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 Quand les loups ne dansent plus

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Wayne Harris



Messages : 201
Localisation : Zaun

MessageSujet: Quand les loups ne dansent plus   Dim 24 Mar - 23:15

Je ne sais pas bien ce qu’est ce texte. Certainement pas un chef d’oeuvre de style, mais de toutes manières, je le laisserai comme ça. En aucun cas il n’est prémédité, il n’y a ici que la pure spontanéïté propre à ces personnages qui, parfois, nous habitent. Je pense qu’il s’agit de ma façon de mettre fin à un processus, à un cycle, de laisser ce vieil ami derrière moi et de lui dire adieu dans les formes, plutôt que de le laisser pourrir sans autre forme de procès au fond d’un dossier remplis de RP frustrants car inachevés. Dans tous les cas, j’en avais besoin, et comme ça, vous savez pourquoi maintenant, c’est Wayne et plus Herleif.
Je fais honneur à ce vieux frère ici, puisque c’est ici que j’ai vu naître et mourir cette parcelle de moi-même.



“Tuer ou se faire tuer, manger ou se faire manger : telle était la loi ;
et il obéissait à ce commandement issu des profondeurs du Temps.”

Jack London


Il s’était souvent demandé ce que ça faisait de mourir. La question revenait à chaque fois qu’il prenait une vie, et les dieux savaient combien ceux tombés sous sa rage étaient nombreux. Il avait connu la douleur, bien sûr, mais il ne s’était jamais défait de cet air confiant propre à ceux qui savent qu’ils survivront. La maladie et la vieillesse n’avaient jamais été pour lui que des mots qui faisaient référence à des concepts abstraits. Il avait vu leurs ravages chez bien des hommes, mais n’en avait jamais souffert lui-même. Il en était venu à se convaincre, inconsciemment, que s’il devait mourir, cela serait bref et sans douleur.

Il lui arrivait de penser qu’il était stupide de ne pas comprendre cette peur qu’il semblait être le seul à ne pas pouvoir ressentir. Peut-être cela venait-il simplement d’un manque d’éducation. Peut-être encore était-ce un privilège que lui octroyait la bête qui sommeillait au fond de lui-même. Sa part animale comprenait parfaitement cette symbiose de la vie et de la mort, et acceptait sereinement sa place au sein d’un cycle dont la portée les dépassait tous. Tout lui avait toujours semblé si normal. Il tuait, car les autres étaient trop faibles pour lui survivre, et ainsi, il obéissait à la loi qui dictait l’équilibre des choses.

Quelle que soit la raison, il était convaincu qu’il ne s’agissait pas d’une incapacité à ressentir des émotions. Il avait été brisé à de trop nombreuses reprises pour qu’on ose lui dire qu’il n’avait pas de sentiments.

En un sens, il avait connu la mort. Lorsqu’il avait vu celle qui partageait sa vie s’éteindre entre ses propres doigts, serrés autour de sa gorge pâle, c’était un peu de lui-même qui était mort avec elle. Avec chaque trahison, chaque mensonge, des fragments s’étaient détachés de sa personne, et chaque débris qu’il laissait derrière lui correspondait à son rire rauque, son regard souvent triste et parfois tendre, ses demi-sourires naïfs, aux grandes claques fraternelles assénées dans le dos de ses amis, à l’amour bourru mais sincère qu’il avait si généreusement tenté de partager. Peut-être mourait-il un peu plus avec chaque part d’humanité qu’il abandonnait. Oui, il avait senti ce déchirement, comme un tesson de verre déchiquetant des morceaux de ce qu’il y avait de fondamentalement bon en lui, pour ne plus laisser, au bout du compte, que la bête sauvage qui l’habitait et semait les cadavres et la haine sur son sillage.

Pourtant, il était parvenu à rester en vie. A peine, parfois. Mais il avait toujours été animé au moins par la rage et par la haine. Ce qu’il avait ressenti n’était pas tant une lente agonie qu’un vide grandissant. Jusque là, la “Mort” n’était resté qu’un concept vague, l’image de corps inertes, quelques explications vaguement scientifiques, mais rien de concret, rien qui n’avait jamais suscité chez lui de l’angoisse.

Et puis il y avait eu ce renversement. La douleur constante, insidieuse. Et surtout, gratuite. Chaque fois qu’il avait fait l’expérience de la souffrance, il y avait toujours eu une raison. Pas toujours valable, certes, mais toutes les coups qu’il avait reçu étaient justifiés. Ce calvaire là était tellement soudain et immérité qu’il s’était trouvé désarmé. Il n’était ni préparé, ni armé de suffisamment de haine ou de courage pour lutter.

Maintenant, il savait. Il savait ce que c’était de mourir, d’être sans défense face un ennemi invisible, de voir sa fin avancer inexorablement vers soi. Jamais, jamais on ne l’avait préparé à un adversaire qu’il ne pouvait pas frapper, étouffer, blesser. Et il était seul. Désespérément seul. Personne ne viendrait l’aider, lui tendre la main. Personne ne pouvait rien faire.

Parfois, dans des moments de lucidité, lorsque la douleur se faisait moins insupportable, que les quintes de toux sanglantes s’espaçaient, il se disait qu’il n’avait que trop longtemps repoussé l’échéance. Peut-être n’avait-il que ce qu’il méritait, en fin de compte. Peut-être payait-il finalement le prix des innombrables vies qu’il avait fauchées. Il n’en savait rien, et c’était probablement mieux ainsi.

Il mit ses dernières forces à rejoindre le lieu le plus cher à son coeur. Là, au calme, seul, malgré la chose qui le rongeait de l’intérieur, la douleur lui sembla plus tolérable. Ses mains s’enfoncèrent dans la mousse fraîche, et il s’autorisa un moment de répit, le dernier, pour faire la paix avec lui-même.

Lorsque ses doigts se refermèrent sur le metal inerte, que la gueule froide et béante du canon vint se caler sous son menton, il était serein. Bientôt, il n’y aurait plus rien. Plus de douleur, plus de peine. Son corps irait nourrir les bêtes, et la boucle serait bouclée. Dans la mort, tout reprendrait son sens.

Tout allait mieux.
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