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 Le bon, la brute et le spectre (Libre !)

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Stray

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MessageSujet: Le bon, la brute et le spectre (Libre !)   Sam 5 Jan - 19:09

Rana Maladrine était une collectionneuse d’yeux. La magie n’a de magie que le nom, un nom bon pour ceux qui en ont été dépourvu. On ne pouvait pas encore déterminer les causes exactes d’une apparition aussi soudaine et à aussi grande échelle de ce phénomène Alpha, mais on avait depuis longtemps prouvé, entre autres choses, que le flux magique n’était rien d’autre qu’un agencement particulier de molécules dans l’espace. Ce qui n’empêchait pas certains illuminés, comme mademoiselle Rana Maladrine, travaillant à son compte dans une petite droguerie de la périphérie pauvre de Sérégon ; de croire qu’il y avait quelque chose de surnaturel comme le nom de magie le suggérait. Elle faisait partie d’un petit groupe occulte - appelons un chat un chat, une secte - qui croyait fermement que le cœur de son pouvoir, chez tous les êtres, c’était l’Œil. Un catalyseur - quel mot grotesque pour « objectiser » la magie ! - n’avait de pouvoir que parce qu’il avait le bon Œil - et le voler, c’était voler la magie qu’il contenait. Elle, elle le découvrit que quand elle perdit celui qu’elle avait à la naissance, le gauche, à cause d’une flamme perdue ; elle était pauvre, simple vendeuse de bruit ; et le chef de cette église atypique lui fit voler un nouvel œil de magicien, mal assorti au sien tant sa couleur était vive, par rapport à sa terne rétine de « scan-plat ». Remarquez qu’une telle opération de sous-main, pour ne pas avoir le droit à la coquille métallique et quatre murs blancs, la marqua à vie. Sa gauche était enflée, le brillant de l’œil étranger étouffé sous sa peau gondolée ; et sa droite marquée de crevasses rouges. Mais elle avait l’Œil ! Et s’était donné le droit de maîtriser l’eau à son gré.

C’était un mensonge du hasard, évidemment. Rana était simplement tombée dans le lac est avait, de fait, évité un coup perdu qui lui aurait sans doute, aucun, pris le dernier œil que sa pauvre mère chérissait chez elle. Mais elle y croyait, et que peut-on dire à quelqu’un qui croit ? Question rhétorique : rien. Sa petite droguerie avait changé sa grande gueule de vendeuse de tout - vraiment, elle avait le bagou, elle aurait vendue des lunettes à un aveugle - à une collection impressionnante d’yeux de mages. Elle fournissait son groupe plus que curieux, mais aussi des mains plus sales qui allaient faire je-ne-veux-pas-savoir-quoi avec ces rétines. Elle se cantonnait souvent au brun, au vert, plus curieusement au rouge. Elle vendait souvent seul, plus rarement en paire. Et elle avait appris à cultiver la couleur de l’Œil. Rana s’était rendue compte - imaginée - que plus un mage est apte avec son pouvoir, plus la couleur de l’Œil s’éclaircit et se pare de bulles. C’est pour ça qu’elle allait régulièrement à l’asile pour enfants dans le centre-ville dans des affaires de l’ombre, dispenser une doctrine dont la vigueur parvenait à captiver des gamins un peu rêveurs. Et c’est comme ça que ses mains sales sont tombées sur un certain enfant sans nom.

Dnni n’avait pas d’opinion sur la question de l’Œil. Pour lui, la magie était là, un fait aussi sûr et immuable que le soleil se lève à l’est et retombe à l’ouest. Il ne comprenait même pas la fascination de la femme pour son regard - il aurait trouvé le sien bien plus exotique s’il n’avait pas vu une forêt de châtaigniers ces dernières semaines qui l’a lassé. Ce qui la plaçait dans un tout nouveau niveau d’étrange. Quand à Rana, elle se noya dans les vagues bleutées qui dansaient avec les pas du gamin sur le tapis de jeu - les errances, plutôt, semblant chercher les ombres fraîches de ce lourd été sérégoneais. Original : une rétine d’un vert puissant, une émeraude dans un pauvre écrin en coquille d’œuf, surmontée d’une forme bleutée. Alors elle se présenta le jeudi matin au milieu de la ribambelle de couples timides, elle le salua avec une assurance grotesque, il la salua machinalement avec le bonjour qui constituait son unique mot ; et lorsqu’elle préféra rester plantée là, un pétillement dans son seul œil ouvert, il se demanda immédiatement quelle mauvaise inflexion lui valait son attention. Pitié, il commençait à peine à s’habituer au paysage peint de western de ces quatre murs !

Mais au moins, elle était la seule à ne pas essayer de lui parler. Elle se satisfaisait de son mutisme, et lui du sien. Elle préférait parler à elle-même dans sa langue de sorcière - en vérité, un français avec un fort accent de Mycra - en frottant ses coquilles sur les étales. Dnni, en voyant pour la première fois sa collection, était partagé entre la frayeur et la curiosité de tous ces regards sans têtes fixés sur lui. Quel drôle de cadeau ! Rana, de son côté, cultivait avec un soin particulier son Œil. Ses Yeux, même. Elle lui donna un nom - et il apprit à répondre à ce nom de chien errant, même si sa mémoire continuait de se battre pour garder le nom de sa naissance, celui avec son père l’appelait. Elle laissa un instinct maternel de fer, surgissant de vingt ans de rouille, lui faire acheter ces petits livres en carton pour les plus jeunes enfants - il n’y prêta qu’un intérêt poli, dépassé par même les aventures de Chipie et ses amis. Elle essaya de lui faire exercer son Œil avec les mots de sa langue ; il passa ses journées à paresser à l’entrée de sa droguerie, gobant l’air sale d’un vieux ventilateur à ses pieds, Hidden blottie contre ses jambes avec son indifférence animale. Dnni, de ce côté-là, restait incorrigible : si personne ne faisait des efforts pour le comprendre, il n’en ferait pas pour les comprendre. Ce commentaire laissa les yeux sans expression.

Ce jour-là, Rana discutait avec animation avec un de ses amis - l’homme avait la même passion aliénée dans son regard quand elle lui présenta l’Œil, encore dans la coquille-Stray, et ce dernier comment vraiment à se demander s’il ne devait pas simplement enlever son œil de son écrin d’os pour avoir la paix, peut-être la clé du portail hors de Sérégon ? Et il n’avait pas besoin de comprendre les propos de sa tutrice légale pour être mis mal à l’aise ; il abandonna le jugement silencieux des yeux pour observer le passage des bronzés ordinaires dans les rues de la périphérie.

« Au début, quand je retirais l’œil de l’écrin, je n’arrivais pas sans sanctionner le nerf optique. Le truc, c’est de découper autour de l’os, au-dessus de la joue et sous l’arcade sourcilière, et l’œil part avec ! C’est qu’il ne faut pas sectionner le nerf optique, sinon, on ne peut plus le réimplanter. Et ensuite, je fais partir l’os par à-coups. »

Rana parlait de sa pathétique affaire avec l’enthousiasme d’un enfant à qui on offrait une glace. Et son client hochait la tête avec bienveillance, comme l’adulte qui tenait le porte-monnaie. Dnni glissa sa main le long de la vitrine, dégageant d’autres regards de sa vue - des autocollants de la fête des morts. Un passant intrigué aurait pu remarquer à son bassin la ceinture serrée d’une jupe courte délavée depuis longtemps. Le jeune Glaki ne connaissait pas ce genre de coupe de vêtement, et l’avait trouvé plus confortable sous la chaleur que le pifu comprimant ses jambes ; et sa tutrice aurait pu le laisser nu pour tout ce qu’elle en avait à faire, tant que sa figure - ses magnifiques Yeux à vendre - était intacte. Dans la forêt d’ombres de passants, peut-être trouverait-il de nouveau un feu follet salvateur ... ?

Une figure s’approcha bien trop près de la vitrine à son goût, et Dnni se replia au niveau du sol, la tête dans le souffle du ventilateur - la vieille Velocifen, assoupie sous lui, sursauta. Le carillon de l’entrée moqueuse souleva deux autres regards, surpris dans leur affaire ; Rana ne reconnut pas un client habituel, et se para du sourire de la vendeuse de bruit. Stray s’était parfait dans l’art de disparaître à ses yeux ; malgré la combinaison improbable de couleurs dont il était vêtu - du rose et du vert, elle était bien la seule à être capable de l’ignorer avec tant de tact.

« Bienvenue ! En quoi puis-je vous être utile ? »

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