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 [Flashback] [Solo] Fleurs de papier brûlé (Terminé) [Achevé]

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Hansel Tansky
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MessageSujet: [Flashback] [Solo] Fleurs de papier brûlé (Terminé) [Achevé]   Ven 31 Déc - 17:51

    [Ce flashback se situe en 4488 - Hansel a alors dix-sept ans, et se trouve donc encore au sein du second escadron de la Division Militaire. Il montre l’une des raisons - sinon, le déclencheur - pour laquelle Hans a décidé de cacher son bras droit au monde civil.]
    La pièce baignait les tapisseries dans les dragons de fumée. De larges arabesques de papier vert qui fleurissaient, gondoles gonflées d’eau, sous la caresse des encens. Derrière, l’huis-clos au mur lézardé, gratté, et les tristes pellicules des lampes traditionnelles. Au centre des tissus tendus, les hommes, les faux ; les mains serrés autour des occultes runes de craie. Entremêlements de courbes brillantes dans la pénombre. Les cantiques sans joie faisaient vibrer les flammes des bougies.

    La petite restait blottie dans le hanfu de sa mère, les doigts squelettiques accrochés autour de la lampe de papier, tel un pingouin replié. Aucun son ne sortait de ses lèvres, si ce n’est le tremblement imperceptible de ses mâchoires l’une contre l’autre ; son corps, confiné à la chaleur des jambières contre ses tempes. Le toupet imparfait retombait en larges vagues noires contre ses épaules. Et elle regardait, avec une timide curiosité, le soulèvement des flammèches autour des mots. La manche de la vieille lui retomba sur le nez lorsqu’elle s’inclina, dans ce chœur d’hommes. Elle ne l’écarta pas, suspendue à cette soie volatile et à ses dorures harmonieuses. Ils étaient des conservateurs ; cultivant les arts et la culture, le son et la beauté.

    La mère vint couvrir ses épaules avec un sourire triste, le regard perdu derrière la forêt de cils, les mains soutenant le lampion. La petite resta silencieuse, indifférente, marionnette aux fils cassés. Elle n’avait d’attention que pour son horizon réduit, aux ombres de papillon qui fusaient des bougies et de leurs fleurs de verre. La vieille ramena ses doigts contre les siens, détachant les phalanges de la caresse du papier, et lui fit prendre la forme de la prière ; les auriculaires et les pouces tendus, les index repliés au-dessus des majeurs, la silhouette du cygne aux ailes brisées se dessina dans les mains de chaque Densetsu. La gamine le regardait sans intérêt s’animer devant ses yeux, discontinuité des premiers doigts.

    Donnant une difficile impulsion à ses muscles, elle laissa ses mains filer de celles de sa mère. L’enfant, du haut de ses huit ans, ne comprenait pas tous ces oiseaux, ces dragons, ces monstres d’ombres et de toiles qui s’échappaient des esprits vagabonds. Elle préférait de loin les papillons dorés, et leurs ailes couvertes de sinistres perles.
    Ces insectes qu’elle n’avait pas le droit de saisir.




    La Plaine de l’Oubli, au Nord du périmètre de Shangyu, paraissait un simple sol troué. Des planches de verdure et de bouquets éphémères, rangés comme des soldats, des trous et des collines, des « ponts volants » ; une beauté naturelle de la vieille école chinoise, empreinte et cultivée. Un pan des terres au Dehors, dans les fragiles battements d’une Terre cassée de l’intérieur ; et un pan soulevant les premières maisons mobiles de Shangyu, là où la magie avait cet étrange non-droit. Jeu du temps, de la mémoire, ou non ... Ce matin-là, la plaine était couverte de sillons. Les vents contraires rivalisaient de tourbillons contre les nuages, dans les tracés de l’herbe, et contre les membres d’un corps malade terré dans les folles.

    Hansel Tansky, dans son uniforme de « bleu » de l’armée, faisait passer ses doigts entre les fleurs sauvages avec un sourire rêveur sur le visage. Ses jambes, pendues dans l’étrange isolation de la mégapole chinoise, lui donnaient des frissons dans le bas du dos. Une drôle de sensation, pour tout dire. Savoir, qu’un instant coupé de sa vie, les flux de magie qui le tenaient debout avaient cédé leur place à cette simple immobilité ; c’était à la fois doux - juste le mouvement des herbes contre le jean - et acide. Savoir qu’à quelques pas, à une roulade d’enfant, il pouvait juste arracher la mite et se laisser pourrir. Mais la Plaine de l’Oubli avait estompé un instant le bourdonnement pesant de l’insecte. Le nom n’était pas tant un mythe, que les dragons de papier dans les rues de Shangyu ; ce lieu était un berceau de distraction. La visière lui retombait si bien sur le regard qu’on ne put apercevoir les brumes qui le couvrait. Juste une figure plein au sourire ouvert et béat.

    Jusqu’à ce qu’une ombre vienne le recouvrir ; le forçant à relever les yeux du carré d’herbe dont il détaillait les brins avec ce geste las.
    La native de la vieille ville l’observait d’un air sévère, les mains croisées sur le bas de son kimono. Une certaine noblesse se dégageait de ses lèvres pincées, de sa posture droite et appliquée. Elle avait enroulé ses cheveux de corbeau en épaisses tresses contre son cou, maintenant un bâton à grelots dont le tintement se faisait silencieux. Deux grandes billes bleues se noyaient dans ce teint pâle d’artifice. Hansel se redressa sur ses coudes et réajusta la visière plate à son front, avec un soulèvement de menton un peu impérieux.

    « Hm. Bien le bonjour miss. »
    « Bonjour. » La petite hocha timidement la tête, faisant tinter les cages de grelots. Elle ne devait pas avoir plus de neuf ans, et elle avait déjà la rigidité des femmes : le cou droit et serré, les mains aplaties contre les genoux, l’accentuation de sourcils défaits. Elle avait même un début de poitrine, à en juger par le soulèvement du kimono. La native continua de fixer avec attention l’étranger en uniforme, aux épaules couvertes d’herbes et de coutures.

    « Que faites-vous ? » Hansel lui jeta ce regard étroit par-dessus l’arête de son nez. Elle avait à peine bougé, ses lèvres toujours figées dans une moue grave. Il y avait un monde, entre l’enfant réfléchie et bien tenue, et le benjamin distrait et sali. Il rejeta son attention sur son genou.

    « Je rêve. »
    « Ah. » Il lui semblait de plus en plus qu’elle attendait quelque chose. Le vent battait contre le kimono, révélant ses pieds nus. Plus qu’une petite fille précoce, encore une poupée dans les bras de sa mère, c’était les marques du temps qui la tenaient encore debout sur ses petons écorchés. Et pourtant, elle ne semblait pas triste ou révoltée - les premiers sentiments de l’inconscient humain -, simplement résignée ; à observer de ses grands yeux couleur fond de l’abysse le rêveur, dessinant des formes dans les nuages de la Plaine de l’Oubli.

    « Hey, Hans. » Le concerné releva le regard sur sa sœur. Gretshel avait cet étirement, cette moue boudeuse, fâchée, exagérée ; qu’elle prenait à chaque fois qu’il lui semblait qu’il s’échappait. Que son esprit, plutôt, s’échappait dans cette extase qui lui était exclusive. Et que son frère restait là, les doigts suspendus à ses lèvres, avec une attention fantôme au patin. Un masque qui ne pouvait cacher les brumes blanches et amères dans ses yeux.

    « Oui ? » Hansel détacha ses phalanges et se blottit un peu plus contre l’épaule de sa sœur, les siennes tremblants dans cette froide étreinte. Lui était un peu ce grand enfant, réfugié comme un chien battu acculé. Gretshel, partagée entre la morbide fascination qu’était devenue le corps de son propre frère, et cette affection toute naturelle qu’elle portait à ce dernier ; dût réfréner ses frissons pour ne pas envoyer balader ses boucles blondes au coin du lit. A chaque mot, un petit silence s’installait, comme pour leur rappeler, à chacun, le poids de l’autre.

    « Qu’est-ce qu’on fera quand on sera grands ? »

    Enfin, il ne rêvait plus. Il était parfaitement éveillé, conscient de son environnement et de sa propre présence. Il s’appuya sur ses paumes pour se relever, montrant à la petite l’aspect dégingandé du soldat étranger ; et son ombre dévorante par-dessus sa chétive silhouette, la plante de ses pieds écrasée dans la terre. Hansel fit mine de regarder par-dessus son épaule et de dessiner, dans sa tête, les contours de la vieille ville au loin, derrière les ponts volants et les feux. Elle ne changea pas la direction de son nez, les yeux perdus entre les talons et les herbes qui y filaient.

    « Dis-moi. » Il sut ainsi capter sa fugitive attention sur les hauteurs : la cravate pendue, le col impudemment ouvert, l’unique main gantée attachée à la visière, disparaissaient au fur et à mesure dans les rayons perdus du soleil. « Je cherche à monter à Shangyu. » Le benjamin baissa la tête, lui adressant un grand sourire brisé. « Tu crois que tu pourrais m’accompagner ? » Elle laissa à son tour son regard retomber, semblant réfléchir - ses sourcils froncés sur son pâle visage lui faisant de petits yeux. Il joua nerveusement avec les sombres plis de sa casquette. Finalement, l’enfant tendit sa menotte. Sans un mot, sans un éclat des grelots, juste cette petite main confondue dans les larges manches du vêtement d’adulte. Il étira davantage la risette.

    « Merci miss ! » Il lui laissa donc un doigt qu’elle s’empressa de saisir entre ses minuscules doigts de fée. Et pourtant, elle mit une force extraordinaire lorsqu’elle le tira comme une mère entraîne son morveux, le faisant à moitié trébucher lorsqu’il essaya de prendre son rythme - et sa hauteur. Ses pieds nus martelaient le sol avec rigidité et exigence, ne laissant aucune fausse courbe dans les deux pans du kimono. Ainsi, le mage abandonna les feux follets de son corps aux ponts de la Plaine de l’Oubli, sous les pas affirmés d’un petit pantin de chair. Ces conditions parurent loin à Hansel, confondues dans la découverte d’une beauté perdue.
    Pour quelques instants, la mite s’écrasa dans son mutisme.



    L’œil mort de Tarn vint surprendre Hansel par-dessus son épaule. Cette orbite de borgne, qu’on lui avait déconnecté pendant sa seconde année de service, qui se baladait entre les mèches rousses ; ne cessait de déclencher chez lui des frissons d’effroi non réprimés, lorsqu’il quittait son axe pour venir poser un regard inquisiteur sur ses affaires. En l’occurrence, ce morceau de lettre chiffonné, tâché d’éclats de verre et de sang, que le plus jeune des deux cacha brusquement dans le creux de sa main.

    « ... Qu’est-ce que tu fous ? » Le blond ne lui répondit que par un soupir las. Les mêmes écritures acharnées, à l’impeccable calligraphie et à la syntaxe exagérément soutenue - allant lécher les bottes. Des courbes de stylo appliquées, malgré la saleté du papier et de ses doigts tremblants contre son genou support. Hansel s’amusait à chasser ses rêves de petite fille ; mais la curiosité d’un Tarn à la mémoire défaillante commençait à l’ennuyer. Lui répéter à chaque fois la Division Scientifique, la couverture au nom de sa sœur - avec, à chaque fois, cette boule de salive au fond de la gorge qui broyait les noms -, les grandes chimères qu’étaient les Têtes, les chercheurs en chef. Il ne répondit donc que par un œil étroit où la foudre se distinguait entre les vagues bleues.

    « ... Laisse tomber, mec. » Il se pencha brusquement sur le côté pour ramener dans sa fragile coque métallique l’orbite baladeur, faisant mine de faire appel à quelques réminiscences. « Euh, ouais ! » Et se remit droit comme un I, avec un salut militaire qui vint heurter sa tempe plus que s’y poser. Hansel se tourna un peu sur sa motte de taules, faisant tourner les taches de couleur. Sa myopie s’aggravait malgré la barrière des lumières tamisées. « Les éclaireurs de l’unité parallèle, au premier escadron, eh, ils sont revenus. Ils veulent envoyer un Chien Doré*. »

    Le blond s’appuya sur l’instable pile de déchets pour se relever, faisant claquer son pied dans les cylindres roulants. Le Chien Doré. Ce cheval de Troie, damné par les sentiments qu’il attachait à son otage. L’œil fixe de Tarn continuait à observer ce petit sourire insatisfait qui garnissait toujours les ombres de son visage.


Dernière édition par Hansel Tansky le Sam 8 Jan - 19:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Flashback] [Solo] Fleurs de papier brûlé (Terminé) [Achevé]   Jeu 6 Jan - 18:50


    Shangyu. Surnommée la vieille ville, empreinte d’histoires et de cultures. Loin de la superficialité des grandes cités modernes, à l’ambiance steampunk et à l’infernale cadence ; la beauté et les traditions y étaient cultivées, loin des vagues magiques qui déchiraient à cette heure les hommes envieux. Le charme des nattes de papier et des lampions sur leurs guirlandes, à chaque porte ; la foule paisible croisant leurs parasols de dentelle, parmi les dragons de papier ; et le tremblement de lointains tambours de fête dans le Quartier du Jeu. A moitié courbé et baladé par la native, Hansel ne cessait de jeter des regards curieux, et progressivement fascinés, à l’atypique architecture de l’avenue. La petite ne ralentissait pas sa marche, les pieds nus toujours affirmés sur le dallage. Ce qui ne l’empêcha pas d’émettre des protestations, à mesure qu’ils s’avançaient le long des masses. Le dos de la tortue, non merci.

    « Eh ! Où tu m’emmènes, miss ? » Elle ne répondit pas, ne faisant qu’appuyer un peu plus la prise de sa main sur ses doigts ; arrachant au soldat un petit rire nerveux étouffé dans son gant serré. Décidément, les demoiselles étaient les mêmes. De véritables mantes religieuses aux yeux de cobalt. Et elle, derrière la frange couleur de corneille, se pinça vivement les lèvres pour ne pas lui rendre ce coup de grelot. Elle n’en avait pas le droit. Il lui fallait cultiver le silence dans cet esprit à l’épaisse mémoire des mots. Hansel n’insista pas et continuait de passer son regard des talons nus aux toits, avec un sourire béat.
    Enfin ... Il avait toujours ce sinistre bourdon, présence fantomatique évadée de ses lèvres mi-closes ; qui brisait les éclats magnifiques des grelots contre ses épaules. Elle préféra encore le timbre de sa voix : un peu aigu, sans accent, rythmé par les à-coups de sa respiration contre les plaques de ferraille qui lui cerclaient le torse ; posé, curieux de tout, d’un rien amusé. Il tendait ses doigts gantés dans la foule, la caresse du gant sur les décorations traditionnelles et autour des fumées des grands bâtons.

    « Et la p’tite demoiselle a un nom ? »
    « ... Yã-Ling. »
    « Oh, c’est un joli prénom ! » Elle s’enferma à nouveau dans son mutisme, rejetant son attention sur ses pieds qui battaient les dalles, la mine dure. Lui, dans son dos, ne lui adressa qu’une ombre de rictus fermé ; n’apparaissant à ses yeux baladeurs que le dodelinement de sa tête et de ses atypiques mèches blondes. La couleur des rois, « l’or des pauvres », au milieu de ces natifs aux cheveux domptés.
    « ... Vous ? » La petite coquille d’Yã-Ling commençait lentement à casser sous les sourires confiants et les mots dans l’air du soldat. Etrange don que celui de percer le silence par les gestes et les paroles silencieuses, et de savoir nouer des liens tendus à ses doigts sans qu’il ne les tisse. Ou peut-être avait-elle une simple fascination de l’étranger, comme lui de Shangyu ; derrière la barrière de la culture.
    « Hansel. »

    « Qu’est-ce qu’on fera quand on sera grands ? » Hans recula un peu pour s’asseoir, les jambes encore entrelacées dans celles de sa sœur. Le frottement délicat de sa peau au parfum de melon azuré contre son pantalon. Elle porta délicatement ses doigts à ses lèvres nacrées qui, un instant encore, l’embrassaient furtivement. Il fit mine de réfléchir, de mettre en marche les rouages endormis à l’intérieur de sa tête. Question piège, mec.

    « Eh bien, je crois que je serai militaire, et que tu seras grande savante. Je t’écrirai des lettres avec des fleurs de taule à monter. Et ... »
    « Pas comme ça. » Gretshel l’interrompit avec un sourire taquin, l’ongle étirant la mimique de son frère.
    Oui, tu pensais à cette mite affreuse qui te repousse et t’attire vers moi, comme la main à un cabot lépreux - Hansel ne savait pas exactement si un berserk pouvait attraper la lèpre, mais l’image était là. Ce que je ferais sans toi, tes couleurs, tes douceurs ... Le message silencieux était constant, ces cernes torturées sur le si doux visage de sa jumelle. Il ne savait pas quoi lui répondre ; sinon essayer de l’amuser, avec des histoires de fleurs mécaniques et de faux combats, la fleur au fusil. Milice et sciento, la sempiternelle litanie du père Dowe.

    « Oh, ça. »
    « Ca. » Et cet air de résignation, une peine figée sur sa figure comme si elle y était depuis des millénaires. Alors qu’il y a encore quelques années, elle jouait avec les moutons de poussière et les fumées de la table. Hansel avait essayé de lui montrer comment faire une feinte, et elle avait pleuré des larmes sucrées de jalousie lorsqu’elle le sentait lui taper l’épaule au bouton ; mais maintenant, elle ne faisait que desserrer les paquets entre ses doigts tandis qu’il s’exerçait. Il lui arrivait de lui demander tout haut si elle rêvait encore. Peut-être s’en était-elle si bien accommodée, le poids des jours et des secrets sur son dos, qu’elle ne saurait plus relever les épaules seule.


    Le dojo était le point le plus élevé de Shangyu. Bâti pour que les ombres puissent ainsi toujours embrasser le soleil couchant. Une immense tour, qui ressemblait plutôt à un empilement des maisons traditionnelles qui baignaient la Grande Avenue ; autour de laquelle un dragon de bois peint s’enroulait, le dos construit en escaliers, la tête noyée dans les nuages mauves du crépuscule. Au palier, des dizaines d’affiches unies se bousculaient pour annoncer la prochaine confrontation du Champion - « Venez graver votre nom dans la mémoire des sabres ! » -, si bien que les écailles sculptées de l’animal s’y confondaient. Ce n’est pas exactement ce sens de « monter à Shangyu » auquel Hansel avait pensé. Au moins espérait-il reconnaître les formes lorsqu’il redescendra.

    Ils s’étaient assis sur la queue, les pieds baladés au-dessus du sol, les cols ouverts. La chaleur de la fin de la journée était écrasante pour les corps fatigués. Le jeune soldat, la casquette coincée sous sa paume, écrasant l’appui du bois, avait la gorge ouverte vers le ciel et respirait assez lourdement. Yã-Ling, plus posée, avait renversée la tête, profitant de l’écart du parfait kimono pour tâter les aréoles sur son brin de poitrine. L’un comme l’autre, les gouttes salées leur trempaient le front. Hansel peinait à caser des mots entre les souffles distordus et les impulsions nerveuses ; la native ne prononçait pas le moindre mot pour trahir sa présence dans l’ombre du dragon, pour changer de l’après-midi. Et si les brumes dans ses poumons allaient decrescendo, la voix tranquille tardait à casser la sèche coquille autour de ses lèvres.

    « Hansel. »
    « Hm ? Oui ? » Il détourna le regard sur elle, elle qui noyait pourtant le sien sous sa frange. Sa main gauche, les doigts encore attachés à la coupure de tissu - son bleu, avec l’insigne du Gouvernement cousu en perles de toc -, se porta à son épaule. Les fourmis le rongeaient, alors que la mite, logée dans son enveloppe de cellules, avait le bourdon bien silencieux. Imperceptible sans le tympan bagué, collé à son estomac. Comme si, avec sa conscience réduite, elle avait senti le changement dans l’air passager, à travers son hôte. Et à quel point elle avait appris à marquer son organisme et à construire ses pensées ... L’égoïste native s’en moquait bien. Elle donna à son œil cette moue sérieuse qui rendait tous les propos d’ordre capital.

    « Pourrais-je prendre une mèche de vos cheveux ? »
    Ce qui n’empêcha pas Hansel d’éclater à gorge déployée, serrant un peu plus la prise de ses phalanges. La grotesquerie de la requête, pour l’esprit bien matérialiste d’un homme de l’extérieur, avait dépassé l’étonnement. Ce n’était pas pour s’en moquer, et il avait le rire clair et facile. Il réussit même à lui arracher une brève relevée de lèvres brisées, bien que la peine persiste dans les lueurs. Le soldat détacha finalement ses doigts de son épaule marquée au bleu, abandonnant au faible vent de saison la visière, pour accrocher ceux d’Yã-Ling dans ses mèches fugitives. Il exécutait des gestes interdits, empreints de pudeur, avec une telle simplicité ... Entre véritable sentiment et mensonge silencieux, il n’y avait que des épis.

    « Mais pourquoi pas. J’vous en prie, miss. »
    Et elle tira délicatement quelques brins pendants de cette chevelure dorée.



    La pièce baignait dans les fumets des encens. Inlassables odeurs enlacées qui trempaient les tapisseries, les tissus, les doigts de fée autour des jeux d’échec. La petite aimait observer la retraite psychique de l’aîné autour des différentes pièces aux formes exotiques. Lorsqu’il lui montrait les plateaux, il lui semblait à chaque fois découvrir de nouvelles terres dans les yeux de verre finement cisaillés des pions ; le détail du pinceau au socle, et le reflet de l’unique artiste sculpteur. Il aimait à dire qu’il tenait les souvenirs des continents disloqués, en-dehors de Shangyu, au-delà de la Plaine de l’Oubli, dans ces plateaux de collection. Ou peut-être avait-il des réminiscences des voyages qu’il disait oubliés.

    Milesy parlait de ses souvenirs comme on parlait de rêves, de brumes, de paysages ; il ignorait lui-même les lacunes qui dévoraient sa mémoire, n’en gardant que des brèves. Et, dans un autre sens, cela ne rendait ses contes, quoique distincts de la réalité, bien meilleurs. Quelque mot que son amnésie lui permettait de récupérer, était empreint d’une magie que même la vieille ville ne parvenait pas à paralyser. L’imaginaire de ce « jeune vieux ».

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« Les lois, comme la toile de l'araignée, attrapent la mouche mais laissent le frelon libre. »
« Laws, like the spider's web, catch the fly and let the hornet go free. »
Len Kagamine © Crypton. Pictures © MACCO.pixiv.
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MessageSujet: Re: [Flashback] [Solo] Fleurs de papier brûlé (Terminé) [Achevé]   Sam 8 Jan - 17:55


    De la balade ne restaient que des souvenirs remplis de trous. Les dragons de fumée et le bruit des tambourins avaient laissé place, au plafond, à la lèche de papier froissé et au lointain crépitement de braises apaisées. La caresse des épaisses dorures sur les tapisseries gondolés et le bois gonflé donnaient un côté austère à ce que Yã-Ling avait présenté - avec ces coquilles dans la gorge - comme une maison de famille. Des baraques silencieuses derrière les quartiers de la parfaite architecture de Shangyu, où les rires et les joies fugitives se taisaient. Ne laissant à son esprit malade que le bourdon grotesque de la beira.

    Le lit - une simple toile tendue par terre, gonflée de plumes dispersées de Koara - n’avait servi qu’aux pieds de Hansel, à se balader d’aise, et à former des plis agités. Ce débris de tissu supportait ses regards volatiles, terré dans un autre coin de la pièce ; les épaules tremblantes et la manche baignée de courbes sanguines. Ses doigts continuaient de fouiller la chair mise à nue à endroits, les mèches de la chemise parties, et de laisser sécher en bulles le sang gras ; alors que sa conscience hurlait à son muscle de retomber, alors qu’il croyait sentir dans son bas-ventre les piques de pattes agiles l’articuler. Il ne subsistait qu’un bourdonnement rebondi et le yoyo des mots entre ses lèvres.

    Et Yã-Ling, devant lui, l’ombre dévorante sur les courbes de sa figure - mais qui, à cet instant, lui voulurent celles d’un anonyme. Aussi droite et sage, imperturbable, seule la mâchoire pincée montrait la curiosité malsaine d’enfant qui venait lui pourrir le cœur ; peut-être en riait-elle, peut-être s’en dégoûtait-elle, mais les complexes rouages qui faisaient marcher les enfants aux pieds nus restaient des mystères. Parmi ses doigts entrelacés, elle avait toujours la frange brillante qu’elle lui avait volée, témoin de l’extérieur et des voyages qui la faisaient rêver.

    Doucement, la native détendit ses phalanges, comme d’instables fibres de verre embrassées autour d’elles. La fragilité de l’air ne s’y heurta pas, tant le geste était timide. Le silence de plomb, autour de ce seul bourdon étouffé, ne cassa pas. Et elle lui posa l’index face aux deux mitards qui emprisonnaient les yeux du soldat. L’inconscient de Hansel l’ignora royalement, une obsession étrange et persistante autour de cette toile défaite. Son conscient continuait de battre les tambours à ses tempes, et sa mémoire vint confondre les images qu’il peinait déjà à assimiler.

    « Ca. » Et cet air de résignation, une peine figée sur sa figure comme si elle y était depuis des millénaires. D’une simple banalité, Gretshel faisait des affaires d’état - la guerre, l’apocalypse, le chaos ! Entre chaque fibre du muscle de son frère - ; aussi, ces seuls doigts meurtris frottant sa joue pour écarter les siens la laissa basculer en arrière, la tête instinctivement rétractée entre ses épaules. Le cadre en fer du lit grinça, alors qu’elle repoussait précipitamment le matelas, les mèches se baladant. La main à moitié close resta suspendue près du visage d’un Hansel interloqué, voire effrayé.

    « Pardon, pardon ! » Elle serrait les poings sur la housse, crispée, confondue en excuses enregistrées. De minuscules sillons traversaient le dos de ses mains, et de belles larmes argentées commençaient déjà à percer la pierre de saphir qu’étaient ses yeux. Les beaux yeux bleus où reposait son reflet. Son frère eut un petit sourire jumelé et étira doucement ses doigts sur sa joue empourprée, s’y appuya un instant pour pencher son ombre ... et Hansel y posa doucement ses lèvres papillon. Dans les perles de sel, des sucres infimes s’accrochèrent à son palais, y laissant de douces explosions.

    Gretshel releva le regard à travers le rideau de chevelure dorée. Elle ne sentit là ni les imperfections des coutures et du sang coagulé, ni les lézardes de ses blanches commissures ; mais le franc contact, chaleureux, doucereux, qui restait à son jumeau. Et elle pouffa. D’un petit piaillement cristallin à moitié gobé, mais c’était comme si elle recrachait des paquets de couleurs dans l’air. A son oreille, la voix acide de son Hans vint taper à des rythmes d’harmonica.

    « Je me laisserais tendre la main. »


    Mais la main tendue passa pour un spectre. Si la magie avait écarté Shangyu, si elle avait fui en intangibles volutes du corps de Hansel, il subsistait cette mutation primaire, intégrée dans son corps. Et ce parasite, ce mouton de poussière, cette obstruction qu’était la mite. Un insecte fragile, sans réflexion logique, mais qui conservait son hôte dans cette colle glucosée qui stagnait dans ses parois. Et qui, à cet instant, semblait tirer un peu plus sur des réserves déjà consommées. Plus qu’une simple excentricité dans sa bouteille thermos. La faim n’était pas celle qui avait su le dévorer en un jour déclinant.

    Yã-Ling laissa bien vite la main retomber le long de son kimono, l’autre encore paralysée dans son enveloppe glacée, sur son bassin. Le reflet imprimé dans son regard en changea. Le roulement d’yeux dément du soldat étranger avait su engranger des rouages qu’elle avait laissés à la rouille. Hansel resta plié, à trembler et à produire ce phénomène de billes entre ses paupières élargies ; un loup apeuré dans l’église. Elle passa doucement l’ongle sous son œil. Le sel corrosif y fleurit.

    Ca n’avait encore, il y a une heure, qu’un tremblement nerveux dans l’euphorie du soldat. Les fleurs de papier brûlé, en couronnes aux pointes des maisons, les étrangetés humaines dans des voiles mauves, et leurs boules de bonne aventure empruntées à d’antiques arnaques ; et surtout, la poigne ferme mais délicate de la native autour du poignet qu’elle ne prenait qu’à moitié. Puis Yã-Ling insista pour le couvrir de plumes, dans ce cocon renfermé qu’était les quatre murs au bois trempé, et il s’était mordu la langue. Confondu dans son esprit brumeux, il se contenta d’y glisser son doigt et d’y laisser une traînée muette. La petite native s’était laissée un instant baladée par le faux cheval qu’étaient les genoux de Hansel, accoudé sur la fenêtre sans issue. Un temps, le tremblement compulsif s’était arrêté, lui laissant le regard vide ; puis il s’était renversé sur le côté, et le voilà mis au coin avec les poussières volantes.

    En général, jamais cette dégénérescence n’allait aussi loin sur une échelle de dégénérescences. Dans le fond de ses poches, il avait toujours les sucrettes dans leur papier translucides, l’aluminium froissé, et leur poids conjugué qui le faisait se sentir nu, une fois évidées. Shangyu avait fini par reprendre ses droits sur le mage.
    Et soudainement, les deux mains plaquées à ses joues le firent s’arrêter net. Pas de miracle, pas de force empruntée à quelque magie de veines fossiles sous Shangyu ; juste ce petit doigt glissé, forçant l’accès à sa gorge, et dont les rares pellicules argentées venaient lézarder le coin de sa lèvre. Mais cet infime pétillement suffit à dégager les premières noires parcelles de brumes dans sa tête. Et il s’amena presque naturellement à dire ... Tiens, un calisson.

    Yã-Ling descendit doucement au coin défait de la chemise d’une main gauche, l’autre restant à subir la morsure tremblante du soldat. Froissement. Elle dégagea d’entre les plis de suie et les mailles tirées le papier et ses dernières traces de doigts collants. Et son visage resta fermé, un marbre sculpté parfait ; alors qu’en arrière, l’horrible curiosité engrangeait de mystérieuses chaînes bridées. Des rêves, des souvenirs, des fantômes.
    Et Hansel, en son état de semi-conscience, dégageait au mieux ses propres réminiscences, douce amertume dans la gorge. La native qui lui frottait la commissure des lèvres avec des boules de glue et de sucres ne devait rester qu’un objet d’arguments. Le lapin du Chien Doré.



    Tarn n’aimait pas les sourires. Pour lui, qu’on avait jeté le long de la périphérie islantienne, ce n’était que de faux-semblants dégoûtants, des rictus de Cheshire au-dessus des babioles qu’il échangeait. Il s’était refait lui-même l’arcade métallique au-dessus de son orbite, à l’aide de trocs et de grimaces. Le sourire en petit C de Hansel, c’était ramener les ombres à ses pieds. L’œil en bille se barra sur le côté, allant regarder sans les voir les taules et les murs de la tranchée mécanique.

    Le soldat cadet le dépassa sans faire plus attention à la tête d’écart, arrivant à peine à son épaule, et déshabilla d’attention le cul-de-sac, la fin du creux dans les premières collines de la Plaine de l’Oubli. La toile tendue en toit, la grande partie de l’unité B paressait, et chacun rivalisait en ronflements excentriques. Mais l’impulsion du « pin-pon » dans leurs poches - les appels « Urgent » en simultané, quelle invention ! - les ramena autour de lui, tandis que ses bottes se frayaient un passage par-dessus les sacs. Ils avaient l’air de champions d’un jeu de balle.

    « Demandez un délai de sept jours. Dites que l’unité B prend l’affaire ; et que Hansel Tansky, matricule cinquante-six, part en Chien Doré. » Et toujours ce sourire cassé, un pas d’écart entre la simple insouciance qu’il suggérait, et le trouillomètre qui retombait dans l’échine de Tarn. Hans ne voulait simplement pas s’embarrasser des émotions qui perdent les cabots de la Traque. Dans sa tête, le plan en étoile s’organisait déjà. Et puis, la confiance que les gars de l’unité avaient mise en lui n’était pas due au hasard.

    « Voilà comment
    je veux vous voir. »

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Hansel Tansky
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MessageSujet: Re: [Flashback] [Solo] Fleurs de papier brûlé (Terminé) [Achevé]   Sam 8 Jan - 19:00


    Lorsque Milesy Liéren, l’Aîné, faisait claquer ses talonnettes contre la cage d’escalier, de cette démarche gauche sans habitude qui, plus que les franges grises, le vieillissait ; le terme de prison doré prenait tout son sens dans les yeux aveugles des gamines. Obstruant de son ombre massive les pellicules raréfiées des bougies en cage et les courbes fantomatiques de l’air, il ne sut que réveiller les petits doigts tremblants contre les sacs de plumes. Les esprits, eux, restaient enterrés sous la raison du plus fort. Une dizaine de petites poupées dans leurs attaches, les rouages pervers conservés par le collectionneur.

    Il se fraya un chemin étroit entre les enfants, couchées à même le sol, les cadavres des anciens aviateurs entre les mains. La vingtaine de billes logées le suivait d’un regard qui ne le voyait pas. Tout à fait indifférente à la main d’un homme. Un Aîné. Un maître équilibré du silence et des mots, dont le seul corps était déjà une boîte à musique morbide. Milesy s’agenouilla face à l’une d’elles, les yeux retombant immédiatement sur le sol et ses - soudainement complexes - courbes du bois. Les cheveux noirs, peignés jusqu’au sang, baignaient ses épaules et son corps à demi nu. Le regard décoloré la terrorisait, comme toutes, qui avaient d’abord eu le contact des doigts sur le sein maternel avant la cage d’oiseau qu’était la Famille. Insoutenable rancune muette.

    Liéren n’avait plus rien du voyageur curieux qui avait saisi les mains tendues, il y a cinq ans - elle venait d’en avoir huit, et pourtant ses souvenirs parlaient plus volontiers au passé. Peut-être n’était-ce pas les tournesols utopiques de l’Emrarento, mais des ronces qui avaient pris son cœur, peut-être mentait-il sur son amnésie et ses bribes de mémoire recousues qui faisaient des contes ; reste que le jeune esprit qui avait appris à la Mater à jouer aux échecs, sur ses plateaux à trois niveaux et aux pièces loin de leurs jetons marqués, n’était plus qu’une ellipse à leurs pieds. De ses doigts, il releva la figure de la petite, et l’embrassa brièvement.
    Avant de la balader dans les ombres et la lumière de l’escalier. Derrière Yã-Ling, les kimonos abandonnés et les regards grippés de jalousie abjecte.



    [Bande C] [Mode : Enregistrement] [Mode : Vocal]

    ... Jour 6. 10h47. Soleil tardif sur Shangyu, les gars !

    Pas mécontent de cesser de jeter des sentiments sur une bête bande magnétique. J’aurais préféré le papier, mais l’administration se simplifie bien la vie avec ses technologies, alors j’ai à passer pour un schizo dans cette boîte en bois. Pitié.

    Rappel de ce que je sais déjà : le groupuscule Emrarento, branche minoritaire de la pensée Densetsu, est divisé en baraques derrière la Grande Avenue de Shangyu. Chaque famille aurait une espèce de père, un aîné, mais j’ai d’excellentes raisons de penser que ces mêmes personnes sont sous l’impulsion d’une famille-mère. Yã’ ne l’a pas précisé clairement, mais les familles doivent bien se connaître et avoir des échanges. Le groupe se déclare pacifiste et n’a pour l’instant eu aucune revendication violente contre le Gouvernement et la majorité de mages en général, mais reste que leurs intentions sont floues ; peut-être se réduit-il simplement à un culte « de la beauté et de la chance ».
    En fouillant un peu plus dans l’organisation interne des Emrarento, j’ai l’impression que le lapin ne servira pas à grand-chose. Les filles, selon Yã’, ne sont destinées qu’à engendrer les garçons - les aînés. Parait-il qu’elles auraient des prédispositions à la neutralité magique. J’ai de nombreux doutes quant à cette hérédité magique ... Et au fond, je voudrais que Yã’ puisse tourner le dos à Shangyu, et se soustraire à mes crocs. Comme quoi ! Cette bande me sert pas à avoir les pensées plus claires.

    ... Nous partons. Juste une bouffée d’air frais, sans doute ... J’espère que Yã’ pourra me ramener à cet endroit précis, devant le pont volant. C’est derrière qu’on a les tranchées mécaniques, et mes gars. Au pire ne passera-t-elle pas le dôme d’anti-magie. Croisez les doigts pour moi !

    Hansel Tansky, unité B, matricule cinquante-six. Shangyu, Grande Avenue.

    *Clic*

    [Etat de l’enregistrement : Terminé.] [Espace restant sur Bande C : 64 %]
    [Bande C] [Mode : Switch]


    Hansel ramena la cassette dans sa sacoche au moment où les pieds nus de Yã-Ling apparurent à la porte. Elle ne se soucia pas de la main qui rabattait le boîtier métallique dans un fourre-tout de coins de tissus, de feuilles et de bricoles-souvenirs. Comme tous les matins, elle vint attraper son doigt pour le tirer hors de la maison, la tignasse encore bouclée et couverte de poussières.
    Ils faisaient une drôle de parade aux natifs. La petite fée et son géant. Ils profitaient des fêtes, des fruits glacés, de la foule. Le soldat aimait à la jucher sur ses épaules pour lui faire décrocher les décorations qui iraient pourrir dans sa tranchée, en souvenirs glauques. Yã-Ling aimait ce cheval à la crinière blonde sans manières, à la fougue sauvage de la plaine. Hansel parlait beaucoup de sa sœur, d’insectes fantastiques, des paysages d’une ville éloignée. Et la native, peu à peu, parlait de ses ombres, de sa mère, de la chance qu’elle porte à ses poignets.

    Mais aujourd’hui, ils allaient dans le sens des foules, au milieu du courant humain, vers les collines cassées de la Plaine de l’Oubli. L’euphorie des premiers jours avait laissé place à un silence maladroit. Les deux regards bleus ne se croisaient pas, chacun dérivant sur un autre coin de ciel. Les dragons de fumée étaient les mêmes, le craquement de tambour avait la même monotonie ; c’était juste ce « au revoir » programmé qui gelait les voix.

    La Grande Avenue s’éloignait à petits pas. Les souvenirs immatériels aussi. Bientôt, la joie et la curiosité qui avaient empli ses poumons ne deviendraient guère plus significatifs que des photos de cartes postales. Le dojo et son dragon n’apparurent désormais que comme l’ombre d’un clocher. Qui sait si le champion allait être détrôné cette nuit ?
    La Plaine de l’Oubli revint sous leurs pieds, avec leurs herbes douces et grinçantes, et le vent tranquille qui emportait les mémoires. Il sentit de longues traînées sableuses lui filer dans la gorge, alors que sa « bouffée d’air frais » vint le gripper. La magie, la fin du dôme d’anti-magie. Point de non-retour. Il avait fait des promesses aveugles et allait devoir le rejeter sur une enfant de huit ans et demi.
    Yã-Ling lui lâcha la main avec sa passive douceur.

    « Tu dois partir ? » Il redressa sa visière convenablement.
    « Eh, oui. » Elle n’en rajouta pas, entrelaçant nerveusement ses orteils. Hansel regarda d’un œil étroit son manège et lui fit un grand sourire, plein de confiance. L’avenir est loin, ma fille. « Mais je reviendrais te voir. » Sans rien lui répondre, elle avança en bonds le long du pont volant. Un peu plus loin, l’éclat du canon à grains vint capturer son regard, et son rictus se fit plus passif, tombé et forcé.
    « Promis ? »
    « ... Ouais, promis. »
    Et la bulle vint la capturer avec la douceur d’un papillon dans le cocon de bois.

    La benjamine plaça avec une précaution infinie la table d’échecs. Milesy avait mis tous ses pouvoirs dans ses pièces, et à présent, il détruisait à petit peu ses mémoires avec ces pions inanimés, ne restant que les réminiscences dans leurs yeux de leurs sculpteurs. Des vieux hommes, cultivant ce jeu en trois niveaux et dimensions, ramenés de chaque ville de jeu où la valise à bricoles de l’aîné avait posé ses roulettes. Maintenant, ce n’était plus que les complexes stratégies et les représentations obscures. Jamais il ne venait à bout d’une partie, même contre lui-même.
    La femme posa les pièces devant ses yeux. Parfaitement ordonnées dans leur boîte de rangement, leur regard peint tourné vers le fond. Elle, c’était des lames de ciseaux qui tombaient de ses paupières. Quelque chose d’inconscient qui s’était cassé, alors que Milesy tournait et retournait entre ses doigts le petit cheval doré. Un sourire malhabile naquit entre ses lèvres.


    Adelin ramena pan-pan cul-cul la native dans son isoloir mobile. Une simple petite camisole de toile épaissie et imbibée de pompeurs de magie ; mais qui, à la taille d’une enfant, ressemblait à une chemise de nuit de pingouin. Elle se débattait avec des forces perdues, facilement maîtrisées par l’armoire à glace - et le canon pointé contre sa poitrine juvénile, la bulle qui perçant du géant de fer. Elle criait avec des piaillements d’oiseau.
    Tarn vint taper sur l’épaule de Hansel, le fusil encore maladroitement pointé contre sa tempe.

    « Eh ! Pas mal, les armes isolantes, hein ? »
    « ... C’est un beau joujou. »
    « Monstre ! Monstre. »

    Les hurlements devinrent hystériques alors que le cou d’Yã-Ling passa dans les cordes. Adelin la paralysa entre ses jambes un temps, comme un vulgaire sac à patates, exposant l’arc de cercle du coup de dents sur son poignet. Le cadet frotta brièvement son épaule avec sa propre paume, geste qui n’échappa pas à l’explosion de la gamine bousculée. Elle n’avait pas baladée des plumes, portée des grelots pour pratiquer la bonne fortune, et laissée l’aîné se moquer ; pour qu’un mago, un monstre, un pécheur vienne la remettre dans une cage de verre.

    « Yã’ ... »
    « Monstre ! T’es un monstre ! »
    « Mais tu vas la boucler ?! »

    L’autorité naturelle de l’armoire à glace faisait des miracles d’impression. La native réduit son débit à un murmure, pourtant répercuté dans l’air étouffé, alors que contre sa lèvre pincée coulait un filet sanguin. Inconsciemment, le bras de Hansel revint dans son dos, le gant attrapé à la boucle de sa ceinture. Un sourire nerveux vint tordre ses joues. Tarn, derrière lui, ramena mollement le fusil contre le sol.

    « Sans doute, miss. Sans doute. »
    « Monstre, monstre, monstre ... »



    Trois jours plus tard, le cuir de l’uniforme d’automne vint le serrer ; alors que l’an passé, lorsqu’il l’avait reçu, il lui retombait sur les épaules. Ce bras droit maudit qui condamnait les yeux bleus loin de lui s’était laissé entraver dans la boucle élastique dans son dos, ne laissant là qu’une manche vide moquée et sans signification. Une voix douce et taquine, dans sa tête, lui rappela de s’habiller avant que papa ne le voit.


    [Et voilà, j'ai finalement passé plus de temps sur le décor atypique de Shangyu et les personnages secondaires *poke Milesy* que sur la réelle raison de ce RP, mais j'espère que ça mènera à un autre RP revenant sur la petite Yã-Ling. Le post suivant ne servira qu'à éclaircir certains points du RP, pas la peine de le compter en XP Wink ]

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MessageSujet: Re: [Flashback] [Solo] Fleurs de papier brûlé (Terminé) [Achevé]   Sam 8 Jan - 19:03


    Emrarento : Les Densetsu désignant de façon courante tous les individus opposés à la magie, on peut diviser ce mouvement entre les seuls individus revendiquant leur mode de pensée, et les groupuscules menant des actions plus ou moins directes dans l’accès à l’idéal sans magie. Les Emrarento forment la branche cultiste du même nom.
    L’Emrarento est un groupuscule pacifiste, n’ayant pas d’action violente directe contre le Gouvernement et les mages, se « contentant » d’avoir une influence d’esprit. Héritage de religions païennes antiques, il considère la magie comme une possession divine - au même titre que la beauté ou le silence, qui forment leur triangle de valeurs -, et que les mages sont des maudits. Leur objectif et leur formation se rapproche davantage d’une pensée eugénique stricte, considérant que les mages sont à éliminer et que les hommes purs - dépourvus de toute magie - ont à engendrer entre eux. Cela pose, pour le Gouvernement, le problème de l’éthique et de la morale sur ces enfants domptés, d’où la discrète opération Chien Doré. Leur principale marque est leur recours à la chance et à l’alchimie. L’Emrarento est divisé en plusieurs familles établies le long de la Grande Avenue de Shangyu, et chaque famille a une même hiérarchie :

    - Un aîné, dont le rôle se résume essentiellement à la sélection des enfants. Il est considéré comme le plus important, puisque c’est cet engrenage eugénique sur lequel se base le groupuscule dans son mode d’attaque des mages ; mais il n’a aucune influence directe sur les benjamins, sinon un rapport de confiance. Hansel, et d’autres Chiens Dorés avant lui, soupçonnent que les aînés sont des seconds pour la Tête de l’Emrarento, ceux qui tiendraient les familles liées entre elles ; mais pour l’instant, ce haut de l’organisme n’a pas été découvert.
    - Des benjamins. Des adultes, le plus souvent des hommes, responsables des rites et des cultes. Indirectement, ils agissent sur l’eugénisme dont est coupable le groupuscule, puisqu’eux-mêmes ont été les enfants avant d’engendrer cette tare magique qu’ils sont censés porter.
    - Des enfants. Ils subissent bien sûr l’eugénisme du groupuscule, qui les bride dans un monde de silence et d’ignorance de la magie, et sont presque automatiquement décidés à devenir des benjamins au sein de leur famille. Si les garçons mènent une vie à peu près normale, bornée au sous-quartier que forment les baraques, les filles sont mises sans repères et sans lois, simplement destinées à engendrer. Certaines théories sur la magie innée les pensent prédisposées à la neutralité magique - c’est-à-dire incapables de déclarer la magie - ; Hansel, sur la nouvelle école de la magie acquise, trouve que c’est bidon.

    Pour l’heure, le Gouvernement, peu informé de réelles attaques revendiquées au nom de l’Emrarento, tente la négociation par le biais de son lapin otage, Yã-Ling Anyu, auprès de la famille menée par Milesy Liéren ; force est de constater que la famille ne semble pas prête à subir le chantage en échange de la santé de cet otage.

    Chien Doré : Nom communément donné aux espions chargés d’affaires mineures dans la corruption interne de groupuscules - les affaires majeures reprenant des groupes organisés de traîtres sous le renommé cheval de Troie. Leurs affaires sont directement liées à celle de l’Escadron de Reconnaissance (1er escadron), qui donne leur feu vert. En général, les Chiens Dorés viennent de l’Escadron de Traque (6ème escadron), où des individus spécialement entraînés sont amenés à détruire l’organisation de l’intérieur ; mais certains chiens peuvent bien venir du second escadron, reconnu pour sa polyvalence et son improvisation, parfois nécessaires dans les affaires précipitées. On appelle gentiment la cible du Chien Doré, le lapin.

    [A venir si nécessaire :

    Dessin du dôme anti-magie de Shangyu tel que défini dans le RP ?
    Schéma de l’organisation prévue par Hans ? De l’organisation possible du second escadron et de ses rapports avec les autres escadrons, voire avec la Division Scientifique ?
    Présentation rapide des PNJ ? => Carnet de Bord
    Frise chronologique pour resituer les différents ‘‘fragments’’ de l’histoire ? ]

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[Flashback] [Solo] Fleurs de papier brûlé (Terminé) [Achevé]

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