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 We've built up our Heaven on the back of Hell

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Kylia Miyata

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Localisation : Nissa

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MessageSujet: We've built up our Heaven on the back of Hell   Dim 31 Mai - 17:10

Un plafond blanc. Un bruit régulier, dérangeant, qui avait quelque chose d'agaçant et de rassurant à la fois. Une forte odeur de médicaments et de produits ménagers. Un léger ronflement de machines. Des frottements de pieds sur un sol derrière une porte.
Quand elle se réveilla, elle était dans un lit d'hôpital. Elle eut du mal à se souvenir dans un premier temps de ce qu'il s'était passé, puis les médecins finirent par abandonner l'idée de lui faire deviner, comprenant qu'elle n'avait même pas compris sur le moment ce qui lui arrivait et lui annoncèrent le verdict : elle s'était pris une balle dans le rein gauche. A première vue, les dégâts avaient été nets et seule une cicatrisation pourrait y faire quelque chose, cependant ils s'étaient rendus compte lors de l'opération que de mini-éclats s'étaient dispersés dans les tissus. Ils ne savaient pas encore si cela serait néfaste pour ses fonctions rénales après cicatrisation complète, et pour s'en assurer il fallait attendre un peu avant de la laisser repartir ou d'opérer à nouveau. Aucun autre organe n'avait été a priori touché, ou du moins pas de façon aussi significative. Le problème résidait tout de même dans le fait que le rein restait un organe peu anodin dans le fonctionnement ordinaire du corps, et que même si l'on vivait parfaitement avec un seul rein, avec deux, c'était tout de même mieux. Et sans infection, c'était encore mieux.
Charly était venu la voir tous les jours, Lucy presque aussi souvent. Elle avait la bizarre impression qu'elle était la seule à ne pas s'en faire dans l'histoire. Il était vrai, se prendre une balle n'était pas courant, surtout après un procès et en étant une personne tout à fait ordinaire. La fusillade dans le désert, le fait que Faust l'ait déjà braquée avec une arme à feu, elle ne savait pas vraiment, mais quelque chose l'empêchait de trouver cette affaire complètement alarmante. Il avait été prouvé que Sven n'était pas étranger à tout ça, Faut avait été évacué à Islantis dans les plus brefs délais afin d'éviter tout risque qu'il ne soit lui aussi visé. Elle, en revanche, devait attendre encore un peu d'être parfaitement stabilisée avant de partir à son tour vers la ville sous-marine. Les rassembler au même endroit n'était pas forcément la meilleure idée, mais puisqu'elle devrait sans doute y vivre dans les mois suivants, il fallait bien commencer d'une manière ou d'une autre.
Rester allongée à dormir toute la journée lui faisait du bien, il fallait bien le dire. Kamiko s'occupait de toutes les formalités, Charly avait rapatrié ses affaires chez Nell par courrier, elle n'avait absolument rien à faire. Et ça faisait un bien fou, ne serait-ce que pour quelques temps. Elle ne mangeait pas énormément et avait par conséquent perdu un ou deux kilos, mais elle se consolait en se disant que de toute façon, c'était surtout de boire dont elle avait besoin en ce moment. Et bon sang, ce qu'elle pouvait boire comme eau ! Et autant s'y habituer, cela risquait de continuer pendant encore un bon bout de temps.

Quand le verdict tomba enfin, elle fut légèrement déçue. Elle devrait subir de nouvelles opérations, être dialysée régulièrement pour essayer d'éliminer ces petits éclats métallique dans son rein, mais dans un délai d'un mois, tout serait parti. Cela faisait déjà une semaine et demie qu'elle était dans ce lit d'hôpital, elle ne se voyait pas y rester encore un mois. Cependant, s'il fallait le faire...
Pour cette nouvelle étape, on la transféra à Islantis où sa plus grande consolation fut de savoir que c'était l'hôpital où travaillait Nell, même si ce n'était pas le même service. Quelque part, elle préférait éviter à son ami le spectacle du filtrage sanguin, même si cette dernière devait être parfaitement habituée depuis le temps qu'elle travaillait dans le médical.
Jack venait la voir aussi, de temps à autres, jamais très longtemps. Kamiko lui avait donné la date de son transfert, elle-même n'étant pas suffisamment connectée à la réalité à ce moment-là pour donner ce genre d'informations. Elle fut plutôt surprise d'apprendre que la chambre de Faust se trouvait quelques couloirs plus loin, mais contente de savoir qu'il recommençait enfin à marcher.

« Il doit être content de bientôt retrouver une vie normale ! »
« Oui, oui. Bien sûr, c'est une bonne nouvelle. »
La réponse avait été évasive, peu convaincante et lui donna l'impression que quelque chose n'allait pas, mais qu'il ne voulait pas en parler. Autant dire qu'elle préférait ne pas savoir ce qu'il cherchait à cacher, car si c'était pour lui annoncer que Faust faisait la gueule parce qu'il savait qu'elle était là, autant ne pas le savoir. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Jack s'était éclipsé bien vite, prétextant que Faust devait sans doute l'attendre. Oui, bien sûr, il l'attendait lui. Elle, c'était une autre histoire...

Pendant un moment, elle se rappela l'après-procès, ce moment de grâce où tout avait été si naturel, si parfaitement naturel. Comme si rien n'avait été dit, comme si au contraire la conversation s'était passée d'une toute autre manière et que ce qu'ils avaient vécu n'était en réalité qu'un cauchemar, celui du pire cas de figure possible. Ces sourires, ces échanges de regard... Rien ne lui avait paru impossible à ce moment-là et elle l'avouait presque avec honte, elle n'avait pas pensé un seul instant durant toute sa convalescence que les choses puissent à nouveau mal tourner. Etait-il si versatile ? Ou l'euphorie de la liberté l'avait rendu très bon acteur ? Peut-être qu'il avait agi comme ça pour lui faire plaisir, pourtant son empathie n'avait pas pu la tromper à ce moment-là. Au contraire, tout était parfaitement calme, sans aucune trace d'émotion négative, quelle qu'elle soit. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que d'un coup elle avait l'impression qu'on lui cachait quelque chose et que ce quelque chose n'allait vraiment pas lui plaire quand elle l'apprendrait ?
Ni Kamiko ni Jack ne revinrent dans les jours qui suivirent et Nell, à raison, avait préféré retourner le sujet dans tous les sens pour être bien sûre de ne laisser passer aucun détail. Elles arrivaient toujours à la conclusion qu'elles ne sauraient jamais sans véritablement poser la question et que bon sang, ce que les hommes étaient compliqués. La jeune femme serait bien partie en éclaireur pour son amie d'enfance, si ce n'était à un détail près : Faust n'était pas hospitalisé dans le service de puériculture. Et à moins qu'il ne rétrécisse et rajeunisse à vitesse grand V, il y avait peu de chances pour que cette opportunité n'apparaisse. Il était de toute façon hors de question que Nell risque quoi que ce soit vis à vis de sa hiérarchie pour parler à une vieille tête de mule. Et c'était bien la première fois qu'elle le traitait de vieux, même intérieurement. Parfaitement.
Il faudrait donc attendre de voir Faust, ce qui ne devait pas être très dur à réaliser dans la mesure où il se trouvait au même étage qu'elle, cependant il fallait qu'il se déplace lui, car elle était dans l'incapacité presque totale de bouger pendant un moment. Elle pouvait se lever pour se rendre aux toilettes ou jusque dans la salle de bains pour la douche, mais elle devait éviter d'être en activité trop longtemps sous peine que la plaie ne se mette à saigner de trop. Dans l'ensemble elle cicatrisait plutôt bien, mais mieux valait ne pas freiner quelque chose qui allait si bon train. Ils avaient parlé de récupérer les éclats grâce à un genre d'aimant, alors autant ne pas empêcher l'opération d'avoir lieu.
Les jours avant que Jack ne revienne furent encore plus longs. Elle savait qu'elle n'avait pas véritablement besoin de passer par lui pour voir l'ancien mercenaire, que Kamiko, Nell ou même n'importe quel autre membre du personnel hospitalier aurait pu faire l'affaire pour simplement lui demander s'il était possible qu'ils se voient, cependant, elle aurait le sentiment de prendre Jack en traître si elle ne lui en parlait pas d'abord. Il était celui qui connaissait le mieux Faust et qui saurait le mieux apprécier ses réactions et ses émotions vis à vis d'elle. D'ailleurs, s'il ne lui avait pas reparlé de lui, c'était peut-être parce que les choses avaient évolué et pas dans le bon sens. Elle s'imaginait mille scénarios possibles. Peut-être qu'il avait décrété qu'elle était trop jeune, peut-être que leur discussion avait changé sa vision des choses, ou peut-être encore que dès lors qu'elle ne lui était plus utile, le charme n'opérait plus. Il y avait tellement de possibilités qu'elle en avait presque le vertige. Et s'il avait décidé encore plus simplement qu'il n'avait pas besoin d'une femme dans sa vie, ou qu'elle était trop jeune pour tenir un rôle suffisant dans sa vie ? Peut-être qu'il pensait encore qu'être à ses côtés représentait un danger, et qu'il savait qu'elle s'était pris une balle juste après le procès ? Il était à peu près improbable pour l'empathique qu'il ne soit pas au courant, Jack n'avait pas pu cacher quelque chose d'aussi énorme, c'était passé aux journaux télévisés, dans les revues numériques, certes dans les faits divers, mais ça n'était pas resté inaperçu non plus. Peut-être encore qu'il avait honte de venir la voir après ce qu'il lui était arrivé, qu'il se sentait coupable et qu'il avait besoin de temps pour accepter que ce n'était pas lui, le fautif. Pourtant ce cas de figure lui paraissait complètement loin de la réalité, de ce qu'il pouvait être vraiment. Certes il était capable d'utiliser des arguments bas, stupides, déraisonnés et infondés, mais tout de même pas à ce point-là ! Du moins l'espérait-elle.

Puis Jack revint la voir. Il lui parut relativement neutre, plutôt content de savoir qu'elle allait mieux, mais aussi quelque peu gêné, comme s'il se sentait coupable de quelque chose. Pour ne pas commencer à le cuisiner de suite, elle commença par lui annoncer qu'elle avait eu les résultats des écrits le matin-même et qu'elle était admise et plutôt bien placée parmi les candidats. Un éclat de satisfaction immédiatement suivi par un abîme honteux prit place dans l'aura de son interlocuteur, ou du moins quelque chose qui s'en approchait. Y avait-il vraiment quelque chose ?

« C'est une super nouvelle ! Du coup tu vas pouvoir rester sur Islantis ! »
Transition on ne pouvait plus parfaite. Tu m'aides tellement, si tu savais !
« Oui. Du coup ça sera plus facile pour se voir tous les quatre. »
« Tu parles de ton groupe d'amis ? »
La question paraissait anodine, une porte d'entrée encore plus facile.
« Non, je parlais de vous trois. Faust, Eden et toi. »
Bafouillements et regards qui fuient, bonjour ! Elle avait visiblement touché une corde sensible, fallait-il encore qu'elle puisse exploiter ce filon jusqu'au bout.
« Il y a quelque chose qui ne va pas ? »
« Non, non. Enfin, pas que je sache. Tout devrait aller... bien, enfin, je suppose. »
Elle soupira.
« Jack, pourquoi tu mens ? Tu sais que ça ne sert à rien parce que je suis empathique, je sens ta gêne encore mieux que si tu me collais tes aisselles sous le nez, alors s'il te plaît, peux-tu me dire ce qu'il y a ? »
C'était un peu brutal, mais elle commençait sérieusement à perdre patience, même si cela ne faisait que quelques minutes qu'il était dans la pièce. A croire que la douleur qui lui vrillait les reins à longueur de journées et de nuits lui avait ôté toute envie d'essayer d'être conciliante. Il fallait juste croiser les doigts pour qu'il ne se borne pas à ne rien dire et peut-être qu'elle ne s'emporterait pas, quand bien même elle doutait que ça soit possible vu son état.
« En fait, je... Je ne sais pas vraiment si ça va se passer aussi bien que ça... »
Bingo ! Ce n'était pas vraiment ce qu'elle aurait aimé entendre, mais puisqu'il fallait bien savoir la vérité un jour, autour la savoir de suite.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? Faust ne veut toujours pas me voir, c'est ça ? C'est pour ça qu'il reste dans sa chambre alors qu'il n'y a que trois couloirs et un service qui nous séparent ? »
Il se racla la gorge, paraissant plus gêné encore.
« C'est-à-dire que... Il ne sait pas que tu es ici. »
« Ici, à Islantis, tu veux dire ? »
« Oui. Enfin, non, il ne sait pas que tu es dans l'hôpital. Que tu es hospitalisée toi aussi. »
Un léger silence plana tandis qu'elle avait peur de bien comprendre.
« Tu veux dire que Faust n'est pas au courant du fait que je me sois fait tirer dessus ? »
Première vague de soulagement.
« Non, je ne lui ai rien dit. J'avais peur qu'il ne devienne dingue s'il l'apprenait et qu'il me fasse un coup de paranoïa. Et puis, si vous vouliez vous revoir, il aurait sans doute refusé sous prétexte qu'il était trop dangereux. »
Elle souffla longuement.
« Tu es en train de me dire que tu ne lui as rien dit, strictement rien dit, qu'il ne sait même pas que je suis en ville, mais qu'il aimerait potentiellement me revoir ? Tu sais que ça va se voir, ce que j'ai eu, que ça ne cicatrise jamais complètement. Enfin, si tant est que je puisse le revoir puisque apparemment, ma présence peut le rendre paranoïaque. »
« Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, Kylia. Je pense que c'est peut-être mieux que vous vous voyiez dans un contexte où les choses seront plus calmes. Peut-être que si tu lui expliques ce qu'il s'est passé plus tard, il le prendra différemment. En ce moment, avec la rééducation, il perd vite patience et on ne sait pas comment il pourrait réagir. J'essaie de faire au mieux, tu sais. »
« Oui. Sans nous demander notre avis. Tu lui as demandé s'il voulait me revoir, au moins ? Peut-être qu'à devoir rester bloquée dans ce lit d'hôpital toute la journée, ça m'aurait fait du bien de le voir, de lui parler, de savoir que je ne suis pas là pour rien. »
« Et tu voudrais que je lui dise maintenant ce qu'il s'est passé ? Je ne sais pas si tu es au courant, mais ça ne va pas vraiment arranger les choses, avec lui. »
Elle soupira.
« Eh bien dis-lui que je n'étais pas en état de recevoir quelqu'un avant, que je me sentais trop fatiguée. Ça ne sera pas loin de la vérité, j'ai passé deux semaines à dormir. »
Ce fut son tour de soupirer.
« Je veux bien essayer mais je ne te garantis rien. »
« Je sais que je peux te faire confiance. J'aurais pu passer par une autre personne, mais si tu n'as rien dit à Faust, il vaut mieux que ce soit toi qui rétablisses les choses, je ne voudrais pas que vous vous disputiez à cause de moi. »
« T'en fais pas pour ça... »
Quelque chose en lui montait à nouveau, quelque chose comme de la gêne, comme s'il n'était pas à l'aise avec cette idée. Quand il repartit, il avait l'air plus embêté qu'autre chose, mais elle se dit qu'il devait être en train de chercher un moyen d'expliquer à Faust pourquoi il n'avait eu aucune nouvelle d'elle pendant tout ce temps.

Puis, quelque chose d'étrange se passa, sans qu'elle ne sache trop pourquoi. Jack vint plus souvent, parfois accompagné d'Eden. Il ne restait jamais plus de cinq ou six minutes, toujours en coup de vent, et si dans un premier temps ça lui avait fait plaisir de voir la petite et de pouvoir discuter avec elle, elle comprit qu'il y avait bien quelque chose d'autre pour que Jack se mette à autant venir la voir. D'autant elle qu'elle n'avait eu absolument aucune nouvelle de la part de Faust, qui pourtant n'était pas bien loin. A croire qu'il ne voulait vraiment pas la voir, mais dans ce cas, pourquoi ne pas le lui dire immédiatement et la submerger de visites sans but précis ?
Pendant les longues matinées où elle attendait que les infirmières ne viennent pour vérifier ses analyses et la faire se lever et marcher un peu, elle se prenait parfois à rêver de situations improbables, qui n'arriveraient sans doute jamais au vu des évènements présents. Un dimanche matin où il aurait décidé de ne pas ouvrir pour une raison quelconque. Ils seraient déjà réveillés à cause de l'habitude de se lever tôt, pourtant ils ne bougeraient pas du lit pour autant. Elle se rendormirait un peu, la tête sur son épaule, l'un de ses bras passés derrière elle. Un main sur sa tête, un flanc contre son corps, son odeur rassurante pour l'envelopper... Quelque chose d'anodin, qui se passe à des milliers d'endroits à la fois dans le monde, mais quelque chose qui à ce jour paraissait inaccessible et lui donnait envie de pleurer. Combien de fois, même avec Jase, elle aurait aimé qu'il y ait cet apaisement dans ce même genre de moments, mais il n'y avait rien, comme si finalement Faust était la seule personne qui parvenait à lui faire oublier son empathie. Cela venait sans doute de son propre don d'empathie animale, il devait savoir les effets désagréables qui pouvaient survenir à n'importe quel moment. Et puis il avait tellement fait pour elle. Oui, si elle avait véritablement perdu cette optique, elle se permettrait sans doute de pleurer, or ce n'était jamais qu'un rêve qui n'avait jamais eu de réalisation concrète, ni de près ni de loin. Toute cette histoire et ces images ne seraient jamais rien d'autre que ça, d'ailleurs. Un rêve qu'elle avait eu, mais qui dans le monde tel qu'il était n'aurait jamais sa place, parce que non seulement le principal intéressé ne semblait pas disposé à ne serait-ce qu'en discuter, personne autour d'elle ne semblait disposé non plus à faire quelque chose. Certes, Nell et Kamiko se seraient portés volontaires, ils avaient entièrement raison sur le fait que c'était parfaitement déplacé, et elle-même ne voulait pas que Jack ne soit en mauvaise posture par sa faute. Même si pour le coup, c'était bien de sa faute à lui si rien ne se passait de façon aisée.
Elle put à nouveau se déplacer à peu près normalement et réintégrer des vêtements plus ordinaires, mais cette idée qui aurait pu lui plaire ne fit que remuer le couteau dans la plaie. Jensen était venu lui apporter des affaires plus pour la voir que pour le reste, et comme de juste, il n'eut pas besoin d'un long discours pour comprendre.

« A ta place, j'irai le voir moi-même. Je ne sais absolument pas ce qu'il pense, mais quelque chose me dit que tu ne devrais pas te fier à Jack sur ce coup. Quand on délègue, rien ne se passe jamais comme on veut, tu le sais bien. »
Oui, il avait raison. Plusieurs fois dans les jours qui suivirent, elle tenta de se convaincre d'aller lui parler directement, mais elle n'en trouva pas le courage. Chaque fois, la perspective d'une nouvelle crise posait en effet problème, mais moins parce qu'elle n'avait pas confiance en Faust que parce qu'on n'avait cessé de lui rentrer cet argument dans le crâne. Certes, Faust avait souvent eu des réactions impulsives, violentes, mais il n'était tout de même pas stupide au point de faire ressortir une nouvelle série de spasmes à cause de son empathie. Du moins lui faisait-elle suffisamment confiance pour ça, pour se dire que de toute façon, il ne pourrait rien lui faire de mal, même si c'était pour lui dire que non, il ne voulait plus la voir. Mais physiquement, non, il ne se permettrait jamais d'aggraver son cas. Cependant elle ne voulait toujours pas mettre Jack en porte-à-faux. Peut-être qu'il attendait le bon moment pour lui dire, que Faust n'était pas en phase pour entendre certaines choses et en apprendre d'autres. Elle se résolut à attendre de revoir Jack pour lui en parler, c'était encore le mieux.

Puis il revint avec Eden, et la donne changea complètement. Elle ne pouvait certes pas se permettre de rentrer dans la confrontation avec lui devant la petite, elle se dit que pour une fois, elle utiliserait une méthode basse, mais qu'après tous les coups qu'on lui avait fait ces temps-ci et ce de toutes parts, elle pouvait bien en user d'un. Elle profita du fait que Jack ne connaisse pas le langage des signes pour poser les questions qu'elle voulait à Eden, se doutant que toutes les réponses ne seraient pas faciles à obtenir. Elle devrait pourtant bien persévérer.

Tu vas bien ? … Oui. … ça s'est bien passé à l'école, aujourd'hui ? … Oui, j'ai eu une bonne note, aujourd'hui, du coup je suis contente ! … C'est super ! Ton oncle va être content aussi ! … Oui, mais je sais pas comment lui dire, j'ai oublié de prendre mon devoir. … Jack pourra lui dire, tu as dû lui montrer, non ? … Oui. Mais quand tu seras maîtresse d'école, tu pourras m'aider, hein ? … Oui, bien sûr ! Autant que tu voudras. Mais si ton oncle est d'accord. Il sait que je suis ici, non ?
Grosse hésitation, gros blanc, la question qui fâche. Kylia commençait à sentir venir l'arnaque. Est-ce qu'on lui cachait quelque chose sous prétexte qu'elle était encore hospitalisée ? Elle changea de sujet, intégrant Jack à la conversation en cette fois parlant à voix haute. Apparemment, même s'il n'avait rien compris à l'échange, il avait au moins compris que ça commençait à sentir le roussi pour lui. Mais elle ne lui dirait rien, n'insisterait pas. Ce fut au moment de se dire au revoir qu'Eden se décida à répondre à sa question.
Non, il ne sait pas que tu es là. Personne ne le lui a dit.

Le verdict tomba comme la foudre. Avait-elle seulement bien compris ? Personne n'avait rien dit, même quand elle avait expressément demandé qu'on parle d'elle ? C'était une blague, elle avait mal vu ?
Elle se remémora des dizaines de fois le passage quand elle fut seule, et elle en parvint à la conclusion que non, elle ne s'était pas trompée. Alors il la prenait bien pour une imbécile. Pathétique. C'était pathétique. Elle ne savait pas si c'était elle, lui ou la situation, mais oui, il y avait quelque chose de profondément pitoyable. Est-ce que Jack se croyait suffisamment plus malin que tout le monde pour prendre des décisions à sa place ? Ou est-ce que, par le plus pur des hasards, il aurait décidé qu'elle ne devait pas fréquenter Faust ? Mais dans ce cas, pourquoi lui amener Eden ? Quelque chose monta en elle, quelque chose qu'elle n'avait plus ressenti depuis que Jase lui avait dit un beau matin que c'était fini et qu'il la quittait pour Laly. Une colère sourde, une folle envie de frapper dans un mur, de hurler, de crier à l'injustice, de pleurer. D'un geste furieux, elle se leva d'un bond de son lit et sans faire attention au vertige qui la saisit, elle ouvrit la porte et tenta de s'engager dans le couloir pour finalement se rendre compte qu'elle ne savait absolument pas quelle direction prendre. C'était horrible, ce mélange entre solitude et le sentiment d'être stupide. Elle resta quelques secondes sans trop savoir quoi faire, heureusement sans personne pour la voir, puis finalement elle se dirigea vers le box des infirmières. Ces dernières parurent surprises de la voir, et apparemment elle n'avait pas l'air en super forme pour qu'on lui demande autant de fois en même temps si elle était sûre que tout allait bien.

« Je... Je cherche juste la chambre de Faust MacRay. C'est un ami. Je... Je viens d'apprendre qu'il est au même étage que moi mais je ne sais pas où le trouver. »
Les échanges de regard lui firent comprendre qu'elle devait avoir l'air un peu folle, mais elle se dit que tant pis.
« Oh... Il est actuellement à sa séance de rééducation ou il doit en être revenu depuis peu. Peut-être pourrez-vous attendre demain. Vous voulez qu'on lui dise que vous le cherchez ? »
« Non ! » Sa réponse la surprit elle-même. « Je veux dire, il ne vaut mieux pas. Il ne sait pas du tout pour mon état. Je préfère lui annoncer moi, et puis, je ne veux pas qu'il se fasse du souci pendant la nuit. Demain, c'est une bonne idée. Merci. »

Cette nuit-là, les idées tournèrent et retournèrent dans sa tête. Elle aurait dû insister, on ne lui avait même pas donné son numéro de chambre. Oui, mais s'il ne voulait pas la voir ? Les infirmières ne seraient pas au courant de ce genre de choses, de toute façon, c'était une question stupide. Mais pourquoi Jack n'avait-il toujours rien dit ? Est-ce qu'il attendait que Faust soit sorti pour lui annoncer qu'il avait passé tout ce temps à deux pas de la chambre de la jeune femme ? Si c'était le cas, il était con. Plus con encore qu'il n'avait pu prétendre que Faust le soit quand ils avaient parlé au téléphone à propos de leur conversation à Sérégon. Oui, pour le coup, il était bien plus con encore. Surtout s'il pensait que ça n'allait pas se voir ni se savoir. Et encore, elle n'avait pas été plus maline de ne pas s'être présentée elle-même à Faust en apprenant que l'autre la prenait pour une imbécile. Parce que c'était quand même bien le cas. Ce sentiment d'être impuissante, que les gens la prenaient pour une choses fragile, incapable de prendre de décisions lui rappela alors le souvenir douloureux de l'enterrement de ses parents. Si elle était parfaitement capable de parler d'eux ou de leur mort, le cimetière avait été un épisode particulièrement pénible. Elle se souvenait des femmes qui la plaignaient sans lui demander ce qu'elle ressentait, des gens qui ne cessaient de commenter son avenir comme tragique et le choix de Kamiko comme tout à fait discutable. Elle se souvenait aussi de l'étreinte de Steve, un autre ami de ses parents, qui lui avait dit que tout allait bien se passer, et que si elle voulait parler, elle n'avait qu'à demander à Kamiko son numéro de téléphone ou qu'il l'amène à son cabinet. C'était le psychothérapeute que sa mère avait suivi un temps pour une raison encore obscure, et qui avec le temps était devenu un ami de la famille. Elle ne l'avait jamais appelé, même si elle l'avait revu à diverses occasions et chaque fois il n'avait de cesse de lui répéter qu'elle avait une force de caractère incroyable et qu'il était sûr qu'elle réussirait toujours, quoiqu'elle ait envie de faire dans la vie. Il s'était bien trompé sur quelques petites choses, mais jamais il n'avait cherché à choisir des mots ou des actions pour elle, tout comme Kamiko ne l'avait jamais fait non plus.
Mais les autres, tous les autres, eux, avaient décidé pour elle. C'était tellement confortable, quelque part, surtout à l'époque, elle ne savait pas mettre de mots sur ce qu'elle ressentait. Et puis, elle ne se serait jamais permise de dire que c'était faux, d'expliquer ce qu'elle ressentait vraiment de peur de paraître impolie. C'était comme ça qu'elle s'était dit que parler ne servait à rien, qu'il valait mieux se taire pour ne surtout pas blesser les gens ni les déranger dans leur conception des choses. Mais cette fois, c'était différent. Elle était adulte, elle s'était battue pour que quelque chose arrive, et comme si elle était restée enfant, on se permettait de prendre une décision contraire à celle qu'elle avait énoncée, sans aucun doute sous prétexte que ça serait mieux pour elle. Kamiko lui-même ne s'était pas permis de s'élever contre sa décision, comme il l'avait dit lui-même, il n'était pas spécialement recommandable, pourtant il était bien celui à qui on avait confié une enfant de dix ans. Alors si Faust était capable de s'occuper de sa nièce, c'est qu'il n'avait pas grand chose à se reprocher, dans le fond. Il n'empêchait qu'il lui ferait payer ce qu'il avait à lui faire payer, mais jamais au grand jamais il ne serait permis de choisir à sa place.
Elle se demandait tout de même quelle était la motivation de Jack pour ne rien dire à Faust. Est-ce qu'il s'en fichait, dans le fond ? Peut-être tout simplement qu'il pensait que ça ne le regardait pas mais qu'il n'osait pas le lui dire. Ou bien il la pensait suffisamment bête pour ne pas être capable de se rendre compte qu'il lui mentait ? Elle soupira. Dans tous les cas, elle devrait tirer cette histoire au clair et lui dire ce qu'elle pensait. Il n'avait aucune raison légitime, aucune, à choisir pour deux adultes et se mettre entre eux. A moins qu'il n'y ait quelque chose d'autre qui leur ait échappé ? Elle ne répondit à aucune de ces questions au cours de la nuit, cependant elle ne put s'empêcher d'imaginer mille scénarii différents pendant la nuit, sans pour autant parvenir à en choisir un, puisqu'elle n'était pas en détention de la vérité.

Seul Kamiko, Nell et Jensen étaient revenus lui rendre visite jusqu'à la fin de son séjour. Son parrain lui avait dit avoir croisé Faust dans les couloirs alors qu'il allait quitter l'hôpital mais qu'il avait fait en sorte qu'il ne sache rien pour ne pas créer d'ennuis. Elle ne pouvait vraiment lui reprocher, mais il tint tout de même à se justifier : il ne voulait pas que la faute ne retombe sur Kylia. S'il y en avait un qui devait payer pour son mensonge, c'était Jack. Il lui apprit par la même que les deux amis semblaient en froid pour une raison ou une autre, mais qu'il se doutait que Jack n'avait pas tenu sa promesse voire avait fait en sorte que l'effet inverse à sa demande se produise. Aucune certitude, seulement des suppositions, mais c'était toujours bon de pouvoir en parler avec quelqu'un d'autre.

« Va le voir dès que tu t'en sentiras capable. J'ai choppé son adresse et le code pour entrer, tu n'auras qu'à sonner à la porte. En discutant avec Jack, j'ai pu obtenir les horaires auxquels Faust sera probablement chez lui avec la petite. Au moins tu n'auras pas le conseiller matrimonial au milieu. »
Elle ne savait pas si Jack lui avait fait quelque chose en particulier ou si le simple fait qu'il se soit mêlé de leurs affaires le mette autant en rogne, mais elle ne put réprimer un sourire en recevant les informations de son parrain. Il était bien décidé à rentrer dans la manigance pour régler tout ça, et dire que c'était la première fois qu'il l'aidait dans une relation avec un homme. Même si pour le coup, la pêche aux infos était en effet le seule genre d'aide qu'il pouvait lui apporter sans faire de catastrophe.
Quand on lui annonça qu'elle sortirait deux jours plus tard, qu'elle était parfaitement rétablie et qu'elle n'avait plus aucun médicament à prendre, elle se sentit à la fois soulagée et un peu triste. Elle allait pouvoir visiter la ville plus longuement, profiter de passer plus de temps avec ses amis pendant quelques jours, puis voir ce qu'elle pourrait faire pour arranger cette histoire. Ce qui la rendit triste pendant un instant fut d'imaginer que cette installation, elle la ferait sans Faust, avant de se rappeler non sans humour qu'au vu de son état, même s'il avait clamer être Superman elle n'aurait pas fait appel à lui pour ce genre de choses. Il y a des fois où il faut savoir être charitable. Elle s'imaginait parfaitement l'ancien mercenaire tout de même essayer de faire quelque chose pour dire qu'il n'avait pas été inutile, puis finalement rougir jusqu'aux oreilles à une quelconque taquinerie qu'elle lui aurait faite à propos de garder son énergie pour le soir s'il voulait vraiment lui faire plaisir. Mais ça n'était pas vraiment au programme.
Accrochée au bras de Jensen, elle sortit de l'hôpital. Il n'était pas spécialement gentleman, c'était plus le genre de Charly, mais il avait attrapé son bras elle ne savait pas trop pourquoi, comme il le faisait d'ordinaire avec sa sœur et sa mère. Elle avait oublié à quel point il était tactile, mais tellement gentil et adorable, et puis sa bonne humeur empathiquement communicable n'était pas pour déplaire. Ils allaient passer la porte, discutant avec des piques assurées du repas du soir, quand quelqu'un qu'elle n'avait pas envie de voir entra dans son champ de vision.

« Ah, tu... Tu sors aujourd'hui ? »
Dommage, à cinq minutes près, elle n'avait pas à discuter avec Jack, et elle n'avait pas à gâcher ce moment. Peut-être qu'il venait lui annoncer une bonne nouvelle, autant ne pas être sur la défensive tout de suite.
« Oui, les médecins ont dit que tout allait bien et que je n'aurai aucun problème de reins par la suite. Du coup, on allait rentrer. »
« Je vois. Je vais peut-être vous laisser, je t'appellerai plus tard, dans ce cas. »
Gagné !
« Oh mais si tu avais quelque chose à me dire, tu peux me le dire maintenant. On n'est pas pressés. »
Il sembla gêné, et sans même lui laisser le temps de répondre, elle reprit :
« Tu comptais peut-être me dire que Faust n'est toujours pas au courant que je suis ici ni du fait que nous étions au même étage dans le même hôpital ? Ne te fatigue pas, ça fait un moment que je l'ai compris. D'ailleurs, ça n'est pas pour rien que tu n'es plus venu me voir, j'imagine, sinon tu n'aurais pas hésité à me ramener Eden. A moins que quelque chose d'autre ne se soit passé entre temps ? Une petite dispute avec Faust, par exemple ? »
C'était cruel, mais toujours moins bas que ce qu'il avait osé lui faire.
« Oui, Kamiko m'a dit que vous aviez l'air plutôt en froid, ou du moins pas très heureux de vous retrouver. Et ce n'est pas la peine d'essayer de m'appeler dans les prochains jours, je ne te répondrai pas. Je t'ai demandé de faire quelque chose, et tu n'as rien fait, tu as laissé pourrir la situation. Et tu sais quoi, je n'avais pas envie de t'envoyer ça dans la tronche, mais bon sang, oui ! Oui, pour une fois je vais arrêter d'être gentille parce que ça commence à bien faire. »
Elle se rapprocha de lui, et le fixa dans les yeux sans ciller, plus froide qu'elle n'aurait pensé l'être. Elle avait imaginé cette conversation des dizaines de fois, toujours en hurlant. Le moment venu, elle ne parvenait pas à lever la voix, elle se disait qu'il n'en valait pas la peine.
« J'ai passé plus de deux mois à sortir Faust de là, j'ai à peu près tout subi pendant ce temps. J'ai eu des menaces, des insultes, j'ai failli me mettre dans la panade moi aussi quand j'ai essayé de parlementer avec le procureur et j'ai même failli finir violée dans une cellule de prison où j'ai dû regarder l'homme que j'aimais se faire littéralement éclater par de vrais criminels. J'ai impliqué mon parrain, je me suis pris le bec de façon assez méchante avec mes meilleurs amis suite à un arrêt cardiaque heureusement contrôlé, j'ai passé deux écrits trois jours avant le procès, et j'ai pris une balle dans le rein gauche, est-ce que tu m'as entendu une seule fois me plaindre ? Il ne me semble pas, et il ne me semble pas non plus m'être vantée ni d'avoir crié sur tous les toits que j'ai réussi à faire tout ça. Et ben devine quoi ? Rien que pour la moitié de ce que j'ai fait, tu aurais pu faire un effort, prendre le peu de courage qu'il te restait et tout dire à Faust. Au moins dire que j'étais là, et que je voulais le voir. Au lieu de ça, tu m'as menti. Mais tu t'es pris pour qui ? Tu croyais que parce que je t'avais confié des choses, tu avais des droits sur moi ? »
Elle passa sa langue sur ses lèvres, encore plus amère.
« Je vais te dire une chose, dans ma vie il y a eu un paquet de monde pour prendre des décisions à ma place. Mais ce n'étaient pas des décisions très importantes, c'était même rien. Mais on décidait à ma place et je suis restée passive parce qu'à cette époque, j'étais une enfant. Mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Alors quoique tu aies pu penser, je préfère être claire : ça n'en restera pas là. J'irai voir Faust et je te déconseille fortement de t'en mêler cette fois sinon là je vais devenir vraiment méchante. J'ai assez déprimé à cause de tes conneries. »
Elle commença à s'éloigner avant de finalement se retourner.
« Ah oui, j'allais oublier. Bonne soirée. »

Vider son sac auprès de Jack l'avait soulagée un moment, et si par moments la culpabilité la rongeait un peu, elle ne parvenait pas à se dire qu'il ait pu faire tout ça et quand elle se rappelait ce qu'elle avait ressenti, elle lui en voulait à nouveau. Un cercle vicieux des plus désagréables, mais qui l'aidait cependant à mettre au clair ses idées quant à la visite qu'elle comptait rendre à Faust.
Kylia avait longuement réfléchi, et mieux valait attendre que certaines choses soient un peu réajustées. Par exemple, ne plus se déplacer avec difficultés quand il s'agissait de s'asseoir, de se lever ou de ramasser un objet. Pouvoir soulever quelque chose, aussi, accessoirement. Ne plus avoir besoin de boire littéralement quatre litres d'eau par jour pour ne pas avoir mal aux reins la nuit, et que le pansement ne soit plus là que pour parfaire une cicatrisation déjà terminée mais pas encore très belle à voir. C'était stupide, mais ça lui paraissait essentiel. Si elle devait lui expliquer ce qu'il s'était passé, autant qu'elle n'ait pas l'air pitoyable ou d'être encore mal, elle ne voulait pas le faire culpabiliser. Cela prit encore plus de deux semaines, autant dire trois semaines après la sortie de l'ancien mercenaire de l'hôpital. Il devait l'avoir mauvaise ou au contraire être soulagé de savoir qu'elle n'était pas dans les parages, elle verrait bien.
Elle avait longuement pensé chaque détail, mais sans appeler Jack, c'était difficile. Il n'avait pas cherché à la contacter, il fallait dire que se faire remonter les bretelles par une fille de vingt-cinq ans n'avait pas dû lui faire plaisir. Ou peut-être bien qu'il s'en fichait, en fin de compte. Elle passa pas mal de temps à choisir le jour et le vendredi soir lui parut une bonne option. C'était la fin de semaine, le bar serait plutôt fréquenté et il n'y aurait pas de risque de le voir avec Eden et Faust. Et puis il y avait autre chose : c'était son anniversaire. Certes, elle aurait pu décider de le passer avec Nell et Jensen mais eux-mêmes avaient trouvé que cette conversation serait sans doute le plus grand luxe qu'elle pourrait se payer pour fêter ses vingt-cinq ans en toute dignité, surtout si les choses se passaient bien. Dans le cas contraire, elle pourrait toujours rentrer et fêter ça dignement tout de même. Le choix de la tenue fut tout à fait singulier, mais des plus drôles. Elle avait toujours eu l'habitude des conseils de Nell, et même de Kamiko, cependant avec de Nell et Jensen en même temps, c'était presque comique. Quand Nell trouvait que c'était bien parce qu'un peu sexy et donc aurait plus de chances de plaire à Faust, Jensen trouvait que ce n'était pas le propos et qu'avec le mal de reins, mieux valait éviter certaines choses. Après quelques fous rires et des échanges d'arguments invalides, ils finirent par tomber d'accord et ce fut avec un gâteau maison préparé par Nell et elle-même qu'elle prit la direction de l'appartement au-dessus du bar.
Il était vingt et une heure trente, comme prévu, le bar était plein. Elle ne vit pas Faust derrière le comptoir, et Jack était trop occupé pour la voir s'approcher de la porte d'entrée de l'immeuble. Prenant le petit papier dans son sac à main sur lequel Kamiko lui avait noté toutes les informations, elle tapa le digicode et put s'introduire sans se faire repérer, la boîte dans une main, rangeant le papier dans son sac de l'autre. D'un pas qu'elle trouvait trop lent mais qu'elle se forçait de ne pas trop précipiter, elle monta les escaliers. Tout ce temps à se demander ce qui allait se passer et la voilà presque devant le fait accompli. Est-ce qu'il allait ouvrir ? Est-ce qu'il allait lui refermer la porte au nez ? Lui demander ce qu'elle faisait là ? La laisser entrer ? La laisser parler ? Est-ce qu'il serait seul ? Accompagné ? Est-ce qu'Eden serait encore debout ? Est-ce qu'elle mourrait d'envie de l'embrasser et de se jeter dans ses bras ou est-ce qu'elle ne ressentirait plus rien pour lui ? Est-ce qu'il ferait lui un premier pas vers elle ou est-ce qu'elle devrait lui faire comprendre les choses ? Est-ce qu'il s'énerverait en apprenant ce qu'il s'était passé ? A moins que Jack ne lui ait déjà tout dit ?...
Elle fut devant la porte le temps de passer tout en revue. Elle était là, prête à sonner, un peu hésitante, se sentant presque ridicule dans sa robe noire qu'elle trouvait du coup un peu trop courte, un peu trop ample pour l'occasion. Elle aurait pu mettre d'autres chaussures pour être plus élégante, même si Jensen lui avait assuré qu'elle allait le faire tomber. Cheveux lâchés, pas maquillée... Oh et puis zut, maintenant qu'elle y était !
Elle appuya sur la sonnette et attendit, essayant de ne pas répondre à la furieuse envie de fuir dans les escaliers. Elle devait rester là, elle ne devait pas lâcher l'affaire.
Le temps lui sembla durer une éternité, ne jamais s'arrêter. Elle entendit des pas derrière la porte. Un instant elle eut peur que Jack n'ouvre avant de se souvenir qu'il était en bas, au bar. Elle se demanda comment elle allait réagir, ce qu'elle devrait dire, comment elle devrait le dire...
Quand la porte s'ouvrit, son sourire n'aurait pu être plus naturel.

« Ouah, ça fait plaisir de te voir en forme, comme ça ! »
Elle se reprit quelque peu, un peu gênée par ses paroles, son apparence. Est-ce que sa visite ne serait pas un peu déplacée, finalement ? Et le voir aussi beau et autant en forme ne lui donnait pas grande confiance sur l'issue de la conversation, surtout si le mensonge de Jack n'avait toujours pas été révélé.
« Bonsoir. J'espère que je ne dérange pas. »
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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Sam 3 Oct - 16:29

Le bar. C’était un soulagement de retrouver le calme de l’établissement, et de retourner dans un cycle quotidien qu’il avait perdu après toutes les horreurs qui lui étaient arrivées… Qui aurait pu croire que quelques mois auparavant il avait tenu un lance-flamme dans une course effrénée dans le désert… ? Et depuis encore bien moins longtemps il avait été en prison, en attente de son jugement… ?
Il secoua la tête et servit un client, un faible sourire aux lèvres. Il valait mieux se concentrer sur le présent maintenant. Avec un peu d’effort il sourit plus agréablement, retrouvant petit à petit la sensation d’honnêteté se transmettre dans ce sourire. Les premiers temps avaient été spécialement difficiles, vu les souvenirs qui le hantaient, la mémoire d’un passé proche qui paraissait pourtant impossible à présent… Il n’y avait que peu de signes qui lui rappelaient que ce qu’il avait vécu était bien réel : le commentaire de quelques clients qui se virent ravis de le retrouver, ou l’apparente maigreur sans doute plus accentuée du barman, les cicatrices, séquelles de tous ces problèmes…  Et bien sûr le fait qu’il marchait avec une canne encore, se remettant lentement suite à sa rééducation. Mais outre cela, il y avait des moments où il n’avait pas l’impression qu’il avait fait de telles choses, et il se prenait à chercher des souvenirs spécifiques ; il y en avait plusieurs auxquels il revenait souvent, et tous contenaient la jeune femme qui l’avait sauvé d’un avenir en prison. Une fois certain que tout était réel, il essayait rapidement de mettre l’image de la jeune brune hors de sa tête, car elle lui amenait tant de peine qu’il préférait ne pas avoir à penser à elle trop longtemps, et au lieu de ça, se concentrait sur son travail.

Bon sang c’était plaisant de rendre à nouveau service, d’être utile, quelque part, à ces gens ! Quelques anciens et Jack avaient, peu après son retour, préparé une fête en quelques sortes, pour fêter la reprise du travail, et par la même occasion vidèrent une bonne partie du stock d’alcool fort. Cependant pour l’occasion, bien qu’on lui proposa de boire, il refusa catégoriquement, sans méchanceté, mais avec le message clair qu’il n’avait pas l’intention de consommer ; cette soirée lui était peut-être réservée, mais il ne se faisait pas confiance, n’étant pas sûr de se tenir correctement, ne sachant pas non plus ce que l’alcool pourrait faire remonter… Donc pour s’occuper il s’était chargé du service, et se vit plutôt content de la soirée.
A la suite de cela le rythme reprit petit à petit ; il laissait le bar à Jack les soirs et profitait du temps qu’il avait pour se remettre petit à petit, et s’occuper de sa nièce. Jack prenait la relève avec une austérité sincère ; il n’était pas forcément heureux de devoir encore tenir le bar, mais montrait que, avant même son propre bonheur, il mettait la santé de son ami. Etant tout de même endetté à l’homme aux cheveux châtains, ils se virent reprendre la parole en la présence l’un de l’autre, pour finalement discuter comme des collègues… Mais jamais sans une légère distance entre eux, jamais avec la facilité de deux bons vieux amis.

Quelque part le rythme fut facile à retrouver pour l’ancien mercenaire : servir à boire, rendre la monnaie, parler avec les clients qui faisaient la conversation, nettoyer les verres en l’absence de dits clients… Vu qu’il travaillait le matin à partir de huit heure, il retrouva sa clientèle matinale qui venait prendre le café et lire le journal avant de partir travailler. Aussi ceux travaillant dans le quartier semblaient venir pour leurs pauses quand leurs établissements n’étaient pas trop loin. Au début il fut content de retrouver ces gens, mais vit quand même qu’une nouvelle clientèle était venue se greffer petit à petit. Décidément. Ce n’était pas spécialement désagréable, mais cela lui demandait quand même beaucoup d’effort, étant donné son manque de contact humain depuis les derniers mois.

« Il faut croire que ton retour nous ait fait de la pub. Dit Jack un soir alors qu’il vint prendre la relève.
-Pourquoi cela ?
-Va savoir… Peut-être une curiosité morbide pour ce qui est de ta réapparition. Tu connais les gens : ils raffolent du moindre ragot, et ton absence a surprit beaucoup d’habitués.
-Tu penses qu’ils savent d’où je reviens ?
-Non, j’en doute fort, sinon il n’y aurait pas autant de gens. »


Même si cela était désagréable à entendre, il savait que son ami avait raison : fréquenter un bar tenu par quelqu’un comme lui… Surtout après le procès, c’était tout de même plus que de la curiosité. Alors il préféra faire comme si rien n’avait changé, bien qu’il évita les questions de quelques clients avec la facilité d’une anguille. Ceux qui étaient encore curieux se turent après un temps, et le rythme reprit de plus belle. Cela ne l’empêcha pas de sursauter régulièrement lorsqu’un verre se cassait ou quand la porte fut claquée trop bruyamment, sans parler de ses repas qui se passaient dans un silence solitaire, où il refusait la présence de qui que ce soit afin de profiter de la tranquillité qu’apportait ce moment.
Avec Jack qui prenait le relai vers 17h, c’était plus facile de partir sans avoir à discuter avec son ami. Autant il appréciait ses efforts, souvent, le soir, il ne supportait pas de l’entendre monter sur ses grands chevaux et lui donner des conseils sur comment nettoyer son bar pour préparer l’affluence de clients nocturnes. Avec ceci son ami s’occupait, finalement, des heures les plus difficiles, où beaucoup de jeunes faisaient leur apparition pour boire à foison. Faust, même avec toute la volonté du monde, n’aurait pas eu la force ou le courage de tenir le bar dans ces heures-là ; voir ces gens ivres, hurlant et riant fort, faisant souvent des dégâts à l’intérieur même de l’établissement… Sa patience était encore bien trop limitée, et lorsqu’il s’acharnait à rester un peu plus tard, il lui était arrivé plusieurs fois perdre son sang froid face à des clients difficiles… Il n’en n’avait frappé qu’un seul en travers de la mâchoire, et poussé un par la porte. Certes il n’était plus en forme, et le coup porté s’était trouvé faible, mais le client s’en était allé rapidement, seulement choqué que le barman à l’allure faible lève la main sur lui. La réprimande de Jack pour cela n’avait pas été facile à supporter, donc cela fut l’une des raisons de l’heure fixée de ses horaires ; d’autre part ce n’était pas chose facile de tenir le bar à deux, pour une simple raison : ils se marchaient dessus. Et puis comment tenir correctement un bar quand on sent que son collègue a des critiques derrière la tête, ou que chaque conversation se finit avec un silence lourd ? Ils avaient beau essayer, il était inutile d’insister. Donc il y avait ça, et la présence de la petite Eden, qui se retrouvait avec Bill chez eux le temps que Faust finisse son travail. Jack avait beaucoup insisté sur le point que rester avec la petite une fois rentrée de l’école était quelque chose de très bénéfique, étant donné la peur qu’elle avait eu durant tous ces mois d’absence… Bien sûr le barman ne pouvait pas nier cela.

Et bien sûr Faust avait aussi retrouvé le Dvi Galseau… Pas sans une légère amertume : penser les noms même de l’oiseau à deux têtes était douloureux parfois… Il leur avait donné ces noms dans une période un peu difficile de sa jeunesse, après la disparition de ses frères, et maintenant qu’il en avait retrouvé au moins un pour sûr, c’était triste de voir ce qu’il était devenu. Tyrion aussi avait donné des nouvelles, au travers de messages un peu cryptiques du vieux médecin et rêves, mais il était persuadé qu’il était quelque part, non loin sans doute… Alors pourquoi ne se montrait-il pas ? Impossible d’avoir les réponses à ces questions alors il fit comme si de rien n’était, jouant avec l’animal quand il avait du temps tranquille. Sinon toutes ses soirées étaient dédiées à Eden, à l’aider à faire ses devoirs, et apprendre des bases du langage des signes. Cela n’avait pas été facile à lui dire, vu qu’il avait peur qu’elle réagisse mal… Si elle avait eu si peur de lui dire avant, peut-être que c’était quelque chose qu’elle voulait garder pour elle…
Mais autant dire qu’il avait eu tort de s’inquiéter, et elle lui sauta dans les bras quand il entra avec un manuel permettant l’apprentissage. Les soirs où Faust était bien trop fatigué ; que ce soit dû à ses jambes ou autre, Bill restait un peu plus longtemps pour divertir la gamine. Il le faisait avec plaisir, mais Faust voyait que l’âge le courbait, et que lui-même avait des problèmes de santé qu’il refusait d’énoncer. Alors malgré la fatigue Faust faisait de son possible pour libérer Bill, et divertit Eden lui-même avec son apprentissage de la langue des signes, galérant avec les gestes les plus simples. Ce n’était pas évident pour lui, à son âge, d’associer facilement un geste et un mot. Cela aurait pu être plus simple pour lui s’il parlait à voix haute, mais il refusait catégoriquement de parler tant qu’il n’avait pas apprit à dire des choses simples. Eden eu l’occasion de beaucoup rire, quand ses gestes partaient de travers et donnaient une toute autre signification dans la phrase. C’était si simple de passer du temps sans parler, c’était agréable de voir Eden s’amuser, de la voir parler à sa façon même s’il ne comprenait pas la moitié de ce qu’elle disait, et qu’il devait constamment se rapporter au manuel pour enfin avoir la signification des gestes. Il n’était pas un bon élève, mais prenait un plaisir fou à se ridiculiser de lui-même devant la petite, qui finissait sur ses genoux lorsqu’il abandonnait.
« Décidément, tu es vraiment trop forte pour moi, Eden ! J’arriverai jamais à signer aussi bien que toi ! »
Elle se redressa un peu, une main sur chaque épaule de son oncle et le fixa dans les yeux, regard ferme. Puis elle secoua la tête, comme un parent qui dit à son enfant qu’avec un peu de détermination il y arriverait. Il sourit et elle tomba dans ses bras. Il la tint contre lui, tenant l’arrière de sa tête. Elle grandissait à une telle vitesse… Elle qui avait toujours été petite pour son âge, il avait l’impression qu’au fur et à mesure de ces leçons elle prenait de l’assurance, de la maturité. C’était gratifiant, rassurant. Elle ne rentrait plus avec l’air fatiguée, au contraire ! Elle lui racontait sa journée, et bien qu’il ne comprenait que quelques bribes, il était content qu’ils arrivent à communiquer. Et encore, il y avait beaucoup de travail à faire.

Un soir, plusieurs semaines après son retour, Eden vint le voir au bar et un client régulier la salua en langue des signes. Elle répondit un peu nerveusement, mais Faust sourit.
« Ne t’inquiète pas, c’est mon prof pendant la journée ! Il m’apprend quelques petits trucs…
-Oh, je suis pas vraiment prof ; j’ai juste eu une copine sourde et muette une fois ! »

Eden se mise à signer, et Faust fronça les sourcils. C’était un peu rapide, et franchement il n’avait pas tout a fait réussi à associer les mots... Un peu hésitant, il essaya de se repérer mentalement, voir quel geste allait avec quel mot… Damned il était vraiment mauvais à ça.
« Je crois… Dit l’homme, voyant Faust froncer les sourcils avec concentration. Je crois qu’elle dit : - Tu pourrais toujours demander à… J’ai pas compris la fin mais… »
Eden avait gribouillé quelque chose sur une petite feuille le temps que l’homme déchiffre. Elle avait écrit en gros : Kylia. Un frisson parcouru l’échine du barman, et il secoua la tête, essayant de ne pas paraitre nerveux. Il frotta son front dans l’espoir de cacher la sueur qui venait de s’y loger.
Penser à elle n’était nécessaire que pour se savoir dans la réalité ; en dehors de cela il ne voulait pas de son visage dans sa mémoire, ne voulait pas revoir ses yeux améthystes luisant avec une complicité qui lui avait complètement échappé… Et plus le temps passait et moins il avait besoin de se remémorer les situations qui l’avaient mené ici. Cependant les souvenirs faisaient parfois eux-mêmes surface, et il se trouva criblé de douleurs intérieures, qu’il n’arrivait pas à camoufler à l’extérieur... Or souvent ces souvenirs revenaient lorsqu’il était seul dans sa chambre, incapable de trouver le sommeil… Pas lorsqu’il était en plein travail, où ils menaçaient de le faire s’effondrer à tout moment.
Il ignora le haut-le-cœur qui le poignait, menaçant de se présenter physiquement aux yeux de tous, alors il maintint un sourire figé sur son visage et se pencha sur le comptoir pour  se stabiliser et être plus près d’Eden, qui s’était elle-même figée, avec un regard presque apeuré.
« Ne raconte pas de bêtises ! Va donc faire tes devoirs, Jack ne devrait pas tarder à arriver, je viendrai t’aider, d’accord ? »
Elle hocha la tête et courut – un peu vite peut-être, et sans le bond sautillant qu’elle avait normalement. Une fois partie, il soupira et se remit au travail. Ce fut la seule fois où le nom de Kylia fit surface physiquement, et c’était déjà trop. Eden perdit de son enthousiasme, et demeura un peu recluse. Faust lui demanda pourquoi, ce qui n’allait pas… Elle ne lui répondit rien. Un des rares moments où Jack vint lui parler en tête à tête dans l’appartement, il donna une théorie qui parut bien rationnelle.
« Il y a des chances qu’elle s’en veule d’avoir mentionné… »
Il se coupa et reprit, tendu.
« De l’avoir mentionnée… Tu as bien pu réagir d’une façon qui lui a fait peur, qui l’a intimidée… Eden est très sensible à ce genre de choses, et que tu le crois ou non, elle fait très attention quand tu es présent. »
Le barman frotta ses yeux, assit sur le canapé. Ils avaient prit la matinée pour se reposer un peu ; de toute façon il n’y avait jamais trop de gens le dimanche. Mais avant tout Faust avait envie de savoir… De demander pourquoi… Pourquoi la jeune femme qui hantait ses souvenirs ne voulait pas le voir. Ne serait-ce prendre un peu de ses nouvelles ? Maintenant qu’il avait pensé à elle c’était finit pour la journée, et il sentait les crocs du remord le ronger.

Il se leva sans rien ajouter et partit se mettre au lit, sans avoir l’intention de dormir. De toute façon, comment trouver le sommeil quand il avait si mal ? Alors il demeura, allongé sur le dos, avant-bras couvrant ses yeux. Quand il avait les yeux fermés il revoyait son visage, et revisitait involontairement tous les souvenirs la concernant. Il n’avait qu’une envie, c’était d’arracher ces souvenirs, les écraser comme une feuille de papier et les jeter dans la poubelle la plus proche. Mais il n’y avait rien qui pouvait faire que cela soit possible… La mémoire, ça ne fonctionnait pas comme ça. Comment Jack avait-il fait ? Comment avait-il fait lorsque Lou avait été envoyée à l’hôpital psychiatrique ? Comment avait-il su gérer après tous les événements ?
Il serra la mâchoire et se tourna sur le côté, plissant les yeux, dents grinçantes. Pourquoi elle était là ? Il se tourna de l’autre côté. Elle était encore là. Pourquoi ? Il se mit sur le ventre et enfonça la tête dans l’oreiller. Ce n’est que lorsqu’il n’arriva plus à respirer correctement qu’il dressa la tête, et gémit d’agonie alors que les larmes coulèrent toutes seules. Il s’agrippa à l’oreiller, le maintenant contre son visage pour qu’aucun son n’échappe et puisse être entendu.
Lorsque les larmes ne furent qu’un hoquet, il s’assit sur le lit et la vit, debout à la porte, un faible sourire aux lèvres. Elle le regardait avec pitié. Ce n’était pas elle ; elle ne le regarderait jamais comme ça, pas dans une telle souffrance. Elle serait plutôt du genre à s’assoir au bord du lit et demander ce qu’il n’allait pas, et si il avait envie d’en parler. Kylia était ce genre de personne. Physiquement elle avait l’allure fragile, mais elle était tellement plus forte que ce que sont apparence suggérait. Après tout il en avait eu la preuve maintes et maintes fois ; elle l’avait suivit, contre son gré au départ, et l’avait sauvé dans le désert, puis sortit de prison, et avait décidément tout fait pour qu’il sorte du fauteuil roulant. Elle aurait pu lâcher l’affaire quand elle avait entendu qu’il avait été attrapé par les autorités… Mais non, elle avait tout fait pour qu’il retrouve Eden et sa liberté. Il la voyait si bien, se battant pour lui, pour eux… Elle lui avait annoncé ses sentiments, et lui les avait rejetés. Pourquoi ? Pourquoi pensait-il que leur relation présentait un danger ? Certes elle lui avait menti, et la réaction avait déchaîné une catastrophe sur la jeune femme… Mais n’avait-il pas apprit depuis ? N’était-il pas à nouveau sur pattes ? Maintenant qu’il avait retrouvé une vie ordinaire, pourquoi n’aurait-elle eu pas sa place à ses côtés ? Elle aurait pu l’aider à apprendre la langue des signes, comme Eden l’avait suggéré, et permis une compréhension plus facile de la petite… Pourquoi avait-il eu si peur ? Certes sa vie n’était pas sans séquelles, et Jack lui rappelait suffisamment qu’il avait frappé un client ; chose qu’il n’aurait jamais fait auparavant… Mais il sentait le vide qu’amenait son souvenir, la place en son cœur qui était creux, manquant une pièce qui lui était vitale… Peut-être qu’elle aurait pu l’aider, si l’espace avait été comblé ?
Il était trop tard pour regretter ; ce qui avait été dit ne pouvait pas être oublié, et à présent il était clair qu’elle ne voulait plus jamais le revoir.
Il s’assit au bord du lit et respira profondément avant de regarder l’heure ; cela faisait bien une heure et demie qu’il était là à s’apitoyer… Il y avait mieux à faire, comme s’occuper d’Eden, la rassurer, ne pas l’inquiéter.

Après ça le temps sembla passer plus lentement encore, et l’image de Kylia le hantait de plus en plus souvent. Il dû même aller voir le médecin pour parler de ses troubles du sommeil ; ces derniers temps il était spécialement dur de se reposer. Le docteur lui prescrit des somnifères, qu’il prit sans grande conviction. Au moins ils lui permettaient de dormir trois ou quatre heures par nuit, ce qui était déjà bien plus que la normale. Cela ne faisait pas quatre semaines qu’il était rentré que Jack se mit à prendre de plus en plus souvent la relève, de plus en plus tôt à chaque fois ; Faust le rassura en disant que c’était provisoire, qu’il lui fallait un temps d’adaptation après tout ce qu’il avait vécu les mois précédents. Son ami n’était pas contre le fait qu’il prenne un peu de temps tranquille, tant que cela ne durait pas trop. Il se força quand même à aller au bar plusieurs heures par jour, relayer Jack quand il avait besoin d’une pause. Cela fonctionnait bien, et au moins ils n’étaient pas dans les pattes l’un de l’autre. Mais le sommeil ne fut pas plus facile à trouver.
Peut-être était-ce parce qu’il était inquiet quelque part ? Qu’il avait besoin d’avoir la certitude de quelque chose ? Il était nerveux rien qu’en y pensant, alors ce devait être ça… Si un retour à la normalité lui nécessitait de souffrir un peu, il serait prêt à le faire. Il attendit le bon moment pour finalement parler à Jack, une fois son courage bien prit entre deux mains tremblantes.
« Dis-moi, tu n’aurais pas de nouvelles de Kylia par hasard ? »
Jack leva la tête de la boisson qu’il servait et fit même renverser la bière qui coula sur sa main. Il ne réagit pas pendant quelques secondes puis se ressaisit et s’excusa auprès du client avant de remplir à nouveau le verre, avec un calme et neutralité presque effrayante.
« Qu’est-ce qui te fait dire que j’en aurais ? Dit-il lorsque le client était partit s’assoir plus loin.
-Rien de spécifique, mais je sais que tu auras certainement plus de facilité à savoir – tu as rencontré… Ah comment s’appellent-ils… Ceux qui se sont occupés d’Eden pendant le procès. Ils sont bien amis avec elle, ils doivent bien savoir eux…
-Faust je comprends rien à ce qui t’arrive, mais je vais te dire honnêtement : si elle n’a pas donné signe de vie c’est certainement pour une bonne raison ! Et à ta place j’éviterai le sujet, vu ce que ça te fait à chaque fois…
-A chaque fois ? »

Jack respira un grand coup, choisissant avec attention ses mots visiblement.
« Le peu de fois où elle est mentionnée dans une conversation, tu deviens de marbre, Faust. Subitement tu arrêtes, tu ne réagis plus pendant un moment puis tu changes. Tu as l’air mort, puis le moindre mot t’envoie dans une rage noire… Alors qu’est-ce qui t’arriverait si tu découvrais la vérité… »
A cela le regard de Faust devint noir et froid, mais il serra les poings pour s’empêcher de réagir d’une quelconque façon. Il respira un peu sèchement et demanda sombrement : « Quelle vérité ? »
Jack sembla jauger un peu sa réaction, puis soupira.
« Je voulais pas que tu aies à l’apprendre comme ça… J’aurais même voulu que tu ne l’apprennes pas du tout. Honnêtement j’espérais que tu te remettrais. Mais bon. »
Cette fois-ci son soupir fut long, un peu comme un abandon.
« Elle s’est trouvé quelqu’un, Faust. »
Le temps s’arrêta immédiatement, et il ne pu qu’entendre les mots de son ami.
« Je l’ai vue… Avec un jeune homme. Ils avaient l’air très proches et…
-Ils étaient peut-être juste amis ?
-Je pensais pareil sur le coup. Mais après ce qu’il s’est passé avec toi… Pour en avoir le cœur net, je l’ai appelé pour prendre des nouvelles, et peut-être en savoir plus. Elle m’a confié que… Après ce que tu lui avais fait subir, par tes actions, par le rejet qu’elle a reçu… Elle avait besoin de quelqu’un pour l’écouter, pour la soutenir. Tu connais les femmes, Faust, elles aiment pas vivre seules et… Visiblement elle a trouvé quelqu’un pour faire ça. Voilà… »

Il dressa des yeux clairs vers son ami, mais ne vit rien affiché sur le visage du barman. Il était figé, yeux ouverts dans le vide. Il détourna le regard, grattant l’emplacement sous sa montre avant de lever la main, un peu faiblement, pour la poser sur l’épaule de Faust. Il tapota une ou deux fois avant de se lever.
« Je vais faire un café. »

Quand il revint le barman n’avait pas bougé d’un poils de barbe. Soupirant, Jack posa une tasse fumante devant lui avec une lueur de peine dans ses yeux.
« Il faut regarder de l’avant maintenant, Faust. Il faut que tu prennes soin d’Eden, que tu reprennes le rythme. Ca prendra du temps, mais moins que si j’avais mis six mois à te le dire… »
Il s’assit lui aussi et regarda le fond invisible de sa tasse.
« La vérité fait mal, mais tu sais aussi bien que moi que c’est une plaie ouverte qu’il faut panser, et qui guérira plus vite que si on l’avait laissé pourrir. »
A cela Faust hocha brièvement la tête et bu une gorgée de café. A nouveau Jack posa sa main sur son épaule, et le força à le regarder avec des yeux fermes.
« Prends quelques jours. Repose-toi, recentre-toi, et quand tu iras mieux tu pourras revenir au bar, okay ? »
A nouveau il hocha la tête en silence, avant de finir cul sec son café, puis se leva, remerciant son ami d’une voix cassée puis ferma la porte de sa chambre. Une fois seul, il regarda autour de lui, perdu. Cette fois-ci, au lieu de voir Kylia seule, le regarder affectueusement, elle regardait une autre apparition, sans visage. Alors elle s’était trouvé quelqu’un. Tant mieux. Elle méritait d’être heureuse après tout ça.
Il chuta sur son lit, regardant la fenêtre dont la lumière inondait la chambre dans une lueur tiède. Il ferma les yeux, crispé, s’agrippant aux draps. Mais cette fois-ci aucune larme ne vint flouter ses yeux, et après un moment il se détendit, et se laissa aller aux bras de Morphée.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, le jour était bien haut… Peut-être n’avait-il pas tant dormi que ça… ? Puis il vit avec surprise l’heure. Ce n’était pas possible, c’était l’heure à laquelle Jack était venu lui parler, hier alors ? Il avait dormi pendant si longtemps ?!
Il se redressa, ébouriffé comme un vieux chien, éveillé soudainement, avant d’être pris d’un léger vertige, le forçant à ne plus bouger quelques instants. Il attendit de ne plus voir de paillettes devant ses yeux avant de mettre les pieds au sol sur le bord du lit. Il regarda autour de lui. Soudainement il avait l’impression de voir plus clair, d’avoir dissipé un brouillard persistant dont il n’avait pas réalisé la formation. Il prit un moment pour apprécier la sensation de clarté, puis se leva, tout en douceur. Pour le première fois depuis son arrivée, il se sentait plus léger, plus serein. Alors c’était tout ce qui lui fallait ? Apprendre que Kylia se trouvait à présent dans les bras d’un autre ? Peut-être était-une un soulagement ?
Il secoua la tête avec un vague sourire. Non, il n’en n’était pas soulagé ; sa réaction avait plutôt prouvé qu’il en était attristé, mais au moins, à présent, il allait pouvoir se recentrer un peu, et avec cette nouvelle certitude, que dorénavant il n’aurait pas de nouvelles de la jeune femme, ni n’aurait besoin d’en chercher. Elle vivrait sa vie, il vivrait la sienne.
La réalisation le peina, bien sûr, mais au moins c’était clair pour lui, et de toute façon il n’avait plus de larmes à verser. Cela le laissa un peu creux, vide, mais néanmoins satisfait que les choses ne pouvaient que s’améliorer à partir de maintenant.

La journée se passa calmement, et vu qu’il avait dormi la majorité du temps, il s’activa à faire un peu le ménage. C’était fou comment il avait laissé traîner les choses dans sa mélancolie… La vaisselle était à peine faite, les vitres étaient crades, sans parler des surfaces couvertes de poussière… Il se retroussa les manches et alla chercher tous le nécessaire. Si quelqu’un était entré par hasard, il aurait vu un homme titubant un peu en passant la serpillère, portant un vieux débardeur blanc, des jeans troués et un bonnet sur la tête pour absorber la transpiration de son front. Sans compter les gants en latex rose qui ornaient ses mains.
Il enchaîna les tâches, et se vit rapidement avoir passé le restant de la journée à ranger et nettoyer l’appartement. Eden revint après l’école, et le trouva en train d’aller ça et là, dansant presque avec la serpillère dans un ballet silencieux. Elle le contempla en silence, et lorsque Faust leva la tête, il la vit sourire. Il tira la langue de façon enfantine lorsqu’il se rendit compte de son regard un peu malicieux et moqueur. Il la salua en langue des signes, tenant la serpillère contre son épaule. Elle lui rendit et trottina jusqu’à sa chambre. Le barman n’avait pas osé y toucher en son absence, alors profita pour la suivre. Comme toujours, la chambre était impeccable. Comment une gamine aussi ordonnée avait-elle supporté le bazar qu’avait été l’appartement ? Elle se tourna vers lui, voyant qu’il l’avait suivit. Un peu étourdi, il demanda, à nouveau en langue des signes, s’il pouvait nettoyer les vitres. Elle fronça les sourcils, cherchant à comprendre les gestes mal exprimé, puis, finissant par comprendre, accepta gaiement, disant, il lui sembla, qu’elle ferait ses devoirs en attendant.
La petite s’installa donc sur son lit le temps qu’il aille chercher les produits pour nettoyer. Tous deux travaillèrent en silence, chacun de leur côté. Lorsqu’il eu fini les fenêtres, il passa le balais. En passant devant une étagère, il vit une photo, qui, sur le coup, le surprit. C’était une photo qu’il n’avait jamais vu, se tourna vers Eden avec un air interrogateur, cadre en main.
« Qui est-ce ? Demanda-t-il, un peu confus. »
A cela la petite tête blanche de la gamine se dressa, et elle sourit, puis signa calmement. Faust regarda fermement, cherchant à comprendre. Garde… Ami… ?
« Les gens qui t’ont gardé pendant que Jack était absent avec moi ? »
Elle hocha la tête. Il regarda à nouveau la photo. Eden était entre deux visages qui ne lui étaient pas familiers, tous souriant, Eden luisant entre eux. Il reposa sur le cadre et se remit au ménage, ruminant un peu ; un de ces quatre il voyagerait un peu avec Eden, pendant des vacances, et faire des photos à ajouter à l’étagère. Jaloux, lui ? Un peu quand même.

Il balaya la salle mais décida de laisser la serpillère au lendemain – Eden avait l’air assez occupée par ses devoirs, donc le temps qu’il eut terminé la tâche, il se mit à faire le repas.
Il coupa les légumes en silence, content d’avoir l’esprit occupé. La journée avait été bien emplie, ce qui aidait à son humeur. Il savait que ça prendrait du temps, mais petit à petit les jours passeraient mieux, de cela, il était certain ; non sans une petite amertume tout de même.

Mettant la table, il appela Eden à manger quand il fut l’heure. Elle arriva, ravie, un livre sous le bras. Elle le posa sur la table, ouvert, et se mise à lire, se concentrant dessus, mangeant rapidement sans faire attention à ce que perforait sa fourchette. S’en rendant compte, Faust se racla la gorge. La petite leva les yeux clairs vers lui, la bouche pleine, les joues gonflées par le contenu. Ne disant rien, Faust dressa un sourcil en jetant un bref coup d’œil au livre, puis en revenant vers Eden, dressa l’autre sourcil, ce qui fit rire la gamine. Malgré tout elle avait compris le message, et ferma le livre, donnant un regard de chien battu à son oncle.
« Tu es pardonnée. Aller mange, tu auras le temps de lire plus tard. »
Elle hocha la tête et mangea. Curieux, Faust regarda le titre maintenant exposé du livre fermé. Un livre sur… L’art ? Qu’est-ce qu’elle faisait avec ça ? Il le prit dans ses mains et lu la couverture.
Expression par la peinture. Intéressant… ? Qui lui avait donné ? Comme pour répondre à sa question interne, Eden étendit le bras et ouvrit la première page. Là il y avait une petite note : de la part de Jack. Ah ?
« Tu aimes bien ce livre ? »
Elle hocha la tête. Eh bien voilà qu’il découvrait bien des choses sur sa nièce. Il reposa la livre près d’elle avec un sourire, puis continua de manger.

Après le repas Eden lui donna un petit cours de langue des signes avant de se retirer dans sa chambre, livre d’art sous le bras. Une fois seul, Faust se posa dans le canapé, tête posée en arrière contre le dossier, regardant le plafond. Il ferma les yeux, respirant profondément.

La sonnerie le réveilla brusquement et il était sur ses pieds en une secondes ; avant de retomber dans le fauteuil en grognant. Il était encore bien trop nerveux décidément… Les derniers mois l’avaient rendus un peu trop vif. Prenant sa canne, il s’aida pour se lever. Et dire que quelques heures auparavant il dansait presque avec la serpillère ; c’était presque comme s’il avait prit un coup de vieux.
Il marcha vers la porte, étirant ses jambes. Il ne savait pas quelle heure il était, mais accueillir quelqu’un dans son état de post-nettoyage avancé était un peu gênant ; il devait puer la transpiration…  Soupirant, il ébouriffa ses cheveux de sa main libre avant d’ouvrir la porte.
Le temps s’arrêta à peine avait-il regardé qui c’était. Les cheveux sombres, les yeux clairs, le sourire doux de ses souvenirs… Il lui fallu du temps pour réagir, surtout pour comprendre ce qu’elle venait de dire. Son cœur battait fort, si bien qu’il le sentait de sa gorge jusqu’aux paumes de ses mains. Il travailla sa mémoire pour se souvenir de ce qu’elle avait dit, et n’eut aucun mal à revoir l’expression avec laquelle les choses avaient été dites.
D’une part elle le disait en forme, et heureuse de le voir ainsi. Faust, en forme ? Pendant la journée oui, lors du ménage et tout, là il sentait le miroir de son âme se briser… La bonne humeur précédente était complètement dissipée. Il n’eut pas le temps de réfléchir à une réponse qu’elle se reprit, et dit rapidement : « Bonsoir. J'espère que je ne dérange pas. »

Il demeura muet, la regarda un instant de haut en bas, sentant les palpitations toujours plus violentes dans sa gorge. C’était brutal. Très brutal, trop brutal de la voir ainsi. Certes elle semblait plus pâle que d’habitude, mais elle était sublime…  Il ne pouvait pas la voir autrement ; ce qui faisait d’autant plus mal à penser.
« Bonsoir… Dit-il, titubant autant avec ses mots qu’il le faisait quand il se mettait à marcher. Tu… Tu as l’air en forme aussi ! »
Il se força à sourire, pensant aux mots de Jack. Pourquoi était-elle là ? Pour lui annoncer elle-même la nouvelle ? Pour lui faire un adieu définitif ? C’était tout ce qu’il pouvait faire pour ne pas la soulever et la prendre contre lui. Elle était là, devant lui, pas un fantasme apparut dans son esprit malade. Maintenant, cet esprit était divisé. D’une part il voulait l’accueillir à bras ouvert, la soulever comme une jeune mariée pour l’emmener dans l’appartement, mais à l’inverse une autre part voulait la prendre par le col de sa sublime robe et lui réclamer des explications. Mais quelles explications y avait-il autre que ce que Jack lui avait déjà dit ? Sur le coup il voulait l’entendre de sa propre bouche, mais en même temps avait juste envie de la réduire au silence avec un baiser. Finalement son esprit contradictoire le fit ouvrir la porte plus amplement.
« Entre donc, fais comme chez toi ! »
Pourquoi il avait dit ça, avec une voix étranglée qui plus est ? Il regretta immédiatement ces mots et se racla la gorge.
« Jack travaille en bas, et Eden doit dormir à l’heure qu’il est… »
Pourquoi était-elle là… ?
« Tu veux peut-être quelque chose à boire ? Un café ? Dit-il, se servant de sa canne pour traverser le salon jusqu’à la cuisine. »
Est-ce qu’elle allait rester longtemps ? Est-ce que ça allait être bref ? Allait-elle abréger ses souffrances rapidement ? Ou est-ce qu’elle allait prendre tout le temps du monde pour le torturer ? Après tout elle devait bien lui en vouloir pour avoir gardé le silence pendant si longtemps, surtout que Jack avait bien spécifié qu’elle ne voulait plus rien avoir à voir avec lui !

Avec des difficultés, il enchaîna ses doutes et ses émotions négatives, espérant cacher au moins sa douleur à la jeune femme. L’empathie était bien quelque chose qui faisait d’elle une personne difficile à aborder dans cette situation. Il se retourna vers elle, et ayant aussitôt oublié qu’il lui avait proposé un café, demanda : « Alors qu’est-ce qui t’amène ? »
Il garda un sourire figé aux lèvres, espérant que son malaise ne se voit pas trop.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Dim 4 Oct - 21:01

Tous les scénarii possibles tournaient et tournaient encore dans sa tête. Et s'il lui claquait la porte au nez en lui prétextant n'importe quoi ? Après tout, Jack aurait pu ne pas parler de sa présence à Faust parce qu'il n'avait pas osé  lui dire qu'il ne voulait plus jamais la revoir ? Peu probable, mais pas à écarter. Il se passa un moment pendant lequel il la détailla, sembla chercher ses mots, et pendant lequel elle avait l'horrible impression qu'elle aurait mieux fait de ne pas venir. Cette suspension ne voulait rien dire en particuliers, ne dégageait aucune émotion précise, pourtant elle redoutait que ça ne soit un nouvel orage avant la tempête, exactement comme le vide qu'elle avait ressenti avant sa crise à l'hôpital. Après tout, il pouvait tout aussi bien être en colère qu'elle ne lui ai pas donné de nouvelles depuis tout ce temps, et elle savait à quel point ses excès de colère pouvaient être redoutables...

Le simple fait qu'il ouvre la bouche la soulagea intérieurement, même si encore une fois, ces phrases n'étaient pas nécessairement anonciatrices d'une bonne nouvelle. Au contraire, elles pouvaient tout aussi bien être les iniciatrices d'une remise en place en bonne et due forme. Ce n'était qu'une réponse à son exclamation, une simple formule de politesse remplie de gêne, un soupçon de panique pour couronner le tout, à quoi bon essayer d'y trouver un point positif à tout cela ? Si Kylia avait bien appris quelque chose avec l'empathie, c'est qu'elle ne permettait absolument pas de deviner ce que les gens pensaient vraiment et qu'une émotion pouvait en cacher dix autres sans que l'on puisse deviner laquelle à moins de particlièrement bien connaître la personne ou la situation. Son ton chancelant cependant lui faisait entrevoir le léger espoir d'un effet de surprise qui aurait l'avantage qu'il ne saurait pas quoi faire pendant suffisamment de temps pour qu'elle puisse apaiser les choses, et elle priait intérieurement pour que ça soit le cas. Après tout, Jack n'avait jamais démenti le fait que Faust voudrait peut-être la voir ou du moins lui parler en personne. Il pourrait très bien vouloir savoir comment elle allait, la remercier. Peut-être même que la gêne en ce moment précis venait du fait de ne pas l'avoir contactée plus tôt pour lui demander comment elle allait ni pour faire le point sur tout ce qu'il s'était passé. A bien y réfléchir, elle n'avait absolument rien fait de mal depuis le procès et les seules choses qu'il pourrait lui reprocher avait une justification en béton armé que peut-être Jack avait décidé de ne toujours pas mentionner. A croire qu'il était prêt à tout pour que Kylia soit la plus loin possible du barman.

Le sourire forcé n'était encore une fois pas bon signe, mais rien n'était encore joué. Elle ne devait pas tirer de conclusions trop hâtives, il n'avait jamais dit que deux phrases particulièrement banales pour ne pas dire d'une politesse à faire frémir un bataillon de séminaristes. Peut-être que la suite de ses paroles serait moins équivoque.
Après une nouvelle période de temps qui lui parut une éternité et qui n'avait pas dû être plus de quelques secondes, un moment plein de doutes et de contradictions intérieures, il finit par ouvrir un peu plus la porte et l'inviter à entrer. Son exclamation aurait pu avoi quelque chose de rassurant si sa voix avait suivi son idée principale. Au lieu d'une expression chaleureuse, l'étranglement dans sa gorge n'avait fait que rajouter aux questions qu'elle se posait déjà. Elle devait simplement espérer que c'était un effet secondaire de la surprise ou un dommage collatéral suite à une vive émotion qu'elle ne parvenait plus à décrypter dans la confusion de ses propre sentiments.

Il avait l'air plus grand car encore pas mal amaigri, et même si la fatigue se lisait sur son visage, il avait rarement été aussi séduisant. Quelques mèches de cheveux très clairs dépassait de son bonnet gris, un contraste qui mettait ses yeux et les reliefs de son visageen valeur. Cette couleur lui allait d'ailleurs à la perfection... Perfection prête à être atteinte dans l'harmonie de ses épaules dans ce marcel des plus seyants. Elle se ressaisit alors qu'elle franchissait le pas de la porte et le laissait refermer derrière elle. Il semblait parler pour palier un tracas, une chose qui paraissait lui brûler le bout de la langue jusqu'à lui faire oublier de terminer ses phrases. Pourquoi lui préciser qu'ils étaient sans doute les seuls éveillés dans la maison à cette heure ? Pour ne pas y penser, elle jeta un regard autour d'elle. C'était la première fois qu'elle voyait où il vivait en temps normal, et elle n'était quelque part pas surprise de retrouver une décoration très simple mais de bon goût. La propreté irréprochable pouvait dénoter soit un besoin de combler un vide mental, soit une discipline de vie à toute épreuve. Elle avait plus envie de croire à la seconde solution qu'à la première. Elle l'avait vu, il pouvait avoir une force de caractère incroyable, alors le voir comme capable d'être un pilier semblait être l'idée la plus enviable pour lui. D'autres à sa place auraient peut-être préféré le voir au plus mal sans elle, au fin fond du trou, incapable de s'en sortir... Mais elle préférait mille fois le voir capable de se tenir, fier et indépendant. Il était non seulement plus séduisant, elle préférait le savoir heureux.

Il fallait qu'elle se force à être la plus naturelle possible, qu'elle se sorte de ces séries de pensées et qu'elle se concentre sur ce qu'il passait là, à cet instant, qu'elle ne laisse passer aucune occasion de lui faire comprendre ce qu'elle avait à lui faire comprendre, ou du moins de passer la soirée de ses vingt-cinq ans dans de bonnes conditions. Ce n'était pas nécessairement gagné, mais une fois dans cet appartement, elle avait déjà fait un pas dans la bonne direction.

« Euh... Un verre d'eau serait parfait merci. Je ne peux plus boire autre chose, pour l'instant, autant ne pas tenter le diable. »
Elle le suivit, tâchant d'être la plus souple possible dans ses gestes, soucieuse de ne pas paraître trop infirme, même si elle doutait fortement qu'il remarque le moindre changement de cet ordre. Il avait lui-même encore quelques difficultés à marcher, mais rien qui ne puisse s'arranger. Encore quelques temps et il n'aurait plus besoin de sa canne ! Même si voir la légère tension de son bras à chaque fois qu'il prenait appui dessus avait quelque chose de terriblement séduisant. Elle imaginait son bras autour d'elle, la presser avec force contre lui... Il ne fallait pas qu'elle dérape, ses pensées devaient se tourner vers la conversation qui devait à tout prix démarrer.

Quand elle se rapprocha de lui, quelque chose la prit à l'estomac, d'un coup. C'était une douleur, très légère mais sourde, impitoyable. Quelque chose qui ne venait pas d'elle. Mais alors... ? Elle lui jeta un coup d'oeil incertain, puis son sourire revint malgré tout. Elle ne devait pas lui faire sentir qu'elle était au courant de cette émotion sous-terraine, même s'il y avait peu de raison pour qu'il ne soupçonne pas qu'elle soit déjà au courant. Autant faire comme si de rien n'était, ils auraient sans doute le loisir d'aborder la question. Si il comptait bien le faire à un moment donné.
Il se retourna vers elle, qui avait retrouvé un visage avenant, et il paraissait encore une fois sautiller d'une idée à l'autre comme si sa présence le plaçait au sommet du malaise. Lui dire la raison de sa venue ne serait-il pas pire ? Pouvait-il seulement se sentir plus mal à l'aise, en fait ? La réponse était sans aucun doute non. D'un geste mesuré, elle posa la boîte avec le gâteau sur la table et se redressant avec une légère difficulté, elle hésita une seconde avant de trouver la formulation qu'elle espérait la plus appropriée.

« Je... J'espérais pouvoir fêter mes vingt-cinq ans avec quelqu'un à qui je tenais. Je suis à Islantis depuis un petit moment, je m'étais dit que je pouvais peut-être abuser de ta gentillesse et passer le quart de siècle... avec toi. Mai je ne voudrais pas déranger, bien entendu ! »
Voilà qu'elle perdait pied. Elle était pourtant si sûre d'elle avant d'arriver. Dire que c'était si difficile une fois sur place... Peut-être que Jack avait menti ? Qu'il avait raconté une bêtise quelconque ? Elle souffla discrètement pour tenter de se reprendre. Sa voix était moins sûre, son regard plus vacillant également. Elle se sentait stupide, plantée là, à côté de la table, à la regarder comme si elle avait peur qu'il ne s'envole en fumée. Pourtant il ne partirait pas, elle ne pouvait pas rêver ce qu'il se passait.

Finalement, elle se lança. Autant tout vérifier.

« Je ne sais pas si tu sais, mais on était au même étage à l'hôpital d'Islantis ? Je voulais venir te voir, mais je ne pouvais pas vraiment me déplacer. J'ai pris une balle dans le rein, j'ai eu besoin de quelques interventions chirurgicales et... j'étais assez fatiguée. Du coup je n'étais pas vraiment en état de venir te voir ou te parler... Enfin si, mais disons que ça aurait été très laborieux et... J'avais pas très envie que tu me voies dans cet état. Déjà que j'ai un teint à faire peur... C'était pas l'envie qui me manquait de venir prendre de tes nouvelles, mais quand j'ai vu la date qu'il était quand j'étais en état, je me suis dit que... peut-être je pouvais attendre ce soir. »
Elle soupira en fermant les yeux, avant de les rouvrir, un sourire mi-figue mi-raisin aux lèvres.
« Je me sens tellement stupide d'un coup. J'espère vraiment que je ne te dérange pas. Il manquerait plus que ça, en fait. »
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Dim 4 Oct - 22:31

Faust avait passé un bref coup d’œil autour de lui alors qu’il s’était dirigé vers le coin cuisine. Le lieu était assez propre… Même très propre par rapport aux derniers temps. C’était une bonne chose : il lui fallait montrer qu’il n’était pas affecté, ni par son absence, ni par sa présence actuelle… Enfin… L’heure n’était pas à la facilité émotionnelle. Toutes les émotions le traversaient à la fois. Il ne savait pas quoi penser, quoi faire, ni comment cacher les dites émotions. Il n’arrivait pas à alterner la moindre idée dans sa tête… Il s’était retourné vers la jeune femme après avoir atteint le petit coin cuisine où siégeait la petite table. Il s’appuya contre la surface de travail et croisa les bras, essayant de paraître à l’aise – sans trop de succès.
Elle était là. Elle était là, devant lui, et pourtant il ne pouvait pas la toucher. Il avait du mal à la regarder, et à la fois avait tout autant de mal à la quitter du regard. Il était perdu, à nouveau le lion en cage qu’elle avait trouvé en prison avant le procès. Dans ces conditions il savait que la moindre chose pouvait le faire chavirer… Mais il ne voulait pas, ne pouvait pas se montrer ainsi devant elle. Les conditions avaient changés : Eden était dans l’appartement, et se ferait sans doute réveiller par n’importe quel cri, si il venait à perdre son cran. Ils étaient seuls dans l’immédiat, alors il ne pouvait pas risquer que Kylia se trouve le centre d’une quelconque crise, qui, dans ses souvenirs encore bien frais, le rendrait incapable de faire quoi que ce soit pour l’aider. Le souvenir même de la tornade d’émotions vaporeuses lui donna une nausée terrifiante.
Il essaya de ne pas la fixer, mais la présentation de la jeune femme le tortura quelque peu. Elle était… Sublime. Ses cheveux tombaient sur ses épaules en une cascade sombre, lui rappelant le jour du procès, quand il avait été libéré… Cela avait semblé si simple après ça, avec tant d’espoir et de possibilités pour l’avenir… Les regards qu’ils avaient échangés n’avaient rien d’anodins alors qu’il avait décidé d’aller à l’encontre de ce qu’il avait dit à la jeune femme lorsqu’elle lui avait montré ses sentiments. L’amertume remonta sa gorge. La personne devant lui aujourd’hui n’était plus la même… Pire, elle était encore plus enivrante, plus alléchante dans sa robe courte… On lui avait dit un jour qu’être heureux dans une relation rendaient les gens plus attirants – une parole qui s’affirma aujourd’hui visiblement.
Il fut soulagé quand elle demanda de l’eau. Oui, il lui avait proposé un café… Il avait déjà oublié. Il serra les dents une fois dos tourné et sortit un verre, qu’il rempli rapidement avant de le poser sur la table. Il sentait ses mains trembler alors qu’il posa le conteneur transparent, avant de se retirer rapidement, croisant à nouveau les bras pour cacher ce fait. Il repassa dans sa tête ce qu’elle venait de dire… Valait mieux ne pas tenter le diable ? Un sourire narquois ricana à l’arrière de son esprit, bien caché sous toute la gêne et l’envie. Une voix sombre qui lui chantonnait : oh tu ne lui proposes pas d’alcool pour dénouer sa langue ? Cette même langue qui pourrait s’en aller faire des choses frôlant l’infidélité ?

Il secoua sa tête discrètement, faisant mine de regarder par la fenêtre un instant. Son estomac était noué, comme si des griffes étaient venues le poignarder les parois fragile de son appareil digestif. La douleur fut telle qu’elle fit taire la voix. Il ne savait pas si le silence avait été long, ou juste assez court pour ne pas paraître gênant. Quoi qu’il en était ce fut la jeune femme qui leva la voix. Au début il n’entendit pas ce qu’elle venait de dire, contemplant plutôt le fait que dès qu’elle était proche, il ne savait jamais si c’était une seconde qui venait de s’écouler, ou une heure. La vie perdait tout sens quand elle était là, parce que c’était elle le sens… Quand elle était présente, son monde tournait autour d’elle… Une sensation qu’il avait essayé d’oublier, et qui s’était estompée… Plus maintenant.
 
Puis ses mots le frappèrent. Il dressa immédiatement les yeux vers les siens, les trouvant cependant sur la table, où elle avait posé une boîte. La raison de sa venue… ? Cela avait été une question un peu bête, mais qui devait au moins lui clarifier quel genre de misère allait se retrouver dans sa face… La façon dont elle tituba sur les mots, perdant l’apparence de certitude qu’elle avait eu devant la porte, le fit redoubler d’effort pour ne pas réclamer une explication plus claire, plus rationnelle ! Mais la raison était là, devant lui, comme elle venait de le dire : parce qu’elle voulait fêter ses vingt-cinq ans avec lui.
Gelé, coincé entre le marteau et l’enclume, il laissa le coup le frapper. Une fois, deux fois… Elle était à Islantis depuis un moment, alors pourquoi ne pas avoir visité avant ? Elle voulait passer du temps avec lui, mais s’était pointé le soir de son anniversaire, comme une fleur ? Son esprit se ressaisi, fronçant légèrement les sourcils d’incompréhension. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi avec lui ? Cela n’avait aucun sens ! N’avait-elle pas un petit ami qui l’attendait avec un festin entier ? Ou une réservation au resto le plus chic de la ville ? Son cœur se serra quand il réalisa concrètement à quel point elle était jeune par rapport à lui. Bien sûr elle avait toutes les raisons pour s’enfuir vers quelqu’un d’autre… Mais alors qu’est-c e qu’elle faisait là bon sang ?! Passer son anniversaire avec un vieux con, quelle idée ?! Qu’est-ce qui lui passait par la tête ? Il n’avait rien à lui offrir, rien à lui proposer ! Même pas un jus de fruit pour fêter ça !
Automatiquement, son cerveau passa en revue ce qu’il avait trouvé en nettoyant l’appartement durant la journée… Il n’y avait rien qu’il pouvait lui offrir, pas de cadeau…
Puis elle ouvrit à nouveau la bouche, et son monde s’écroula.
Il attendit qu’elle finisse pour rapidement tirer la chaise la plus proche et tomber dessus. Il était aveugle, sourd, muet. Il n’y avait plus rien autour de lui à part les échos des mots de la jeune femme. Rien n’avait de sens… Ses mots étaient étranges, timides, incertains, et pourtant déterminés plus elle parlait. Son esprit flotta comme une feuille sur un cours d’eau… Divaguant, chercher quelque chose dans ses phrases auxquelles il pourrait se repérer, trouver un point d’accroche… ? Là. La feuille sur l’eau avait trouvé un rocher, et s’y était agrippé. En allant à une séance de rééducation, il aurait juré voix Kylia dans un lit d’hôpital ; mais cela n’avait été qu’un instant, qu’une image, qu’un vague doute qu’il avait dissipé sous le compte de son manque pour la jeune femme. Parce que elle avait été en bonne santé après le procès, parce qu’elle avait été rejetée par le barman, parce qu’elle avait promis de l’aider… Il n’y avait eu aucune raison de voir de la vérité là-dedans. Mais.
Amusant comme le simple mot « mais » pouvait s’infiltrer comme un regard dans un poulailler. Le doute s’installa alors que son esprit, vif de désespoir, poursuivit le filon.
Mais Jack n’a jamais rien dit à propos d’où Kylia se trouvait, malgré le fait qu’il le demande. Mais Jack n’a jamais tenu le moindre discours pouvant sous-entendre la présence de la jeune femme dans l’hôpital. Mais Jack lui avait dit qu’elle  ne voulait plus jamais le revoir… Mais Jack avait dit qu’elle s’était trouvé quelqu’un d’autre.

Il ne pouvait pas croire que tout cela n’avait été que des mensonges, et qu’il y avait sûrement quelque chose de vrai là-dedans… Mais se répétant les mots de la jeune femme en tête, il ne pouvait pas savoir si une de ces possibilités était réelle. Jack était un pilier, au courant de tout ce qui concernait Faust. Un allié depuis toujours, un meilleur ami sur lequel il pouvait dépendre depuis toujours… Il lui avait donc menti ?
Il entendit ses derniers mots et une vague d’amertume passa sur sa langue. Il perçu le sourire gêné de la jeune femme, mais ne pu y répondre. Ce qu’il venait d’entendre avait tout bouleversé. Non, Kylia ne l’avait pas dérangé, bien au contraire : elle avait apporté une clarté qui lui avait échappé jusque là.
 
D’ un coup il se leva, raide, vidé de toutes émotions. Pensées brûlantes. Pas contre Kylia, mais contre Jack. Cet enfoiré était la dernière pièce du puzzle, la dernière réponse à toutes ces semaines de silence de la part de la jeune femme. Elle s’était prit une balle. Une balle. Et Jack lui avait caché. Pire encore, lorsqu’elle s’était rétablie il n’avait fait aucun effort de les faire se retrouver, alors qu’il savait… Il le savait qu’ils s’aimaient, il savait que Faust ne pouvait pas vivre dans savoir ce qu’elle était devenue… Il savait que rien ne serait plus pareil tant que Kylia ne revenait pas.
Il tremblait, poings serrés, yeux fixés vers un point lointain, invisible. La rage qui brûlait en lui était folle, pire que toute autre qu’il avait ressenti. Depuis tant d’années, Jack l’avait toujours soutenu, toujours aidé, toujours poussé pour devenir le meilleur de lui-même… Et maintenant qu’il avait la possible de devenir cela, il l’avait trahit. Il devait savoir : pourquoi ? Comment pouvait-il décider d’une chose pareille ? Oh la raison avait intérêt à être bonne.
Un demi sourire s’afficha sur ses lèvres, entre l’agonie et l’euphorie. Jack l’avait trahit, et il allait devoir répondre à cela. Maintenant.
 
Oubliant sa canne il marcha vers la porte, pas déterminé, grognant à son passage : « Je dois toucher deux mots à Jack. Maintenant. »


Il avait oublié pourquoi Kylia était là, et que s'il avait eu la moindre cervelle dans ce moment-là, il serait resté pour profiter de cet instant-là avec elle, ignorant Jack pour le moment... Mais il ne pouvait pas, et si personne ne l'en empêchait, son ami risquait d'y perdre des dents.
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Lun 5 Oct - 12:40

Il était confus, elle faisait tout pour en faire abstraction si ce n'était sensoriellement, au moins dans son esprit. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui déroule le tapis rouge, c'aurait presque été inquiétant s'il l'avait d'ailleurs fait. Cependant elle connaissait cette soudaine montée comme de colère. Une espèce de magma bouillonnant qui partait du fin fond de l'estomac pour progressivement donner l'impression que le diaphragme remonte jusqu'aux poumons et les presse dans une douleur sourde. Pas maintenant ? Il était si en colère que ça de la voir ?
Elle se prépara mentalement à une explosion, à un bouquet final pour la mettre dehors, lui dire de dégager et de ne jamais remettre un pied dans le coin. Peut-être que c'était pour ça que Jack n'avait pas prévenu Faust de son séjour à l'hôpital ni de son affectation à Islantis, pour lui éviter la mauvaise humeur du barman. Cette théorie farfelue fit un instant chemin dans son esprit avant qu'elle ne se rende compte que c'était en totale contradiction avec ce qu'il s'était passé après le procès. Alors qu'est-ce qu'il pouvait y avoir de plus ? Quel était le problème, dans tout ça ? Il était homosexuel et n'avait pas osé le lui dire ? Jack était une sorte de pervers qui jouait les entremetteuses pour ensuite tout faire pour conserver Faust ?
… La cruauté humaine pouvait-elle seulement aller jusque là ? De toute évidence, il fallait espérer que non.

Sans trop comprendre par quel miracle, elle le vit se lever d'un bond de la chaise où il s'était effondré, comme piqué par une aiguille. Il ne s'était peut-être pas assis pour simplement évacuer sa colère ou satisfaire son impatience de la voir partir. Il avait peut-être été réellement affecté par ce qu'il s'était passé mais elle en doutait. Elle sentait cette vague d'émotions vives et négatives, et à moins que Jack ne soit véritablement la source de ce revirement, elle risquait fort de faire les frais d'une demande en bonne et due forme pour quitter les lieux. Finalement, un son franchit ses lèvres, un grognement phrasé qui lui fit comprendre que la solution était bien plus simple qu'elle n'avait pu le penser dans un premier temps. Jack était décidément bien bête de penser qu'ils seraient restés sans se contacter pendant tout ce temps. Il connaissait certes Faust et une certaine résignation à accepter les choses telles qu'elles sont, il n'en était pas moins qu'il ne la connaissait pas et qu'il ne savait pas de quoi elle était ccapable.
Elle comprenait certes l'envie de Faust d'aller expliquer sa façon de penser à son ami, elle ne put s'empêcher de sentir une pointe d'amertume, vite transformée en énervement, lui monter au cœur. C'était une blague, là ? Il allait vraiment la laisser là pendant qu'il allait taper la discut' à son ami ? Avait-il seulement écouté ce qu'elle lui avait dit ?

Prenant son courage et son impatience à deux mains, elle le suivit d'un pas tout aussi rapide et lui attrapa un poignet qu'elle tint le plus fermement possible, tentant comme elle pouvait de le tourner vers elle malgré la douleur cuisante que la position lui faisait sentir au creux des reins.

« Maintenant ? Tu es sûr de toi, là ? »
Son ton qui aurait pu être hésitant la surprit car il semblait parfaitement traduire son agacement croissant.
« Je suis venue pour te parler, pas pour attendre comme une potiche le temps que tu règles tes comptes avec Jack ! Alors si tu ne veux pas de moi ici, tu peux me le dire directement, ça ne pose pas problème, mais qu'au moins je sois fixée une bonne fois pour toute. Je commence à en avoir assez d'être toujours là à attendre poliment que les gens veuillent bien finir d'arranger leurs problèmes quand je suis là, j'aimerais vivre un peu et arranger les miens de temps en temps, si ce n'est pas trop en demander ! »
Elle marqua un temps d'arrêt, le fixant dans le yeux, se sentant indigne d'avoir parlé aussi sèchement à cet homme qui n'avait vraiment pas besoin qu'on le brusque. Elle soupira et lâcha son poignet.
« Et puis zut, fais comme tu veux. Je ne vois même pas pourquoi j'avais espéré quoique ce soit de cette soirée, Jack sera toujours là pour m'empêcher de t'approcher d'une manière ou d'une autre. Je n'aurais pas dû venir. »
Son sac toujours sur l'épaule -elle avait eu une bonne idée de ne pas le poser- elle mit la main sur la poignée de la porte. Après tout, puisqu'il allait l'ouvrir, autant lui faciliter la tâche. Une fois de plus. De toute façon, qu'est-ce ça pouvait bien lui faire, à lui, qu'elle ait eu envie de tirer au clair ce qu'il avait pu être dit à Sérégon ? Elle n'était qu'une gamine, n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Lun 5 Oct - 13:48

Toutes sortes d’idées lui passaient par la tête : quelles questions allait-il poser ? Quelles réponses voulait-il en priorité avant de s’emporter dans une rage folle dont il était parfaitement incapable de sortir seul ? Il savait pertinemment que le moindre mot de travers de la part de son « ami » pouvait coûter gros… Il n’avait pas envie de lui faire du mal, mais quelque chose lui disait qu’il en aurait soudainement bien plus envie en entendant les raisons pour cette trahison. En vérité il voulait juste savoir, comprendre…  Mais comme toute vérité elle allait le fâcher violemment alors autant ne pas se faire d’illusions quant à comment la conversation allait finir.
Il s’était approché de la porte à grands pas quand une main ferme attrapa son poignet. L’espace d’un instant il avait oublié où il était, et le rappel de son envolée fut un peu brutale. Kylia regardait fermement dans ses yeux après l'avoir forcé à la regarder, chose qu’il redoutait étant donné leur détermination actuelle… Pourquoi cela la rendait-elle encore plus belle qu’avant ? Cela n’aurait pas dû être possible… Les premiers mots qui sortirent de sa délicate bouche dégoulinèrent d’un agacement presque féroce. Bien sûr il était partit au quart de tour sans penser la moindre seconde à ce que la jeune femme voulait… Comme d’habitude. Comment est-ce qu’elle pouvait encore supporter de le voir quand il agissait toujours ainsi ? Lui-même ne savait pas pourquoi il l’écartait toujours de ses priorités, alors que s’il était honnête avec lui-même, il n’avait qu’une envie c’était de passer tout son temps avec elle. Peut-être s’était-il mit en tête qu’il n’aurait jamais ce luxe à 100%, et que la jeune femme était hors d’atteinte ? Il ne savait plus où donner de la tête, et se trouva honteux devant les mots de la jeune femme. Leur usage le piqua sévèrement, parce qu’il savait qu’il était entièrement fautif de la situation, et que ce n’était que son arrogance qui le guidait à chaque fois. Il détestait être comme ça. Kylia n’était pas une potiche, loin de là. Elle était comme une œuvre d’art que l’on doit chérir au risque de la voir s’effacer dans l’abandon. Loin de lui l’idée de faire ça… Mais oui, il avait des comptes à régler avec Jack ! A cause de lui il s’était laissé aller à un mensonge, à ignorer la chose qui le rendrait le plus heureux du monde ! Comment pouvait-il laisser cette offense passer inaperçue ?
Il grimaça aux mots de la jeune femme. Dans quel monde ne voudrait-il pas d’elle avec lui dans l’instant présent ? Dans quelle situation est-ce qu’il serait capable de lui ouvrir la porte sans regretter la seconde suivante ? L’idée même de penser qu’il ne voulait pas la voir lui donna des nausées.
 
Il ne put que lui regarder dans les yeux lorsqu’elle affirma vouloir vivre un peu, et arranger ses propres problèmes. Si ce n’est pas trop demandé. Autant la phrase le piqua, autant il sourit légèrement intérieurement. Elle était bien comme il le pensait… Depuis toujours. Elle avait l’air fragile comme ça, mais son regard montrait une force bien plus grande, et ses mots une détermination plus encore. Elle n’avait rien de faible, et avait tout d’une guerrière au sang froid qui refuse que l’on combatte à sa place. Elle avait sa propre bataille à mener, et dans l’instant ce combat était entre elle et Faust, et lui ne faisait que fuir le champ de bataille, et ça, elle ne le supportait pas. Sa propre guerre contre Jack devait attendre… Tous deux avaient déjà tant attendu, tant espéré, sans jamais avoir de résultat. Kylia aurait pu ne pas venir, elle aurait pu fêter son anniversaire entourée d’ami.e.s et d’allié.e.s, mais non, elle avait décidé de traverser le désert de leur silence pour mettre les choses au clair, là maintenant. Le duel était, maintenant qu’il avait été provoqué, bien trop alléchant pour le refuser.
Ils se regardèrent un instant dans les yeux alors qu’elle se tut. Il ne savait pas ce qu’il y lisait. Même s’il avait été en capacité de le faire, il n’aurait pas pu, hypnotisé par ce visage qu’il en pouvait qu’admirer. Ce n’est que lorsqu’elle détourna le regard, lâchant son poignet qu’il vit son abandon, revenant à l’intervention de Jack. Cette phrase le frappa comme une baffe.
Elle mit la main sur la poignée, mais d’un geste fluide il mit sa main contre la porte, empêchant toute possibilité de l’ouvrir comme ça. Il ne regarda pas dans ses yeux, ne voulant pas forcer son regard alors qu’il dit, voix bien plus calme qu’avant : « Non. »
Non. Faust était un adulte responsable, Jack n’avait aucun droit sur ses décisions, et bien qu’il ne comprenait toujours pas pourquoi son ami avait caché tant de choses, il ne pouvait pas ignorer la confrontation actuelle avec la jeune femme. Elle lui en voulait, et en avait bien le droit après les efforts qu’elle avait fait ; lui n’en n’aurait pas fait tant, et il ne pouvait ignorer cela. Il respira, un grand coup, laissant les écrous de son esprit finir de faire le tour avant de continuer.
« Non. Répéta-t-il, levant maintenant le regard vers la jeune femme. Je n’aurais pas dû réagir comme ça… Je ne savais pas que tu étais à Islantis, et encore moins que tu t’étais pris une balle. »
Il détourna le regard vers sa main qui tenait la porte fermée, respirant un grand coup.
« J’ai besoin d’éclaircir les choses avec Jack, mais une chose est sûre… Je ne veux surtout pas que tu partes. »
Le champ de bataille leur appartenait maintenant, sans tiers parti pour les déranger. A lui de faire en sorte que cela dure.
« Tu as fait le chemin jusqu’ici, je serais un hôte négligent si j’ignorais cela… Jack peut attendre. Je refuse de faire foirer ce moment à cause de ses conneries. »
Il ôta la main de la porte et s’en éloigna d’un pas, yeux revenant sur Kylia, l’admirant à nouveau.
« Si tu veux partir je t’en empêcherai pas… Mais si tu veux bien, je veux partager un bout de gâteau avec toi. »
 
Une phrase bien ridicule qui exprimait mal ce qu'il voulait dire : il voulait s’excuser, trouver tous les mots de son vocabulaire pour se faire pardonner sa colère rapide. Il voulait qu’elle reste. Il ne voulait plus lui faire du mal, et lui dédier cette soirée… Au moins cette soirée. Il étendit sa main en silence, mais la laissa pendre là, espérant qu’elle la prendrait, même si c’était par pitié. Si cela ne tenait qu’à lui il l’aurait déjà soulevé comme une jeune mariée, et portée jusqu’à la cuisine… Mais deux infirmes qu’ils étaient maintenant, l’idée parut spécialement sotte. Il réussi tout de même à sourire, espérant que cela la ferait pardonner… Au moins pour cette soirée.
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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Dim 1 Nov - 21:57

Alors qu'elle était prête à passer la porte et se dire qu'elle ne remettrait plus jamais les pieds dans le quartier et qu'elle essaierait de l'oublier, il réagit, enfin. Il ne lui demandait pas de partir ? Il ne faisait aucune montre d'autorité pour lui faire comprendre que leur discussion était secondaire car c'était du tout cuit ? … Elle se sentit plus bête qu'elle n'aurait pu penser l'être dans une situation similaire, presque honteuse d'avoir fait un coup d'éclat pareil et de s'être emportée alors qu'il suffisait de demander pour qu'il soit déterminé à rester. Est-ce que c'était si simple que ça ? Elle sentait bien quelque part qu'elle devrait se sentir sûre d'elle, assumer d'un bout à l'autre sa conduite, éventuellement de conserver cet air sévère, un peu renfrogné, et le forcer à être bien plus aimable et prévenant que tout ce qu'il aurait pu démontrer dans un tel état d'énervement. Mais non. Non, elle se contenta de reprendre une place plus en retrait, à trois pas de lui, les doigts à peine croisés, à les tordre presque, ne sachant plus où se mettre. Elle continuait de le regarder sans savoir quoi dire ni comment réagir, un peu comme happée par les phares d'une voiture au beau milieu de la route. A la différence que rien de grave ne pouvait lui arriver. Rien de mal non plus, d'ailleurs. Bien au contraire. Il l'avait dit lui-même, il ne voulait pas qu'elle parte.

Maintenant que cette partie du problème était résolue, il convenait de faire évoluer la situation dans un sens ou dans l'autre, mais c'était toujours dans ce genre de moments que l'on se découvre une incapacité totale à l'improvisation et au bon sens. N'importe qui aurait pu lui sauter dessus et l'embrasser fougueusement ou pieusement lui prendre la main et le ramener à la cuisine. Mais n'importe qui aurait rencontré cette autre personne de façon classique : dans un café, une boîte de nuit, en allant courir le matin, à un club de lecture ou pendant un concert. Mais que fait-on lorsque l'on a rencontré cette même personne au cours d'une prise d'otage et de divers bains de sang ? Un léger sourire profondément amusé se dessina sur ses lèvres. Quelle ironie ! Tout ces efforts effectués pendant une période si longue, ces nuits blanches, ces crises d'angoisse, cette balle dans le rein pour finalement avoir l'air de trouver trop facile quand les choses se font enfin d'elles-mêmes ? L'être humain était décidément une bien drôle de bête.
Décidant de prendre parti d'en rire, elle jeta un coup d'oeil circulaire à l'appartement avant de reposer son regard sur Faust, toujours immobile.

« Où sont les kalash et les snipers ? J'aurais pensé que tu aurais prévu un comité d'accueil, je suis déçue ! »

Pas nécessairement aussi drôle qu'elle l'aurait voulu, mais c'était une manière comme une autre de glisser sur son petit coup d'éclat peut-être peu justifié. Un léger soupir, une hésitation. Finalement elle s'approcha de lui et lui prit doucement le bras, essayant de rendre son geste sans réplique.
« Je vois que tes coups de sang ne changent pas : ça te donne une force colossale mais tu oublies de faire attention à toi. Je te raccompagne jusqu'à la cuisine, juste au cas où. »
D'un geste qu'elle espérait ferme mais pas destabilisant, il ne manquerait plus qu'il ne tombe alors même qu'elle essayait de l'aider. Elle ne savait pas trop si c'était une bonne chose, s'il allait bien le prendre ou au contraire se froisser. Il fallait prendre le parti d'essayer quand même et de faire comme si c'était normal et que ça ne la dérangeait pas. Après tout, c'était bien vrai, elle se fichait absolument du fait qu'il ait besoin d'une canne pour  marcher, même si ça devait durer toute une vie. Lui tenir le bras serait au contraire une sensation qu'elle savait déjà apprécier ; même si cela pouvait paraître contraignant, l'aider ne serait jamais un problème. Son odeur un peu âcre par la transpiration de la journée lui parvenait sans pour autant la déranger. Elle se forçait à ne pas lever les yeux vers lui pour ne pas lui donner l'impression de le fixer comme un marin perdu fixerait un phare. Le souvenir,peut-être un peu inventé, elle n'en avait aucune mage précise,  de sa peau contre la sienne lors de cette fameuse crise lui revenait alors que leur bras étaient l'un contre l'autre. Le calme et le naturel de la situation lui paraissait si étrange et si agréable à la fois.

Une fois de retour à la cuisine, elle le laissa se rasseoir et fit de même. Posés chacun de leur côté, il serait plus simple de continuer la conversation.

« Je suis désolée de m'être emportée. Depuis la deuxième opération je perds vite patience et j'ai tendance à être un peu vive. »
Elle ouvrit la boîte, se rendant compte qu'elle aurait du mal à servir deux parts sans assiettes ni couverts. Il saurait bien faire ce qu'il faudrait pour arranger le problème. Avec un léger sourire, elle lui présenta l'aspect du gâteau que Nell avait su rendre plus attrayant qu'un simple brownie.
« J'espère que tu aimes le chocolat, sinon tu ne vas pas avoir grand chose à manger ! »

Elle attendit qu'il se lève et aille prendre de quoi déguster la préparation. Il se dégageait de lui une assurance certaine, et le plus discrètement possible, elle l'observait se mouvoir. Il s'était bien remis de tous les traumatismes qu'il avait subi ces derniers mois. C'était décidément un homme à toutes épreuves. Eden pouvait s'estimer chanceuse d'être entre les mains d'une personne aussi déterminée à vivre et de rester aussi digne quelles que soient les circonstances.
« J'ai réussi mon concours. Et je vais avoir un poste à Islantis. J'attends encore de savoir où exactement mais il y a de fortes chances pour que j'enseigne dans l'école maternelle à côté de l'ancienne école d'Eden. »
D'une main qu'elle n'espérait pas trop temblante, elle coupa deux parts et les déposa dans les assiettes.
« Tu as pu reprendre ton travail au bar pendant la journée, du coup ? »
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Sam 12 Déc - 16:19

Il ne cessa pas de la fixer. Il ne pouvait pas faire autrement. Il attendait encore le moment où il se réveillerait pour voir qu’elle n’était jamais venue. Résistant à la tentation de se pincer, il la regarda hésiter un peu, puis s’éloigner d’un pas de la porte. Tant de temps s’était écoulé depuis leur première rencontre ; c’était difficile de penser à ce temps-là, où une série d’événements avait menée à leur… Rencontre. Oui dans d’autres circonstances les choses auraient pu être bien plus faciles, mais peut-être qu’il n’aurait pas cherché à la connaître. Et puis il ne serait pas sortit de son bar si Djan ne l’avait pas demandé de le voir à Modula. Il avait l’impression que la personne qui avait tenue le bar avant était une toute autre personne, sans problèmes, sans malaises… Avec un passé différent. Et pourtant ils étaient une et la même personne. Mais la mort de son ancien collègue, la prise d’otage de Kylia… Le passé avait refait surface pour lui mordre le derrière, pas de doute. Certaines choses pouvaient changer quelqu’un, et la preuve était là, devant lui. La demoiselle qui avait rangé des cartons dans un stand de tire tout en préparant un concours avait changée. Il ne savait pas exactement dans quelle mesure, mais une chose était claire : leur gravitation fonctionnait d’une manière différente du commun des mortels. Ils avaient vu et vécu des choses dont aucun autre couple pouvait se vanter, du moins, pas des civils.

Et les voilà. Envers et contre tout, une sensation de proximité avait germée. A partir de quel moment ? Il ne saurait le dire. Les choses s’étaient faites d’elles-mêmes, petit à petit, jusqu’à ce que cela devienne clair que leur séparation lui était insupportable. Elle lui avait sauvé la mise tant de fois, tant de choses auraient été si différentes si elle n’avait pas été là… D’une part, il n’aurait certainement plus été de ce monde ; d’autre part, s’il avait survécu, il aurait été en prison à l’heure qu’il était. Mais elle lui avait épargné tout ça, et lui avait permis de retrouver sa nièce, son bar, sa vie toute entière. Sauf qu’elle n’était pas entière sans elle.

Il l’observa regarder la salle autour d’eux. Soudainement il était bien content d’avoir fait le ménage ; cela aurait été bien moins agréable autrement. Il se permis un sourire à son commentaire, et posa sa main sur sa hanche, regardant autour avec un sourire. Sa seule réponse fut d’hausser les épaules. Il ne savait pas trop quoi répondre, et préférait qu’elle continue de parler, pour absorber ses intonations et sa voix. Mais elle choisi d’abord ses gestes avant ses mots. Après une légère hésitation, elle approcha, lui prenant le bras. Ses paroles le firent rire doucement, cachant le fait qu’il se sentait rougir un peu. Eh oui, action avant réflexion, c’était typique de lui quand il était énervé. Mais maintenant qu’elle le tenait, il se sentait bien détendu, et apprécia son geste de le raccompagner à la cuisine. Il n’osa pas la regarder pendant la petite marche du retour. Cette proximité lui donnait déjà un frisson, alors la regarder ne le ferait que devenir plus rouge… Pas que cela l’aurait gêné, mais il ne savait pas s’il saurait se retenir bien longtemps de la prendre dans ses bras. Il ne savait pas si des gros éclats d’émotions pouvaient avoir un effet négatif, mais après la crise spectaculaire à l’hôpital, il n’avait pas envie de s’y tenter.
Elle l’aida à s’assoir et se mise en face. Sans le regarder dans le yeux, elle s’excusa de s’être emportée, et parla de ses pertes de patiences après la deuxième opération. Aux mots il ne put s’empêcher de plisser un peu les yeux de douleur. L’imaginer se faire opérer n’était spécialement agréable, d’autant plus qu’il n’avait juste eu aucune idée des événements. Si les choses s’étaient passées autrement, il aurait pu être là pour la soutenir comme elle l’avait fait pour lui… Mais depuis quand les événements avaient-ils joué en leur faveur, hein ? Depuis le début le monde entier était contre eux de toute façon. [On se demande bien pourquoi huhuhu]

Elle ouvrit la boîte, dévoilant le gâteau, puis fit une pause pendant laquelle Faust se demanda ce qu’il n’allait pas. Puis il se rendit compte que oui, il leur fallait des assiettes ! Il hocha la tête avec un sourire quand elle dit qu’elle espérait qu’il aime le chocolat ; difficile d’avoir quoi que ce soit contre, surtout quand il était proposé par Kylia !
Il se leva, laissant son esprit divaguer légèrement alors qu’il tituba jusqu’au placard, où, dressé de toute sa hauteur, il descendit une paire d’assiettes. Il les regarda un instant pendant qu’il les avait dans les mains. Il avait envie de dire quelque chose… Mais ne trouva pas les mots. En lieu de ça, il sortit un couteau et des couverts puis se retourna, souriant comme si de rien n’était, et posa les assiettes ; peut-être ressentait-elle son hésitation ? Il ne le savait pas, mais elle ne sembla rien montrer de particulier, alors il garda son attitude détendue. Il posa les assiettes alors qu’elle lui annonça… Ah ! Alors elle avait réussi son concours ! En voilà une bonne nouvelle qui méritait de festoyer ! Puis son cœur rata un battement quand elle dit qu’elle allait avoir un poste à Islantis. Alors c’était certain ? C’était déjà décidé ? Vu la tournure de la phrase, il semblait clair qu’elle travaillerait dans cette ville. L’incertitude restait dans la question de quelle école elle irait. Une sorte de soulagement nuageux s’embla englober l’ancien mercenaire. Elle allait rester dans les parages, elle allait travailler dans le coin… Il se rassit, peut-être un peu lourdement, mais il ne pouvait se détacher de la sensation de flottement qui l’avait prit. Les choses allaient-elles enfin tourner en leur faveur ?
Elle coupa le gâteau et mit une part dans chaque assiette, demandant s’il avait reprit son travail au bar. A cela il hocha la tête.

« Félicitations pour ton concours! Je suis content que tu l'aies eu. Pour ce qui est de moi... Oui, mais il faut encore que je reprenne l’habitude d’être debout la majorité de la journée. Et puis m’occuper des clients, et discuter avec eux… Pas toujours facile après… Tout ce qu’il s’est passé. »

Il essaya de ne pas laisser paraître sa fatigue, mais n’était pas certain d’y arriver correctement. Cela aurait dû être comme faire du vélo, reprendre le travail… Sauf qu’il se travaillait encore beaucoup trop à de nombreux sujets, dont la question de Kylia. Il secoua sa tête et sourit, prenant l’assiette la plus proche de lui. Il avait tellement envie de lui demandait où elle habitait en attendant, mais avait peur de se prendre une claque ; pas qu’il n’y ait de raison, mais il n’arrivait toujours pas à être rationnel… Alors il se contenta de prendre une bouchée de gâteau. Il ne put retenir un « mmmmmh » de satisfaction au goût.

« Il faudra complimenter la Chef ! »

Il s’appuya contre le dossier de la chaise, inspirant profondément. Il espérait que son air détendu était convaincant. Intérieurement il avait l’impression d’être à ébullition. Il y avait tant de choses qu’il voulait dire, qu’il voulait demander… Au lieu de ça il regarda autour d’eux. Il repensa aux mots de la jeune femme avec un sourire. S’il avait eu la capacité d’y réfléchir sur le coup, il aurait bien répondu quelque chose de drôle, mais là encore ses mots lui échappaient. Ses yeux tombèrent sur la porte de la chambre d’Eden.

« Parfois quand la journée a été longue, l’autre me remplace pour que je respire un peu. On profite de ce temps-là avec Eden, quand elle rentre, pour que j’apprenne la langue des signes. C’est franchement pas évident. Sourit-il, gêné. Mais elle a beaucoup de patience la petite… »

Ses yeux retombèrent sur le morceau de gâteau, et il sourit faiblement : « j’aurais aimé avoir une bougie pour rendre le moment plus festif… Mais ta venue est… Tout de même inattendue. »

Il ne savait pas trop quoi dire d’autre. Il se sentait coincé, piégé par le manque d’informations. Il y avait quelque chose qu’il devait entendre, quelque chose qui sortirait immédiatement de la bouche de Kylia. Un mot, un mot et il lâcherait l’affaire pour toujours, mais il devait savoir, là, maintenant. Jack avait mentit sur trop de choses, mais au moins cela avait été mis au clair. Il restait une dernière chose dont il voulait être certain… Il dressa à nouveau la tête et la regarda droit dans les yeux, sentant ses oreilles chauffer. Non il ne pouvait pas parler comme ça, pas si loin d’elle. Il se leva, prenant sa chaise et la tirant de l’autre côté pour s’assoir à côté de Kylia.

« Kylia je veux que tu sois très honnête avec moi… La parole de Jack n’a jamais été autant remise en question, mais je dois le savoir, pour de bon… »

Il prit une grande inspiration, regardant un instant la table. Son cœur palpitait, il tremblait, il avait peur. De quoi ? De la vérité, du mensonge, de tout.  Il posa ses coudes sur ses genoux, posant sa tête contre ses doigts.

« A l’hôpital… Tu… Tu as dit que… Ugh. »

Il grommela quelque chose d’incompréhensible puis posa sa tête sur une seule main, cachant ses yeux. Il devait être complètement rouge… Il était ridicule. Il avait l’impression d’être un ado à nouveau. Son cœur battait dans ses tympans, ses pensées décousues.

« Je regrette… Enormément… J’avais peur. Tu me disais toutes ces choses, et moi je n’ai rien osé dire, parce que j’avais peur, je savais pas quoi faire, quoi dire… Tu m’ouvrais ton cœur et je n’ai pas pu réagir. Tu venais de faire une crise qui a failli te coûter la vie, par ma faute ! »

Il grinça des dents, cherchant les mots, les bons mots. Comment exprimer un sentiment si profond et personnel avec des mots si plats et impersonnels !

« Je sais que je ne mérite pas ton attention, et encore moins ton affection… Mais je dois savoir… »

Il étendit sa main et prit la sienne, serrant légèrement ses doigts. Il dressa les yeux vers elle, se redressant un peu, sentant la chaleur l’emplir, ainsi que le frisson terrifiant de l’incertitude.

« Est-ce que tu serais prête à oublier que je suis un abruti fini… ? Et à accepter de m’entendre dire que… »

Sa voix se coinça dans sa gorge. Il avala d’un coup, nerveux, rouge de la tête aux pieds. Il baissa les yeux et laissa échapper un sanglot étranglé. Il était terrifié, et se battait pour enfin faire sortir les mots. Il leva les yeux luisants de larmes vers Kylia, et réussi enfin à dire :

« Que je t’aime, et que je ne veux plus jamais être séparé de toi. »

Il rit et sanglota à la fois, en détournant le regard vers leurs mains. Il avait peur… Une peur qu’il n’avait jamais sentit avec tant de puissance. Même se faire tabasser par les autres prisonniers n’était rien. La peur de mourir n’était rien. La peur de souffrir n’était rien… La peur de ne plus jamais revoir Kylia était la pire qu’il ait jamais pu ressentir.
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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Dim 27 Déc - 16:51

Il avait l'air vraiment content qu'elle puisse venir à travailler à Islantis. Comme quoi, le travail payait toujours ! Même si elle avait en grande partie choisit ce concours et cette ville pour son propre bien être et ne plus être seule et isolée à Modula, elle devait admettre que ça faisait du bien de voir une personne de plus contente de la savoir sous l'eau et bien installée. Son léger sourire s'élargit légèrement, malgré le fait qu'il était en train de lui dire qu'il était assez fatigué et qu'il avait du mal à reprendre le travail comme avant. Quoi de plus normal ? Il aurait dû ne jamais pouvoir remarcher de sa vie. Et même pour une personne valide, il n'y avait rien de pire que les positions statiques ou le piétinnement, alors pour lui ce ne devait être que plus pénible.
Elle sentait bien sa légère fatigue, sa gêne mais elle ne préférait pas lui en faire part. De toute façon il commençait à être au courant qu'on ne pouvait rien lui cacher. C'était peut-être un avantage, au fond, de tout savoir quoiqu'il arrivait, de ne pas avoir besoin de poser de questions. Il y avait quelque chose de reposant là-dedans, de ne pas avoir à mentir, de ne pas avoir à faire semblant de ne rien voir ou d'au contraire faire semblant de voir quelque chose pour tirer les vers du nez à quelqu'un. Et puis, elle ne décelait rien de profondément négatif dans ces deux légères émotions, et elle se plaisait à imaginer le temps d'une seconde que c'était bien sa présence qui rendait l'air si appaisant. Elle le sentait en attente de quelque chose, mais elle préférait jouer l'autruche et le laisser venir à elle, ne préférant pas gâcher ce moment de quiété avec une question un peu malheureuse.

Son attention se déporta sur son compliment ainsi que sa mine satisfaite en goûtant le gâteau. Elle-même n'y avait pas encore touché, ayant un peu peur du résultat, puis finalement se décida après avoir répondu non sans une pointe de malice :


« C'est surtout Nell qu'il faut remercier, je suis malheureusement plus douée pour réparer une machine à laver que pour suivre une recette de cuisine ! »

Elle le laissa parler, jetant un coup d'oeil discret derrière elle pour voir ce qu'il regardait. Une porte close, sans doute celle d'Eden, puisqu'il n'y avait a priori personne d'autre à part Jack et elle qui vivait avec Faust dans cet appartement. Ainsi donc, il avait réussi à faire en sorte que sa nièce accepte de lui apprendre le langage des signes ? Son sourire revint de plus belle. Elle n'avait douté à aucun instant de sa capacité à communiquer avec la petite, mais la réaction qu'elle aurait pu avoir en apprenant que Kylia aurait pu vendre la mèche n'aurait pas été nécessairement la meilleure. A bien y repenser, qu'est-ce qu'il avait pu servir, ce langage des signes ! A l'hôpital de Sérégon, à celui d'Islantis... Si elle n'avait pas pu communiquer avec Eden, elle n'aurait jamais essayé de venir jusque là dans l'espoir de pouvoir discuter avec Faust. Elle en serait restée à la version mensongère de Jack et n'aurait jamais eu cette conversation avec l'ancien mercenaire. Il faudrait qu'elle pense à un petit cadeau pour la fillette, quelque chose qui lui plaise, qui lui corresponde. Rien ne serait plus simple que de demander à son oncle, qui sans doute aurait plus d'une idée à soumettre.

« Ne t'en fais pas, c'est toujours difficile au début. Et puis quand on n'a pas l'habitude on ne voit pas toujours la différence entre certains signes, c'est une langue étrangère comme une autre. »

Il évoqua alors le fait de ne pas avoir de bougie. Elle s'en fichait éperduement. Les fêtes n'avaient jamais été son truc, du moins pas ce genre-là. Le tout était de passer un bon moment, peu importait comment. Elle allait le lui dire quand il lui parla de sa venue, d'un air qui la surprit plutôt. Elle ne savait pas vraiment quoi répondre à cela, il aurait fallu se lancer dans une longue explication qui aurait pu la jeter au plus profond du ridicule, et surtout la conduire sur une pente plus que glissante car tout simplement, qu'avait-elle à rajouter de plus que ce qu'elle avait déjà dit et fait ? Elle lui avait déjà tout dit le soir de sa crise, elle était allée jusqu'au bout de son procès, jusqu'à se prendre une balle dans le rein, elle n'avait plus rien à prouver et même si elle n'aimait pas cette idée qu'elle trouvait pleine de suffisance, c'était à lui de faire un léger effort pour lui dire s'il acceptait pleinement toutes ces choses ou si au contraire il préférait qu'elle s'en tienne à de la franche amitié. Son empathie lui donnait déjà une partie de la réponse, mais il se devait de la lui confirmer. Combien de personnes agissent à l'encontre de leurs sentiments ou de leurs convictions tous les jours ? Ne commencez pas le recensement, il ne serait pas fini avant une nouvelle journée.
Ses beaux yeux accrochèrent les siens et il avait l'air de vouloir passer aux choses sérieuses. C'était généralement des moments que tout le monde ne pouvait apprécier, parfois à cause des mauvaises nouvelles que l'on reçoit, souvent à cause de la tension perceptible pour tous qui monte, monte jusqu'à en devenir insupportable et nous conduire à des extrêmités auxquelles nous ne sommes pas accoutumées. C'est souvent cette tension qui semble déterminer l'issue de la conversation, qu'elle soit bonne ou mauvaise, pourvu que ça se termine et vite !

Il voulait parler de l'hôpital. De quel hôpital il voulait parler ? Celui d'Islantis où ils ne se voyaient pas à cause de Jack ? Il venait de parler de lui, du fait de remettre en doute sa parole, de ne pas croire en tous ses mensonges, surtout de les retrouver.  Ou alors celui de Sérégon, où il l'avait laissée partir alors qu'il n'aurait pas dû et pour sa santé ou pour son moral ? Elle ne se souvenait plus exactement de ce qu'elle lui avait dit, elle aurait été incapable de lui restituer la conversation mot pour mot mais elle se souvenait de cette sensation cuisante d'échec, de l'horrible sentiment d'être repoussée, de n'être rien d'autre qu'une personne de laquelle on accepte l'aide mais rien d'autre. Voulait-il remuer le couteau dans la plaie une bonne fois pour toute ? Elle ne pouvait pas nier cette hésitation douloureuse qui émanait de lui, elle voyait ses gestes qui trahissait le fait qu'il se sente perdu, désemparé, qu'il ne savait pas comment attaquer ses phrases, peut-être même qu'il ne savait pas quoi dire... Oui, la situation était décidément bien pénible, un véritable supplice. Si elle savait comment y mettre fin, elle le ferait sur le champs mais ce n'était sans doute pas la solution. Il fallait attendre un peu, le laisser développer ce qu'il avait à dire, pour une fois que rien ni personne ne pourrait venir interrompre la conversation jusqu'à nouvel ordre ?

L'idée que si elle s'était décidée à aller le voir malgré les réticences de Jack à l'hôpital d'Islantis, tout aurait été bien plus simple lui traversa l'esprit. Pourquoi est-ce qu'elle n'écoutait jamais ses instincts ? Rien n'aurait été plus simple que d'aller frapper à sa porte et de s'asseoir près de son lit, de lui prendre la main et de lui parler, tout lui expliquer, et lui dire à quel point elle était soulagée de savoir qu'il pourrait bientôt remarcher normalement. Pourtant elle ne l'avait pas fait. Elle était restée là, bien sagement allongée dans son lit, et personne n'avait vendu la mèche quant à sa présence. Comment aurait-il réagi s'il avait appris qu'elle était là, d'ailleurs ? Est-ce qu'il serait venu la voir immédiatement au risque de passer pour un fou ou est-ce qu'il aurait tout fait pour ne pas la croiser en se sentant honteux de la situation dans laquelle elle-même se trouvait ? C'était bête à dire mais c'était encore une option possible. Il avait utilisé ce genre d'argument à Sérégon pour lui demander gentiment de partir, que ce soit un prétexte ou non, mais elle se souvenait parfaitement que cette phrase était arrivée à un moment ou à un autre dans la conversation. Finalement, il valait encore mieux à toute autre situation cette conversation dans cette cuisine en un jour où il se sentirait coupable de lui mentir ou d'invoquer des arguments dégueulasses.
Il cachait son visage, sans doute pour prendre du courage, mais elle n'en était pas sûre. Le fait qu'il ait tiré sa chaise pour la rapprocher d'elle n'arrangeait pas le fait qu'elle sentait chacune des nuances de ses émotions et qu'elle ne savait pas quoi faire. Le toucher ? Le rassurer ? Elle finit par opter pour la méthode sans doute la plus efficace dans ce genre de moments : ne rien faire et attendre. Après tout, n'importe quel changement pourrait le couper dans son élan et le faire changer d'avis sur ce qu'il avait à lui dire. Même si c'était douloureux de le voir dans cet état.

Il disait encore une fois qu'il ne la méritait pas. S'il n'était pas déjà un peu infirme, elle lui aurait sans douté donné un claque pour encore dire des conneries de ce genre. Elle se contenta de prendre sur elle et d'attendre la suite. Heureusement pour lui, il décida de lui prendre la main, comme s'il possédait un sixième sens qui lui avait glissé à l'oreille que ça sentait le sapin pour cette même oreille. L'idée la fit intérieurement sourire. Il était plus rouge que jamais, mais il avait le courage de la regarder dans les yeux.
Oublier qu'il était un abruti fini et que... Elle aurait bien voulu se pincer pour être sûre de bien avoir entendu la fin de la phrase mais le sourire qui naquit immédiatement sur ses lèvres ne pouvait pas la tromper. Bon sang, il venait de le dire ? Vraiment ? Ce n'était pas une blague !? Un long soupir de soulagement lui échappa tandis qu'elle serrait un peu plus ses doigts sur les siens. Il riait, sanglotait, ne semblait pas dans son assiette alors que pourtant, ce n'était pas grand chose dans la vie d'autres personnes. Mais pas dans la leur. Tout ce temps. Tout ce temps pour enfin parvenir à un peu de paix intérieure et se dire ces quelques mots qui n'auraient jamais dû voir le jour entre eux selon les personnes bien pensantes. Mais ils n'en avaient plus rien à faire des gens bien pensants. Ils pouvaient aller se faire voir, eux et tous leurs beaux principes, leurs règles de vie, leurs belles paroles et leur hypocrisie coincée à coup de balais là où elle pensait, bon sang ! La terre pouvait s'arrêter de tourner, la verrière d'Islantis pouvait s'écrouler à cet instant précis, on pouvait venir les rechercher pour les mettre en prison tous les deux, rien n'était important, il venait de le dire. Enfin.

Son sourire ne désertant pas, elle posa sa main libre sur sa nuque et rapprocha son visage du sien, avant de prendre un air sérieux. Elle avait une envie folle de le faire lambiner mais surtout de désamorcer la situation.


« Eh bien tout dépend. » Une petite pause, histoire de ne surtout pas manquer de voir son expression changer. « Est-ce que tu es prêt à te faire sauvagement violer, là, sur le carrelage de cette cuisine ? Je suis une fille sage, tu sais, mais je crains pourtant de ne pas pouvoir pleinement contenir tous ces mois de frustration. »

Et avant qu'il ne réponde quoi que ce soit, parce qu'une parole de plus l'aurait sans doute conduite à la syncope à force d'attendre, elle se jeta sur ses lèvres, ne lui laissant aucun choix. Au diable la convenance, de toute façon, que l'on se tienne bien ou non, on finit tous par mourir. Et si pour un peu de plaisir sur terre, elle devait faire une éternité en enfer, elle voulait bien y prendre un abonnement immédiat pourvu qu'on la laissât vivre ce moment !
Et tant pis pour les bruits de pas qui se faisaient entendre dans le couloir !
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Dim 27 Déc - 18:47

« Eh bien tout dépend. »

Les mots et le regard sérieux lui jetèrent un sacré froid dans le dos. Un frisson le parcouru intégralement. Etait-ce maintenant qu’elle allait dévoiler un amoureux secret ? Est-ce qui lui avait fait subir avait été de trop ? Il sentit son propre visage se décomposer un instant. Elle avait certes posé sa main libre sur sa nuque, mais était-ce pour essayer de le rassurer, ou l’empêcher de partir dans une nouvelle émotion folle ?
Puis d’un coup son corps entier retint son souffle avec les mots qui suivirent. Un frisson tout sauf désagréable le traversa, et tout son sang se redirigea bien ailleurs pour le faire devenir pâle. Adieu rougeur de honte, bonjour joie dans le pantalon ! Parlant de frustration, des mois et des mois d’abstention faisaient bien leur travail. Il se sentait bouillant, son corps entier tremblant d’une sorte de pulsion de hâte animale. Si on n’avait pas déjà pu prouver que l’homme descendait d’un animal, en lisant les pensées de Faust on ne pouvait plus avoir aucun doute.

Elle se jeta sur ses lèvres sans plus attendre et le sort en était jeté. Il ressentit leur texture sous les siennes, et le goût qu’il n’avait pu que deviner jusque là. Le geste fit hérisser tous ses poils, la chair de poule se faisant visible sur ses bras nus. D’une main assurée il tint doucement l’arrière de sa tête, penchant la sienne pour prendre une position plus naturelle et confortable. Son souffle était bref, rêche, et bientôt il ouvrit la bouche pour laisser leur langues entrer en contact. Il aurait pu se reculer après un simple baiser, l’admirer dans toute sa beauté, avec ses yeux améthystes sublimes… Mais il avait attendu trop longtemps pour que les choses se passent comme ça. Il voulait qu’elle soit là, au plus près de lui. Et là encore, il se sentait encore trop distant…

Continuant dans une lancée qui lui vint tout à fait naturellement où la main dans sa nuque descendit doucement le long de son dos, de ses hanches, pour venir se placer (le plus naturellement du monde) sur son fessier. Avec son autre main il prit sa hanche et la souleva légèrement pour qu’elle vienne à cheval sur ses jambes, sans jamais cesser de l’embrasser. Maintenant avec sa tête dressée pour maintenir sa bouche contre la sienne. Ses mains montèrent dans son dos, contre son crâne, sur ses épaules. Il avait envie de la serrer plus fort contre lui, mais c’était à ses risques et périls ; la joie dans son jean était déjà visible, et une proximité plus prononcée allait la rendre plus… sentie, physiquement. Pas que cela l’aurait dérangé, loin de là, mais une partie encore consciente de son esprit se rappelait qu’Eden était à côté, et qu’il valait mieux pas la réveiller. Malgré ça il avait envie de la prendre contre lui, de lui retirer cette robe et de sentir sa peau contre la sienne. Ressentir le moindre soupire, le moindre souffle, le moindre murmure. Il ne ressentait plus le besoin de respirer ; il avait juste besoin d’elle.

Ses mains cherchèrent ses hanches, puis une main caressa son ventre du dos d’une main légèrement tremblante, puis remonta vers son cou en glissant légèrement sur sa poitrine. Est-ce qu’il en faisait trop ? Est-ce qu’elle serait réticente à le laisser avancer ? il n’était sûr de rien, il ne voulait surtout pas la faire fuir. Après ses mots il aurait du mal à en douter, mais une fois encore il avait l’impression de flotter, rêver ce qui était en train de se passer. Il avait Kylia sur ses genoux, il l’embrassait, elle était là… La main sur sa hanche se décida, et glissa doucement contre sa cuisse, caresser la partie qui n’était pas recouverte par le tissu de sa robe. Lentement il caressa le côté extérieur de sa cuisse, glissant sous le tissu, remontant, redescendant, caressant doucement sa peau… Son autre main glissait contre son bras, ne cessant de chercher ce contact peau contre peau, puis remonta vers son cou. Enfin il décida de détacher un peu sa bouche de la sienne et embrassa son cou, sa gorge, sa clavicule. Il tremblait maintenant, d’anticipation, de hâte. Il la voulait, là…

La main sur sa cuisse continua de remonter sous le tissu, finissant par atteindre les coutures du sous-vêtement de la jeune femme. Il joua un peu avec, sourire joueur aux lèvres. Son autre main glissa sur l’autre cuisse et ses dents vinrent se fondre contre son cou, le mordant au creux, respirant vite et fort. Il avait envie de lui dire, de le crier… Il l’aimait, et il ne voulait plus jamais être séparé d’elle. Mais ses mots étaient perdus loin dans son être, et maintenant il ne demandait qu’une chose… Ses mains se joignirent dans le bas de son dos, relevant le tissu de la robe. Elle était si proche… et pourtant pas encore assez…

Il n’avait pas entendu les pas approcher de la porte d’entrée… Et se figea de suite, comme fait de glace, alors que quelqu’un ouvrit la porte. Il dressa immédiatement la tête vers le son, et vit Jack, debout, bouche ouverte, yeux larges alors qu’il les regarda. Lui aussi était figé sur place, alors inutile se dire que la scène devait commencer à prendre de l’ampleur… Et puis les sous-vêtements de Kylia en plein jour… Doucement Faust descendit ses mains et replaça la robe de Kylia pour qu’elle soit tout de même couverte…

« Euh… Dit-il, voix un peu étranglée, respiration encore rapide. Tu rentres tôt… ? »

Il ne put empêcher la montée vers l’aigüe interrogatif de la fin. Sa joie faisait un mont dans son pantalon, et leur position n’était pas non plus anodine… Il ne fit cependant rien pour encourager Kylia à bouger. C’était leur moment… Pourquoi fallait-il qu’il vienne les pourrir ?
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Kylia Miyata

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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Dim 27 Déc - 20:51

Elle l'avait certes bien cherchée, elle n'en fut pas moins surprise de voir une telle réactivité chez l'ancien mercenaire. Agréablement surprise. La frustration chez une femme peut déjà faire des ravages, chez un homme, elle peut être encore plus diablement redoutable. Pour ne pas dire que tout peut virer au carnage, mais c'est encore une autre histoire. Elle le laissa l'attirer à lui, n'hésitant pas à lui filer un coup de main de la pointe de son pied libre. Il ne pensait tout de même pas qu'il allait pouvoir tout faire tout seul ? Et au-delà d'une simple capacité physique, s'il pensait qu'elle le laisserait faire de A à Z, il se mettait le doigt dans l'oeil. L'heure n'était certainement pas à la contemplation de leurs amours transies après un premier baiser, ils avaient passé l'âge bénie du collège où se tenir par la main était encore la plus belle chose que l'on peut faire avec son amoureuse même si les hormones travaillent alors déjà. Non, ça ils auraient le temps plus tard de s'extasier sur la qualité du blanc de leurs yeux, pour l'instant ils avaient des choses bien plus importantes à faire comme déverouiller cette foutue soupape de sécurité qui commençait vraiment à crier famine depuis le temps ! Kylia pouvait passer pour coincée aux yeux de certains, mais en tant qu'empathique, elle se permettait d'être exigeante sur la qualité des personnes avec qui elle passait ce genre de moments. Entre autres, ne pas être animé par des pulsions bizarres qui dégagent une aura particulièrement dérangeante et perturbante pendant ce genre de moments où il vaut mieux être un minimum concentré. Si c'était pour faire sa liste de course en regardant le plafond, elle pouvait le faire seule.

Faust n'avait pas besoin de se sentir gêné qu'elle puisse parfaitement sentir ce qu'il se passait dans son pantalon, bien avant ça elle avait perçu ce qu'il se passait dans son corps tout entier. Oh bon sang, ce pied d'être empathique dans certaines situations ! Elle ne pouvait que se réjouir, il était parfaitement impossible qu'elle soit insatisfaite. Au contraire, toutes les sensations de l'ancien mercenaire se transmettant de façon immdiate, autant dire qu'il avait de la marge avant de s'en faire. C'était une chose qu'elle avait découverte en devenant adulte, et elle ne s'en était jamais privée avec Jase, elle ne s'en priverait pas avec Faust. Ses frissons remontaient presque en même temps le long de leurs colonnes, comme s'il n'y avait qu'un seul mouvement. Ses étreintes avaient quelque chose de purement jouissif. Enfin, oui, enfin, elle n'avait plus à s'imaginer ce que ça faisait d'être dans ses bras, elle y était. Elle sentait parfois ses hésitations, ses tremblements, mais elle était bien trop occupée à elle même passer ses mains sur son dos et son torse pour réellement s'en soucier. Il était grand, il saurait bien quoi faire. Et sans doute avec plus d'art et de maîtrise qu'elle.

Elle pensait aussi à Eden, quelque part dans la maison, qui pourrait se réveiller et tomber sur ce spectacle bien peu recommandé pour une jeune fille de son âge, mais visiblement ils étaient bien trop en route pour se soucier d'autre chose que de ne pas faire trop de bruit. D'un geste souple, elle balaya le sol du pied et poussa la porte jusqu'à ce qu'elle soit presque entièrement fermée. Ils auraient le temps de voir arriver quelqu'un avec ça. Elle était bien optimiste si l'on prenait en compte le fait que la température ne faisait que monter et qu'en l'état actuel des choses, elle ne parvenait pas à entendre autre chose que leurs respirations et leurs accélérations cardiaques. Tant qu'il ne lui faisait pas un infarctus, elle attendrait avant de vraiment se faire du souci à ce sujet. Elle lui rendait ses sourires, l'embrassait à nouveau quand elle le pouvait, ne voulant absolument pas faire redescendre cette ambiance parfaitement planante. D'ici quelques secondes, elle allait projeter de régler son sort à ce jean, mais déjà peut-être enlever ce t-shirt pour profiter un peu plus de sa peau. Ah, si Jack les voyait !


Et merde !
Sans se soucier le moins du monde de remettre en place le haut de Faust, elle se contenta de fixer Jack, sentant bien que l'ancien mercenaire tentait de la rhabiller un peu. S'il avait su combien de représentations en juste-au-corps elle avait fait sans sa vie, il aurait su que se balader en sous-vêtements devant des inconnus n'était pas spécialement un problème. Même s'il était vrai que Jack ne la laissait pas indifférente en cela qu'elle avait une folle envie de lui arracher les yeux depuis qu'elle avait appris ses manigances. A croire qu'il avait un sixième sens et qu'il avait parfaitement compris ce qu'il se passait. Il n'était d'ailleurs pas si tard que ça pour qu'il rentre déjà ?

La situation avait quelque chose de comique. D'ordinaire, c'est plutôt les femmes ou les hommes mariés qui restent comme ça bouche bée sur le pas de la porte. Les amis, c'est pas plutôt fait pour refermer la porte d'un coup, crier un « j'ai rien vu ! » et aller se décaper les yeux au savon ? Kylia fulminait. Si graphiquement cela avait pu se voir, elle aurait sans doute été en flammes de la tête aux pieds. Son regard en disait long sur ce qu'elle pensait de cette interruption plutôt indésirée, elle. C'était peut-être le problème de Jack, de n'être absolument pas désiré. Et ça tombait mal pour lui, tout venait de retomber comme un soufflet. Du côté de Kylia, du moins (Haha!). Et il restait là, planté comme un con, la main sur la poignée de la porte.
Elle se redrassa, une main toujours posée sur l'épaule de Faust et ne put retenir son envie de sarcasmes :


« Oups, je crois que ta femme est rentrée. On avait bien choisi les horaires, pourtant. »

Elle se redressa encore un peu plus et d'un geste toujours souple, elle passa l'une de ses jambes à la verticale par-dessus celles de Faust pour s'asseoir en travers de ses genoux, les jambes croisées, toujours appuyée d'un bras sur les épaules de l'ancien mercenaire.

« Tu devrais fermer la bouche, à défaut de fermer la porte. Tu seras toujours au milieu mais au moins tu n'auras plus cet air de merlan fri. A moins que tu ne comptes te rendre à l'évidence que tes petites manigances ne marchent pas et que ce n'est vraiment, mais vraiment pas le moment de rester là comme un imbécile. Mais peut-être que tu as une déclaration d'amour à faire à Faust, auquel cas je débarrasserai le plancher sans problème et je vous laisserai régler ça entre vous ? »
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Faust McRay

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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Dim 3 Jan - 14:42

La patience n'est pas quelque chose que nous pouvons réellement comprendre, pas à ce point-là. Quand les pulsions nous prennent et que les hormones sont maîtres de nos corps, la patience est un élément inexistant.
Du coup, la réponse de Kylia à ses gestes fut tout aussi impatiente. Ils avaient attendu trop longtemps pour enfin être aussi proches, aussi unis... Les mains de la jeune brune sur son torse le fit frissonner, et plus le temps passait, plus il avait envie de retirer ses vêtements jusqu'au dernier. Mais vu la chance qu'ils avaient eu jusque là, il n'y avait rien d'autre de plus prévisible que l'apparence gênante de son colocataire.
Si on continue sur la lancée de ce qui est inexistant dans ce genre de situation, on pourra donc constater que l'autre élément qui n'aurait pas dû exister, était la coupure totale dans les lancées bestiales. Pourquoi maintenant... Tous ces mois  d'abstinence... Ils méritaient au moins ça, non? Eh bien non. Jack était un élément perturbateur fort gênant qui prenait trop de place autant physiquement que mentalement. Son apparition soudaine était vraiment, mais VRAIMENT pénible.

Kylia eu les bons mots cyniques au bon moment... Mais une réalisation le frappa dans ses paroles. Il n'avait jamais compris pourquoi Jack faisait tant attention à son bien être, pourquoi il avait tant sacrifié à ses propres dépends pour aider l'ancien mercenaire. Il avait toujours mis ça sur le compte d'une amitié solide, une volonté d'entre-aide; après tout Jack était venu vivre avec eux après avoir perdu la capacité de payer son loyer... Mais maintenant une toute nouvelle perspective venait de s'ouvrir dans sa tête. Jack, son meilleur ami, avait empêché leurs retrouvailles, alors qu'il savait pertinemment que c'était la chose qui l'aurait rendu le plus heureux du monde. Pire encore, il n'avait pas seulement caché le fait que Kylia était à l'hôpital d'Islantis, mais il avait aussi inventé toute une histoire avec le fait qu'elle se soit certainement trouvé un copain. Jack était quelqu'un de facile à vivre... Mais mentir ainsi, c'était trop étrange. S'il l'avait confronté, qu'aurait-il eu à dire pour sa défense?
C'était là où les mots de Kylia prirent tout leur sens. Jack avait fait tout ça... Par... le mot lui-même semblait impensable! Toutes ces années d'amitié et jamais il n'avait laissé paraître quoi que ce soit! Peut-être était-ce purement de la jalousie? Mais la jalousie ne pouvait découler que de ça! Mais il ne lui avait jamais fait d'avances! Même après leur première... Expérimentation, dira-t-on, dans leur jeunesse! Faust était quelqu'un de foncièrement bête quand il s'agissait des gestes et mots sous-entendus, il ne comprenait que rarement ce que pensaient les gens... SOn pouvoir lui permettait de bien comprendre les animaux, mais les humains c'était une toute autre paire de manches!

Il avait soudainement envie de crier. Hurler sur Jack, réclamer des explications... Mais c'était inutile, maintenant que les liens s'étaient fait dans sa tête. En lieu de cela ce fut Kylia qui réagit à nouveau, se redressant et passant une jambe au-dessus de celles de Faust pour s'assoir en travers de ses genoux; une fois les jambes croisées elle maintint un air détendu, bien que fortement agacé; au moins là dessus ils étaient très en accord. Il ne put s'empêcher de sourire à ses mots, et posa une main ferme sur le genoux de la jeune femme. Si Jack n'avait pas été là à les fixer, il aurait bien remonté sa main sans vergogne pour venir caresser son ventre sous sa robe... Mais décidément l'heure n'était pas tout à fait à cela. Il n'avait qu'une envie, c'était de demander à leur invité surprise de se casser. Mais si ce dernier avait un minimum de cerveau, il n'aurait même pas besoin que l'on lui dise... Et ça, ce n'était pas vraiment gagné vu son acharnement à les maintenir séparés, d'une façon ou d'une autre.

"Si quelqu'un doit débarasser le plancher, c'est bien lui." Dit-il en posant un baiser sur l'épaule de la jeune femme.

Il leva des yeux froids vers Jack. La surprise qu'il avait ressentit à son apparition soudaine venait de rapidement se changer en agacement presque mesquin. Au moins, après les mots de Kylia, il avait maintenant la bouche fermée, et un air hésitant.

"Contrairement à toi, Kylia sera toujours la bienvenue, à n'importe quelle heure, n'importe quel moment, elle ne gênera jamais. Toi en revanche, c'est une toute autre histoire. Là par exemple, tu gênes."

Les mots semblèrent un peu frapper Jack, alors qu'il ne pu détacher ses yeux d'eux. Il grimaça un instant, laissant monter une haine que l'ancien mercenaire n'avait jamais vu auparavant.

"Alors quoi?! Maintenant t'as trouvé quelque part où fourrer ta queue t'as juste besoin d'elle?! Qui t'a aidé toutes ces années, qui a sacrifié tout son temps pour toi?! J'ai sacrifié ma vie pour que tu sois heureux et bien! Sans jamais demander quoi que ce soit en échange!"

"Oh il y a pleins d'endroits où j'aurais pu me fourrer, Jack... Ce serait ça que tu me reproches? De ne pas t'avoir fourré toi en guise de remerciements?"

A cela Jack détourna le regard, visage rouge au possible. Cela énerva l'ancien mercenaire... Certes peut-être que Kylia n'avait pas vraiment sa place au milieu de cette conversation, mais il n'avait aucune intention de la faire partir. Elle était là, enfin... Il maintint une main ferme sur son genoux, signalant qu'elle n'avait aucune raison de bouger. Il garda un regard froid sur Jack. Bon, ce dernier allait-il enfin les laisser tranquilles? ou fallait-il qu'il le pousse par la porte lui-même? Mais malgré tout il savait que tant que le sujet n'était pas réglé, il n'aurait pas la consciente tranquille pour s'occuper correctement de Kylia... Il n'avait pas envie d'avoir la tête dans les nuages alors que tout ce qu'il voulait depuis si longtemps était à portée de main... Et d'autre chose pour le coup. La pensée même lui donna un coup de chaud qui devait bien se sentir. Bon sang pourquoi Jack avait-il fait irruption maintenant?

"Alors maintenant, que veux-tu Jack? Il n'y a rien que je puisse t'offrir en excuses ou remerciements. Nous en sommes là, à un point où je ne veux plus jamais être séparé de Kylia, que j'aime plus que tout au monde, et où toi tu interviens dans des affaires qui ne sont plus de ton ressort."

Jack les contempla un instant en silence, pendant lequel Faust caressa le dos de Kylia; vu qu'il ne pouvait pas faire plus en présence de son "ami". Il fallait vraiment résoudre cette affaire au plus vite, où il allait exploser... L'impatience mêlée à l'énervement contre Jack donnait un résultat dangereux quant aux balances d'hormones... Si Jack ne se bougeait pas l'arrière train rapidement il serait témoin d'une perte de contrôle de Faust qui ne pourrait plus se contenir pour longtemps. La proximité de Kylia le rendait fou, et l'envie ne se faisait que plus forte à chaque secondes.

"N'y a-t-il pas le moindre espoir que...?"

Avant qu'il ne puisse finir sa phrase, Faust s'enflamma. Non mais sérieusement, il allait quand même s'accrocher! Il savait exactement ce qu'il allait dire, alors inutile d'en entendre plus. Avant de connaître Kylia, l'idée d'être avec Jack ne lui avait pas traversé l'esprit, mais il aurait déjà eu plus de chances de réussir. Là il partait du principe que Faust allait peut-être, au bout d'un moment, se lasser de Kylia, comme si elle n'était qu'une envie passagère. Il brûlait de rage de la tête aux pieds. Comment ne pouvait-il pas comprendre que c'était foutu?! Il n'allait quand même pas se partager entre Kylia et lui, ce n'était pas possible dans son esprit!

"Mais tu te rends compte de ce que tu dis?!" Grogna-t-il. "Tu penses que Kylia est juste une envie passagère et que demain elle n'existera plus dans ma tête?!"

"Alors quoi! Tu vas l'épouser?! Après tout ce que tu lui as fait subir?!"

"Si elle me veut bien, oui!"


Maintenant que les mots étaient sortis, il était un peu tard pour faire autrement. L'énervement l'avait fait monter au pic de ses envies, et que là, Jack ou pas Jack, demande en mariage pas camouflée du tout ou non, il tremblait, était très à l'étroit dans son jean, et ne pensait qu'à retirer la robe de Kylia. Il posa sa tête sur son épaule pour cacher son visage. Coincé entre une gêne palpable et ses pulsions bestiales. Au même instant, Jack claqua la porte de la chambre et disparut. Il avait laissé derrière lui un plus gros silence encore... Enfoiré de Jack. Il ne savait pas quoi faire. il dressa des yeux un peu creux vers Kylia, essayant de ne pas regarder autre chose que ses yeux.

"Enfin... C'est comme tu veux quoi."

Romantisme à son paroxysme. Lui qui avait toujours voulu une demande plus traditionnelle le genoux sur le plancher... Et là réalisation de ce qu'il venait de faire l'avait soudainement refroidi. Pendant quelques instants il ne pouvait plus du tout bouger et réfléchir, figé, comme fait de glace. Puis la réalisation lui fit un second coup... Et là, son coeur se mit vraiment à battre la chamade. Il l'avait demandée en mariage. Il l'avait vraiment fait. Il était terrifié. Et si elle partait en courant? Et si il avait dit les mauvaises choses? Et si elle était dégoûtée de lui?! Ses pensées étaient si emmêlées qu'il en avait oublié ses pulsions de chaleur au profit d'une hystérie nerveuse. Il ne pu que tenter de la regarder droit dans les yeux, comme un lapin prit entre deux feux. Il avait vraiment fait une grosse connerie... Qui n'en n'était pas moins sincère... peut-être que c'était ça le pire.
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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Jeu 7 Jan - 23:00

Elle ne comptait certes pas être tendre avec Jack, pas après ses petites manigances, elle ne voulait pas non plus l'humilier jusqu'au bout. Seulement lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas faire ce qu'il voulait de deux adultes capables de se débrouiller sans lui, et qu'il aurait été dans son intérêt de ne pas essayer de les séparer. Certes, si ce qu'elle pensait sentir comme émanant de lui était bien ce qu'elle imaginait, il aurait souffert, mais il n'aurait pas été aussi indésiré, aussi haï... Quelque part il lui faisait de la peine, il réagissait comme une personne désespérée, incapable de se sortir d'une situation ardamment attendue, façonnée mais tout sauf maîtrisée. Il n'avait en aucun cas pensé aux conséquences si ses mensonges venaient à être découverts, et pire encore, il avait l'air de ne pas douter un instant d'avoir choisi une solution qui pouvait ne pas être la bonne. Comme un ultime pari : tout garder ou tout perdre.
Un pari peut-être un peu risqué quand l'on connaissait Faust et ses réactions parfois surprenantes.

Alors qu'elle aurait justement souhaité se lever pour sortir de la pièce et se dégager de cette tension qui ne cessait d'augmenter, pour ne pas dire qu'elle montait en flèche comme si elle voulait atteindre un sommet à la limite de l'insoutenable, elle sentit une main ferme se poser sur son genou, mêlée d'une sorte de cocktail entre désir et agacement qui commençait à lui nouer l'estomac. Dire que si elle n'était pas encore si fatiguée physiquement, cela ne lui poserait sans doute pas autant de problèmes à supporter une petite altercation entre deux individus légèrement en désaccord. Même si une émotion légère chez Faust ne devait sans doute pas survivre bien longtemps face à l'arrivée imposante de son caractère particulièrement entier voire enflammé. Ce qui n'était bien entendu pas pour lui déplaire, dans des circonstances moins hostiles que celles-ci... Et puis elle ne savait pas quoi dire. Elle ne connaissait suffisamment ni l'un ni l'autre pour réellement avoir une chance d'appaiser la situation, et si elle rêvait déjà de leur dire qu'elle les laissait dix minutes discuter le temps qu'elle aille prendre l'air, elle avait compris avec le geste de l'ancien mercenaire qu'il ne lui laisserait pas le choix. Dans tous les cas, il était suffisamment énervé pour qu'il ne comprenne pas ce choix de sa part, quand même bien elle le dirait sur le ton le plus gentil du monde. Il aurait bien trop peur qu'elle ne revienne pas, et la situation ne ferait qu'empirer. Si elle avait bien compris une chose avec Faust, c'est qu'il valait mieux conserver une situation stable quand elle avait une tendance explosive. Alors tant pis, elle se concentrerait sur une chose pendant tout le temps que durerait cette conversation entre les deux hommes et elle essaierait de faire abstraction de toute la mauvaise humeur qui se baladait dans les airs sous diverses formes.

Certes, elle n'avait pas été tendre avec ses paroles, mais elle ne se serait jamais permise de demander à Jack de partir ouvertement. A vrai dire, elle aurait bien aimé qu'il comprenne immédiatement et ne se pose pas trop de questions quant à son message subliminal. L'ancien mercenaire, lui, avait décidé d'être plus incisif. Beaucoup plus incisif, presque trop. Mais toujours poli. Contrairement à Jack qui avait l'air de ne plus pouvoir retenir sur son cœur un excédent de vulgarité dont toutes les personnes présentes se seraient bien passé, surtout elle. Elle ne pouvait pas véritablement savoir ce que Faust pensait véritablement d'elle, c'était vrai, mais s'il n'avait vraiment été attiré que sexuellement par elle, il aurait eu bien des occasions d'abuser d'une situation de force ou simplement de moments d'ambiguité pour obtenir ce genre de compensations affectives. Oui, Jack l'avait aidé et oui, il avait sans doute sacrifié beaucoup de choses pour lui, mais il était son ami, après tout, il l'avait bien choisi ? Même si elle pressentait une jalousie d'un tout autre genre, il fallait qu'il se rende à l'évidence, Faust n'avait pas l'air d'avoir déjà manifesté une quelconque intention de le couvrir d'amour, à moins qu'elle n'ait loupé un épisode et qu'elle ne vienne de briser un couple homosexuel sans le savoir. Oui, mais quelqu'un le lui aurait bien dit, non ? Gus n'aurait pas parlé des ex-copines de Faust, Eden lui aurait bien fait un commentaire, elle l'aurait d'ailleurs détestée si son irruption dans la vie de son oncle avait bouleversé son équilibre de vie. Non, l'option n'était pas envisageable, quoique tout de même troublante.
L'angoisse montait, et ne venait pas d'une autre personne. Elle avait une envie furieuse de se lever et d'aller prendre l'air au dehors, si tant est qu'elle puisse vraiment prendre l'air dans les rues d'Islantis, où les émotions restent un long moment bloquées sous le dôme de verre. Mais elle ne pouvait pas. Repousser Faust à cet instant serait donner raison à Jack, ce serait donner une raison à l'ancien mercenaire de croire qu'elle n'était pas une bonne solution. Ce qui était peut-être le cas, après tout elle ne savait pas lire l'avenir. Mais elle remarqua tout de même qu'il n'envisageait à aucun moment que Kylia ne le laisse tomber. Non, ça il avait bien compris depuis le temps qu'elle ne le lâcherait pas de sitôt. Non, ce qu'il voulait prouver, c'était que lui allait se lasser, et qu'il allait retourner à l'irrémédiable routine d'avant, à celle où il rentrait le soir pour les retrouver Eden et lui. Et Kylia ne faisait clairement pas partie du tableau. De plus en plus sur le point de suffoquer, elle se disait qu'après tout, elle était bien prête à foutre le camps, tout de suite, pourvu qu'elle puisse respirer un grand coup et laisser ses muscles se détendre.

Les paroles de Faust se faisaient lointaines. Très lointaines. Elle saisissait ses mots mais ne parvenait ni à s'en réjouir ni à s'en sentir flâtée. C'était comme si leur sens, au lieu de se déposer bien sagement dans son cerveau pour rester dans sa mémoire et délivrer le message initial, décidait qu'il n'était pas nécessaire de s'installer. Elle aurait peut-être aimé savoir ce qu'il disait, mais elle n'en était pas sûre. Tout ce qu'elle savait, c'était que cette situation la rendait mal à l'aise. Très mal à l'aise. Au plus ça allait, au plus le détonateur que semblait devenir Faust lui donnait l'impression de lui comprimer la cage thoracique jusqu'à la faire exploser. Son désir qui quelques minutes plus tôt lui donnait l'impression de planer la prenait alors à la gorge, une sensation désagréable, agressive, comme si tout le corps de Faust tentait de la prendre entre des griffes imaginaires pour la réduire en charpie. Bon sang, il ne pouvait pas la lâcher, la laisser sortir deux minutes ? Ce n'était pas comme si elle avait une réelle envie de s'enfuir, juste de survivre. Elle espérait simplement ne pas faire une crise, comme à l'hôpital, même si elle savait qu'elle n'était pas assez fatiguée pour. Elle pourrait bien tenir, après tout, elle avait connu bien pire. Même si pour une fois, elle aurait bien compté sur un peu de chance pour ne pas avoir à couper un moment si... intense. Le contraste rendait d'ailleurs cette mauvaise tension encore plus désagréable.

La détresse de Jack lui parvenait, comme des signaux impitoyables, inévitables, mais ce n'était certainement pas à lui d'avoir pitié d'elle. Est-ce qu'il accepterait seulement de savoir qu'elle avait pitié de lui ? Sans doute pas, non. Que savait-elle d'eux, après tout ? Pas plus que ce que ses recherches pour mener à bien le procès lui avaient révélé. Le doute lui revint alors. Pourquoi Jack était-il si désemparé s'il n'y avait rien ? Elle essayait de s'imaginer la même situation avec Charly, mais rien ne pouvait être pareil. Charly serait enjoué à l'idée de la savoir avec quelqu'un, de savoir que sa vie allait changer, sortir un peu de sa monotonie solitaire. Et puis, on ne pouvait pas vraiment dire que sa situation avait quelque chose à voir avec celle de Faust. Elle savait qu'il avait été handicapé un moment, un bon moment, même, et qu'il avait dû s'occuper d'Eden dans un état qui ne lui permettait pas au départ de prendre en charge une enfant de cet âge. Des besoins naturels à combler ? Un manque cruel de soutien affectif ? Une compensation pour une aide apportée de bonne grâce ? Tout était envisageable, mais rien ne paraissait sûr non plus. Elle s'imaginait mal Jack faire du chantage à un vieil ami pour obtenir une faveur de ce genre, même si c'était de toute évidence ce qu'il était en train de faire sous ses yeux, d'une certaine manière, et ce délibérément. Un frisson d'effroi la parcourut. Jusqu'où avaient-ils bien pu aller ? Quel avait été leur passé commun ? C'étaient autant de questions auxquelles elle ne voulait pas les réponses, à vrai dire elle avait un peu peur de ce qu'elle pourrait découvrir. Mais encore une fois, Faust ne semblait pas avoir le profil d'une personne inconstante, et puis on l'aurait bien mise en garde.
Elle se rappela alors que personne au monde ne pouvait lui mentir bien longtemps. Et depuis le temps qu'ils se cherchaient, elle ne pouvait nier qu'en effet, il devait bien y avoir quelque chose de plus qu'une simple passade. Et toute la discussion qu'ils venaient d'avoir ne pouvait pas être mise au placard comme ça. Mais tout était si confus dans sa tête... Elle n'en pouvait plus d'avoir l'impression que le monde tournait à une vitesse folle, elle avait juste besoin d'air, d'un grand coup d'eau froide sur le visage, de s'allonger un moment... Les gestes de Faust étaient relayés au second rang tandis que comme une douleur fantôme, sa cicatrice commençait à lui faire. Une douleur légère, mais lancinante, qui avait l'air de faire des pics et des rechutes comme un rien.

La porte claqua. Elle sursauta et l'impression que  l'air arrivait de nouveau dans ses poumons la saisit avec une telle force qu'elle se sentit la force de se lever. L'empathique baissa les yeux sur Faust, qui semblait au comble de la gêne, ne sachant plus où se mettre. Il venait de se passer quelque chose, mais elle ne savait pas quoi. En tous les cas, il venait de lui poser une question pour laquelle seul son avis comptait. Laquelle, c'était une autre histoire, et elle ne se sentait absolument pas de se poser la question, là, à l'instant.


« Je... J'ai pas tout suivi, je crois que j'ai loupé un épisode. » D'une main ferme mais délicate, elle retira les mains du barman et lui fit doucement relever la tête. « Excuse-moi, il faut que je respire un moment, j'ai l'impression que je vais tomber dans les pommes. »

Elle se leva et fit quelques pas jusqu'à la fenêtre qu'elle se permit d'ouvrir, avant d'y prendre une grande goulée d'air frais. Bon sang, qu'est-ce que ça pouvait faire du bien ! Les yeux fermés, elle respira profondément pendant un certain temps qui lui parut court, mais qui avait bien pu durer plusieurs minutes. Elle sentait que sa tête n'était plus sur le point d'exploser. Elle se retourna vers l'ancien mercenaire, le dos appuyé contre le rebord de la fenêtre et rouvrit les yeux pour lui adresser un léger sourire.

« Vous devriez faire attention, tous les deux. Autant de tension ce n'est pas bon pour l'organisme, et puis ça n'est pas bon pour moi non plus, mais ça je crois que Jack s'en fiche pas mal. » acheva-t-elle en riant légèrement, plus pour détendre l'atmosphère qu'autre chose. Elle soupira longuement. « J'ai l'impression de ne plus savoir où j'habite avec tout ça ! Vous m'avez fait perdre la tête avec toutes vos histoires. »

Elle regarda plus longuement Faust, presque incapable à cette distance de déterminer exactement ce qu'il ressentait tant elle repoussait son aura pour qu'elle ne vienne pas plus la crisper, au cas où. Finalement, après un moment, elle osa tout de même une approche pour en savoir plus :

« Tu aurais dû me dire que Jack et toi aviez une certaine proximité. Même si bien sûr, tu n'avais pas l'air de te douter de tous les détails, mais je ne pouvais pas imaginer un seul instant qu'il ferait tout ça pour te garder. J'ai l'impression de t'avoir arraché à lui, ça me fait presque mal pour lui. Mais bon, je ne vais pas être trop charitable non plus, il n'a quand même pas été très fairplay dans sa manière de faire. »
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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Sam 9 Jan - 14:26

Faust avait été tant paniqué qu'il n'avait pas réfléchit un instant aux répercussions de l'effusion des émotions négatives qui avaient surgit dans la salle sur l'empathique. Une fois de plus, Faust ne réfléchissait pas avant d'agir, et fonçait tête la première dans une situation qui pouvait s'avérer très dangereuse pour Kylia. Quelque part il avait voulu qu'elle reste par égoïsme... Qu'il ait un point d'accroche, qu'elle-même voit qu'il n'avait aucun doute sur ce qu'il voulait, qu'il la voulait elle, et personne d'autre.
Et puis la demande en mariage... Ca, c'était vraiment sortit de nullepart. Il se trouva d'autant plus con une fois Jack hors de la salle, lorsque Kylia réagit pour la première fois depuis qu'ils avaient entamé cette discussion. Et les mots qui sortirent de sa bouche le raidirent de suite. Ah. Ah? Alors euh...? Elle n'avait pas entendu? Ou faisait mine de ne rien avoir entendu? Son coeur battit soudainement plus rapidement qu'avant, serrant sa poitrine douloureusement. Non, il se faisait des idées, l'empathie de la jeune femme avait très bien pu la mettre dans un état second... N'est-ce pas?

Elle se leva et ouvrit la fenêtre. Il n'osa même pas la regarder partir, son esprit complètement vide. Elle n'avait juste rien entendu, et agissait parfaitement normalement pour quelqu'un qui était tout a fait ignorante de la situation. Voilà, hein. Il fallait bien qu'il se mette ça en tête. Il était bien plus soucieux de cela que du départ rapide de Jack; au point où il en était maintenant, son engueulade avec son ami était tout à fait secondaire. Le silence qui s'étendit entre eux n'aida rien à ses propres nerfs qui étaient en train de lâcher. C'était abominable cette sensation... Mais il n'osait pas ouvrir la bouche pour combler ce silence. Peut-être qu'elle avait entendu mais attendait de s'être calmée pour en parler?
Non mais vraiment... A la fin, elle l'avait entendu ou PAS?! Ne pas savoir le faisait trembler, et honnêtement, ça le rendait juste dingue. Cependant il fut soulagé quand elle prit la parole pour parler de tout à fait autre chose. Bon ça, au moins, ça lui permettait de penser à ses mots, et non ses propres pensées confuses et mal renseignées.

« Vous devriez faire attention, tous les deux. Autant de tension ce n'est pas bon pour l'organisme, et puis ça n'est pas bon pour moi non plus, mais ça je crois que Jack s'en fiche pas mal. »

A cela il rit un peu nerveusement en même temps qu'elle. Ouais, détendre l'atmosphère n'était pas le fort de l'ancien mercenaire.

« J'ai l'impression de ne plus savoir où j'habite avec tout ça ! Vous m'avez fait perdre la tête avec toutes vos histoires. »

Et moi donc... Pensa-t-il un peu amèrement. Ils avaient été coupé dans un élan particulièrement agréable, et ça le rendait un peu aigre. Bon, au moins il était clair qu'ils ne reprendraient pas de sitôt. Il la contempla avec une certaine peine. Pourquoi avait-il fallu que Jack se pointe bon sang...? Il soutint alors le regard qu'elle lui jeta. Il ne savait pas trop ce qu'il y lisait, si c'était de l'énervement, de la tristesse, de la confusion. Tout ce qu'il savait, c'était que les mots qui suivirent démontraient le fait qu'elle avait besoin d'en savoir plus, de comprendre ce qu'il se passait entre eux.

« Tu aurais dû me dire que Jack et toi aviez une certaine proximité. Même si bien sûr, tu n'avais pas l'air de te douter de tous les détails, mais je ne pouvais pas imaginer un seul instant qu'il ferait tout ça pour te garder. J'ai l'impression de t'avoir arraché à lui, ça me fait presque mal pour lui. Mais bon, je ne vais pas être trop charitable non plus, il n'a quand même pas été très fairplay dans sa manière de faire. »

Quelque part, c'était douloureux de devoir ressasser ses souvenirs pour trouver juste les bons. Il n'avait pas envie de faire ressugrir tout ça, et encore moins de s'expliquer à Kylia. Il n'avait jamais dit tout ceci à qui que ce soit; après tout, cela avait été clair pour les deux concernés, c'était un sujet personnel qui n'aurait sans doute jamais raison d'être redit à haute voix. Mais aujourd'hui les rôles s'étaient inversés, et il avait un sentiment pire que ce qu'il n'aurait pu avoir en d'autres circonstances. Il regarda un instant dans les yeux de Kylia, sentant sa détermination, son besoin de savoir, de comprendre. Il grinça des dents et détourna le regard.

"Il a été pire que pas très fairplay. Il a dépassé les bornes."

Il inspira profondément, sentant son coeur se serrer. Pour bien expliquer leur passé, il devait aussi faire ressurgir toutes les émotions qu'il avait vécu, et ça, c'était plus douloureux qu'autre chose. Il n'avait pas envie de se torturer bien sûr, mais Kylia méritait de savoir, de comprendre. C'était tellement pire de se préparer à dire tout à haute voix.

"C'est drôle que les rôles se soient échangés comme ça..."

A nouveau il souffla, et regarda ses mains, se préparant à dévoilà leur histoire.

« Jack et moi… On est devenus amis dans notre jeunesse, pendant l’adolescence. On a traversé des moments difficiles ; moi avec ma famille, lui avec sa mère. Nos hormones commençaient tout juste à prendre une place imposante et gênante dans nos vies… Nous étions mutuellement le seul ami que nous avions. Et à force de se côtoyer bah... On s'est rapproché. Au début c'était juste une bête expérimentation, un premier baiser..."

Il sourit un peu nerveusement.

"On n'a jamais décidé de se mettre ensemble, c'était juste comme un jeu... Puis plus on a grandi et plus ça devenait sérieux. On allait plus loin, plus proches... On découvrait nos corps ensemble."

Cette fois-ci un rire nerveux audible sortit d'entre ses dents serrées.

"Mais Jack n'a jamais voulu aller jusqu'au bout. Il me cachait quelque chose depuis un moment, et j'avais eu le temps de... M'attacher à lui. J'avais été envoyé en école privée, donc je ne savais pas comment ça se passait pour lui en cours; on se voyait quand je rentrais pendant des vacances et des choses comme ça... Ce que je ne savais pas, c'était que pendant mon absence, il avait fait une rencontre à l'école... Lou. Une gamine fragile, mais sensible, que Jack avait commencé à protéger des brutes de la classe... Ils sont tombés amoureux."

Il détourna le regard vers le mur, essayant d'étouffer la remontée d'émotions... Sans trop de succès. Il n'avait plus besoin de se morfondre, cela faisait déjà si longtemps! Et pourtant si, les sentiments de son adolescence étaient encore bien là, et c'était horrible de se retrouver à nouveau dans les filets de tout ça.

"Le jour de mon anniversaire, pour mes 18 ans, il est venu avec Lou, disant qu'ils allaient passer le reste de leur vie ensemble. J'ai ravalé ma fierté, et ai fait comme si de rien n'était, comme si mon attachement à Jack n'avait été que physique. Le lendemain je quittais la maison pour faire ma propre route."

Il se leva et se mit dos à Kylia, main tremblante.

"C'est à cause de Jack que j'ai commencé le mercenariat... Après avoir été refusé à l'armée, je ne savais plus quoi faire. L'idée même de leur voir, heureux avec Lou, tous les jours... Ca me rendait malade. Alors je me suis durcit, j'ai fuis. Rencontrer Gus m'a aidé à l'imiter, avoir maintes et maintes petites amies pour combler le vide que Jack avait provoqué... Ca ne durait jamais, mais ça m'a permis de ne plus avoir la capacité de réellement m'attacher."

Il se frotta le front, ébouriffant ses cheveux, toujours dos à Kylia.

"Puis tu connais sans doute l'histoire... Des années ont passé, je n'ai pas revu ma famille, mes amis... Il n'y avait que le travail, que la mort qui m'entourait. Puis un employeur m'a foutu dans un fauteuil roulant, et j'ai supplié Jack de me venir en aide à partir du moment où Eden a été obligée de rester avec moi. Je ne connaissais personne d'autre, aucun collègue mercenaire n'était réellement digne de confiance. J'avais eu le temps de m'habituer à tous types de souffrances, alors revoir Jack ne m'a rien fait. J'avais déjà oublié le goût des larmes, de l'émotion... C'était plus facile. Nous n'avions jamais reparlé de notre relation, surtout après que Lou soit tombée malade... Elle a quitté Jack, une semaine avant de mettre fin à ses jours. Il devait me soutenir moi, et n'avait personne à qui parler à propos de tout ça."

Il se retourna vers Kylia, larmes aux yeux, sourire aux lèvres.

"On est resté amis, dira-t-on. Il m'aidait au bar, je l'hébergeais. En rester là m'était suffisant... Jusqu'à ce que je te rencontre. Là les rôles se sont inversés, et je pensais qu'il était heureux pour moi, que j'arrive enfin à retrouver ces émotions... Mais non, apparemment."

Il essuya une larme en soupirant, les épaules complètement lâchées.

"Je n'ai jamais retrouvé un quelconque sentiment pour lui, ce bateau-là avait déjà mis les voiles. J'arrive pas à croire qu'il ne m'ait rien dit, toutes ces années, depuis qu'on a le bar. Je sais pas... Je sais pas ce qu'il a dans la tête, je sais pas ce qu'il imaginait, que rien ne changerait jusqu'à nos mort... Mais tout ce que je sais, c'est que je t'aime, maintenant et pour toujours, et que Jack aurait eu son mot à dire s'il avait eu les couilles de le faire avant. Tu ne m'as pas arraché à lui, loin de là. Tu m'as permi de me sentir à nouveau humain, à nouveau vivant. Après mes années de mercenariat, je ne pensais pas retrouver mon Humanité. Même avec le bar, même malgré les apparences, j'ai toujours gardé une distance quand aux contacts avec les clients... "

Il se rassit, la tête dans les mains.

"Et ce con a pas la décence de nous laisser en paix comme moi je l'ai fait pour lui... Je voulais pas que tu saches tout ça, tu n'avais pas besoin à la base... Mais bon, c'est fait, alors je n'ai plus aucune explication à donner."

Ses larmes avaient séché, il n'avait plus d'émotion. C'était passé, c'était déjà ça. Il avait envie de prendre Kylia dans ses bras, la tenir contre lui, respirer son doux parfum musqué... Mais il ne savait pas comment elle avait prit cette découverte, et espérait que cela ne changerait rien... Sinon Jack aurait réussi, jusqu'au bout, à pourrir sa vie.
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MessageSujet: Re: We've built up our Heaven on the back of Hell   Mar 9 Fév - 15:58

Elle ne savait pas vraiment à quoi s'attendre quand elle avait soulevé ce léger problème. En soit, elle aurait pu vivre sans le savoir si Jack n'avait pas fait des siennes, après tout le passé reste le passé et avoir une potentielle histoire avec un autre homme ne serait jamais la pire chose que Faust aurait fait dans sa vie compte-tenu du reste. Et déjà que le reste ne lui faisait ni chaud ni froid, ce n'était pas une amourette de jeunesse qui allait lui faire peur. De toute façon, Gus le lui avait dit : l'ancien mercenaire avait eu un paquet de copines, des gourdasses mais des bons passe-temps, alors même si pour le coup elle n'avait aucune envie de traite Jack de gourde -encore que-, une de plus, une de moins, qu'est-ce que ça pouvait faire s'il comptait bien la garder elle et uniquement elle à présent et pour l'avenir ? Il était sincère dans ses émotions, elle le savait et il savait également qu'il ne pouvait pas lui mentir sur ce point-là. Rien ne l'obligeait donc à tout lui raconter dans le détail.
Elle avait envisagé tous les cas de figure l'espace d'un battement de cils. Il pouvait rejeter l'affirmation, lui dire que Jack s'était fait des films et qu'il avait toujours été contre cette interprétation de leur relation, ce qui était possible mais peu probable. Alors quoi d'autre ? Balayer d'un revers de la main en disant que ça n'avait pas d'importance, que c'était une vieille histoire et que son ami ne s'en était jamais vraiment remis. On revenait donc à Jack qui se faisait des films et à Faust en grand bourreau des cœurs inconscient de ses actes, même si elle n'y croyait pas vraiment. Ce n'était pas vraiment le genre de la maison, pour le peu qu'elle en avait vu. Tuer, oui, mettre en pièce, pourquoi pas, mais blesser au sens figuré, déjà moins négociable. Certes, la destruction faisait partie intégrante de sa personne, et d'une certaine manière, il devrait constamment lutter avec cette part de lui-même et elle lui faisait entièrement confiance sur ce point.
Alors s'il ne pouvait pas être le tortionnaire, quelle était donc cette solution miracle ?

Les rôles s'étaient inversés ?... Pardon ?
Il lui fallut plusieurs minutes et les longues mais nécessaires explications de Faust pour mieux comprendre ce qu'il se passait. Des amours contrariées de jeunesse, un égoïsme à toute épreuve -pourquoi ça ne l'étonnait pas ?- et un furieux besoin de se libérer de tout ça. Ouah, heureusement que tous les adolescents amoureux ne devenaient pas mercenaires, la vie serait de suite beaucoup moins légale. Ou alors les lois seraient devenues tout le contraire de ce qu'elles devraient être et régiraient le chaos plutôt que l'ordre, ce qui en soit pouvait être un concept intéressant. Dans un coin de désert paumé où de toute façon personne ne se rend à moins d'avoir de la famille ou besoin d'aller voir des trafiquants, ce qui dans 90% des cas revenait au même. Alors comme ça, Jack avait été la première expérience de Faust ? Elle sentait sa douleur, elle comprenait bien que ça n'avait pas dû être facile. Elle ne connaissait pas les détails, mais il n'y avait qu'à voir l'état de la famille McRay pour comprendre que tout n'avait pas toujours été rose malgré le confort de vie que les parents avaient pu offrir à leurs enfants. Selon le bon vieil adage, l'argent n'achète pas le bonheur. Ou alors c'est que vous êtes un sociopathe capitaliste mais ne vous en faites pas, ça ne se soigne pas, vous pourrez être heureux jusqu'à la fin de vos jours.

Elle s'imaginait déjà devoir quitter l'appartement sous les avoeux de Faust, lui confirmant la version plutôt amère de Jack. Celle dans laquelle elle n'était qu'un amusement, une passade et qu'il reviendrait toujours à ses premières amours, parce qu'on y revient toujours, comme le dit si bien la chanson. L'empathique ne pouvait cependant pas voir l'ami de l'ancien mercenaire autrement que comme une araignée qui doucement mais sûrement aurait espéré pouvoir dévorer sa proie, en étant sûre qu'elle est parfaitement prise au piège dans sa toile. Quelque part, ses arguments étaient légitimes, il avait tout fait pour que Faust soit heureux, pour l'aider à s'occuper d'Eden ; il avait fait toutes ces choses comme l'aurait une compagne, une épouse, mais ils auraient sans doute été légitimes si le barman avait su ses véritables intentions. A moins qu'il n'eût préféré qu'il ne s'en doute jamais et que leur vie continue de passer, comme ça, même si l'aspect sexuel d'une relation de couple avait été jetée sur le tapis par Jack lui-même. Certes, à propos d'elle-même, mais on n'évoque jamais quelque chose dans ce genre de conversation si on n'y a pas soi-même pensé à un moment où à un autre. Les amoureux transis et silencieux ont toujours tort : les soins que l'on prodigue sont certes louables, mais s'ils sont pour des desseims égoïstes et secrets, ont-ils encore lieu d'être ? Sur ce plan, Kylia et lui étaient à égalité. Elle en avait fait autant, en prenant cependant bien plus de risques, mais elle préférait ne pas trop se valoriser car après tout, s'occuper de quelqu'un sur la durée ce n'était pas la même chose. Mais la jeune femme l'avait fait de façon désintéressée, elle s'en rendait bien compte. Avant d'y avoir longuement réfléchi, elle ne s'était pas rendu compte de ses sentiments pour l'ancien mercenaire, elle l'avait sorti de sa situation pour réparer ses propres erreurs, et pour ne pas laisser une petite fille seule sans son père adoptif. Le reste était venu après, et puis s'il l'avait rejetée, elle s'en serait peut-être remis, d'une manière ou d'une autre, en se disant qu'elle lui aurait porté la poisse et que l'on ne peut pas forcer les gens à nous aimer. Oui, s'il lui disait, là, à l'instant qu'il ne voulait pas d'elle s'il devait perdre Jack, elle était prête à passer cette porte et à ne jamais la franchir à nouveau, à faire en sorte de ne pas passer dans le quartier et de tout faire aussi pour ne pas croiser Eden.

Il lui tournait le dos, ses émotions commençaient à quitter son corps, elle retenait son souffle. Il allait lui dire de partir, lui dire qu'il en avait assez de souffrir, même si elle se doutait que ça ne pouvait pas être le cas, puisqu'il l'avait dit lui-même, les rôles s'étaient inversés. Ce jour-là c'était à Jack de souffrir, c'était à lui d'accepter qu'elle était entrée dans la vie de Faust mais aussi d'accepter qu'elle ne mettrait pas fin à ses jours, parce qu'elle n'était pas fragile. Du moins l'avait-elle assez prouvé au cours des derniers mois. Et puis si l'ancien mercenaire était aussi attaché à elle qu'il le prétendait, elle ne risquait pas de le lâcher de si tôt.
Elle était restée éloignée pendant tout le temps qu'il avait parlé, ne quittant pas son bord de fenêtre. Il lui fallait de l'espace, il ne fallait pas qu'il ait l'impression qu'elle le prenait en pitié. Son regard, son attitude calme devaient suffir à lui faire comprendre qu'elle ne réagirait pas mal, même s'il était parfois difficile d'envisager à l'avance comment l'ancien mercenaire interpréterait les choses. Pourtant elle le fixait sans sciller maintenant qu'il lui faisait face, les larmes aux yeux. Que penser de tout cela ? C'était du passé, et tout comme ses émotions l'avaient quitté tandis qu'il avait fini d'évoquer le sujet, l'évoquation même du sujet ne reviendrait plus sur le tapis. Restait maintenant savoir quoi faire de Jack. Est-ce qu'il avait vraiment de la peine ? Est-ce qu'il serait encore fichu de préparer une vengeance, comme une femme jalouse dans un mauvais roman policier ? Elle était visiblement la seule que ça mettait en alerte, mais elle avait peut-être sa petite idée. Elle avait passé bien trop d'années muette pour savoir combien la communication était une chose importante, et pour savoir parfaitement reconnaître quand une situation en était dénuée. Il s'agissait là de deux hommes particulièrement peu capables de communiquer entre eux vu le quiproquo énormissime qui s'était instillé entre eux avec ses gros sabots et ses grosses valises sans qu'aucun des deux ne le voient venir. Ça, c'était de l'exploit, quand même.

A pas de loup, elle s'approcha de Faust et mit un genou à terre devant sa chaise en réprimant une grimace de douleur. Doucement, elle retira ses mains de son visage et pencha le sien, un léger sourire aux lèvres, faisant ce qu'elle pouvait pour croiser son regard. L'une de ses mains remonta sur son visage et caressa sa joue, puis la deuxième fit pareil et enfin, elle l'embrassa. Cette sensation, ce frisson... Elle aurait bien voulu profiter plus longtemp de ce petit plaisir, malheureusement elle préférait ne pas trop compter sur le fait de laisser du temps à Jack pour faire une connerie. S'il se jetait sous les roues d'une voiture pour faire du chantage, ils seraient bien beaux, tous les deux à l'hôpital avec leur bouquet de fleurs.

« Rien n'est de ta faute, c'est cet abruti de Jack qui n'a pas su voir à temps à quel point il perdait au change. Et crois-moi, ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre. » Elle appuya son front contre celui de l'ancien mercenaire. « Je vais m'absenter quelques minutes, le temps de régler un petit compte. Je n'aime pas vraiment qu'on parle à ma place, et je crois que notre ami l'a un peu trop fait. Je laisse mon sac ici, comme ça tu es sûr que je suis obligée de revenir, mh ? » Elle l'embrassa à nouveau et se releva pour aller jusqu'à la porte d'entrée qu'elle laissa entrouverte derrière elle avant de dévaler les escaliers en courant.

C'était étrange, comme sensation. Cela faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas couru. Pas comme ça, du moins. Le footing, ça n'a rien à voir avec ce torrent d'air qui vous rentre d'un coup dans les poumons et cette soudaine fébrilité dans vos jambes parce que vous n'êtes pas bien sûr encore de ce que vous faîtes ni de si vos jambes vous suivent vraiment. Comme l'impression qu'elles vont se dérober sous votre propre poids, ou ne pas toucher le sol correctement. Certes, elle reconnaissait, cette sensation de ne pas courir comme il fallait venait essentiellement du fait qu'elle n'avait absolument pas de chaussures adaptées, pour ne pas dire qu'elle était sur deux savonettes avec option entorse mais qu'elle maîtrisait parfaitement la situation. Une fois sur le seuil de la porte d'entrée de l'immeuble, elle jeta un coup d'oeil à droite, un à gauche et elle fut sûre de la direction dans laquelle Jack était en train de s'en aller, marchant complètement à la ramasse comme un fantôme qui cherche désespérément à s'enfoncer dans le sol alors qu'on ne lui a octroyé que le droit de voler. De la même foulée rapide, elle partit à sa suite, le rattrapant à une vitesse qu'elle ne pensait pas pouvoir atteindre après une opération comme celle qu'elle avait subi. Comme quoi, rien n'est impossible du moment que l'on ne court pas après. L'impossible, pas Jack. Courir après Jack, c'était justement ce qu'elle aurait pensé impossible, mais qui du coup était devenu possible puisqu'elle ne voulait pas vraiment réaliser l'impossible. Bon, essayez de suivre, un peu !
Suivre, c'était bien ce qu'elle faisait, et elle le faisait si bien qu'elle manqua de dépasser Jack. Il lui donna l'impression d'être tellement vide à l'intérieur qu'elle ne prit même pas la peine de négocier, de toute façon s'il voulait se débattre elle était d'humeur à lui imprimer ses empruntes digitales sur la joue.

« Suis-moi. » Et sans plus de cérémonie, le tenant fermement par le coude, elle lui fit faire le chemin en sens inverse jusqu'à la porte d'entrée où elle se bénit d'avoir un semblant de mémoire qui lui permit de frapper le digicode et d'entamer la partie de loin  la plus périlleuse de son affaire : faire monter les escaliers à ce grand couillon de Jack. Rien de plus simple, elle se plaça derrière lui et le poussa dans le dos jusqu'à ce qu'il arrive au premier étage. Il aurait eu envie de se rebiffer, la détermination, la fulmination qui animait la jeune femme aurait sans doute pu le convaincre que ce n'était décidément pas le moment de l'ouvrir au risque de se prendre un sérieux coup de sandale à l'arrière du crâne. La porte de l'appartement était toujours ouverte, aucune place à une possible bousculade pour sortir à nouveau dans la rue, elle claqua la porte derrière eux, et le tenant d'une main de fer par le col de sa veste, elle le poussa, toujours dans son dos, jusqu'à la cuisine et elle le jeta plus qu'elle ne le fit asseoir sur la chaise où elle se trouvait une vingtaine de minutes plus tôt. D'un pas calme mais lourd, elle se met de l'autre côté de la table.

« Bien, maintenant qu'il y a un peu de silence, je vais enfin pouvoir parler, m'exprimer, si ça n'est pas trop demandé, n'est-ce pas Jack ? »

Elle le fixa d'un regard noir. Sans aucun doute que son empathie devait à cet instant précis sortir d'elle-même, et au plus elle repensait aux paroles de cette personne qui aurait dû être un ami, au plus elle avait une furieuse envie de lui hurler dessus. Mais pourquoi crier et attirer l'attention d'Eden.

« C'est comme ça que tu me remercies, Jack ? Regarde-moi, c'est comme ça que tu comptais me remercier ? Après tout ce que j'ai fait pour toi ? Sincèrement ? » La conversation allait prendre une tournure étrange, elle le savait, mais après tout, elle aussi avait ses comptes à régler. « Mais non, voyons, pourquoi est-ce que je compterais, après tout ? J'ai simplement fait ce que tu n'étais pas capable de faire, mais pourquoi me donner de l'importance ? Sans moi Faust serait à Epic Jail, avec l'impossibilité de voir Eden et tout le néant possible pour t'oublier, mais non, voyons, à quel moment je suis devenu un être humain, avec des émotions et des envies ? Je pouvais pas rester une putain de chaise, c'est ça que tu penses en ce moment, n'est-ce pas ? »

Ouah, elle n'avait pas été aussi énervée depuis Jase. Elle devrait les présenter, ça ne leur ferait pas de mal. Quand on fait des beaux scores comme ça, après tout...

« Tu sais ce qui me dérange le plus dans toute cette histoire, Jack, ce n'est pas que tu aies à tout prix essayé de m'éloigner de Faust, ça je peux parfaitement le comprendre. Mais pourquoi avoir essayé de nous rapprocher après l'épisode de l'hôpital ? Pourquoi toutes ces belles paroles sur le fait qu'il était stupide de me laisser partir si c'était pour même pas deux mois après tout faire pour que je sorte de votre vie ? »

Elle se redressa légèrement et croisa les bras. « Tu penses avoir fait beaucoup pour lui, et je te le concède, tu as dû en faire des choses. Mais de ce que j'ai compris tu es revenu ici lui donner un coup de main parce que toi-même tu ne savais plus quoi faire de ta vie. Tu avais perdu l'amour de ta vie, c'est triste mais ça ne te donne pas le droit de lui enlever la possibilité d'être heureux parce que tu es revenu parasiter sa vie en échange de quelques services. J'ai changé ma vie toute entière pour lui. J'ai tué treize personnes, j'ai manqué de faire une crise cardiaque, j'ai failli me faire violer dans une prison, et pour finir j'ai pris une balle dans le rein. Sauf que moi, je ne revendique aucun droit sur lui, sur le simple fait d'être avec lui. Non, j'ai juste demandé à pouvoir lui parler. Lui parler de façon directe, sans personne pour raconter des conneries, pour m'inventer des intentions et pour me laisser crever comme un chien dans une chambre d'hôpital. Tu sais ce que j'ai ressenti, toute seule dans cette chambre, à attendre de le voir débarquer parce que tu lui aurais dit que j'étais là ? Tu sais à quel point j'étais mal ? Evidemment que non, je ne suis qu'une femme, qu'un petit tas de chair pour lequel il pourrait avoir du désir, et ça, ça te pose problème, hein ? J'avais failli mourir pour le faire revenir ici, mais pourquoi est-ce qu'il aurait pu vouloir me remercier ? C'est vrai, ça, c'aurait peut-être été même plus pratique que je meure, dans le fond, oh bah tiens, j'ai vraiment mal fait mon boulot, tout compte fait. »

Il fallait qu'elle se calme un peu. Elle risquait de vraiment s'en prendre à lui physiquement si elle ne faisait pas redescendre la pression. Il devait se sentir plus que mal à l'aise dans cette situation.
« Et tu veux savoir ce que c'est, la cerise sur le gâteau ? Tu es égoïste. Faust aurait juste envie de me sauter ? Et alors ? Qu'est-ce que ça peut faire s'il n'y a aucun sentiment entre nous, il a bien le droit de t'aimer d'un amour sincère mais de ne pas avoir d'attirance pour les hommes, non ? Ça doit bien exister. Non, c'est mieux de rester dans l'abstinence la plus complète, hein ? C'est mieux de mentir. Tellement mieux. Mais tu as menti à la mauvaise personne. Si tu m'avais dit que vous étiez en couple, tous les deux et que tu l'aimais vraiment, je t'aurais cru. J'aurais eu tort, mais je t'aurais cru. Et je te l'aurais laissé, parce que s'il avait été plus heureux avec toi, j'aurais été prête à le lâcher, à te le laisser tout entier. Parce que contrairement à toi, ce n'est pas de la possessivité bâtie sur mon nombrilisme, que je ressens, mais je l'aime vraiment. S'il me demandait de partir maintenant parce qu'il te choisirait, là, tout de suite, je le ferai. Parce que je ne veux pas qu'il souffre à cause de moi. »

Elle respira profondément, continuant de fixer Jack.
« Maintenant, le choix est tien. Soit tu acceptes la situation telle qu'elle est et tu laisses le passé où il est, je suis parfaitement prête à faire table rase de ce qu'il s'est passé, même s'il faudra que tu négocies avec Faust, pour le coup. Soit tu restes définitivement dans ton égoïsme et tu négocies uniquement avec Faust, je ne plaiderai pas ta cause auprès de lui. Dans tous les cas, tu as toutes les cartes en mains. Et pour une fois tu m'auras laissé parler, même si je dois reconnaître que j'aurais préféré m'imposer autrement. »
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