parvint-elle à murmurer, se demandant si ça valait vraiment la peine de le préciser. L'envie de parler se mêlait à l'incontournable problème de se sentir vulnérable. Si Charly était là, il lui collerait littéralement un coup de pied aux fesses pour penser ça. Elle entendait sa voix résonner dans sa tête. Si tu ne te sens pas en sécurité avec la personne avec laquelle tu as envie d'être, alors à quoi ça sert de lui courir après, franchement ? Et il n'avait pas tort. Si elle ne lui accordait pas cette confiance de base, autant ne pas se lancer. Puis quelque chose lui revint en mémoire. C'était confus, indistinct, mais c'était bien la même sensation, être contre lui, au plus près de sa peau. Pourtant elle ne se souvenait pas qu'il l'ait pris dans ses bras autrement qu'à la gare, avec quelques bonnes épaisseurs de vêtements pour les séparer. Ce ne pouvait être que durant sa crise, quelques temps plus tôt. Comment aurait-il pu la prendre dans ses bras si elle était sur le sol et lui attaché sur son lit ? Elle mourrait d'envie de le questionner, pourtant elle ne le ferait pas. Ce n'était pas le moment de se jeter sur la première excuse venue pour ne pas dire les choses, comme il venait de le faire.

Doucement, à un rythme qui lui parut terriblement lent, des heures à son idées, à peine quelques minutes en réalité, elle se calma, sentant sa respiration redevenir régulière et sa tête plus légère encore, comme si cette fois toutes ses idées étaient bien rangées dans des petits tiroirs avec la bonne étiquette. S'il lui demandait véritablement de partir, il vaudrait mieux que ça soit en connaissance de cause. Même si elle se doutait qu'il ne changerait pas d'avis et que ses paroles seraient sans doute vaines.
A contrecœur, elle se redressa et se tourna pour faire basculer ses jambes dans le vide, désormais assise au bord du lit. Elle soupira longuement, tentant de ne pas céder à l'envie folle de se jeter à nouveau contre lui. Il ne comprendrait pas et il n'en serait sans doute que plus indisposé. Elle inspira longuement, les yeux fermés, puis les rouvrit, mais elle préférait ne pas le regarder. Elle ne préférait pas savoir quel genre d'expression elle verrait sur son visage.

« Je suis désolée pour tout ça, j'ai été stupide. Sur toute la ligne. »
Ce qu'elle pouvait avoir envie de ne rien dire, pas un mot ! De simplement se jeter sur ses lèvres et le serrer contre elle jusqu'à ce qu'il en oublie tout ce qui avait pu se passer. Mais si un simple baiser pouvait tout régler, la vie serait tellement plus simple partout dans le monde !
« Dans ma tête tout était tellement clair, je n'ai même pas pensé que j'aurais peut-être dû être plus explicite, mais ça aurait été déplacé de ma part. Surtout dans cette situation. Et puis ça n'aurait rien changé, tu m'aurais sans doute dit la même chose. Si j'ai bien compris une chose c'est que quand tu as une idée en tête, il faudrait déplacer des montagnes pour te convaincre du contraire. Et moi je ne peux t'offrir qu'un procès pour la liberté et une opération pour tes jambes. »
Elle réprima un nouveau sanglot. Elle ne devait pas céder, pas encore une fois. Il faudrait qu'elle garde des forces pour quitter l'hôpital sans qu'on lui demande quoi que ce soit. Finalement elle tourna légèrement la tête vers lui pour le regarder, ne sachant pas trop ce qu'elle avait envie de voir comme expression sur son visage.
« J'étais tellement sûre de moi en venant te voir et voilà qu'aujourd'hui, je me rends compte que je n'aurais pas dû. Demander une mutation sur Islantis, un travail qui me permette d'être la plus présente possible pour Eden... Je me demande bien comment j'ai pu imaginer un jour que c'était le plan parfait sans t'en avoir parlé avant. Je ne sais même pas comment j'ai pu imaginer quoi que ce soit, il ne s'est jamais rien passé de concret... Je suis juste stupide. Stupide et pathétique. »
Ses yeux retombèrent sur les draps et plus pour se distraire de son monologue qu'autre chose, elle remonta les draps sur lui, se donnant une gifle intérieure pour laisser sa main posée sur son torse.
« J'ai rarement ressenti ça. De ne pas être agressée par un contact physique. Au contraire, je pense que ta présence a un effet vraiment positif sur mon empathie... à part bien sûr tout à l'heure mais c'était de ma faute. J'aurais dû te prendre à part et te l'expliquer tout de suite, mais je ne savais pas ce que tu avais vécu, je ne savais pas que la nouvelle te ferait cet effet. Je l'ai appris à mes dépens, et si tu savais comme je regrette. J'aimerais tellement que tu n'aies pas refermé cette cellule et être à ta place, là, maintenant. »

Elle se surprit à ne toujours pas parvenir à ôter sa main de l'épaule qu'elle n'avait pas réussi à entièrement recouvrir. C'était comme une sorte d'addiction, malheureusement une addition pour laquelle on ne peut pas se procurer facilement la marchandise, surtout quand celle-ci possède deux jambes -ou disons une volonté- et pouvait s'enfuir si elle le souhaitait.
« Je comptais te faire part de mes projets, de ce que j'avais en tête après le procès, même si j'avais à l'idée que ça se ferait naturellement. Mais pour le procès, ça n'aurait pas été bon si quelqu'un nous avait vu ensemble. Je veux dire, que quelqu'un ait surpris un geste qui n'avait pas lieu d'être. Je n'aurais plus pu prendre ta défense et je n'aurais pas pu maîtriser les choses, ton frère aurait pu corrompre ou menacer le nouveau représentant d'une manière ou d'une autre. Enfin, de toute façon la question ne se pose plus, tu n'as visiblement pas envie de me revoir par la suite. J'aurais dû me douter qu'un bel homme comme toi peut se permettre d'avoir des standards plus élevés. Après tout, je suis loin d'être irrésistible. »
Finalement, elle se força à se lever et à le lâcher. Autant être honnête, ce n'était pas comme si elle était une tombeuse et qu'il n'avait pas eu des histoires d'amour à la pelle, comme l'avait habilement suggéré Gus. Son parrain avait récupéré son sac, mais pas son téléphone. Elle était partie de l'hôtel sans veste, une bien mauvaise idée. Il ne lui restait plus qu'à appeler. Pas Kamiko, il viendrait la clouer au lit lui-même -encore que, tout était possible avec lui. Peut-être Charly, si elle ne le dérangeait pas. Le choix le plus simple aurait été Freid, mais ce n'était pas prudent, surtout dans son état. Il ne ferait qu'en rajouter une couche. Elle essaierait Charly, et sinon ce serait Kamiko, tant pis. Faisant mine de remettre les draps du lit de camp en place, elle essaya de lutter contre l'envie de retourner s'allonger contre lui, mais elle devrait bien faire une croix dessus. Elle alla ramasser son téléphone, puis revint vers l'ancien mercenaire, comme si lui dire au revoir était la chose la plus naturelle du monde. Sans s'asseoir, elle se remit près du lit.

« Avant que j'oublie, pour Eden, je ne devrais sans doute pas te le dire parce que je lui ai promis, mais je pense aussi que c'est important pour vous deux. Parce que tu ne pourras pas l'aider si vous n'arrivez pas à parler. Elle connaît déjà le langage des signes, et parfaitement. J'ai signé avec elle, tout à l'heure, elle a juste peur que tu ne la juges. Je pense que je peux l'aider à accepter le fait de parler avec toi, mais Jack pourrait tout aussi bien le faire si tu ne tiens pas à ce que je m'en mêle, ce que je comprendrais. Dans tous les cas, je pense que c'est une bonne idée. Je te donnerai l'adresse de quelques associations qui pourront te l'apprendre gratuitement, tu verras, c'est très simple une fois qu'on a compris les bases. »
Elle fit une pause, laissa échapper un faible soupir, puis reprit son courage à deux mains.
« Je vais y aller, ça vaut mieux. On se reverra au procès. J'essaierai de t'arranger l'opération pour tes jambes juste après ta sortie du palais de Justice. Le lendemain, si possible. Si d'ici-là tu as besoin d'appeler, ou même après, n'hésite surtout pas, l'hôpital, la prison et Jack ont mon numéro, je serai toujours là si tu as le moindre problème. »
Prise d'une pulsion, elle reposa sa main sur sa joue, son regard sans doute trop doux dans une situation qui n'avait rien de joyeux. Elle ne pouvait s'empêcher de garder un espoir, après tout c'était pour la protéger qu'il était dans cet état, il lui avait témoigné une certaine tendresse dans sa cellule, et peut-être que ses paroles n'était que le résultat d'une somme de soucis astronomique et qu'il ne savait plus quoi dire. Peut-être aussi que son mensonge avait fait passé leur relation de l'autre côté de la ligne et qu'il ne pouvait plus l'encadrer. Elle soupira à nouveau et se pencha vers lui comme lui embrasser le front, ou peut-être la joue, elle n'avait pas encore décidé, mais elle ressentait le besoin de le faire. Quelque chose la taraudait encore, ce faisant. Avec un peu plus d'amertume dans la voix qu'elle ne l'aurait voulu, elle finit par lâcher ce qui lui restait encore en travers.
« Une dernière chose... La dernière personne qui m'a dit que je devrais me trouver quelqu'un de bien m'a larguée comme une merde après quatre ans de vie commune pour partir avec une autre, c'est typiquement le genre de phrase qui ne veut rien dire, et tu le sais aussi bien que moi. Cependant, je n'ai pas besoin de trouver quelqu'un de bien. Si je ne t'avais pas rencontré, oui, j'aurais encore besoin de chercher, mais plus maintenant. »
Et sur une impulsion pleine d'une audace qui ne sortait d'elle ne savait où, au lieu de poser ses lèvres sur son front d'une façon bienveillante, elle les pressa sur ses lèvres avec détermination quoique douceur, ne s'attendant à aucune réponse.

Elle s'échappa de la chambre comme un courant d'air avant qu'il ne puisse dire un mot ou réagir. Après tout, cela ne devait plus arriver alors autant l'avoir fait au moins une fois. Comme une ombre, elle se faufila dans les couloirs, espérant ne pas se faire pincer. Heureusement, personne parmi ceux qui s'étaient occupés d'elle n'était dans les parages, et elle put sortir sans encombre, mais non sans quelques sueurs froides. Personne ne lui adressa la parole autrement que pour la saluer, lui dire au revoir, ou juste lui adresser un sourire. Une fois dehors, elle pressa le pas pour s'éloigner un peu de l'hôpital, priant pour ne croiser personne de connu qui sortirait ou retournerait à l'intérieur pour la reconduire dans sa chambre. Après avoir dit tout ça, ça serait bien ridicule et surtout très embarrassant. Mieux valait se donner du temps après tous ces évènements, et pour se reposer et pour penser.
Arrivée à un autre pâté de maison, Kylia jeta un œil à son téléphone. Vingt-et-une heures. Déjà !? Il en était passé, du temps! D'un geste légèrement tremblant -ce qu'elle avait besoin de sommeil-, elle chercha le numéro de Charly dans son répertoire. Il n'y avait plus qu'à prier pour qu'il ne soit pas en vacances à Hydrea. Le cœur battant, elle attendit d'entendre sonner, puis décrocher. Elle avait les jambes qui flageolaient presque, mais elle devait tenir. Face à Faust, elle avait su rester à peu près fière, il fallait continuer sur cette voie. La voix nonchalante de son ami répondit bientôt.

« Bonsoiiiiiiiir, mademoiselle ! Quel genre de folie puis-je donc vous proposer de faire de mon corps ? »
Il lui arracha presque un sourire. Heureusement que sa copine les connaissait, elle aurait pu vite devenir extrêmement jalouse ou tout simplement soupçonneuse. Elle n'eut pas le cœur de lui faire une plaisanterie. Tant pis.
« Je... Tu serais disponible pour venir me chercher à l'angle de la rue de l'hôpital général ? Je devrais encore y être et je n'ai pas spécialement envie de me faire pincer. »
Jamais silence ne fut plus malvenu dans une conversation avec Charly.
« Tu plaisantes, là ? Lia, tu sais que je ne vais pas le faire ? Je veux dire, si tu me promets que tu n'es pas dans un état critique, sinon tu sais que je vais te ramener à coups de pied au cul jusqu'à ce que ton coccyx pète et que tu sois obligée d'y retourner pour de bon ? »
Et il en était capable, c'était ça le pire.
« Non, ne t'en fais pas. J'ai juste fait un malaise, je suis très fatiguée. J'ai besoin de dormir, c'est tout. Et puis, je ne pouvais plus rester dans la chambre, je n'étais pas la bienvenue. »
« Oh... Je... Bon, meurs pas, j'arrive. »

Une vingtaine de minutes plus tard, la voiture de Charly fit son apparition au bout de la rue. Elle mourrait de froid et ne fut pas mécontente d'être dans l'habitacle. Comme à son habitude, il avait ses lunettes à grosses montures sur le nez, ses cheveux bouclés mi-longs bien ramenés en arrière. Il n'avait plus rien de l'adolescent chétif qui avait fait les quatre cent coups avec elle, maintenant il avait une assurance décontractée à toute épreuve et ce sourire cynique accroché à vie à ses lèvres qui lui donnait un air de voyou de haut vol dans un film de braquage de banques. Mais il était pourtant bien fidèle au poste.
« Qu'est-ce qu'on fait ? Je te dépose ou je te séquestre dans ma cuisine jusqu'à ce que tu reprennes un poids normal ? »
La question la surprit, puis la fit sourire.
« Si je rentre à l'hôtel ce soir, Kamiko me tue. Ton canapé me paraît une bonne idée. »
Il sourit, puis redémarra.
« Bien, et prépare-toi au supplice, j'ai les moyens de vous faire parler ! »
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Dim 26 Avr - 20:09

Il pouvait entendre l’écho de ses propres mots, leur sens, signification et autres sous-entendus. Il ne savait pas ce qu’il faisait, mais il était certain d’une chose : ça serait mieux pour eux deux s’ils ne se revoyaient plus. D’une part pour la protéger, et d’autre part parce que l’avoir si près de lui, dans ses bras, à sentir son parfum naturel, sentir sa peau sous sa main, avoir à sa portée la plus belle créature qu’il n’avait jamais vu… C’était une torture. C’est comme un homme affamé à qui l’on tend son repas préféré pour qu’ensuite il se rende compte qu’il y a une vitre entre les deux, et qu’il n’a plus la force de la briser. A présent, physiquement, Kylia était au plus près possible. Mentalement c’était une autre chose : ils n’auraient jamais pu être plus éloignés.
Une fois qu’il avait fini son monologue, durant lequel elle avait légèrement raidi, tendue. Il ne pouvait savoir pourquoi, mais était déjà trop concentré sur sa propre douleur pour y réfléchir. Il ne comprenait pas pourquoi elle l’avait aidé avec autant de volonté. Qu’est-ce qu’il lui apportait, concrètement ? Etait-elle fière de pouvoir l’aider ? Financièrement elle ne pouvait rien gagner à rester avec lui… Emotionnellement alors ? Etait-elle juste satisfaite de pouvoir avoir une présence autre que son parrain pour la soutenir ? C’était cruellement hautain comme pensée, et il n’avait aucun doute qu’elle avait d’autres amis… Alors il ne savait pas, ne comprenait pas. Et puis elle avait aussi sacrifié de son confort personnel, étant donné son empathie, lui qui était totalement instable ! Qu’est-ce qui valait le coup de sacrifier son temps, son attention et son confort ? Que lui apportait-il ?

D’un coup elle dégagea sa main et se dressa sur son coude. Un geste sec, agressif comme il n’avait jamais vu Kylia faire. Elle garda cependant son front contre le sien. Faust se fit refroidi, immobile, tentant de comprendre ce qu’elle tentait de faire. Soudainement elle tint l’arrière de son cou, et il sentit la pression de con crâne contre le sien, en plus du maintient ferme de sa main contre sa nuque. Il avait envie de le regarder droit dans les yeux, de savoir exactement ce qui n’allait pas, ce qu’il avait dit… Mais une autre partie de lui hurlait de la laisser, et de demeurer complètement obtus à la situation. Puis elle ouvrit la bouche pour murmurer. Il sentit vaguement la chaleur de son souffle contre son visage, lui donnant envie plus qu’autre chose de lui tenir aussi la nuque et rapprocher son visage davantage du sien, goûter à ces lèvres sublimes… Voilà pourquoi la présence de Kylia était si douloureuse : la vitre était là, invisible mais là, entre eux, intangible… Il avait envie de crier, de se maudire, de la maudire, de la supplier, de la critiquer, de la sauver, de l’éloigner, de l’embrasser… Il la voulait là avec lui, et à l’autre bout de la terre. Il demeura immobile, bloqué entre les deux pulsions contraires.
Lentement et avec un certain tremblement, sa main se glissa vers sa joue, où elle caressa doucement sa barbe.
« Arrête, s'il te plaît. Quoi que tu essaies de faire, je t'en supplie, arrête. »
Il se tut, et attendit qu’elle parle davantage. Finalement, en lieu de cela, sa tête tomba dans l’oreiller, et sa main, soudainement faible, glissa de sa joue à son épaule pour y demeurer. Le contact avec sa peau lui donna un frisson. Il avait envie de savoir pourquoi elle avait réagit ainsi, ce qu’elle voulait dire par ses mots, quelle était le fond de sa pensée ? Et soudainement il l’entendit sangloter. Son cœur se figea mais il n’osa pas tourner la tête pour la regarder. Qu’avait-elle ? Etait-elle blessée ? Etait-ce un effet secondaire de la crise ? Pourquoi pleurer ? Pourquoi sur son épaule alors qu’il était la dernière personne à pouvoir la rassurer de la façon dont il le fallait ?
Il la laissa glisser sans bouger, jusqu’à ce qu’elle vienne poser sa tête contre ses côtes. Il était gêné, angoissé, ne comprenant pas ce qu’elle avait et pourquoi elle maintenait ce contact si agréable et si douloureux pour lui. La voir là, comme ça, le torturait. Pourquoi fallait-il qu’elle soit ainsi, si parfaite, si sincère…
« Pardon, je suis vraiment pathétique. » Murmura-t-elle sans le regarder.
Son cœur se serra aux mots. Il avait envie de tenir sa tête entre ses mains et lui dire que non, jamais elle ne serait pathétique à ses yeux… Mais il ne pouvait pas, et ce n’était qu’un mauvais moment à passer. Après tout elle avait le droit de dire ce qu’elle voulait, bien qu’il ne comprit absolument pas pourquoi. Soudainement le bandage autour de son poignet et pouce le démangea. On lui avait remit la menotte sans préciser qu’il venait, quelques temps auparavant, de se disloquer le pouce pour tenter d’aider Kylia pendant sa crise. Il espéra soudainement qu’elle n’avait rien remarqué ; dans son état, il y avait quand même peu de chance qu’elle y fasse attention. Le médecin avait fait un bandage rapide qui dissimulait la coupure qu’il s’était fait en panique lorsqu’il ne restait plus rien de Faust McRay quand l’aura de la jeune femme était devenu insoutenable et l’avait rendu complètement fou…
Il ne savait pas quoi faire ou dire, mais la tension devenait palpable. Elle soupira en se redressant, mettant les jambes sur le bord du lit pour s’assoir. Il avait envie de lui tenir la main, de lui demander ce qu’il n’allait pas… Mais il ne tenait aucun rôle qui pourrait justifier cela. Il n’était pas un collègue, pas un mentor, pas un élève, pas un allié, pas un ami à proprement parler… Il l’avait prit en otage et emmené dans une aventure qui aurait pu lui coûter la vie, puis elle l’avait invité chez sa famille, agit comme s’ils étaient amants pour mieux camoufler la véritable nature de leur relation qui était… Eh bien, qu’était-elle au juste ? Pourquoi avait-elle décidé de le défendre ? Par son goût pour la justice ? Elle savait qu’il était innocent dans l’affaire de Djan, mais coupable de tant d’autres choses… Pourquoi voulait-elle le défendre ? Pour Eden ? Pour Jack ? Pour elle-même ? La question revenait toujours :

Que gagnait-elle dans tout cela ?

Elle ne le regarda pas, yeux tournés vers le vide alors qu’il tentait désespérément de comprendre… Il était tellement déchiré entre les deux souhaits qu’il avait envers elle… Il fallait qu’il la laisse parler comme s’il était complètement indifférent, jouer le rôle d’un roc immuable.
« Je suis désolée pour tout ça, j'ai été stupide. Sur toute la ligne. »
Son visage de pinça aux mots une fois de plus. Pourquoi disait-elle de telles choses ? Il avait tant envie de la rassurer, et à la fois de lui crier dessus…
« Dans ma tête tout était tellement clair, je n'ai même pas pensé que j'aurais peut-être dû être plus explicite, mais ça aurait été déplacé de ma part. Surtout dans cette situation. Et puis ça n'aurait rien changé, tu m'aurais sans doute dit la même chose. Si j'ai bien compris une chose c'est que quand tu as une idée en tête, il faudrait déplacer des montagnes pour te convaincre du contraire. Et moi je ne peux t'offrir qu'un procès pour la liberté et une opération pour tes jambes. »
Qu’est-ce qui était clair ? De quoi parlait-elle ? Il grimaça à l’énonciation de l’opération mais se retint de serrer les poings. Et plus explicite ? mais de quoi ? Il la regarda de façon perplexe, son cœur douloureux dans sa poitrine à l’entendre parler de façon si torturée. Il ne comprenait toujours pas, et même en répétant les mots dans sa tête il n’arrivait pas à leur donner un sens. Ca n’aurait rien changé, tu m’aurais dit la même chose.
Quelle chose ? Ce qu’il venait de dire ? Mais, quoi ? Maintenant ses pensées s’embrouillaient entre plusieurs possibilités. Et soudainement une lueur vint le brûler mentalement, où l’idée de son erreur le frappa douloureusement. Elle tourna légèrement son visage vers lui, et il vit ses yeux luire. Désormais il était comme fait de pierre à la vue, à la torture que lui infligeait ce visage si triste, presque agonisant…
« J'étais tellement sûre de moi en venant te voir et voilà qu'aujourd'hui, je me rends compte que je n'aurais pas dû. Demander une mutation sur Islantis, un travail qui me permette d'être la plus présente possible pour Eden... Je me demande bien comment j'ai pu imaginer un jour que c'était le plan parfait sans t'en avoir parlé avant. Je ne sais même pas comment j'ai pu imaginer quoi que ce soit, il ne s'est jamais rien passé de concret... Je suis juste stupide. Stupide et pathétique. »
Ses propres larmes s’accumulèrent dans ses yeux, et il essaya de parler, mais elle détourna le regard vers les draps et il se trouva sans les mots, et sa langue parut lourde, incapable de réagir. Elle… Elle avait demandé une mutation pour Islantis ? Mais… Pour Eden ? Etait-ce cela la véritable raison de tout cela ? Qu’avait-elle pourtant en commun avec elle ? Pour quelle raison… ?
Il ravala ses larmes et ne tenta pas de se redresser alors que tout son être lui hurlait de faire ; ne pas étendre la main, ne pas tenir la sienne, ne pas lever son visage vers le sien, ne pas la laisser voir comme il souffrait…
Elle tira le drap pour le recouvrir, toujours sans le regarder. Il dû se retenir de lui attraper la main et la garder là… En lieu de cela c’est elle qui garda la main sur lui, sans bouger. Ses mains tremblaient, il avait envie de pleurer, de lui dire, de lui demander de rester… Mais… Qu’est-ce qui le retenait ?
« J'ai rarement ressenti ça. De ne pas être agressée par un contact physique. Au contraire, je pense que ta présence a un effet vraiment positif sur mon empathie... à part bien sûr tout à l'heure mais c'était de ma faute. J'aurais dû te prendre à part et te l'expliquer tout de suite, mais je ne savais pas ce que tu avais vécu, je ne savais pas que la nouvelle te ferait cet effet. Je l'ai appris à mes dépens, et si tu savais comme je regrette. »
Non, c’était lui qui aurait dû être plus adulte, de ne pas réagir ainsi, de ne pas penser les horreurs qu’il avait imaginé… Il l’avait mentalement violée, et elle avait dû le sentir, la menace, la cruauté… Il avait imaginé lui faire une telle chose… Il savait ce qui le retenait de la prendre dans ses bras, de la serrer comme lui, de l’embrasser et lui dire tout ce qu’il pensait d’elle : de sa gentillesse incommensurable, de sa détermination à toutes épreuves, de son courage, de sa beauté, de l’amour qu’il portait pour elle…
Une fois qu’il l’eut pensé c’était fini. Oui, vraiment… Il l’aimait. Depuis qu’il l’avait rencontré il n’avait vu personne qui avait attiré son œil ; même la jeune infirmière qui – s’il avait été plus jeune, aurait été une cible potentielle – n’avait pas provoqué la moindre sensation chez lui… Il ne voyait plus que Kylia, ne pensait plus que Kylia, ne sentait plus que Kylia. N’importe qui aurait pu être nu contre lui avec des intentions claires, il ne l’aurait pas touchée. Mais Kylia…
« J'aimerais tellement que tu n'aies pas refermé cette cellule et être à ta place, là, maintenant. »
Il retint un sanglot d’agonie. Non, il ne voulait pas l’imaginer… Mais cette pensée demeura et germa sans son esprit, et il la voyait, là, attendant de se retrouver dans un fauteuil roulant, incapable de bouger seule, dépendant des infirmiers et docteurs, à la Mercie de leurs mains… Et si l’opération échouait, et qu’elle se retrouvait à vie dans le fauteuil… ?
L’image se refléta comme dans un miroir, et à présent c’était lui dans le fauteuil roulant. Mais ce n’était plus le Faust qui avait recueilli Eden contre son gré, qui était encore faible, si maigre qu’on aurait pu le casser d’une simple poussée… Il avait mûri, apprit de cette expérience. Le fauteuil n’était pas si terrible pour le Faust actuel. Il n’avait jamais été aussi fort (outre les blessures) et se sentait capable d’affronter le monde entier… Tant que Kylia était à ses côtés. Pourquoi avait-il tant paniqué à l’idée de retourner au fauteuil… ? Ce n’était pas le fauteuil qui l’inquiétait, c’était le souvenir et l’idée qui venait avec. Dans son fauteuil il avait vécu les pires années de sa vie, la pire solitude, la pire souffrance… Dépendant de Jack, incapable de tenir la jeune Eden dans ses bras deux secondes, incapable, financièrement de s’occuper d’elle, physiquement de l’élever, mentalement de la soutenir.
Mais Eden avait grandi, Jack était resté à ses côtés, et ensemble ils avaient acheté le bar. Jack l’avait aidé, pour une raison qui l’échappait encore. Peut-être avait-il comprit qu’il en avait besoin, maintenant qu’il n’était plus handicapé, qu’il lui fallait un travail libre, et qu’être barman avait toujours été un rêve…
Ce n’était pas le fauteuil qu’il avait quitté à ce moment-là, c’était la solitude. Cet objet matériel n’était rien qu’une image, une concrétisation de ses peurs, de sa crainte… Et maintenant qu’il regardait Kylia, il se moquait de la chaise roulante qui désormais ne le hantait plus au coin de son œil. Il était proie à une chose plus terrible encore… La crainte de la perdre à jamais.
Il n’avait pas compris, pas les mots, pas les gestes, pas les sous-entendus… Il n’avait rien compris à ce que ressentait Kylia. Lorsqu’il les avait vu et entendus, il s’était toujours dit qu’il avait dû mal comprendre, ou que ce n’était qu’une illusion, ou que cela n’avait aucune importance aux yeux de l’empathique… Elle avait toujours si poliment reçu son contact qu’il ne s’était jamais imaginé qu’elle pouvait vouloir qu’il la touche, qu’il la tienne, qu’il l’embrasse… Un sanglot pitoyable se coinça dans sa gorge alors qu’elle garda sa main là où elle était restée, à moitié sur son torse en train de le recouvrir d’un drap.  
« Je comptais te faire part de mes projets, de ce que j'avais en tête après le procès, même si j'avais à l'idée que ça se ferait naturellement. Mais pour le procès, ça n'aurait pas été bon si quelqu'un nous avait vu ensemble. Je veux dire, que quelqu'un ait surpris un geste qui n'avait pas lieu d'être. Je n'aurais plus pu prendre ta défense et je n'aurais pas pu maîtriser les choses, ton frère aurait pu corrompre ou menacer le nouveau représentant d'une manière ou d'une autre. Enfin, de toute façon la question ne se pose plus, tu n'as visiblement pas envie de me revoir par la suite. J'aurais dû me douter qu'un bel homme comme toi peut se permettre d'avoir des standards plus élevés. Après tout, je suis loin d'être irrésistible. »

Crie. Bon sang réagis ! Fais quelque chose ! Ne la laisse pas croire que tu es indifférent ! Dis-lui, dis-lui que tu l’aimes !
Si elle l’avait regardé à ce moment-là, elle l’aurait vu torturé, cherchant à parler, mais sa gorge se ferma, aucun son ne sortit et elle ne donna pas la possibilité de lui montrer sa souffrance. Il avait envie d’arracher les menottes, la tenir, la serrer contre lui, caresser ses cheveux si parfaits, puis tenir son menton en regardant dans ses yeux, et s’approcher pour l’embrasser, enlacer son corps sublime et ne jamais la laisser partir…
Mais elle avait raison. Si quelqu’un les surprenait, ils n’auraient plus rien pour lui rendre la liberté. Ils n’auraient rien pour être ensemble…

Ensemble… Une impossibilité maintenant qu’elle était brisée. Tout son être lui hurlait de lui dire qu’elle avait tort, qu’il n’avait dit cela qu’en croyant qu’elle lui était indifférente ! Qu’ils partageaient les mêmes sentiments, qu’il ne se voyait pas vivre sans elle… !
Non, cela aurait été une erreur. Combien de temps avant que son instabilité reprenne le dessus, qu’il provoque une nouvelle crise, qu’il la mette à nouveau en danger ? Et après les images envoyées par Sven, il se doutait que sa haine s’arrêterait après le procès. Inviter Kylia dans sa vie la mettait face aux dangers inévitables qui l’attendaient à la sortie du palais de justice.
Il avait les mains attachées derrière le dos, pas littéralement, mais il n’avait pas la possibilité d’agir. Son visage passa de torturé à neutre, et il savait, pour son bien, qu’il ne devait rien dire. Sa gorge se rouvrit, la nervosité passée.
Joue ton rôle, ne laisse rien paraître. Il aurait presque pu sourire tant il s’était persuadé lui-même. Cela lui passerait, la jeune femme irait mieux après un temps, reprendrait une vie normale, se trouverait un bon travail, peut-être un mari. Elle était en âge après tout, et ils n’avaient jamais parlé de son envie d’avoir des enfants, chose qui était parfaitement possible pour elle.
Il la regarda se lever, le dos courbé, alors qu’elle s’approcha du petit lit de camp pour plier la couverture. Il l’observa avec une neutralité qui aurait été autrement impossible dans n’importe quelle situation – malgré cela la chaleur de sa main demeura quelques instants sur son torse, mais se refroidit aussitôt, laissant un manque.
Et toi, vieux, que vas-tu devenir ?
Moi ? Pensa-t-il avec un faible sourire. Je n’oublierai jamais ce qu’elle a fait pour moi, et je ne sais si je cesserai un jour de l’aimer… Un vieux croûton comme moi n’a plus rien à offrir à une femme.
Un homme lambda de son âge se serait dit qu’il serait temps de fonder une famille, ou grimper dans les échelons d’une entreprise, ou gaspiller son argent sur des voitures impossibles… La crise de la quarantaine quoi. Mais lui non. Il avait trop vécu, trop blessé, trop tué… Comment retourner à une vie banale après ça, comment songer à fonder une famille quand les mains qui tiennent un enfant ont étranglé d’innombrables gens ? Non, il retournerait au bar, retomberait dans la routine du service et en oublierait petit à petit la mauvaise aventure qu’il avait vécu. Mais il n’oublierait jamais Kylia, pas son sourire, pas ses yeux, pas ce regard si attendrissant que personne n’aurait jamais pu lui faire du mal après l’avoir vu…

Elle revint près du lit mais ne se rassise pas. Il n’arrivait pas à lire son regard, mais comprit qu’elle était blessée, qu’il l’avait émotionnellement frappé de ses mots. Finalement il ne le regretta pas ; c’était mieux pour elle.
« Avant que j'oublie, pour Eden, je ne devrais sans doute pas te le dire parce que je lui ai promis, mais je pense aussi que c'est important pour vous deux. Parce que tu ne pourras pas l'aider si vous n'arrivez pas à parler. Elle connaît déjà le langage des signes, et parfaitement. J'ai signé avec elle, tout à l'heure, elle a juste peur que tu ne la juges. Je pense que je peux l'aider à accepter le fait de parler avec toi, mais Jack pourrait tout aussi bien le faire si tu ne tiens pas à ce que je m'en mêle, ce que je comprendrais. Dans tous les cas, je pense que c'est une bonne idée. Je te donnerai l'adresse de quelques associations qui pourront te l'apprendre gratuitement, tu verras, c'est très simple une fois qu'on a compris les bases. »
Cela lui fit comme un coup dans la figure. Décidément, il avait raté beaucoup de chose, et l’une des plus importantes était qu’Eden comprenne qu’elle n’avait aucune crainte à avoir envers lui. Comment pourrait-il la juger ? Elle était comme son propre enfant, et les médecins avaient été clair : son mutisme n’était pas médical, mais volontaire. Il se moquait qu’elle ne pouvait pas parler ; elle aurait pu être sourde ou aveugle, il s’en serait occupé exactement de la même façon…
Et elle avait parlé à Kylia. Eden avait communiqué autrement qu’avec des hochements de tête ou haussements d’épaules, elle avait discuté avec l’empathique, en formant des mots dans la langue des signes.
A cela il ne pu retenir le sanglot, mais laissa échapper une espèce de petite toux lamentable qu’il retint de changer en rire. Il était heureux de savoir… Mais c’était tellement douloureux. Si Kylia était là, elle pourrait lui apprendre les bases, elle pourrait être le pont qui reliait l’oncle et la nièce… Hélas il n’avait pas le choix, et elle ne pouvait être en sécurité auprès de lui. D’ailleurs, personne ne le serait. Peut-être qu’il enverrait Eden avec Jack dans un lieu plus sûr ; il contacterait peut-être Kamiko, savoir s’il avait une idée… Il lui expliquerait les lettres de menace, et il ferait certainement ce service pour la petite, vu que visiblement il ne faisait tout cela que pour le bien d’Eden et sa filleule.

Il contempla avec Kylia, comme s’il savait que c’était la dernière fois qu’il la verrait de si près, physiquement et mentalement. Qui savait ce qui allait se passer au procès ? Et dans tous les cas, pas de familiarités, pas de signes quelconques qui pourraient ruiner la plainte.
« Je vais y aller, ça vaut mieux. On se reverra au procès. J'essaierai de t'arranger l'opération pour tes jambes juste après ta sortie du palais de Justice. Le lendemain, si possible. Si d'ici-là tu as besoin d'appeler, ou même après, n'hésite surtout pas, l'hôpital, la prison et Jack ont mon numéro, je serai toujours là si tu as le moindre problème. »
Il hocha la tête, neutre, mais mourant de l’intérieur. Il ne voulait pas la voir partir, il ne voulait pas la lâcher… Mais c’était nécessaire.

Elle s’approcha et posa sa main sur sa joue. La chaleur que le contact provoqua traversa son corps entier, et il se sentit rassuré que quelque part elle ne lâche pas si facilement l’affaire. Cette séparation qui n’en n’était pas une serait d’autant plus douloureuse, mais avec un peu de chance plus rapide à sortir de mémoire, comme tous ces moments que l’on pousse à l’arrière de ses souvenirs, jusqu’à ce qu’ils deviennent flous au point de disparaitre.  
Mais son regard était doux, tendre…  Il avait envie de lui sourire, de lui dire que tout irait bien… Mais ce serait une hypocrisie sans pareilles, et cela ne ferait qu’ajouter aux mensonges et non-dits qui finalement camouflaient toute vérité, toute réalité. Elle devait le croire indifférent, ou la séparation ne serait jamais nette, et elle subirait des années durant le trou qu’il avait fait et déchiré en elle.
Elle se pencha vers lui doucement, et son cœur se mit à battre fort dans sa poitrine, si bien qu’il avait peur qu’elle le sente et ne voit au travers du masque qu’il portait. Mais, de façon inattendue, son regard devint un peu plus froid, rêche, et sa bouche s’ouvrit, dévoilant une voix amère : « Une dernière chose... La dernière personne qui m'a dit que je devrais me trouver quelqu'un de bien m'a larguée comme une merde après quatre ans de vie commune pour partir avec une autre, c'est typiquement le genre de phrase qui ne veut rien dire, et tu le sais aussi bien que moi. Cependant, je n'ai pas besoin de trouver quelqu'un de bien. Si je ne t'avais pas rencontré, oui, j'aurais encore besoin de chercher, mais plus maintenant. »
Les mots le frappèrent ; voilà ce qui lui avait fait tant de mal ? Avait-il ré-ouvert une plaie déjà fragilement cicatrisée ?
Avant même qu’il puisse penser davantage, elle approcha son visage du sien, et posa ses lèvres sur les siennes. Il fut si surprit qu’il n’eut le temps de réagir ; une fois sortit de sa torpeur il était trop tard, elle avait quitté la pièce.

Il demeura complètement immobile pendant une éternité, et finalement allongé dans ce lit, il laissa les larmes couler. Sa respiration devint lourde, sa cage thoracique se levant et retombant comme s’il était coincé sous un rocher, puis sa bouche s’ouvrit, et laissa échapper un rire. Un rire léger qui se transforma en une série de ricanements nerveux, qui finalement se changèrent en lents cris d’agonie. Il ne voyait plus rien, ne pouvait entendre et ne pouvait ressentir aucun changement de textures sous ses mains. Il pleura, et son corps se tordit sous des spasmes douloureux. Impulsivement ses mains se raidirent et se fermèrent en poings, et ses bras tirèrent sur les menottes. Il ne sentit pas le sang couler de son poignet déjà blessé alors qu’avec la force la plaie s’accentua. Ce n’est que lorsque la porte s’ouvrit qu’il n’entendit ses propres cris, comme un animal blessé mortellement qu’il ne reste plus qu’à achever. Des mains le tinrent en place alors qu’il tenta d’échapper à ses liens de fer, et hurla à pleins poumons alors que ses yeux crispés clos déversaient toute la peine et la douleur qu’il avait gardé en lui. Ce n’est que lorsqu’il sentit un liquide froid parcourir ses veines qu’il ne se détendit légèrement, pour que finalement ses yeux restes fermés et se purent se rouvrir.

***
Auparavant…

Kamiko les avait amené à la gare. Durant tout le trajet Jack avait attendu nerveusement le bon moment et les bons moyens de dire au grand homme ce qu’il avait sur le cœur. Ce n’est que lorsqu’ils sortirent de la voiture et qu’Eden n’était pas juste à côté qu’il lui s’approcha de Kamiko pour avoir la discussion qu’il souhaitait. Cela allait être bref, mais il fallait qu’il le lui dise… Il ne savait pas si Faust serait en mesure de dévoiler l’histoire, alors il préférait ne pas prendre de risques que cela passe à la trappe.
« Mr Kamiko. Dit-il, nerveux face à l’imposante stature de l’homme. J’ai à vous parler un instant. »
Le grand homme le regarda, son visage neutre ne trahissant rien. C’était angoissant de devoir lui parler en face à face, mais il prit son courage à deux mains, observant Eden du coin de son œil alors qu’elle sortait le Dvi Galseau de la voiture. L’oiseau à deux têtes regarda un instant Jack, puis se posa sur le bras d’Eden, frottant ses deux têtes contre la sienne. La petite sourit, caressant l’animal, ne portant pas attention aux deux hommes qui étaient soudainement entourés d’une aura autrement plus sérieuse que nécessaire. L’oiseau le faisait-il volontairement, comme s’il savait qu’Eden ne devait pas entendre ? L’homme aux cheveux châtains secoua sa tête et retourna son attention vers Kamiko.
« Je me suis entretenu avec Faust sur un sujet relativement délicat concernant la petite et son père… Nous n’avons pas de preuves exactes, mais nous pensons que c’est bien lui qui ait envoyé des photos de Faust après… L’incident de la prison. »
Il sortit justement l’enveloppe et le tendit à Kamiko, qui la regarda avec un calme surhumain et une neutralité effrayante. Inutile de dire que Jack était extrêmement intimidé par le grand homme, un peu comme il avait été intimidé par le père de Faust lorsqu’il l’avait rencontré.
« N’importe qui aurait pu la signer, mais la personne en a envoyé quasiment tous les jours, et je m’attends à en retrouver en rentrant… Je ne sais pas précisément quel message cache cette photo, si c’est une menace ou autre, mais toutes les lettres sont destinées à Eden…
-Elle n’est pas au courant j’imagine ?
-Non, j’ai bien pris soin de toutes les intercepter. »

Kamiko parut pensif pendant un moment et finalement posa une grande main sur son épaule. Jack se sentit soudainement comme un enfant à qui on tente de donner une responsabilité bien trop lourde.
« Tu as bien fait de m’en parler. Je peux la garder ? »
Jack rit un peu nerveusement. « J’en ai des centaines à la maison. »
Kamiko hocha la tête et Jack s’éloigna, invitant le dvi galseau à venir sur son bras. L’oiseau le fit et Eden souleva le louveteau qui était resté à ses pieds.
« Et comment on remercie Kamiko ? Demanda-t-il avec un sourire alors qu’Eden avait commencé à s’éloigner. »
Timidement, la petite approcha, fit une courbette à Kamiko et se retourna pour s’enfuir à la gare. Jack rit légèrement et serra la main du grand homme.
« Merci pour tout. »
Solennel, il hocha la tête en réponse et Jack s’enfuit après Eden pour être à l’heure au train.

***

Faust ouvrit les yeux lentement. Il avait mal partout, mais particulièrement au poignet droit… Il tourna la tête pour voir mais en lieu de regarder son poignet, il tomba sur le visage grave du médecin, qui s’était assit sur la chaise et le regardait maintenant d’un œil sceptique. Il ne savait pas exactement quoi dire, mais il imaginait bien que le docteur aurait son mot à redire… D’ailleurs…
« Vous savez que ce que vous venez de faire peut être considéré comme une tentative de suicide ? »
Faust soupira en levant les yeux au ciel.
« Si j’avais voulu me suicider j’aurais su exactement comment, et je n’aurais pas été ici à vous parler. »
Sa voix était rauque après avoir crié, mais il reconnu n’avoir aucune émotion à proprement parler. Peut-être un effet des calmants ? Ou juste une défense pour ne plus avoir à souffrir de… Non, il ne fallait pas penser à quoi.
« Je dois tout de même faire un rapport, et je me permets de dire que cela n’arrangerait guère votre situation.
-Et que voulez-vous dire au juste ? Ai-je essayé de tuer quelqu’un ? Ai-je blessé quelqu’un ? Est-ce que j’ai commis un crime à proprement parler ?
-Il y a plusieurs témoins de votre crise, Monsieur McRay… Et aucun n’ignore le fait que vous avez tenté volontairement de vous faire du mal.
-Bon, écoutez. Quand je sors de ce lit je vais aller à un procès, et si tout va bien en sortant de ce procès je vais retrouver ma nièce que je n’ai pas vu depuis plusieurs mois maintenant. Croyez-vous vraiment que je vais m’arrêter là, alors que j’ai encore de la famille qui compte sur moi ? »
Pragmatique, simple et dénué d’émotions. Il n’était pas sûr de comment il tenait encore le coup, et comment il pouvait être aussi calme… Décidément il avait vraiment était chiffonné à droite à gauche au point d’en ressortir complètement lessivé.
« Et quant à votre rapport, vous pouvez dire ce que vous voulez, cela ne ressemblera à rien d’autre d’un acte désespéré d’une personne qui a subit un traumatisme.
-Mais ce n’est pas la vérité.
-La vérité a toujours plusieurs facettes, docteur, et si j’étais vous je réfléchirai vraiment à laquelle j’ai l’intention de me tenir. »

Ce n’était pas une menace, pas vraiment, et cet homme certainement plus âgé que Faust avait dû en voir passer des gens aussi abîmés les uns que les autres, et il devait bien reconnaitre les suicidaires par leurs comportements…
« Alors dites-moi votre vérité, docteur. Ai-je tenté de me suicider ?
-Non.
-Alors nous sommes d’accord.
-Mais si vous teniez tant à la vérité dont vous parlez, vous me diriez exactement ce qui vous est passé par la tête pour que vous agissiez d’une telle façon. »

A cela Faust sourit, mais il avait tout d’une contenance fausse.
« Navré mais il faudra me faire confiance quand je dis que ce ne sont que des histoires à l’eau de rose. »
Le médecin le regarda de haut en bas, dubitatif, puis haussa les épaules. L’ancien mercenaire n’avait pas envie de lui demander de ne rien dire… Cela allait avoir l’air suspect, et il risquait de poser d’avantage de questions… Des questions qui le tueraient à nouveau de l’intérieur.
« J’imagine que vous ne voulez pas que la concernée soit au courant. Soupira soudainement le docteur, de façon inattendue. »
Faust le regarda, ralenti dans sa course mentale effrénée.
« Je ne suis pas dupe, Monsieur McRay… Très peu de choses se passent dans cet hôpital sans que je le sache, et si j’ai bien compris cette jeune femme est venue avec vous sous le faux prétexte qu’elle était votre femme. »
Et un nouveau coup dans un endroit invisible sous la cage thoracique.
« Elle n’a jamais prétendu au titre, c’est visiblement une infirmière qui l’a suggéré, et la jeune femme en question ne l’a pas démenti.
-Pourquoi ?
-Je ne sais guère.
-Ne me prenez pas pour un idiot. »

Un pas de travers et leur défense tombait à l’eau. Pas maintenant, pas si près du procès… Le vieux médecin soupira et se pencha en avant pour mettre ses coudes sur ses genoux.
« Vous ne me paraissez pas malhonnête, Monsieur, mais clairement vous avez des soucis avec la justice. »
Faust leva à nouveau les yeux au ciel pour le laisser parler. Il était épuisé, et n’avait pas envie d’avoir de nouveaux problèmes. Après tout ce qui lui était arrivé, il avait le droit à un peu de répit, non ? Et si ce vieux était si déterminé à lui faire la morale, alors il le laisserait parler ; de toute façon il était menotté à un lit, il n’y avait pas exactement d’échappatoire à sa situation.
« Cependant ce que vous dites est vrai, vous avez une nièce, et vous n’aviez pas l’air d’un mauvais parent à l’heure de votre déjeuné. »
A cela l’ancien mercenaire le regarda froidement.
« J’ai mes responsabilités auprès de cet établissement, j’avais donc bien le droit de porter mon propre regard afin de vous juger, non ? »
Comme si un procès ne suffisait pas… Mais la présence du vieil homme rendait Faust nerveux. Pourquoi restait-il pour discuter ? Quel genre d’informations essayait-il de sortir du mercenaire ? Connaissait-il Sven ? Etait-ce lui qui l’avait envoyé ?
« Vous êtes un homme méfiant, cela a certes du mérite, mais vous êtes un idiot, McRay. »
Ah, plus de Monsieur ? Bien.
« Tant de gens ne pensent qu’en bien et en mal, ils oublient qu’il y a du bien et du mal en chacun de nous, et que la seule chose qui fait notre différence, entre tous les individus de notre espèce, est le côté vers lequel nous tendons, et comment nous percevons ce noir et ce blanc. »
Maintenant il donnait l’impression de parler en énigme. C’était particulièrement désagréable de se faire sermonner, surtout que cela avait presque une tendance religieuse, et Faust n’était pas de ceux croyant en une quelconque divinité.

Le médecin soupira en se levant, se dirigea vers la porte mais s’arrêta devant avant de se retourner vers le barman.
« Je ne dirai rien à personne, et demanderai aux témoins de ne rien dire de l’incident, et vous avez ma parole que personne ne sera au courant. Mais savez néanmoins que vous êtes un idiot, et que la vérité doit faire sa route d’elle-même, sans l’entrave de vos moyens. »
Il ouvrit la porte et se retourna pour regarder l’homme aux cheveux blancs.
« Par ailleurs, vous avez les salutations de votre frère.
-Sven ?! Grogna-t-il soudainement, essayant de se redresser.
-Non, votre autre frère. »

Et il sortit sans lui laisser la chance de parler. D’un coup son cœur venait de tripler de vitesse alors qu’il regarda par la fenêtre. Tyrion ? Ce n’était pas… Enfin… Si, tout était possible maintenant que Sven était lui aussi réapparut, mais cela n’avait aucun sens ! Pourquoi maintenant ? Et pourquoi était-il apparut dans son sommeil auparavant ? Il dressa la tête et regarda la porte. A moins que ce crouton ne soit en train de lui mentir. Pas n’importe qui ne pouvait avoir accès à son dossier, mais personne n’était sûr des données personnelles de nos jours… Il ferma les yeux pour y réfléchir plus longuement, poussant de sa mémoire l’incident avec la jeune femme qui n’aurait que provoqué une nouvelle crise de sanglots s’il revenait au devant de la scène.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Dim 24 Mai - 18:39

« Tu es sûre de ce que tu comptes faire ? »
Pour la énième fois, elle avait envie de lever les yeux vers lui. Pour la énième fois, elle ne le fit pas. Seuls, enfermés dans la cuisine à peine éclairée par la lumière de la haute aspirante, elle avait l'impression de se croire dans la salle d'interrogatoire d'un mauvais film policier. Seul le gargouillement de la casserole d'eau sur le feu les retenait pitoyablement dans une réalité qui était tout sauf rose, mais pas non plus catastrophique. Simplement au bord de la crise. Une fois de plus dans cette journée. Elle était épuisée, aurait bien voulu que son ami joue encore le rôle du jeune homme compatissant, de l'oreille attentive, mais Charly n'était plus décidé à jouer le jeu. Pas cette fois. Elle répondit un oui à peine articulé, sans lever les yeux, les deux bras croisés sur la table. Le mouvement d'humeur de l'autre côté de la table manqua de la faire reculer.
« Hey ! Kylia, je suis sérieux ! Regarde-moi et réponds-moi, tu peux croire ce que tu veux mais je ne lâcherai pas l'affaire. »
Elle soupira et releva sur lui un regard plus dur qu'elle n'aurait pu jamais imaginer poser sur lui. C'était peut-être le ton sur lequel il lui parlait, le fait qu'il lui pose des questions, mais peut-être encore plus simplement le fait qu'il ose douter d'elle qui la rendait plus agressive, beaucoup moins amicale que ce qu'elle aurait dû être. Pourtant, dans la voiture, rien n'aurait pu laisser présager qu'il réagirait de la sorte. Ce ne fut qu'une fois dans l'appartement qu'elle comprit qu'il l'avait plus ou moins piégée. Charly était fourbe quand il le voulait, elle le savait, il n'avait pas la franchise ni le manque de tact de Jensen qui n'avait pas peur des attaques frontales ni des disputes. Ce n'était pas une preuve de méchanceté ni de mauvais fond de la part de Charly, juste une manière qu'il avait trouvé pour éviter que les gens ne fuient devant lui et devant son incapacité à s'imposer devant certains caractères. Pourtant ce n'était pas comme si Kylia en faisait montre au point de l'intimider. Son ton ne fut pas moins tranchant.
« Tu veux savoir si je suis sûre ? Oui. Ça te va comme réponse ou je dois te faire un formulaire manuscrit et signé en trois exemplaires ? »
Elle soupira à nouveau en voyant le regard endurci de son ami. Il allait exploser sous peu où elle ne le connaissait pas. Ils avaient tous les deux tellement changé.
« Qu'est-ce que tu veux que je te réponde ? Je me suis beaucoup trop engagée pour me dérober maintenant. Et même si ce n'était pas aussi pour lui, je ne peux pas abandonner cette enfant au sort qui l'attend s'il se retrouver en prison. Tu comptes m'en empêcher ? »

Ce fut son tour de soupirer après un long silence, puis il retira ses lunettes pour les essuyer. Sa voix lui parut presque un murmure, mais presque comme s'il avait été proféré au creux de son oreille.
« Non, évidemment, tête de mule. Qui pourrait bien t'empêcher de faire quoi que ce soit, de toute façon ? »
Rien ni personne, en effet. Elle ne comptait pas lui parler de Sven et des menaces en bas de chez elle, ni des prisonniers, ni de quoi que ce soit d'autre qu'il n'ait pas une nécessité absolue de savoir. En fait, il n'y avait pas grand chose qu'il avait besoin de savoir. Juste qu'elle irait mieux. Il remit ses lunettes, puis l'air plus détendu, il changea complètement de sujet.
« Alors comme ça, ce type aussi t'as gentiment fait comprendre qu'il y avait mieux ailleurs ? Je vais finir par croire que je suis le seul homme dont le cerveau n'est pas défaillant à défaut d'avoir de bons yeux. »
Elle crut repartir au quart de tour puis se contenta finalement de se laisser aller contre le dossier de la chaise, les mains sur ses jambes. Pourquoi fallait-il qu'on l'attaque systématiquement sur ce sujet ? Ils savaient bien tous que Jase avait été une erreur, était-ce vraiment nécessaire de remuer le couteau dans la plaie encore une fois ? Surtout là, maintenant, au moment précis où elle n'avait qu'une envie, se jeter sous une couverture et ne plus penser à rien ? Il y avait des fois où les restants de son mutisme étaient un véritable handicap, on la brusquait toujours en pensant qu'elle était faible parce qu'elle ne parlait pas. La vérité était sans nul doute ailleurs pour elle : il était bien plus difficile de se taire même lorsque l'on devrait hurler au monde entier que non, ça ne va pas et qu'on lui en veut.
« C'est fini ou tu comptes m'achever tout de suite ? » finit-elle par lâcher amèrement.
Elle ne le voyait pas, les yeux fixés sur un point invisible sur la table mais elle l'imaginait parfaitement sourire.

« Ce n'est pas vraiment à moi qu'il faut poser la question. Mais vu ton état je ne pense pas qu'il soit très raisonnable de retourner le voir pour lui demander ce qu'il en pense, n'est-ce pas ? »
« … Aouch ! Tu comptes vraiment me la jouer comme ça toute la soirée ? T'es vraiment nul, comme garde-malade. »
« Et comme ami ? »
« … Tu veux vraiment entendre ce que j'ai à dire sur ce chapitre là, maintenant, tout de suite ou tu préfères attendre de redevenir à peu près normal pour que je t'évalue là-dessus ? »
« Tu sais, Lia, parfois je comprends pourquoi les hommes fuient devant ton charme délicat et ton verbe si caressant. »
« T'es vraiment con, quand tu t'y mets. »
« Arrête, tu sais que ça m'excite. »
Le fou rire partit de lui-même. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il venait de se passer, mais Charly était revenu de lui-même à une situation normale entre eux deux. Se parler comme s'ils étaient sur le point de s'entre-tuer dans un ping-pong à la frontière de la perfection pour finalement terminer en riant à en perdre haleine juste en voyant la tête des autres personnes autour d'eux. Ils étaient restés les deux adolescents qu'ils étaient quand ils s'étaient connus, à quoi bon lutter pour faire croire le contraire ?

Le repas s'était déroulé dans une bonne humeur toute relative, Lucy, la copine de Charly, ne savait pas trop où se mettre, mais tout se termina assez vite pour que la gêne ne s'installe pas trop entre les deux jeunes femmes. Un peu plus jeune et surtout la dernière arrivée dans le petit groupe d'anciens amis, Lucy était toujours mal à l'aise en présence des autres. Personne ne le lui reprochait, même si en revanche tous auraient apprécié la voir se lâcher un peu avec eux et arrêter de se comporter comme la petite fille modèle qu'elle savait aussi parfaitement être. Dans tous les cas, ils étaient tous heureux de les voir ensemble : elle était jolie, gentille, intelligente et sincère. C'était tout ce dont Charly avait besoin.
Et elle, de quoi avait-elle vraiment besoin ?
L'air était frais, mais ça n'avait rien de désagréable. La nuit était déjà bien tombée sur Sérégon et la vue imprenable depuis le petit balcon de leur appartement semblait presque se moquer d'elle. C'est beau, n'est-ce pas ? C'est ce que j'offre à qui veut me voir ! Plein de belles choses ! Et toi, qu'est-ce que tu as à offrir ?
Au plus elle y réfléchissait, au moins elle savait si elle était capable de répondre à la question. Ce même matin, elle aurait sans doute répondu qu'elle avait des tas de choses à offrir. Ce même matin, elle se sentait capable de soulever des montagnes, pleine d'un pouvoir qu'il lui semblait n'avoir jamais eu auparavant. Ce même matin, elle était sûre d'elle, prête à tout, elle n'avait peur de rien. Puis d'un revers de main il avait tout balayé. C'était injuste, mais c'était son droit. Elle ne pouvait rien lui imposer, après tout elle ne faisait pas vraiment partie de sa vie. Il devait la trouver encombrante, embarrassante, et prier pour retourner chez lui, bien tranquille avec sa nièce. Après tout ce qu'il avait vécu, il n'avait peut-être pas envie de s'aventurer à quoi que ce soit, à s'engager dans quelque chose, et s'il le voulait, sans doute pas avec une personne aussi jeune qu'elle. Ils avaient onze ans d'écart, c'était une sacrée différence, et dès lors qu'elle y réfléchissait, elle se disait qu'elle n'avait peut-être pas la maturité nécessaire pour assumer cette place à laquelle elle avait pu s'imaginer prétendre comme une jouvencelle en plein émoi. Elle ne se reconnaissait pas. C'était tellement loin d'elle, de ce qu'elle était d'ordinaire. Tirer des plans sur la comète avec un homme qu'elle connaissait n'était pas son genre, alors pourquoi le faire avec quelqu'un qu'elle connaissait à peine ? Est-ce que c'était si différent que ça, cette fois ? Et si c'était le cas, pourquoi ? Pourquoi lui et pas un autre ?

Ce fut ce moment que choisit Charly pour sortir à son tour sur le balcon, deux bières ouvertes à la main. Cette gêne qui leur collait littéralement à la peau se faisait encore sentir, pourtant son geste fut naturel quand il lui tendit la bouteille.

« Sauf s'il y a contre-indication. Mais je ne pense pas qu'une petite bière soit capable de te faire bien mal. »
Elle lui sourit en guise de remerciement, et but une gorgée en se disant que c'était une excellente idée. Non pas que boire soit dans ses habitudes, mais il y ait des fois où ça ne se refuse pas. Il s'assit sur l'une des chaises métalliques, posant sa bouteille sur la table. Elle resta accoudée à la rambarde, la tête à peine tournée vers lui, les yeux toujours rivés sur les lueurs de la ville. Il farfouilla dans sa poche et en sortit un téléphone qui aurait pu être le sien s'il n'avait précisé le contraire.
« Ton téléphone a pas mal sonné pendant qu'on discutait et ils ont apparemment essayé de rappeler quand on faisait la vaisselle. Je pense que c'est l'hôpital, il y a marqué numéro inconnu. Tu veux les rappeler pour les rassurer avant qu'ils n'appellent la police ? »
Elle haussa les épaules et prit l'objet qu'il lui tendait pour vérifier ses dires.
« Il a bien dû leur dire que j'étais partie de mon plein gré. Ils doivent juste vouloir avoir confirmation. Je les rappellerai demain, qu'est-ce que ça change à cette heure ? »
« Pas grand chose. De toute façon si tu étais morte sous mes roues, tu n'aurais pas pu rappeler ce soir. »
Elle ne parvint pas à en rire, alors que pourtant rien n'aurait été plus simple d'habitude. Ce n'était décidément pas le moment.

Il se passa un long moment de silence pendant lequel ils se contentèrent de regarder la vue en buvant lentement. Elle sentait l'attention de son ami centrée sur elle, une lourde inquiétude venant peser contre ses épaules. Elle se doutait que son état ne devait pas être beau à voir, que s'ils n'avaient pas eu cette conversation elle aurait été une vraie pile électrique, mais elle ne pouvait pas y faire grand chose, et si elle ne pouvait pas lui montrer sa déception, à qui pouvait-elle encore le faire ?

« Il est comment ? »
La question la surprit mais la fit tout de même sourire. C'était une bonne tentative, et elle ne pouvait pas l'envoyer promener.
« Tout le contraire de Jase. »
« Tu veux dire qu'il n'a pas une braguette à tête chercheuse ? »
C'était sale. Sale mais drôle.
« Qu'il a du caractère. Presque un peu trop, parfois. Et puis ça n'est pas une loque. Je ne sais pas si je peux t'assurer que c'est quelqu'un de bien sur le plan juridique, mais il a bon fond. Et un sacré cran. »
« C'est l’œil de lynx qui parle, ou la pucelle amoureuse ? »
Elle rit légèrement, mais ne sut pas vraiment quoi répondre. La manière qu'il avait de déduire son don d'empathie à chaque fois la déstabilisait quelque peu mais elle ne pouvait pas lui reprocher de la connaître.
« Personne n'est entièrement bon ni entièrement mauvais. Il a simplement fait de mauvais choix à une époque, mais je suis sûre que s'il avait pu faire autrement, il en aurait été capable. »
Il resta silencieux. Elle n'avait pas envie de parler et il le sentait bien. Pourtant elle savait que si elle ne se confiait pas à lui, il y aurait bien peu de choses qu'elle pourrait confier à d'autres dans sa vie.
« Et physiquement ? Il est pas trop décati ? »
« Si tu savais, c'est tout le contraire ! Je crois que si tu les mettais en caleçons tous les deux, Freid ferait mieux de se rhabiller. »
« … J'en déduis donc que vous avez... ? »
« Hein !? Ah, ça ? Non, absolument pas. C'est tout juste si on s'est pris la main une fois. J'ai dû le voir une fois sans t-shirt, mais même sans ça, c'est le genre de choses qui se repère assez vite. »
Elle l'entendit pouffer de rire et cette fois elle ne put s'empêcher de se tourner vers lui.
« Quoi ? »
« Rien. Ça fait tellement bizarre de t'entendre parler de toi, comme ça. Je ne te pensais pas capable de mater en douce. Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux apparences. Même si je commence à avoir l'habitude avec toi. »
Elle eut comme un doute.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Tout simplement que tu es différente de ce qu'on peut penser en te voyant, rien de plus. Mais ce n'est pas nouveau que peu de gens soient capables de t'estimer à ta juste valeur. »

Le coup de poignard dans la poitrine fut tel qu'elle n'osa d'abord rien dire. Elle fit une vaine tentative d'ouvrir la bouche, mais pour dire quoi ? Se trouvant dans l'incapacité la plus totale de prononcer la moindre phrase, elle se sentit d'autant plus bête qu'il soit parvenu, pour une fois, à toucher parfaitement juste mais plus surprise encore qu'il lui donne la désagréable impression d'avoir déjà trouvé la faille depuis le début. Elle se sentait comme prise au piège, un léger vent de panique la saisissant et pourtant, elle se doutait qu'une partie de la solution résidait dans le fait de lui parler, de lui dire tout ce qui n'allait pas. Mais c'était tellement dur... Il était son ami, après tout, il allait forcément la contredire, lui dire qu'elle était super dans le seul but de lui faire plaisir, de lui remonter le moral, même si ce n'était pas de base le genre de Charly, qu'il était plutôt misanthrope sur les bords. Et puis, elle se sentait tellement stupide. Tellement stupide de s'être monté la tête à propos d'un homme dont elle ne connaissait rien, qui avait menacé de la tuer deux fois, et qui l'avait tout de même prise en otage. Cet homme avait et aurait toujours le pouvoir entre ses mains de la tuer, et même si elle savait que sa crise avait été en partie causée par ses sentiments négatifs à son encontre, elle se refusait à lui faire porter le chapeau pour toutes ces choses. Certes, il avait eu l'idée un moment de la tuer, mais il ne l'avait pas fait. Mais le Faust à cet instant-là n'avait rien à voir avec le Faust qui l'avait sauvée dans la prison. Et celui-là n'avait encore rien à voir avec le Faust qu'elle avait laissé à l'hôpital. L'évolution qui les séparait restait une bien douloureuse énigme, mais elle finissait par se demander si cela valait vraiment la peine de la démêler dès lors qu'il lui avait dit toutes ces choses à la clinique. Peut-être qu'il valait mieux tout oublier, ne plus y penser et surtout ne pas chercher à résoudre quoi que ce soit ? Peut-être, oui, le seul souci étant qu'elle ne voulait pas lâcher l'affaire aussi facilement.
Et puis elle mit le doigt sur ce qui la tracassait. Elle n'était pas simplement déçue par cette optique qui venait de se fermer dans un grand claquement de porte. Si la situation avait été toute autre, elle aurait pu ne s'en prendre qu'à elle-même et à la faiblesse qu'elle avait eue de se laisser aller à trop de sensiblerie. Mais ce qu'il ne savait pas, ce dont il ne se doutait pas, c'est qu'il l'avait sortie d'une longue période de temps incertaine durant laquelle, elle pouvait le dire à ce jour, elle était enfermée dans une sorte de dépression constante. Il l'avait sortie de là, poussée indirectement à se bouger, et elle lui en voulait. Elle lui en voulait jusque dans ses os, jusque dans ses veines parce qu'il l'y avait replongée d'un formidable coup sur la tête et le fait de ne pas avoir réglé cette affaire lui donnait la désagréable impression que son emprise restait jusqu'à ce qu'elle puisse se noyer une bonne fois pour toute. Elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir de ne pas la désirer comme elle le désirait, mais c'était bien le fait de lui reprendre d'une main ce qu'il lui avait donné de l'autre d'une façon aussi ingrate et injuste.
Elle eut une soudaine envie de pleurer. Qui était-elle pour lui en vouloir à ce point ? De quel droit pouvait-elle être en colère contre lui ? Comment pouvait-elle se permettre de ressentir ces choses à son propos quand il n'avait vraiment rien dit qui puisse le mériter ? Il n'avait jamais été impoli, jamais insultant, il avait toujours essayé de la traiter avec égards, et elle n'était rien, rien ni personne pour juger de ses sentiments ni de sa manière de les lui faire comprendre.


« T'as pas une photo de lui, quelque part ? J'aimerais bien voir la tête de l'enflure qui te met dans cet état. »
Sa voix la fit presque sursauter. Elle avait presque oublié qu'il était là. Sans rien dire elle obéit, sautant sur l'occasion de détourner son attention sur une autre activité qu'une introspective bêtement pessimiste ou tristement réaliste. Kylia reprit son téléphone posé sur la table du balcon et farfouilla jusqu'à trouver la seule photo qu'elle avait de Faust sur son téléphone, et ce n'était pas elle qui l'avait prise. C'était la reproduction de sa carte d'identité que Jack lui avait envoyé par mail pour le dossier, autant dire rien qui ne soit véritablement à son avantage, pourtant rien que sur cette photo elle ne pouvait s'empêcher de lui trouver un charme indéniable et lui imaginer un sourire qu'il n'avait absolument pas sur cette photo des plus neutres. Elle fit un léger agrandissement et tendit l'appareil à son ami qui le prit et jeta un coup d’œil avec un haussement de sourcil.
« Je vois. J'aurais pensé à quelque chose de plus personnel, mais c'est mieux que rien. Il est plutôt pas mal, mais au vu de ce qu'il t'a dit je ne peux pas m'empêcher de lui trouver un sale air de vieux beau. Mais il est pas mal, ce con, je reconnais que t'as eu du goût, sur ce coup. »
« Sur ce coup, seulement ? »
Il haussa les épaules en lui rendant l'appareil.
« Disons qu'il a au moins le mérite d'avoir un physique un peu plus remarquable que Jase. Maintenant ça serait bien qu'il voie la chance qu'il a. »
« Je ne fais que ce que je dois faire, Charly, il n'y a pas de chance là-deda... »
Il la coupa d'un soupir profondément agacé, et une nouvelle fois il lui sembla sur le point d'exploser. Elle avait parlé vite, sur la défensive, dans un réflexe un peu vain de détourner le sujet pour ne pas appuyer là où ça faisait mal. Mais il n'était pas décidé à rester dans ce petit jeu où la langue de bois était reine.
« Kylia, c'est très noble de ta part d'en avoir fait autant pour lui, vraiment. Mais est-ce que pour une fois tu ne pourrais pas filer un coup de pied au cul de ton estime ? Regarde-toi, tu es jeune, tu es jolie, intelligente, drôle, tu as du caractère, tu peux bricoler tout et n'importe quoi, ça te prend trente secondes à comprendre, tu sais te débrouiller et t'adapter à tout... Mais merde, quoi ! Tu peux pas penser à autre chose que cette connerie de procès ? Tu sais ce que c'est, ton problème ? Tu es devenue une loque et tu te complais dans le fait de le rester. Okay, c'est peut-être dégueulasse ce que Jase t'a fait et okay, tu n'as peut-être pas trouvé le bon jusque là, c'est un fait. Mais est-ce que ça leur donne le droit à tous les deux de te pourrir la vie comme ça ? Que tu te bouffes littéralement de l'intérieur pour deux cons, sérieusement ? Jase était sans doute trop jeune, on peut lui trouver des excuses, mais lui, il n'en a qu'une seule et c'est de ta faute, Lia. Tu crois franchement qu'on sait tous lire dans tes pensées ? Tu penses honnêtement qu'une personne normale peut s'imaginer tout ce que tu as imaginé en un claquement de doigt si tu ne lui expliques rien ? Elle est passée où la fille que je connaissais qui était capable d'envoyer chier n'importe quel beau gosse qui roulait des mécaniques et qui disait les choses franchement sans pleurnicher de fatigue ? Hein ? Parce que quand tu l'auras retrouvée, tu me l'amèneras, j'ai deux mots à lui dire. »
Sans plus de cérémonie, il se leva et la laissa là, comme une imbécile, seule et ne sachant pas quoi dire. Elle n'allait tout de même pas s'emporter, elle était chez lui. Elle ne pouvait pas non plus se permettre de pleurer, ce serait le mettre dans l'embarras, l'embêter encore plus. Elle dut s'asseoir pour ne plus sentir ses jambes trembler et termina sa bière, lamentable, le regard dans le vide. Elle était épuisée, elle aurait aimé juste un peu de répit. Pas longtemps, juste quelques heures, quelques jours. A se demander si ce n'était pas bien elle au lieu du monde qui ne tournait pas rond.
Elle finit par craquer et se remettre à pleurer de façon incontrôlable. Seule, sur ce balcon, sans personne pour l'entendre ni lui jurer que tout irait bien. Sans la grande main de Faust pour la réconforter, sur son épaule, sur sa tête, autour de sa taille, pourquoi pas ? Mais voudrait-il seulement d'une femme qui n'est pas capable de se maîtriser même au bord de l'épuisement ?
Décidément, elle était au fond du trou.

Les choses avaient bien changé en un mois. Charly s'était mieux expliqué et à force de discuter, ils s'étaient mis d'accord sur l'aide qu'il pouvait lui apporter pour qu'elle ne se laisse plus surprendre par la fatigue. Elle devait l'avouer, elle en avait bien besoin. Après trois jours consécutifs à ne faire pratiquement que dormir et passer quelques coups de fil pour arranger les quelques grandes lignes qui lui restaient encore à régler, elle s'était doucement remise à l’œuvre sur tous les fronts. Le sens de l'organisation de son ami l'avait drôlement aidée, et la bonne volonté de Lucy n'avait rien enlevé à cette initiative appréciable. Tous les matins, elle partait courir avec Charly, elle passait une bonne partie de la matinée à régler les problèmes d'ordres médicaux et juridiques de Faust, prospectait par internet pour des appartements sur Islantis l'après-midi ou s'arrangeait avec l'avocat qui allait présenter le dossier devant la cours de justice pour voir quelle était la meilleure stratégie à adopter et d'autres détails pour lesquels elle lui faisait entièrement confiance. Et puis, quand enfin elle avait à peu près fini tout ce qu'elle s'était fixé à faire dans la journée, le soir, elle révisait pour ses écrits, enfin ! Quand Charly ou Lucy ne l'interrogeaient pas pour voir ce qu'elle arrivait à retenir et la rendaient dingue par la même occasion, mais c'était pour la bonne cause ! Elle dormait toujours aussi peu, mais beaucoup mieux et le fait de courir et de se remettre en forme n'était pas non plus un mal.
Jack avait fini par l'appeler moins d'une semaine après l'incident, étrangement très inquiet pour son état de santé sans vraiment nommer les choses. L'empathique se douta alors que sa crise n'était pas passée inaperçue, tout comme sa fuite soudaine au beau milieu de la soirée, sans prévenir. Elle le rassura rapidement, lui disant que tout allait mieux, qu'elle avait juste été très fatiguée mais qu'elle était en pleine forme. Dans un sens, après avoir dormi trois jours, elle ne pouvait pas vraiment dire qu'elle allait mal. A nouveau ils parlèrent longuement du procès, Jack assez peu assuré de la réussite de toute la procédure alors même qu'il n'avait aucune raison de s'en faire, ce que n'hésita pas à lui rappeler Kylia, en lui énonçant toutes les raisons de ne pas s'en faire point par point. Tout était millimétré, il ne pouvait rien arriver de mal dans ce procès. Un petit silence s'était installé, légèrement gêné de l'autre côté du fil, puis comme si cela pouvait être malvenu, il finit par lâcher :

« Au fait euh... Eden a très envie que tu viennes lui rendre visite... Enfin je crois... »
Elle comprit qu'il ne savait pas quoi lui demander ni ce qu'il avait envie qu'elle dise, et ils savaient aussi bien l'un et l'autre que ce ne serait pas possible avant le procès et peut-être même encore un peu après car on ne règle pas tous les détails d'un déménagement en très peu de temps. Elle se rappela alors qu'elle n'avait parlé de son déménagement qu'à deux personnes : Kamiko et Nell. Si le premier était un peu sceptique quoique conscient que changer d'air lui ferait du bien, la deuxième avait littéralement explosé de joie en entendant la nouvelle. Mais pour le reste, elle n'en avait parlé qu'à partir du moment où les gens lui avaient posé des questions ou quand cela semblait nécessaire. Charly et Faust avaient donc fini par l'apprendre, l'un content de savoir qu'ils pourraient se voir plus souvent avec leur ancien groupe d'amis et l'autre parfaitement indifférent à la nouvelle. Avec un léger sourire, elle décida de mettre au courant Jack, ravie à l'avance que ça fasse plaisir à la petite.
« Oh, pour ça, il ne faudra pas s'en faire. J'ai peut-être trouvé un nouvel emploi sur Islantis, je risque d'y habiter sous peu. »
Un nouveau silence mais cette fois surprit prit place.
« Faust le sait ? Vous en avez discuté ? »
« Pas vraiment. Disons que je lui ai annoncé la nouvelle mais pas forcément dans les conditions qui m'auraient plu et je t'avouerai que je n'ai pas envie d'entendre son avis sur la question. »
« Euh... Oui, d'accord mais... Tu le lui as dit comme ça ou... Enfin, il a dit quelque chose ? »
Elle se racla la gorge. C'était le genre de détails auxquels elle ne préférait pas penser.
« Je... En fait je ne lui en ai pas vraiment laissé le temps. Il m'a fait comprendre qu'il ne voulait plus m'avoir dans les pattes, je n'ai pas vraiment insisté. J'ai préféré lui dire que j'avais demandé à être sur Islantis mais je pense que ça ne lui a fait ni chaud ni froid. Enfin, je n'en sais rien, dans le fond. Mais j'imagine que s'il m'a demandé de trouver quelqu'un de bien et de ne plus le voir après le procès, ce n'est pas pour sauter de joie à l'idée de me voir pas loin de chez lui. »
« Oh le con... Mais qu'est-ce qu'il est con, parfois. »
Elle fut assez surprise de la réaction mais elle préféra le laisser éclaircir seul ce qu'il avait à dire à partir de cette simple exclamation.
« Je... Je peux savoir ce qu'il t'a dit exactement ? Si ça n'est pas trop personnel, bien entendu. »
Un peu étrange, mais après tout, pourquoi pas ? Le tout était de bien se rappeler des mots, de ne pas les déformer. S'il était en contact avec Faust, ce qui était sans doute le cas, elle ne devait faire en sorte de ne pas trop en dire. Elle ne savait absolument pas ce qui se dirait par la suite entre eux deux, alors autant minimiser les dégâts collatéraux pour l'ancien mercenaire.
« Il m'a dit que ça ne valait pas la peine que je m'acharne à vouloir l'aider, que vu les circonstances, c'était inutile d'insister. Il m'a dit que je ne le verrai plus après le procès, que je n'avais pas à m'en faire. Il était très calme, il n'avait pas l'air de beaucoup souffrir à l'idée que ça soit le cas. »
« Oui, mais... Et toi, tu l'as pris comment ? »
Elle soupira. Elle n'allait tout de même pas lui en parler ? Est-ce qu'elle pouvait mentir jusque là ? Aller jusqu'à ce point ? La réponse était évidemment non. Elle ne prenait pas Jack comme un allié dans cette histoire, mais puisque Faust finirait sans doute par lui dire, autant ne pas jouer les coquettes à ne rien dire comme si absolument rien ne s'était passé. De toute façon, ça n'était pas son genre.
« Pas très bien, je dois l'avouer. A vrai dire, je ne m'attendais pas à ça, mais dans son état, je peux comprendre qu'il n'ait pas eu envie de prendre des gants trop longtemps. Ça vaut sans doute mieux comme ça, je crois que ma présence le dérange, il était nerveux tout le temps à l'hôpital et cette crise n'est pas venue de nulle part. J'ai bien senti que c'était ce qu'il ressentait pour moi qui posait problème, et ce n'était vraiment pas du joli. »
Le silence s'épaissit un moment au bout du fil, puis finalement la réponse la surprit.
« Mais quel boulet. Sérieusement, quel boulet. Pardon, pas toi. Je ne comprends pas trop pourquoi il t'a dit tout ça, il n'a rien dit à propos d'une conversation comme ça... Mais maintenant je comprends pourquoi il va pas bien. »
Il semblait un peu chercher ses mots, comment s'expliquer et elle sentait les embrouilles venir à grands pas. Est-ce qu'il allait lui dire que tout ce qu'elle a entendu était le contraire de ce qu'il pensait vraiment ? Si c'était le cas, elle ne savait pas encore comment elle allait le prendre.
« Je... Je ne sais pas quoi te dire. J'ai vu tout l'inverse de ce qu'il t'a dit. Enfin, je sais que ce n'est absolument pas ce qu'il pense ni ce qu'il veut, ça se voit rien qu'à sa manière de te regarder. Maintenant, pourquoi il s'inflige ce genre de souffrances, ce vieil imbécile, va savoir... »
Peu convaincant, voire improbable. Il ne pouvait pas le voir, mais elle haussa les épaules.
« Ne te fatigue pas, va. Si ce que tu dis est vrai, il aura bien assez de temps pour changer d'avis. Dans tous les cas, j'ai déjà fait mes demandes de secteur et je ne peux pas revenir dessus. Le plus important, c'est de le sortir de là, le reste, c'est secondaire. Et puis, je t'avoue que j'ai beaucoup de choses à penser, en ce moment, et je crois qu'il vaut mieux que je me repose un peu de mon côté. »
Elle espérait avoir été assez ferme pour qu'il accepte, mais elle savait qu'elle avait été trop brouillon pour qu'il ne puisse pas utiliser une faille à un moment donné. Il laissa planer un silence, à nouveau. Elle imaginait qu'il ne savait pas trop quoi dire, pourtant il devait avoir des milliers de raisons de lui dire de penser le contraire.
« Je ne suis pas dans sa tête, je ne peux rien te garantir mais... Réfléchis-y, peut-être qu'il était juste très effrayé à cause de ta crise et qu'il ne voulait pas que ça t'arrive à nouveau. Il m'a dit que les médecins ont dû te réanimer, ça a sans doute été un très gros choc pour lui. Dans tous les cas... Essaie de ne pas trop lui en vouloir. Je suis sûr d'une chose, il n'a pas voulu te blesser et sans doute que lui-même ne savait rien de ce que tu avais en tête. Je vais essayer de voir de mon côté ce qu'il s'est passé et on se tient au courant, d'accord ? »
C'était peut-être la plus longue conversation qu'elle avait eu avec Jack, mais elle sentait que le sujet lui tenait à cœur, comme s'il y avait quelque chose que pour une fois, elle, l'empathique, ne captait pas. Elle ne pouvait de toute façon que lui répondre par l'affirmative.
« Ne t'en fais pas, c'est presque déjà oublié. J'ai l'habitude de servir de serpillière, je ne suis plus à ça près. Comme je te l'ai dit, dans tous les cas, si j'obtiens le poste, je serai sur Islantis, il y a aura des centaines d'occasions de se revoir, même juste Eden et moi. »
Il ne semblait pas satisfait avec cette réponse. Pourtant, il devrait bien s'y faire, il semblait commencer à le comprendre.
« J'espère que ça ne sera pas qu'Eden et toi, Kylia. Tu en as tellement fait, il faut quand même bien le dire, sans toi, on serait déjà allé le voir à Epic Jail. Ce serait vraiment le dernier des cons s'il te laissait de côté après ce que tu as fait... » Il soupira, cette fois, il avait l'air de se résigner. « Dans tous les cas, essaie de te reposer et si tu as besoin que je fasse quelques visites d'appartements à ta place, n'hésite pas. Je dois tenir le bar, mais je pourrais bien me libérer de temps en temps si ça peut t'éviter de te faire avoir. Je te souhaite une bonne journée, Kylia, prends soint de toi. »
Elle le remercia, le salua à son tour et sentit en raccrochant que quelque chose s'était brisé, quelque part au fond d'elle. Elle était empathique, toutes ces choses, elle aurait dû les ressentir. Pourtant, absolument aucune émotion de la part de Faust ne lui était parvenue. Vraiment aucune, pas le moindre soupçon. Sans aucun doute à cause de sa crise, son empathie devait être plongée dans une sorte de sommeil et l'espace d'un instant, elle avait vécu dans la peau de n'importe quelle femme qui ne possède pas un tel don. C'était horrible. Elle se sentait bête et coupable, tellement coupable. Il était mal à cette heure parce qu'elle n'avait pas su comprendre. Et aussi parce qu'il était effectivement un bon boulet. Elle ne parvenait pas à lui en vouloir, certainement parce qu'il était encore plus perdu qu'elle et qu'il avait bien d'autres choses à penser avant d'être tiré d'affaire. De tous les hommes qu'elle pouvait rencontrer dans la rue, il avait fallu qu'elle tombe sur celui-là. Et de tous les hommes qui auraient pu lui plaire, il avait fallu que ça soit un ancien repris de justice plus maladroit encore avec les émotions qu'un adolescent en pleine montée hormonale. De toutes les femmes qu'il aurait pu rencontrer, il avait fallu qu'il tombe sur la moins facile à gérer, comme s'il n'avait pas déjà assez d'ennuis comme ça. Décidément, la vie était parfois bien mal faite.

« ça va, mon chignon tient toujours ? »
« Non, défais-le, on dirait vraiment que t'es passée sous un bureau. Je sais pas lequel, mais aucun doute sur le fait que tu sois passée en-dessous. »
« Charly ? »
« Oui, chérie ? »
« On est dans un palais de justice, ça résonne. Peux-tu s'il te plaît, pour une fois dans ta vie, retenir ce genre de paroles ? »
« … Oui, c'est pas faux. »
Il avait tenu à venir, et même si cela la rassurait dans un sens car il avait le don de l'apaiser, il restait insortable. Vraiment insortable. Pouvait-elle cependant le renier pour autant ? De toute évidence, non. De toute façon, il aurait été capable de lui faire un scandale dans le hall juste pour que tout le monde sache qu'il l'accompagnait. Charly, c'était un peu comme les offres téléphoniques. Le packaging global était avantageux mais respectait de façon aléatoire le contrat jusqu'à vous mettre dans des situations aux frontières de l'absurde. Elle défit son chignon, récupéra les pinces et l'élastique pour les glisser dans la poche de sa veste de tailleur. Le bleu marine n'était pas forcément la couleur pour ce genre d'occasion, le souci restait qu'elle n'avait qu'un seul tailleur complet qui fasse véritablement correct et de toute façon, personne ne lui en tiendrait rigueur. Elle secoua la tête pour remettre ses cheveux en place, espérant ne pas faire trop décoiffée. Après un nouvel bref échange entre les deux amis, Jack fit son apparition dans le hall et vint directement la saluer avec un léger sourire même s'il paraissait encore plus stressée qu'elle. Après tout, c'était son boulot de paraître sûre d'elle et de tous les rassurer, elle pourrait bien dire qu'elle avait eu la trouille de sa vie une fois toutes ces péripéties passées. Il la complimenta sur sa tenue, lui dit que ça faisait plaisir de la voir plus en forme, chose pour laquelle elle ne pouvait que le remercier. Elle avait certes mis le paquet pour paraître crédible devant une cour de justice, talons hauts et jupe de tailleur, elle avait également repris du poids et des proportions qui lui ressemblaient déjà plus.
« J'ai amené Eden chez Nell, hier soir. Elle n'était pas trop ravie au départ mais je crois qu'elle était plutôt contente, au final. Nell et son mari sont vraiment très gentils, il m'a dit qu'il l'amènerait à l'école et qu'il irait la rechercher tous les soirs, que le collège où il travaille est juste à côté. Encore merci de m'avoir donné cette solution, j'avais peur de devoir l'emmener avec moi et lui infliger ça... Vraiment, merci. »
Kylia lui adressa un sourire. Rien de ce qu'il lui disait ne la surprenait, même si elle sentait un réel soulagement émaner de son interlocuteur. Dans tous les cas, chez Nell et Jensen, la petite était entre de bonnes mains.
« C'est plutôt eux que tu devrais remercier, quand je leur en ai parlé, ils se sont tout de suite porté volontaires. Et ils sont sérieux avec les gosses, Eden ne peut pas être plus en sécurité qu'avec eux. »
De toute façon, le premier qui essayait d'approcher la petite se ferait émasculer et scalper par Jensen au canif de poche. Gentil, mais mieux valait ne pas tenter le diable.

Le hall commençait à se remplir de plus en plus, et ils durent se poster vers l'entrée pour espérer voir arriver le convoi. L'affaire n'était pas médiatisé, le procureur l'avait demandé. On ne pouvait pas véritablement justifier de relâcher un ancien tueur pour des raisons à demi-politiques, mais chose étrange, la salle était tout de même ouverte au public. A un public plutôt restreint, qui s'en tenait à quelques gradés et d'éventuelles familles concernées qui auraient un devoir absolu de silence sur ce qu'ils verraient et entendraient dans cette salle.
Finalement, Faust arriva, plutôt bien escorté, menotté à son fauteuil roulant. La tenue des prisonniers le rendait presque trop visible au milieu de la foule, mais on ne pouvait pas vraiment le présenter comme un innocent non plus. Il avait été rasé de près, ses cheveux avaient été coupés de sorte à ce qu'il paraisse tout de même plus présentable. Si d'extérieur, il avait l'air d'aller à peu près, il n'aurait pu avoir un air plus déprimé au visage. Elle le sentit avant même qu'il ne soit trop proche d'elle, la dépression ne le tenaillait pas, il était la dépression, l'incarnation du désespoir. Pourtant, en ce jour précis, il aurait dû être content de pouvoir bientôt sortir de là, être opéré et retrouver sa nièce, son bar, son train-train. Jack ne fit aucun commentaire mais elle sentit une pointe désagréable venir de sa personne jusqu'à elle. Une sorte de « Tu vois, je te l'avais bien dit ! » qu'elle ignora pour s'approcher de Faust un sourire aux lèvres et poser une main sur son épaule.

« Contente de te revoir. Alors, prêt à retrouver la liberté ? »
Il ne semblait pas vraiment convaincu et elle ne préféra pas insister.
« Ton avocat attend devant la porte de la salle, je ne parlerai pas aujourd'hui, ça vaut mieux. Dès que tu sortiras, une ambulance va te reconduire à l'hôpital, l'opération pour tes jambes se fera demain. Tu verras, bientôt tout cette histoire ne sera qu'un mauvais souvenir. »
Elle tenta d'être convaincante même si elle n'avait aucune envie de sourire. S'il n'y avait eu personne autour d'eux, elle se serait sans doute assise près de lui, lui aurait pris la main, l'aurait rassuré, remonté le moral même artificiellement, jusqu'à ce que ce nuage déprimant ne s'efface autour de lui. Elle ne s'était pas rendu compte à quel point son visage, son aura lui avaient manqué. Combien de fois au cours de ce mois, elle aurait aimé s'endormir à côté de lui, ou même juste dans la même pièce, le sentir suffisamment près pour avoir l'impression qu'elle dormirait mieux. Sentiment plutôt illusoire si l'on prenait en compte le fait qu'elle n'avait dormi qu'une voire deux fois dans la même pièce que lui, si l'on comptait la fois dans le désert comme une preuve. D'autant plus illusoire quand elle se rappelait ce qu'il lui avait dit. Mais ce n'était pas à l'ordre du jour. Ils auraient encore bien le temps de s'expliquer s'il le souhaitait.

Tout s'accéléra et l'on fit rentrer tout le monde dans la salle. On l'avait briefée sur les us et coutume dans ces conditions. Les rituels étaient simples mais rendaient les choses plus lourdes encore. Elle était déjà stressée, la tension palpable du lieu n'arrangeait rien. Il faudrait pourtant bien qu'elle tienne, ce n'était pas le moment de faire une nouvelle crise ou quelque chose dans ce goût-là. Le temps de récapituler ce pour quoi ils étaient là lui parut une éternité, les plaidoyers semblaient s'étirer à l'infini. Malgré tout ce que pouvait dire la partie adverse, ça ne changerait de toute façon rien. Elle avait presque envie de dire à l'avocat de ne pas se fatiguer, que les dés étaient de toute façon pipés, mais elle ne pouvait pas se le permettre. Les échanges durèrent en tout trois bonnes heures, le temps de donner tous les arguments, de s'écharper, de témoigner... C'était interminable, et elle n'avait qu'une envie : sortir de là, aller prendre l'air, fêter sa sortie de prison, son retour à la maison mais surtout que tout cesse le plus vite possible. Elle dut elle-même répondre à des questions à la barre, s'empêchant parfois de démontrer trop de naturel à certaines questions de la partie adverse. Elle reprit sa place derrière la table de la défense, attendit de nouveau qu'on leur dise que le jury allait délibérer. Une nouvelle attente, une nouvelle torture. Elle restait avec Jack qui avait l'air de se sentir un peu mieux dès lors qu'il avait vu que c'était gagné d'avance. Elle aurait cependant aimé que le jury ne prenne pas deux heures. A croire qu'ils avaient décidé de manger sans prévenir personne, ces cons. Car oui, il était bien deux heures passées quand on les rappela pour entendre les délibérations et la sentence tomber.
Comme prévu, il était relaxé le jour-même avec une obligation cependant pendant deux ans de prouver régulièrement auprès d'un référent judiciaire que tout se passait bien. Autant demander de rendre des comptes, sinon les gens allaient trouver tout cela un peu léger. Pas le droit à l'erreur pendant deux ans, ça n'était pas grand chose comparé à la prison à vie qui aurait pu l'attendre. Elle ne fut cependant soulagée que lorsqu'on leur dit qu'ils pouvaient sortir de la salle et reprendre leur vie normale.

L'explosion de joie fut vraie. Le soulagement, surtout, la rendait presque euphorique. Enfin, enfin une grosse étape de passée et avec elle, un sacré poids évacué. Un sourire radieux aux lèvres, elle donna une tape dans le dos de Jack en le charriant tandis qu'ils attendaient que Faust sorte sans menottes de la pièce réservé aux accusés. Son sourire ne fut que plus grand en le voyant arriver et elle ne put se retenir de lui prendre la main et la serrer dans la sienne.

« Alors, qu'est-ce que ça fait d'être libre, maintenant ? » demanda-t-elle en se retenant d'éclater de rire sous le coup de l'émotion. Elle en avait oublié ce qu'il lui avait dit, cette impossibilité d'être avec lui tant qu'il n'aurait pas changé d'avis, ses recherches d'appartement, son concours, les menaces... Il était libre, c'était tout ce qui comptait.
L'empathique s'accroupit à côté de lui, gardant une main dans la sienne, l'autre posée dans son dos tandis que Jack s'adressait à son ami. Il avait appelé l'hôpital pour leur demander de venir chercher l'éclopé, l'ambulance devait sans doute attendre. Ils ne tardèrent pas à voir les infirmiers arriver pour leur demander s'il pouvait l'embarquer avec eux. Jack l'accompagnerait, elle rentrerait chez elle et ils verraient bien une fois les résultats aux écrits tombés. Elle les avait passé la semaine précédente, elle ne pouvait qu'attendre.
Le petit groupe descendit les marches du palais de justice jusqu'à la route depuis laquelle elle adressa un salut amical aux deux hommes qui partaient en direction de l'hôpital, le sentiment que tout ne pouvait aller que de mieux en mieux à partir de ce moment. Tandis qu'elle regardait le véhicule s'éloigner, Charly vint la rejoindre avec Kamiko, les commentaires allaient bon train.

Charly lâcha une phrase qui la fit rire aux éclats. Elle eut à peine le temps de se rendre compte qu'elle ne se rappelait plus de ce qu'il lui avait dit quand elle sentit une douleur sourde la traverser de part en part. Un cri étouffé lui échappa alors qu'elle se sentait légèrement projetée en avant par une force non identifiée. Son rein lui faisait un mal de chien, elle avait envie de hurler, mais sa respiration était comme coupée par le choc. Charly la rattrapa, dans un état de panique le plus absolu. Elle ne comprenait pas véritablement ce qu'il se passait. Le ciel revint dans son champ de vision, sa main pressée sur le point qui la faisait souffrir. Un liquide chaud semblait ne jamais vouloir s'arrêter de s'échapper tandis qu'autour d'elle, l'agitation se faisait de plus en plus ressentir. Des questions fusaient, des voix qu'elle n'entendait pas bien, des mots qu'elle ne distinguait que très mal. Un homme en costume noir avec oreillette se pencha vers elle, lui parlait fermement, mais elle ne put qu'articuler une vague question sans queue ni tête. Un son assourdissant et des lumières l'agressèrent alors, des hommes en blouse blanche, très énergiques, lui parlèrent, l'éblouirent avec une lampe si forte qu'elle fut étonnée qu'elle soit si petite. Elle les sentait rassurés en la voyant fermer les yeux. Ni une ni deux, elle fut sur un brancard dans une ambulance qui conduisait à une vitesse folle, Kamiko auprès d'elle, Charly resté sur le trottoir comme un imbécile. Elle ne parvenait pas encore à reconstituer ce qu'il s'était passé, mais une chose était sûre, elle le ressentait au plus profond d'elle : Sven n'était pas étranger à tout cela.
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MessageSujet: Re: Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)   Mar 26 Mai - 15:55

Les jours qui suivirent le départ de Kylia furent certainement les plus difficiles de sa vie. Bien sûr il savait qu'il devait penser à autre chose, à Eden qui attendait son retour avec impatience, Jack qui devait être on-ne-peut-plus content de retrouver un rythme de vie normal, étant donné que c'était quand même lui qui tenait le bar en son absence... Ou même aux mots un peu cryptiques du docteur qui lui avaient bien confirmés que Tyrion était là, quelque part, au courant de ce qui leur arrivait. Mais il n'y arriva que quelques minutes par jour. Le reste du temps un poids lourd sur sa poitrine l'empêchait de respirer, de trouver le repos, de penser. Il n'avait qu'une image en tête: le dernier regard de Kylia, cette dernière amertume, ce premier et dernier baiser. Il subit le train-train quotidien de l'hôpital en silence; le changement de son sachet d'urine, les interminables douches trop froides ou trop chaudes, les prises de sang, les questions du psychologue qui venait le voir suite à sa propre crise... Il ne lui disait rien, eh puis que pourrait-il dire? Qu'il avait ruiné sa seule chance avec la femme qu'il aimait? Et qu'il l'avait fait volontairement et en toutes connaissances de cause? Non, cela ne le regardait pas, alors après quelques essais l'homme ne vint plus.
Le sommeil fut aussi dur à trouver. Dans les petites heures où sont esprit dériva, des images cauchemardesques le hantaient: l'aura de Kylia se matérialisant en pleins de créatures ailées volant autour d'elle, l'impuissance qu'il avait ressenti, comme celle d'un enfant devant le monstre du placard... Puis parfois des images moins nettes, moins certaines : Kylia plus tard, tenue par un homme sans visage, la jeune femme souriant avec lui, se tenant contre lui, riant... Dans ces rêves elle était toujours plus en forme qu'elle ne l'avait jamais été avec lui, ce qui lui fit d'autant plus mal lorsqu'il se réveillait en sursaut.
Il s'était tout de même demandé où elle était allée après être partie de l'hôpital. Il aurait pu demander à Jack s'il avait plus d'informations, mais se voyait mal déranger son ami pour cela, lui qui devait être déjà bien occupé. Alors il resta sans réponses. Il n'avait pas eu vent d'un changement de plan suite à leur altercation. Serait-elle au procès? Si oui dans quelles conditions? Irait-elle déjà mieux? Il priait que oui, mais quelque part il voulait qu'elle soit encore en train de se remettre de leur situation, qu'elle n'ait pas oublié si vite...
Il faudrait savoir mon vieux. Soit elle t'oublie, soit elle ne t'oublie pas. Décide-toi.

Comment se décider quand on a si mal... Quand toutes les pensées dérivent vers elle, vers la peur, l'anticipation... Parfois, même éveillé, il avait l'impression d'entendre sa voix dans le couloir, et quand la porte s'ouvrait, il avait toujours un sursaut en espérant la voir entrer, souriante comme avant, peut-être plus reposée. Il ne fallait pas se leurrer bien sûr, mais le sursaut le suivit pendant une bonne semaine.
Il avait eu le droit à un appel de Jack, chose dont il ne s'était pas spécialement attendu. Le médecin qui le traitait vint un jour, au début de la première semaine, en plein dans l'obscurité totale de l'esprit de Faust, au fin fond de son trou de désolation. Au départ il ne savait pas d'où venait cet appel inattendu, jusqu'à ce que Jack admette que c'était le médecin qui l'avait appelé en demandant s'il avait des antécédents en dépression. Bien sûr ce dernier fit comme s'il n'était pas là, obligé de surveiller et faire en sorte que le téléphone ne servait pas à faire autre chose que de répondre à cet appel.
L'ancien mercenaire aurait pu en rire si Jack avait été moins sérieux...
"Qu'est-ce qu'il s'est passé...?" dit-il, sa voix presque douce.
Pourquoi. Pourquoi fallait-il que Jack soit si calme et inquiet? Ce n'était pas comme si Faust avait envie de déballer son sac. C'était sa responsabilité, son poids à porter.
"Pour moi rien de grave va, Kylia en revanche..." Répondit-il, sa voix las, sans doute plus grave que normalement.
"Quoi? Dis-moi tout."
Il prit le temps de lui expliquer, bien que brièvement sans trop de détails, car après tout le médecin tendait tout de même l'oreille. Il ne parla pas de la forme de son aura ou l'impuissance totale qu'il avait ressenti, au point de ne plus être l'homme qu'il était, de n'être qu'un morceau de chair mortel.
Avec un peu de chance le téléphone camouflerait sa monotonie. Jack ne dit rien pendant un long moment puis finit par soupirer.
"Et donc elle est partie brusquement apparemment...?"
"Après une petite embrouille... Tu sais comment je suis quand je suis fatigué. Et cette histoire de fauteuil..."
Un demi-sourire apparut sur ses lèvres alors qu'il ne ressentait absolument rien, juste un vide, comme une chute éternelle dans l'obscurité. Il n'aimait pas mentir à Jack, même si ce n'était que d'omettre quelques vérités.
"Ouais... Ca craint..."
"Comment va Eden?" Dit-il pour éviter que son ami ne lui pose d'avantage de questions.
"Pas mal, elle était contente de te voir et a hâte de te retrouver."
Il hocha la tête, regard vide. Il n'avait pas envie d'aborder le sujet du langage des signes, c'était trop tôt encore, et ils auraient tout le temps d'en discuter dans de meilleures circonstances. Aussitôt pensé, il visualisa Kylia près d'Eden, en train de signer, communiquant d'une façon dont il était incapable... Il ferma les yeux comme si un coup venait de le traverser, comme une lance en plein dans la poitrine.
"Bon bah je dirais au médecin que y'a pas de quoi s'inquiéter alors?"
"Bien sûr, tu me connais, me faut plus que ça pour m'achever. Prends soin de la gamine en attendant, et prends soin de toi."

Il avait rapidement raccroché après ça. Pas parce qu'il était submergé d'émotions, plutôt le contraire : il ne ressentait rien. Un trou noir était apparut en son centre, et il l'aspirait petit à petit, laissant son corps intact mais dévorant tout ce qui pouvait se rapporter à l'émotion. Le seul moment où il ressentait quelque chose c'était quand il pensait à Elle. Penser son prénom était devenu douloureux, mais il se donnait une claque mentale à chaque fois. Ce n'était pas comme si il avait fini d'entendre parler d'elle, pas jusqu'au procès en tous cas, il serait temps de s'y faire un peu, retrouver cette neutralité qu'il avait eu en sa présence, alors qu'elle admettait ses sentiments... Une nouvelle douleur, comme une brûlure qui le rongeait, tournoyant avec le trou noir, brûlant les zones encore sensibles. Il secoua la tête et se vida l'esprit en regardant le plafond blanc au-dessus de sa tête. Il n'y avait que ça qui marchait visiblement, jusqu'à ce qu'on vienne l'occuper pour un nouveau trajet aux douches.

Petit à petit la douleur fit de moins en moins surface; le trou noir avait fait son travail, prit tout ce qu'il y avait qui pouvait se rapprocher d'une émotion pour se voir remplacer par une sorte de vague dépression. Il n'y avait plus de douleur quand il pensait à Kylia, plutôt un abandon. Peut-être qu'il avait inconsciemment accepté les faits : même s'il tentait un nouveau rattachement, elle ne serait jamais en sécurité avec lui. Oui quelque part il avait accepté qu'il était mieux qu'ils ne se côtoient pas trop après le procès. Peut-être en temps qu'amis, peut-être quand elle aurait tourné la page, effacé ses sentiments? Les gens normaux faisaient ça non? Effacer les sentiments, ou les remplacer par d'autres choses comme l'indifférence par exemple? Oui, ça serait bien ça, l'indifférence. Si elle pouvait se montrer parfaitement indifférente en le voyant, ça serait mieux. Combien de temps cela prendrait-il? Le temps qu'il faudrait sans doute, mais c'était un moment durant lequel il pourrait passer plus de temps avec Eden et ignorer ce qu'il s'était passé avec la jeune femme.


Les jours défilèrent, sans avoir d'importance, tout le temps pareils... Jusqu'à ce qu'un beau jour le médecin entra avec un téléphone à la main, le laissant à Faust. Ce dernier dressa un sourcil; certainement la réaction la plus humaine qu'il avait eu depuis un moment. L'homme était transpirant, gêné.
"Apparemment c'est... Important." Dit-il avant de sortir de la salle. "Vous avez deux minutes."
Ah? Depuis quand on le laissait seul avec un téléphone? Il prit l'appareil et immédiatement la voix de Jack vint lui percer le tympans.
"Non mais ça va pas?!"
Voilà qui commençait bien; Faust avait presque eu le temps de commencer à s'ennuyer.
"Qu'est-ce que j'ai encore fait?" Dit-il de façon neutre alors qu'en temps normaux il aurait grommelé.
Jack remarqua ce détail et se calma immédiatement, bien qu'un peu. Sa voix prit un ton plus suppliant.
"T'as dit à Kylia que tu voulais pas la voir après le procès? Non mais ça va pas toi? Tu t'as cassé la figure en tombant du lit ou quoi?"
Non, je me suis d'abord disloqué le pouce.
"Oui et en quoi ça te regarde?"
"T'es vraiment con tu sais ça?"
Et ma question est ignorée alors?
"Et toi tu sais que je suis majeur et vacciné? J'ai plus l'âge d'avoir une nounou tu sais."
"C'est pas drôle Faust."

Ca aurait pu l'être si je ressentais quoi que ce soit.
"T'as pas le droit de faire ça, d'agir comme tu l'as fait jusque là puis tout arrêter d'un coup!" continua-t-il, prit dans sa lancée. "Elle m'a dit ce qu'il s'est passé, et toi tu m'as menti à la figure en disant que y'avait rien! Tu te rends compte que tu lui as certainement fait plus de mal qu’elle n’a laissé paraitre ?"
"Il n'y A rien, Jack. Et depuis quand t'es la nounou de Kylia?"
"Depuis que tu tiens à elle, pauvre con!"
"Hé, je suis pas pauvre."
C'est facile d'être cynique quand on n'a rien à perdre, et quand on a un trou noir qui a dévoré toutes émotions aussi.
"Arrête de jouer et ressaisis-toi! Pourquoi tu lui as dit ça? Elle tient à toi bon sang !"
"Alors déjà, j'ai dit ça pour des raisons... Raisonnables. Déjà parce que je n'avais aucune idée de ce qu'elle pouvait ress... Bon sang j'y crois pas que c'est à toi que je vais parler de ce genre de chose..."
"Et les autres raisons?" Grogna-t-il, perdant patience.
"Y'en a une, très simple."
Il ouvrit la bouche pour commencer, mais cela le ferait admettre les pensées monstrueuses... Que dire vraiment? Sans paraitre condescendant ou, inversement, faible? Il posa le talon de sa main contre son front et inspira profondément. Que dire. Comment s'était-il persuadé lui-même déjà? Zut, c'était inconscient, alors comment persuader Jack? Au moins le temps qu'il lâche l'affaire...? Et là il avait la solution, simple et claire devant lui. Il allait le détester pour user de cette façon de persuasion, mais il était à court d'arguments.
"Jack, si à l'époque tu avais su... Si tu avais su que garder Lou loin de toi l'aurait aidée..."
Il y eu un long silence. Très long, même pour Jack qui était du genre à faire des pause un peu trop dramatiques des fois. Il venait de toucher un nerf, il le savait; son ami ne lui pardonnerait pas facilement l'affront. Il voyait bien le visage de son ami, tordu de douleur, si fraîche malgré les trois ans qui les séparaient de l'événement... Quand il finit par reparler, sa voix était rêche, cruelle.
"C'est bas, Faust, même pour toi."
Il fallait encore remuer le couteau, qu'il lâche l'affaire une bonne fois pour toute. Même s'il ne ressentait rien en disant les mots, il s'en voulait de faire souffrir son ami ainsi.
"Je ne veux pas qu'elle finisse comme toi, à se morfondre toute sa vie et à attendre en souffrance une séparation inévitable!"
Il ne put s'empêcher de lever la voix, se voulant clair et inopposable dans ses mots.
"Combien de temps avant que nous ne nous rappelions que des mauvais souvenirs? Que le temps nous rende amères et imprévisibles? Hein? Combien de temps il t'a fallu toi pour que ça la ronge?! Elle te l'a dit au moins? As-tu oublié ce que c'est d'aimer quelqu'un d'abîmé? Tu n'as pas assez souffert comme ça? Et en plus tu veux imposer cette souffrance sur Kylia?! Moi au moins j'ai plus d'esprit que Lou à cette époque-là, moi je sais quand mettre un terme à une impasse qui ne fera que des blessés!!"

Il s'était attendu à tout, à des élans de rage, à des insultes, à cette folie dont il avait été témoins trois années auparavant... En lieu de cela il n'entendit que des sanglots, et des mots faibles, coupés par des hoquets : "T'es vraiment qu'un enculé."
Et il raccrocha. Faust resta devant le téléphone devenu silencieux. Il regarda l'écran s'éteindre et soupira. Même ce petit excès de colère ne lui avait pas rendu ses émotions. Il appela le médecin qui accouru aussitôt pour reprendre son appareil. Il regarda Faust avec un air interrogateur mais ne dit rien, et sortit sans un autre coup d'oeil. Le barman posa sa tête dans l'oreiller et soupira à nouveau. Décidément, il avait vraiment... Vraiment quoi? Fait la bonne chose en faisant souffrir son ami? Ou empiré la situation? Il n'en savait rien, il voulait juste que Jack lâche l'affaire. Et puis pourquoi il insistait tant? Si il avait vu comment il était avec Kylia, pourquoi il voulait absolument les mettre ensemble? N'avait-il rien appris? Ce n'était pas par méchanceté, il le savait... Jack n'était pas mesquin, loin de là, il voulait le bonheur de tous... Mais le voulait-il tant au point d'être aveuglé par l'illusion du bonheur? Illusion qu'il avait eu lui aussi avec Lou, sa dernière petite amie...

Comment ne pouvait-il pas faire le rapport entre leurs situations? Lou avait été une super gamine, à peine plus jeune que Jack, avec des étoiles dans les yeux et des espoirs pleins le coeur... Espoirs brisés par une maladie qui avait soudainement empiré au cours d'un voyage à Mala Muerte. Cette maladie l'avait incapacitée d'une manière qui l'avait brisée. Une maladie cérébrale qui l'empêchait de vivre sa passion musicale, et petit à petit sa capacité à lire et à écrire. Une maladie mentale, qui la détruisait intérieurement... Le retour chez eux l'avait rendue hystérique. Tous les livres et souvenirs liés à sa passion, tous devant elle, mais inatteignable... Les bons souvenirs furent les prochains à partir, et rapidement il ne restait que le dédains et la haine contre Jack. Elle lui en voulait, alors qu'il n'était fautif de rien. Comment mettre la faute sur une maladie que l'on ne peut ni voir ni toucher? Elle ne pouvait pas comprendre le concept, plus après les étapes critiques... Lou était devenue quelqu'un d'autre, quelqu'un d'imprévisible, poussée par des pulsions violentes qui avaient failli coûter la vie à Jack, qui faisait tout pour la sauver; au point de trouver des excuses pour la garder à la maison avec lui.
Mais rien n'avait pu être fait, c'était incurable. Faust n'était pas malade, mais il avait subit suffisamment de traumatismes pour être peu conseillé comme relation... Et puis rien qu'à voir comment Sven avait vrillé, il y avait peut-être des problèmes mentaux non descellés dans sa famille.
Tu te fais des excuses, vieux...
Mais des excuses fondées, qui venaient de l'expérience : voir Jack et Lou chuter dans un interminable tourbillon de douleur, de revanche et de violence... Son ami avait presque perdu la raison à vouloir garder son amour intact. Non, il ne ferait pas subir cela à Kylia, pas quand il avait été aux premières loges. De plus là il pouvait amputer l'infection avant que cela ne dégénère et ne s'étende totalement.


C'était suffisant pour qu'il ne dorme pas cette nuit-là, à se souvenir de cet adorable couple tombé dans un cauchemar incessant. Ne plus pouvoir parler à Jack d'éventuelles candidates intéressées sans le voir frémir douloureusement, comme si la marque de Lou était brûlée au fer rouge dans sa peau. Ne pas le voir regarder une femme depuis, comme si chaque visage qu'il voyait était le sien... Elle était un sujet tabou, et même Eden n'en savait rien. C'était une histoire gardée dans l'entourage proche... Peut-être que s'il n'en n'avait pas été témoin, Faust n'aurait pas hésité à rappeler Kylia, lui dire qu'il l'aimait aussi, et régler cette histoire une bonne fois pour toute, tout est bien qui finit bien. Sauf que les contes de fée ne prennent jamais en compte les événements très réels qui peuvent surgir de nullepart et frapper de plein fouet les héros de l'histoire.

Faust regarda l'heure sur le petit réveil au bord de sa table de chevet. 7h. Sept heures à ruminer sur cette histoire. C'était peut-être trop, ou pas assez, mais c'était suffisant pour qu'il écarte la pensée au fond de son esprit, et attende d'affronter une nouvelle journée.

Jack ne rappela pas après cela, même le jour du procès. Le barman n'en pensa rien; c'était inévitable après ce qu'il avait fait. Alors il prit son mal en patience et se laissa raser et couper les cheveux en silence. Il voyait bien Jack rire en le voyant rasé de près; quelque chose qu'il n'avait pas fait depuis des années, et c'était un style qu'il ne lui allait pas vraiment. Mais il ne dit rien et se laissa faire, enroulé dans un cocon émotionnel. C'était plus simple, de se laisser aller au vide qui s'accompagnait de désespoir et d'obscurité. Oui c'était plus simple, et il laissa la journée avancer comme telle, sombre, dénuée de sens. C'était peut-être son procès, mais il n'était que spectateur de ce qu'il s'y passait; son destin n'était pas entre ses propres mains et dépendait entièrement de la défense, puis du jury. Les vêtements qu'on lui enfila étaient, eh bien, un uniforme de prison. Il ne fallait pas oublier de montrer à tout le monde qu'il était quand même coupable de quelque chose, n'est-ce pas?

Il ne réagit pas lorsqu'on l'installa dans le fauteuil roulant, le menottant aux accoudoirs métalliques. Il suffisait que cette journée se passe comme prévu et il pourrait bientôt retrouver l’usage de ses jambes. Certes il n’avait pas hâte de revivre la rééducation, mais c’était une douleur nécessaire pour reprendre une vie normale, une vie qu’il n’aurait jamais dû quitter ; déjà parce qu’elle avait coûté la vie à Djan, mais aussi parce qu’elle avait gentiment pourri la sienne pour un moment… Mais s’il n’était pas partit d’Islantis, il n’aurait jamais eu l’occasion de rencontrer Kylia, de la voir sourire et s’épanouir, se battre pour lui… Il avait jeté la possibilité d’un futur dans sa figure. Un choix volontaire, mais qui n’en n’était pas moins douloureux.
Mais une fois cette journée passée ils n’auraient pas besoin de se revoir, de souffrir à nouveau dans la présence l’un de l’autre. Valait mieux souffrir quelques semaines qu’une vie entière.

On l’amena devant le Palais de Justice. Il aurait bien passé la journée à demeurer neutre, sans laisser percevoir la moindre émotion… Cela avait d’ailleurs été son plan, mais dès qu’il la vit, c’était terminé. Plus de neutralité, le masque était tombé et la dépression s’était emparée de lui, l’inondant de désespoir. Le fait que Jack était à ses côtés n’aidait en rien non plus, et malgré un regard jeté à la jeune femme, il lisait dans ses yeux une rage quand il croisa le regard de son ami, qui se dissipa aussitôt, comme s’ils ne s’étaient pas vus. Comment allait-il bien pouvoir s’excuser auprès de lui quand il ne savait déjà plus comment faire avec Kylia. Pire encore, elle vint poser une main sur son épaule, et là son monde s’effondra. De loin elle avait déjà l’air plus en forme. De près, c’était pire encore. Elle avait reprit des couleurs, et clairement des formes en un mois, et bien qu’il n’osait pas regarder dans ses yeux, il ne se doutait pas qu’ils étaient pleins d’espoirs. Un espoir qu’il avait abandonné avant même de commencer la journée.
« Prêt à retrouver la liberté ? »
Oui… Mais cette liberté ne serait jamais complète sans elle, sans sa présence… Maintenant qu’il l’avait en face de lui il voyait bien que quelques semaines ne suffiraient pas à combler sa présence, et le vide qu’elle laisserait dans son absence.
« Ton avocat attend devant la porte de la salle, je ne parlerai pas aujourd'hui, ça vaut mieux. Dès que tu sortiras, une ambulance va te reconduire à l'hôpital, l'opération pour tes jambes se fera demain. Tu verras, bientôt tout cette histoire ne sera qu'un mauvais souvenir. »
Un mauvais souvenir. Elle ne pouvait donc pas voir que ce n’était pas l’idée de quitter le fauteuil qui pouvait le soulager… ? Et cette histoire, comme elle le disait, contenait-elle tant de mauvais souvenirs que ça ? Il avait l’impression que pour un mal il y avait eu deux fois plus de bien qui lui était venu au travers d’elle, grâce à elle. Elle avait été le pilier de ces derniers temps, la fondation d’un espoir grandissant, comme une fleur prenant racine dans sa chair même… Un espoir qui avait fané, puisque la réalité ne lui permettrait jamais la possibilité d’un tel bonheur. Il n’avait pas envie de perdre cette fleur, cette lueur… La revoir avait bousculé sa décision, et à nouveau il chutait dans l’indécision totale.
Heureusement il n’eut pas plus de temps pour l’admirer dans son tailleur marine, dévoilant ses belles jambes montées sur les talons hauts. Les émotions virent plus douloureuses que jamais, le cocon déchiré… Il fallait qu’il se refasse, qu’il rechute. Valait mieux ne rien sentir que de ressentir cela, cette pression sur sa poitrine, cette peine dès qu’il la regardait.

Il vit à peine lorsqu’on l’emmena dans la salle, où on lui fit prendre place près de la défense. Il n’entendit même pas les murmures de son avocat quand les gardes quittèrent ses côtés. Il n’avait plus envie d’être témoin de tout ça, il voulait juste partir, quitter cet endroit, ne plus jamais voir Kylia tant la douleur était en train de le tuer.
Des heures passées dans le bâtiment il ne vit rien, n’entendit rien. Il avait réussi à retisser le cocon de désespoir et se laissa bercer par le silence qui avait maintenant envahit son esprit. Pourtant même là le temps parut long. N’en finiraient-ils jamais ? Le seul moment où le temps se figea pour lui fut quand Kylia monta à la barre, et là il ne vit qu’elle. Elle était là, juste présente, digne et sublime alors qu’elle monta à la barre. Il la contempla sans se soucier de si elle le voyait ou non ; elle était concernée dans le procès, et tenait à son aboutissement, lui n’était que là pour faire acte de présence.
Ses mots étaient fluides quand elle répondait, naturelle, presque mélodieuse. Si Faust ne savait pas son propre âge, il aurait dit qu’il venait de prendre cent ans rien qu’à la regarder. Comment une personne comme elle, avec ces yeux améthystes et cette peau parfaite avait pu un jour pu poser le regard sur lui et y voir un allié, un ami, un amant potentiel… Comment avait-elle pu le regarder ? Il ne lui restait peut-être qu’une bonne dizaine d’années avant qu’il ne devienne qu’un vieux croûton râleur, se plaignant de la jeunesse et de la société, un vieux con perdu comme il l’avait été toute sa vie, sans direction, sans but.
Elle avait tout le temps d’aller bien, pleins de possibilités s’offraient à elle, pleins de routes étaient devant ses pieds, et il ne restait plus qu’à faire un pas.

Il la regarda alors qu’elle se leva de la barre, mettant une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle était belle avec les cheveux détachés ainsi ; peut-être même qu’elle était belle sous toutes circonstances finalement. Quand elle passa non loin il eu envie d’étendre le bras, tenir sa main, pleurer et la supplier de le pardonner… Mais aussi pour lui dire au revoir sans faux semblants, une coupure nette, un adieu véritable. L’indécision était décidément revenue pour un moment.
Quand elle n’était plus dans son champ de vision, le cocon revint de lui-même et il eut le répit d’ignorer totalement ce qui se passait autour de lui. Cela fut à son avantage alors qu’ils attendaient durant les délibérations. On pouvait lui parler, l’interpeller, il demeura dans le même désespoir chaotique qui l’avait enveloppé dans ses bras. Il ne se rendit même pas compte que le jury prit des heures au lieu des minutes prévues.

Faust entendit le verdict d’une oreille ; il fallait bien qu’il sache exactement ce qu’il devait faire maintenant… Bien se conduire pendant deux ans ? Pas difficile, vu qu’il avait bien l’intention de bien se conduire pour le reste de sa vie, garder Eden en sécurité, tenir le bar et avoir une vie normale. Plus de courses poursuites dans le désert pour papy, plus de combats aux poings pour protéger Kylia, plus de conneries qui tombent sur le coin du nez à tous les coins de rues… La banalité était bien la route qu’il avait l’intention de prendre.
Ce n’est que lorsqu’on lui retira les menottes qu’il comprit vraiment, et lorsqu’il rejoignit Kylia et Jack. Il aperçu la familiarité de la tape dans le dos de ce dernier avec une espèce de sourire, bien qu’il savait qu’il n’en n’était pas tout à fait capable. En revanche lorsque Kylia s’approcha et lui prit la main, rien ne fut plus naturel que le sourire qui s’afficha à ce moment-là sur son visage. Pourquoi. Pourquoi elle avait cet effet-là sur lui ? C’était inévitable, après cette libération que leur conversation soit momentanément oubliée, que toute amertume et peine écartée, juste pour profiter de ce moment simple, et pourtant ils avaient mis longtemps à y arriver. Il était libre.
Il n’entendit même pas sa question, et ne la lâcha pas du regard, de peur qu’elle disparaisse. Il lui aurait presque proposé de s’assoir sur ses genoux tiens, mais ça aurait certainement été assez étrange comme demande. Mais la voir, là, avoir sa main dans la sienne, sentir ce pouls vivant et rapide, poussé par l’émotion et la joie. Tout ce travail, et enfin il était libre, oui, il était libre.
Elle s’accroupit près de lui et encore il n’osait pas détourner le regard. Ses joues étaient plus roses que d’habitude, ses yeux écarquillés luisants. Il eut un frisson quand elle posa sa main dans son dos. S’il avait été sur ses deux jambes il l’aurait soulevée contre lui, et aurait tournoyé en riant. C’était grâce à elle, c’était tout grâce à elle. Elle aurait pu lâcher l’affaire, le laisser moisir en prison, mais non, elle l’avait regardé, vu sous ses plus mauvais jours, et elle n’avait pas détourné le regard.
Jack approcha, un peu trop timidement pour que tout paraisse normal, mais il serra quand même la main du barman avec un sourire. Il n’avait pas oublié ce qu’il lui avait dit au téléphone, mais comme Kylia, l’émotion l’avait emporté, et pour le moment ils étaient alliés, et c’était tout ce qui comptait. Il le remercia, sincèrement, et Jack haussa les épaules, humble, comme toujours. Il aurait voulu voir Eden à ce moment-là, mais c’était mieux ainsi, qu’elle n’ait pas à attendre les heures du procès dans une salle où la tension avait été palpable. Tout irait bien après ça, et il se rendit compte qu’il avait tout le temps pour réfléchir à sa situation avec Kylia, et que maintenant qu’il était libre, un avenir était possible, un futur normal, un futur qu’ils pourraient partager. Il n’ignorerait pas ce qui était arrivé à Jack, mais il n’oublierait pas que leur situation n’était pas la même, que Kylia était bien plus forte qu’il ne pouvait y paraitre. Elle s’était battue pour lui, elle serait capable de se battre pour eux si elle le souhaitait.
Pour la première fois en longtemps, un poids se leva de son corps. Il était officiellement libre, plus coupable aux yeux de la justice, comme pardonné. On lui offrait cette possibilité, pour la première fois de sa vie il allait pouvoir choisir.

Les infirmiers vinrent le chercher peu après. C’était lassant, mais au moins maintenant il ne serait pas menotté au lit d’hôpital. Jack lui dit qu’il allait l’accompagner, chose qui le surprit quelque peu, mais le rassura tout de même ; il prendrait du temps, mais tout serait pardonné un jour.
Kylia les salua amicalement, et Faust regretta aussitôt qu’elle ne vienne pas aussi. Il devait lui parler, lui dire qu’il avait peut-être eu tort… Valait mieux prendre le temps de réfléchir sans doute – elle aurait besoin de repos après tout ce temps, tous ces imprévus et toutes ces galères d’avant-procès. Ils auraient le temps d’en discuter à tête reposée, et sur un pied d’égalité ! Il devait avant tout sortir de ce fauteuil !

Le véhicule les emmena jusqu’à l’hôpital. L’opération était prévue pour le lendemain ; l’attente allait lui paraitre bien longue maintenant qu’il y avait de l’espoir. Après il serait transféré à l’hôpital central d’Islantis, où Eden pourrait venir le voir pendant sa rééducation ; que demander de mieux ?
Il n’avait pas eu le temps de demander à Kylia si elle avait finalement l’intention d’emménager sur Islantis… Jack serait au courant, mais valait mieux le tacler avec cette affaire plus tard avant qu’il ne lui explose en pleine figure. Maintenant qu’il n’y avait plus Kylia comme témoin, son regard était plus froid, moins gai. Bon, la trêve aurait été brève. Faust ne savait pas quoi lui dire ; en même temps il lui avait planté un couteau dans le cœur et s’était amusé à le faire bouger dans tous les sens, bien sûr qu’il lui en voulait.
« Alors ? Toujours convaincu qu’elle est comme moi ? Dit-il, un peu trop sèchement peut-être. Elle au moins n’a pas failli hurler en te voyant rasé. T’as perdu tout ton sex-appeal là. »
Le barman le regarda, ne sachant pas trop quoi penser de ses mots, mais il vit le sourire un peu cynique qu’il reconnaissait bien. Il avait envie de lui en vouloir, mais c’était tellement plus facile de juste se moquer. Alors il sourit aussi, bien que sans trop de clarté.
« Je savais que ma barbe te manquerait.
-Ecoute, une barbe c’est une barbe. Vu que j’ai jamais réussi à en faire pousser une trop correctement, la tienne servait de modèle. C’était ambitieux mais je pensais que ça motiverait le poussage de poils.
»
Il se gratta le menton où un très léger bouc avait commencé à pousser. En réponse, Faust passa une main sur sa joue creuse un peu râpeuse.
« T’inquiète pas, elle va revenir… Je la sens déjà. »
A cela Jack fit comme s’il était vexé ou jaloux, puis décroisa ses bras avec un sourire bien plus sincère. Rien ne devait être oublié, mais ils se permettaient un peu de répit, à tous les deux. Ils avaient le temps, et ça c’était un nouveau luxe pour eux.


En effet le temps parut long en attendant l’opération. Maintenant qu’il n’était plus menotté au lit, il avait d’autant plus envie de bouger de partout. Jack était sortit écouter ses messages, et n’était pas revenu depuis un moment. Il espérait que cela ne concernait pas Eden. Quand il revint, il était pâle mais un peu souriant ; moins qu’avant certes, mais souriant.
« Qu’est-ce qu’il y a ?
-Hein ? Ah, non, rien, enfin, pas grand-chose.
»
Maintenant Faust comprenait pourquoi Jack détestait quand il entrecoupait ses phrases ainsi, c’était pas très agréable à l’écoute ni pour se faire une idée des événements ; mais aujourd’hui Jack l’utilisait comme s’il l’avait toujours fait. Quel copieur.
« Juste Eden qui est tombée à l’école, rien de grave… »
Faust connaissait Jack depuis longtemps. Non vraiment, longtemps. Et il savait exactement quels muscles de son visage bougeaient légèrement quand il mentait ; une légère tension dans la mâchoire, un sourcil avec un très léger spasme… Mais après ce qu’il s’était passé entre eux, il ne voulait pas pousser le bouchon et empirer la situation, car après tout, Jack ne mentait presque jamais sans raison, et pour utiliser Eden comme excuse de mal-être… Il n’en dit rien et hocha simplement la tête. Il lui tirerait les vers du nez plus tard.

Il profita de la journée pour se reposer un peu, et Jack ne quitta pas son chevet, chose qu’il trouva étrange.
« Hé, je risque pas de quitter ce lit, alors pourquoi tu vas pas te dégourdir les jambes et fumer une clope pour moi ?
-Alors déjà, j’ai le droit d’être fatigué, et j’ai le droit de squatter cette chaise aussi longtemps que je le veux.
»
Faust soupira en haussant les épaules, décidant de ne pas chercher plus loin.


Apparemment l’opération se passa bien, pas qu’il le sache vraiment puisque lorsqu’il ouvrit les yeux il était dans une chambre qu’il ne connaissait pas, et clairement la lumière venant de dehors n’était pas du tout la même. Il se redressa légèrement. Il faisait assez sombre… Déjà la nuit ? Il fronça les sourcils et failli sursauter quand quelqu’un entra dans la chambre. Jack, encore. Il avait l’air encore plus fatigué que le jour d’avant !
« Ah te revoilà parmi nous ! Ca va ? Pas mal nulle part ?
-Non ça va… On est où ?
-Eh bien… Tu étais encore sous médocs quand y’a eu une urgence à l’hôpital, et ils avaient besoin de la chambre, et vu que le transfert était déjà prévu bah… On a fait le voyage pendant la nuit.
»
Alors il faisait jour ? Puis il réalisa les mots. Ah, ils étaient donc à Islantis. Cela semblait faire si longtemps depuis qu’il avait été sous l’océan... Il avait presque oublié l’étrange lueur qui venait du dôme ; une copie de la lumière du soleil, mais qui n’était pas exactement comme cette dernière.  Etant encore un peu endormi, il n’avait pas fait attention au visage de Jack alors qu’il parlait… Il soupira intérieurement ; depuis quand ne faisait-il plus confiance à Jack ?
« Les médecins ont l’air de dire que la rééduc devrait commencer dans quelques jours, le temps que tu te remettes de l’opération, en attendant j’ai une surprise ! »
Il sortit dans le couloir et il ramena une petite tête blanche avec lui. Il sourit alors qu’Eden se jeta dans ses bras, et il pu enfin la tenir contre lui, sans menottes, sans gardes, mais en temps qu’homme libre. Maintenant pour sûr tout irait mieux.

***

La rééducation. Décidément, passer par ce chemin une fois n’était pas suffisant. Il avait oublié à quel point il détestait ce passage de cette remise sur pied littérale. Les médecins étaient patients, ce qui rendait l’expérience d’autant plus frustrante. Toutes les envies de hurler étaient parfaitement inutiles, presque dévalorisantes… Bien qu’on le fit commencer avec des exercices simples comme se tenir sur une jambe, il avait l’impression qu’il n’arriverait jamais à se tenir de lui-même.
« Il faut que vous retrouviez l’équilibre, et le début est toujours le plus difficile ! Mais ne vous en faites pas, nous sommes là pour vous emmener jusqu’au bout ! »
Oui les médecins étaient gentils, mais presque trop, et ils avaient tendance à le prendre pour un enfant. Il avait envie de leur dire qu’il avait déjà vécu une rééducation comme celle-ci, et qu’il savait que cela fonctionnerait… Mais que c’était juste chiant comme étape ! Sans parler de l’incontinence perturbante qui était aussi un effet secondaire fort désagréable de son handicap.

Les jours paraissaient courts, entre la rééducation et les visites le soir, il n’avait pas beaucoup de temps de réflexion, et le repos était parfois un peu trop facile à trouver. D’ailleurs Jack manigançait clairement quelque chose : ils n’avaient pas reparlé de Kylia depuis le procès, et il semblait toujours trouver moyen d’occuper son esprit autrement. Un soir, il eu la visite de Bill, le propriétaire du local du bar. Il entra, avançant avec son fauteuil roulant automatique. L’homme avait prit un coup de vieux depuis la dernière fois, et il était dur de ne pas remarquer l’air fatigué sur son visage. Faust n’en dit rien et le laissa faire la majeure partie de la conversation. Il aimait parler de ses petits enfants, et de leurs visites régulières. C’était agréable de le voir, certes, mais la question de Kylia le taquinait un peu l’esprit ; Jack pensait-il qu’il était inutile d’insister à présent ? Que son avis était fait sur la question ? Il avait du mal à y croire après la brève discussion dans l’ambulance.
Les journées défilèrent rapidement pendant deux semaines, et un jour, alors qu’on l’emmenait en salle de rééducation, où il travaillerait encore ses muscles et les premiers pas en marche solitaire, il entre-aperçu une porte légèrement ouverte. Normalement il n’y aurait absolument pas prêté attention, mais dans le peu de temps qu’il vit l’intérieur, il cru voir Kylia, là, allongée dans un lit d’hôpital. Il s’était secoué la tête ; quelle idée, Kylia ne pouvait pas être hospitalisée, et l’absence de nouvelles devait bien être volontaire. Du coup quand le soir vint après les exercices, il réfléchit sérieusement à comment il pourrait aborder le sujet de leur relation… Mais surtout, comment la contacter. Certes il suffisait de demander son numéro à Jack et le tour était joué, cependant il ne voyait absolument pas comment commencer à lui parler, comment lui demander si elle allait bien, où en étaient ses concours… Donc encore moins parler de leurs sentiments l’un envers l’autre. L’appel serait-il bien reçu ? Ou était-elle bien trop occupée elle aussi pour discuter de ça ? Finalement il abandonna l’idée de l’appeler, et se vit décidé à attendre que ce soit elle qui fasse le premier pas.
Du moins, les premiers jours qui suivirent cette décision.
Mais il n’y eu aucun appel, aucune nouvelle, et quand il demandait à Jack s’il savait où elle était, il haussait juste les épaules et donnait une réponse bateau. Pourtant il devait bien voir que le barman n’avait qu’une envie c’était d’entendre sa voix, de voir son visage, d’avoir une petite once de nouvelle ! Si c’était le cas, il faisait comme s’il n’y voyait que du feu. Chose qui le poussa à une motivation plus brûlante et efficace, qui lui donnait tous les jours la force de se mettre sur pieds, de se tenir debout tout seul.

Il perdit la notion de temps, et s’exerçait sans se plaindre, et tous les jours il essayait de pousser Jack à une réponse correcte. Si bien que ce dernier finit par perdre patience… Bien sûr il essayait de constamment l’occuper dès qu’il avait le temps, d’amener Eden et les animaux en cachette, toujours pour éviter qu’il ne pose des questions visiblement. Mais un soir il réussi à l’avoir seul, et cette fois-ci il ne le laisserait pas s’échapper sans réponse.
« Toujours pas de nouvelles de Kylia ? »
Il secoua la tête. Décidément, quand Jack ne répondait pas avec des mots c’était qu’il avait peur de dévoiler quelque chose, et aujourd’hui, Faust n’était pas d’humeur à avoir des silences en guise de réponse.
« Tu m’occupes volontairement pas vrai ? Demanda-t-il, voix un peu plus basse que normalement. »
A cela, Jack le regarda de façon presque choquée ; il en aurait rit s’il n’avait pas été si sérieux sur la question.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Bien sûr que non !
-Alors pourquoi dès que je parle de Kylia tu regardes ailleurs comme si tu n’avais pas entendu ?
-Faust, j’ai eu autant de nouvelles que toi, Kamiko dit qu’elle va bien…
-Kamiko ? Passe-moi ton téléphone que je l’appelle.
»
A cela, Jack rit.
« Toi, appeler Kamiko ? J’avais comme l’impression qu’il te faisait plus peur qu’autre chose.
-Et c’est le cas, mais j’ai vraiment besoin de savoir comment elle va.
-Ecoute, sache juste qu’elle va bien, c’est tout. Satisfais-toi déjà de ça.
-Non. Je ne serai pas cette personne qui gobe ces histoires sans se poser de question. J’ai dit : donne-moi ton téléphone.
»
Ce fut au tour de Jack de perdre patience, ce qui le rendit cynique.
« Alors ça y est, maintenant tu retrouves l’usage de tes jambes, t’es plus un monstre qui pourrait la blesser ? Permets-moi de dire que tu es moins dangereux en fauteuil. »
Un coup bas. Voilà la vengeance dont il userait pour montrer qu’il lui avait fait du mal en parlant de Lou ?
« J’ai eu tout mon temps pour réfléchir, et je veux la voir.
-Alors tu ne veux pas mon téléphone ?
-Fais pas le con, Jack !
»
A cela il rit. Le barman détestait quand il le faisait sur ce ton, c’était insultant.
« Comme ça c’est moi le con maintenant ? Tu es risible Faust, risible et aveugle.
-Désolé, je suis en traitement pour mes jambes, pas pour mes yeux.
»
Ils se fixèrent un moment en silence. Plus de rigolade, plus de cynisme. La conversation venait de prendre un tournant sérieux.
« Tu es aveugle parce que tu ne vois pas la simple explication au fait que tu n’aies pas de nouvelles.
-Alors illumine-moi sur la question !
-Elle veut pas te voir ! Elle ne veut pas te donner de nouvelles parce qu’elle veut que tu l’oublies ! Certes à la sortie du procès vous étiez tout mignon et tout ça, mais ça ne veut pas dire qu’elle a oublié ce que tu lui as fait comme mal avec ta réponse. Tu l’as rejetée, maintenant c’est à ton tour ! »

Il sortit en claquant la porte, laissant Faust figé.

Il ne réussit pas à dormir cette nuit-là, même si ses muscles lui hurlaient de trouver le sommeil. Il se dressa sur ses jambes et tituba vers la fenêtre. Il fit les quelques pas dont il était capable et regarda au dehors. Alors voilà. Voilà pourquoi il n’avait pas de nouvelles, voilà pourquoi Jack essayait de l’occuper en invitant Eden et Bill, voilà pourquoi il était à présent seul.
Le cocon s’était refait de lui-même, trop rapidement peut-être. Sans doute avait-il envisagé cette possibilité… Mais pas après la fin du procès. Il connaissait Kylia, il savait que si elle avait voulu lui dire au-revoir définitivement elle l’aurait fait. Ou peut-être que Jack avait raison, qu’elle avait suffisamment souffert en sa présence pour le voir une dernière fois. Mais alors pourquoi ne pas faire passer le mot ? Jack lui avait-il caché tout ce temps ? Pourquoi ? Pour qu’il soit toujours aussi motivé pour aller mieux ? Il voulait aller mieux, pour Eden, pour retrouver le bar… Mais il avait voulu retrouver Kylia au bout du chemin, et faire le reste de la route ensemble. Avait-il vraiment été aveugle à ce point ? S’était-elle assez battue pour eux pour ne plus jamais avoir envie de le voir ? Il retourna au lit après quelques instants, sentant ses jambes trembler. Une fois sous la couverture il se tourna vers le plafond pour regarder le polystyrène au-dessus de sa tête. Non, il n’arriverait pas à dormir cette nuit, mais il fallait au moins qu’il laisse ses muscles se reposer.


« Vous pouvez rentrer chez vous monsieur McRay ! Mais n’oubliez pas vos exercices, et ne vous épuisez pas ! »
Il remercia le docteur faiblement. Il n’avait pas retrouvé son énergie, et Jack était seulement venu pour amener Eden lors de ses visites. En dehors de cela, son ami ne lui adressait plus la parole, même dans le trajet pour rentrer à l’appartement.
Faust traversa les couloirs de l’hôpital une dernière fois, hochant la tête aux infirmières qui l’avaient aidé. Il se dirigea vers les ascenseurs, tenant sa canne dans sa main vu que pour le moment il n’était pas suffisamment fatigué pour l’utiliser. Les doubles portes en métal s’ouvrirent, et il tomba nez à nez avec un visage familier. Il resta sans voix alors que Kamiko en sortit. Ils se regardèrent un instant puis le grand homme presque effrayant étendit sa main. Faust fit de même et la main de Kamiko engloba la sienne comme une patte d’ours.
« Enfin remit sur pied. Constata-t-il avec une voix rauque. Et est-ce que ça valait tout ce cinéma ? »
Faust failli avaler de travers. Par cinéma il voulait sans doute parler des raisons de la crise de Kylia… Non cela n’avait pas été nécessaire, mais il ne pouvait pas revenir en arrière pour changer le cours de cette soirée-là… S’il avait pu, les choses auraient eu une fin bien différente.
« Que faites-vous là ? Demanda le barman, réellement curieux.
-Rendre visite. Jack est bas, il a l’air de s’impatienter. »
Avec cela, Kamiko lui tourna le dos sans lui dire quoi que ce soit d’autre. Décidément, les deux ne seraient jamais sur un terrain d’entente… D’ailleurs il avait été tant intimidé qu’il avait oublié de demander comment allait sa filleule… Tant pis, pensa-t-il un peu amèrement. Il prit l’ascenseur et se dirigea vers le parking.
En chemin la voiture était complètement silencieuse. Jack ne l’avait même pas regardé quand ils étaient montés dans le véhicule. Il n’avait pas envie d’entamer le dialogue ; ils avaient suffisamment discuté pour ne plus rien avoir à ce dire pour le moment. Dès que Jack parlait, c’était dans le vide, pour parler d’un nouvel immeuble ou nouveau jardin d’enfants, juste les choses qui avaient changé en son absence.
Ce fut Eden qui leur ouvrit la porte avec un sourire radieux. Un sourire que Faust ne pu qu’imiter alors qu’il entra, la soulevant d’un bras. Il fallait admettre que c’était bien de retrouver l’appartement, et la tranquillité qui allait avec. Il se laissa guider par Eden qui lui montra, par des gestes fluides et élégants, les nouveaux meubles qu’ils avaient acheté.  La voyant ainsi, c’était dur de ne pas se projeter dans l’avenir, la voir dans quelques années, plus grande, avec des cheveux plus longs, moins de joues, et une carrure qui allait petit à petit devenir celle d’une femme. C’était presque cauchemardesque, mais rassurant vu que maintenant il allait en être témoin, pour sûr.

Oui l’avenir était encore incertain, mais le présent s’annonçait bien et clair. Il reprendrait le travail au bar petit à petit, sans trop forcer, mais il retrouverait un rythme de vie normal. Il eu une douleur au cœur à la pensée.

Une vie sans Kylia.
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Ne jamais se fier aux apparances (Pv Faust)

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